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Série : One Tree Hill
Création : 12.06.2011 à 19h55
Auteur : nanouee
Statut : Terminée
« Fiction complète - Première partie/ Co écrite avec Brathan576 » nanouee
Cette fanfic compte déjà 16 paragraphes
Bonsoir,
Voici une fiction complète, que les anciens ont déjà dû lire. Effectivement, elle a déjà été publiée il y a quelques années, puis supprimée suite à notre manque d'inspiration pour la troisième partie. Maintenant que la fiction est entièrement achevée, nous avons souhaité vous la représenter!
Elle est entièrement co-écrite avec Brathan576, nous allons poster chaqune nos paragraphes, et ceci est la première partie. Après son archivage, la deuxième sera postée, puis la troisième.
Depuis que le système à changé, vous allez pouvoir commenter cette fiction directement à la suite, après la fin de cette partie, surtout n'hesitez pas à nous laisser une trace.
Peut être que les anciens auront le plaisir de la relire, et les nouveaux de la découvrir...
Bonne lecture!
Enjoy
Sam & Déborah

Prologue
Notre vie ressemblait à ces albums photo d'antan, ceux qui trônent maintenant dans l'ombre, car cette époque là est révolue, elle me rappelait ces vieilles photographies familiales, où rien ne semblait perturber les visages, un bonheur sans bornes, des sourires d'enfant, un parfum d'éternité, de doux murmures qui flottaient sur nos lèvres : notre vie ressemblait à cela, elle se devait de l'être jusqu'à la fin, et si je n'avais pas été si attachée aux contes de fées de mon enfance, je n'aurais jamais pu imaginer un bonheur sans failles , car il l'est, ou plutôt il l'était…
Parfois je m'installe près de la fenêtre et je parcoure doucement le premier album, une petite fille blonde regarde l'objectif, émerveillée, cette petite fille c'est moi, l'innocence à l'état pur, un amour de cette vie qui me semblait si merveilleuse, quelque chose dans le regard d'un enfant, une étincelle qu'il perd quand il connaît sa première déception, celle qui lui brise le cœur, celle qui fait de lui un adulte, un être en souffrance ; cette déception, je viens de la connaître, je viens de la vivre, ce n'est pas la première, mais les autres me semblent dérisoires à coté, au final c'est la seul qui fera que mon cœur se fermera à tout nouveau bonheur, la seule qui me fera reculer au lieu d'avancer, ce n'est pas seulement un cœur brisé, c'est une vie qui s'éteint, c'est un espoir qui s'amenuise, c'est la finalité d'un amour bafoué.
Je tourne les pages et les même étincelles brillent dans mes yeux émeraude au travers des années, avec toujours plus d'intensité, et une autre personne vient me rejoindre pour poser à mes cotés, une personne qui sera mon bonheur et mon malheur, mon amour et ma haine, c'est ma déception, c'est mon bonheur écroulé. Une robe blanche remplace les tenues d'adolescente, un voile qui couvre mon visage et l'image fière de mon père qui se tient à mes cotés prêt à me donner à celui que j'ai choisie, il me mène vers ma destinée, c'est irrémédiable, c'est ici que tout à commencé, c'est avec lui que tout finira, et la dernière photographie qui clôture le premier album est une autre petite fille blonde, aux yeux d'azur, qui fixe l'objectif en faisant une moue boudeuse, une petite fille aux boucles sauvages qui pourrait ressembler à ce visage qui à commencé la danse, le mien, et c'est elle qui l'achève, c'est ma fille, c'est mon combat, c'est pour la revoir sourire que je lance ce cri, c'est pour la revoir que je vous raconte mon histoire, en espérant que celui qui a détruit nos vies m'entende, en espérant qu'il me la rende…
Deux images s'embrouillent : la première petite fille qui tend la main, et la dernière, celle qui fuit l'objectif, comme un signe violent qui s'impose, comme si je ne devais jamais la revoir, comme si je devais abandonner ce sourire que j'avais fais naître, comme si je devais abandonner cette enfant que j'avais mise au monde, comme si je devais renoncer à elle comme j'ai dû le faire pour lui, et les images dansent toujours devant mes yeux, si je la perds, je me perds ! C'est la triste réalité, c'est ce que l'amour fait naître, un être qui devrait être protégé comme un précieux joyaux, et qui finit par combattre au milieu d'une guerre sans fin, une guerre d'adulte dont la finalité semble incertaine. Mais je ne cesserai jamais de la rechercher, je la vois dans mes rêves, j'entends son rire, je vois ses yeux briller, je sais qu'elle retrouvera mes bras un jour, je n'abandonnerai jamais ma vie, et ma vie se résume en un seul mot : Sophia
Peyton – Californie – Mars 2008
Nous étions à quelques mètres l'un de l'autre. Si proches, et pourtant si éloignés. Oui, il m'avait trahi. Oui, il avait brisé notre famille. Mais cela ne m'empêchait pas de chercher sa main le soir dans mon lit. En vain. Il n'y a qu'une place vide et froide.
Il me jette un dernier regard avec le verdict. Une dernière excuse silencieuse. J'ai comme l'impression qu'il me supplie une ultime fois de fermer les yeux sur ses erreurs d'avant. Mais je ne le ferai pas. J'ai passé trop de nuits à pleurer, à me demander si c'était moi la fautive. Trop de moments à cacher mes larmes à notre fille, Sophia. C'est fini. Bel et bien fini.
L'huissier nous annonce le retour du juge. Nous nous levons quasi simultanément, un réflexe automatique, après toutes ces années passées l'un près de l'autre. Mon avocate me glisse dans l'oreille un "tout ira bien" et le juge refait son apparition. Après avoir pris place sur son fauteuil, il m'adresse un regard presque compatissant et commence la lecture du verdict.
- Après une courte séance de délibération, j'en suis arrivé à cette conclusion. M. Scott, en s'engageant dans une relation extraconjugale, a délibérément brisé le vœu de fidélité qu'il a prononcé lors de son union avec son épouse, déclara calmement le magistrat. Il l'a mise, ainsi que leur fille, dans une position plus que délicate. Et pour ces différentes raisons, la cour prononce le divorce en faveur de Mme Scott pour faute. Elle se voit attribuer le domicile conjugal, et bien entendu la garde exclusive de la petite Sophia. M. Scott aura un droit de visite chaque semaine. L'audience est levée.
Le coup de maillet sur le bureau du juge tomba comme le rideau signalant la fin d'un acte du petit théâtre de la vie. Je poussai un soupir de soulagement, tandis que Lucas se laissa tomber sur son siège, abattu. Ses yeux reflétaient plusieurs émotions : colère, peine, envie de vengeance.
Après avoir remercié mon avocate et téléphoné à mon amie Haley pour lui faire part du verdict, je sortis du tribunal, le cœur soulagé d'un poids. Cependant, un frisson me parcourut lorsque je vis mon (désormais !) Ex-mari se tenir contre ma voiture. Cela ne m'arrêta pas. Je continuai d'avancer vers lui. Il m'attrapa par le bras quand je fus à sa hauteur.
- Ce n'est pas fini. Tu m'entends Peyton ? Tu ne t'en tireras pas comme ça, hurla-t-il. Sophia a besoin de son père. Ça pourrait lui nuire si je ne la voyais qu'une fois par semaine !
- Lucas, lâche moi tout de suite !
Cette demande avait était faite d'un ton calme, posé. Mais une voix intérieure me criait de m'enfuir en courant. Cette lueur de rage dans les yeux de l'homme que j'avais aimé me faisait froid dans le dos.
- Je vais me battre, tu ne peux pas me prendre ma fille comme ça !
- C'est toi qui l'as perdue. Tu nous as perdues le jour où tu m'as trompée, Lucas.
Je me dégageai rapidement et rentrai dans ma voiture les mains tremblantes. Comment en étions-nous arrivés là ? C'est une question qui me taraude à chaque seconde qui passe.
Nous avions une vie de famille des plus parfaites. Lucas et moi formions un couple heureux et Sophia, notre trésor ne fit que renforcer notre bonheur lors de sa venue au monde. C'est une petite fille espiègle, qui nous rendait plus heureux et fiers d'elle de jour en jour.
Ce bonheur prit fin lorsqu'une nouvelle voisine débarqua dans notre quartier. Elle s'appelait Emily Travis, ex-mannequin trentenaire blonde, le stéréotype de la bimbo. Lucas n'avait jamais été du genre à s'intéresser à d'autres femmes. Jusqu'à Emily. Elle passait beaucoup de temps à la maison, lorsque je n'y étais pas. Elle était tellement omniprésente qu'un jour Sophia me demanda si Emily était sa deuxième maman. À partir de cet instant, plus rien ne fut jamais plus pareil.
Chaque fois que je passais le seuil de la porte, Sophia m'accueillait avec un gros câlin et Lucas avec un regard coupable. Mais comme le dit le dicton, l'amour rend aveugle. J'avais confiance en mon mari. Lucas et moi avions commencé à nous fréquenter au lycée, et depuis nous avions passé pratiquement chaque instant de notre vie ensemble. La remise des diplômes, les formulaires d'universités, les fêtes d'adieu. Tout. Et quand il fit sa demande en mariage, trois ans plus tard, je n'ai même pas hésité. C'était une évidence. Dès le jour où son regard croisa le mien, j'ai su que j'allais passer ma vie avec cet homme.
Mais au fil du temps, Lucas changeait. Il n'était plus l'homme dont j'étais tombé amoureuse. Il disait qu'il avait beaucoup de travail et ne passait plus ses soirées avec nous. Notre intimité disparaissait peu à peu. C'est à peine s'il m'embrassait le matin avant de partir. Un rien pouvait le faire sortir de ses gonds. Même quand Sophia lui demandait de lui consacrer du temps, il répondait toujours "plus tard" ou "je n'ai pas le temps". Et la présence d'Emily ne faisait que d'ajouter de l'huile sur le feu. Elle m'évitait de plus en plus et ne demandait à parler qu'à Lucas.
Un jour, alors que je faisais mes tâches ménagères quotidiennes, je vidais les poches de l'un des pantalons de mon mari et j'ai découvert le récépissé d'une chambre d'hôtel, ainsi qu'un mot doux disant "Merci pour cette inoubliable soirée, Lucas". Je tombai à genoux en plein milieu de ma cuisine. C'est comme si mon cœur m'avait été arraché de la poitrine. Des larmes salées coulèrent sous mes joues. Ce fut Haley qui m'extirpa de mon semi coma. Elle me fit asseoir à table et prépara deux thés. Elle m'écouta raconter mes déboires conjugaux durant presque une heure.
- Tu crois qu'il va arrêter de voir cette femme ? demanda Haley.
- Je n'en sais rien, peut-être, peut-être pas. Comment a-t-il pu faire ça ? Je suis pourtant une bonne épouse, une bonne mère. Je n'ai pas l'impression d'avoir fait quelque chose de mal, à part travailler.
- Ce n'est pas à toi de te remettre en cause, Peyton. Lucas a commis une erreur peut-être qu'il la regrette, je ne sais pas. Mais tu dois te montrer forte, pour Sophia, me conseilla-t-elle en prenant ma main.
- Cependant, il faut que tu en aies le cœur net.
- Je sais.
- Si tu as besoin de moi, je suis là. Je t'aiderai !
- Qu'est ce que je ferais sans toi ?
- C'est ça les amies !
- Merci, Haley. Merci pour tout.
- Mais de rien. Je dois te laisser, je dois encore aller faire des courses, dit-elle en se levant. Embrasse Sophia pour moi.
- Je n'y manquerai pas.
- A plus tard.
Dès qu'elle fut sortie, Lucas passa le pas de la porte et Sophia lui sauta dans les bras. Il entra dans la cuisine, portant notre fille. Il remarqua tout de suite que quelque chose me préoccupait, mais je me gardai bien de lui faire part de ma découverte.
Depuis ce jour, il ne fut absent qu'à de rares occasions, et à chaque fois, j'avais une confirmation de sa présence à tel ou tel endroit. Il m'offrait des fleurs, m'apportait le petit déjeuner au lit. Et, nous avions retrouvé une vie "intime" en l'espace de quelques semaines. J'en oubliais presque sa frasque. Au fond de moi, j'avais malgré tout, l'impression que tout cela n'était qu'un rêve. Et quand j'essayais de lui faire part de certains doutes sur notre mariage, il restait évasif. Il disait que tous les couples traversent une petite période d'éloignement, et que la nôtre était derrière nous. Et je le croyais. J'avais retrouvé ma famille, et une vie de couple normale.
Haley restait cependant sur ses gardes, puisque Emily nous rendait toujours quelques visites surprises. Mais je lui disais qu'elle limitait ses interventions dans notre vie et que Lucas et moi étions à nouveau heureux. J'aurais dû l'écouter.
Un soir, j'avais décidé de confier Sophia à Haley et de préparer un dîner en tête à tête avec mon mari. J'avais mis une bouteille de champagne au frais, le repas préféré de Luke était au four, et je m'étais habillée simplement, comme Lucas aimait. Une robe noire. Mais pourtant très sexy. Je m'étais installée dans le salon et attendais tranquillement. Il était presque vingt heures. Lucas aurait dû être rentré depuis un moment déjà. Je pris le téléphone et composai le numéro de son bureau. Quand quelqu'un daigna répondre, sa secrétaire m'affirma qu'il était parti depuis quarante-cinq minutes. Je murmurai un merci empreint d'inquiétude.
Où était-il ? Et s'il lui était arrivé quelque chose ? J'enfilais ma veste lorsque le téléphone sonna. Mes mains se mirent à trembler lorsqu'elles entrèrent en contact avec le combiné.
- Allo.
- Peyton, c'est Lucas. Ecoutes ma chérie, j'ai une montagne de travail, j'en ai encore pour longtemps. Je vais essayer de faire vite.
- Bien sûr, lui répondis-je amèrement.
- A plus tard. Je t'aime.
- Oui, c'est ça.
Je raccrochai rapidement et entrai comme une furie dans notre chambre. Je me mis à chercher dans l'un de mes tiroirs et en sortit le récépissé que j'avais trouvé l'autre fois. Je notai l'adresse sur un bout de papier et appelai Haley. Je lui demandai de garder Sophia un peu plus longtemps en lui disant que c'était la dernière fois que Lucas me mentait.
Une fois sur les lieux, je montai les marches et demandai au réceptionniste si Lucas Scott avait réservé ici. Il me répondit que oui mais qu'il n'était pas seul. Cependant, voyant mon insistance, il me donna le numéro de la chambre et me conduisit jusqu'à l'ascenseur. Les chiffres défilaient rapidement mais trop lentement pour moi. Qu'allais-je trouver dans cette chambre ? Était-ce la fin de mon mariage ? Je craignais bien que oui.
Une fois devant la porte, je ne bougeai plus. Je tendis l'oreille et entendis la voix de Lucas.
- Emily, arrête ! On en a déjà parlé. Je ne peux pas quitter Peyton pour l'instant. Sophia est trop petite pour voir son père et sa mère séparés.
- Elle a cinq ans Lucas, elle peut comprendre. Si ses parents ne s'aiment plus, il faut qu'ils se séparent avant que ça dégénère.
- Rappelle-moi : quand as-tu eu ton diplôme de psychologie ?
- Lucas, tu sais très bien ce que je veux dire par là ! Tu m'avais promis qu'on serait bientôt tous les deux. Rien que toi et moi !
- Mais on est tous les deux là. Et, d'ailleurs assez parlé !
Je ne tenais plus, j'ouvris la porte tellement violemment que, l'espace d'un instant j'ai cru que les gonds avaient sauté. Je trouvais Lucas torse nu, une serviette autour de la taille en train de déshabiller cette petite traînée. Il tourna la tête et quand il croisa mon regard rempli de haine, il se retira rapidement et utilisa l'excuse traditionnelle.
- Peyton, ce n'est pas ce que tu crois !
Il me prend vraiment pour une imbécile !
-La fête est finie, Lucas. Quant à toi, lançai-je à Emily, tu vas te rhabiller et m'attendre dehors.
Elle rassembla ses affaires et sortit de la chambre. Et que faisait Lucas ? Il tripotait nerveusement son alliance dont il n'avait pas pris la peine de se séparer.
- C'est fini, Lucas.
- Et Sophia ?
- Tu pensais à ta fille, lorsque tu t'envoyais en l'air avec Emily ?
- Elle a besoin de son père.
- Elle a besoin de sa mère. Pas d'un père qui jongle entre sa femme et sa maîtresse.
- Tu fais une énorme erreur. Tu ruines notre famille.
- Non, Lucas. C'est toi qui as ruiné notre famille, il y a bien longtemps !
Je sortis de la chambre, la gorge nouée. Mais mes larmes restaient bloquées. Il m'avait trop fait pleurer. Plus jamais je ne lui laisserais le privilège de m'atteindre.
Emily m'attendait dans le hall de l'hôtel, visiblement retournée par le fait d'avoir été surprise en flagrant délit.
- Peyton, écoutez-moi. Je n'ai jamais voulu ça ! Commença la jeune femme.
- Emily, nous sommes des femmes, la coupai-je. Pourquoi m'avez-vous fait ça ? On ne trahit pas une autre femme, qui vous a accueilli de la façon dont je vous ai accueilli. Plus encore, on ne se pavane pas dans la maison d'une autre femme en espérant atterrir dans le lit de son mari, quand on dit être une femme respectable. Parce que vous ne l'êtes pas ! Et vous ne le serez jamais si vous continuer à vous attaquer à des hommes qui ont une femme et un enfant chez eux.
- Lucas est autant à blâmer que moi.
- Il l'est. Il a perdu sa femme et sa fille pour une aventure sans lendemain. Mais vous, Emily, vous avez perdu votre intégrité.
- Peyton, je...
- Bonsoir Emily.
Je sortis de l'hôtel, sous les regards incrédules des clients et du réceptionniste. Avant de repartir, j'appelai Haley pour lui dire de ramener Sophia chez nous.
Quand j'arrivai à la maison, Sophia et Haley étaient déjà là et m'attendaient avec un bon café. À ce moment-là, j'avais besoin de quelque chose de plus fort, mais je me devais de rester digne, pour ma fille. Elle n'a pas mérité de souffrir des erreurs de son père. Tandis que Sophia regardait un dessin animé avant d'aller se coucher, Haley et moi préparions les valises de mon mari. Si je pouvais encore le considérer comme tel.
Je n'étais même pas en colère. Seulement amère et je m'en voulais. De n'avoir rien vu. Ou du moins de ne pas avoir voulu voir. Il me trompait presque impunément. Et il jouait le rôle du parfait mari et père de famille pour noyer le poisson. Les apparences, voilà ce qu'il voulait sauver. Mais notre mariage, lui, avait sombré tel un paquebot au fond de l'océan. Haley m'aidait à plier ses affaires silencieusement et me jetait certains regards inquiets ; je lui répondais avec un timide sourire. Au fond de moi, j'étais soulagée, nous n'aurions plus à jouer cette comédie ridicule. Nous avions été heureux ensemble, je ne le renie pas. Mais il était temps de prendre des chemins différents. À peu près trente minutes plus tard, nous descendîmes deux énormes valises dans l'entrée. Haley releva la tête vers moi et posa sa main sur mon épaule.
- Tu es sûre de ce que tu fais ?
- Il ne m'a pas laissé le choix, je ne vais pas rester avec un homme qui pense à une autre femme lorsqu'il m'embrasse.
- Je suis désolée, Peyton !
- Pas autant que moi, Haley. Pas autant que moi.
Sophia se leva, son nounours dans les bras et nous rejoignit dans le hall. Elle s'approcha doucement et se serra contre ma jambe. Je me baissai alors, et elle me regarda avec ses yeux innocents.
- On part en voyage maman ?
- En fait ma chérie, Papa va partir.
- Pourquoi il s'en va et pourquoi on ne va pas avec lui ?
- Ecoute, mon bébé : Papa a fait beaucoup de mal à maman, et c'est la meilleure solution pour nous tous qu'il s'en aille.
- Il t'a fait mal où ?
- Il m'a fait mal au cœur.
- Tu veux mon doudou? Je te le prête !
- Non ma chérie. Garde le précieusement, d'accord ?
- D'accord.
Haley, voyant que j'avais les larmes aux yeux intervint.
- Allez, jeune fille, il est l'heure d'aller au lit.
- D'accord tante Haley. Bonne nuit maman, je t'aime très fort.
Elle me serra fort contre elle et me fit un bisou sur la joue avant de prendre la main d'Haley et de monter à l'étage. Je me relevai en soupirant et une fois que la porte de la chambre de Sophia fut fermée, Lucas entra dans la maison.
- Peyton, il faut qu'on parle.
-La prochaine fois que tu voudras m'adresser la parole, tu le feras par l'intermédiaire de mon avocate.
- Tu plaisantes ? On ne va pas laisser Emily détruire tout ce qu'on a construit !
- Et tout ce que tu as si brillamment jeté à la poubelle...
- Ce n'était qu'une histoire d'un soir, d'accord ? Cela ne voulait rien dire !
- Lucas, je suis peut-être blonde mais pas idiote. J'ai trouvé les mots doux d'Emily dans la poche de ton pantalon. Je sais que cela voulait dire quelque chose. Dans le cas contraire, ça n'aurait pas duré si longtemps, n'est-ce pas ?
- Je suis tellement désolé !
-Tu peux l'être autant que tu veux. Ça ne te rendra pas ce que tu as perdu. Maintenant tu prends tes valises, et tu t'en vas. Je ne veux plus jamais te revoir.
- Tu l'as dit à Sophia ? Tu lui as dit qu'elle sera séparée de son papa ?
- Oui, et je lui ai expliqué que tu m'avais fait beaucoup de mal. Comment voulais-tu que j'explique à une enfant de cinq ans que j'ai trouvé son papa, qu'elle aime de tout son cœur, dans un lit avec une autre femme ?
- Tu n'as pas à lui dire ça.
- Mais je ne le ferai pas. Je lui ai dit que tu devais partir. Et c'est ce que tu vas faire.
- Je ne partirai pas sans me battre.
- Rendez vous au tribunal, Lucas.
-Rendez vous en enfer, Peyton.
-Va-t-en !
- Bien.
Haley apparut alors en haut des marches. Le visage fermé, les poings serrés le long de son corps. Lucas baissa la tête en voyant sa meilleure amie lui lancer un regard tellement haineux.
-Je m'en vais. Je m'en vais !
-Lucas, attends moi !
Haley descendit les marches et suivit Lucas dehors. Elle ferma la porte derrière elle et ils se retrouvèrent sur le perron. Haley gifla Lucas aussi fort qu'elle le put. Comme si elle voulait me venger. Et par la même occasion venger toutes les femmes trompées de la planète.
- Comment as-tu pu faire ça à Peyton ?
-Tu ne peux pas comprendre, Haley. Peyton et moi avions des problèmes et...
- Et Emily t'aidait à les oublier, c'est bien ça ?
- Oui.
- Mais tu t'entends Lucas ! Au lieu de faire face à tes problèmes de couple, tu préfères satisfaire tes besoins d'hommes avec la première garce venue ! Où est passé le Lucas qui disait que Peyton était la femme de sa vie ?
- J'en sais rien. Je n'en sais strictement rien.
- Tu avais promis que jamais tu ne ferais de mal à Peyton ni à Sophia. Et tu n'as pas tenu ta promesse.
- Tu vas arrêter de me faire la morale ! Je me sens assez mal sans que tu en rajoutes avec tes sermons.
-J'espère bien, Lucas. Parce qu'à l'étage, il y a une petite fille qui se demande si son papa l'aime vraiment.
-J'aime ma fille, plus que tu ne le crois.
-Bonsoir Lucas.
Haley rentra, et me trouva dans le salon, ma photo de mariage dans les mains. Elle me prit doucement dans ses bras tandis que Lucas se mettait au volant de sa voiture, répétant inlassablement la même chose : " Ça ne peut pas se finir comme ça. C'est impossible."
Quant à cette petite fille aux boucles d'or, elle s'endormit difficilement. La pierre sur laquelle reposait son petit monde s'effritait peu à peu. Cette petite fille n'avait demandé que la paix dans sa famille et personne n'avait su la lui donner. Rêve brisé ou nouveau départ ? Seul l'avenir le lui dira...
Voilà pourquoi nous nous sommes retrouvés devant ce juge aujourd'hui. Toute notre vie commune était à présent derrière nous. J'aurais tellement aimé ne jamais découvrir ce mot, ne jamais m'être retrouvée dans l'embrasure d'une porte observant mon mari à moitié nu et sa maîtresse dans un lit. Il fallait que je fasse le point. Que je recommence ma vie.
Cependant, la réaction de Lucas au moment du verdict ne présageait rien de bon. La bataille allait être rude.
Peyton – Californie -Avril 2008
Je reste immobile devant l'évier, et j'essuie les couverts, les yeux perdus dans le vide.
Derrière moi, installée sur sa petite chaise, Sophia dessine calmement avec les crayons que sa tante Haley,comme elle la nomme, mais qui est en réalité sa marraine, lui à rapporté dans la soirée, ses yeux sont fixés sur la feuille dont elle gribouillé les bords, avec une profonde concentration qui rend son petit visage grave ; ses boucles blondes se baladent sur ses épaules, et elle les chasse de la main quand elles lui barrent les yeux, des yeux azur imprégnés de tristesse ; et je sais ce qui lui manque, il me manque aussi, mais nous ne pouvons plus revenir en arrière, ni l'un, ni l'autre.
Je me retourne après avoir rangé le dernier verre, et je reste adossée au meuble pour épier ma fille, je m'en veux de la faire souffrir, je m'en veux de lui infliger ce manque, ce silence ; mais il y a une seule chose que je me suis juré de ne jamais pardonner, et il l'a commise, il a bafoué tous nos serments, toutes nos promesses, tout cet amour qui aurait dû perdurer jusqu'à la fin de notre vie !
Mais la pire des blessures ne peut s'oublier, et chaque jour, je me maudis de l'aimer autant, je me maudis de l'aimer encore et toujours. Et je reste de longues heures éveillée dans mon lit, en sentant un vide intense me creuser le cœur ; je nous revois avant la naissance de Sophia, confiants dans cet avenir que nous nous étions jurés de construire ensemble, main dans la main, je peux encore le sentir parcourir ma peau nue, respirer son parfum envoûtant, et trembler sous la douceur de son corps, ce sont des sensations qui s'évaporent, qui nous quittent quand la personne s'éloigne, mais pas pour moi :
Il vit en moi, il y vivra toujours, rien que pour Sophia qui nous liera jusqu'à la fin, c'est la seule chose qui aie survécu, c'est le seul bonheur qu'il nous reste, et je vais la préserver, je vais la choyer, jamais elle ne manquera d'amour, non jamais, c'est la promesse que je tiendrais jusqu'à mon dernier souffle…
-Maman… ? fit-elle, la tête penchée sur le coté, songeuse, son crayon entre ses petits doigts noués. Tu es encore triste.
-Non mon cœur, répondis-je en m'approchant pour lui sourire et lui caresser les cheveux.
-Je ne veux plus que tu pleures la nuit, répliqua t-elle en me fixant et j'en fus bouleversée.
Elle descendit de sa chaise, et me tendit les bras. Je la soulevai en souriant, collant mon visage contre le sien, sentant la chaleur de son petit corps contre le mien, et c'est à ce moment -là que je me rendis enfin compte de tout ce que j'étais prête à faire pour elle, de toutes les montagnes que je pourrais dépasser, de tous les obstacles que je pourrais bousculer, je pourrais faire l'impossible, commettre l'irréparable.
Les paroles de Lucas résonnent encore entre nous, je la serre un peu plus, comme pour la retenir, comme si j'avais vraiment cette crainte qu'il me l'enlève, que ce sentiment qui l'animait soit plus fort que la raison, que la colère soit le déclencheur, et qu'il veuille me faire souffrir comme notre divorce l'avait fait souffrir, la même blessure, le même cœur brisé, mais sans elle je n'étais rien, sans elle nous n'étions rien.
Le carillon de l'entrée se fit entendre, et je la déposai au sol en lui donnant ses crayons et en la poussant vers le salon, convaincue qu'il s'agissait encore d'un représentant. Je me dirigeai vers l'entrée, et l'ombre qui se mouvait derrière elle ne m'interpella pas, jusqu'à ce que j'ouvre, et que nos yeux se croisent. Il etait immobile, les mains croisées dans son dos, les yeux brillants, et lèvres tremblantes.
-Laisse moi la voir Pey'… Je t'en prie !
-Non ! Tu as un droit de visite, respecte le, assenai-je en repoussant le battant mais plus fort que moi, il le retint dans ses mains.
-Tu ne peux pas me faire cela, ni à moi, ni à elle ! Elle ne doit pas payer pour nos erreurs.
-Pour les tiennes Lucas, seulement pour les tiennes… Mais tu as raison : elle ne doit pas payer pour cela, et le juge a statué, tu la verras dans quelques jours.
-Aucun juge ne peut m'empêcher de voir mon enfant Pey', tu devrais le savoir, tu devrais le comprendre, ne te venge pas en la prenant en otage !
-Comment oses- tu ? fis-je en le bousculant légèrement, je la protège de tout cela, je ne veux pas qu'elle ait à souffrir de ton absence, et jamais je ne lui dis de mal de toi, mais c'est ainsi, nous deux c'est terminé, Lucas, autant l'accepter et en finir.
-Nous pourrions recommencer Peyton ! Je sais que nous n'avons pas cessé de nous aimer.
-Tu as certainement cessé de me respecter quand tu as couché avec notre voisine !
-C'était une erreur ! Tout le monde fait des erreurs !
-Je ne te le pardonnerai jamais, même s’il reste quelque chose entre nous, même si il y encore de l'amour, je ne veux plus jamais que tu m'approches, tu pourras voir ta fille les jours convenus par le juge, et c'est tout, nous resterons en bons termes pour elle, mais plus jamais Lucas, plus jamais !
-Je t'aime encore, tu le sais, tu le sens, nous aurions pu nous retrouver, nous aurions pu redevenir une vraie famille, mais il a fallu que tu montes sur tes grands chevaux encore une fois ! Tu ne changera jamais, toujours ce mauvais caractère, dit-il, excédé. Si tu n'avais pas demandé le divorce…
-Mais je l'ai fait, le coupai-je, et ce n'est plus la peine d'en discuter, reviens samedi pour voir Sophia !
-Elle est là n'est ce pas ? Où est-elle ?
-Elle dort !
-Non c'est faux… Pey…dit-il en s'approchant doucement ; et sans que je ne m’en rende compte, il se trouvait dans la maison, face à moi avec ses yeux bleu emplis de larmes, suppliants.
-Ne t'approche plus de moi Scott ! Et sors de ma maison !
-C'est notre maison.
-Plus maintenant ! Et fréquentes-tu encore cette Emily ? Enfin que dis-je ! Je m'en contre fiche ! Ajoutai-je en me retournant vers la table pour y poser mes mains à plat, tremblante de la tête aux pieds.
-Non Peyton… Je te jure que je ne la vois plus !
-Je m'en fiche Lucas, murmurai-je.
Il posa ses mains sur mes épaules, et j'essayai vainement de me dégager, j'avais totalement oublié Sophia qui devait être dans le salon avec ses crayons, et je priais pour qu'elle ne nous entende pas, qu'elle n'entende pas la voix de son père, cette voix qui lui manquait tant, à elle comme à moi, et elle avait raison, je pleurais toutes les nuits : je le voyais dans les bras de cette femme qu'il avait préféré à moi quelques temps, ce n'était pas que l'erreur d'une nuit, c'était une vraie liaison, je me sentais plus que jamais trompée !
Pourtant l'amour ne peut s'effacer ainsi, il me faudra du temps pour ne plus trembler à son approche, pour oublier la chaleur de ses mains, et l'intensité de son regard, il me faudra du temps pour ne plus vouloir prononcer son prénom, et pour prendre la main d'un autre homme, si j'y arrive un jour…
-Va-t-en ! Maintenant c'est trop, hurlai-je soudain, et il recula. Je ne fais qu'y penser, je ne dors plus, je ne peux plus travailler, je me sens comme une coquille vide, comme si mon cœur allait exploser dans ma poitrine, tu m'as trahie, c'est irrémédiable ! Je veux que tu t'en ailles, tu verras Sophia les jours autorisés et c'est tout, ne reviens plus ici en dehors de tes droits !
Je ne veux plus te voir, je ne veux plus que tu sois si proche de moi, cela me ronge, et je ne peux m'empêcher d'imaginer cette autre femme dans tes bras, peut-être même l'as- tu emmenée dans notre lit un jour…
-Jamais !
-Peu importe, à présent ! Sors de ma maison !
Il recula en titubant puis il fit volte face, et courut vers la porte, arrachant le battant comme si il rêvait de tout détruire, et au moment ou je soupirais, la main sur la poitrine, il s'immobilisa, et sa voix tremblante s'éleva…
-Ne sois pas si sûre de tout posséder, Peyton ! Peut-être qu'un jour je te reprendrai ce qui compte le plus pour toi, et là tu comprendras enfin ce que j'endure, toute cette souffrance que tu fais naître en moi, un jour c'est en toi qu'elle brûlera…
Il referma violemment la porte et je laissai échapper un cri que j'étouffai directement en portant ma main à mes lèvres. Je me retournai vers la fenêtre, pour voir sa voiture s'élancer sur la route, et quand je décidai d'aller dans le salon pour retrouver ma fille, je la vis sur le pas de la porte, son doudou à la main, son pouce dans la bouche, le visage grave, et les yeux embués de larmes.
-Pourquoi papa n'est pas venu me voir ? demanda t-elle ; je m'agenouillai devant elle en essuyant les larmes sur ses joues.
-Il viendra samedi comme le juge l'a décidé, Sophia, tu te souviens, je t'en ai parlé ? Le juge à décidé qu'il ne te verrait qu'une fois par semaine.
-Oui, fit-elle d'une toute petite voix avant de baisser la tête, et je relevais son menton pour que nos yeux se croisent.
-Mais moi je suis là mon ange, et je ne te quitterai jamais.
-Papa nous a quittées, lui ?
-Il a été obligé chérie, fis-je en soupirant ; elle était bien trop jeune pour comprendre ces histoires d'adultes.
-Pourquoi ? Insista-t-elle en serrant son ourson contre son cœur, et je la soulevai dans mes bras pour l'asseoir sur la table de la cuisine.
-Parce que les adultes font parfois des erreurs sans penser aux conséquences, c'est malheureux mais c'est ainsi. Mais n'oublies pas que, même si nous ne vivons plus sous le même toit, nous sommes une famille, et nous le resterons.
-Je l'ai entendu crier. Il était méchant avec toi.
-Non, il était en colère c'est tout, la colère peut nous pousser à dire des choses terribles, demain il les aura oubliées.
-Je lui ai fait un dessin pour samedi maman, s'exclama t-elle en retrouvant soudain le sourire, et j'appréciais la diversion.
-Il est très beau ma chérie, maintenant ouste ! Au lit !
-Une histoire ? Négocia-t-elle avec un sourire en coin ; je la soulevai en riant pour l'emmener dans sa chambre.
Elle grimpa dans son lit et se couvrit jusqu'au menton, prête à entendre toutes sortes d'histoires de monstres et de princesse, et bien entendu la princesse rencontrait toujours le beau prince qui venait l'arracher des griffes de l'hideux monstre qui en voulait à sa vie. Une fois l'histoire achevée, elle gardait toujours le petit livre collé contre sa poitrine, pour que ces contes entrent dans ses rêves, dont elle rayait toujours le monstre pour ne garder que le meilleur : une jolie histoire dont la fin redonnerait espoir à n'importe quel adulte blasé, sauf à moi.
Les contes de fées n'habitaient plus mes rêves depuis longtemps, mais je continuais à les lire à ma fille, je ne voulais pas qu'elle entre trop vite dans le vrai monde et qu'elle y perde sa si douce innocence. Je me relevai doucement, avant d'éteindre la lumière et de faire demi tour, laissant juste la lueur du couloir habiter la pièce comme toutes les nuits, et je retournai dans le salon pour trouver ses petits crayons éparpillés sur la table.
Je m'installai, une feuille vierge à la main pour tracer de nouvelles images. La musique envahit doucement la pièce, quelques notes pour m'apaiser, et je dessinai les contours d'un visage, puis d'un autre, un homme en colère face à une petite fille qui l'épie un petit ourson à la main. Je soupirai en constatant que je n'avais fait que reproduire la scène qui m'avait tant secoué, et je chiffonnai le dessin dans ma main, à mon tour furieuse, ce n'était que des menaces en l'air, une colère qu'il n'avait pas réprimée, mais jamais, non jamais, il n'aurait l'idée de me prendre ma fille, nous ne pouvions pas en arriver là.
Je lançai le dessin dans la corbeille, et éteignis toutes les lumières ainsi que la chaîne hi-fi avant d'aller me coucher, mais au fond de mes rêves il n'y avait ni princesse ni sauveur, juste le visage de Lucas dans le brouillard, et ces mots qu'il avait lancé avant de disparaître… Un jour c'est en toi qu'elle brûlera…
Lucas –Californie – Mai 2008
Les mois me semblent interminable sans elles, des journées instables, qui s'écoulent au ralenti, des nuits blanches et terriblement vides, un lit froid, une présence fantomatique, et je ne peux m'en prendre qu'a moi-même. J'entends encore le rire de Sophia, et la douce voix de Peyton le matin, des choses qui bientôt disparaîtront avec elles, c'est une douloureuse sensation que cette perte que nous ne contrôlons pas, elles m'échappent, ou peut- être même que je les ai déjà perdues.
Peyton ne m'adresse pas la parole en dehors des samedis où je viens prendre ma fille, devant elle, elle reste joyeuse, et fait bonne figure, quand elle n'est pas là, je suis un étranger, nous sommes des étrangers : le juge a condamné notre union, elle est caduque à présent ; il n'y a plus rien, juste cette enfant entre nous qui souffre de mes erreurs. Et c'est insupportable, je n'ai plus aucun but, je n'ai plus aucun rêve, tout est mort quand Peyton a demandé le divorce, je me suis écroulé avec notre mariage et depuis quelques temps, une sourde colère se réveille en moi, je lui en veux, je lui en veux d'avoir mis fin à notre conte de fée : dans mon esprit, elle à engagé la procédure, elle à signé les papiers, elle est coupable.
C'est un drôle de sentiment que cette colère qui nous pousse dans nos retranchements, et d'elle est née un besoin terrible de vengeance, des mots que je n'aurais jamais pu prononcer devant elle, des horreurs qui se sont installées entre nous, sans parler de notre fille qui nous regarde d'un tout autre œil, de la crainte, de la tristesse, une peur de l'abandon. Et quand je lui ai dit que je pourrais lui reprendre ce qu'elle aimait le plus, je n'aurais jamais pensé voir son visage pâlir, je n'aurais jamais penser que ses yeux pourraient avoir cette intensité là, comme si j'avais affaire à une nouvelle personne ! La guerre était engagée, et de sa finalité dépendra tout le reste de notre vie. Dire que Sophia n'a que cinq ans, et qu'elle se retrouve ainsi entre nos désirs fous de vengeance, entre la colère et la rancœur… Que pouvons nous lui offrir d'autre ? Je ne veux pas la faire souffrir je l'aime trop pour cela, mais depuis quelques semaines tout cela ne me suffit plus, j'observe Peyton quand elle vient la chercher à l'école, son visage, son sourire, tout me manque, un désir inassouvi s'installe, et je souhaiterais presque effacer ce faux sourire de ses lèvres, je voudrais qu'elle souffre aussi de ce manque. Car c'est mon enfant, et je ne peux pas vivre sans elle, elle est toute ma vie comme sa mère l'était, et à cause de ce procès, je ne peux que la voir une journée par semaine, c'est trop peu, c'est une punition trop dure pour le crime, et je vais réparer l'erreur de la justice.
J'ai passé trois semaines terribles à me poser la question, à retourner le problème dans tous les sens, passer à l'acte ou non, ravir ce qui compte le plus pour nous ou accepter ce jugement qui me semble ridicule, et je n'ai pas encore pris ma décision, je suis installé dans ma voiture devant l'école de ma fille, et je la regarde jouer dans la cour de récréation, ses boucles blondes se baladant hors de son chapeau, et son rire résonne : elle n'est pas si malheureuse sans moi finalement, et je ne voulais pas devenir le père que l'ont ne voit qu'une fois par semaine, je ne voulais pas être cette ombre qu'elle ne verra que quand la justice l'aura décidé, c'est absurde, c'est injuste, je dois faire partie de sa vie, même si pour cela je dois en détruire une autre…
Mais je l'aime encore, je pense à elle chaque nuit, je n'oublie rien, et même si je me console dans d'autres bras, il n'y a que son visage qui s'impose, toutes ces femmes deviennent Peyton, c'est une obsession, alors si je ne peux plus l'avoir je vais faire brûler cette colère au creux de son cœur, son cœur si pur incapable de la moindre méchanceté, nous verrons bien de quoi elle est capable pour retrouver son enfant.
Je sors lentement de la voiture, claquant doucement la porte derrière moi pour ne pas alerter les passants, ma décision est prise, je me voilais la face en affirmant que je n'aurais pas ce courage, bien sûr que je l'aurais ! Elle a fait de moi un monstre, je ne me reconnais plus, mais une seule chose est certaine, je veux retrouver ma fille, qu'importe le verdict d'un seul homme, qu'importe la justice, qui a dit que la justice était forcément juste ? L'est-elle quand elle sépare un père de sa fille ?
Je m'arrête devant les grilles, et Sophia m'aperçoit, je lui fais signe, elle échappe à la vigilance de son institutrice, et elle me rejoint près de l’entrée, étonnée de me voir là un autre jour que ce samedi habituel auquel Peyton l'avait conditionnée. Je lui souris et elle tend la main vers moi…
-Papa ? Nous ne sommes pas samedi !
-Je sais mon ange, mais maman m'a demandé de venir te chercher plus tôt dans la matinée, nous avons une journée supplémentaire à présent.
Elle me regarda les yeux brillants, et je sus à cet instant que j'avais pris la bonne décision, une décision folle, mais que ne ferions nous pas pour nos enfants ? Elle regarda derrière elle, et poussa la grille, je l'aidais à sortir, puis la refermai doucement sans que le cliquetis n'alerte les institutrices qui bavardaient dans un coin. Elle prit ma main avec un sourire, ravie sans doute que sa maman ait autorisé une nouvelle visite, puis elle me suivit sans prononcer un mot, sa petite main chaude dans la mienne me réchauffait le cœur.
Je l'installai à l'arrière, dans son petit siège, et elle parla de ses petits camarade durant tout le trajet, je ne savais pas ou j'allais, je ne savais pas ou je voulais aller et quand je dépassais le panneau « Vous quittez Los Angeles », je compris enfin que la machine était enclenchée, qu'il était impossible de revenir en arrière, et je jetai un regard dans le rétroviseur ; elle était profondément endormie. Mes mains tremblaient sur le volant, mais je poussai le moteur, j'accélérai encore, dépassant toutes les voitures comme si je me savais poursuivi, et c'était le cas, maintenant j'étais en cavale, je fuyais la justice qui m'avait enlevé mon enfant et je faisais souffrir la personne que j'aimais le plus, je l'aimais autant que je la haïssais, ce n'était pas un paradoxe, je voulais qu'elle ressente cette brûlure qui s'était installée dans mon cœur, celle qui m'avait rongé de nombreux mois ; j'avais tout perdu, à elle maintenant d'être à ma place. Je coupai mon téléphone portable, et me concentrai sur la route, mes mains agrippées au volant, les jointures se firent douloureuse et tout mon visage se crispa, derrière moi Sophia soupirait dans son sommeil, mais je ne ralentis pas, je réfléchissais à notre destination, un autre état, d'autres lois, et je pensais à ma mère en Caroline du Nord, ma mère que je n'avais pas vue depuis de longues années, et qui n'était même pas au courant de mon divorce, mais elle pouvait nous accueillir, oui elle le pouvait, et je pris l'embranchement suivant, celui qui allait me faire sortir de Californie, celui qui allait m'éloigner de Peyton pour toujours…
Peyton – Californie – Mai 2008
J'étais en retard. Si je ne l'avais pas été, toute notre destinée aurait pu en être bouleversée, seulement les si et les mais n'ont plus court, j'étais en retard, j'ai eu cette horrible impression d'avoir manqué à tous mes devoirs de mère à cet instant, ce douloureux instant où j'ai découvert un visage ravagé, et une cour d'école déserte, aucun sourire pour m'accueillir, aucun rire qui flotte dans l'air, juste ces voitures de police partout, installées devant ces grilles vulgairement ouvertes où la directrice m'attend, les mains crispées entre elles dans une étreinte tremblante.
Je m'immobilise, en attendant patiemment que des échos résonnent, que la voix de ma fille s'élève, qu'elle m'appelle et se jette dans mes bras, mais il n'y a rien, tout cela parce que j'ai passé trop de temps à peaufiner un contrat qui me liait à un nouveau talent musical, tout cela parce que je n'ai pas regardé l'horloge plus souvent, j'étais en retard et il en à profité pour me l'enlever, je le sais, je le sens avant même que la directrice n'ouvre la bouche, avant même qu'elle ne prononce ces si terribles paroles, je sais qu'il à mis ses menaces à exécution, que le moment est arrivé, que mon cœur se déchire et que tout mon univers s'écroule.
Je la rejoins et elle semble gênée, comme si elle se sentait coupable de ce moment d'inattention où un père a kidnappé son enfant dans un geste fou de colère vengeresse. Et là, elle s'excuse, prononce des mots que je n'aurais jamais voulu entendre et je lui fais face, je ferme les yeux et mes poings se crispent le long de mon corps, je l'écoute sans vraiment y prêter attention, je ne vois que le visage de mon enfant qui s'éloigne, et la main qu'elle retient dans la sienne, cette main qui n'est pas la mienne, et les larmes commencent à s'écouler derrière mes paupières closes, elles noient mes joues… Une main se pose sur mon épaule, une main douce et qui aurait dû être rassurante…
-Madame Scott ? La police est prévenue, il n'ira pas bien loin je vous assure, fit la directrice et j'ouvris les yeux pour la fixer.
-Vous avez manqué à tous vos devoirs, madame, vous n'avez pas surveillé mon enfant, elle était entre vos mains, comment avez-vous pu la perdre de vue ? Comment avez-vous pu la laisser partir avec lui ?
-Je vous assure que nous n'avons rien vu et…
-Alors où est-elle ? Hurlai-je en ouvrant les bras pour désigner la cour déserte, où est ma fille ?
-Ce n'est peut être pas votre ex -mari ! S’exclama un policier en nous rejoignant.
-Si c'est lui ! Il me l'a dit…
-Pourquoi n'avez-vous pas porté plainte ?
-Je ne le croyais pas capable… Mon dieu ! Il m'a juré de me reprendre ce qui avait le plus d'importance à mes yeux, et après lui, c'était elle ! M’exclamai-je et des policiers nous rejoignirent pour me demander le signalement de Lucas.
-Il ne doit pas être bien loin murmurai-je, je devrais aller voir chez lui…
-Vous ne ferez rien du tout, maintenant c'est à nous d'agir, il n'a pas la garde partagée de votre enfant : il est donc en faute, et s’il ne se rend pas au plus vite, il sera accusé d'enlèvement ! Assena le policier à mes cotés, et les autres approuvèrent tandis que la directrice se tordait les mains, angoissée.
-Enlèvement, répétai-je dans un murmure.
Comment un père pouvait-il enlever son propre enfant ? Je passai mes mains sur mon visage, terrifiée à l'idée de ne plus jamais revoir ma fille, de ne plus la sentir contre moi, et la douleur dont il m'avait parlé s'installait maintenant au fond de moi, elle commençait à brûler au fond de mes entrailles, la colère, cette terrible souffrance qui l'a rongé, lui, quand je l'ai quitté, quand j'ai découvert sa faute, voilà qu'elle me rongeait, moi, à présent !
Je me sentais capable de tout pour retrouver ma fille, je me sentais capable de commettre l'impossible, si seulement je n'avais pas été en retard, si seulement j'avais pris au sérieux cette colère sourde qui l'animait, si seulement… Les policiers me fixent tous en silence, je levai les yeux, embués de larmes, mais une étincelle y perdure, l'espoir, l'espoir que Lucas n'ait pas commis l'irréparable, cet espoir que j'ai connu quand j'ai découvert son adultère et que j'ai cru à un banal malentendu, cet espoir qui vit en moi parce que je suis ainsi, une idéaliste qui a cru trouver un monde nouveau dans la musique et les mélodies qu'elle peut nous apporter, des réponses, et un soulagement, quelque chose d'indéfinissable qui m'a fait avancer, qui a fait de moi cet être capable du meilleur comme du pire ; mais je n'avais pas encore renoncé, je n'avais pas encore cessé de l'aimer, et au nom de cet amour, j'espérais qu'il allait faire demi-tour en voyant le visage de Sophia dans le rétroviseur, mais mon espoir me perdra, ils sont déjà loin, ils sont déjà trop loin de mon cœur…
-Je comprends que c'est dur Madame Scott, mais vous devez nous aider, donnez nous une photo de votre fille, et de votre ex-mari, il faut l'empêcher de quitter l'état sinon il pourrait faire rejuger l'affaire ailleurs et l'emporter ! s'exclama un policier : je relevai la tête, furieuse.
-Non ! Il ne ferait jamais cela ! Vous ne le connaissez pas ! J'ai vécu avec cet homme pendant presque dix ans, il ne peut pas me faire cela, il doit être en balade quelque part, il doit être rentré chez lui à l'heure qu'il est, m'exclamai-je en reculant vers ma voiture, à la limite de la folie.
-Madame ! Croyez nous, il faut agir !
-Il n'a pas pu enlever ma fille en s'en aller ainsi, non il n'a pas pu, criai-je comme une litanie, et la directrice se détourna pour rejoindre les enseignantes qui un peu plus loin, observaient la scène en secouant la tête, apitoyées. Et s’il l'a fait, il va revenir, il va se rendre compte que c'est ridicule, que c'est monstrueux, elle n'a aucune affaire, elle n'a même pas son ourson en peluche, et quand elle s'en rendra compte… Mon dieu ! Il faut la retrouver ! J'ai une photo, oui j'en ai une, attendez…
Je tirai mon porte-feuille de mon sac à main, et son contenu s'étala sur le sol à leur pieds, je m'agenouillai pour tout ramasser, mes mains s'agrippèrent au macadam qui me blessa, et les larmes de rage commencèrent à couler le long de mes joues, mes épaules se soulevaient, et le cœur battant, je me retrouvai avec une photo de famille entre les doigts, une photo que j'avais complètement oubliée, et qui voyageait avec moi, si près de mon cœur sans que je n'en sente la brûlure, un couple uni et le visage joyeux d'une enfant espiègle, tout avait disparu !
Il ne restait rien, je caressai le visage de Sophia sur le cliché avant de leur tendre et de me relever comme une ombre, maintenant le vide s'installait, maintenant la peur faisait son entrée, je le savais à présent, je pouvais ne jamais la revoir si Lucas trouvait juste de demander à un tribunal extérieur de rejuger notre affaire, et si jamais il l'emportait, ma fille ne serait plus qu'un souvenir, et cette photo en était l'ultime étincelle.
Le policier fixa le visage de Lucas et la petite moue de Sophia à ses cotés, il la passa à ses collègues et l'appel fut lancé la sirène vint me secouer pour me ramener à la triste réalité, j'avais perdu la trace de ma fille, mon ex -mari avait décidé de me punir, c'était une danse cruelle et les premiers pas en étaient terribles ! Il s'éloignait en emportant ma raison de vivre, que me restait-il ?
L'un des policiers me ramena à leur voiture, en me parlant doucement, mais je n'entendais rien, juste quelques murmures qui me transpercèrent à nouveau le cœur, des mots qui n'auraient jamais dû faire partie de notre histoire : Enlèvement, barrage, patience, colère, vengeance…Il ouvrit la portière, et je me laissais tomber sur le siège arrière, je n'étais pas en état de conduire, je ne pouvais que rester prostrée en imaginant leur itinéraire, les heures qu'il avait gagné avant que l'alerte ne soit lancée, des heures décisives, j'étais en retard…
Lucas – Arizona – Mai 2008
Je venais de kidnapper ma propre fille, comment en étais-je arrivé à cette extrémité? J'avais perdu l'esprit, je le savais très bien, mais tout etait de sa faute. Peyton n'avait pas à me rayer de la vie de mon bébé de la sorte. Comment auriez-vous réagi si tout ce que vous aviez de plus cher vous était enlevé du jour au lendemain ?
Sophia est mon enfant, et je ne pouvais pas la laisser m'échapper. Nous venions de quitter la Californie. Il faisait très chaud et c'était presque insupportable de rester dans cette voiture. Malgré tout, je n'avais pas le choix. Il fallait que je rejoigne ma mère à Tree Hill le plus vite possible. Elle m'aiderait à réparer cette injustice. Elle m'a toujours offert un soutien inconditionnel. Et ce serait encore le cas aujourd'hui. Sophia était assise à l'arrière, la mine boudeuse. Lorsqu'elle s'aperçut que je la regardais, elle m'adressa un léger sourire et se redressa sur son siège.
- Papa, on arrive bientôt ?
- Pas encore ma chérie. On a une longue route devant nous.
- Pourquoi maman elle n'est pas avec nous ? D'habitude, elle s'assoit toujours avec moi derrière pour m'aider à m'endormir.
- Maman, va nous rejoindre une fois chez grand-mère Karen. C'est juste qu'elle a beaucoup de travail.
-Mais même quand elle a beaucoup de travail, elle laisse tout tomber pour être avec nous
- C'est différent cette fois-ci ! Il faut que tu comprennes que la vie n'est pas facile, mon bébé !
- J'voudrais que maman soit là.
- Sophia, lui criai-je presque.
Sophia s'enfonça sur son siège et baissa la tête. Pourquoi lui avais-je crié dessus ? Ce n'est qu'une enfant. Je garai la voiture sur le bas côté quelques instants et me retournai pour parler à ma fille.
- Écoute-moi, Sophia. Papa ne voulait pas crier.
- Mais tu as quand même crié !
- C'est la fatigue qui me fait crier. Je ne suis pas fâché contre toi. Tu es la plus gentille petite fille que je connaisse et je sais que tu n'aimes pas quand on crie. Mais il y a certaines situations qui nous font craquer, tu comprends ?
- Oui Papa, dit-elle en hochant doucement la tête.
Je lui tendis ma main qu'elle attrapa et qu'elle serra fort. Après quelques minutes, je redémarrai et notre course folle se poursuivit. Après avoir suivi l'autoroute 10 jusqu'à Phoenix, nous nous arrêtâmes dans un motel de la ville et prîmes une chambre pour la nuit.
Une fois dans la chambre, Sophia s'installa sur le lit et croisa ses petits bras sur sa poitrine. Après avoir pris une douche, je la rejoignis et la questionnai un peu.
- Alors ma chérie, tu es contente d'être ici avec ton papa ?
- Oui et non. Tu sais papa, si tu voulais aller voir grand-mère, pourquoi on n'a pas pris l'avion ? C'est moins long.
-C'est une idée de maman. Elle voulait qu'on traverse les Etats-Unis pour te faire découvrir des paysages. D'ailleurs aujourd'hui, tu as vu le grand Canyon et un élevage d'autruches. Cela ne t'a pas plu ?
- Si ! mais j'aurais aimé que maman soit là. Et puis mon ours me manque. On ne l'a même pas pris avec nous.
- Tu sais quoi ? Demain j'irai faire des courses et je t'achèterai un autre doudou. Promis, petite tête !
- D'accord.
Sophia ne posa plus de questions et s'endormit très vite dans mes bras. Elle etait si paisible !Je l'ai arrachée à sa mère, et elle dort tranquillement. Peyton doit être morte d'inquiétude et a sûrement prévenu la police. Dès demain, il faudra que je fasse quelque chose pour passer inaperçu. Peut-être nous teindre les cheveux ? Peyton a, sans doute, dit à la police que nous avions les cheveux blonds comme les blés. Nous pouvons de cette matière, gagner du temps. Je suis désolée de le faire, Sophia ! Si tu savais comme je suis désolé ! Je n'ai pas le choix. Si on veut continuer à partager toutes ces choses qu'un père partage avec sa fille, il faut que je casse le verdict du juge. Pour toi et moi. Pour nous, mon bébé. Tu verras, tu seras comme avant. Et Peyton payera pour m'avoir éloignée de toi. Je me penchai vers elle et déposai un baiser protecteur sur son front.
-Tout ira bien. Papa prendra bien soin de toi, murmurai-je à son oreille.
Après avoir regardé un énième film à l'eau de rose à la télévision, je rejoignis ma petite fille au pays des songes.
Le lendemain matin, je me réveillai très tôt et me rendis dans le supermarché le plus proche. Une paire de lunettes sur le nez et une casquette cachant mes cheveux blonds. Je me retournais toutes les dix secondes. Je me sentais observé, traqué. Chaque regard qui m'était lancé, m'atteignait comme un coup de fusil. Je rasais les murs. Je ne regardais que mes pieds. D'ordinaire, je ne me cachais pas autant mais dans cette situation, je ne devais pas me faire remarquer. C'était une question de vie ou de mort.
Au moment de passer à la caisse, une vieille dame me doubla. En temps normal, je lui aurais crié dessus, mais je restai silencieux. Je lui adressai un léger sourire forcé, et baissai à nouveau les yeux. J'attendis tranquillement mon tour. Quand il fut arrivé, un grand sourire hypocrite se colla sur le visage de la caissière. Elle examina mes achats tel un inspecteur de police. Sentant la nervosité prendre le contrôle de mon corps, je lui fis remarquer mon impatience en tapotant sur le comptoir. C'est sûr qu'un homme, avec des lunettes noires et une casquette, achetant deux pots de coloration capillaire et un ours en peluche, qui en plus se conduit bizarrement, peut soulever la méfiance de certains ! Elle passa mes achats et m'indiqua la somme de vingt $ et vingt-cinq cents, toujours en souriant bêtement. Je lui tendis la somme exacte et elle emballa mes produits dans un sac en plastique. Je murmurai un merci timide et rentrai au motel. Je trouvai Sophia assise sur le lit, les genoux repliés contre son buste, la tête baissée.
- Qu'est ce qui se passe, ma chérie ?
- Tu m'as laissé toute seule Papa, dit-elle en séchant ses larmes.
- Je n'étais pas loin et d'ailleurs, j'ai un cadeau pour ma petite fille.
Elle releva la tête, curieuse et se précipita sur moi.
- C'est quoi Papa ? donne vite !
- Qu'est ce qu'on dit d'abord ?
- S'il te plait, Papa.
- Bien.
Je lui tendis l'ours et la lueur dans ses yeux refit son apparition. Cette lueur que sa mère avait lorsque ce bout de chou etait venue au monde. Une lueur de joie. D'espoir peut-être.
- Qu'est ce qu'il y a d'autre dans le sachet Papa ?
-Ce sont des produits pour changer la couleur de tes cheveux et des miens.
- Mais j'aime bien ma couleur, Papa !
- Je sais, mais tu n'as pas envie de changements ? Et puis maman m'a dit que tu devais changer de couleur pour le jeu, tu te rappelles ?
- Et je gagne des points dans le jeu ?!
- Oui !
-Alors d'accord, mais après je veux retrouver mes cheveux !
- Tout ce que tout voudras, ma puce.
Je m'abaissai à son niveau et la serrai très fort contre moi. Comme si on allait me l'enlever l'instant d'après. Ma fille est tout pour moi. Je ne supporterai pas qu'on me l'enlève, qu'on me l'arrache. C'est au dessus de mes forces. Je l'emmenai dans la salle de bain et la plaçai sur un petit tabouret pour qu'elle soit à la bonne hauteur. Je lui fis couler de l'eau tiède sur la tête et ouvrit le flacon de coloration. J'en versai un peu dans ma main et l'appliquai sur sa chevelure blonde, comme un shampooing. Après avoir fini avec Sophia, je la fis asseoir sur une chaise et procédai à mon tour, à l'opération de coloration. Une fois terminé, je m'assis à côté d'elle.
- C'est long et ça ne sent pas bon !
- Mais tu verras après ça ira mieux.
- Regarde çà, Papa t'as une tache sur le nez ! dit-elle avec toute l'espièglerie d'une enfant de cinq ans.
Elle l'essuya doucement et plongea son regard dans le mien. Une larme s'échappa de mon œil.
- Pourquoi tu pleures Papa ?
- Ce sont des larmes de joie, Sophia.
- Pourquoi ?
- Tu m'as manqué. Ça m'a manqué.
- Quoi ?
- Être avec ma petite fille.
- Je ne suis pas si petite que ça ! s'exclama-t-elle en tapant du pied.
-Mais tu seras toujours ma petite fille, lui répondis-je en m'approchant d'elle.
Je la pris doucement dans mes bras, sans prendre en considération la teinture sur ses cheveux qui se déposait sur ma chemise.
Environ dix minutes plus tard, je nous rinçai les cheveux et découvris notre nouvelle apparence. C'était plutôt déroutant. J'ai toujours été habitué à jouer avec les petites boucles blondes de Sophia. Elles étaient à présent noires comme l'ébène. Noires comme mon âme depuis que nous avons commencé cette cavale. Mon âme s'est noircie, mon cœur s'est durci. Mais ça ne veut pas dire que devant Sophia, je sois cet homme sombre au cœur de pierre ! Cette merveilleuse petite fille fait ressortir le meilleur de moi-même. Quand je suis avec elle, je me sens vivant. Un vrai papa gâteau. Nous avons changé du tout au tout. Un simple coup de pinceau et nous devenions deux personnes différentes. Il était à présent temps de reprendre la route. Le plus tôt serait le mieux. C'est décidé nous partirions dans la soirée. La nuit, la circulation est plus calme. Et la vigilance de la police baisse en soirée. Nous aurions plus de facilités pour passer au Nouveau Mexique. Il faut que je j'arrive à Tree Hill le plus vite possible. C'est ma seule et unique chance. Il faut que je la saisisse. Et je dois me montrer fort et intelligent.
Peyton – Californie – Mai 2008
La petite aiguille défile lentement, son cliquetis résonne dans la pièce silencieuse et je suis son cheminement, elle nous emmène vers l'heure pleine, et dans cette sorte de salle d'attente, je suis comme tous ces autres êtres humains à coté de moi qui vivent d'espoirs vains. Ils sont pâles, leurs mains sont nouées comme les miennes que je tords nerveusement, en essayant de contenir les battements de mon cœur qui ne cesse de s'affoler à chaque nouveau virage de cette horloge, le temps passe, il s'écoule lentement pour certains, rapidement pour d'autres, mais à moi il me semble interminable, infini, des heures pendant lesquelles Lucas s'éloigne encore un peu plus de moi, des heures pendant lesquels il fait de notre enfant un objet de convoitise et rien que pour ce geste je devrais lui en vouloir à mort !
Mais la colère dort en moi, les sanglots n'ont pas encore secoué mes épaules, je suis passive, le moment de la déverser sur le monde n'est pas encore arrivé, mais mon rendez-vous était en retard, largement en retard, et je me tournai vers Haley qui me lança un sourire confiant, avant d'emprisonner mes mains dans les siennes. Soudain la porte s'ouvrit, et un homme s'installa dans l'encadrement, avec une feuille de papier à la main , il releva la tête et nos yeux se croisèrent, il hocha la tête, et m'appela doucement, comme s’il savait que cette mère qui recherchait vainement son enfant n'était autre que la seule femme qui fixait l'horloge sans ciller, car le temps était son pire ennemi, puisqu’ il pouvait l'aider ou la perdre : étrange paradoxe qui me poursuivait, et quand je me levai, Haley m'accompagna, toujours sa main dans la mienne, nous pénétrâmes dans le bureau ; il s'installa rapidement avant de nous fixer…
-Avez-vous une horloge murale monsieur…Commençai-je avant de me pencher pour lire la plaque sur son bureau. Nathan Lee ?
-Sur votre gauche madame Scott, elle retarde, dit-il comme si ce détail avait de l'importance.
-Nous sommes en retard, j'étais en retard, fis-je ; il baissa la tête sur sa feuille où figuraient toutes les informations sur mon cas avant de soupirer.
-Nous les retrouverons.
-J'ai fais appel à vous car la police ne sait plus où donner de la tête, elle m'a donné votre nom et j'ai besoin de savoir si c'est possible.
-Tout est possible madame Scott ! s'exclama t-il avant de se tourner vers Haley avec un sourire.
-Haley James, je suis la marraine de la petite et… une amie de la famille !
-De monsieur Scott ? demanda t-il en sortant un petit carnet.
-En partie ! Peyton était ma meilleure amie avant son mariage et tout naturellement nous avons sympathisé avec Lucas.
-Selon vous, où est monsieur Scott ?
-Il n'a pas de famille autre que sa mère et son oncle à Tree Hill… Il n'y a pas trente six mille endroit où il puisse être.
-Il y a des dizaines d'états dans ce pays, des dizaines de lois différentes, murmurai-je avant de relever la tête et de fixer le regard saphir du détective. Retrouvez ma fille monsieur Lee ! C'est tout ce que je vous demande, il n'avait pas le droit de me faire cela, non il n'avait pas le droit de nous détruire tous…
-La colère n'apporte rien de bon madame Scott, votre mari a fait cela sur un coup de tête, il fera bien une erreur un jour !
-Un jour… Dans un mois ? Dans un an ? Dans dix ans ? Et je ne me souviendrai même plus du visage de mon enfant !
-Patience…dit-il et je secouai la tête.
-J'ai fixé l'horloge de votre salle d'attente pendant vingt minutes ! Savez-vous le nombre de kilomètres que l'on peut faire en vingt minutes ? Peut- être très peu à l'échelle des Etats-Unis, mais beaucoup trop pour moi, il l'éloigne, je ne ressens plus rien, je ne ressens plus sa présence, je suis perdue, et c'est à la justice de m'aider, prouvez moi qu'elle est juste !
-Elle l'est… Dans la plupart des cas, seulement comprenez moi madame Scott…
-Peyton !
-Peyton…Il peut aller dans n'importe quel état faire rejuger l'affaire, et même s’il est coupable d'enlèvement en Californie ce sont les lois de la Californie qui le condamnent, un autre état pourra lui confier une garde pleine et vous n'aurez aucune chance de récupérer Sophia, à moins de vous y rendre directement et de demander un nouveau jugement ; mais avant cela, il faut le retrouver, nous allons surveiller ses retraits d'argent, nous allons faire une liste de tous ses amis partout dans le pays, de ses fréquentations, même des personnes qu'il n'a rencontré qu'une fois, et nous appellerons sa mère, nous nous rendrons même chez elle, faites-moi confiance !
-J'ai confiance, fis-je et il sourit, un sourire qui me réchauffa étrangement le cœur.
-Nous allons diffuser la photo que vous avez remise à la police sur des affiches partout dans le pays, nous pensons même à un message télévisé, les aéroports sont prévenus, les gares également, il n'a que sa voiture pour faire cinq mille kilomètres …
-Et si personne ne les reconnaît ? demanda Haley soudain paniquée. Un homme avec une enfant passe totalement inaperçu.
-Pas quand cet homme est recherché dans tous les Etats-Unis pour enlèvement ! répondit Nathan, et Haley fixa l'horloge pour la première fois de la journée.
-Il est quatorze heure trente, murmurai-je, ils peuvent être n'importe où, en Arizona, au Nevada, ou déjà plus loin, ils doivent dormir dans des hôtels miteux, et elle n'a pas son ourson en peluche…
-Nous avons besoin de cerner la personnalité de Lucas, qu'en est-il de votre divorce ?
-Adultère, fis-je en riant nerveusement. Ma voisine d'a coté, pathétique n'est-ce pas ? Et après cela il à encore osé me supplier, il voulait m'empêcher de divorcer. Avant cela nous n'avions jamais eu de problèmes, j'y croyais dur comme fer, c'était un amour fait pour durer, et il a changé toute notre vie quand il a choisi une autre femme ! Je n'ai que faire de ses excuses, il m'a trompé, je ne l'aurais jamais cru capable d'une telle horreur… J'ai demandé la garde de Sophia, et un divorce pour faute qui m'a été accordé, mais à la sortie du tribunal il m'a menacé, enfin ce n'était pas violent, cela ressemblait à du désespoir, et moi je me maudissais de l'aimer encore, même après que nos destinées se soient séparées. Il est venu un soir pour voir Sophia, mais ce n'était pas son jour de visite, et je l'ai renvoyé, il m'a juré de me reprendre ce que j'aimais le plus, il m'a juré qu'un jour , c'est en moi que la douleur brûlerait, et je la ressens, monsieur Lee, elle brûle mes entrailles, c'est une sensation terrible d'impuissance et la nuit seule dans mon lit je me les représente quelque part dans ce pays, et je suis à leur coté… Jamais je ne lui pardonnerai cette erreur là, non jamais ! Et je me battrai jusqu'au bout, jusqu'à la fin s’il le faut, je veux retrouver ma fille, il n'avait pas le droit…
-Non il n'avait pas le droit, et je crois qu'il le sait parfaitement. Il enlève votre fille en plein jour dans une cour d'école bondée , il n'a pas peur des conséquences, il veut retrouver son enfant et vous faire souffrir en même temps, il n'a plus l'air de savoir où il va, et je pense sincèrement qu'au vu de tous ces éléments il n'a pas vraiment de but précis, il vadrouille entre les états, avec peut- être l'envie d'aller chez sa mère, mais avec la peur de se faire arrêter pour son imprudence, il est complexe dans ses actes, comme dans ses paroles !
-Il est écrivain ! Ils sont tous dérangés, fis-je en secouant la tête et il me sourit.
-Déjà, je vais faire quelques recherches au niveau de ses retraits d'argent, il doit être parti en catastrophe, et n'a pas pris beaucoup de liquide. Ensuite je vais parler à mes supérieurs d'une éventuelle intervention télévisée, même si je pense que l'affiche pourrait être un bon début. Vous allez rentrer chez vous, et téléphoner à votre belle-mère ; expliquez-lui la situation, c'est une mère elle peut vous comprendre, assurez vous qu'elle n'accueillera pas Sophia et Lucas, ou qu'elle raisonnera son fils si jamais il la contacte.
Ensuite mademoiselle James, pouvez-vous diffuser l'information à toutes vos connaissances, que faites-vous comme métier ?
-Je suis enseignante dans un collège !
-Parfait ! Les adolescents adorent les histoires croustillantes, la meilleure façon de retrouver Lucas est de faire courir le bruit un peu partout ! Je me charge des affiches, et dès qu'elles sont prêtes, je les envoies à tous les services de presse du pays ! Il a peut être pu passer la frontière de la Californie mais il n'aura pas le temps d'en passer d'autres et de refaire juger cette affaire, nous gagnerons avant…
-Merci, monsieur Lee, fis-je avec un sourire triste en me levant doucement.
-Nathan ! répliqua t-il en nous tendant la main pour nous saluer.
Nous nous dirigeâmes vers la porte et il posa une main dans mon dos pour me guider. L'image de Lucas s'imposa en moi quelques secondes, et je revis le sourire confiant de notre sauveur, celui qui allait nous aider à triompher, du moins je l'espérais, et je chassai cette sensation de chaleur que sa main avait fait naître en moi avant de me retourner vers l'horloge encore une fois, ce qui ne lui échappa pas.
-Si elle retarde c'est que nous sommes en avance sur lui, nous avons les armes, fis-je et il sourit franchement avant d'ouvrir la porte et de jeter un coup d'œil dans la salle d'attente presque vide.
-Je vous appelle, Peyton, je ne sais pas quoi vous dire d'autre, je n'ai pas d'enfant je ne sais pas ce que c'est que de le perdre, même momentanément, mais je vous soutiens, je suis persuadé que bientôt tout ceci ne sera plus qu'un mauvais souvenir.
-Merci…
Haley passa un bras autour de mes épaules et m'entraîna hors du bâtiment, j'entendis la porte de son bureau claquer et je me sentis étrangement rassurée, comme si j'étais persuadée que cet homme pouvait tout changer, il n'était qu'un détective parmi tant d'autres, mais j'avais vu au fond de son regard une sorte de détermination quand il avait passé en revue les éléments, semblable à la mienne, une sorte de colère face à cette monstrueuse méprise, un besoin de réparer les erreurs du passé. J'avais confiance, il allait réparer la mienne, mon retard et cette obsession de l'heure, ces minutes qui défilaient, qui se traînaient pour ceux qui attendaient le bonheur, et qui filaient pour ceux qui le possédait déjà ; la vie restait un paradoxe inimitable, et je n'avais aucune envie de briser son mystère, peut-être par peur qu'elle ne me trahisse à nouveau…
Lucas- Nouveau Mexique – Mai 2008
Les jours se suivent mais ne se ressemblent aucunement. Les routes s'étirent, devant moi. Interminables. Elles s'entrelacent tels les méandres de la vie. Roswell, Albuquerque. Je faisais le tour du Nouveau Mexique pour ne pas être repéré. Nous empruntions chaque petite route de campagne à notre portée. Cependant, à chaque feu rouge, je me mets à réfléchir. Je pense à Peyton. À notre vie de couple passée. Tout est détruit. Le château de carte sur lequel reposait notre amour a flanché, puis s'est effondré. Et j'en suis responsable. Si je n'avais pas cédé aux avances d'Emily, jamais je ne me serais retrouvé dans cette voiture, parcourant les routes pour fuir la police, ma fille de 5 ans à l'arrière. Sophia ressemble à un ange. Elle ne tenait même pas compte de la chaleur étouffante qui a envahi l'habitacle depuis le début de l'après-midi. Elle a simplement fermé les yeux et semblait être plongée dans un sommeil paisible. Quant à moi, je sentais la nervosité monter en moi à chaque fois qu'un véhicule nous doublait ou s'approchait trop près. Mon rétroviseur intérieur était devenu peu à peu un allié fidèle. Il m'était très utile.
Quand je vois passer un couple dans un cabriolet, cheveux au vent, l'air serein, je repense aux premières années passées avec Peyton. Je n'avais jamais connu l'amour avant elle. Elle était mon premier amour et elle est la seule que j'aimerai à jamais. Je l'ai énormément fait souffrir. Je le sais. Je l'ai trompée, ignorée puis je lui ai enlevée sa petite fille, la prunelle de ses yeux. Et je ne peux pas m'empêcher d'imaginer sa peur lorsqu'elle découvrit que Sophia n'était plus là. Malgré tout, elle n'avait pas à m'écarter de la vie de Sophia de la sorte. On aurait pu surmonter cette épreuve. Déménager, recommencer une nouvelle vie ailleurs. Ensemble. Unis contre le reste du monde. Mais non. Peyton a gâché notre dernière chance d'être heureux. Et c'est pour ça que j'ai fait ce que j'ai fait. Je veux me venger. Je veux la faire souffrir autant qu'elle m'a fait souffrir. Cruel, n'est ce pas ? Malheureusement, je n'ai pas le choix.
Arrivé à Santa Fe, je décidai de faire une petite pause. Histoire de souffler, se dégourdir les jambes et manger un morceau. Après un court moment d'hésitation, j'ouvris la portière et descendis, veillant bien à ce que personne ne nous fixe. Sophia descendit à son tour, son ours en main, les yeux fatigués. Elle me prit la main et serra très fort. Nous entrâmes dans un petit fast-food et commandèrent deux hamburgers. La serveuse paraissait très gentille et Sophia avait même eu droit à des "Comme tu es jolie" à chaque sourire qu'elle lui adressait. Après avoir " dévoré" tel un ogre son déjeuner, Sophia demanda à la serveuse une glace aux noix de pécan. Cette demande me plongea à nouveau dans mes souvenirs. La noix de pécan est la saveur de glace préférée de Peyton. Je me rappelle lors de notre premier rendez-vous, nous nous promenions sur la plage et elle avait insisté pour acheter une glace. Après avoir chercher un stand, elle commanda deux glaces aux noix de pécan. Elle me fit découvrir ce goût et depuis, je l'aime aussi. Nous marchions main dans la main, tout en dégustant nos glaces. Soudain, elle s'arrêta et se tourna vers moi. Elle se mit à rire doucement et me fit remarquer que j'avais de la crème glacée sur le bout du nez. Elle l'essuya doucement et son regard croisa le mien. J'ai su à ce moment qu'elle était la femme de ma vie. Elle s'approcha timidement et m'embrassa tendrement. Ce fut un baiser tendre et à la fois passionné. Mon premier baiser avec Peyton Sawyer. Il restera à jamais gravée dans ma mémoire.
Sophia, qui avait remarqué mon air rêveur me secoua le bras.
- Papa, c'est quand que maman arrive ?
- Je te l'ai déjà dit, elle nous rejoint bientôt.
- Tu dis ça depuis que nous sommes partis.
- Mais c'est la vérité. Elle nous rejoint d'un jour à l'autre. Il faut que tu sois patiente.
- Mais je n'en peux plus d'attendre. Je veux maman !
- Sophia, baisses le ton.
- Mais Papa. Tu m'avais promis qu'on arriverait bientôt.
- Oui, mais Tree Hill est en Caroline du Nord. Le voyage est long.
- Je n'ai plus envie de voyager. Je veux ma chambre, mes poupées, mon autre ours en peluche. Je veux rentrer à la maison.
- Sophia, regardes moi. Je te promets que tout redeviendra comme avant dès que nous aurons vu grand-mère et un juge à Tree Hill.
- Pourquoi on a besoin d'un juge ?
- Pour qu'on se voit plus souvent. Parce que maman ne veut pas que nous soyons ensemble. Je n'ai le droit que de te voir une fois par semaine. Et ce n'est pas suffisant, déclarais-je doucement.
- Papa, pourquoi tu murmures ?
- Les gens n'ont pas besoin de connaître les détails de notre vie. Cela ne les regarde pas.
- D'accord.
Nous terminâmes notre déjeuner en silence. Une fois celui-ci payé, nous quittâmes le fast-food. Nous nous installâmes dans la voiture, prêts à reprendre la route. Je mis la clé dans le contact et amorça le démarrage. Une fois. Deux fois. Rien. Soudain, de la fumée s'échappa du capot. Je fit signe à Sophia de rester sage et descendis, examiner le problème. Je pestai contre ce tas de ferrailles. Jamais il ne m'avait fait faux bond et c'est au moment le plus crucial, qu'il décida de me lâcher. Je soulevai le capot et chassa d'un geste de la main la fumée qui m'attrapa à la gorge.
C'est alors qu'un homme d'une quarantaine d'années, les cheveux hirsutes, les vêtements tâchés s'approcha de moi.
- Besoin d'aide, jeune homme ?
- Merci. Je crois que c'est le radiateur.
Il se pencha et observa le moteur et tous ces engins mécaniques.
- Vous avez raison, il y a une fuite dans votre radiateur. Vous vous y connaissez en mécanique ?
- Pas du tout, j'ai vu ça dans un film et je l'ai dit pour paraître intelligent, fis- je en plaisantant.
- Je vois, lâcha l'homme en riant. Mon neveu est mécanicien, son garage est juste là. On peut pousser votre voiture et ensuite il vous changera le radiateur percé.
- Euh, c'est que... D'accord.
Je jetai un rapide coup d'œil à Sophia qui jouait tranquillement avec son ours. Je lui adressai un sourire fier et elle me le rendit. L'homme m'observa tendrement. Il voyait à quelqu'un point j'aimais Sophia, combien je la protégeais.
Avec l'aide de plusieurs ouvriers accoudés au bar du fast-food, nous réussîmes à pousser ma voiture jusqu'au garage, où le mécanicien m'annonça une très mauvaise nouvelle. Le radiateur est un vieux modèle, il faut qu'il commande la pièce. Et cela peut prendre quelques jours. Je ne sais pas ce qui est pire. Que nous soyons bloqué dans cette petite bourgade ou que le mécanicien m'annonce que ma voiture est presque bonne pour la casse. Je ne vais pas tenir longtemps.
Le soir venu, l'homme qui m'avait aidé proposa de m'emmener au motel le plus proche. J'acceptai volontiers mais en restant tout de même sur mes gardes. Il nous y conduisit et contribua même au payement de la chambre. Ayant quelques problèmes de liquidité, je ne pouvais décemment pas refuser. Il me serra la main presque amicalement et me lança un "courage" et disparut aussi rapidement qu'il était apparu. Nous prîmes possession de la chambre peu après. Sophia s'installa sur le lit et s'allongea. Elle se mit à fixer le plafond puis m'invita à la rejoindre. Je pris place à côté d'elle et elle se blottit contre moi. Elle respirait doucement et ne tarda pas à rejoindre Morphée.
Henri Labarit a dit un jour : " Confronté à une épreuve, l'homme dispose de trois choix : Combattre ; Ne rien faire ; Fuir ". Cette ultime option est celle que j'ai choisie. C'est une solution de facilité. J'ai fui comme un lâche. J'ai été faible. Et j'ai entraîné ma fille dans mon élan de faiblesse. Si je me remets en question maintenant, c'est pour faire la paix avec ma conscience. Cette petite voix me hurle de vaines plaintes. "Il n'est pas trop tard, Lucas. Tu peux encore changer la donne." J'ai juste besoin de faire taire cette voix dans ma tête. Comment pourrais-je regarder dans un miroir après ça ?
Nous n'avons pas bougé depuis un moment. Il ne fait pas encore nuit et je trouve le temps long. Le temps semble être figé. N'ayant pas le téléphone dans la chambre, je vérifiai que Sophia dormait et sortis de la chambre sur la pointe des pieds. Je cherchai une cabine et la trouve juste dans le hall. J'enfonçai ma monnaie dans l'appareil et composai un numéro trop longtemps oublié. Je tapotai nerveusement le cadran et mes maintes devinrent moites soudainement. Les secondes qui s'écoulent me semblent des heures. Après les bips de tonalité insoutenables, une femme répondit, la voix tremblante.
- Allo ?
Je restai silencieux. J'étais paralysé. Les mots restaient coincés dans ma gorge.
- Allo, répéta-t-elle en s'impatientant.
C'est trop dur. Je ne peux pas. Je raccrochai brusquement laissant mon interlocutrice dans la plus grande interrogation.
Je me laisse doucement tomber à genoux et me mets à pleurer. Je sais que le réceptionniste m'observe, le regard inquiet mais je n'en peux plus. Et je sais aussi que dans ma chambre, il y a quelqu'un qui compte sur moi. Mais cette souffrance qui s'empare de mon corps, de mon cœur est trop lourde pour que je la garde à l'intérieur. Pour la première fois de ma vie, j'ai peur...
Peyton – Californie – Juin 2008
Tous les matins se ressemblent. Je reste de longues minutes, les yeux fixés au plafond en les imaginant passer une autre frontière, s’éloigner un peu plus de mon cœur, et la douleur sourde que je refrène devant les autres, m’envahit alors, comme si je m’octroyais enfin le droit de pleurer et d’être triste.
Quelques minutes, chaque matin, pendant lesquelles je ne suis pas forte, quelques minutes pendant lesquelles je ne suis plus cette image que je renvoie, la Peyton déterminée qui engage un détective et qui maudit son ex -mari, pendant ces instants je ne suis qu’une femme qui a perdu une partie de son cœur et une partie de sa vie, et je n’ai plus peur de souffrir, c’est ancré en moi à présent. Alors je me lève machinalement, et je fais tous ces gestes quotidiens que vous faites tous, vous aussi, dans votre intimité : Vous prenez votre petit déjeuner entouré de votre famille, vous sortez prendre l’air et vous vaquez à vos occupations, alors que moi je me lève pour retrouver une maison vide, sans échos et sans rires, je la parcours sans cesse, à la recherche de ces bruits familiers qui auraient du encore résonner entre ces murs et qui se sont enfuis avec l’ombre de mon mariage et le visage triste de ma fille.
Je m’installe et j’allume la stéréo, c’est mon premier geste depuis toutes ces semaines, les premiers bruits qui coupent mon silence, la musique m’envahit, et c’est à ce moment- là que je redeviens celle que j’ai toujours été, c’est à ce moment -là que je me retrouve, mes longues minutes d’abattement disparaissent, mais je sais bien que demain matin, elles reviendront plus forte que jamais, jusqu'à m’abattre un beau jour qui sait…
Et ce matin là, mon café à la main, je restais les yeux fixés sur l’horloge, car il était en retard, il était toujours en retard, mais je m’y étais faite, le temps ne comptait pas pour certains, alors que pour moi il était capital, je ne perdais jamais une seconde, je devais courir plus vite que Lucas, et pour le moment nous n’avions rien, rien qui puisse me laisser présager d’autre matins heureux. Il sonna enfin, et je me levai brusquement pour lui ouvrir, il me lança un regard contrit et montra le dossier entre ses mains, en espérant se faire pardonner. Je lui souris à mon tour et il passa la porte, avant de se diriger dans le salon et de s’installer en soupirant. Il fronça les sourcils à l’écoute de la chanson qui passait en boucle sur ma stéréo, et quand je pris place à ses cotés, il étala le dossier sous nos yeux…
-Vous n’avez rien d’autre que cette chanson Peyton ? C’est glauque…fit Nathan en me fixant ; je lui tendis une tasse de café chaud.
-Un conseil musical à me donner ? Demandai-je et il éclata de rire. Vous êtes en retard en plus, vous ne pouvez jamais être à l’heure n’est ce pas ?
-Nous avons tous nos petits défauts, moi c’est l’heure, vous c’est votre amour pour les chansons déprimantes !
-Touché ! Bon qu’avez-vous pour rendre ma journée moins déprimante ?
-Pas mal de choses à vrai dire, mais je vais commencer par le début. J’ai téléphoné à Karen Scott encore une fois après votre appel. Je voulais être sûr qu’elle comprenait bien les enjeux de cette affaire, et elle m’a affirmé n’avoir eu aucune nouvelle de son fils, elle semblait profondément contrariée par son attitude et je pense que nous pouvons la croire sans problème. Elle a pris mes coordonnées et m’a promis un soutien total au cas où son fils tenterait quelque chose. Je vous avais bien dit qu’une mère ne peut pas rester indifférente à ces choses là…
-Lucas est son fils, qui me dit qu’elle n’essaiera pas de le protéger lui ? Coupai-je et Nathan resta silencieux quelques secondes.
-Vous avez raison mais nous ne pouvons rien faire, à moins qu’il ait pour but de se rendre chez sa mère ce qui est ridicule en soit ! Ensuite nous avons pisté ses retraits bancaires, et comme je vous l’avais dit, il ne pouvait survivre longtemps avec si peu d’argent liquide et nous savons maintenant qu’il est au Nouveau Mexique, date de son dernier retrait : il y a deux jours dans le distributeur d’une petite ville au passage, il semble éviter les autoroutes.
-Bien sûr ! Il veut éviter les péages où les affiches sont visibles.
-Exactement ! Les affiches sont dans les péages d’autoroutes autant que dans les commerces ou dans les journaux, mais il peut passer totalement inaperçu s’il se contente des petites routes, son itinéraire n’en sera que plus long mais il sera en sécurité !
-Je vous avais dit que les écrivains étaient dérangés ! Il se prend pour Columbo…
-En tout cas il a l’air de savoir où il va ! Nous continuons de chercher ses retraits d’argent, c’est le meilleur moyen pour le suivre sans encombre. Les affiches ne semblent pas être le meilleur moyen, et je vous propose donc un message télévisé qui sera diffusé sur toutes les grandes chaînes du pays, personne ne pourra l’éviter…
-Lui non plus n’est –ce- pas ?
-C’est probable… Mais les affiches aussi, et je pense que le message télévisé aura plus d’impact.
-Comme vous voulez, soupirai-je.
-Ne nous laissons pas abattre Peyton, peut- être qu’aucun de ses amis n’est au courant, peut être qu’il semble filer plus vite qu’une ombre, mais cela ne veut pas dire que nous n’avons pas les armes, nous les avons, la seule peur qui me taraude est qu’il pourrait faire juger l’affaire ailleurs et l’emporter. Nous ne savons pas encore quel est le chemin qu’il compte prendre ; pour le moment il passe les états dans l’ordre, l’Arizona, le Nouveau Mexique, la logique voudrait qu’il passe en Utah, mais il peu dévier, et nous ne pouvons pas le poursuivre à l’aveuglette, le meilleur moyen d’espérer les retrouver est de diffuser leur photo à la télévision…
-Pourquoi pas une récompense aussi comme dans les westerns ? Fis-je sarcastique et il baissa la tête.
Soudain il se leva, et s’approcha de la stéréo pour couper le son. Je restai immobile à le fixer, il fouina dans mes Cd jusqu'à en sortir un, et l’installer sur le lecteur. Il se retourna pour me regarder avec un sourire satisfait que je lui rendis instantanément. Il avait détendu l’atmosphère, et choisi un CD de La Rocca dont les notes raisonnaient comme un chant d’espoir…
-Ne me remerciez pas : je sais que je suis parfait ! s’exclama t-il, ma femme me le repère sans cesse !
-Je ne savais pas que vous étiez marié, fis-je, et il me rejoignit.
-Fiancé serait plus juste, marmonna t-il avant de se retourner vers moi et je frissonnai soudain. L’amour n’a pas besoin d’alliance…
-C’est vrai, murmurai-je et il secoua la tête comme s’il avait besoin de reprendre ses esprits.
-Bon ! Nous allons aller au studio pour enregistrer ce message, il sera diffusé une fois par jour dans un encadré rouge, Lucas y sera décrit dans les moindre détails, ainsi que votre fille malgré la photo à l’appui, nous donnerons le numéro de mon portable comme cela vous ne serez pas dérangée pour rien, car les petits plaisantins s’amusent beaucoup avec la détresse des gens !
Nous nous levâmes pour rejoindre la porte d’entrée, quand soudain le carillon sonna et Haley entra en m’appelant. Elle trouva les assiettes vides sur le plan de cuisine et je l’entendis pester avant même qu’elle ne nous aperçoive dans l’embrasure de la porte.
-Peyton Scott anciennement Sawyer ! Jamais je n’ai vu pareil foutoir entre ces murs ! Cria t-elle, et elle s’immobilisa soudain à la vue de Nathan, confuse. Oh ! Excusez moi…
-Ce n’est rien, quand je suis arrivé elle écoutait un vieux disque de métal rayé, s’exclama t-il.
-Oh bien entendu !
-Je m’octroie une matinée de dépression, j’ai bien le droit, m’indignai-je, et je les vis sourire sous cape.
-Bien sûr, boucle d’or ! Vous avez des nouvelles ?
-Nous allons au studio de télévision pour passer un message, je, et Nathan proposa instantanément à Haley de nous accompagner, ce qu’elle accepta.
Elle attrapa son manteau qu’elle avait jeté sur une chaise, effarée à la vue des assiettes sales éparpillées partout, et j’eus droit à une leçon de morale mémorable durant tout le trajet, Nathan s’en amusa, et par moments, j’avais l’impression qu’il m’observait du coin de l’œil, une sensation étonnante qui me faisait le même effet que sa main dans mon dos quelques jours auparavant, comme une douce brûlure.
Les paroles d’Haley n’atteignirent jamais mes oreilles, les assiettes sales pouvaient attendre le lendemain, même si elle me promit de venir m’aider à nettoyer cette grande maison que je laissais dépérir avec moi. Nous descendîmes de voiture et je me sentis soudain faible, mes jambes tremblèrent en même temps que mon corps, et ils le remarquèrent. Ils passèrent chacun un bras autour des miens, et nous avançâmes ainsi vers la porte d’entrée où le directeur nous attendait déjà, en nous donnant des informations sur le déroulement du spot, quelques minutes pas plus, une description de Lucas et de Sophia, un plan rapproché sur la photo et quelques mots de ma part, quelques mots pour le convaincre de me la rendre, quelques mots que l’Amérique toute entière allait entendre, des mots qui allaient peut être s’imprégner en eux, qui allaient peut être leur faire comprendre qu’un seul geste de colère peut changer toute une vie, une seule seconde dans ce monde et tout bascule, et je ne serai plus jamais en retard, jamais plus…
Haley et Nathan s’installèrent derrière sur des chaises, et je restai debout à leur coté en attendant le coup d’envoi du spot. Ils réglaient les caméras, préparaient la photo et un résumé de ce qui allait être dit avant que je n’entre en scène. Haley me tenait la main et Nathan restait silencieux et immobile dans l’ombre, il m’avait fait toutes ses recommandations, parler calmement, empêcher ma voix de trembler, rester droite et fixer l’objectif, dire l’essentiel, et tous ces détails me paniquaient encore plus. Je serrai très fort la main d’Haley dans la mienne et quand le moment fut venu, le directeur me fit signe, Nathan se redressa sur son siège et me lança un sourire encourageant. Je me plaçai devant une caméra mais elle ne fit pas un gros plan sur moi, ils commencèrent par une bande annonce « Alerte enlèvement », une sourde mélodie agressive qui était censée attirer l’attention, et cela devait être le cas car les audiences explosèrent soudain au compteur. La photo de Lucas et Sophia apparut à l’écran, un gros plan fut fait sur leurs deux visages souriants, et une voix anonyme les décrivit dans les moindre détail de l’âge à la taille, aux particularité physique comme le petit grain de beauté que possédait Sophia sous son œil gauche, ou sa tache de naissance sur la main droite, des petits détails qui me semblaient insignifiants et impossibles à distinguer dans la vie quotidienne pour des inconnus. La voix bientôt se tut, et la caméra en face de moi s’alluma pour laisser paraître mon visage à l’écran, un contraste flagrant avec la photo qui restait dans un coin de l’image. Haley me fit signe, et je toussai discrètement avant de fixer le point rouge au dessus de l’appareil, le moment était venu de délivrer mon message à l’Amérique…
-Je ne sais pas par où commencer, fis-je la voix tremblante, et Nathan se leva pour venir se poster près de Haley, c’est si dur pour moi de mettre des mots sur tout cela, c’est une abomination mais c’est une réalité, je ne sais pas où est mon enfant. Les policiers ont enfin donné un sens à ce vide : enlèvement, colère, vengeance, des mots qui n’auraient jamais dû faire partie de notre histoire, mais maintenant c’est le cas, alors Lucas si tu m’entends, et je sais que c’est probablement le cas, je t’en supplie reviens sur tes pas, il n’est pas trop tard, tu ne peux pas me l’enlever, tu n’as pas le droit de me priver d’elle, et maintenant je le sais, je le ressens, c’est en moi qu’elle brûle, c’est une envie de vengeance, c’est une colère atroce, mais elle fait partie de nous…Reviens… Si votre route croise la leur, prévenez immédiatement ce numéro 001 567 895 223, et donnez nous des informations, ce mot prend tout son sens à présent: c’est un enlèvement…
Le studio entier fut plongé dans le silence, et la caméra qui prenait mon visage en gros plan s’arrêta brusquement, la photo de Lucas et Sophia apparut une nouvelle fois à l’écran et le numéro de téléphone de Nathan fut épelé par la voix anonyme qui clôtura le spot. Je respirai à fond pour retenir mes larmes en entendant les premières sonneries résonner, Nathan brancha son téléphone sur un standard, et des dizaines de sonneries se firent entendre en même temps, des sonneries stridentes comme les sirènes des ambulances ; ma migraine se réveilla. Je les rejoignis et avec Haley nous écoutâmes les premières informations, des blagues pour la plupart, et mon corps à nouveau se tendit de colère, la souffrance humaine ne devrait pas être sujette à plaisanteries, mais Nathan m’avait prévenu, et il raccrocha violemment à chaque appel de ce genre.
Je m’approchai d’une carte des Usa épinglée sur le mur, une carte gigantesque qui me rappela à quel point ce pays était vaste, à quel point il était aisé de s’y cacher , et soudain toutes les larmes que j’avais contenues devant la caméra s’écoulèrent sur mes joues. Haley me prit dans ses bras et me serra contre elle, les yeux fixés sur toutes les frontières que Lucas pouvait être en train de passer à ce moment précis, des dizaines, des dizaines de lieux différents, de lois différentes, et toujours ce silence de leur part, toujours ce vide au fond de nos cœurs. Les appels se succédèrent, mais aucun ne nous apporta de réelle information, à part un homme qui dirigeait une station –service, et qui nous affirma avoir croisé des personnes ressemblantes ; seulement elles n’avaient pas la même couleur de cheveux, et quand j’entendis cette voix inconnue résonner dans le studio, je me retournai vers Nathan qui conversait avec l’homme.
-Il lui a teint les cheveux ! Hurlai-je ; et tout le monde se tut. Il a osé ! Espèce d’ordure !
-Calme toi, murmura Haley contre mon oreille.
-Il me le payera, je te le jure Haley, et ce n’est pas sous le coup de la colère, je le hais, je n’ai jamais haï quelqu’un à ce point !
-La haine et l’amour sont liés, Pey’…
-Je regrette de lui avoir dit oui… Maintenant nous sommes tous perdus, pleurai-je et Nathan coupa le standard, nous plongeant encore une fois dans le silence.
-Maintenant cela suffit ! J’emporte mon téléphone, allons nous en, s’exclama-t-il, et le directeur lui lança un regard désolé. Rajoutez au prochain spot diffusé qu’ils n’ont probablement plus la même couleur de cheveux, et ne me transférez que les appels fiables ! Je ne veux plus de plaisantins !
Il fourra son téléphone dans sa poche, et nous poussa vers la sortie, l’air frais me fouetta le visage et mes sanglots s’apaisèrent, Haley resserra son étreinte jusqu'à ce que je me calme, et je gardai mon visage enfoui dans son cou. Nathan ouvrit les portières de sa voiture, et fit les cent pas devant le studio attendant que son téléphone sonne, et quand ce fut enfin le cas, il décrocha prestement avant de soupirer et de s’éloigner, je l’entendis parler, mais plus rien ne pouvait me secouer, non plus rien ne pouvait m’égayer ; quand il revint, ce fut pour nous proposer un moment de répit…
-Que diriez vous d’une soirée tranquille ? dit-il et je me dégageai de l’étreinte protectrice d’Haley pour le fixer, le regard vide. Ma fiancée voudrait vous rencontrer, votre histoire la bouleverse, et je pensais vous inviter à dîner toutes les deux…
-Je ne sais pas si je peux être une bonne invitée, je suis pitoyable, mal coiffée, et mon mascara coule sur mes joues, je ressemble à Bloody Mary ! Fis-je, ce qui les fit rire tous les deux.
-Tu n’as pas perdu ton sens de l’humour au moins…
-C’est une chose que Lucas ne m’a pas encore enlevé, constatai-je en souriant soudain face au regard brillant de Nathan.
-Venez dîner, vous n’avez plus mangé un repas sain depuis des semaines…
-Et toutes tes assiettes sons sales, renchérit Haley, et je finis par rire en essuyant mes joues humides.
-Bien, juste ce soir, et après je retourne m’enfermer dans ma maison sale où je pourrais écouter un disque de métal rayé toute la journée !
-Parfait ! Brooke sera ravie de vous rencontrer enfin, fit-il et nous montâmes dans la voiture pour nous diriger vers le centre ville.
La voiture fila sur l’autoroute pour rejoindre la banlieue extérieure de Los Angeles et j’ouvris les fenêtre pour laisser l’air frais nous envahir, la nuit était profonde et intense, aucune étoile dans le ciel ; je me les représentais sur la route, ou dans un motel miteux, je revoyais le petit visage de Sophia s’égayer, tout ces détails qui me brisaient le cœur, et je les chassai soudain quand Nathan commença à nous parler de sa fiancée.
-Nous nous sommes rencontrés à l’université, une rencontre typique dans un sens, fit-il, et je le vis sourire à la lueur des phares des autres voitures. Et le chemin classique, elle était passionnée par la mode depuis toute petite, donc elle a ouvert un magasin a Los Angeles, une marque de vêtements porte à présent son nom, vous devez connaître Clothes Over Bro’s ?
-Oh oui ! Bien entendu, fit Haley à l’arrière, et Nathan lui sourit dans le rétroviseur.
-Sa boutique marche très bien, et je m’étais destiné depuis des années à devenir détective, une longue histoire que je vous épargnerai. Nous nous sommes installés ensemble parce que cela coulait de source, mais le mariage n’a jamais été un point que nous avons abordé, nous sommes heureux ensemble, conclut-il en toussant et je le fixai à nouveau, pour le voir se mordre la lèvre.
-Je suis ravie de faire sa connaissance Nathan, répondis-je et il me sourit.
-Elle se passionne beaucoup pour les « déshérités », comme elle les nomme, vente de charité, et dons aux grandes œuvres, je suis persuadé qu’elle souhaitera vous aider. Vous verrez : Brooke incarne la joie de vivre à elle toute seule, vous ne vous ennuierez pas une minute, elle va bavarder jusqu’au milieu de la nuit, plaisanta-t-il.
Il prit la première bretelle et nous emmena dans un quartier endormi, de jolies maisons et de grands jardins, le quartier type des couples mariés, avec enfants, chien de garde et barrière blanche ; je regardais le paysage défiler, perplexe, je n’avais pas imaginé sa maison ainsi. Son bureau perpétuellement en désordre et ses retards à répétition, ne collaient pas du tout à cette image classique que renvoyait la maison devant laquelle il s’arrêta, toutes lumières allumées, un chien sur le perron. Une jeune femme brune sortit prendre le petit chien dans ses bras, et s’avança vers nous tout sourire. Je sortis la première et je fus émerveillée par ses yeux noisette, et par son visage radieux, elle me tendit la main, et me serra dans ses bras comme si elle me connaissait déjà. Elle en fit de même avec Haley, et elle embrassa fougueusement Nathan avant de nous entraîner à sa suite dans la sublime maison. Nous dépassâmes le hall pour aller dans le salon, et Nathan pris la direction de la cuisine pour revenir quelques instants plus tard avec un paquet de Marlboro.
-Excusez–moi, je ne me suis même pas présentée, même si je suis sûre que Nathan vous a déjà fait un topo sur ma petite personne !
-En effet, Brooke, plaisanta-t-il en allumant une cigarette, et je le fixai, troublée. Je les ai prévenues qu’elles n’étaient pas prêtes de rentrer chez elle…
-Menteur ! Je parle beaucoup mais ce n’est pas un défaut !
-Je suis ravie de vous rencontrer mademoiselle Davis, fit Haley en souriant, je suis une fan de vos créations.
-Ne badinons pas, dit-elle en riant, vous pouvez m’appeler Brooke.
-Je m’appel Haley James, et voici Peyton…
-Je suis désolée pour ce qui vous arrive, fit Brooke la mine grave, Nathan m’a tout raconté, d’ailleurs il ne fait que parler de vous… Enfin bref, j’espère que le spot télévisé fera son effet et que votre fille vous sera rendue. Je pensais peut- être à créer un comité de soutien : qu’en pensez vous ?
-Je vous l’avais dit, fit Nathan avec un clin d’œil.
-C’est une très bonne idée, Brooke, dis-je, et elle se détendit sous le regard amusé de Nathan.
-Je la connais par cœur !
-Heureusement mon cher !
Nathan se pencha pour écraser sa cigarette à peine consumée, et prit la télécommande dans sa main pour allumer la télévision et zapper sur la chaîne qui diffusait le spot. Mon visage apparut à l’écran, et ma voix tremblante résonna dans la pièce, je n’avais pas l’impression d’être la personne qui suppliait derrière cet écran mais plutôt une femme comme tant d’autres, une mère comme tant d’autres que l’amour détruisait et que le divorce privait de ses enfants, que certaines jamais ne retrouvaient… Brooke prit la télécommande des mains de Nathan et coupa la télévision.
-Vous n’avez pas besoin de voir cela ce soir, nous allons dîner, et passer un bon moment, il sera temps demain d’y repenser…
-Et de déprimer, fit Haley.
-Entouré d’assiettes sales, renchérit Nathan.
-Assourdie par un disque de métal rayé, conclus-je et Brooke nous fixa comme si nous avions perdu la tête.
-Vous savez, je peux faire imprimer des tee- shirts avec la photo de votre fille et de votre ex-mari, et le numéro de téléphone ? Proposa-t-elle, et je hochais la tête.
-C’est une très bonne idée mais…
-Gratuitement bien sure, me coupa t-elle en souriant. Je les diffuserai un peu partout, et d’ailleurs je dois organiser un défilé dans quelques jours, je pourrais faire passer votre tee-shirt sur mon premier mannequin.
-Touts les moyens sont bons ! S’exclama Haley, et Nathan se leva pour chercher quatre verres et une bouteille de vin.
Il disparut, et Brooke entraîna Haley dans la salle à manger. Elles avaient une conversation sur la mode, et s’entendaient à merveille, Nathan avait raison, cette jeune femme possédait la joie de vivre à l’état pur, elle dégageait une étincelle que personne ne pouvait ignorer, et à la vue de cet intérieur si raffiné, j’étais persuadée qu’elle en était la décoratrice. Je restai à admirer les tableaux, quand la voix de Nathan résonna derrière moi, il posa une main sur mon épaule et je me retournai.
-Elle est fantastique, fis-je et il hocha la tête, mais je ne vous imaginais pas du tout dans cet univers.
-Moi non plus, répliqua t-il, ce n’est pas mon milieu, mais les parents de Brooke sont très riches, voilà d’où nous tenons tout cela, la maison et le reste, d’ailleurs ils ne m’aiment pas beaucoup, je gâche la vie de leur si précieuse fille, je ne suis qu’un parvenu, quel homme respectable exercerait le métier de détective privé ?
-Que ferais-je sans vous ? Je serais perdue…
-Je suis désolé que nous n’avancions pas plus vite Peyton, murmura- t-il, je sais comme tout cela est dur, et je le maudis autant que vous de vous faire souffrir ainsi…
-J’ai confiance en vous, ne vous excusez pas, je sais que nous allons y arriver, nous n’avons pas d’autres choix, fis-je lorsque la voix de Brooke nous interpella.
Je me retournai pour la voir sur le pas de la porte nous faire signe, son verre de vin à la main, et elle retourna discuter avec Haley, en lui promettant de lui faire essayer de nouvelles tenues tirées de sa prochaine collection.
-Peyton ? Appela Nathan ; je me retournai pour croiser son regard brillant. Je veux vous voir sourire, je veux vous voir sourire vraiment, pas ces faux semblants que vous nous servez, je ne suis pas dupe…
-C’est un sourire de circonstance, les gens n’ont pas envie de supporter votre tristesse tout le temps, alors je souris, je leur dis que je vais bien, que j’ai le courage et la force de continuer à me battre pour la retrouver, c’est ce qu’ils ont envie d’entendre.
-Pas moi… Je veux la vérité, pas le sourire que vous servez à la galerie, je veux voir le vrai.
-Un jour peut être, fis-je, et un frisson parcourut mon corps.
Le visage de Nathan se brouilla, et celui de Lucas s’interposa, son sourire, ses yeux d’azur, des souvenirs de nos premières années, un homme que j’avais aimé et chéri, un homme qui m’avait trahie, et les voix des filles dans la salle à manger me parvenaient encore, tandis que je sentais le regard brûlant de Nathan sur moi, quelque chose venait au monde dans ces ténèbres folles qui nous entouraient, quelque chose qui n’aurait jamais dû voir le jour ; je fermai les yeux quelques instant avant de les fixer aux siens et de sourire, un sourire qu’il me rendit, une main qu’il posa sur mon épaule, et un frisson qui nous transperça, je venais de lui offrir mon vrai sourire, celui qu’une seule personne avait pu entrevoir, une personne qui m’avait trahie, mais je n’avais pas hésité une seule seconde, son visage s’illumina, et il passa une main dans mes cheveux, puis sur ma joue, mais je reculai en entendant le rire de Brooke, la limite ne sera jamais dépassée… Il baissa la tête, honteux, et je tournai les talons pour les rejoindre, en sentant encore son regard sur moi, sa main sur ma joue, ces sensations indéfinissables que j’avais cru perdre en perdant Lucas, comme si mon cœur était figé pour l’éternité dans cette trahison abominable, comme s’il ne pouvait plus jamais battre pour un autre !
Et voilà que la vie me jouait un autre tour, dans la pénombre, la lumière m’avait retrouvée, mais une lumière interdite, et quand je m’installai à coté de Brooke, je soupirai pour que la tension quitte mon corps, pour que le désir quitte mon cœur, et j’évitai de croiser son regard, tandis qu’il restait immobile dans l’embrasure de la porte, ses yeux saphirs fixés sur nous, glissant de moi à Brooke, livide, l’étincelle avait vu le jour malgré tout…