HypnoFanfics

Echoes, Silence Anger & Pain.

Série : One Tree Hill
Création : 06.07.2011 à 22h06
Auteur : nanouee 
Statut : Terminée

« Fin de notre fiction commune, co écrite avec Brathan576. Bonne lecture et n'hesitez pas à commenter. » nanouee 

COMMENTER CETTE FANFIC

Cette fanfic compte déjà 12 paragraphes

Afficher la fanfic

Bonsoir,

Voici la suite et fin de notre fiction "Echoes, Silence, Anger & Pain", écrite avec Brathan576. Nous avons mis un très long moment à la finir puisque des événements personnels nous on poussé à la délaisser.

J'espère que cette fin vous plaira, nous avons évité la finalité "Petite maison dans la prairie", parce que dans la vie, rare sont les gens qui peuvent se vanter d'être heureux pour toujours.

Merci d'avance à tous ceux qui liront cette fin, et n'hesitez pas à nous donner vos impressions!

Sam et Deb'


nanouee  (06.07.2011 à 22:09)

Musique

 

Peyton – Caroline Du Nord – Juillet 2008

 

Et je rêve du moment où ma vie ne sera plus une guerre, ce moment où je serais à nouveau commune dans ma singularité, où mes faiblesses ne seront plus des chaînes, ou je ne serais plus la victime d’un manège malsain, ce moment où je ne serais plus une prisonnière libre, torturée par ma mémoire et mes déboires, je rêve de marcher dans la rue sans craindre de devoir sortir les armes, je rêve de revoir son visage, de serrer ses mains entre les miennes, de renoncer à la colère… C’est ma seule et unique aspiration. Je ne veux plus avoir peur de perdre ceux qui me sont chers, ni même craindre que l’aube m’arrache leur souvenir, je ne veux plus être la victime du temps et de ses méprises,  je ne veux plus être sa victime…

 

Et quand j’ouvre les yeux, Nathan est là, le visage serein, les paupières closes, plongé dans un songe qui m’a échappé, je suis redescendue sur terre plus vite que lui, j’ai retrouvé la réalité avant lui et la chute fut terrible. La pluie avait déserté le ciel, et le soleil tombait sur les stores qui me renvoyaient une étonnante image de félicité volée, mais elle ne devait pas perdurer, elle ne devait pas survivre au fameux lendemain, le moment où les amants découvrent qu’ils sont maudit avant même d’avoir pu soupirer et c’est un peu les échos de notre mélodie, éternellement brève.

Je fixe le plafond en cherchant les mots qui pourraient réparer cette erreur, mais il n’y en a pas, c’est le désir et l’amour, quelque chose d’indéfinissable qui ne vient au monde que chez ceux qui y croient, qui le cultivent encore, et dans un sens je n’ai jamais vraiment renoncé à la douceur de la musique, toutes les notes étaient réunies, tous les échos avaient raisonnés entre nous, mais il restait encore l’innommable, la femme qui partageait sa vie et qui devait l’attendre dans un autre lit, l’homme qui avait quitté la mienne et qui retenait au creux de ses bras mon plus précieux joyaux, et que ne ferais-je pas pour retrouver la paix ? La paix sans la colère sans la douleur, et ce n’était pas dans les bras de cet inconnu qui avait envahit ma vie que je devais la trouver, pas quand une autre femme me disputait intensément l’étincelle…

 

Je le regarde ouvrir les yeux, et soupirer…Son songe ne lui avait pas fait oublier Brooke, il ne l’avait pas écarté de la réalité. Je n’étais plus prête à m’enchaîner, alors qu’il l’était déjà, étrange paradoxe qui ne pourra pas nous sauver, c’est ainsi, comme il se devait, comme la malédiction du bonheur inachevé, des années de musique sans surprise stoppées net par la folie d’un échos aguicheur, une autre femme, et je l’étais devenue aujourd’hui, j’étais l’autre femme, la femme d’une nuit que les hommes oublient souvent, du nom de leur parfum à leur visage incertain, mais pas Nathan. Il me scruta quelques instants en silence, ce même silence qui nous ravissait jadis et qui faisait naître en nous une note désagréable, la désormais célèbre culpabilité faisait son chemin…

 

-Pourquoi m’observes-tu ainsi ? Demanda t-il en se relevant sur un coude.

-J’attends…Le remord, les regrets, les mots qui mettront fin à tout cela.     

-Tu as tord, lança t-il en se levant.

 

Il ne prit pas la peine d’enfiler quelque chose, et se dirigea vers la salle de bain, image dansante d’une folie passagère, d’une passion ancrée dans mon corps, et je détournais les yeux, comme si je refusais d’admettre que maintenant le fruit défendu m’appartenait, j’étais damnée, condamnée à revoir cette scène dans ma tête toutes les fois ou son prénom effleurera mes lèvres. Je retombais sur les coussins en soupirant, le bruit de la douche ressemblait étrangement à la pluie battant le toit instable, et je fermais les yeux, sentant à nouveau ses mains remonter sur mon corps, la chaleur et le plaisir qui roulaient sous ma peau étrange mélange d’un besoin, d’un désir, et de cette raison que nous avons tous tendance à repousser, pour que sa voix ne nous réveille pas, pour qu’elle ne pénètre pas nos étreintes avec son accès terrible de culpabilité. Foutaise, au diable la culpabilité…

Il sortit après plusieurs minutes de silence, et me trouva immobile sous les draps, mes écouteurs vissés à mes oreilles, cherchant sans doute dans une autre mélodie les réponses à mes folles questions, qu’allons-nous devenir ? Il s’assit de mon côté, chassa une mèche rebelle et révéla mes yeux étrangement sombres. Son autre main se posa sur ma cuisse et tout à coup je me mis à sourire, étrangement vivante…

 

-Chaque fois que tu me touches j’ai l’impression d’être dans un songe sans fin, avouais-je et ses yeux brillèrent.

-Et il ne s’achève pas ! Alors coupe-moi cette musique, et approches-toi de moi…

 

Je posais les écouteurs dans les draps en bataille, et collais mon corps nu contre le sien, ses mains s’accrochèrent à mon dos, et son front rencontra le mien, pas de baiser, pas d’étreinte, juste le sentiment de ne pas avoir commis l’irréparable, d’avoir une chance malgré toutes les personnes qui gravitaient autour de nous, Brooke, Lucas, Karen, Sophia, chacun à leur façon réveillait un souvenir, un sentiment, une blessure, un cœur brisé, un moment d’euphorie, et quand ses lèvres trouvèrent les miennes, je me serrais un peu plus dans sa chaleur, ignorant les coups frénétiques qui raisonnaient dans la pièce, la porte de la chambre s’ébranla et bientôt une voix vint tout briser. Je reculais en reconnaissant le doux timbre chargé de tristesse, et enfilais précipitamment un peignoir jeté sur le fauteuil adjacent. Nathan laissa échapper un juron et libéra mon corps à regret. Je me dirigeais vers la porte sur mes gardes, lançant un regard chargé de sous-entendus à Nathan qui recula dans l’ombre de la salle de bain minuscule qui accompagnait la pièce. Le battant grinça et le visage torturé de Karen m’apparut soudain, faisant trembler mes mains de façon incontrôlable, mon cœur tambourina dans ma poitrine, et quand ma voix raisonna je ne la reconnus pas, la voix d’une étrangère, la voix d’une femme que l’espoir a fait vivre et qui a presque peur d’entrevoir la fin de cette guerre…

 

-Peyton ! Je t’ai appelé une dizaine de fois, pourquoi n’as-tu pas décroché !

-Il était sous vibreur. Fis-je chancelante. Doucement Karen…Lucas est arrivé ? C’est cela ?

 

Un sanglot déchirant s’échappa de sa bouche et je reculais, Nathan quitta l’ombre pour avancer doucement, aussi livide que Karen qui refusait de parler, secouant la tête comme une démente, ou comme si elle voulait éviter de prononcer ces mots qui devaient la déchirer de l’intérieur…

 

-Oui…Ils sont revenu, lâcha t-elle enfin, et un sourire naquit sur mes lèvres jusqu'à ce que ses yeux retrouvent les miens. Lucas conduit très bien pourtant…Si proche…

-Karen ? Qu’est-ce que vous racontez ? Où sont-ils ? Au poste de police ?

 

Je me tournais vers Nathan et son regard se voila, sa main vint rejoindre mon dos, comme pour me soutenir, comme si il savait déjà qu’il n’y avait pas que cela, qu’il y avait ce moment, cet unique moment qui pouvait détruire le reste de ma vie. Il fixa Karen, attendant tout comme moi qu’elle parle et quand sa voix s’éleva, elle me sembla à moi aussi étrangère, je n’en reconnus pas le timbre, comme si elle venait d’outre tombe, inaccessible et terrifiante.

 

-Ils ont eu un accident juste à l’entrée de Tree Hill cette nuit. Lucas a perdu le contrôle de la voiture…Une route droite, sans encombre, sans virage, juste les arbres sur le bas côté…

-Non…Il…Elle…Bafouillais-je en sentant la désormais familière douleur me submerger, oubliant la main de Nathan qui s’affermissait dans mon dos raide.

-La police m’a appelé juste après leur admission à la clinique, j’ai essayé de te téléphoner, fit-elle soudain en colère, oubliant la tristesse qui devait la ronger, et tu ne répondais pas, que faisais-tu pendant ce temps Peyton ? Des folies avec ton nouvel amoureux ?

 

Je l’aurais giflé si la force ne m’avait pas manqué…Elle redressa ses épaules comme une guerrière, toisa mon amant avec mépris, et ses yeux vinrent enfin se planter dans les miens, accusateurs, comme si j’avais poussé Lucas à s’enfuir, comme si j’étais responsable de tout cela, de toutes nos méprises, de toutes nos erreurs, comme si j’étais simplement le pion, et je reculais devant tant de haine, consciente soudain qu’elle avait raison sur un point, pendant que le destin bouleversait nos vies j’étais dans les bras d’un autre, insouciante, inconsciente…

 

-Comment vont-ils ? Murmurais-je.

-Mal, déclara t-elle, et son regard enflammé passa de Nathan à moi.

 

Je posais une main sur ma bouche, les yeux clos, prête à basculer dans de nouvelles profondeurs, et cela aurait sans doute été le cas, sans la présence de Nathan, sans son corps derrière le mien, son bras entoura mes épaules, mais aucune larme n’accompagnait cela, comme si je n’y croyais pas, comme si je ne voulais pas y croire, et Karen tituba sur le pas de la porte avant de lâcher une dernière phrase assassine..

 

-Je te verrais à l’hôpital Peyton, n’oublie pas te t’habiller…

 

Elle disparut soudain et Nathan claqua la porte, lâchant un instant son étreinte et je tombais au sol, genoux contre terre, la main vissée sur ma bouche, les yeux secs et clos, prise de tremblement irrépressible, tout mon corps tremblait, tout mon corps se rebellait, pas un instant je n’avais pensé à Sophia et Lucas cette nuit là, pas un instant je n’avais laissé leurs visages m’imprégner et la colère de Karen me parut légitime, elle m’envahit, et mes mains s’abattirent sur le sol avec force, dans un cri d’horreur qu’il tenta de réprimer, il me releva et serra ses bras autour de mes épaules, de douces paroles contre mes oreilles, une main dans mes cheveux, et enfin je pleurais, les larmes s’échappèrent, furieuse sur mes joues, comme un torrent intarissable, comme si la douleur ne devait jamais s’enfuir, et pourtant c’est comme un fantôme que je me dégageais, le repoussant presque pour prendre mes vêtements, les passants sans réfléchir, les yeux dans le vide, obsédée, hantée, par le petite visage souriant de Sophia « Comment vont-ils ? – Mal… »

De temps à autre sa main tentait une approche, mais je l’ignorais. Quand je fus prête, j’ouvris la porte, muette, prête à affronter les blessures de ma guerre, prête à découvrir si nos erreurs seraient mortelles, ou non, et pourtant avant de franchir la porte, je le sentis m’approcher, il me retint, emprisonnant ma taille dans son étreinte, me signifiant bien qu’il n’était pas prêt à s’en aller, qu’il n’était pas prêt à me quitter, et je soupirais…

 

-Ne t’éloigne pas de moi Peyton Sawyer, nous n’avons rien fait de mal, Karen était sous le choc, elle ne pensait pas ce qu’elle disait, et Sophia s’en sortira, tout est de sa faute, c’est Lucas qui te l’a enlevé, c’est Lucas qui t’a fait souffrir, et c’est encore lui qui t’a tenu éloigné de moi si longtemps…Alors ne t’en va pas comme cela. Je viens, je veux te tenir la main, je veux rencontrer ta fille, je veux la voir sourire, je veux être là quand tu la retrouveras…

-Et si jamais elle…

-Non, fit-il fermement et enfouissant son visage dans mes cheveux. Il n’est pas question de lui dire adieu après l’avoir cherché si longtemps, et il n’est pas question de te dire adieu maintenant, je fais partie de ta vie maintenant, j’irais où tu iras, je serais toujours là, dans un coin de ta vie, en retrait si tu le souhaites, ou présent si tu le désires, mais jamais loin, je veux que tu sentes ma présence, que tu sois courageuse…Alors sois courageuse Peyton, tu peux pleurer, je serais l’ami autant que l’amant, je serais ce que tu voudras…

-Pour le moment j’ai besoin de l’ami, murmurais-je et il relâcha son étreinte pour attraper ma main, et m’entraîner au dehors.

 

L’ai frais fouetta mon visage, glaçant mes larmes sur mes joues, mais j’avançais, je devais en avoir le courage, revoir Lucas et son visage torturé, sentir la présence de Sophia, l’aider à survivre, l’aider à guérir, j’étais sa mère, pour le meilleur ou pour le pire, et je ne pouvais pas faillir…Les paroles de Karen quittèrent mon esprit et je soupirais, le chemin serait encore long, mais nous serons tous ensemble, sa main ne quittera pas la mienne, et celle de Sophia retrouvera bientôt mon visage, en espérant qu’elle n’est pas oublié que l’amour maternelle était inconditionnel, n’importe où dans le monde, n’importe quand dans notre histoire…

 

Le trajet me paru insurmontable, entraîné dans cet océan de douleur amère, invisible pour ceux qui ne connaissaient pas les soubresauts de mon cœur, un visage livide, un corps raide, comme si j’étais assommée, et que j’avançais par nécessité, un pas, puis un autre vers les portes battantes de la clinique, le bruit ambiant, les cris et les rires nous accueillirent, et Nathan m’entraîna vers le comptoir, s’adressant à une femme indifférente qui me scruta avec méfiance, je n’osais pas lever les yeux, je n’osais regarder personne, ma fille était ici, je l’avais recherché, j’avais pleuré pour elle, à défaut d’être avec elle, j’avais pensé à elle si souvent que je sentais sa présence partout, et voilà qu’elle était entre ces murs, par la faute de l’homme qui aurait du la protéger pour toujours, car les petites filles et leurs pères c’est une histoire d’amour sans finalité, un serment unique qui vient au monde avec les premières étincelles, normalement jamais ils ne faiblissent, jamais ils ne faillissent, ils sont forts et solides, ils sont les piliers de leurs existences, et Lucas avait bafoué son serment, il n’avait pas protégé sa fille, il n’avait pas protégé sa vie, il me l’avait enlevé et maintenant la mort rodait, sombre nuance entre nous, comme une course sans fin dont le dénouement n’est plus si inconnue, soit elle vivait soit elle mourrait, soit je souriais, soit je m’écroulais. Point. Fin de l’histoire. Le bonheur ou le désespoir, et c’est ici que nous allions le découvrir. La standardiste nous indiqua une salle d’attente ou je retrouvais Karen le regard vide. Je m’immobilisais sur le seuil, et Nathan resserra son étreinte, aujourd’hui il sera l’ami, plus tard je réfléchirais à la suite…

 

-Elle est en soins intensifs, clama une voix anonyme et je gardais les yeux fixés sur le sol, sans balayer les larmes qui s’écoulaient. En revanche les blessures de son père sont superficielles, il sera vite rétablit.

 

Et la je relevais la tête, mes yeux lançaient des éclairs, Nathan du retenir ma colère, crispant ses doigts sur mes épaules raides, l’infirmière recula doucement comme si elle me croyait prête à bondir, et c’était le cas…Lucas allait bien, il n’avait que quelques égratignures, si peu pour toute la douleur qu’il avait fait naître en moi, pour toutes les brûlures qui me torturaient depuis tous ces mois, et ma fille, Sophia était entre la vie et la mort…Elle ne l’avait pas clairement dit, mais je n’étais plus à quelques mots près, « en soins intensifs… » Karen soupira et enfin je réussis à poser mes yeux sur elle, des yeux morts, à la colère se disputait le désespoir, et au fond du couloir apparut soudain des policiers en uniforme, ils s’arrêtèrent non loin de nous, le regard fixe et emplis de pitié, mais je n’en avais pas besoin, justice allait être faite, ils étaient là pour Lucas, pour lui faire regretter son erreur, et je pourrais presque sourire si je n’avais pas peur que l’ange de la mort ne vienne enlever mon enfant…

 


nanouee  (06.07.2011 à 22:15)

Lucas - Caroline Du Nord – Juillet 2008

 

Je ne me sens pas très bien. Pourquoi suis-je là ? Et Sophia ? Où est ma petite fille ? Est-ce qu'elle va bien ? Personne ne me parle. Personne n'ose me jeter même un regard. Une infirmière s'occupe de ma coupure au bras mais ne lève pas la tête vers moi. Le médecin examine ma radio. Un silence pesant règne dans la salle. Pourquoi ce silence ? Je ne veux pas imaginer le pire. Je refuse cette réalité qui pourtant me fait perdre tous mes moyens. Sophia doit être dans une chambre, hors de danger. J'en suis certain.

Je me décide alors à briser le silence.
- Comment va Sophia ? Ma fille. Je veux des nouvelles.
Le médecin s'adressa alors à l'infirmière.
- Mademoiselle, vous avez fini ?
- Oui, docteur, répondit-elle à voix basse.

Elle était comme effrayée. Elle me regarda un instant, puis recula vivement au point de basculer sur le plateau d'instruments. Elle se confondit en excuses et sortit de la pièce à vive allure. Le médecin soupira et s'avança vers moi l'air grave.
-Mr Scott, votre bras n'est pas cassé, ce qui est une bonne nouvelle.
- Je me fiche de mon bras ! Dites-moi comment va Sophia Scott, ma fille. Elle était dans un état plus grave que le mien au moment où j'ai perdu connaissance.

- Mr Scott, calmez vous. Votre petite fille est dans une chambre au bout du couloir et...
Il s'interrompit lorsque la porte s'ouvrit et que deux hommes en uniforme entrèrent. Ma respiration s'accéléra, mon pouls s'emballa. Je sais qui ils sont. Non, ils ne m'emmèneront pas tant que je n'aurai pas vu Sophia. Ils s'approchèrent doucement et me tendirent un document.
- Un mandat d'arrêt, demandai-je, un peu surpris.
- Mr Scott, je suis l'agent Thompson, et voici mon collègue, l'agent Smith.

Vous êtes recherché pour enlèvement. Je dois à présent vous lire vos droits.
- S'il vous plait, laissez-moi voir Sophia.
- Je suis désolé mais votre cavale n'a que trop duré. Vous devez à présent assumer vos actes. Mr Scott, vous êtes en état d'arrestation pour enlèvement et délit de fuite. Vous avez le droit de garder le silence et tout ce que vous direz pourra et sera utilisé contre vous lors de votre procès. Avez-vous compris les droits que je viens de vous énoncer ?


Je hochai la tête, abasourdi. Je savais que cela arriverait tôt ou tard. La sentence inévitable. J'étais conscient du risque que je prenais en ne respectant pas les conditions du juge. J'ai dépassé les limites. Si j'avais seulement réfléchi avant d'agir. Rien de tout ça se serait passé. Sophia irait bien et Peyton et moi aurions pu recommencer à zéro. Je me lève doucement, et supplie l'agent Thompson du regard de me laisser voir ma fille. Il m'ignora et me passa les menottes. Je me sentais comme un adolescent arrêté pour avoir bu. Trop. La réalité m'échappait. Mes poings se détendaient et une sensation bizarre s'empara de moi. Un mélange d'anxiété et d'hébétude. Je perdais à présent tout contrôle sur mon esprit vagabond. Un flot de souvenir me traversa et me frappa en plein cœur, tel un poignard. Peyton, Sophia, Emily, Peyton, Sophia. Un ballet de prénoms représentant ma vie entière. Peyton. La seule femme qui ai jamais su me comprendre et m'aimer. Pourquoi t'ais-je fais autant souffrir ? Tu n'as pas mérité ça. Tu n'as pas mérité de te retrouver assise dans une salle froide à attendre de bonnes ou de mauvaises nouvelles sur la santé de la personne que tu aimes le plus au monde, ton enfant. Pour toutes ces raisons, je plaide coupable. Coupable d'avoir été faible, d'avoir cédé trop facilement à la tentation. Coupable d'avoir mis en danger la vie de notre enfant. Si seulement je pouvais trouver les mots. Les mots justes.

Je sors de la salle d'examen. Les agents Smith et Thompson me suivent comme mon ombre. Et là, je reconnus ses boucles blondes. Le simple fait de la voir me rend fou. J'ai le cœur au bord des lèvres.
-Peyton, murmurai-je, les larmes roulant sur mes joues et la gorge serrée.
Elle tourne la tête vers moi. Son regard froid et empli de haine croise le mien, inexpressif. Elle se leva et se précipita sur moi. L'agent Thompson jeta un regard à son coéquipier et ils me lâchèrent quelques instants. Malgré l'expression du visage de Peyton, je ne pu m'empêcher de sentir une vague de joie m'envahir. Revoir son visage fin et angélique. Respirer à nouveau son parfum enivrant. Plonger mes mains dans ses cheveux d'or.
Ma rêverie s'arrêta net. Elle se tenait à quelques centimètres de moi. Sa respiration saccadée se mêlait aux larmes sur ses joues. Elle prit une profonde inspiration et me gifla avec une telle force que je basculai en arrière.
- Tout ça c'est de ta faute Lucas, hurla-t-elle à pleins poumons.
Les deux agents me relevèrent et m'éloigna de la fureur qui s'était emparée de mon ex-femme. Elle continuait cependant de s'époumoner et de m'injurier à tout va.
- Espèce de salaud ! Je te jure que si quelque chose se passe mal avec Sophia, je te tuerai des mes propres mains ! Tu m'entends Lucas !
Mais je m'éloignais déjà. Je n'arrivais pas à me concentrer sur le chemin que j'empruntai à présent. Mon esprit ne se concentra que sur les paroles de Peyton.
- Je te retrouverai et j'aurai ta peau, Lucas Scott. Je te déteste !

Elle tomba à genoux et s'effondra dans les bras d'un grand brun, musclé. Elle ne cessa pas de proférer des menaces mais cependant, sa voix avait pris une autre tonalité. Celle du désespoir. Le désespoir d'une mère dont l'enfant est entre la vie et la mort. Elle se mit à frapper la poitrine du grand brun, puis à bout de forces, elle abandonna. Il lui caressait doucement les cheveux et de temps à autres, lui murmurait des paroles réconfortantes à l'oreille puis déposait un léger baiser sur sa tempe. La rage s'empara de moi. Comment osait-il ? Et devant moi ? Qui est-il ? La jalousie prit le pas sur ma raison et je me débattis de toutes mes forces. Les deux agents ont du avoir recours au pistolet paralysant pour me calmer. Je demeurais cependant éveillé mais je n'étais plus conscient de ce que je faisais. J'étais plongé dans un état second. Comme un fou en direction de l'asile. Un fou. Voilà ce que je suis. Fou. 3 lettres pour me décrire. Est-ce suffisant ? Peut-être que non. Je mérite d'être qualifié de mauvais père, de meurtrier même si Sophia ne s'en sort pas. Je devais accepter ce fardeau. Peut-être que cela était écrit. Qui sait ?

Ce que moi je sais, c'est que les moindres choix que nous pouvons faire au cours de notre court passage sur cette planète, influencent le reste de notre vie. Alors que faites-vous lorsque les choix que vous faites sont les plus mauvais choix qu'un être humain puisse faire ? J'ai enfin la réponse.
Il faut avancer, car remonter le temps est pour l'instant inconcevable. On accepte et on avance...


brathan576  (06.07.2011 à 22:26)

Musique

 

Peyton- Caroline Du Nord – Juillet 2008

 

Non, ce n'est pas possible. Je ne peux pas m'arrêter de trembler malgré les bras de Nathan qui m'enserrent. IL était là. IL n'avait qu'une petite coupure au bras alors que mon bébé, elle, se bat pour rester en vie. Il aurait dû mourir dans cet accident. C'est lui qui a fichu en l'air notre vie. Comment ose-t-il se pavaner devant moi alors qu'il n'a fait que des mauvais choix depuis des mois ? D'abord, il entretient une liaison, ensuite, il menace de m'enlever ma fille. Il met ses menaces à exécution, ballote une petite fille de 5 ans dans des motels miteux à travers les États-Unis, lui teint les cheveux et finalement, a un accident de voiture et fait atterrir sa propre fille dans un lit d'hôpital. J'espère qu'il pourrira en prison et ira en enfer. Il ne mérite que ça après tout ce qu'il m'a fait subir. Je sais que je ne suis pas parfaite, que j'ai moi aussi commis des erreurs mais pas au point de mettre en danger Sophia. S'il lui arrive quelque chose, je ne m'en remettrai pas. Pour la première fois de ma vie, j'ai vraiment peur. Peur de la mort. Son ombre est omniprésente ici. Je sens son souffle glacial le long de mon échine. Des gens meurent parce que la Grande Faucheuse l'a décidé ainsi. Mais elle n'aura pas ma fille. La mort ne sera pas plus forte que nous. Nous la vaincrons. Et Sophia retrouvera ses amies, son vélo et son nounours. Sa vie reprendra son cours normal. Il le faut. Et puis après tout le sourire d'un enfant n'est-il pas l'arme la plus efficace au monde ? Même face à la mort, un sourire peut briser cette carapace de malheur. Et transpercer cette barrière infranchissable.


Après un long moment, je repris mes esprits et me remis debout. Nathan ne lâchait pas ma main et m'escorta dans la chambre de Sophia. Une infirmière un peu rondouillarde mais d'une extrême gentillesse me fit enfiler une blouse obligatoire pour les soins intensifs. Je ne sais pas si j'aurai la force d'aller la voir. Elle semble si fragile et si forte à la fois. Des fils interminables la relient à une machine dont le « bip bip » incessant me rend folle. Mais ce « bip bip » est en quelque sorte le bruit de l'espoir. Il est la preuve du battement de cœur de ma fille. Son petit cœur bat. Et il faut qu'il continue à battre. Je m'approche doucement de son lit, me tourne vers Nathan, resté derrière la porte vitrée. Il me jette un regard encourageant. Comment aurais-je pu supporter cette situation sans lui ? Les mots me manquent. Et à vrai dire, ils sont dérisoires. Mon cœur est prêt à exploser à l'intérieur de ma poitrine. Je m'assis sur la seule et unique chaise et l'installe au plus près du lit. Je caresse la toute petite main glacée de Sophia. Mon sang se glaça à son tour. Je me sens si impuissante. Une mère face à la détresse de son enfant. C'est si dur à supporter. Dur ? Non. Impossible. Je me penche alors vers elle et caresse ses cheveux, à présent noirs comme l'ébène.


- Ma puce, c'est Maman.
Après un silence, je respirai à fond et continuai à lui parler.
- Je t'ai ramené ton ours. Il n'attend que toi.
C'en est trop les larmes coulent à flots. Les mots s'échappent de ma bouche sous forme de murmures et de sanglots étouffés.
- Ma puce, je t'en prie. Réponds à Maman. Je...
Ma voix se brisa.
- Je veux encore entendre ton rire. Je veux t'entendre me demander des céréales le matin et ensuite, je veux te voir te passionner pour les dessins animés, jouer avec Dora. Il y a encore tellement de choses que nous devons faire. Tu dois grandir et puis avoir un petit ami, te disputer avec lui, rentrer en pleurant et ensuite, écouter les conseils de ta mère pour te rabibocher avec lui 2 jours plus tard, faire des études, te marier dans une robe blanche qu'on aurait payé une fortune, vivre dans une belle villa au bord de la mer, te promener main dans la main avec l'homme de ta vie, dessiner des cœurs dans le sable fin, avoir des enfants, les élever et vieillir aux côtés de ton mari. Et moi, je dois être là pour toutes ces étapes de ta vie. T'épauler. Te guider sur le chemin de la vie. Réveilles- toi pour moi. Je t'aime mon bébé. Tu as la vie devant toi. Et tu dois vivre une très longue et heureuse vie... Réveilles-toi !

Je m'écroulai en sanglots sur le lit. Nathan n'hésita plus alors et entra dans la pièce après avoir enfilé une blouse. Il me prit doucement dans ses bras. Je l'entendis sangloter à son tour. Il n'osait même pas regarder Sophia. Ce fut à ce moment précis que la machine s'affola. Le « bip bip » incessant se transforma en long et strident bruit. Puis tout alla très vite. Nathan se redressa et m'entraîna hors de la chambre alors que des médecins se précipitèrent au chevet de Sophia. Je n'entendis que des bribes de leur conversation. Je ne me concentrai que sur ma fille. Elle ne bougeait plus. Les médecins s'affairaient frénétiquement. Nathan tentait de calmer mes pleurs. J'étais à deux doigts de crier mais aucun son ne pouvait sortir. Une énorme boule se forma au fond de ma gorge. Non ! Elle ne peut pas... mourir. Pas elle. Pas maintenant. Pas comme ça ! C'est injuste.

Un médecin s'approcha de moi et baissa la tête. Il commença par les formules d'usage mais ses mots ne m'atteignaient pas. Je n'écoutai plus ce qu'il me disait. Je devenais sourde et je glissais doucement dans un mutisme effrayant. Tout devint flou. J'ai l'impression de quitter mon corps. Comme si on m'ôtait la vie également. Prend moi Grande Faucheuse, je n'ai plus de raison de vivre. Tu m'as enlevé ce que j'ai de plus précieux. Alors prend moi. Enveloppe-moi dans ta douceur mortelle. Fais moi rejoindre mon bébé...


- Sophia, criais-je soudain pour ensuite m'évanouir dans les bras de Nathan.


brathan576  (06.07.2011 à 22:30)

Musique

 

Peyton – Californie – Juillet 2008

 

 

Je marche dans ce couloir sombre comme une condamnée à mort sentant les dernières minutes s’écouler furieusement sans espoir de rédemption. Et je suis cette condamnée, je suis condamnée à vivre toute ma vie dans un monde ou mon enfant a cessé d’exister, je suis enchaînée à la vie si intensément que s’en est une douleur, une blessure. Le froid ne m’atteint pas, la blancheur stérile des murs m’indiffère, seuls mes pas comptent, l’un après l’autre, sans tremblement, sans lourdeur, ils me mènent à lui dans le silence, pas de cris pour cette souffrance là.

C’est étonnant de constater que les choses ne changent pas, un être expire mais le monde continue à tourner, les gens continuent à marcher, à courir après le vent, après des espoirs fou de bonheur éternel, le ciel est toujours bleu, le soleil ne s’éteindra pas, rien ne s’étiolera, à part moi, misérable être humain qui ressent la perte comme une douleur insurmontable, que même le temps ne saurait guérir, que même l’amour ne saurait reconstruire, et nous passons toute notre vie à craindre la fin sans la vivre, et voilà que je me retrouve ainsi, une morte vivante entre deux monde, le réel et l’inconscience, car dans mon imaginaire elle vivait, dans mon imaginaire elle souriait, et le monde tournait avec elle, indéfiniment…

Je me surprends à sursauter comme si j’entendais sa voix, comme si je sentais sa présence, comme si elle ne m’avait pas quittée, et dans un sens ils ne nous quittent jamais vraiment, ils dansent à nos cotés, partagent les moments importants de notre vie quelque part dans notre cœur, et quand le moment est venu ils nous disent au revoir et s’en vont vers leur nouvelle destinée, quelque chose d’incompréhensible pour nous, mais au fond de ce gouffre sans fin que la mort installe dans nos vies il y a l’espoir fou de revoir leur visage un jour, de sentir leur chaleur et de reconstruire nos ruines, toutes nos ruines.

Et il faut qu’il en soit ainsi, il faut que son visage ne disparaisse pas, que sa vie ne soit pas une fluide fumée instable, il faut que je puisse la retrouver un jour, quand le moment sera venue, c’est trop dure d’imaginer le reste de ma vie sans cet espoir, c’est inconcevable de devoir survivre à cette perte sans espérer que le paradis ne soit pas qu’un mirage, une hérésie. Je ne suis pas croyante, je suis perdue entre ciel et terre, sans foi, sans Dieu, mais il n’y a qu’une chose qui compte, je voudrais que mon ange trouve son paradis, qu’il n’y ai aucun néant pour ses yeux tristes, qu’il n’y ait aucun enfer pour son rire, juste une éternité parfaite qui lui permettra d’attendre, d’attendre en paix que j’achève mon chemin.

Le garde me montre le chemin, mais je m’immobilise au milieu de l’immensité blanchâtre. La prison ne sera jamais un enfer, l’enfer c’est cette douleur qui brûle dans son cœur, dans le mien, c’est cette blessure qu’il a fait naître en choisissant de changer notre destinée, cette cellule ne sera jamais un supplice, savoir qu’elle ne respire plus sera le pire de tous. Et je reprends ma course silencieuse, mais je sais qu’il m’attend, je sais qu’il sent ma présence, mon souffle court et la brûlure qui jalonne notre chemin commun, nous sommes liées par elles, la mort et l’absence, jusqu'à la fin de notre vie, jusqu'à ce que le moment soit venu de tenter de pénétrer le paradis improbable. Je m’arrête devant la porte close, une vitre blindée, infranchissable qui m’offre une image insupportable, ses yeux rencontrent les miens et avant même que je ne puisse dire un mot, son visage se tord, des larmes envahirent ses joues, ses poings se crispèrent et il se leva d’un bond, prêt à tout détruire, tout ce qu’il restait, mais ce qu’il ignorait c’était que mon cœur était vide, il n’y avait plus rien, plus d’amour pour personne, plus d’espoir à faire vivre, rien qui ne puisse soulager sa souffrance, il avait sentie son cœur s’éteindre, le dernier battement pareil à un bruit d’aile, étonnamment bref, finalité sans bruit. Je savais que les policiers l’avaient mis au courant, mais je voulais le voir, je voulais croiser son regard et déverser toute ma haine, elle imprégnait mes sens, colorant ma vision du monde et de son étrange instabilité, mais aucun mot ne pouvait s’échapper, ils restaient coincés au creux de ma gorge, enflammant la brûlure dans ma poitrine, éternelle…

 

-Peyton…Je t’en prie…

-Tais-toi, soufflais-je, je ne veux plus entendre ta voix, je ne veux plus entendre tes supplications, pas un mot, pas un geste, pour moi tu n’existes plus, tu es mort, tu es mort hier.

 

Il baissa la tête et tout son corps trembla, les murs me semblaient floue et je du me retenir au chambranle pour ne pas basculer, ma respiration fit un bond, mon cœur s’emballa dans ma poitrine, et le flot de paroles interminables qui n’avait pu se libérer virent remplir le silence, la haine nous détruit, la haine nous poursuit, dans notre vie elle est comme un virus, éternellement résistant, chassant toutes les fleurs qui essayent de naître dans son sol maudit.

 

-Tu as fait du reste de ma vie un enfer permanent, maintenant je n’ai plus aucune raison de sourire, plus aucune raison de rire, tout est mort, plus rien ne pourra survivre et je ne peux pas lui dire adieu, hurlais-je et il sursauta. Je ne pourrais jamais accepter que sa vie est finie à cause de toi, je ne peux pas accepter sa mort, je ne peux que vivre avec, car c’est la seule absence à jamais irréparable, la seule qui subsistera toujours. Je l’ai mise au monde, je l’ai aimé, je l’ai élevé, je voulais qu’elle devienne grande et forte, qu’elle trouve une vie merveilleuse, qu’elle rencontre quelqu’un de bien qui lui ouvrira les portes de l’amour, je voulais qu’elle vive paisiblement et trouve le bonheur, je voulais qu’elle ait tout cela, et maintenant il n’y a plus rien, plus rien qui survive au malheur, pas même cet espoir fou de paradis éternel, il est trop loin pour que je puisse me l’imaginer pour le moment. Elle est juste loin de moi, hors de portée, dans une autre pièce, dans les limbes et elle m’attend…

 

Son regard se voila, et ses traits se figèrent dans un masque de douleur insupportable. Je détournais les yeux, en posant mes mains sur la vitre translucide qui nous séparait, il y avait bien plus que cela, la douleur de cette perte ne pourra jamais nous réunir, c’était un fossé sans fin, un gouffre infranchissable, et je cherchais son regard bleu teinté de larmes, étonnamment sombre, comme un océan en furie, sombre comme les plus terrifiantes tempêtes qui nous emportent sans espoir de retrouver un rivage pure.

 

-Je te hais, fis-je avec emphase, en détachant bien les mots. Je te haïrais toute ma vie, jusqu'à la fin, et même dans ce foutu paradis que j’espère atteindre, je continuerais à te haïr, à maudire le jour ou tu as décidé qu’elle serait mieux dans tes bras que dans les miens, ce jour où tu as choisie de nous détruire, et l’éternité te semblera longue entre ces murs, le temps sera infinie, mais cette prison n’est pas une punition, c’est la brûlure qui l’est, tu la sens ? Tu la vie ? Elle brûle en toi maintenant, c’est la seule chose qui nous réunira, c’est la seule chose qui nous torturera, et tu y penseras la nuit, quand les ombres t’empêcheront de fermer l’œil, que les cauchemars te tortureront, tu reverras ce que tu as détruit, ce que tu as tué. Jamais, jamais je ne te pardonnerais…

 

Je laissais l’air s’échapper de mes poumons, et j’entendis ses sanglots, déchirants, forts et faibles, aspirés par la vitre impeccable, transformés par les soubresauts de son corps. Mais rien n’aurait pu annihilé ma colère, pas même des supplications, des sanglots inconstant, rien. Et il ne me supplia pas, il ne broncha pas, aucun mot ne s’interposa dans ses sanglots, il tomba à genoux devant la vitre, les mains au sol, la tête baissée, pas un mot ne trompa le silence de ses pleurs, il ne pouvait rien dire, il ne pouvait rien justifier, aujourd’hui il était condamné à la pire peine pour un être, vivre dans ce monde où la personne la plus importante de son univers avait cessé de respirer, avait cessé d’exister, et l’éternité même ne pourrait le sauver, tout comme moi…

 

-Je ne reviendrais jamais Lucas, lâchais-je en prononçant son prénom pour la première fois. Aujourd’hui c’est la dernière fois que nos routes se croisent. Dans tout ce malheur il y a quand même eu ces 5 années avec elle, et je ne les oublierais jamais, mais tu n’existes plus, tu n’es plus dans mes souvenirs, plus d’effluves, plus de voix, rien qui puisse me rappeler ton existence, nous sommes seuls, chacun de notre coté du mur, dans une autre pièce, dans un autre monde. Et c’est définitif, c’est la dernière fois que tu entendras ma voix, dans deux jours j’irais enterrer mon enfant en Californie, et tu resteras là comme le fantôme que tu es devenu, c’est ta punition cette vie, cette vie vide de sens, où tu pourras souffrir tout en étant invisible, comme les âmes en peine qui errent parce qu’elle ne trouvent pas la paix…Mais j’assisterais à ton procès, je serais là pour te regarder mourir, pour te regarder t’écrouler, je serais là sans pleurer pour toi. Bonne éternité Lucas.

 

Et j’entends son poing qui s’écrase sur la vitre, il la frappe, la détruit avec son cœur, mais elle résiste, elle se dresse encore entre nous quand je lui tourne le dos, ses cris raisonnent un instant en moi puis s’éteignent, je suis amnésique, sa voix n’éveille plus rien en moi, son visage est inconnu, les empreintes de son corps sont tombées dans l’oubli, et je le maudis d’exister, je le maudis de vivre et de respirer, et jamais il n’aura l’occasion de trouver la paix, pas de paradis pour cette méprise là…

 

Le couloir s’étend devant mes pas, ils sont lourds et incertains, mon corps tremble, il y a un monde entre mon arrivée et mon départ, un poids terrible pèse sur mes épaules, et les larmes, silencieuses, font leur chemin sur mes joues blêmes. La voix de Lucas est un mythe, une hérésie, et le garde me lance un regard apitoyé avant de m’ouvrir la porte et de laisser l’air fouetter mon visage. Je baisse la tête en rejoignant le parking ou Nathan m’attend, négligeament installé sur le capot de sa voiture. Il lève les yeux, mais je le fuis, je m’installe à son coté dans ce silence douloureux que nous n’arrivons pas à apprécier, ce n’est pas celui qui devait régir notre vie et nos amours, il est pesant et violent dans ses pires notes, une mélodie profane pour une marche macabre, bientôt je devrais leur dire adieu, à ma fille, et à lui…

C’était inévitable, et la brûlure de son bras sur mon épaule est insupportable, je voudrais me dégager mais la perspective de ce nouvel au revoir me retient dans ses bras, et je pose ma tête sur son épaule, faible et silencieuse, comme les larmes qui s’écoulent lentement avant de s’égoutter sur son bras, mais il ne dit pas un mot, rien, juste cette chaleur, cette présence que j’allais perdre. Mon cœur semblait sur le point d’exploser, mais j’allais survivre, j’allais survivre à ces au revoirs, c’est dans la nature de l’Homme de se relever, et je le ferais aussi. J’offrirais à ma fille les moyens de rejoindre son paradis, et je laisserais partir Nathan, il n’y avait plus rien pour lui, plus rien que cet amour fou qui me rongeait mais que je refusais de laisser exister, le bonheur est une note qui me sera inconnue, qui me sera interdite, et le lendemain me semble terrifiant, improbable, comme si je rêvais qu’un instant tout ceci ne soit qu’une méprise et que Dieu revienne sur son Dessein, rien qu’une fois, une seule et unique fois pour la revoir, et apprendre à vivre sans elle…

 


nanouee  (06.07.2011 à 22:36)

Musique

 

Peyton - Californie– Juillet 2008

 

Je voudrais avoir les ailes de la colombe. Prendre mon vol vers un refuge sûr, commença le prêtre. Seigneur, accueille dès à présent la petite Sophia parmi ton cortège céleste. Prends soin d'elle. Nous n'avons pas peur car elle est avec toi. Nous te confions son âme tandis que son enveloppe charnelle rejoint les origines de la terre. Ainsi poussière, tu redeviendras poussière, termina-t-il dans un murmure.


Comment en sommes- nous arrivés là ? J'assiste à ce moment précis aux funérailles de ma petite fille de 5 ans. Je dois vivre un cauchemar. On m'a enlevée la personne que j'aimais le plus. La chair de ma chair. Pourquoi est-ce arrivé si vite ? Pourquoi est-ce arrivé tout court ? Pourquoi elle, pourquoi nous? Toutes ces questions resteront à jamais sans réponses car jamais je ne pourrai comprendre le geste de Lucas. Il disait nous aimer, tenir à sa famille plus qu'à sa propre vie. Mais il nous a détruites. Il s’est détruit. Sans possibilité de retour en arrière. Une erreur est possible mais la mort de fille n’est pas erreur. C’est un meurtre.

 

Mon mari a tué ma fille. Comment une simple phrase peut-elle résumer une telle douleur, une telle rage, une haine incommensurable ?

 

Beaucoup de monde est là. Haley, Nathan, Karen et même Brooke. Également les agents Thompson et Smith, qui ont procédé à l'arrestation de Lucas sont présents. Parmi la foule, il y a aussi des amies de Sophia qui, bien sûr ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe, et leurs mamans. De temps à autre, elles me lancent des regards compatissants. Elles avaient également déposé sur le cercueil une gerbe de roses blanches. D'un côté, je vois que je suis soutenue. Mais d'autre part, je me moque un peu de ce soutien. Je ne vois rien, je n’entends rien. Je n'ai pas besoin de soutien. Je n'en veux pas. Tout ce que je veux c'est que l'on me rendre ma fille. Je veux ma fille. Je ne veux pas avoir à l’imaginer avec tous ces anges dans ce foutu paradis. Je veux qu’elle soit là, à côté de moi.

 

Beaucoup d'anonymes sont venus rendre un dernier hommage à la petite fille tuée par son père dans un accident. Mais ces gens ne savent rien de notre histoire. Ils se disent « ça doit être dur pour la mère ». Mais ils ne savent rien de la douleur que j'éprouve. Rien du tout. Rien.

 

Quand mon bébé a quitté ce monde, une partie de moi, peut-être même la meilleure partie, est partie avec elle. Ils pourront essayer de comprendre mais n'y arriveront jamais. La douleur est telle que vous êtes prêts à vous tirez une balle en pleine tête pour l'apaiser. Elle est là à votre réveil, « rythme » vos journées, et vous garde éveillés le soir venu, vous hante dans vos rêves. Elle se glisse en vous et vous ronge de l'intérieur,  c’est un lent poison, une agonie incurable. On doit apprendre à vivre avec. Vivre avec un vide, un manque, une absence, une ombre.  On essaye d'avancer sans cette présence absente, sans les rires au détour d’un couloir, sans les bruits de pas, sans le lit défait, sans les peluches que l’on écrase, dans les bras une panière à linga sale. Je suis figée, les souvenirs me submergent et j’en oublie le reste. Je me laisse emporter par mes souvenirs pour la garder en vie.  Le monde continue de tourner mais mon monde, lui s'est arrêté. Il est vide. Froid. Mort. Ce qui est le plus dur à supporter, c'est de savoir que je n'entendrais plus son rire cristallin. Je ne verrai plus son visage s'illuminer à la vue des décorations de Noël. Plus jamais...

 

La cérémonie terminée, la foule se dispersa doucement. Haley raccompagna Karen à sa voiture tandis que Nathan s'approcha doucement de moi. J'étais là, à observer le cercueil minuscule de Sophia. Le prêtre passa à côté de moi et posa sa main sur mon épaule puis s'en alla la tête baissée. Mes yeux se fermèrent doucement et les larmes commencèrent à couler à flots. Je n'avais pas pleuré depuis ce soir là. Depuis le soir où le cœur de Sophia s'est arrêté de battre. Mais je ne peux plus contenir cette rage, ces larmes violentes. J’ai envie d’hurler qu’on me laisse tranquille, afin que je puisse cracher ma douleur.

 

Nathan m'enlaça de façon hésitante et m'incita à partir. Je me dégageai presque violemment. Personne ne peut comprendre, personne n’a le droit d’entrer dans ma bulle, personne ne m’emmènera loin d’elle.

- Je ne peux pas la laisser ici, Nathan. Elle a 5 ans. Et, bégayais-je. Elle a peur du

noir, elle a besoin de sa maman. Vas-y toi. Je vais rester au cas où...

- Peyton, je t'en prie...

- Je t'ai dit que je ne voulais pas la laisser. Elle va être terrifiée. Je dois la protéger, elle a besoin de moi, il faut que je le protège, je n’échouerai plus, je ne la laisserai plus, je ne serai plus jamais en retard…

Nathan me prit un peu plus fermement dans ses bras. Il caressa mes cheveux et m'embrassa sur le front.

- Peyton, elle ne se réveillera pas.

- Tu dis n'importe quoi, lâchai-je la gorge serrée, des sanglots dans la voix.
Nathan continua calmement. Je secouai toujours la tête, refusant cette odieuse vérité qui m'apparaissait. Je perdais peut-être la raison mais va-t-on m'en tenir rigueur ?
- Elle est en sécurité, là où elle est. Elle... est plus heureuse, crois-moi. C'était une petite fille intelligente et courageuse. Elle saura vaincre sa peur du noir.
Nathan laissa passer un bref moment. Nous étions toujours enlacés et mes pleurs semblaient se calmer. En apparence seulement car intérieurement, un geyser de pleurs, de regrets, de colère, d'incompréhension jaillissait. Dans ce flot de sentiment qui m’envahissait, je lui laissais une place, à  lui, le seul à qui j’aurais pu m’ouvrir, celui que j’aurais pu aimer si…

Nathan prit ma main et plongea son regard azur dans le mien. Pendant un instant, je vis une larme perler au coin de son œil. Je ne me doutais pas à quel point il était affligé. Il souffrait presque autant que moi.

- Peyton, viens s'il te plait.

- D'accord, murmurai-je timidement.

Il déposa un tendre baiser sur ma tempe. Avant de m'en aller pour de bon, je jetai un dernier coup d'œil au cercueil, ce linceul si matériel, trop réel. Je m'approchai à pas feutrés, comme si j'avais peur de troubler la sérénité de sa dernière demeure. Je posai une main sur le bois froid et humide et me pencha un instant.

- Je t'aime mon bébé. Saches que je serai toujours avec toi. Je ne te laisserai jamais toute seule. Je te le promets.

Le vent se leva à cet instant précis. Je ressenti ce présage comme un soulagement. Sophia ne m'en voulait pas de la laisser ici. J'en étais sûre...

 

Je me retournai et passa mon bras autour du flanc de Nathan. Seulement, quand je levai la tête, le regard de Brooke croisa le mien. Il reflétait de la colère et de la jalousie. Un nouveau sentiment s’ajouta à ceux qui s’entrechoquaient déjà en moi : la honte. Savait-elle ? Savait-elle que pendant que mon mari et ma fille se battait contre la mort, son fiancé me tenait dans ses bras et me faisait l’amour aussi passionnément que possible en ces heures sombre ? Seul le regard de Brooke trahissait ses pensées, elle se tenait droite, une main sur les hanches. Le vent faisait voler ses cheveux mais elle s’en moquait. Elle ne nous lâchait pas une seconde. Attendait-elle une confirmation ?  Nathan ne ressentait pas tout cela. Il ne se sentait pas épier dans ses moindres mouvements. Moi si. Ce n’est pas par soucis de conscience que je ressens cette honte et tout le reste, mais c’est que je n’aurai pas la force d’affronter autre chose que la réalité de la vie sans ma fille qui s’imposait doucement mais fermement à moi…


brathan576  (06.07.2011 à 22:39)

Musique

 

Peyton – Californie – Septembre 2008

 

 

Attendre la sentence ; tout simplement.

Je me lève en suivant le mouvement de foule, tous les yeux sont fixés sur Lucas, sur le vide qu’il a crée dans mon existence, dans la notre à présent abandonnée, séparée, sans rêves à reconstruire, sans pardon à accorder, et je peux sentir la main de Nathan qui me frôle. Brooke est à ses côtés et la caresse me semble un nouveau crime impardonnable, une nouvelle méprise dans ma mélodie, car le dernier credo approche et que pour la première fois de ma vie je l’attends, je n’ai pas peur de la fin, je n’ai pas envie de la faire jouer éternellement entre mes murs. Ici, tout s’achève, et je meurs, je meurs de n’avoir pas couru assez vite pour lui arracher mon enfant, je meurs de l’avoir porté au cimetière, victime de la seule erreur d’un jour, une seconde pour l’infinité que je vivrais sans elle. Des semaines de procès pour en arriver à cette conclusion, et le juge se tourna vers le premier jury qui debout, lui remit l’enveloppe qui allait déterminer ma prison et la sienne, quelques mots pour décider s’il devait bénéficier des circonstances atténuantes ou non, quelques mots pour illustrer la mort, pour mettre un terme à l’enfer brûlant du manque, de la longue attente sans paradis.

 

-C’est un cas difficile. Vous n’avez pas seulement jugé l’enlèvement d’un enfant, vous avez aussi jugé les circonstances de la mort de cette petite fille de 5 ans arraché à sa mère par Monsieur Scott. Je vais donc demander au premier jury de vous lire le verdict.

 

Je fermais les yeux. Attendre la sentence tout simplement, attendre la sentence et tourner les talons, claquer la porte pour pouvoir à nouveau pleurer, pour être libérée de son image, de son regard brillant de larme, et de la colère qui nouait mes mains entre elle sur ma poitrine contractée, et l’air peinait à quitter mes poumons, la moiteur de la salle m’enveloppait dans une sorte de linceul, plus rien ne reposait entre mes mains, pas même le destin de celui que j’avais aimé.

 

-Le jury et moi-même avons déclaré l’accusé coupable de kidnapping avec circonstances aggravantes. La peine maximum de 15 ans de prison a été retenue.

 

La salle s’anima, je pouvais entendre les pleurs de Karen de l’autre côté de la salle, je pouvais apercevoir le visage flou de Lucas qui s’éloignait coincé par les menottes qui allait entraver sa vie, et je ne pleurais pas, je repoussais les mains compatissantes, je repoussais les discours amicaux de ces personnes qui ne me connaissait pas, qui ne vivait pas dans mon corps, qui demain auront oublié jusqu’au son de mon sanglot silencieux, celui qui se refusait à naître parce que cela accentuait ma réalité. La sentence, nous condamnait tous les deux.

 

Je retrouvais l’air et laissait la foule sur le parvis du tribunal. J’avançais dans la rue sans regarder autour de moi, dans mon éternel habit noir de circonstance, en me demandant combien d’année je les porterais, comme d’année mon visage en portera les marques et si l’adage du temps réparateur était un mythe ou ma prochaine vérité. Une main attrapa mon épaule, et un sourire diffus apparu sur mes lèvres quand je me retournais vers les yeux saphir de mon sauveur.

 

-Où vas-tu Peyton ?

-Je rentre chez moi. Je vais vendre la maison et déménager, Nathan.

-Je sais que tu ne veux pas l’entendre, mais ne me rejette pas.

-Je ne suis plus la femme qu’il te faut. Si nous nous étions rencontré avant, tu aurais pu m’aimer vraiment, et j’aurais pu te faire entrer dans ma vie. Maintenant, je me refuse à t’offrir cette coquille vide, car je ne serais plus jamais la même. Je ne serais plus jamais prête à donner cet amour inconditionnel que la mort m’a ravi. Tu seras heureux avec Brooke, ou avec une autre, quelqu’un qui ne sera pas moi.

-Tu ne nous laisse aucune chance, murmura t-il et sa main caressa ma joue.

-Reviens me voir dans 5 ans, fis-je avec un sourire franc.

-Je vais prendre cette plaisanterais pour un ordre, Sawyer.

-Ne t’arrête pas de vivre en attendant de me revoir, Nathan.

-Et que vais-je faire ?

-Régler cette horloge dans ton bureau qui retarde toujours, discuter avec la femme qui partage ton lit, chercher de nouvelles personnes dans le besoin comme moi, sauver l’humanité, et peut être que tu voudras à nouveau croiser mon chemin un jour, pour écouter une chanson ou boire un café.

-C’est une promesse, dit-il et je pouvais voir Brooke au loin qui nous observait, les sourcils froncés.

-Rentre chez toi, Nathan. Tu lui dois de trouver les mots, rien que pour toutes les années que vous avez passées ensemble. Je l’ai fais avec Lucas.

-Tu m’écriras ?                                                                                           

-Non, fis-je en dégageant mes mains.

-Je crois que je suis tombé amoureux de la Peyton triste et combative, en fait. Je n’aurais peut être pas aimé autant l’innocente à qui la vie avait tout offert. Je crois que je suis tombé amoureux de ton regard, de tes mains nouées entre elle, de la larme qui coulait sur ta joue, des murmures que tu m’as offert, je suis tombé amoureux de notre unique nuit ensemble.

-Tu ne peux pas me sauver cette fois ci.

-Que vas-tu faire, Peyton ? Je t’en prie…Tu vas vendre ta maison et t’exiler ailleurs en espérant que la douleur s’efface ?

-Non, je vais m’exiler en espérant apprendre à vivre avec jusqu'à la fin de ma vie. Quand nous nous sommes rencontré, j’y croyais encore, je pensais que le destin ne pouvait pas me châtier, que Lucas ne pouvait pas emmener mon enfant si loin, hors de mes mains par caprice, par vengeance. J’ai appris à quel point l’amour est une douleur lorsqu’il se transforme en haine. Ce qu’il me reste c’est un album photo, et je ne le finirais jamais. Il y aura d’autres femmes comme moi, il y en aura toujours…

-Et quelle sera ta vengeance ?

-Je vivrais. Je ne vais pas attendre sa sortie pour l’achever avec une carabine. Je vais le laisser vivre lui aussi, je vais le laisser se ronger lui-même, maudire cette course poursuite qu’il a perdue, je le laisserais se souvenir de la première photographie de notre album sans fin…Pour toujours.

-Je ne veux pas te quitter, Peyton.

-C’est moi qui te quitte, répliquais-je avec un sourire triste. Je ne suis sans doute qu’un chapitre de ta vie, mais tu as compté…Et tu compteras toujours.

-Je ne t’oublierais jamais, murmura t-il à mon oreille quand il se pencha pour déposer un baiser sur mon front et se détourner.

 

Son immensité me balaya, je retrouvais chaque étincelle dans ses prunelles, et je ne devais jamais oublier son visage, ses mains si bienveillantes, et cette ténacité qu’il avait fait naître dans les miennes, son courage exemplaire, et ce temps qui nous avait vaincu, ce temps qui avait manqué à notre histoire pour la faire exister…


nanouee  (06.07.2011 à 22:45)

Musique

 

Lucas – Californie - Juillet 2011

 

3 ans. 1095 jours. 26280 heures…

Chaque heure est un combat contre moi-même, contre le monstre que je suis devenu. J’ai le cœur vide, l’âme emplie de haine. Contre moi-même. Contre la folie qui m’a un jour possédé. Un éclair de rage m’a enlevé ce que j’avais de plus cher au monde. Pour toujours. Ma fille. Mon bébé. La chair de ma chair.

 

Sophia.

 

3 ans. 3 longues années que je me bats contre l’envie de mourir.  De me coller une balle en pleine tête, de m’ouvrir les veines, de prendre trop de somnifères pour ne plus me réveiller dans ce monde, sans elle. Je ne veux plus vivre. Pas sans elle, pas dans cet enfer devenu ma réalité.

 

Je suis dans le coma depuis ce jour maudit où nous sommes montés dans cette voiture, cette voiture qui nous a conduits vers l’horreur. Ma vie s’est arrêtée, l’horloge du temps a cessé de tourner. Je n’entends plus, je ne ressens plus, je ne parle plus, sauf à Stan. Stan est le gardien chargé de me surveiller pour « éviter que je commette l’irréparable ». Seulement, l’irréparable a déjà été commis. J’ai tué ma fille. Moi, son père est le seul responsable de sa mort. 

 

Dès le départ, je savais que cela était une erreur, que  j’aurais dû me battre, légalement. J’aurais dû être plus fort, moins con. Chaque jour, je ressasse inlassablement toutes mes erreurs, mes faux pas. Je ressasse toutes les mauvaises décisions prises qui ont conduit mon ange à rejoindre le paradis beaucoup trop tôt. Je sais pertinemment que les remords viennent trop tard. Rien ne pourra jamais effacer le mal que j’ai fait. Toute cette souffrance que j’ai pu leur infliger, à eux, mes piliers, ma mère, Haley, Peyton, Sophia. J’ai détruit les seules personnes que j’aimais. Je suis celui qui les a envoyées en enfer.

 

Et je passe mes journées à revoir leurs visages, à entendre leurs voix, leur rires et je me demande sans cesse ce qui aurait pu se passer, ce qui aurait dû arriver.
Dans ces rêveries, je nous vois heureux au bord de la piscine, dévorant des glaces, hurlant de rire à nous faire mal. Je me fais du mal, je le sais mais c’est le prix à payer pour avoir été un monstre de la pire espèce.

 

Le soleil tire enfin sa révérence, la nuit arrive. La nuit, ma meilleure ennemie vient enfin me tenir compagnie. Elle aussi est là, Sophia. Je la vois avec ses magnifiques cheveux blonds qui encadrent l’ovale de son visage, je la vois courir vers moi en hurlant « Papa », puis rire aux éclats en se jetant dans mes bras. Je la soulève dans les airs et elle me regarde tendrement. Elle est là et c’est la seule chose qui me fait tenir. Elle me sourit et je revis. Elle me tend la main et je sais que je mon cœur bats toujours. Elle se blottit contre moi et je sais. Je sais qu’elle est toujours avec moi.

 

- Tu es enfin là, ma puce. Je sais que tu veux voir Maman et je t’assure qu’elle  n’est pas loin mon ange.

 

Encore un mensonge. Un de trop. Je ne pouvais pas lui avouer la vérité. Je ne pouvais plus affronter ce fantôme qui me hantait. Mais j’en avais besoin, j’avais besoin de la voir, de sentir sa présence même si cela est faux, même si elle n’est que le produit de mon imagination, des mes souvenirs. Je la sentais s’énerver, se laisser emporter parce que je l’avais trop nourrie de mensonges.

Je lui devais la vérité. Je devais trouver la force de lui dire à quel point son père a été lâche, à quel point j’ai été monstrueux.

Je respirai à fond et commençai ma douloureuse confession.

 

- J’ai échoué. J’ai échoué Sophia. Je t’ai tuée, tu es morte par ma faute. Tu es morte et il n’y a rien que je puisse faire pour te faire revenir. Et je ne suis pas prêt à te laisser partir, tu es partie trop tôt et c’est de ma faute ! Je suis le seul responsable de ta mort. Je te ne veux plus te laisser, je ne peux plus te laisser t’en aller. Tu restes mon bébé, et tu as peur dans le noir. Et je ne suis pas là. Je veux te protéger. Je t’ai laissée mourir et je sais que jamais je ne pourrai me rattraper. Voilà pourquoi tu es là, ma puce. Parce que je veux essayer. Je sais que c’est impossible mais je veux essayer. Parce que je t’aime…, terminais-je en laissant ma voix se briser et les sanglots éclater.

 

Sa petite main attrapa la mienne et elle me regarda fixement.

 

-Tu es triste, je le sais. Je le suis aussi. Maman aussi. Je t’avais promis que nous formerions à nouveau une famille, et je t’ai menti. Rien n’aurait plus jamais été comme avant, j’avais dépassé la ligne, Sophia. Et cette ligne, c’était ton bien être. Je t’ai mise en danger, tu en es morte, je dois vivre avec ce fardeau pour le reste de ma misérable existence, et j’ai besoin de te le dire. J’ai besoin de ton pardon. J’ai besoin que tu me pardonnes et que tu me dises que tout ira bien, même si c’est un mensonge. Je t’ai toujours dit que les grandes personnes commettaient des erreurs, et je suis une grande personne. Donc je commets des erreurs. C’est peu dire que ta mort est une erreur mais je n’ai plus force de trouver les mots. Ils me font, la vérité me fait mal.  Voilà le pourquoi de tous ces mensonges. Je te mens parce que je refuse d’affronter la vérité, car elle me fait peur. Je t’ai tuée, Sophia parce que j’ai été faible, car j’ai eu peur. Peur de te perdre à tout jamais. Et cette peur s’est transformée en folie, qui a causé ta mort. Je suis fou, peureux, cloitré, prostré dans ce monde que j’ai crée où tu es toujours là. Ici, je peux être capable de te serrer dans mes bras. Et rien que pour ça, je ne te quitterais plus jamais. Ma puce, mon bébé, viens là.

 

Et je la serrai. Elle a su me donner la seule chose qui me permettra de ne plus jamais avoir peur, de ne plus jamais être faible. L’absolution, le pardon, il n’y a qu’elle qui pouvait me l’accorder. Et elle l’a fait.  Je ne la lâcherai plus jamais. Elle restera toujours avec moi. Pour l’éternité…


brathan576  (06.07.2011 à 22:48)

Musique

 

Epilogue 

Peyton – New York – Septembre 2013

 

 

« Vos enfants ne sont jamais en sécurité. Pas même entre vos mains. »

En mémoire de Sophia Scott, 2003-2008, et de tous les autres.

 

C’est ce qui était écrit sur la plaque qui ornait le mur de notre association, et en cette fin de journée, je pouvais regarder alentour et sourire, satisfaite de tous ces bénévoles qui venaient jour après jour bousculer la réalité des kidnapping pour leur offrir la fin heureuse qui m’avait été refusée. Ces êtres qui venaient changer le monde dans mes murs, ceux que j’avais érigés trois ans auparavant, quand il ne me restait plus rien à faire, quand j’avais écouté tous les vinyles qui dormaient au fond de mon grenier et que j’avais achevé dignement l’écriture d’un énième journal intime qui avait rejoint la poubelle à la première note de ma nouvelle vie.

 

Dans le fond de la salle, dormait une carte des Etats-Unis, elle ornait le mur de long en large, et toutes les punaises marquaient les enfants enlevés à leur famille, à leur mère, à leur père, et il y en avait encore trop, chaque jour de nouveaux anonymes venaient les rejoindre, et je restais souvent seule ici le soir, à contempler la souffrance qui restait la mienne, qui ne voulait pas me quitter, et j’avais appris à l’apprivoiser, à contrôler ma voix quand je parlais en public, à retenir mes larmes quand je rendais visite à la mère d’une autre petite fille qui ressemblait tant à la mienne...

Je leur parlais même de Lucas, comme si cela pouvait réveiller la conscience des hommes qui au même instant colorait les cheveux de leurs enfants dans le lavabo d’un motel minable, comme si cela pouvait stopper leur course infernal vers un état qui leur offrira peut être la garde, qui rejugera peut être l’affaire à leur convenance, et à chaque fin heureuse, j’étais là, je contemplais la victime, je contemplais le coupable, et je faisais demi-tour, car au fond de moi je les enviais toujours, je pleurais toujours avec eux, des larmes de joie, des larmes de peine, en souvenir du temps qui m’avait vaincue, de ces mois ou dans l’attente, j’avais guetté la sentence qui m’était destiné.

 

Ce soir là, j’éteignis les lumières comme d’habitude, avant de me diriger vers la porte, et de refermer ce monde pour la nuit, d’attendre l’aurore avec patience car au crépuscule de leur fuite ils avançaient, ils gagnaient du terrain, et je perdais à chaque fois un peu plus dans mes fins tragiques, dans les yeux d’une autre femme comme moi qui lançait à l’Amérique un appel désespéré passé entre deux publicités, dans ces fins ou il n’y avait pas de sauveur courageux, de montre en retard ou de mélodie obsédante.

 

-J’ai attendu, Sawyer ! Entendis-je au loin et je me retournais.

 

Nathan était là, sur le trottoir d’en face, à une rue de moi, les mains dans les poches de son jeans, son éternel regard saphir fixé au mien, haussant les épaules pour s’excuser, comme si l’on s’était séparés la veille, comme si je lui avais demandé de m’abandonner devant le tribunal hier, et un sourire involontaire devait naître sur mes lèvres quand je traversais la rue pour le rejoindre et donner une fin plus qu’acceptable à tous mes albums photo entamés…

 

FIN


nanouee  (06.07.2011 à 22:51)

Votre fic est vraiment très bien, elle est bien rédiger, j'aime beaucoup mais ça je l'avais déjà dit, le final est pas mal, j'aime bien l'idée, c'était très agréable à lire.


aline2408  (07.07.2011 à 13:00)

Activité récente
Dernières audiences
Logo de la chaîne France 3

Vanina - Un vicequestore a Catania, S02E03
Dimanche 7 juin à 21:10
2.22m / 13.3% (Part)

Logo de la chaîne M6

NCIS, S23E03
Samedi 6 juin à 21:10
0.85m / 5.6% (Part)

Logo de la chaîne France 2

Haute saison, S01E04
Vendredi 5 juin à 22:00
2.82m / 20.3% (Part)

Logo de la chaîne France 2

Haute saison, S01E03
Vendredi 5 juin à 21:10
3.25m / 20.6% (Part)

Logo de la chaîne France 3

Un si grand Soleil, S08E199
Vendredi 5 juin à 20:40
1.47m / 9.7% (Part)

Logo de la chaîne TF1

Demain nous appartient, S09E200
Vendredi 5 juin à 19:15
1.86m / 15.6% (Part)

Logo de la chaîne TF1

Demain nous appartient, S09E199
Jeudi 4 juin à 19:15
2.08m / 15.0% (Part)

Logo de la chaîne TF1

Grey's Anatomy, S22E16
Mercredi 3 juin à 22:00
1.49m / 10.1% (Part)

Toutes les audiences

Actualités
Joshua Jackson rejoint la saison 3 de Your Friends & Neighbors

Joshua Jackson rejoint la saison 3 de Your Friends & Neighbors
Après The Affair et plus récemment Doctor Odyssey, Joshua Jackson s'offre un nouveau projet télévisé...

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs anglophones

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs anglophones
Plusieurs nouvelles séries sont à découvrir cette semaine du côté des diffuseurs anglophones....

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs francophones

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs francophones
Les diffuseurs francophones européens vous proposent une dizaine de nouvelles fictions. Lesquelles...

La Petite Maison dans la Prairie a recruté Nellie Oleson et deux personnages emblématiques

La Petite Maison dans la Prairie a recruté Nellie Oleson et deux personnages emblématiques
Alors que la saison 1 du reboot de La Petite Maison dans la Prairie n'arrivera sur Netflix que le 9...

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs francophones

À surveiller cette semaine chez les diffuseurs francophones
Sept séries sont à découvrir cette semaine du côté des diffuseurs francophones. Allez-vous regarder...

HypnoRooms

CastleBeck, 02.06.2026 à 11:38

Bannières et thème en vote, si vous avez 30 secondes pour cliquer. Merci.

choup37, 06.06.2026 à 12:26

Nouveaux sondages sur kaamelott et Doctor Who

ShanInXYZ, Avant-hier à 02:07

Nouveau sondage sur le quartier Cat's Eyes, pas besoin de connaître la série

Luna25, Avant-hier à 08:58

Nouveau mois sur les quartiers Legends of Tomorrow, Reign et Supernatural, n'hésitez pas à passer !

Viens chatter !

Newsletter

Les nouveautés des séries et de notre site une fois par mois dans ta boîte mail ?

Inscris-toi maintenant

Sondage

Un peu d’amour dans un monde de brutes. Parmi ces couples, lequel aviez-vous vu venir dès le départ ?

Plus d'infos / Commenter

Total : 58 votes
Tous les sondages