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Renaissance

Série : The Dead Zone
Création : 10.11.2005 à 23h54
Auteur : amesoeur 
Statut : Terminée

« Vous l'aurez compris en lisant le paragraphe, il s'agit là d'une nouvelle inquiétante, voire fantastique, ouverte à toutes les propositions ! » amesoeur 

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Février était déjà là ! Huit longs mois s’étaient écoulés depuis… Carol
reprenait goût à la vie lentement elle sortait de son cocon et dépliait des
ailes si fragiles que penser à s’envoler était encore exclu. Huit mois de
végétation, de larmes, d’angoisse, de remise en question mais la vie
continuait, elle ! Chaque jour l’image de ce qu’elle avait vécu huit mois plus
tôt lui revenait inlassablement à l’esprit…
Ce jour, elle se décida enfin à se remettre à l’écriture ; n’importe quoi, il
fallait vider son esprit de tout ce qui l’encombrait et son humeur était à la
résurrection. Les mots filaient sur l’écran, elle tapait frénétiquement sur son
clavier depuis déjà six bonnes heures quand le téléphone se mit à sonner, elle releva la tête un peu surprise. En huit mois elle n’avait eu d’appels que de sa
mère et sa sœur et elles savaient toutes deux qu’elle ne désirait
pas être dérangée dans la journée … Elle se leva péniblement un peu ankylosée par ces six heures passées devant son écran et répondit assez brusquement.

Carol : Oui ??
Rien, aucune tonalité de perceptible rien…
Elle raccrocha rageusement et vint se rasseoir face à son écran vide.
Carol paniquée : Meeeerde !!! (tapant sans grand succès sur l’écran et sa tour) Ooooh non pas çaaaa !!! Saloperie !!
Avec rage elle éteignit l’ordinateur et se dirigea vers la cuisine du petit
chalet qu’elle venait d’acquérir quelques mois auparavant. Une tisane lui
ferait le plus grand bien, bientôt dix-sept heures et le soleil hivernal
commençait à décliner derrière les hauts sapins qui bordaient le chalet, en
contrebas le lac rougeoyait sous les derniers rayons.
Elle s’aperçut bientôt que quelques courses ne seraient pas du luxe elle ne se
nourrissait pour ainsi dire presque pas ou alors de boîtes de conserve ;
aujourd’hui était un autre jour, elle décida donc de se rendre en ville afin de
faire le plein de provisions « convenables ».

Le pick-up garé devant le chalet depuis plus de trois semaines démarra au quart de tour, Carol satisfaite sourit au souvenir de sa dernière voiture qui devait finir de rouiller dans un garage de location à Portland. Elle alluma une
cigarette, chercha une station de radio qui ne diffusait pas de country sans
grand succès et pris la direction du village de Little Mountain.
Elle s’arrêta d’abord à la librairie et acheta un exemplaire de tous les
journaux, elle consulta ensuite les livres un peu poussiéreux sur les étales et
prit les classiques qui lui manquaient, elle passa commande pour les
indispensables et prit congé…
En sortant elle percuta de plein fouet un indien sorti de nul part accoutré pour
le folklore local. Il la retint d’une main puissante et large en la regardant
droit dans les yeux : « Vous ne devez pas rester ici, il est à votre recherche…»
Carol hébétée : Comment ? Que dites vous ? Qui me recherche ?
L’indien continua son chemin d’un pas paisible.
Carol s’époumonant : Hé vous !!! (il continuait à s’éloigner sans marquer la moindre pause) Euhhhhh… Chef !!
Rien n’y fit il disparut bientôt au bout de la rue. Carol se prit l’arrête du
nez entre le pouce et l’index en fronçant les yeux « encore ces maudites
migraines !! » une sensation d’apesanteur la prit soudain comme à chaque fois et elle dut s’appuyer contre un mur. Les passants la regardaient un peu
soupçonneux… Un voile rouge descendit sur ses yeux, une douleurs lancinante lui enserra le crâne et un bourdonnement la fit vaciller en avant et lâcher le mur un instant. Elle se dirigea vers sa voiture en titubant et laissant tomber ses achats. Une fois à l’intérieur du véhicule elle ouvrit la boite à gants et avala deux cachets coup sur coup… Elle ferma les yeux et laissa agir…
Une demie-heure s’était écoulée quand elle rouvrit les yeux, son œil droit avait souffert et un petit vaisseau rouge était apparu sur le blanc de l’œil… Elle se pencha en avant afin de faire démarrer l’engin et sentit un liquide rouge couler sur son chemisier.

Carol, relevant la tête et cherchant à tâtons de nouveau dans la boite à gants : Merde, merde, merde !!
Elle trouva la boite et s’appliqua une bonne quantité de mouchoirs en papier sur le nez… En regardant dehors elle put s’apercevoir une fois encore qu’elle était le point de mire de tout ce qui se faisait de mieux dans les alentours, ces braves gens la regardaient comme si elle était échappée d’un asile et personne ne venait lui demander si elle avait besoin d’aide.

Carol faisant démarrer le 4 x 4 les mains pleines de sang : Charmant !!!
Elle regagna le chalet non sans mal, l’hémorragie n’avait cessé et ces
bourdonnements incessants lui faisaient entendre des bruits qui n’avaient pas
lieu d’être…
Elle ne prit pas le temps de garer son véhicule et l’abandonna sans refermer la portière ; elle gémissait en cherchant les clefs du chalet coincées dans son
jean… Quand enfin elle pu entrer tout le haut de son chemisier était imbibé de sang… Elle se précipita dans la salle de bains et saisit une serviette de
toilette qui se teint en rouge en moins de temps qu’il ne faut pour le dire… En
apercevant son reflet dans la glace elle eut un mouvement de recul, tout ce sang et cet œil injecté ; en y regardant de plus près elle crut discerner comme une boursouflure, une sorte de poche minuscule qui se remplissait de sang. Un nouvel étourdissement la fit se mettre à genoux et, prise d’un hoquet, elle vomit dans les toilettes à proximité. Du sang, encore du sang… Elle resta inconsciente environ une heure, quand elle reprit ses esprits le téléphone sonnait…
Elle se mit debout sans tituber le moins du monde comme si rien de tout cela ne s’était passé et alla répondre calmement à sa mère qui venait s’enquérir de son état.

Carol : Tout va bien Maman ne t’en fais pas… Oui je mange correctement… Et je sors m’aérer… Oui… Oui… Maman je t’en prie ; je suis une grande fille !!
Aucune angoisse ne transparaissait dans sa voix, elle était d’un calme olympien et souriait…

Carol : Ok Maman !! Je te rappelle demain ! Oui sans faute !!
Carol raccrocha en soufflant bruyamment : Qu’est ce qui t’arrive ma grande ???
Tu étais à deux doigts de passer l’arme à gauche il y a de ça moins d’une heure et tu plaisantes à présent au téléphone sans la moindre gène…
Elle retourna dans la salle de bains, nettoya les toilettes, se débarrassa
définitivement de ses vêtements en les jetant dans la poubelle et passa sous la douche.
Ses longs cheveux n’avaient de cesse de rendre tout le sang qui avait
séché, Carol frottait frénétiquement son crâne afin de faire disparaître tout
ce qui pouvait encore s’y accrocher… L’odeur métallique du sang ne se dissipait pas, après avoir essayé tous les shampoings et autres savons liquides qui se trouvaient à portée de main, elle dénicha sur l’étagère derrière elle des produits ménagers, commença par se frictionner les cheveux avec de l’eau de javel parfumée au pin maritime…

Carol versant le produit sur sa tête en prenant soin de bien fermer les yeux : Si après ça je ne brille pas comme un sou neuf !!!
Elle continua sur toutes les parties de son corps avec de la poudre à récurer,
elle griffa le savon avec ses ongles et le laissa agir afin de dissiper tout ce
qui se trouvait en dessous…
Une fois qu’elle eut jugé que tout était nettoyé, elle sortit enfin de la douche
et s’enroula dans une serviette… Son reflet dans la glace parut lui convenir si
ce n’est encore une fois cette minuscule masse dans l’œil… Elle s’approcha un
peu plus de la glace et entreprit de regarder attentivement son globe oculaire.
De nouveau ses bourdonnements ; elle trouva l’aiguille qu’elle conservait dans le fond du tiroir de l’armoire à pharmacie et entreprit de se faire médecine elle-même…

Carol avançant dangereusement l’aiguille de son œil : Je ne peux décemment pas rester avec ce truc dans l’œil, c’est disgracieux…
Mais qu’était-elle en train de faire ? Elle était loin de vouloir pratiquer quoi
que ce soit sur son œil à l’heure actuelle, instinctivement ou pas, l’œil se
ferma à l’approche de l’aiguille mais la main progressait malgré tout… Carol
réalisait qu’elle ne pouvait empêcher l’aiguille de progresser vers le but
qu’elle s’était donné et son but c’était cette minuscule petite poche de sang
dans son œil droit…

amesoeur  (11.11.2005 à 00:30)
Elle ne sentit presque rien ; peut-être une légère sensation de douleur, un
picotement, comme lorsqu’une poussière vous fait cligner des yeux. Elle avait à présent l’œil complètement rouge et sa vision était trouble, puis petit à petit
elle se fit à l’idée de n’y voir que d’un œil, et cet œil imbibé de sang lui
donnait un air inquiétant qui bizarrement la satisfaisait. Elle sourit à son
reflet dans le miroir.

amesoeur  (11.11.2005 à 00:31)
Jolon attablé au bar depuis une heure affichait un regard livide; plus que jamais il avait besoin d’un petit remontant… Depuis qu’il avait croisé cette jeune femme il savait que ses craintes été fondées et que tout allait recommencer…
« Allons Cochise tu n’as pas fini tes deux premiers verres que tu m’en réclames un autre !! » s’exclama le barman sans aménité, il fit glisser le troisième whisky qui déborda et laissa une auréole sur le sous verre en carton…
Ces visions le hantaient depuis un mois à présent, elles le maintenaient éveillé toutes les nuits. Le jour il évoluait comme un automate et souffrait de très longs moments d’absence dont il sortait complètement hébété. Souvent, il se retrouvait sur les bords du lac là où avaient vécu jadis ses ancêtres… Inexplicablement cet endroit l’attirait; il avait bien constaté la présence de la jeune femme dans le chalet sur les hauteurs et savait que le mal se propagerait rapidement. Elle était comme la boite de Pandore, il sentait que le processus avait commençait…
Ces visions le firent frémir, il saisit maladroitement le premier verre et le but d’un trait… Un totem se dessina alors dans son esprit et des images vinrent à leur tour le tourmenter… Il posa un peu brusquement le verre qui se brisa sous le choc et lui entailla la main… Il appliqua fortement son pouce sur la coupure afin d’éviter que le sang ne coula… Une seule goutte perla et glissa sur sa main pour terminer sa course dans le verre droit encore plein.
Il se pencha en avant résorbant définitivement la plaie de sa main. Le visage au dessus du bar il vit apparaître au fond de chaque verre les yeux de la jeune femme aperçue l’après midi même… Il recula vivement pris de panique. Dans le verre de droite l’œil était teinté de son sang…


CAPRICE  (15.11.2005 à 15:47)
Carol passa très vite à autre chose. Maintenant qu’elle avait résolu ce "petit" problème de poche de sang, elle avait une envie soudaine d’écrire. Elle se servit alors une grande tasse de café froid qui croupissait dans la cafetière depuis la veille et s’installa à son bureau derrière son ordinateur. Elle prit sa respiration et commença à taper le premier mot et s’arrêta aussitôt. Elle se sentait un peu bête mais devait bien admettre qu’elle ne se souvenait pas d’une seule des lignes qu’elle avait écrites plus tôt dans la journée. Elle avait beau réfléchir, la trame principale du roman qu’elle avait commencer à écrire ne lui revenait pas à l’esprit. Elle se dit alors que la meilleure solution pour se replonger dans l’histoire était de la relire depuis le début. Au fur et à mesure qu’elle faisait défiler les pages, elle était de plus en plus étonnée et captivée par ce qu’elle lisait. Elle avait la sensation de lire le récit d’un autre ; c’était pourtant bien elle l’auteur, personne ne se serait introduit chez elle en cachette pour écrire une histoire sur son ordinateur à elle, cela n’avait aucun sens. Elle mit tout cela sur le compte de ses fréquentes pertes de conscience et s’avoua qu’elle était fière de ce qu’elle avait écrit. Cela ne ressemblait en rien à ce qu’elle avait pour habitude de rédiger ; les mots employés, les tournures de phrase utilisées, les thèmes abordés, rien de tout cela ne lui correspondait, et pourtant elle était fascinée.

amesoeur  (20.11.2005 à 12:43)
Carol se passionnait effectivement pour les légendes indiennes mais celle-ci ne lui rappelait en rien ce qu’elle avait pu glaner à droite à gauche et encore moins son style d’écriture en effet :
« Le Chef Muraco convoqua le grand conseil… Les cas d’infidélité étaient sérieusement réprimandés par la communauté et Chenoa avait fauté !! Certes, il savait que cette sixième femme était beaucoup trop jeune pour lui mais il lui fallait asseoir son autorité et elle faisait tourner la tête de tous les jeunes guerriers ; il remédia à cet inconvénient en la prenant officiellement pour femme. Lors de la cérémonie de mariage l’hostilité de Chenoa fut évidente mais il n’en prit pas ombrage et il laissa faire les choses ainsi… Ses cinq autres femmes furent indignées que cette jeune péronnelle le rejette ainsi et qu’il ne sévisse pas… Il souffrait de provoquer en elle une telle haine et se doutait bien de son infidélité.
Le jour où Chenoa fut surprise avec Rowtag ; il en éprouva une grande peine, non pour l’acte en lui même, mais pour les conséquences qu’il en découlerait et qu’il se devait d’exécuter sans faillir au risque de se faire lui même bannir de la tribu… Le sort en fut jeté au bout de trois lunes. Rowtag n’aurait pas de descendance ; on lui octroya un vieille squaw à même de pourvoir à l’entretien de son tipi et il fut marquer du signe de la trahison… Quant à Chenoa elle devait périr pour laver l’honneur du Chef Muraco.
Il l’emmena donc sur l’île du Lac où se déroulaient d’ordinaire les sacrifices rituels… Le premier jour il lui parla longuement mais la jeune fille ne l’écoutait pas, elle le maudissait en pleurant et en jurant qu’elle était innocente. Muraco imperturbable l’attacha au totem et passa la nuit à prier pour elle. Elle hurla, se débâtit toute la nuit pour finir par s’assoupir un peu au lever du jour. Muraco se prépara pour le rituel, ses mains tremblèrent lorsqu’il dessina les peintures sur son visage, il détacha Chenoa et la baigna dans l’eau du Lac, la jeune fille obéissait docilement un peu hébétée… Il la para de ses bijoux et de sa plus jolie robe, enfin il l’installa sur un lit de roseaux et l’attacha solidement des pieds à la tête ; il psalmodia encore quelques incantations et il la laissa là. Lorsqu’elle comprit le sort qui l’attendait Chenoa hurla de terreur mais Muraco regagna son kayak et quitta l’île sans se retourner.
Chenoa savait ce qui allait lui arriver pour avoir entendu certaines femmes de la tribu en parler avec terreur… Elles expliquaient que le bambou laissait ainsi en une sorte de couche à même le sol et sur les berges du lac repousse et ne s’occupe pas de ce qu’il trouve sur son passage pour rejoindre la lumière… Elle allait donc se retrouver empalée d’ici peu sachant que le bambou pousse en moyenne d’un mètre en vingt quatre heures…
Chenoa sentit les premières pousses au niveau de sa tête, elle luta quelques heures mais finit par capituler et se laissa aller… On vint reprendre son corps après sept lunes ; les femmes qui la virent ainsi ne purent réprimer certains frissons… Un bambou long de cinq mètres environ avait perforé son crâne pour ressortir par son œil droit… »
Carol sentit les murs du chalet se rétrécir autour d’elle…

CAPRICE  (20.11.2005 à 16:07)
Elle leva brusquement la tête. De mieux en mieux… soupira t’elle. Quelle imagination débordante !
Un claquement la fit alors sursauté. L’un des battants du volet venait de se refermer bruyamment sur la fenêtre de la cuisine. Elle se dirigea dans la pièce, marqua à nouveau un temps.
Fichu robinet ! L’eau s’échappait goutte à goutte, tombant lourdement dans le fond d’un verre.
L’estomac de Carol criait désormais famine.
Carol sortit une planche de bois, se mit à trancher un concombre.
Ce fut à ce moment-là que le couteau, glissant sur le légume, bondit vers le doigt de la jeune femme. Carol lutta pour garder l’équilibre, le perdit, et tomba, ajoutant le poids de sa poitrine et celui de son bras à l’accélération soudaine de son couteau.
Un instant après, elle se redressa.
L’extrémité du doigt de Carol, tranchée à l’articulation, avait roulé sur elle-même pour s’arrêter devant le seuil de la porte d’entrée.
Après, tout sembla se passer en même temps.
Le visage blême, Carol chuchotait un tas de chose insensée. Elle s’attardait sur les syllabes comme celle bafouillant avec hésitation dans une langue étrangère. Comment une telle chose avait pu survenir ?
Pour prévenir toute hémorragie, Carol leva son bras au dessus de la tête tout en enveloppant son doigt de plusieurs serviettes.
Elle aperçut le petit morceau de chair blottit contre le paillasson. Elle se pencha donc en avant, presque pliée en deux, quand on frappa fortement à la porte. Elle ouvrit sans grande assurance.
L’obscurité faisait apparaître un homme.
Les rares cheveux qui lui restaient étaient plaqués sur son crâne et peignés avec soin. Face à cette présence élancée sur le seuil, Carol tremblait.

humana  (22.11.2005 à 19:47)
Jolon après cette « apparition » au fond de son verre régla ses consommations et parti en titubant sous l’effet du choc… Il regagna sa vieille camionnette sous une pluie glaciale. Après quelques manœuvres pour sortir du parking il prit la direction du lac ; encore une fois son instinct le guidait… Arrivé sur la rive la nuit était déjà bien avancée mais le chalet restait éclairé. Il ferma les yeux un instant en humant l’air… C’était là !!
Une voiture déboula soudain et fonça droit jusqu’au chalet, un homme au volant semblait pris de panique et les dérapages que produisaient ses à-coups dévoilaient qu’il ne connaissait pas du tout le chemin escarpé où il s’engageait ; malgré tout il progressait. Jolon suivait des yeux le véhicule avec une certaine angoisse ; non qu’il eut peur que l’automobiliste provoque un accident, mais sa façon saccadée de conduire l’intriguait… Le froid le saisit brusquement et rétracta un instant ses poumons le souffle court Jolon s’appuya sur le capot de sa camionnette. La haut, devant le chalet la voiture s’était arrêtée, l’homme en sortit et marcha droit jusqu’à la porte d’entrée qui trembla sous ses coups. Lorsque Carol ouvrit la porte Jolon aidé par la lumière qui se diffusait à présent sur le perron put détailler à loisir l’homme. Grand comme un ours, le visage émacié, le teint terreux et de rares cheveux soigneusement peignés en arrière… Il put apercevoir Carol tenir un linge imbibé de sang autour de sa main et reculer imperceptiblement en découvrant son « visiteur »… Il sentait venir la crise d’asthme, ses narines se pincèrent et c’est en se courbant qu’il rentra dans sa camionnette à la recherche de son spray… La haut rien n’avait encore bougé. Le calme avant la tempête pensa Jolon en aspirant encore une fois à pleins poumons.

CAPRICE  (27.11.2005 à 11:21)
- "Madame Hall ?" fit le type étrange.
- "Oui, c’est moi… Qui êtes-vous ?" Carol était déjà sur la défensive. Elle n’avait jamais vu cet homme et il ne lui inspirait pas confiance.
- "Excusez-moi de vous déranger, votre œil ne vous fait pas souffrir ?" demanda-t-il l’air inquiet.
- "Je répète ma question : qui êtes-vous et que venez-vous faire chez moi à une heure pareille ?" Il n’était pas si tard que ça, mais la nuit tombée, l’obscurité était telle qu’elle ne saurait pas retrouver son chemin si elle avait à courir dans la forêt…
- "Voilà Madame Hall, croyez-vous en Dieu ?"
Carol n’en croyait pas ses oreilles. Elle fit un mouvement de recul et s’apprêtait à refermer sa porte lorsque le type mit son pied pour la bloquer. Voilà autre chose, il s’incrustait maintenant ! Carol repensa aux faits divers qu’elle adorait lire dans le journal local, des histoires de psychopathe échappé de l’asile qui venait assassiner des pauvres femmes esseulées. Reprends-toi ma grande, tu délires, ce type va gentiment s’en aller quand tu lui auras demandé poliment. Elle n’en eut pas le temps car il reprit la parole.
- "Je viens vous proposer la Bible en édition illustrée, Madame Hall. C’est un tirage limité, avec une couverture en véritable cuir de vache. Le pape lui-même a donné son accord pour la parution de cette version Madame Hall."
- "Je ne suis pas intéressée." Sur ce, elle claqua la porte violemment sans laisser le temps au type de répondre.
Elle attendit quelques minutes derrière sa porte sans bouger, puis se décida à regarder par la fenêtre si le type était toujours là. Elle vit sa propre voiture, mais rien d’autre. L’homme n’était plus là, et le plus étrange c’est qu’elle n’avait pas entendu le moteur d’une voiture repartir.
Ce barjot est bien capable d’être venu à pied…

amesoeur  (05.12.2005 à 15:02)
Un relent d’eau de toilette bon marché flottait dans l’air ; un peu abasourdie et surtout passablement mal en point Caroll se mit à la recherche de l’extrémité de son doigt… A quatre pattes sur le plancher elle fouillait méticuleusement entre le mur et le paillasson où elle l’avait vu se loger avant l’arrivée impromptue de cet énergumène. Une tache de sang confirmait la présence de la première phalange de Caroll mais pas le moindre morceau de chair… « c’est pas vrai !! » gémit elle dépitée.
Dehors, l’homme était toujours là…
En bas de la colline Jolon n’en finissait pas de reprendre son souffle il venait de constater la disparition de la voiture ; comme ça… Aucun éclair ou autre poudre magique pour rendre ce tour crédible ! Rien, il avait cligné des yeux et elle avait bel et bien disparu. L’homme, lui, était toujours là, il se cachait de Carol qui vérifiait sa présence. Une brume semblait l’entourer, Jolon le distinguait assez mal à présent…
Carol pressait de plus en plus fort son doigt amputé quand elle sentit la porte s’ébranler ; elle se releva précipitamment et resta pétrifiée en voyant une fumée épaisse et nauséabonde s’infiltrer aux travers des interstices de la porte d’entrée… Suffocante, elle recula jusqu’au mur opposé et essaya de discerner quelque chose… Etrangement aucune odeur de feu n’accompagnait cette fumée, elle semblait venir de nul part mais masquait à présent complètement la porte et continuait à s’infiltrer à l’intérieur du chalet…

CAPRICE  (07.12.2005 à 20:19)
Jolon mut par un instinct protecteur démarra sa camionnette et roula jusqu’au chalet que l’on ne distinguait déjà plus. A l’intérieur Caroll sentait sa gorge prise dans un étau, elle ne voyait plus rien de ce qui l’entourait. La fumée devenait presque palpable tellement elle était dense, d’ailleurs n’était ce pas une main qui lui enserrait le cou ? Prise de panique elle tenta de se débattre mais ses mains s’agitèrent dans le vide.
Le bruit sinistre d’un craquement lui parvint au travers cet écran ; c’était Jolon qui venait de défoncer la porte d’entrée, il psalmodiait des incantations, la pression sur la gorge de la jeune femme sembla diminuer un peu. Une chaise vola à travers la pièce pour venir percuter Jolon qui trébucha et Caroll sentit à nouveau sa respiration se bloquer. Jolon se redressa et tonna des ordres à cette chose qui semblait le craindre et se dissiper à son approche. Caroll à moitié libérée de cette emprise avala une grande goulée d’air imprégnée de la puanteur qui accompagnait cette étrange fumée.
Jolon lui tendit la main « Venez avec moi je ne pourrai pas le retenir plus longtemps !! » Caroll sans demander son reste prit la main de Jolon et eut juste le temps de saisir son sac qui contenait ce qu’elle avait de plus précieux ; elle jeta à regret un coup d’œil en direction de l’ordinateur. Mais déjà l’épaisse fumée noire reprenait vie ; Jolon détacha une pierre qu’il avait accrochée autour du coup, il la réduisit en poudre qu’il laissa flotter dans la pièce. Lorsque la fumée et la poudre se rencontrèrent des étincelles se formèrent.
« Fichons le camp d’ici !! » dit il à Caroll qui le regardait faire.
Tous deux sautèrent dans la camionnette et disparurent bien vite alors que le chalet fut soufflé par une explosion…
« Vous venez de faire connaissance avec un Manitou !! » lui expliqua Jolon
« Vous m’excuserez mais nous n’avons lui et moi pas eu le temps de concrétiser !! » répondit Caroll. Son doigt lui faisait un mal de chien et elle sentait qu’elle avait échappé de peu à l’asphyxie…
Jolon la regarda attentivement « Je vous emmène à l’hôpital !! »
« J’allais vous le proposer » souffla Caroll avant de s’évanouir.
Lorsque Jolon arriva aux urgences il porta Caroll jusque dans le hall et laissa les médecins la prendre en charge ; lui même n’était pas très en forme.
« J’ai passé l’age de ces conneries !! » ne cessait-il de se répéter.
Un docteur vint l’examiner et lui prescrire quelques médicaments, un autre l’interrogea sur l’état de Caroll. Il resta vague sur les explications qu’il donna ; d’ailleurs il ne la connaissait pas.
Au lever du jour une infirmière accompagna Caroll dans le hall et interpella Jolon
« Du repos et vous lui donnerez méticuleusement cette liste de cachets !! Ensuite tout devrait rentrer dans l’ordre !! ».
Il prit l’ordonnance et soutint Caroll qui semblait droguée
« C’est normal ça ? » dit-il en désignant la jeune femme.
« Nous avons cautérisé son doigt, dans quelques heures il n’y paraîtra plus mais il lui faut du repos »
« Et vous ne pouvez pas la garder ici ? »
« Voyez ça avec elle !! Elle n’a rien voulu entendre !! »
dit l’infirmière en s’éloignant.
Jolon soupira ; le voilà bien à présent avec une femme, blanche de surcroît, il ne pouvait décemment pas l’emmener à la réserve. Il l’installa dans la camionnette et prit la direction du lac ; naturellement il ne restait plus rien du chalet, il quitta les lieux avant que la police locale ne rapplique. Il se dirigea à l’est où se tenait il y a bien longtemps le village des anciens. Une fois sur place Jolon improvisa un tipi sommaire avec ce qu’il avait dans la camionnette et fit un feu… En général il ne se servait de ce tipi que pour épater les touristes ; voilà bien longtemps qu’il avait pris goût à son petit confort aussi rudimentaire soit-il. Il installa tant bien que mal Caroll sur un lit de feuillage recouvert d’une peau de bête qu’il avait tuée l’hiver dernier. Il devait à présent se préparer à affronter l’inévitable mais auparavant il lui fallait comprendre pourquoi. Qu’avait pu faire cette femme blanche pour réveiller la colère d’un Manitou ? Il fut tenté de la réveiller afin de l’interroger mais se ravisa
« Il est encore temps et elle aura besoin de ses forces quand il l’aura retrouvée !! »
En attendant il confectionna des amulettes qu’il accrocha à l’intérieur de leur habitation de fortune et dessina des arabesques censées les protéger pour un temps autour du tipi. Il décida lui aussi de faire un somme sachant que bientôt la chose déjouerait ces boucliers et viendrait demander des comptes…
« Si seulement je savais quoi !! » soupira t’il avant de s’installer pour sombrer à son tour dans un sommeil réparateur…

CAPRICE  (15.12.2005 à 16:05)

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