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To Save My Life [1]

Série : One Tree Hill
Création : 06.08.2011 à 22h51
Auteur : nanouee 
Statut : Terminée

« Fiction complète - Première partie. Bonne lecture :-) » nanouee 

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Bonjour - Bonsoir,

Voici une toute nouvelle fiction complète que je viens de commencer; et voilà que je publie la première partie ici, comme un petit test pour voir si la suite vous interesse. Il s'agit donc d'une fiction en plusieurs parties, où chaque "chapitre" est rédigé du point de vue d'un personnage.

Je vous laisse la découvrir et je vous souhaite une bonne lecture.

Merci.

Sam.


nanouee  (06.08.2011 à 22:54)

Prologue


Musique

 

Brooke
Juillet 2011, New York.

 

5 ans. Il m’a fallut 5 ans pour admettre la réalité, pour mettre des mots sur ma souffrance, pour oser demander de l’aide, pour sortir de ma torpeur, 5 ans pour franchir le seuil de cette porte et avouer la vérité. J’ai un problème.

Et jamais je n’avais prêté attention aux visages que je pouvais croiser au détour d’un chemin, jamais je n’avais tenté de sonder les blessures des autres, et je m’y trouvais tout à coup confrontée, de la pire manière, les yeux dans les yeux avec d’autres désespérés qui avaient mis le temps avant de pousser la porte de leur rédemption.

Cela ne ressemblait pas à un hôpital, cela ne ressemblait pas à ces endroits où l’on parquait ceux qui ne pouvaient plus gérer leur vie, et pourtant il en portait le nom. Je scrutais les allées et venues du personnel dans les couloirs interminable, sans qu’un cri ne transperce les murs, sans qu’un visage ne soit déformés, sans que la peur ne m’étreigne, comme si j’étais entre les mains du destin et que je lui confiais les yeux fermés mon existence et sa future mouvance.

 

Une femme me fit un signe, et je me rapprochais du comptoir. Son sourire affable me rassura, et je posais mes mains à plats sur le marbre tout en levant les yeux, en fixant quelqu’un pour la première fois depuis des années avec espoir, renonçant à la fatalité de mes anciennes notes dans cet endroit où ils devaient me réapprendre à jouer, où ils devaient me donner les armes pour d’autres mélodies, où le credo final ne me tuera pas.

 

-Je vous ai téléphoné la semaine dernière. Je suis Brooke Davis.

-Vous êtes prête ?

-Plus que jamais.

 

Elle sortit du petit bureau qui la retenait, et m’ouvrit la marche vers un couloir beaucoup plus ensoleillé que les autres, où je ne serais jamais plus prisonnière.

 

 

Peyton
Juillet 2011, New York

 

La vengeance est un credo important, il conduit mes pas, dicte mes paroles, habite mes nuits, toutes sans exceptions, pour que jamais le souvenir ne me soit arraché, pour que jamais je n’oublie le visage taché de sang qui m’épiait au sol, les yeux révulsés, et l’entaille profonde qui semblait me déchirer les entrailles…

Mes souvenirs ont été flous très longtemps, jusqu’au procès qui a secoué ma mémoire, cette mémoire qui avait camouflé le meurtre pour me sauver la vie, et maintenant qu’ils sont revenus me hanter, je manque de force, je manque de courage pour leur demander de m’abandonner, pour édifier ma vie sans le mensonge, en acceptant tout simplement que je ne serais plus la même. J’ai passé mon adolescence à faire la conversation à des psychologues, à remplir leur carnets de notes de ce seul mot, cette seule essence que l’amnésie n’avait pas occulté ; vengeance. Et je n’arrive pas à m’en débarrasser, c’est comme un cauchemar éternel, sans prise dans le réel, et il raisonne sans intermède, dans la douleur, dans le bonheur, dans les larmes, au creux d’un rire, d’une rue éclairée, d’une main qui étreint la mienne, je ne suis rien d’autre que l’objet de la vengeance, je compte les jours, j’oublie le pardon, j’occulte les images qui me bousculent si violemment, qui coupe mon souffle, qui donne à mes mains ce tremblement perpétuel des survivants coupables.

 

Je gare ma voiture devant l’immeuble, et je suis prête à reculer, comme à chaque tentative. Je tiens au creux de mes bras, les dizaines de journaux intimes que j’ai pu noircir en 10 ans, et je ne me sens pas de taille, comme si le visage ensanglanté pouvait chuchoter à mon oreille, comme si le souvenir avait le pouvoir de détruire mon présent, et cette étincelle fugace de courage avorté. Pourtant, je mets un pied à terre, et lève la tête vers les fenêtres éclairées, rien ici ne fait naître l’appréhension et j’emprunte lentement l’escalier comme si mon couloir de la vie se trouvait ici, intimement lié à celui de la mort de ma mémoire, à la mort de mon miroir si prématurément arraché à mes bras jadis.

 

J’ai la bouche sèche, mes mains se nouent entre elles sur ma poitrine, ma voix semble mal assurée quand j’interpelle la femme en uniforme immaculée, qui m’accueille ici comme une mère qui aurait perdu son enfant de vue trop longtemps.

 

-Nous vous attendions, Mademoiselle Sawyer.

-Je ne suis plus certaine de faire le bon choix.

-Ils vous apprendront à comprendre l’impensable…

 

Je hochais la tête, et frôlais une jeune femme brune qui attendait dans le couloir, le visage tourné vers la porte au fond du chemin qui menaçait de s’ouvrir d’un instant à l’autre, nous propulsant toutes les deux dans les tréfonds de la vérité, à accepter ou à refouler, pour toujours.

 

 

 

Haley
Juillet 2011, New York

 

Je n’ai pas touché un volant depuis des années, et aujourd’hui je suis encore passagère. Je laisse le taxi s’arrêter devant la demeure victorienne qui ne me semble pas si terrifiante, décharger mes bagages et m’abandonner ainsi, face à mon destin, sans retour en arrière, sans faux pas acceptable, et je regarde ma montre. Je suis en retard. Comme le jour de ma faute, j’étais en retard, j’étais pressée, j’étais sur la mauvaise route, et depuis je ne ressens plus rien, aucun sentiments ne m’anime, je suis vide, et seul le soutient de mes essentiels m’a poussé à passer ce coup de fil, à demander à des inconnus de me soutenir, de me porter vers la guérison, cette guérison qui me semble impossible, comme tout ce que j’ai renié, comme toutes les croyance qui m’ont quittés depuis. Et pourtant je sais qu’ailleurs, autour de moi dans ce monde en instance, d’autres personnes la ressente cette culpabilité, cette colère, cette tristesse d’avoir provoqué le destin, de l’avoir défié jusqu’au châtiment, par excès de confiance, par prétention, par croyances déviés ; je sais que je ne suis pas la seule à trouver le temps long, la vie interminable depuis cet instant, à ressasser ce dernier moment de bonheur avant l’inimaginable. Et quand je m’approche de la porte, mon sac serré contre mon cœur, je laisse un soupir me quitter, un dernier souffle à l’extérieur, avant de laisser la souffrance exploser, se répandre et tenter de la vaincre, une fois pour toutes.

 

Ils m’attendent déjà dans ce couloir illuminé, comme si nous allions vers le paradis, pavés de tous nos péchés, de nos regrets les plus intimes, et à travers les sourires de circonstances, les rires qui s’élevaient dans l’assemblée, quelque chose me bouscula ; peut être l’étincelle brûlante dans le regard de la blonde qui adossé au mur, attendait la sentence de sa vie, où la lueur inexistante dans l’immensité de la brune installée sur un fauteuil, les jambes croisées, recroquevillée dans la protection de son propre corps, et qui lançaient alentours des regards craintifs, comme si notre souffrance la touchait, comme si la fausse bonne humeur la tourmentait, et je les quittais du regard pour poser mon sac sur le comptoir en marbre, et faire face à l’infirmière, sans un sourire, comme la détresse que je dégageait, ils étaient ma dernière chance…

 

-Je suis Haley James. Je suis en retard, excusez moi.

-Vous ne le serez plus jamais, fit-elle en souriant franchement, et je laissais mes lèvres en esquisser un, timide et tremblant.

-Merci.

 

Et je pouvais rejoindre mes compagnons d’infortunes, ceux qui avaient franchi cette porte en connaissance de cause, en dernier pion du désespoir, s’en sortir ou mourir, surmonter l’innommable ou sombrer, et je laissais l’air quitter mes poumons avant de murmurer la seule prière que je connaissais, comme si j’avais encore la croyance folle en une entité qui pouvait nous faire oublier tous nos revers en tocs…

 


nanouee  (06.08.2011 à 22:59)

Première Partie

Brooke


nanouee  (06.08.2011 à 23:00)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Il me semble avoir attendu ce moment toute ma vie, il me semble que les mots ne m’ont jamais réellement animée, que je n’ai jamais souhaité leur offrir une existence de peur d’être en être bouleversée pour toujours. Et pourtant, alors qu’ils m’épient, que leurs yeux me fixent attentivement, que je devrais me sentir mal à l’aise, je reprends mon souffle et je me lève, j’affronte les regards horrifiés, les lèvres scellées, je laisse le soleil entrer par les grandes baies vitrées, et je mets un mot définitif sur le silence…

 

-Je m’appelle Brooke Davis. J’ai eu 25 ans la semaine dernière. J’ai été violée, j’ai été violée dans la confiance, par une personne que j’estimais et qui a fait de ma vie, une existence sans but, une errance fantomatique sans devenir, j’ai donné ma confiance à un homme qui à brouillé ma foi en la vie, qui à mis à mort mon avenir, sans me laisser la moindre chance de remonter à la surface pour respirer. Et j’ai souhaité mourir, une seule et unique fois ; une nuit comme toutes les autres parce que je ne me sentais plus la force, parce que je n’arrivais pas à me relever et qu’a ce jour, je suis toujours à terre, en attente de la main qui saura m’étreindre et me montrer la route. Mais la confiance se perd, je ne la donne plus, je ne la brade plus comme jadis…Chaque personne semble sincère jusqu'à la tromperie, chaque sourire semble honnête jusqu'à ce que les mots s’en mêlent, et vous êtes tous potentiellement des traîtres à mes yeux… Je n’ai pas poussé la porte de cet institut pour rien ; j’ai besoin de me reconstruire, d’entendre la souffrance des autres pour en apprendre plus sur la mienne, j’ai besoin de chacun d’entre vous d’une manière différente, et je ne me suis jamais regardé dans un miroir sans douter de moi, sans me croire folle, et je pense être venue chercher la réponse, chercher l’explication à l’impensable, parce que les êtres humains ne peuvent pas torturer pour le plaisir, tuer pour la distraction, briser la vie de leurs voisins par amusement malsain. Je suis venue pour entendre la vérité, l’accepter, et tourner le dos à mes fantômes. Je ne sais pas si c’est possible, je ne sais pas si vous pourrez être la main bienveillante, si je suis au bon endroit, si il y encore de l’espoir, ou si je suis destinée à me faner jusqu'à la fin de ma vie sans contenu. Je suis venue avec mes interrogations, je n’en attends pas des réponses précises, je ne cherche pas la foi, ou la croyance, je cherche le soutient, l’amour, l’assistance, la prévenance, toutes ces choses que j’ai refusé depuis 5 ans parce qu’elles me le rappelaient, parce qu’il était ainsi avec moi avant de bousiller ma vie, et j’ai refusé ma confiance à toutes les personnes qui m’ont tendue la main jusqu'à aujourd’hui. Mais je me soigne, comme vous le voyez, conclus-je, et un sourire naquit sur le visage de la blonde en face de moi, tandis qu’une autre leva la tête pour croiser mes prunelles brillantes ; et je veux retrouver espoir, je veux me retrouver dans ce dédale, abandonner la craintive Brooke qui s’est enfermée pendant 5 ans, si longtemps que le sourire de mes vingt premières années me manque…

 

L’homme qui gérait ce petit monde autour de moi ne prenait pas de note comme les autres, il se contentait de me fixer, et d’attendre ; attendre de nouveaux mots, une conclusion peut être à mon monologue bouleversant, mais je venais de lancer l’amorce, je venais de faire un pas en arrière, vers le passé, pour le revivre, l’aimer, le haïr, et lui dire adieu. Il me dit un signe de la main, et je repris place dans mon fauteuil, fouillant dans mon sac à la recherche de mes vieux journaux intimes, et je lançais un regard à la montre qui égrenait les heures, les premières heures de mon récit.

 

-Nous avons le temps, Brooke, dit-il et j’ouvris le premier carnet, tournait la première page pour rencontrer les premiers mots.

 

L’écriture ne tremblait pas encore, je considérais encore mon existence comme une chance, un chemin idyllique que je suivais depuis mon enfance, j’avais toutes les armes en main, j’étais destinée au bonheur depuis le berceau et pourtant, il n’avait fallut qu’une seconde interminable pour détruire les étincelles de mon conte de fées, et c’est ainsi que je commençais mon récit…

 

-Jadis, ma vie ressemblait à un conte de fée, même Cendrillon en aurait été jalouse…

 

 

 

Février 2005, Californie

 

Ma vie ressemblait à un conte de fée. Cendrillon de son histoire lointaine devait m’envier, et je trouvais cela plutôt agréable. Dans mes souvenirs incertains, je cours dans les champs en riant, derrière moi ma mère fait raisonner sa voix si reconnaissable, et mon père mitraille la scène de photographie pour leurs vieux jours, pour mes vieux souvenirs, et je n’ai jamais eu le sentiment d’être mal aimé comme certain, je n’ai jamais eu le sentiment de m’être trompé de vie, tout était sa place, et j’avais été choyée, aimée, j’avais traversé les premières années de ma vie comme sur un nuage imperméable aux orages, jamais personne n’élevait la voix autour de moi ; mon père me nommait sa princesse, et j’avais fini par croire que le monde ressemblait à leur cocon doucereux, que quelque part quelqu’un d’autre pouvait m’appeler princesse et m’aimer jusqu'à la fin des temps. Quelque part, il y avait une personne qui voulait perpétuer mon bonheur, et entrer dans ma vie pour toujours, pour le meilleure, en évitant le pire ; et c’est une chimère qui vivra longtemps, trop longtemps pour m’apprendre à déceler les mauvaises intentions, les sourires faux, les paroles incisives, trop de mirages pour comprendre la vérité du monde. Je cherchais l’exception, parce que pendant des années j’avais été leur exception, j’avais été le centre de leur univers, des années qui m’apparaissent aujourd’hui comme une nouvelle chimère, comme si j’avais rêvé les bras de ma mère, comme si j’avais rêvé ses baisers, ses douces paroles, comme si ils n’avaient jamais eu d’ancrage dans mon monde, dans la vie tout simplement, comme si leur absence les rendaient irréels et dans un sens, la présence m’échappait. Je ne me souvenais plus de leurs traits dans l’exactitude de l’instant, j’avais oublié les derniers mots qu’ils avaient prononcés avant de prendre la route et de disparaître de ma vie pour l’éternité. Et j’ai soudain trouvé la vie interminable, j’ai soudain souhaité l’abréger pour ne plus être solitaire, pour ne plus récolter la pitié, pour entendre encore une fois mon père m’appeler princesse, pour ne pas être jeté dans la jungle du monde sans filet de sécurité, sans autre corde que moi-même, sans autre arme que leur essence, perdue quelque part dans un ailleurs que je ne pouvais pas atteindre, et qui me semblait dérisoire. Je leur ai dit au revoir, comme on remercie une personne qui nous tient la porte en sortant du cinéma ; pas comme un adieu définitif, parce qu’ils étaient censé revenir, ils étaient censé me sauver de la vie, me permettre d’y entrer sans risque, parce que 18 ans ce n’était pas suffisant, parce que j’aurais aimé plus, des années et des années pour me préparer à l’innommable, pour faire un pas hors de leur foyer, pour faire un pas sécurisant sur un sol sûr, quelques années pour apprendre que les gens s’en vont, que rien n’est éternel, et que plus personne ne me tiendra la main de la même façon, car ils sont irremplaçables.  

J’ai quitté le lycée pour rejoindre l’université comme une condamnée à mort, parce que mes projets n’avaient plus lieu d’être, parce que rien ne m’attendait plus à la maison, personne ne m’encourageait, personne ne m’aimait d’exception, une condamnée à vivre au final ; dans un couloir qui ne me convenait plus. Je m’étais rendu à mon premier cours de littérature comme un fantôme, n’adressant la parole à personne, muette comme une tombe, seulement bonne à griffonner des phrases sans contenue sur le bord de ma feuille, griffonner des mots sans sens, parce qu’ils me libéraient, parce que j’aimais leur donner un sens et m’oublier dans leurs entrailles…

 

-Est-ce que tous les étudiants de ce cours sont des écrivains torturés ? Entendis-je et je tournais la tête pour fixer le jeune homme à mes côtés.

-Certainement, et tu ne dois pas déroger à la règle puisque tu es ici.

-Je ne suis pas torturé, juste curieux de voir si j’ai la plume leste.

-Tu me donneras tes conclusions à la fin du semestre, fis-je en clôturant ainsi la conversation mais il eut un petit sourire insolent, et secoua la tête.

-Tu n’as pas envie de te faire des amis à ce que je vois.

-En fait, je veux juste écouter le cours, fis-je désireuse de ne pas paraître impolie.

-Tu es une bonne menteuse. Je pourrais presque te croire studieuse, mais d’après ce que tu griffonne sur les bords de ton trieur, je dirais que tu es en rédemption dans ce cours, et que tu cherche à savoir si tu as quelque chose à dire au monde où pas.

-Et tu as deviné tout cela en m’épiant ?

-En te lisant.

-Regarde ailleurs, alors ! Répliquais-je en cachant mes feuilles noircies.

-Je suis indiscret, c’est un fait. Mais je suis dans le vrai.

-Et ? Qu’est ce que cela t’apporte de lire les phrases d’une pauvre petite étudiante ?

-J’apprends à te connaître tout simplement. Je me suis demandé ce qui te rendait si triste, pourquoi je ne t’avais jamais vu à aucune fête étudiante, pourquoi tu ne fumais pas dans les toilettes… Qui es-tu ?

 

Il me scruta, et un sourire se dessina sur mes lèvres, je trouvais l’approche intéressante, la démarche sincère, et je lui tendis une main qu’il attrapa, tout en me présentant, en oubliant volontairement de répondre à ses vraies questions, cachant mes feuilles griffonnées sous des nouvelles, immaculées, pour mes prochaines pensées.

 

-Et toi qui es tu ? Tu recherches à sauver ton prochain ? Une élévation de ton karma d’origine ?

-C’est cela !

-Je t’ai donc cerné en 30 secondes…

-Lucas, répondit t-il en souriant, sortant à son tour des cahiers vierges.

 

Je me tournais vers le tableau en secouant la tête.

Je fuyais le monde, je ne me liais avec mes personnes, mes amis du lycée avaient tous disparus, disséminés dans les états, dans leurs universités respectives, et le contact que nous ne nous étions promis de garder était mort lui aussi, les nouvelles se faisaient de moins en moins fréquentes, les mails inexistants, et toutes ces vacances que nous étions censés passés ensemble n’avait été qu’une bulle de savon fragile ; je ne croyais tout simplement plus en rien, et je ne voulais certainement pas m’attacher à la seule personne qui avait tenté de franchir la muraille en 6 mois…

 

-A quoi te destines-tu donc ; Brooke Davis ?

-Je ne sais pas…Je peins, je joue de la musique, j’écris, je suis trop compliquée pour me tenir à un projet fixe, fis-je et il eu a nouveau ce sourire insolent.

-Tu n’es donc pas là pour t’amuser comme les plupart de nos camarades.

-Je suis là pour faire ce qui devait être fait depuis le début. Je suis la route qui m’était destinée.

-Je suis ici pour faire plaisir à mes parents, j’ai le sentiment que c’est la même chose pour toi.

-En quelque sorte. C’est une promesse !

-Les promesses résistent rarement au temps, princesse.

-Pourquoi tu m’appelles princesse ? Demandais-je en fronçant les sourcils.

-Tu as l’air dans ton monde, sur ton nuage alors je m’adapte.

 

J’étais effectivement dans un monde a part ; et en les regardant tous autour de moi, j’avais le sentiment d’être étrangère, un sentiment coupable d’exclusion, j’avais coupé les liens qui me retenaient à la vie si facilement, parce que cela me semblait moins pénible que de s’attacher à quelqu’un qui me quittera encore, et devant son regard perplexe je ressentais le besoin de lui dire la vérité. Je n’aimais plus personne, je ne ressentais plus rien, les mots m’indifféraient, les rires me torturaient, et pourtant je me levais chaque jours, par obligation, par respiration, parce que je maudissais en silence le destin d’avoir placé sur leur route une autre voiture, une voiture qui avait dérapé, un chauffeur qui était ivre, et qui avait survécu, victime de la culpabilité d’avoir rendu ma vie mortellement longue, d’avoir bouleversé le cours de mes promesses éternelles. Mais les mots ne semblaient pas vouloir sortir ; je me revoyais encore devant le notaire, les mains croisées sur les genoux, à attendre la sentence, et j’avais laissé la grande maison dépérir sans moi, habité par des souvenirs, les meubles cachés par des draps, parce que je ne voulais plus y revenir, comme si je pouvais les croiser au détour d’un couloir, alors que je commençais déjà à oublier le son de leurs voix…

 

-Tu n’as pas envie de me connaître vraiment, tu t’amuses juste pour passer le temps, et tu devrais choisir une autre proie.

-Je te ne drague pas, répliqua t-il le plus sérieusement du monde. J’essaye de t’aider.

- Que veux-tu en échange ?

-Que tu me dises bonjour au détour d’un couloir, bientôt…

 

Et il se leva doucement, avec un petit signe, pour aller s’installer derrière, seul, emportant avec lui tous ses cahiers, me laissant perplexe sur ses véritables intentions et sur ma froideur ; il aurait mérité mieux, comme toutes les personnes qui avait croisé mon chemin et qui avait tenté jadis de me prendre la main.


nanouee  (06.08.2011 à 23:03)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Et ils m’épiaient tous; cherchant peut être une concordance avec leur propre histoire, et celle qui était le plus en retrait, recroquevillée sur elle-même, me lançait un regard désolé, pourtant je n’avais pas encore abordé mon réel traumatisme, ses mains déjà se nouaient et je me demandais ce qui l’avait amené ici, quelle était cette chose qui l’empêchait à présent de mettre un pied devant l’autre, de craindre le vent, qu’est ce qui nous avait tous poussé ici, comme un refuge parce que plus personne n’avait le pouvoir de nous sauver.

 

-Ma pire erreur a été de lui faire confiance. Il a été la première personne à véritablement s’intéresser à moi, la première à me proposer de sortir pour rencontrer le monde extérieur à nouveau, et il n’y a jamais eu d’amour ; c’était une sorte de rédemption, et je crois m’y être attachée malgré moi, d’y avoir donné un sens parce qu’un jour il a osé m’aborder, et tenter de briser le mur. Parce que j’ai eu confiance, et que je me suis trompée ; et qu’il est hors de question de replonger, de tendre la main à quelqu’un pour le laisser entrer dans ma vie et la détruire.

-Parlez nous de vos parents…

-Je les ai perdus. Tout simplement. Et quand vous avez vécu dans ce monde protégé toute votre vie, l’extérieur semble froid et cruel. C’était le cas ; seulement je n’étais pas préparé à l’affronter, je n’étais préparé à rien, j’étais faible, et je lui ai laissé une entrée. Ils ne sont juste pas rentrés le soir…Comme des centaines, des milliers d’autres personnes victime de chauffard sur la route. A croire que nous sommes les victimes de quelqu’un, et celui qui leur a ôté la vie s’en sort très bien, il est vivant, sortie de prison, il vit la vie qui nous était destiné, et c’est irréversible. Je ne voulais plus me lier avec personne mais dans un sens j’en avais besoin, j’avais besoin d’affection, d’attention, et s’il n’avait pas été si insistant je n’aurais pas cédée, je ne serais pas allé le voir au cours suivant, et je ne serais pas ici avec vous.

-Ce n’est pas votre faute, Brooke.

-Mais je le sais. Seulement, qu’est ce qu’il me reste ? La personne qui devait m’aider, être mon ami et me donner à nouveau le sentiment d’exister à détruit ce qu’il restait de mon souffle, c’est impossible d’oublier.

-Alors il faut pardonner…

-Je ne pardonne pas, Docteur. Je ne pardonnerais à personne ; ni à celui qui revenait d’une fête et qui les a fauchés, ni à celui qui a…

-Vous ne le dîtes pas.

-Si, quand j’ai fais ma description, quand je vous ai énoncé mon problème. J’assume la réalité des choses ; je suis là, je vous ai appelé, alors ne me psychanalysez pas trop…

-Qu’est-il devenu ?

-Il a longtemps été protégé par sa fraternité ; jusqu'à ce que je découvre que je n’étais pas la seule…Il y en a eu d’autres.

-A-t-il été puni comme vous le souhaitiez ?

-Pas assez puni…

 

 

Mars 2005, Californie

 

Je suis restée très longtemps devant la porte. J’avais laissé traîner mes oreilles, et mon apparent gentleman habitait ici, dans la maison de sa fraternité, et j’étais ici depuis 30 minutes à regarder les gens entrer et sortir, des filles en mini jupe et au sourire insolent, des étudiants qui se demandaient sûrement ce que je faisais ici, et qui j’attendais ainsi dans ce froid glacial.

 

-C’est moi que tu attends ? Entendis-je derrière moi et je me retournais brusquement.

-Bonjour, fis-je, et il me sourit franchement.

-Apparemment oui, tu es toujours aussi peu expressive, Davis.

-Je me suis dis que tu aurais peut être besoin d’aide pour porter tes livres à l’intérieur, répliquais-je et il hocha la tête.

-Tu n’avais pas besoin d’une excuse pour venir me voir, d’ailleurs comment m’as-tu trouvé ?

-Etre une petite souris aide beaucoup dans ces cas là !

-Tu veux entrer ?

 

Et j’ouvris la porte, le précédant dans la maison qui semblait presque vide, en ce week- end bien entamé, les étudiants étaient pour la plupart rentrés dans leurs familles et je me demandais soudain pourquoi il ne l’avait pas fait.

 

-Pour répondre à ta question muette, je ne rentre que rarement voir mes parents, ils sont toujours trop occupés pour moi, ils tiennent un restaurant et je n’ai pas envie d’aller m’enterrer là bas pour servir des clients tout le week- end. Je suis bien mieux ici à lire des classiques devant la cheminée, et j’aime être seul ou presque ici…

-Comment as-tu deviné ?

-Tu regardais alentour avec suspicion, tu avais l’air de te demander pourquoi je n’étais pas entrain de me saouler, les pieds en l’air, et le tuyau rempli de bière dans la bouche…

-Tu es dans une fraternité, c’est monnaie courante ! Répliquais-je et il déposa les bouquins sur la table basse.

-C’est vrai ; mais en général, je les regarde faire. Et toi, princesse ; pourquoi es tu ici ?

-C’est ma maison, tout simplement. Je n’ai personne à aller voir.     

-Tu es en froid avec tes parents ?

-Non…Ils sont morts dans un accident de voiture l’an passé.

-Je suis un imbécile !

-Ce n’est pas écrit sur mon front, j’ai bien une vieille tante aigrie du côté de ma mère, et une autre alcoolique, mais je n’ai étrangement pas très envie de les voir…plaisantais-je pour détendre l’atmosphère.

-Qu’est ce qui s’est passé ? Demanda t-il avant de lever les mains et d’ajouter ; tu n’es pas obligé de me le dire, je comprendrais.

-Un chauffard ivre les a percuté de plein fouet. La voiture a finie dans un ravin et c’est tout… Je ne conduis plus depuis, murmurais-je comme si cela avait de l’importance.

-Tu aimes lire ? Me demanda t-il et j’appréciais la diversion.

-Bien sur, fis-je et m’installais à ses côtés sur le canapé.

-Je te conseille de lire « Orgueil et Préjugés », c’est un très bon roman…Comme tous les romans de ce siècle, ils sont emprunts de bon sentiments, où la fille se demande si elle doit faire confiance ou non, si elle est prête ou non…Dire que son auteur à achevée sa vie solitaire, dit-il en me tendant le bouquin, et je le déposais sur mes genoux. Où alors « Jane Eyre », publié par Charlotte Brontë sous un nom masculin. Encore un roman éponyme sur l’amour contrarié de Jane qui ne peut épouser son âme sœur déjà marié à une folle…Qui fuit la misère de  sa vie et se lie d’amitié avec des gens de passage, et la morale de toutes ces histoires, c’est bien qu’il n’est jamais trop tard, les circonstances de la vie nous mènent toujours à la maison, Brooke.

-Charlotte Brontë ? La sœur de Mademoiselle « Les hauts de Hurlevent » ?

-Charlotte écrivait mieux, elle était plus réaliste, dans son final, il n’y a aucun fantôme, Jane et son amoureux sont heureux, et tout le monde finit par trouver le bon chemin…

-Nous verrons bien, je ne suis pas convaincue, fis-je et il se mit à rire.

-Lit le et reviens me voir.

-Je connais leurs biographies respectives par cœur ; le débat sera mouvementé !

-Tu auras une raison de revenir me voir, me rendre mes bouquins et discuter de ce qui est vrai et de qui ne l’est pas, lança t-il et je me relevais.

-Donne moi quelques jours, répliquais-je avec un clin d’œil, et je quittais la maison.

 

A ce moment, j’avais peut être retrouvé l’envie d’ouvrir un livre et de lire l’histoire d’une autre, à ce moment précis j’avais peut être retrouvé l’envie d’ouvrir mon propre roman pour en continuer la rédaction, pour remplir d’autres pages et me décider à rentrer à la maison.

Les jours suivants je me plongeais dans une lecture mouvementée, le croisant au détour de couloir avec un sourire, cherchant à m’exposer au soleil, à entendre les rires des autres sans connaître leur histoire, à apprécier quelques minutes de silence ou une bonne musique, j’avais le sentiment de renaître, aussi sûrement que j’avais jadis abandonné toute chance de respirer, de me battre contre ce monde qui semblait me rejeter. Et je devais le remercier pour cela. Je devais apprendre que parfois le hasard est une fausse vérité, il m’avait choisie, pour le meilleur, mais surtout pour le pire. Il n’y avait aucun signe, et j’étais naïve, terriblement enfermée dans ma conception du monde et de ses habitants, pensant que les traîtres ne pouvaient pas s’attaquer à moi, que rien ne pouvait m’arriver la nuit quand je rentrais seule, que j’étais protégée, invincible, et c’est cette conviction qui me perdra, c’est cette conviction qui me poussera à la confiance aveugle d’inconnu sur mon chemin, tout cela parce qu’il avait touché une partie de mon âme en jouant avec les mots à la perfection…

 


nanouee  (06.08.2011 à 23:05)

Attention: Scène de violence

 

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Et j’avais du mal à reprendre mon souffle, à me situer la réalité avec tous ces visages tournés vers moi, avec ses yeux brillants, et leurs lèvres crispées, leurs mains mouvantes, et la personne qui dirigeait notre séance attendait la suite. C’était ainsi ; nous avions besoin d’exorciser nos démons, ils étaient là pour écouter, pour nous former au pardon, pour nous pousser à l’extrême de l’aveu ultime, pour nous aider à vaincre le déni, la culpabilité, le mensonge dans lequel nous nous étions conditionné. Et je ne les connaissais pas, je ne connaissais même pas leur nom, mais je ne pourrais jamais oublier leurs traits, leurs voix frêles comme la mienne qui demandait à vaincre le monde pour triompher, chacune dans une pièce différente, dans un tribunal imaginaire qui nous jugeait, qui jugeait notre faiblesse à la vie, notre mort en apparence, et je venais à peine de me rendre compte que j’avais ponctué mon récit de larme invisible, que j’avais laissé les souvenirs tracer la marque que je m’étais refusée jusqu'à présent. Les larmes étaient mortes elles aussi, comme la tristesse ; perdurait la colère, la vengeance et il n’y avait pas de place dans leur sein pour le pardon.

 

-Qu’est ce qui s’est passé, Brooke ?

-Il a changé…Où peut être qu’il avait toujours été ainsi en fin de compte. Je me suis laissé berné, volontairement.

-Quand l’avait vous remarqué ?

-Trop tard…Quand j’avais déjà bu quelques verres et que ma vision se troublait dangereusement. Je m’en suis rendue compte quand il murmurait à mon oreille, et que des rires me parvenaient d’en bas ; et par la suite il y a eu les traces sur mon corps, sur ma peau, les bleus, les rougeurs, les griffures ; car malgré l’alcool, j’ai le souvenir flou de m’être défendu, de l’avoir repoussé, de l’avoir blessé.

-Où est-il maintenant ?

-A sa place… Et j’ai bataillé pour cela, pas par vengeance aveugle, mais par besoin. Je voulais le voir derrière les barreaux, je voulais le punir pour s’être joué de moi, pour avoir brisé mon cœur, ma confiance. Depuis, j’ai le sentiment de ne plus aimer personne, et cela doit être le cas. Je n’aime personne, et personne ne m’aime. Je n’ai pas d’amis, je n’ai pas d’amant. Je n’ai plus envie de faire d’effort, de ressentir du plaisir, de vivre et d’être moi-même. Je voulais le tuer. Mais, il m’a tuée dans un sens, sinon je n’aurais pas eu besoin de venir vous voir. Le lendemain et les jours suivants, il était l’image même de la perfection, l’ami sur lequel il est possible de compter en toutes circonstances, et je pleurais sur son épaule depuis si longtemps sans savoir qu’il s’en moquait, que derrière il mettait au point un plan avec ses amis de la fraternité, que c’était un jeu, un rituel, et que j’étais la victime parfaite. Et il a bien peaufiné son plan, pendant presque un an, il a joué de ma confiance, il a joué de ma présence, pour mieux m’achever…

 

 

Mai 2006, Californie

 

J’avais à nouveau le sentiment d’être Cendrillon, sauf que mon prince n’en était pas un, c’était mon meilleur ami, mon compagnon de lecture, mon camarade des mots, mon passionné de littérature, mon double, une sorte de moitié à qui je donnais une confiance sans borne, et le sentiment d’avoir retrouvé un ancrage m’avait éloigné de la réalité ; je n’avais pas gardé les yeux grands ouverts, et je m’étais perdue dans ce dédales des bons sentiments, dans cette apparence affable, dans ces phrases si coordonnés que de grands écrivains aurait pu l’envier, et c’est ma très grande faute, la seule et l’unique, le déclencheur de la catastrophe ; après lui, tout s’est écroulé.

Et pourtant malgré notre relation, ce frère que j’avais trouvé, il ne m’invitait jamais à ses fêtes, il ne mêlait jamais à sa fraternité, et pour la première fois en un an, l’invitation était tombée, parce que cela me ferait du bien de frayer avec les jeunes, de connaître la vie étudiante, de la savourer, de me trouver un petit ami convenable qui se retiendra de rendre après avoir trop bu, d’être une fille normale, comme cette ancienne réminiscence de moi-même jadis il fut un temps, au lycée ; quand j’étais encore heureuse. Et j’avais accepté par politesse peut être, mais curiosité sûrement, sans me douter un seul instant que cette soirée allait changer ma vie, que je ne la verrais plus jamais comme un cadeau, mais comme un enfer.

Il était passé me chercher en voiture, et j’avais enfilé ce qui me semblait être la tenue adéquate, une robe noire, ni trop courte, ni trop longue, légèrement décolleté, j’avais remonté mes cheveux dans un chignon lâche, et agrémentés ma tenue par des accessoires basiques ; je me sentais comme une adolescente à un bal, alors que je me rendais dans une beuverie au devenir incertain, mais sa présence me rassurait, rien ne pouvait m’arriver et mon précieux petit univers où le monde cruel m’était épargné était préservé.

 

-Tu es magnifique, lança Lucas quand je montais dans sa voiture. Mais tu sais, ils risquent de vomir dans tous les coins de la maison, tu aurais pris moins de risque en jeans.

-Je peux encore aller me changer, fis-je avec un sourire narquois.

-Non, nous sommes à la recherche de ton prince charmant, conclut-il en lançant la voiture sur la route.

 

Nous traversâmes la ville, et bientôt l’ambiance se fit plus festive, nous nous rapprochions du campus étudiant où je ne vivais pas ; j’avais loué un appartement en dehors, éloigné du monde pour ne pas être obligé de m’y mêler, et il se gara dans un coin, coupa le contact, et vint m’ouvrir la portière comme le gentlemen qu’il prétendait être, et je ne pouvais pas voir les clins d’œil qu’il lançait à ses copains de beuveries, à ses frères comme il les nommait, ces étudiants qui passaient le plus clair de leur temps dans cette maison comme un sanctuaire, et elle était très différente de nuit, plus effrayante, plus grande, remplie de monde, animée par les rires, par les cris, et à peine rentrée je me sentie mal à l’aise, comme un instinct lointain, comme un pressentiment, et sa main dormait dans mon dos, me dirigeant vers le salon où la musique était de plus en forte, il attrapa deux verres de bière et j’avalais le mien avec prudence, cherchant un coin tranquille pour éviter de me faire bousculer et tâcher ma si jolie robe inappropriée.

 

-Tu ne t’attendais pas à cela ? Murmura t-il à mon oreille alors que des étudiants le rejoignaient tout en me dévisageant.

-En fait si ; je crois que je ne vais pas trouver mon prince charmant parmi eux.

-Allons, détends toi, je vais te chercher une autre bière, dit-il et il me laissa seule au milieu d’un groupe qui discutait sport, et jeux vidéos.

-Alors…Brooke ? C’est cela ?

-Oui, murmurais-je.

-Lucas te cachait bien ! Pourquoi ne t’as t-il jamais amené ici ?

-Il faudra le lui demander.     

-En tout cas, maintenant que tu es là, nous n’allons pas te laisser partir si vite, fit le jeune homme en face de moi, déjà imbibé, et légèrement chancelant. Nous pouvons déjà faire la conversation…Je m’appel Bob ; c’est très nul comme nom, j’en veux énormément à mes parents.

-J’en suis désolée, répliquais-je alors qu’il s’approchait de plus en plus, jusqu'à me frôler l’épaule et que Lucas avait disparu.

-Et puis tu sais, la fac…Je le fais pour eux, parce qu’ils veulent avoir un bon fils, et non un looser. Qu’en pensent tes parents ?

-Ils sont morts.

-C’est pratique, tu ne décevras personne, dit-il en riant gauchement je me mordis la lèvre. Alors, Lucas est ton petit ami ?

-Non, Lucas est mon ami, rien de plus.

-Donc tu es libre.

-Non, pas pour toi.

-Et pourquoi cela ? Tu te crois mieux que moi ? Mieux que nous ? Et voilà, qu’elle se joue prétentieuse la petite oie blanche.

-Tu m’excuses, je veux retrouver Lucas, dis-je en me dégageant, mais un autre s’approchait déjà et me barrait la route.

-Lucas reviendra te chercher plus tard, ma douce…Si on continuait ? Quel est ton genre d’homme alors ? Ne serait-ce pas Lucas ? Après tout, il est mignon tout plein avec sa tignasse et ses yeux innocent.

-Il est loin d’être innocent, renchérit l’autre, et ils éclatèrent de rire.

 

Je les observais se congratuler entre eux, boire leurs verres cul sec, et je commençais à avoir peur de ne plus pouvoir décoller, quand Lucas réapparu près de moi, levant le bras que son ami Bob avait posé sur mon épaule.

 

-Je vous avais dit de l’occuper, pas de la draguer.

-Tu la veux pour toi seul, mon beau salaud. Ta chambre est à l’étage.

-Allez boire ailleurs !

 

Lucas attrapa ma main, et il nous fit traverser la foule, pour trouver l’escalier et monter à l’étage, je pensais qu’il voulait me soustraire au bruit, me préserver des perverses idées de ses amis, mais la vérité était tout autre, si il s’était absenté, c’était pour chercher un cachet à dissoudre dans mon verre de bière, celui qu’il tenait à la main et qu’il allait m’offrir une fois la porte claquée.

 

-Nous voilà plus tranquille ! Je suis désolé pour ces imbéciles. Ils sont toujours saouls, toujours lourds et malheureusement je pensais qu’ils resteraient convenables.

-Ce n’est pas grave, mais nous pouvions partir tu sais…

-Je ne t’avais jamais montré ma chambre.

-Non, c’est vrai.

 

Et je parcouru les murs presque vides, les quelques vinyles qu’il avait accroché, les centaines qui traînaient dans le coin près de la platine, les livres de divers auteurs, et un petit carnet sur la table de chevet que je soupçonnais être son journal.

 

-Tu vois, moi aussi, je me pense écrivain. Qui s’intéressera à la vie d’un pauvre étudiant dans 100 ans ? Tiens voilà ton verre.

-Merci, murmurais-je en avalant le liquide glacé qui glissa dans mes entrailles, entraînant avec lui un autre effet indésirable. Peut être des gens comme nous, tout simplement.

-Je me destinais à l’enseignement au lycée, et j’ai changé de voie.

-Ah bon ? Fis-je et ma voix me parût lointaine, le bourdonnement de mes oreilles atténuait le bruit et il me prit le verre des mains. Je me sens mal…

-Viens sur le lit ; voilà, viens t’assoir.

 

Je sentis ses mains froides dans ma nuque et il me massait les tempes, quelques choses me brûlait les entrailles, quelque chose remontait dans mes veines, et une nausée me surprit, j’avais l’estomac au bord des lèvres, la tête mouvante, et il commençait à rapprocher sa bouche de mon oreille, entraînant mes bras sur le lit avec mon corps près du sien.

 

-Je me destinais à l’enseignement…Et maintenant je me destine au crime. Qu’en penses-tu Brooke ? Je n’ai cessé de rêvé de toi, de te désirer, cet instant, c’est le mien, le notre, et tu le veux aussi… Ici, on ne se fait pas de cadeaux, j’ai aimé le jeu, j’ai aimé gagner ta confiance, et je suis prêt pour le moment où tu me haïras, mais tu dois me comprendre, je te veux…Tu as une si jolie robe.

 

Et la pièce se mit à tourner, ma voix ne raisonnait plus, au dehors les rires me semblaient encore plus assourdissant, et ils passaient dans le couloir sans m’aider, je ne savais pas ce qui m’arrivait, je ne ressentais rien, je ne pouvais tressaillir qu’aux mains de Lucas qui déshabillait mon corps, j’étais une poupée de chiffon, les membres ballants et la tête en arrière, tandis qu’il s’allongeait sur moi, qu’il prenait le temps de me susurrer des mots doux à l’oreille, comme si j’avais accepté de faire l’amour avec lui, comme si il n’avait pas drogué mon breuvage, comme si je lui faisais encore confiance, et un cri plus violent monta dans ma gorge, il se répandit dans la pièce comme un électrochoc et il me gifla violement ; ma tête retomba sur le lit et du sang coula sur mes lèvres entre ouvertes. Les belles paroles semblaient oublié, et mon cri s’était perdu dans la foule, dans la masse au réez-de chaussé qui faisait la fête, qui vivaient ce que j’avais refusé, mais je ne pouvais plus réfléchir, je ne pouvais que sentir le poids de son corps sur le mien, les griffures qu’il m’infligeait en arrachant mon soutient gorge, en enlevant ma culotte, en maltraitant mon corps nu sans que je ne puisse réagir, et sa langue s’introduisit dans ma bouche de force, un hoquet me parcouru et mon corps tout entier trembla quand il m’écarta les cuisses, laissant des hématomes éternels dans ma mémoire, quand je lui résistait et qu’il pénétra mon intimité, quand il brisait mes chairs, et massacrait mon avenir, je le sentais aller et venir, mordre ma peau, empoigner mes hanches, je le sentais prendre du plaisir sur des cendres, et il arracha à tout jamais dans mon monde la notion de l’innocence, bafouant ce qui restait d’humanité en l’homme. Il agrippa mon visage et força mes yeux à s’ouvrir, il plongea son regard dans le mien, et le sourire qui dormait sur ses lèvres fit couler mes larmes, balaya mon maquillage, tortura mes entrailles, et enfin je me débattais, je le frappais, je le repoussais, mais sa poigne était terrifiante, la force de son désir l’emportait, il gardait mes bras plaqué contre le lit, il écrasait mon corps dans un combat inégal, et je fermais à nouveau les yeux, je scellais mes lèvres dans un cri muet, dans un non qu’il n’entendra jamais, dans un autre univers, où la douleur ne me torturait pas, où je ne sentais pas la moiteur de sa peau, l’odeur de son eau de toilette, la douceur mortelle de ses doigts sur mes seins, sur mon ventre, où je ne sentirais pas l’apogée, où il pouvait prendre et jeter la poupée de chiffon sans qu’elle ne s’en souvienne, un monde imaginaire dans lequel j’allais me retrancher très bientôt. Il maintenait mes cuisses et mes hanches à sa hauteur, et il acheva sa besogne sans un mot, sans que mes cris morts ne l’éveille, sans qu’une aide ne vienne pousser la porte, dans cette maison où tout cela pouvait leur être pardonné, parce que dans un sens je n’avais pas eu le temps de dire non et qu’ils allaient jouer sur ce détail, cette seconde où j’ai avalé mon verre et où plus rien n’existait. Il libéra enfin mon corps, et s’écarta, satisfait à côté de moi, pour embrasser ma joue, mordre mon oreille, et me murmurer à l’oreille des remerciements sournois. Je gardais les yeux clos, les mains étalées sur le lit, les jambes pendantes, et j’attendais qu’il se lève, qu’il s’éloigne, qu’il m’abandonne ici et que je puisse effacer cette trace de ma vision brouillée.

 

-Je t’attends en bas, Brooke, prends ton temps, murmura t-il avant de se rhabiller et de sortir de sa chambre en croisant quelques étudiants curieux à qui il fit un clin d’œil.

 

La porte claqua et je lâchais un sanglot muet, des larmes diaphanes coulèrent sur mes joues, traçant des lignes imparfaites de mascara, des lignes tremblantes comme ma main qui cherchait le drap pour m’essuyer, pour effacer toute trace de sa présence, et la tête me tournait encore quand je penchais pour ramasser ma jolie robe abîmée, mes sous vêtements éparpillés, et mes bijoux qu’il avait déchiqueté au sol. J’essuyais mes larmes, et me laissait glisser au bas du lit sur la moquette, prête à rassembler mon courage, évitant de regarder les marques qu’il m’avait laissé, et le sang qui coulait de certaines griffures, je me redressais chancelante, m’appuyant au mur, et j’enfilais ce qu’il me restait de vêtements, qui couvrait très peu ma peau torturée, qui ne cachait rien du crime, et le mot ne voulait pas encore naître en moi, le mot ultime de l’acte me semblait dérisoire pour l’instant, je n’étais pas  encore la victime, je n’étais pas encore la faiblesse, je n’étais rien de tout cela, et je ne serais plus jamais rien. Je ne me retournais pas sur le lit défait et j’agrippais la poignée de la porte, soufflant entre mes pleurs, prête à la faire grincer pour sortir au milieu de ces gens qui allaient me dévisager, et me condamner. Le premier pas dans le couloir me semblait une guerre, et mes muscles douloureux se rappelaient à moi, de plus en plus fort au fur et à mesure, un pied devant l’autre, et j’attrapais un manteau qui traînait sur le pas de l’une des chambres, je m’en couvris et je m’engageais dans l’escalier, oubliant la foule avec pour seule objectif d’atteindre la porte d’entrée, et je bousculais au passage ceux qui me barraient la route, je ne regardais pas Lucas qui attendait prêt du bar avec ses amis en buvant de nouvelles bières et en lorgnant de nouvelles filles dont ils pouvaient profiter à sa guise. L’air frais fouetta mon visage et je me mis à courir, mon sac à main collé à mon corps, le manteau volant à l’air blessant, et je slalomais entre les voitures garés, prête à disparaître dans le nuit comme si j’étais la coupable, comme si j’avais commis ce crime, comme si je l’avais laissé faire, et dans leur esprit à tous ; c’était à présent le cas…

 


nanouee  (06.08.2011 à 23:09)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Je sentais encore ses mains sur mon corps, je les sentais encore encadrer mon visage pendant qu’il violait mon intimité, pendant qu’il violait ma vie, qu’il détruisait le simple mot de l’innocence et de la confiance entre ses doigts, et personne n’osa croiser mon regard après cela. Seule la blonde dans un coin, soutenait mes prunelles, j’avais appris son prénom dans la matinée, Peyton ; et elle me laissait un arrière goût d’inachevé dans mes phrases, comme si ce qu’elle avait à dire était pire que ce je pouvais imaginer entre les bras de mon agresseur. Elle se leva alors pour me tendre un mouchoir, et essuya doucement les larmes qui coulaient sur mes joues. Je ne mettais plus de maquillage depuis ce jour, et aucune traînée ne pouvait venir trahir la blancheur de mon teint, je me purifiais, j’enrayais la malédiction qui me poursuivait, qui me traquait et brouillait toujours la vision que je pouvais avoir de moi-même.

 

-C’est encore long, murmurais-je en me rasseyant.

-Qu’avez-vous fait, Brooke ?

-Je suis rentrée chez moi, j’ai pris une douche ; c’est la première chose à laquelle j’ai pensé, me laver de l’opprobre, être à nouveau moi-même, mais je ne pouvais pas effacer les traces sur ma peau, ni les hématomes, ni les griffures, l’eau ne changeait rien. Je me sentais sale, et je me sentirais sale jusqu'à la fin de ma vie. La suite est peut être pire dans un sens ; j’ai été traitée en paria, je me suis rebellée, et ils m’ont tous punie.

-Comment cela ?

-Vous connaissez les fraternités, Docteur ? Vous avez peut être membre de l’une d’entre elles pendant vos études ? Ils protègent leurs membres, sont muets, et mentent pour la bonne réputation de leurs murs bafoués, parce qu’il y en a eu beaucoup d’autres avant moi, après moi aussi ; mais cela ne comptait plus, j’ai résisté jusqu’au bout, jusqu'à ce que je ne puisse plus sortir de chez moi sans les entendre m’insulter sur le trottoir d’en face.

-J’en ai fait partie, c’est exact, dit-il en toussant, et son regard fuyait le mien.

-Et vous avez sans doute cautionné des actes qui vous semblent aujourd’hui monstrueux ? Où sont les criminels de votre promotion, Docteur ? Coulent t-ils des jours heureux ? Le mien est à sa place, il n’y avait pas d’autres choix, la prison ou le cimetière. Si la justice n’était pas intervenue, je le tuais, ou je me tuais…Il n’y avait pas d’autre option Docteur ; et dans un sens je suis ravie d’avoir eu la chance ultime de la rédemption. Je ne vous demande pas de faire des miracles, mais au fond de moi je sais bien que l’envie de vivre renaîtra un jour ; je lui laisse le temps de s’installer pour l’apprécier, l’aimer et avoir à nouveau envie d’être aimé.

 

Je refermais une page importante, un carnet d’illusions et de désenchantements, un pan de ma vie que je ne souhaitais plus revivre, et je me voyais très bien en brûler les pages plus tard quand je serais dans la chambre qu’ils m’avaient attribué à l’étage supérieur, une chambre illuminée par le soleil couchant, une chambre coupé du monde et proche de l’infamie, pour me rappeler que je ne suis pas la seule, et que je ne serais plus jamais solitaire face à mes démons. Une porte pouvait me séparer de ces autres victimes volontaires de la thérapie de groupe, qui n’avait trouvé nulle part ailleurs le courage et l’énergie de vaincre le désespoir pour apprécier la respiration de la vie qui vient au monde.

Ce soir en grimpant l’escalier, Peyton me rejoignit et m’accompagna jusqu'à ma chambre, celle qui était conjointe à la sienne, et elle m’adressa un sourire timide, avant de me serrer la main, et de me souhaiter bonne nuit. Au fond des prunelles de la blonde il y avait cette indicible attente, parce qu’elle savait sûrement qu’une fois mon récit totalement achevé, son tour viendrait, et qu’elle sera aussi perdue que j’ai pu l’être, qu’elle sera obligé de croiser le regard d’inconnu capable de la juger, et l’horreur qui animait son regard me bouleversait, comme si du sang vivait encore sur ses mains, et pourtant elle était douce et affable, elle ne ressemblait en rien à une criminel, à un bourreau, et elle ne l’était pas, je devais l’apprendre quelque jour plus tard quand le premier mot devait l’animer « Maman… »

Je lui fis un signe, et elle rentra dans sa chambre, les bras serrés sur ses affaires et les dizaines de petits journaux intimes qui s’en échappait quand la dernière se présentait, la brune discrète aux yeux embués par le début de mon histoire qui semblait vivre l’horreur comme si elle en connaissait les traits, et elle hocha tout simplement la tête en me croisant sans se présenter, sans engager la conversation, et je lui laisserais le temps pour venir à nous et nous avouer son si terrible secret…

 

Cette nuit là, il me hantait, il me bousculait, son regard d’azur parfaitement coordonné à l’innocence s’accordait à sa voix, à sa déposition quand je l’avais accusé, quand j’avais eu le courage d’entrer dans un poste de police pour prononcer le mot tant redouté ; viol. Et je chassais son visage dans mon songe, je chassais les mois suivants, l’enfer de la traque, la fuite si terrifiante dans la honte, parce que je ne m’étais pas sentie à la hauteur du combat jadis et que j’avais baissé la tête, parce que je ne m’étais moi-même pas entendu dire non ce soir là, et que je devais le regretter pour toujours, et au réveil sombre et lugubre d’une journée à la destinée grisâtre, je mesurais l’ampleur de mon deuil, celui d’une adolescente orpheline, celui de la blessure torturée,  je pouvais alors me faire l’ultime promesse et poser un pied au sol comme la victime que je ne serais jamais plus…

 

 

* *

*

 

-Aujourd’hui, tout sera différent, commençais-je en amorçant mon deuxième carnet. J’ai le sentiment d’avoir abordée cette thérapie comme une victime éternelle, parce que je ne me rendais pas vraiment compte de l’étendue de ma souffrance, de la souffrance des autres, de toutes ces choses qui m’échappaient. Je suis en vie. Je lui ai survécue, j’ai attendue ce moment pendant 5 ans, et au moment même où les mots ce sont écoulés je me suis sentie soulagée, comme libérée d’un poids, peut être celui de la culpabilité, parce que je ne m’étais pas entendue lui dire non ; parce qu’à force de salir mon image, ils m’avaient fait douter ; douter de moi-même et ce que je pouvais apporter au monde par ma présence. Rien de bien exceptionnel à l’échelle de l’univers, mais je n’ai pas envie de m’abandonner sur la route par peur de la nouvelle trahison qui ne viendra peut être jamais. Je suis prête.

 

 

Juin 2006, Californie

 

Je ne me souviens pas vraiment du chemin que j’ai emprunté pour rentrer chez moi, ni de la tête du chauffeur de Taxi qui m’avait trouvé sur sa route, échevelée, la robe déchirée et qui m’avait sûrement raccompagnée. Je ne me souviens que d’une chose, de m’être débarrassé de mes vêtements, et d’avoir été prendre une douche pour oublier son odeur obsédante sur ma peau, et la trace de ses doigts dans ces endroits intimes qu’il avait bafoué, mais j’avais beau frotter, j’avais beau arracher ma peau et la faire saigner, la pression restait constante, je me sentais oppressée, malmenée, et ma respiration se fit douloureuse sous le jet d’eau chaude, les sanglots pouvaient m’animer maintenant que j’étais seule et que le monde semblait s’écrouler à mes côtés. Il a du tenter une approche quelques jours plus tard, quand la porte avait tremblée et qu’il m’avait semblé entendre sa voix, mais j’étais restée prostrée dans un coin, les jambes relevées sous mon menton, les yeux fixés sur la poignée qui tremblait autant que mes mains qui me servait à entourer mes membres meurtris. Et je n’en ai parlé à personne, je ne suis pas allé à la police tout de suite, je n’ai pas fais de constatation à l’hôpital, j’étais dans un brouillard opaque qui m’empêchait de réfléchir, de me lever, de sortir de chez moi pour voir le soleil, pour marcher vers le premier poste de police, pour porter plainte, pour lui faire payer sa trahison ; cette relation qu’il avait malmenée et qui était morte dans ses mains.

Je n’assistais plus à mes cours, je ne mangeais plus, je restais invariablement enfermée, à regarder la télévision, à écouter de la musique, et me repasser la même et même scène sans arrêt, comme pour me punir de n’avoir pas vraiment crié, comme pour me punir de n’avoir pas gardé les yeux grand ouvert pendant qu’il empoisonnait mon verre, parce que j’avais confiance, parce que ce sentiment ultime d’appartenance m’en avait empêché, et que pour la première fois depuis que j’étais solitaire, quelqu’un s’était intéressé à moi, quelqu’un m’avait trouvé assez exceptionnelle pour tenter une approche ; la première personne à me redonner la vie venait de me trahir, et de ce genre de blessure là, il n’y a aucune rédemption, je ne m’en relèverais pas.

Un jour comme un autre dans mon calendrier devait sonner la fin de cette claustration ; je me décidais enfin à porter plainte, à me confronter à d’autres êtres humains qui allait peut être me juger, et je dissimulais les légères traces qu’il me restait sur le visage, j’enfilais des vêtements sombres et je quittais mon appartement comme une voleuse, regardant à droite ou à gauche pour être certaine de ne pas croiser son regard, de ne pas retomber entre ses mains, et je traversais le campus comme une étrangère à ses lieux que je connaissais pourtant par cœur, pour entrer dans le poste de police, et prononcer ces mots si terrifiants qui avait encore du mal à venir au monde, parce que je ne voulais pas admettre que j’étais la victime, parce que je ne voulais pas les entendre me prendre en pitié, parce que jamais dans mon existence jadis idyllique personne n’avait levé la main sur moi et que pour la première fois, je me sentais misérable, inexistante, morte…

 

-Je voudrais faire une déposition, fis-je à l’officier au comptoir, et elle leva la tête avec agacement. Déposer une plainte, si vous préférez.

 

Elle me montra d’un hochement de tête la direction et je la remerciais rapidement avant de me diriger vers un bureau au fond du couloir tamisé, où une porte m’attendait, une porte que j’avais du mal à pousser, et je restais quelques secondes les yeux clos devant cette immensité qui me traquait, la vérité, parce que je me la devais, et parce qu’il méritait de frayer avec les couloirs sombre lui aussi, avec la peur de la nuit, la crainte des bruits ambiant, la violence des chocs, la douleur de ces déchirements qui sont irréparables. La porte grinça sur ses gonds et un petit homme m’accueillis, plus avenant que sa collègue ; il me désigna un siège et je m’installais prudemment, les mains sur les genoux pour les empêcher de trembler, les yeux dans le vagues par peur de les fixer sur cet inconnu qui allait entendre ma macabre histoire.

 

-Comment puis-je vous aider Mademoiselle ?

-Je voudrais déposer une plainte pour…viol, murmurais-je et il s’approcha du bureau pour me scruter.

-Avez-vous été à l’hôpital faire constater les marques ? Avez-vous des témoins, des preuves… ?

-Non, monsieur.

-Où sont vos parents ? Et quel âge avez-vous ?

-Je suis ma propre tutrice, Monsieur. Je n’ai aucune preuve matériel, je ne suis pas allé à l’hôpital faire les constatations, je n’ai pas eu le courage…Je ne peux que vous raconter ce qui s’est passé.

-Bien…Vous irez tout de même à l’hôpital, je veux quelque chose de concret, c’était il y a combien de temps ?

-Une semaine, fis-je et il soupira.

-Je vous écoute.

 

Ma voix était cassante, mes dires approximatifs tellement les souvenirs étaient flous mais il m’épiait avec attention, cherchant quelque part la preuve d’un mensonge, qu’il ne trouva jamais ; il se renversa alors dans son fauteuil et sans dire un mot il m’encourageait à continuer, je lui décrivais la soirée, la relation que j’avais avec Lucas, et l’état second dans lequel je me trouvais. A plusieurs reprise il hocha la tête, et il avait dû en voir des jeunes filles terrifiées dans son bureau, parce qu’une fois la vérité révélée, il n’y a aucun retour en arrière, il n’y a qu’enquête, dépositions, examen médical, et j’étais prête à m’y soumettre, jusqu’au bout pour le voir mourir à petit feux sous mes yeux. Il se leva alors et s’approcha de moi avec un mouchoir pour essuyer mon fond de teint et révélé l’hématome qui dormait sur ma pommette en se mordant la lèvre inférieur, et quand il retourna s’assoir en face de moi, il soupira et braqua son regard sans détour dans le mien.

 

-Je dois être honnête avec vous, mademoiselle. Je vais vous envoyer à l’hôpital pour les constations et ce ne sera pas une partie de plaisir, attendez vous au pire ; et une fois que j’aurais le dossier médical en main je lancerais la procédure. Il faut savoir que vous allez être confronté à lui et à des dizaines d’autres étudiants membres de cette fraternité qui lui trouveront un fantastique alibi pour le disculper, et vous serrez le pion à abattre, votre vie sera un enfer. Je les connais bien, et cela fait un certains temps que les fraternités me pose problème. Et au vu de toutes les jeunes filles comme vous que je reçois et qui reculent au dernier moment, je me dois de vous prévenir. Ils vont vous tuer psychologiquement. Et ce Lucas ne sera peut être jamais condamné. Mais si vous êtes prête, alors moi aussi. Je ne demande qu’une occasion de les coincer. Apporter moi tous les vêtements que vous portiez ce soir là, même vos sous vêtements si vous les avez encore, je vais tout faire analyser. Avez-vous un portable ? Vous a-t-il laissé des messages ?

-Non, rien de tout cela, il me semble qu’il a tenté une approche à mon domicile, mais il ne m’a pas encore appelé.

-Si il vous appel ne décrocher pas et laissez le se défouler sur le répondeur. Dès qu’il aura vent de votre plainte, la machine sera lancée, mademoiselle.

-Je ne reculerais pas.

-Très bien. Rendez-vous au centre du planning familiale à la sortie du campus, et demandez leur de nous envoyer les résultats très vite. Il y encore une possibilité de trouver dans votre sang la drogue qu’il a utilisée pour vous neutraliser, et l’examen gynécologique nous donnera peut être des acquis avant de l’attaquer de front. Ensuite revenez faire votre déposition officielle ici. Voici, ma carte, appelez moi si vous avez un problème, et surtout ne vous coupez pas du monde ainsi, il saura jouer sur ce détail, retournez en cours, même si vous avez peur de le croiser. En public, il n’osera rien.

-Merci beaucoup, fis-je reconnaissante, et je me levais pour quitter la pièce quand il m’interpella.

-Je ne peux pas vous garantir qu’il sera condamné ; ils savent s’y prendre pour disculper leurs membres et préserver leur réputation. C’est la votre qu’ils saliront.

-Je n’ai pas de réputation, Monsieur. Je me moque qu’elle soit malmenée, je me moque de tout.

 

Et je le quittais ainsi sur un signe de la tête, le laissant pensif les coudes sur son bureau massif, dans l’attente du rapport médical qui allait peut être nous aider. Mais, je ne me faisais guère d’illusion, Lucas avait toutes les cartes en main et il me terrorisait, il pouvait m’attaquer sur mes acquis, il me connaissait par cœur, il avait appris à me manipuler à la perfection, et il devait bien en rire aujourd’hui avec ses amis, à raconter son expérience du viol accompagnée, son aisance à verser la drogue dans mon verre, et la facilité avec laquelle il échappait pour l’instant à la justice. Ils devaient monter une histoire en souterrain, prêt à tout pour sauver l’un des leurs comme une meute de loup solidaires jusqu'à la mort, solidaires coûte que coûte, et je venais bouleverser leur équilibre, traquer leur liberté comme il avait détruit la mienne, celle de ne pas être un fantôme de noir vêtu, en route vers une épreuve qu’il m’avait imposé, et je pénétrais dans le centre une boule au ventre, plus seule que jamais face à l’adversité.

 

-Suivez moi, murmura une infirmière, et c’est en baissant la tête que je lui emboîtais le pas, comme la coupable que je n’étais pas.


nanouee  (06.08.2011 à 23:11)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

Peyton me fixait avec attention quand je déposais le carnet sur mes genoux pour le clore en faisant claquer la couverture, et le silence qui s’ensuivit me parut interminable, personne ne toussait, personne ne fixait l’horloge qui égrenait les secondes à la perfection, seule l’air qui naviguait dans mes poumons brisait l’instant, et je me mordis la lèvre en me rapprochant si profondément de mes pires souvenirs, ces moments que j’avais tenté d’oublier ces cinq derrières années et qui m’avait conduit au déni de ma propre existence, à la colère de l’incompréhension, à la tristesse de ne pas trouver les mots pour m’aimer à nouveau. Et en parler aujourd’hui rendait la sentence plus réelle, plus acceptable, je ne courrais plus après la justice d’un moment dans mon histoire qui ne devait plus la définir, je ne clamais pas vengeance pour moi et toutes les autres filles qui avaient marché sur ma route ; je voulais la paix, l’acceptation de tous mes deuils, de tous mes renoncements et ils me le donnaient tous en silence par leur présence, par cette absence de mot salvatrice, par leurs regards en coin compatissant, et je n’avais plus peur d’être moi-même et de pleurer sur ce qui me faisait souffrir, je ne voulais plus être la forte et courageuse Brooke que la tempête n’a pas le droit d’abattre ; il y a un temps pour tout, et le temps de la finalité est arrivée. Point final.

 

-Je suis passée dans les mains d’inconnus qui m’ont examinés sous toutes les coutures, qui ont prit des photos de mon corps nu, qui ont cherché les griffures, les blessures de l’acte, et je ne ressens plus rien maintenant, je me revois les yeux clos dans l’attente du verdict, celui qui allait lancer la machine mortelle, et ils ont trouvés la faille. Les contusions internes, les restes d’hématomes, le tremblement de mes membres, la crise de larme silencieuse. Et en racontant cette horreur, je me prends à être la spectatrice de ma vie, à conter les affres d’une autre pour m’en détacher, et y dire adieu. C’est aussi simple que cela. Je regarde une fille courir dans les rues de la ville parce qu’elle se croit poursuivie, je la vois pleurer en rentrant chez elle parce qu’elle s’est fait insultée au détour d’un couloir, crier dans les toilettes parce qu’il l’a frôlé, parce qu’il l’a menacé et je n’ai plus peur de l’azur de son regard et de la poigne de ses mains ; je l’ai vaincue et il est à sa place.

- Allez-vous nous le dire, Brooke ?

-Patience, Docteur, fis-je et il eut un sourire confiant.

-Que s’est-il passé après votre déposition au commissariat ? Demanda t-il et le petit groupe attendait la suite.

-J’ai été traquée, malmenée, insultée, mise à nue sur la place publique…Il avait allumé une caméra sur son ordinateur avant de me violer, et il avait en sa possession une vidéo qu’il menaçait de faire circuler. Ma preuve ultime était là, mais sans mandat à son encontre, la police ne pouvait pas embarquer ses affaires. J’étais dans une impasse…Et ses amis le défendaient tous, je n’avais jamais dit non, personne ne m’avait entendu hurler, et malgré les contusions internes relevées par l’examen, et l’infime trace de somnifère dans mon sang, c’était encore sa parole contre la mienne, et il niait. Les somnifères n’étaient pas une preuve, j’aurais pu en avaler dans la journée, où la veille…Les contusions pouvaient être dû à une activité sexuelle agressive, j’étais coincée. L’avocat qu’il avait engagé me descendait point par point, j’étais devenue une traînée, et plus personne sur le campus n’ignorait l’histoire. J’étais une un échiquier truqué et j’allais en payer le prix. Il me menaçait mais jamais en public, il m’épiait le soir quand je rentrais chez moi, et il n’avait plus rien de l’ami en qui j’avais une confiance aveugle. J’étais prête à le détruire à ma manière, alors je l’ai laissé venir chez moi un soir, je l’ai laissé passer ma porte et m’approcher pour la première fois depuis des mois dans le but de gagner un aveu, une mesure dangereuse, mais derrière mon immeuble une voiture banalisée attendait patiemment le criminel…

-Pris à son propre piège, murmura la brune dans un coin, et j’avais appris son prénom dans la matinée ; Haley, la discrète qui jamais ne commentait nos histoires.

-Dans un sens…Il me terrorisait littéralement, j’avais peur de lui comme j’avais peur de tous ses amis si bien entraînés au mensonge, et je tremblais à chaque cours que nous fréquentions ensemble, à chaque couloir il me frôlait pour me signifier sa présence, et personne jamais n’a levé la main ou la voix pour me défendre. La suprématie ne devait pas être bouleversé, ils devaient rester les maîtres du monde et moi la pauvre petite souris qui avait osé parler, jeté l’opprobre sur leur si grande fraternité, mais je n’étais pas la seule, et elles ont attendues le dénouement de ma propre histoire pour faire naître la leur. Je n’étais pas la première qu’il violait ainsi, et dans mon traumatisme j’ai pu apprendre à combattre l’infamie, je ne me suis pas laissée enterrer. Mais sa punition signifiait la mienne, dans un sens. Du jour au lendemain, je quittais le campus, je mettais un terme à mes études, et je rentrais vivre dans la maison de mes parents, celle que j’avais abandonnée parce qu’elle me semblait chargé de souvenirs insupportables ; des souvenirs qui m’ont aidé à ne pas sombrer dans un sens. Sans les conseils du commissaire, j’aurais été comme toutes les autres, j’aurais abandonné la partie, et ils auraient gagnés. Echec et mat.

 

 

Octobre 2006, Californie

 

Avec le temps, tout était devenu une habitude. Les insultes, les menaces, les bousculades, la peur, la crainte, la dépression, le déni, la douleur sans acceptation, et je me retrouvais dans un tunnel sans sortie de secours, subordonnée à la vie des autres qui entravait la mienne si profondément que je craignais de sortir à la lumière du jour, à la lueur de la lune, confinée dans cet appartement après les cours, par crainte qu’il ne me suive, ne me téléphone et que je sois à nouveau tremblante, dans l’attente de la sentence qu’ils me réservaient tous. Je ne savais pas qu’il avait allumé la caméra de son ordinateur, je ne me souvenais pas des mots qu’ils avaient prononcés, et la soirée naviguait sans cesse dans le brouillard, puis dans la lumières quelques instant seulement pour s’éteindre ensuite et bouleverser toutes mes réminiscences si précieuse à l’enquête en cours ; et malgré sa menace de diffuser la vidéo, je ne l’en croyais pas capable, elle l’accusait sans détour, elle était la preuve qu’il me manquait pour le coincer définitivement, pour le forcer à avouer, et à rencontrer la pénombre lui aussi. Alors, j’ai renoncé à tous mes tremblements, à toutes mes hésitations et nous avons monté le plan idéal, un micro caché, une invitation impromptue, une voiture banalisée à l’extérieur, de quoi obtenir la preuve qui allait l’empêcher de respirer. Il ne s’est pas méfié, il est arrivé devant ma porte seul, fort de son acte, fort de l’ascendance qu’il pensait avoir sur moi, et je lui ouvris la porte tout sourire, les bras dénudé, et les cheveux remontés dans un chignon d’où quelques mèches s’échappait et venait caresser mes épaules. Il me scrutait avec ce sourire insolent qui ne m’avait pas perturbé la première fois, et j’avais fais entrer le loup dans la bergerie ; maintenant je le faisais en connaissance de cause, et il reprit ses aides, jetant sa veste sur le canapé, et s’approchant de mon corps avec une instance presque violente, une agression pour ma peau encore meurtrie.

 

-Tu as changé d’avis, Brooke…Je le savais.

-Qu’est ce que je pouvais faire contre vous ? Murmurais-je en baissant la tête et je priais pour que le micro fonctionne à la perfection pour récolter son aveu.

-Rien, mon ange. Et je suis ravi que tu l’ais enfin compris. Nos relations seront donc beaucoup plus amicales à nouveau.

-Pas trop vite, s’il te plait. Je ne me vois pas te tomber dans les bras après ce que tu m’as fais.

-Qu’est ce que je t’ai fais, Brooke ? J’ai un peu poussé les choses tout simplement. Tu te faisais désirer. Je ne pouvais plus attendre que tu te décides alors…

-Alors, tu m’as droguée, et tu pensais que j’allais te remercier de m’avoir décoincée ainsi ?

-Tout de suite les grands mots. J’ai ajouté un somnifère et alors ? Tu n’as pas fait d’overdose, que je sache ?

-Tu as mis un somnifère dans mon verre pour me violer !

-Tu n’as pas beaucoup protesté.

-J’étais droguée, je ne me souviens pas de tout, et voilà que tu ose venir chez moi en trouvant cela tout à fait acceptable !

- Que veux-tu vraiment, Brooke ? Que je m’excuse ?

-Non, je veux que tu payes, fis-je et il recula instantanément.

-Attends une seconde, marmonna t-il en attrapant soudain mon bras. Tu ne vas pas t’en tirer comme cela, Brooke ! J’étais prêt à passer l’éponge si tu retirais ta plainte, mais sache que si tu persévères, ta vie sera un enfer, pire que ces petites insultes au détour d’un couloir ; jamais je ne te laisserais faire. Tu n’as aucune arme contre moi, tu ne peux rien prouver, et même si tu me mènes devant un tribunal, je gagnerais.

-Je gagnerais, répliquais-je et ma porte trembla soudain sous l’assaut organisé de la police.

-*Salope* ! Cria t-il et il me gifla violemment, mais bientôt la porte fut détruite et des mains se refermait sur ses poignets.

 

Je restais au milieu de la pièce, la main sur ma joue en feu et j’affrontais son regard dissolu par la colère, les soubresauts de son corps emprisonné, et un sourire venait étreindre mes lèvres, avec une facilité déconcertante, et pourtant j’étais encore loin de la rédemption, il venait de rencontrer les menottes, et le chemin serait encore long jusqu’au procès, jusqu’au verdict qui devait le condamner et me rendre ma liberté, ma vie volée pour quelques instants de torture éphémère dans son esprit, éternels dans le mien. La voiture de police s’éloigna, et je descendis avec le commissaire pour faire une nouvelle déposition, la dernière, celle qui devait clôturer le dossier, et me rendre les armes. Je devais gagner la guerre maintenant, je devais vaincre l’horreur et me relever, mais même après sa condamnation, même après son emprisonnement, la crainte perdurera, et la force que je croyais avoir gagné de mon dernier affrontement n’était qu’un leurre ; mes 5 années perdues en était la preuve ; quelque chose était mort, il n’y avait personne pour récupérer mes cendres, et je marchais sur des ruines, je marchais sur un chemin que je n’avais pas dessiné et que je maudirais jour après jour jusqu’au point final. Un jour ; peut être.

 


nanouee  (06.08.2011 à 23:17)

Musique

 

Juillet 2011, New York, Garden District Hospital

 

-Après cela, il y a eu un procès expéditif. Il avoua son crime et je ne me sentais pourtant pas soulagée. Quelque chose continuait à me torturer, et ce n’était pas les regards accusateurs sur le campus, ni celui de sa mère dans la salle d’audience ; je ne me sentais plus à ma place là bas. Il fut condamné à 10 ans de prison. Sans réduction de peine, pour viol avec circonstances aggravantes, pour dissimulation de preuve, et intimidation. Ses amis si chers à sa cause furent rappelé à l’ordre pour complicité dans le mensonge, et ils étaient tous repartis la tête basse comme les coupables qu’ils étaient ; tous, sauf lui qui était entré dans sa cellule avec un dernier regard pour moi dans l’assemblée, aucun remord, aucun scrupule, et une promesse muette dans son regard, celui de se revoir…Il me reste 5 ans de paix, et je veux guérir avant l’affrontement promis, je veux être sûre de moi, je veux avoir les armes de la vie, ne plus être une ermite, et savoir vivre et vaincre le mal avec mes propres mains. Le lendemain du verdict tant attendu ; d’autres jeunes filles venaient accuser des membres de la fraternité, d’autres victimes qui avaient guetté la fin du procès pour savoir si elles avaient une chance d’être cru, mais je ne m’étais pas intéressé à leurs histoires ; vivre avec la mienne me semblait déjà un assez lourd fardeau.

J’ai déménagé, je suis retourné vivre dans la maison de mes parents à San Francisco, j’ai enlevé tous les draps qui recouvraient les meubles, et j’ai ouvert tous les volets, fait entrer de la lumières dans les murs de mon enfance, et je me suis efforcée de guérir sur cette parcelle de vie qui me restait, j’ai parcourue les pièces à loisirs, j’ai fouillé le grenier, et je me suis plongé dans la lecture de tous les ouvrages de la bibliothèque, en évitant « Orgueil et Préjugé », et « Jane Grey », j’ai passé des années à me demandé si j’aurais le courage de pousser la porte d’une autre université, d’un autre métier pour me reconstruire, avoir envie de vivre et aimer me lever le matin, et il y a deux années je suis entrée dans la section psychologie de l’université de Berckley. Là bas, personne ne me connaissait, personne ne connaissait mon histoire, mais après avoir parlé avec l’un de mes professeur, je me suis convaincue que pour être une bonne psychologue, pour avoir le loisir d’écouter et de vaincre les démons des autres, il me fallait d’abord vaincre les miens. Ce que je considérais comme un abandon de la part de mes parents, la trahison de Lucas, le viol en lui-même et ses conséquences, ces mois où je me suis vue le fantôme de mon propre corps. J’ai fais la démarche de venir ici, j’ai signé les papiers, et quand je repartirais, je serais libre, mon corps et mon esprit ne seront plus jamais en guerre ; et à sa sortir je l’attendrais, je serais prête. Prête à le regarder, et à attendre qu’il se détourne, si jamais nos chemins se croisent. Je n’attends plus la vengeance, j’ai abandonné ce concept ; je veux juste la paix, et je sais que je suis sur la bonne voie, et que vous me l’offrez…conclus-je en essuyant une larme, et je leur souriais, dessinant à mon tour sur leurs visage une étincelle d’espoir pour l’avancement de leur propre conte entre nous tous.

 

Certains se levèrent instantanément pour me remercier, pour me rassurer, frôler mes épaules et repartie, mais Peyton et la timide Haley s’avancèrent ensemble, d’un même mouvement et je ne les rejetais pas. Quelques années auparavant, j’aurais érigé un mur pour les empêcher de m’atteindre ; maintenant, je me sens assez forte pour ouvrir la porte et les laisser entrer. Peyton serait la suivante, et elle connaissait l’enjeu, elle comptait probablement les jours, les heures, avant son terrifiant aveu, et avant même d’avoir entendu sa voix brisée entamé le récit, je pouvais savoir que son chemin du pardon était impraticable, et la force qu’elle mettra dans ses mots si profondément ancrés dans son cœur me bouleversera. Ils me bouleverse tous, par leur présence, par leur absence de réaction, par la brûlure de leur regard et les écarts de culpabilité que je peux y lire, ils sont tous uniques dans un sens, et quand nous remontons l’escalier vers les chambres, nous échangeons des banalités sur le temps, sur la vie, sur ce que nous sommes, ce que nous allons devenir, et je suis à l’heure actuelle la seule qui puisse parler d’avenir, je suis la première libérée, mes chaînes ce sont enfuit, et je m’imagine plus tard, à écouter le malheur des autres pour avancer, à réconforter d’autres âmes parce que la déchéance m’était intime, et je les abandonnais sur le seuil avec un sourire. Il était temps de refermer les blessures, et je rangeais les carnets dans l’armoire, hors de ma vue, pour ne plus être tenté de frayer avec mon écriture tremblante et mes mots si blessants ; parce que l’oubli naît du deuil, que le déni n’est qu’une étape, et que je suis prête à donner une chance à la vie, que la colère ne m’aide plus, et que je viens tout simplement de l’accepter…

Avant d’offrir l’ultime carnet à la pénombre de mon armoire, j’ouvris la dernière page, et griffonnais quelques notes, comme jadis, quand je pensais que les mots avaient le pouvoir de me sauver ; et dans un sens, ce fut le cas.

 

Fin, À recommencer, quelque part, avec quelqu’un d’autre, dans la confiance, par amour, sur un autre chemin bien à moi qui aura été dessiné avec passion pour l’éternité.

 


nanouee  (06.08.2011 à 23:19)

Merci tout d'abord à ceux qui ont lu, et encore plus à ceux qui vont commenter après mon message. J'espère que cette première partie vous à plu, où que du moins vous avez passé un "bon moment" malgré la gravité de la storyline. J'attends vos réactions :-)

J'ai commencé à rédiger la deuxième partie, et je vous donne donc quelques bribes de narration comme spoilers :-)

 

Deuxième partie
Peyton

 

[...] Ils se demandent tous quels seront mes premiers mots, quelle sera ma première phrase ; et je me lève alors pour leur faire face, ma voix me semble presque lointaine, comme si ce n’était pas vraiment la mienne ; comme si j’étais une étrangère sur mes propres traces. Brooke m’encourage d’un signe de tête furtif, et il me semble qu’ils disparaissent tous, que le temps se suspend calmement, et que mon récit n’est qu’un sordide retour en arrière coordonné…

-Je m’appelle Peyton Sawyer. J’ai 23 ans. Il y a 10 ans j’ai assisté à un meurtre ; j’ai vu ma mère se faire assassiner sous mes yeux. L’assassin était mon père. Depuis ce jour, j’ai complètement occulté de ma mémoire cette scène terrifiante, et ce n’est qu’au procès quelques années plus tard, que la mémoire de l’instant m’a bousculé. Je n’ai pas eu une enfance idyllique, j’avais un père alcoolique et une mère absente ; c’était elle qui subvenait aux besoins de la famille pendant que mon père allait se saouler dans le bar du coin. [...]

 

Merci encore et à bientôt.
Sam


nanouee  (06.08.2011 à 23:25)

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