Chapitre 10
Le jour de la confrontation était arrivé. Brooke attendait sa mère et son beau-père avec fébrilité. Elle attendait dans le salon, avec Julia, elles avaient mis en place une sorte de plan pour que tout se déroule au mieux. Brooke aurait d’abord une discussion avec sa mère, et ensuite, son beau-père serait arrêté. Brooke avait souvent changé d’avis mais ils l’avaient convaincu d’aller jusqu’au bout, de faire face pour que Jeffrey soit condamné.
Enfin, elle entendit les pas de sa mère. Leurs regards se croisèrent mais aucun amour ne transparut entre elle, juste un regard glacial de la part de Victoria Davis et un regard apeuré de Brooke. Elles se saluèrent et Victoria s’assit en face de sa fille.
-Alors, comment ça se passe ici ? Demanda finalement Victoria, je ne vois pas ce que je fais là !
-Ca se passe bien ici.
-Finalement, ça va peut-être mettre un peu de plomb dans ta cervelle.
-Maman, il faut que je te dise quelque chose… tu… tu te rappelles quand j’avais à peu près sept ans… je suis venue te voir pour te dire que Jeffrey m’avait fait des choses.
-Des balivernes, tu étais jalouse de lui, Brooke.
-Non, il est venu, nuit après nuit pendant des années ! Il me violait, me menaçait et… tu ne me croyais pas alors j’ai subi… mais c’est fini… je vais porter plainte contre Jeffrey, j’irais jusqu’au procès.
-Tu ne vas pas faire ça, Brooke ? Pense à moi, à tes sœurs ! Pour des mensonges que tu as inventé pour te soulager de ta honte.
-Ma honte ? Cria Brooke. Je n’ai pas honte de ce que j’ai fais à part peut-être le fait de n’avoir rien dit pendant si longtemps ! Tu te rends compte de ce qu’il m’a fait ?! Et toi, tu t’en fous, tu ne penses qu’à toi, tu penses à moi et à ma souffrance ?
-Et toi, tu penses à tes sœurs ?
-Peu importe ce que tu me dis, Victoria ! Je le ferais, j’ai des preuves…
-Des preuves ?
-J’ai des lésions, j’ai mon journal intime où je disais tout ce qu’il me faisait pendant toutes ses années.
-Tu veux quoi alors ? Ma bénédiction pour foutre ma famille en l’air !
-Je veux que tu signes ce papier, déclara Brooke, essuyant les larmes qui avaient coulées malgré elle. Je serais émancipée et je garderais tout ce que j’ai sur mes comptes, tu n’auras pas le temps de les geler.
-Et si je ne signe pas ? Demanda Victoria, imperturbable.
-Le juge s’en occupera. Signe… et tu n’auras plus aucune nouvelle de moi… jusqu’au procès bien sur
-Tu es sur de toi, Brooke, tu vas détruire ma famille, tes sœurs et toi. Tu seras seule.
-Non, je me guérie et j’évite que mes sœurs, comme tu dis, ne grandissent avec un homme qui viole les petites filles. Je suis sure de moi, je serais peut-être seule mais je m’aimerais un peu plus.
Victoria signa le papier rapidement, sans un signe, sans plus un regard.
-Je crois qu’on n’a plus rien à se dire.
-Effectivement, on se revoie au procès… maman !
Victoria sortit de la pièce sans un regard en arrière. Brooke s’effondra sur le canapé, retenant avec peine ses larmes.
***
Dehors, Jeffrey regardait tranquillement le paysage en attendant sa femme qui devait parler avec sa fille. Soudain, on prononça son nom et il frémit en voyant deux policiers l’encadraient.
-Mr. Jeffrey Richardson ? Vous êtes arrêté pour le viol de Brooke Davis. Vous pouvez garder le silence, tout ce que vous direz pourra être retenu contre vous. Vous avez le droit d'être assisté par un avocat, si vous ne pouvez vous en procurer, il vous sera commis d’office…
Jeffrey n’arrivait pas à y croire, après toutes ses années, sa vie ne pouvait pas finir comme ça.
-Vous avez compris vos droits ? Demanda le policier.
-Oui, fit la voix tremblante de Jeffrey.
-Bien, on y va.
Jeffrey suivit les policiers.
En haut des marches, au pas de la porte, il vit Brooke. Victoria s’approcha de lui, lui promettant d’appeler leur avocat et de tout faire pour qu’il sorte de là le plus vite possible. Puis, sans un regard pour sa fille qui, pour elle, venait de détruire sa vie, sa famille, elle monta dans sa voiture et partit.
Sur le pas de la porte, Brooke avait assisté à l’arrestation de Jeffrey puis au départ de sa mère. Même si elle s’y attendait, elle avait du mal à avaler que sa mère lui tourne le dos comme ça. Haley vint la rejoindre pour la ramener dans le salon mais Brooke préféra s’asseoir, le cœur défait. Haley s’assit alors près d’elle.
-Je suis désolée, Brooke.
-Je ne m’attendais pas à autre chose d’elle… enfin au fond de moi, si mais je savais comment elle allait réagir. Elle n’a pas de cœur. Je suis seule désormais.
-Mais non, tu nous as nous. On sera là pour toi, je serais là, je te le promets.
-Merci… je sais pas quoi faire, Haley, murmura Brooke en éclatant en sanglot.
-Ne t’inquiète pas, Julia est là, je suis là, tu n’es pas seule pour affronter ça. On te dira comment faire, je sais que c’est dur, je suis passée par là mais… il faut juste être courageuse, et quand ça sera fini, ta vie reprendra son cours et tu pourras faire ce que tu veux. Aie confiance en toi.
Brooke enlaça Haley avec force, elle avait besoin de quelqu’un, d’une amie sur qui compter. Elle se sentait tellement seule, loin de tous les autres et une nouvelle page de sa vie allait commencer, un procès contre celui qui l’avait violé pendant des années. Mais leur vie dans le centre reprit son cours. Brooke passait du temps avec Julia pour régler le début du procès. Ils allaient devoir passer devant une première audience pour savoir si Jeffrey se déclare coupable ou non coupable, d’ici quelques semaines, avant que le procès ne se mette en place, pas avant des mois.
***
L’autre week-end arriva, la mère de Lucas était attendue pour le lendemain. Brooke était restée dans la maison, elle jouait à un jeu de société avec Julia, Keith, Teddy et Logan. Elle s’entendait très bien avec Logan, c’était le seul garçon avec qui elle pouvait parler sans contrainte, elle évitait de se poser trop de question sur sa relation avec lui pour ne pas en déduire quelque chose. Elle essayait de vivre au jour le jour, elle se demandait néanmoins souvent ce qu’elle allait devenir après cet été, allait-elle se rendre dans un centre ? Elle ne pouvait plus rentrer chez elle. Jeffrey avait été libéré sous caution – l’audience préliminaire étant fixée à la fin de l’été – que sa mère avait payé et elle ne serait plus jamais la bienvenue dans sa famille… parfois, elle se demandait ce que ses sœurs pensaient de cette affaire. Son plus grand rêve serait de rester ici, avec Julia avec qui elle s’attendait à merveille, avec Haley qui était devenue une amie. Elle était plus réservée avec Keith mais parfois, ils parlaient de son évolution et elle savait qu’elle pouvait avoir confiance en lui.
Dehors, Nathan et Haley étaient allongés sur une chaise longue, près de la piscine. C’était leur lieu de prédilection. Tous les soirs, ou presque, ils s’allongeaient pour parler de tout et rien, pour partager un moment de tendresse. Tout le monde était au courant et ils l’affichaient sans honte, Haley était vraiment heureuse et très amoureuse mais elle gardait pour elle ses sentiments, elle ne voulait pas le dire à Nathan, cela compliquerait cette situation déjà bien compliquée, mais parfois, lors de ses baisers, elle aurait envie de lui crier. Elle pensait déjà à son départ, il n’était pourtant que mi-juillet. Il ne partirait que dans un mois et demi mais elle avait peur du après, elle avait aussi peur de ses pulsions qui l’amenaient vers lui sans cesse.
Son regard dévia sur la maison qui prenait forme, elle n’en revenait pas du boulot qu’ils avaient fait pour construire ces locaux, à la fin de l’été, presque tout serait finie. Comme sa relation avec Nathan…
Dans le bungalow, Lucas et Peyton partageaient le moment de silence qui suit l’amour. Mais Peyton le sentait crispé depuis quelques jours, sûrement à cause de la venue de sa mère. Elle enfila la chemise de Lucas et se releva.
-Si tu me disais ce qui ne va pas ?
-Rien.
-Luke…
-Tu me dis ce qui te tracasse toi, peut-être, fit-il, presque hargneux.
-Exact et je comprends que tu ne veuilles pas m’en parler mais ne me parle pas sur ce ton !
-Pey, excuse-moi mais… je me sens pas bien… excuse-moi, viens là, dit-il en la ramenant vers lui. La venue de ma mère me stresse.
-Je croyais que vous vous entendiez bien, non ?
-Oui… avant.
-Avant quoi ? Demanda doucement Peyton.
-Avant… avant mes conneries, avant Lindsey… avant que je sache qu’elle ne voulait pas de moi.
-Comment ça ?
-Un jour… je suis rentré plus tôt et… elle était avec un homme, un homme que je ne connaissais pas. Ils parlaient de moi et elle lui a dit qu’elle aurait avorté si elle avait appris plus tôt qu’elle était enceinte. Elle n‘avait que 16 ans et a mis du temps à comprendre qu’elle était enceinte. Ca m’a fait un choc… j’avais toujours cru qu’elle avait eu envie de m’avoir, qu’elle avait été heureuse mais elle aurait juste voulu se débarrasser de moi… le soir même, je rencontrais Lindsey et tu connais la suite.
-Tu sais, tu as peut-être mal saisi, une phrase hors de son contexte ne veut rien dire… tu devrais en parler à ta mère, demain, quand elle viendra.-Peut-être…
Lucas embrassa Peyton sur le front et la serra contre lui, pour se donner du courage. Parler à sa mère, il y avait pensé mille fois mais il avait trop peur de sa réponse. Trop peur de savoir que sa mère ne l’avait pas voulu, ne l’avait eu que par dépit. Il l’accueillit néanmoins comme il le fallait quand elle arriva. Le sourire aux lèvres, Karen serra son fils dans ses bras. Le teint halé, le sourire aux lèvres également, son fils lui rendit son étreinte, il avait l’air heureux, serein, bien plus qu’à New York. Il la présenta aux éducateurs puis aux autres ados avant de lui faire visiter la propriété. Dans l’après-midi, ils s’isolèrent et allèrent marcher dans la forêt de pins qui bordait la propriété. Sur les conseils de ses amis et aussi de Julia, il se décida à lui avouer la cause de son comportement ses derniers mois. Ils parlèrent longuement de ses mois difficiles et il s’excusa. Karen restait muette, les larmes aux yeux de voir son fils qui avait tant souffert sans qu’elle ne le voie et ne puisse l’aider.
-Oh Luke, tu as pris cette phrase, tu m’as donné tellement de bonheur. C’est vrai que quand j’ai appris que j’étais enceinte, j’ai paniqué, je n’avais que seize ans, ton père m’a quitté, mes parents m’ont mises à la porte, j’y ai pensé c’est vrai, c’était trop tard et lors de la première échographie, j’ai remercié le ciel car tu es ce que j’ai de plus précieux, Lucas. Tu aurais du venir m’en parler, je t’aurais expliqué.
-J’étais tellement mal, j’avais peur que tu ne m’aimes pas, lâcha-t-il, les larmes aux yeux.
-Oh Luke, ai-je été si mauvaise pour que tu croies ça ? Pleura Karen, j’aurais tellement voulu que tu m’en parles, je t’aurais rassuré car je t’aime, tu es mon fils, tu es la prunelle de mes yeux et quand tu rentreras, tout se passera bien, je te le promets, je vais essayer de déménager pour ne plus que tu es à vivre dans ce quartier mal famé.
suis désolé, maman.
Bouleversé, Lucas prit sa mère dans ses bras pour la consoler. Il se trouvait tellement nul, minable d’avoir réagi comme ça, elle le rassura comme elle put et ils continuèrent leur promenade avant de rejoindre les autres. Ils discutèrent également le lendemain, avec Julia aussi, pour mettre les choses à plat et permettent d’arranger et de discuter de tous les points sensibles entre eux. Il l’accompagna même à l’aéroport pour lui faire des adieux et plein de promesses. Ils se reverraient dans un mois et il reprendrait son comportement d’avant, quand il aimait celui qu’il était, quand sa mère était fière de lui.
Il rejoignit ensuite ses amis, car c’était ce qu’ils étaient devenus, bien plus que ses copains de NY qui ne voyaient en lui rien de plus qu’un autre copain. Ils étaient à la piscine, comme d’habitude en fin de soirée. Ils faisaient un volley avec Keith. Il alla se changer et avant qu’il puisse sortir, Peyton le rejoignit, il la remercia et l’embrassa avant de se joindre aux autres pour passer une fin de soirée agréable sur la terrasse.
***
Nathan se sentait vraiment bien parmi les autres, c’était la première fois qu’il se sentait à sa place même si son petit frère et le basket lui manquaient terriblement. Il pouvait maintenant appeler Stuart une fois par semaine, il avait même parlé au père qui viendrait l’accueillir à l’aéroport dans un peu plus d’un mois. Il angoissait d’ailleurs à cette idée, serait-il bien accueilli ? S’intégrerait-il aussi facilement que son petit frère ? Il ne pouvait pas répondre à cette question, surtout que sa mère allait venir le voir. Il savait que c’était bête mais il n’avait pas envie de la voir, il lui en voulait trop de leur avoir fait subir les coups de Dan pendant des années ! Il en avait parlé avec Julia mais seule une discussion ferme avec sa mère pourrait lui faire comprendre pourquoi elle avait été aussi faible pendant tant d’années. Ici, la vie était simple, il travaillait d’arrache pieds sur la maison pendant la journée avant de jouer une heure au basket, seul ou avec Lucas, puis il passait sa soirée avec les autres ou seul avec Haley. Il avait déjà eu des copines avant elle mais il n’avait jamais eu de vrais sentiments pour elle, alors qu’il était vraiment amoureux d’Haley. Il essayait de ne pas y penser car dans un mois, il partirait à des centaines de kilomètres de Miami, à des centaines de kilomètres d’elle. Avec elle, et aussi grâce aux autres, il était sorti de sa coquille, il avait du mal à y croire mais il était heureux. Il finit de s’habiller au moment où Lucas lui ordonnait de sortir. Les parents de Julia venaient leur rendre visite et celle-ci avait insisté pour qu’ils soient tous bien habillés. Sans être non plus en costume cravate, ils devaient faire un effort. Il sortit, souriant, laissant sa place à Lucas. Ils avaient leur petite routine qui lui plaisait. Avant Lucas, il n’avait jamais vraiment eu d’ami à qui se confier, avec qui ronchonner ou parler des filles. Avec Lucas, il avait tout ça. Il sortit dehors pour fumer, une habitude que ni Keith, ni Haley n’arrivaient à lui faire lâcher. C’était un dernier contact avec sa réalité qu’il voulait garder avec lui. Peyton le rejoignit vite. Pour une fois, elle n’avait pas une de ses minijupes. Elle avait un pantalon noir serré avec des petites ballerines ainsi qu’un haut gris décontracté. Elle alluma sa propre cigarette en se tournant vers la maison.
-Prêt pour passer à la casserole ?
-Dis pas ça, ils sont sûrement gentils.-J’en doute… Julia est gentille mais ses parents ?
-Haley a dit qu’ils étaient gentils.
-Haley est un ange, plaisanta Peyton en se tournant vers lui, pour elle, tout le monde est gentil.
-Elle a foi en l’humanité, défendit Nathan.
-Je sais pas comment elle fait après ce qu’elle a vécu !
-Elle est forte.
-Arrête de me dire toutes es qualités, Nate, je le sais… j’ai juste du mal à la comprendre.
-Désolé, fit-il, penaud. Je pense à peu près comme toi.
-Ta mère arrive demain, c’est ça ?
-Ouais, j’ai pas vraiment envie de la voir mais on y est bien obligé.
-J’ai pas envie de voir mon père aussi, pour qu’il me dise qu’il a été déçu encore, qu’il croyait en moi et patati ! Une déprime d’un mois me poursuit après !
-Tu as des problèmes de nourriture, osa Nathan, regrettant de suite en voyant le regard outré de Peyton.
-Qui te l’a dit ?
-Personne ! Promis, mais tu manges plus depuis quelques jours et t’as jamais été bien grosse. Une amie avait aussi des problèmes de poids à Chicago.
-Ah… oui, j’en ai eu mais c’est fini… enfin j’essaie de m’en persuader ! Mais avec mon père qui arrive, c’est pas dit. C’est pas de l’anorexie, j’ai pas envie de maigrir pour ressembler à un squelette, se justifia d’elle car elle tenait à l’estime de Nathan, c’est juste que quand tu n’as plus goût à rien, tu n’as pas goût à la nourriture non plus.
-Je comprends… à peu près, j’ai un appétit d’ogre moi !
-J’avais remarqué, rigola-t-elle. Waouh, Brooke qui a fini avec Lucas, je suis impressionnée.
Brooke tira la langue et se rapprocha d’eux, restant assez loin pour ne pas avoir à fumer, ce qu’elle détestait.
-Il faut qu’il se dépêche sinon on va être en retard, s’exclama-t-elle en allant frapper à la porte du bungalow. J’espère qu’ils seront gentils… Bref, comment est ta mère Nate ?
-Blonde, jolie… faible. Tu verras bien demain.
Lucas sortit et, jusqu’à la maison, subit les moqueries des trois autres. Il essaya d’invoquer que Nathan avait pris son temps, lui aussi, mais ça ne marcha pas et il arriva désespéré devant les parents de Julia. Ils se présentèrent tous et Nathan fit un clin d’œil à Haley. Elle lui avait demandé de ne pas afficher leur relation devant ses « grands-parents », bien que gentils, ils étaient plutôt vieux jeu. Finalement, le repas se passa très bien, un peu sceptique quand au final de l’expérience de leur fille et gendre, les McKeon trouvaient les jeunes gens très polis et ils aimaient déjà Haley comme leur petite fille. Ils partirent tard après le repas, après avoir discuté de la vie de chacun, d’avoir parler de tous les sujets qu’ils pouvaient entre eux.
***
A l’aéroport, Nathan attendait tranquillement au coté de Keith. Le soleil brillait dans le ciel de Miami et il faisait déjà extrêmement chaud malgré la climatisation de l’aéroport. Nathan ne cessait de regarder le panneau d’affichage qui lui apprenait que l’avion de sa mère avait vingt minutes de retard. A côté de lui, Keith attendait sans rien dire, comme à son habitude.
-Veux-tu cesser de t’agiter comme ça ! Demanda Keith en riant. Inquiet ?
-Non ! Enfin, un peu… ça fait deux mois qu’on ne s’est pas vu, à peine appelé.
-Tu lui en veux encore ?
-Bien sur. C’est normal, dix sept ans de coup ne peuvent être effacés en quelques semaines. Je ne sais même pas quoi lui dire.
-Tu te sens de retourner à Chicago ?
-Je n’ai pas le choix, fit Nathan en haussant les épaules, et c’est là que je veux être avec mon frère. C’est tout ce qui compte.
-Vraiment tout ? Questionna Keith alors que Nathan rougissait un peu.
-Elle compte pour moi, beaucoup plus que je ne devrais mais j’habite à Chicago et elle ici.
-Elle est ma fille, ne lui fais pas de mal.
-J’en ai pas l’intention.
-Tiens, l’avion de ta mère arrive, allons-y.
Ils se levèrent d’un même mouvement et s’approchèrent de la porte d’embarcation. Ils attendirent encore quelques minutes avant de voir arriver Déborah Scott, une belle femme blonde marquée par la vie et les coups incessants. Elle sourit en voyant son fils et laissa échapper quelques larmes en le serrant dans ses bras. Elle savait, elle l’avait lu dans son regard, qu’il lui en voulait mais il l’acceptait tout de même son étreinte.
-Comment vas-tu ? Demanda-t-elle doucement.
-Bien. Vraiment.
-Mme Scott, enchanté de vous rencontrer, je suis Keith Scott, l’éducateur de Nathan.-Bonjour, enchantée également.
-Suivez-nous, on va rentrer au centre.
Le voyage dura environ une heure qui se passa sous la discussion de Keith sur le centre la région de Miami. Deb écoutait silencieusement alors que Nathan somnolait à l’arrière. Il était pressé d’y arriver pour pouvoir souffler, même s’il devrait pour cela parler à sa mère. Mais avant, ils prirent un repas, il était déjà midi. Deborah rencontra donc Julia et les autres ados. Puis comme Lucas la semaine dernière, Nathan fit visiter à sa mère le centre qui l’avait changé avant de venir s’installer dans la salle à manger.
-Je sais que tu m’en veux, commença Deb.
-Dan habite encore à la maison ?
-Nate… essaie de comprendre, je n’ai que lui.
-Faux ! Tu nous as nous maman. Tu y penses un peu ? A moi et à Stu ! On est obligé d’aller chez des étrangers parce que tu es trop faible.
-C’est vrai, je suis faible.
-Change, maman, sinon, tu nous perdras tous les deux.
-J’essaie mais…
-Mais tu es encore marié avec un homme qui te bat !
-Il essaie de faire des efforts, Nate, la vie ne lui a pas fait de cadeaux, tu sais.
-Je sais, moi non plus la vie ne m’a pas fait de cadeaux, ce n’est pas une raison de taper sur les plus faibles. Quitte-le maman.
-Tu sais son jugement ? Il a eu de la prison avec sursis. Il va s’en sortir.
-C’est faux et tu le sais bien, pourquoi tu restes avec lui, pourquoi tu l’as laissé te battre et nous battre pendant tant d’années ?
-Mon père me battait, déclara-t-elle après quelques secondes. Quand j’ai rencontré Dan, il avait l’air d’un prince charmant, il ne me battait pas… jusqu’à tes un an à peu près, j’ai voulu retravailler mais il ne voulait pas. Pendant deux ans, j’étais sa petite femme au foyer, il m’a coupé de tout, il m’a fait sentir moins bien que je ne l’étais, j’étais emprisonnée, je le sais, mais pour moi, c’était presque normal, je n’avais connu que ça.
-Pourquoi tu n’as pas pensé à nous ? Lâcha Nathan, la voix brisée.
-Je ne sais pas, la vie me semblait plus facile à ne rien dire, j’étais comme anesthésiée de toute souffrance, de tout sentiment que ce soit pour moi, envers Dan ou envers vous, ce qui n’empêche que je vous aime plus que tout.
-Quitte-le alors, pour nous. Et alors, on pourra reformer une famille, tous les trois.-Tu crois ?-Bien sur, en septembre, je vais normalement dans la famille d’adoption de Stu… mais quitte Dan, trouve du travail… Va parler à Julia, je suis sur qu’elle pourra t’aider.
-Tu as changé, je suis si fièrr de toi.
-Pas moi, j’aurais du aller le dénoncer avant, je n’en avais pas le courage et pourtant, j’aurais pu ! Je l’ai laissé battre Stu, et je m’en voudrais toujours. Il faut que j’accepte cela. Mais je t’en veux, maman, je ne te comprends pas.
-Je ne me comprends pas moi-même… Mais je ferais tout pour qu’on reforme une famille… tous les trois.
Ils restèrent assis de longues minutes sans rien dire, troublés par les paroles échangées, la colère, la tristesse et l’incompréhension régnaient dans la pièce mais un premier pas avait été fait. Nathan avait clairement fait sa demande, Deb avait accepté de s’en sortir. Elle savait qu’elle avait déçu son fils, qu’il fallait qu’elle s’en sorte et elle ferait tout pour ça. Avant diner, elle alla même demander des conseils à Julia qui lui donna le numéro d’un confrère à Chicago. Elle était heureuse pour Nathan, le premier pas avait été fait, cela ne serait pas facile par la suite mais le combat venait de commencer pour Déborah.
Le week-end se passa très vite et Nathan eut le cœur serré quand sa mère partit. Il lui en voulait encore, ne la comprenait pas mais elle avait fait le premier pas, elle avait essayé de lui faire comprendre ce qu’elle avait vécu, le pourquoi de ses décisions. Peut-être qu’un jour, il pourrait la voir sans lui en vouloir, ils pourraient reformer une famille.
En revenant de l’aéroport, il alla retrouver les autres à la plage. Il sourit en voyant Brooke bronzer sur sa serviette, Logan et Lucas jouer aux raquettes alors que Peyton et Haley nageaient. Il rejoignit cette dernière.
-Alors, pas trop dur ? Demanda-t-elle doucement.
-Un peu mais je suis content de l’avoir vu et de lui avoir parlé.
-Tant mieux, sourit Haley en lui déposant un léger baiser sur les lèvres.
-Merci d’avoir été là pour moi, j’étais un peu taciturne la semaine dernière…
-Mais non… quoiqu’un peu, reprit-elle en éclatant de rire, suivi du rire de Nathan qui commença à l’éclabousser.
Le jeu s’ensuivit et les autres vinrent les rejoindre. Sur la plage, Julia et Keith les regardaient en souriant.
-Ils vont tous bien ensemble, on a bien choisi, déclara Julia, je suis fière d’eux.
-Moi aussi… mais ils restent un mois.
-Tu es trop pessimiste, chéri.
-Et toi, trop optimiste.
-J’ai foi en eux.
-Moi aussi, mais je reste méfiant. Ils sont imprévisibles, j’ai confiance en eux mais sait-on jamais.-On verra à la prochaine sortie, je suis sur que tout se passera bien.
***
C’était au tour de Larry Sawyer, le père de Peyton de venir. Julia s’inquiétait un peu. Peyton semblait s’acclimater parfaitement mais elle savait qu’elle souffrait encore sans rien dire. Julia n’avait pas vraiment réussi à percer sa carapace, ça la soulageait qu’Haley y arrive pour que Peyton puisse parler de ses problèmes à quelqu’un mais elle n’était pas vraiment sure que Peyton lui ai tout dit. Dans son bureau, elle regardait une nouvelle fois le dossier de la blondinette. Peyton devait la rejoindre dans son bureau pour une heure de thérapie, comme toutes les semaines, et elle espérait pouvoir briser la glace avant la venue de son père. Celle-ci entra peu après et s’affala sur un des fauteuils. Elles se saluèrent, parlèrent un peu des travaux avant que Julia n’entre dans le vif du sujet.
-Alors, Peyton, prête à voir ton père demain ?
-Je n’ai pas le choix.
-Je sais que tu ne veux pas me parler mais il le faut, il faut que tu sortes ce qu’il y a en toi, pas forcément devant moi, mais devant ton père, sinon, les choses ne s’arrangeront pas quand tu rentreras à Houston. (Peyton resta murée dans son silence). Si tu me parlais de ta mère, hein ? Tu n’as jamais voulu aborder le sujet, je pense que ça te ferait du bien, c’est là que tout a commencé ?
-Ou plutôt fini vous voulez dire ? Lâcha Peton. Qu’est ce que tu veux que je te dise Julia, la mort de ma mère m’a détruit, elle était courageuse, tendre, et elle est morte dans un putain d’accident de voiture. C’est tout.
-Tu avais quel âge ?
-Neuf ans, fit-elle en levant les yeux au ciel.
-Et comment ça s’est passé avec ton père.
-Il était très présent, au début. Et après, il était de plus en plus absent.-Tu lui en as voulu ?-Pas au départ, je comprenais qu’il fallait qu’il travaille pour nous nourrir, loger, etc. Mais j’avais besoin de lui et il n’était jamais là pour moi. (Elle s’arrêta quelques secondes, se reprenant, visiblement émue, avant de reprendre :)Alors, je me suis renfermée sur moi-même et au lycée, c’était pas facile, j’étais pas seule, seule, j’ai rencontré quelques personnes, pas très bien apparemment. Et j’ai suivi leur comportement, pas par influence, par ennui peut-être.
-Tu te droguais ?
-Parfois… de la marijuana, déclara-t-elle en remuant sur son siège, mal à l’aise. Avec mes copains. On buvait un peu, mais pas trop. La vie est dure dans les banlieues, on fait avec ce qu’on a, on croit que c’est bien et finalement, c’est pas si mal.
-Et pour ta perte de poids ?
-Ah… j’avais plus gout à rien… j’avais personne autour de moi, ni parents, ni famille, ni vrais amis. Parfois, sans vouloir se suicider, on a juste envie de mourir, (Sa voix se brisa et elle dut se taire quelques secondes) de partir et de ne plus rien ressentir. Mais quand j’ai vu que ça pouvait me couter la vie, de si peu manger, j’ai refait surface.
-Pourtant, tu manges moins depuis quelques jours.
-Je sais, ça ne veut pas dire que je vais rechuter, jamais je retournerais dans un hôpital pour ça. Jamais. Contente que je me sois livrée ? Ironisa Peyton après quelques secondes.
-Ne prends pas ça à la légère, je suis sur que ça te fait du bien de parler, tu ne t’en rends pas compte maintenant, mais après, tu verras. Et le vol à l’étalage ?
-Tout le monde vole dans les quartiers pauvres, Julia, reprit-elle, retrouvant son cynisme, j’avais très envie de certaines choses, alors je les volais. Je sais que c’est mal mais ses boutiques se font du fric sur le dos des clients, et bah je leur rends la monnaie de leur pièce. Je suis agressive aussi, avec les profs, je suis pas débile mais les profs nous traitent comme ça dans ces lycées. Plus qu’un an et ça sera fini !
-Tu feras quoi après ?
-Je sais pas, j’aurais surement pas de bourses pour aller à l’université.
-Tu pourrais. Si l’année prochaine, tu bosses bien, si tu t’investis dans des activités extrascolaires, comme le dessin, tu pourras avoir une bourse, mais il faut travailler pour ça. Tu pourrais aller dans une école d’art.
-Pourquoi pas.
-Je suis sérieuse, Peyton. Tu le mérites… Parle-moi de la petite amie de ton père.
-C’est une snob. Tu verrais comment elle regarde l’appart avec dégout. Elle se croit meilleure parce qu’elle a de l’argent, plus que nous du moins, elle ne m’aime pas car je lui vole le peu de temps que mon père est à Houston. J’espère qu’il ne sera plus avec elle !-Tu n’aimes pas que ton père voit d’autres femmes, mais lui en a peut-être besoin, quand tu seras partie faire ta vie…
-C’est pas les femmes mais cette femme. Je suis sure qu’il pourrait trouver mieux.
-D’accord, c’est bien. Merci Peyton. Tu veux venir à l’aéroport demain ?
-D’accord.
-On partira à 8h. Tu peux y aller, à tout à l’heure.
-A taleur.
Peyton sortit, fit quelques pas avant de s’adosser à un mur. Elle n’avait jamais encore parlé de tout ce qui n’allait pas dans sa vie, même à Haley à qui elle s’était confiée, elle ne lui avait pas fait part de ses sentiments. Avoir eu cette discussion avait fait remonter en elle plein de mauvais souvenirs, des souvenirs qu’elle n’avait pas dit à Julia. Pourquoi le faire ? Se rappeler la mort de sa mère, les mois et les mois de douleur, de solitude, drogue, vol, elle n’en était pas fière mais elle ne regrettait rien, elle ne le pouvait pas. Elle se rappeler aussi de cette nuit, cette nuit qui l’avait changé, lui avait donné envie de mourir plus que d’habitude, quand elle s’était fait agressée et tapée dessus. Pourquoi ? Pour rien… Elle n’en avait jamais rien dit à personne. Son père était rentré quand tous les bleus avaient disparus, elle n’était pas allée au lycée pendant deux semaines, ce qui avait d’ailleurs amené une conversation houleuse avec son père.
Elle reprit son souffle et se rendit dans la salle à manger où tout le monde préparait le diner : des pizzas. Elle sourit et se joignit à eux. Elle était contente d’être là et elle détestait ce sentiment, elle avait l’impression de trahir son père qu’elle aimait malgré tout. Mais ici, elle avait trouvé des amis. Haley la comprenait sans qu’elle n’ait rien à dire, elles étaient aussi liées par la musique. Avec Brooke, elle avait l’impression d’avoir trouvé une petite sœur à protéger. Elles ne s’étaient pas entendues de suite mais après leur trêve et la confrontation avec la mère de Brooke, toutes les trois s’étaient rapprochées et la vulnérabilité de Brooke avait touché Peyton. Elle avait aussi trouvé un ami en Nathan, même s’ils parlaient peu tous les deux, murés dans leur silence buté, ils tenaient l’un à l’autre. Et avec Lucas, c’était un bonheur caché. Elle ne voulait que peu de gens le sache car elle avait peur qu’il s’en aille. Dans un mois, ils se quitteraient et elle ne voulait pas souffrir, même si c’était trop tard. L’alchimie qui les avait poussés l’un vers l’autre s’était transformé en tendresse et pour Peyton, en amour. Mais elle ne se l’avouait qu’à elle, déjà avec difficulté. Nathan la bouscula pour la réveiller et lui demanda ce qu’elle voulait sur sa pizza. Réveillée, elle prit part à la préparation de la pizza.
***
A l’aéroport, les retrouvailles entre père et fille furent touchantes, quoique brèves, Peyton se détachant rapidement, émue. Ils se retrouvèrent vite dans les bungalows. C’est là que Peyton se sentait le mieux. Elle lui avait d’abord fait visiter toute la propriété avant de le mener là pour cette « discussion » obligatoire, parait-il.
-Comment vas-tu ma chérie ? Demanda Larry, ému, tu as l’air bien.
-Je le suis. C’est un bon centre.
-Je suis content pour toi, tu as l’air sereine, je ne t’avais pas vu si bien depuis la mort de ta mère. Parle-moi Peyton.
-Je sais plus quoi te dire, papa, on a été tellement proche après la mort de maman, et puis tu t’es éloigné. Je comprends que c’était pour notre confort de vie mais tu n’étais jamais là pour mes problèmes et je devais me débrouiller toute seule.
-Je pensais pas que ça te pesait autant. Tu aurais du m’en parler.-Je ne pouvais pas, Papa, comprends-moi, j’avais une douzaine d’année, d’un côté, j’étais fière de la confiance que tu mettais en moi mais je me sentais tellement seule, tellement mal dans ma peau. J’ai du m’éduquer toute seule.
-J’étais là quand tu avais besoin de moi, essaya de se justifier Larry.
-Au début. Et puis peu à peu, je ne pouvais plus m’appuyer sur toi alors je l’ai fait sur moi mais je n’étais pas assez forte. Tu connais la suite.
-Je vais changer Peyton, je te le promets. Je trouverais un travail près de la maison.
-Je suis désolée de t’avoir causé du chagrin, papa, déclara Peyton, la voix plein de larmes, je ne le voulais pas mais je ne savais pas comment faire autrement. Je ne voulais pas te décevoir. Mais tu m’as déçu, je croyais que tu serais toujours là, tu me l’avais promis quand maman est morte, mais je me suis retrouvée seule à faire des choses mauvaises mais je ne savais pas qu’elles l’étaient.
-Ca ira, ma chérie, je te le promets, dit son père en la prenant dans ses bras. Il faut communiquer, dis-le moi quand ça ne va pas et je ferais tout pour changer.
-Moi aussi, j’arrête mes bêtises, j’irais à la fac et on gagnera au loto, plaisanta Peyton. Tu m’as manqué.
-Toi aussi tu m’as manqué.
Peyton posa la tête sur l’épaule de son père et laissa couler quelques larmes. Après cette longue discussion, Larry invita sa fille à diner dans un restaurant tout proche. Ils passèrent la fin du week-end tous les deux à rattraper le temps perdu. Les blessures n’étaient pas refermées mais elles étaient en voix de guérison. Larry avait confiance, il avait retrouvé sa petite fille.
Le dimanche soir, après le départ de Larry, Julia et Keith firent un bilan de ses visites. En enlevant le cas de Brooke, ils étaient plutôt contents de l’avancée que les trois autres avaient faite en se confiant à leur parent. Ils allaient donc ce soir leur annoncer une prochaine sortie pour les récompenser de leur bonne conduite.