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Série : The L Word
Création : 21.11.2008 à 11h29
Auteur : awywy
Statut : Terminée
Episode 4/4
Cette fanfic compte déjà 125 paragraphes
Dès l'instant où ses yeux se posèrent sur Emma, son mince espoir n'était plus. C'était comme si le sol venait de s'ouvrir sous ses pieds. Il n'y a pas de fuite possible. La réalité l'a rattrapée. Tina se retourna entièrement. Son cœur se serra à la vue de sa partenaire. Bette d'habitude si inaccessible n'est plus qu'un livre ouvert. Son regard, son visage tout son corps ne reflétait que la souffrance qu'elle endurait. Et c'est elle, Tina qui en était la principale responsable. Elle venait d'infliger la pire des blessures à la personne dont elle a juré de chérir. Des larmes brouillèrent sa vision. Elle cligna des yeux et lâcha le souffle qu'elle retenait. Immédiatement ses larmes coulèrent le long de ses joues. En une fraction de seconde, l'attitude de Bette changea. Son visage s'adoucit et un foncement de sourcil montra sa confusion.
_ Qu'est... qu'est ce ça veut dire ? Qu'est ce que vous êtes en train de faire ? demanda Bette un ton trop calme. Son regard passa de l'une à l'autre, attendant une réponse qu'elle n'était pas sûre de vouloir entendre.
Emma jeta un coup d'œil à Tina. Elle lui faisait dos maintenant, elle ne pouvait lire qu'elle était ses intentions. Devait-elle répondre à Bette ou attendre que Tina se décide à parler ? Elle posa une main sur son épaule. Il n'en fallait pas moins pour que la colère de Bette reprenne le dessus.
_ Ne la touchez pas, cria Bette. Puis elle s'avança vers elles.
Au cri de Bette, Tina sursauta. Par réflexe, elle recula d'autant de pas que Bette venait de faire. Bette s'immobilisa de suite. Est-ce mauvais signe que Tina ait peur d'elle ? Pour la première fois, elle la détailla de haut en bas. Son regard devint menaçant au fur et à mesure de son examen. Définitivement, elle a interrompu quelque chose.
Voyant son regard se noircir, Tina baissa sa tête et constata qu'elle était dans une situation plus que délicate : son chemisier grand ouvert ne cachait rien de son corps. Avait-elle vu qu'elle avait aussi un bandeau au niveau de son cou ? Emma se méprenant de la rougeur soudaine de Tina, fit un mouvement qui surprit les deux autres femmes. Elle se mit entre elles comme pour protéger Tina d'être reluqué dans son état. C'était la goutte d'eau de trop pour Bette. Il n'était plus question de contrôle de soi.
_ Vous vous foutez de moi Emma ? Qu'est ce que vous croyez que vous êtes en train de faire ? Vous n'imaginez même pas le nombre de fois où j'ai pu la voir sans rien sur elle. Vous n'espérez quand même pas qu'un déploiement de galanterie va vous faire gagner des points ? Changez de disque, la carte de l'idiote naïve ne fonctionne plus maintenant qu'on sait quelle vicieuse personne vous êtes !
_ Je n'ai rien à faire de votre amour propre ! Tout ce qui m'importe c'est que là tout de suite, vous êtes une menace pour Tina.
_ La seule protection dont elle a besoin, c'est la mienne et à votre encontre !
Excédée d'être à la fois ignoré et l'objet de leur altercation, Tina se remit dans le champ de vision de Bette. Les deux femmes l'observèrent. Elle n'a pas pris la peine durant le temps de leur dispute de se rhabiller. Ce qui étonnèrent l'une et l'autre. Les trois femmes se retrouvèrent de nouveau en position triangulaire. La tension était plus que palpable et Tina savait qu'à la moindre étincelle, tout risquait de s'envenimer rapidement.
_ Je crois que je suis encore dans la pièce, et je vous serais gréée de ne pas agir comme si je ne l'étais pas, finit par dire Tina.
_ Permets moi d'en douter jusqu'à ce que tu daignes nous honorer de ta douce voix, ironisa Bette.
_ N'ayez pas peur Tina, dites lui la vérité, il ne peut rien vous arriver tant que je serais là, insista Emma.
_ Sale garce, interjeta Bette tout en se ruant vers Emma.
Tina se mit immédiatement entre elles, et dû user de toutes ses forces pour l'empêcher d'atteindre Emma.
_ Non Bette, s'il te plait calme toi. Il ne s'est rien passé. Je ne sais pas ce que tu as vu ou cru voir, mais il ne s'est absolument rien passé, je te le jure. Je vais tout t'expliquer !
Une fois assuré que Bette se soit calmée, elle se retourna vers Emma.
_ Je ne risque rien, Betty ne me ferait pas le moindre mal, j'ai juste besoin d'un instant avec elle d'abord. Vous voulez bien nous laisser seule ?
Emma hésita, mais elle n'avait pas trop le choix. Elle leva sa main vers le visage de Tina.
_ Non, s'il vous plait, implora Tina sans bouger.
Emma la contourna et méprisant le regard courroucé de Bette s'apprêta à sortir. Passant devant elle, Bette l'attrapa violemment à son bras.
_ Bette, intervient Tina.
_ Je vous jure que si vous lui avez forcé d'une façon ou d'une autre, peu importe vos relations ou votre compte en banque, je ne vous laisserais pas vous en tirer.
_ Quoi Bette ? De nous deux, on sait très bien qui lui a fait le plus de mal.
Les deux femmes se défièrent du regard. C'est Bette qui céda la première, en sentant la main de Tina se poser doucement sur son poignet. Elle libéra Emma et Tina retira aussitôt sa main. Emma continua vers la porte. Au seuil, elle se retourna et questionna Tina du regard. C'est seulement à son hochement qu'elle accepta de sortir. Bette ne manqua pas cet échange silencieux, qui accentua sa rage. Elle refusa de fixer Tina.
_ Bette, commença Tina une fois la porte fermée. Regarde moi !
Bette s'obstina à ne pas faire ce qu'elle lui demandait.
_ Je comprends que tu sois en colère, que les circonstances ne plaident pas en ma faveur, mais tu dois me faire confiance. Jamais j'aurais pu intentionnellement d'une manière ou d'une autre faire quoique ce soit derrière ton dos, et sachant expressément que tu n'es pas loin. Je pense que j'ai...
_ Oui bien sur, la pauvre imbécile que je suis, n'aurait jamais rien su si je n'étais pas présente dans les lieux. Mais où serait l'excitation alors, n'est ce pas ?
_ Ce n'est pas ce que j'ai dit ! Tu déformes mes propos à ta guise.
_ Je t'ai entendu, la coupa Bette.
_ Quoi ?
_ Je t'ai entendu gémir. Et s'il te plaît épargne moi le déni comme si je ne saurais pas reconnaître tes cris. Ai au moins le courage d'assumer tes actes ! Dieu sait dans quelle position je vous aurais trouvé si j'étais arrivée quelques minutes plus tard !
_ Arrêtes ça ! On n'était pas en train de ......de...
_ Baiser ?
_ NON ! On n'était pas en train de faire ça. Tina soupira. Il y a tellement de coïncidence, je ne t'en veux pas de ne pas y croire, moi-même je aurais eu du mal. Mais ce qu'il faut que tu saches c'est que j'ai CRU que c'était toi, c'est la seule et l'unique raison pour laquelle j'ai répondu à son toucher.
Tina regretta immédiatement de ne pas mieux choisir ses mots. Elle voyait Bette blêmir au mot 'toucher', et se contenir difficilement.
_ Tu te moques de moi ? Il suffit qu'elle usurpe mon parfum pour que tu fasses abstraction de son visage ? Dois je croire que tu es prête à coucher avec n'importe qui, qui porterait ce parfum ?
_ Bette, tu rends les choses difficiles. Pourquoi n'essayes tu même pas d'écouter mes explications ? Elle lui montra le bandeau à son cou. J'avais les yeux bandés, je t'attendais dans la chambre, comment suis-je censée savoir que ce n'était pas toi ? Tu t'attends que je puisse reconnaître le moindre de tes touchers, comme on reconnaîtrait la voix de son maître ? Merde Bette ! D'accord, s'il le faut je l'apprendrais ; tout ce que tu voudras tant que tu me crois que j'ai rien planifié de tout ça. Il ne s'est rien passé entre Emma et moi. Et il ne se passera rien. Je te le jure. Des larmes lui montèrent au yeux. Ne m'abandonne pas.
Bette ne savait pas quoi croire. Elle était encore sous le choc de découvrir les vraies intentions d'Emma. Elle n'avait eu le moindre soupçon jusqu'alors. C'est si simple de rejeter toute la faute sur Emma. Mais elle savait que quelque chose clochait malgré tout. Voir Tina au bord des larmes ne l'aidait pas à voir clair.
Sa colère s'atténua au fur et à mesure où un désir de la réconforter monta en elle. Tout doucement, elle se rapprocha d'elle. Elle attrapa sur larme qui coulait sur sa joue. À ce contact, c'est comme si un étau serrait son cœur. En silence, elle se mit en quête de reboutonner son chemisier. Arrivée au bandeau, elle le défit et joua un peu avec ses doigts.
_ Tina, je ne demande pas mieux que de te croire. Je veux juste que tu sois honnête avec moi. Es tu...es tu attirée par elle ? L'es tu ?
_ Je suis prête à le redire autant de fois qu'il faudra jusqu'à ce que tu ne puisse en douter : je t'aime de tout mon âme. Je ne cherche pas d'excuse, j'ai juste crû que tu voulais partager avec moi cette expérience que tu as eue avec Jodi, et de toute façon je ne t'aurais jamais rien refusée, expliqua Tina.
_ Quoi ? Jamais je t'aurais fait revivre mes expériences avec mes ex !
_ Qu'est ce que ça veut dire ? demanda Tina surprise. Tu...tu regrettes que j'aie amené dans notre lit mes expériences avec d'autres ? Tu n'as pas aimé ?
_ Non, ce que je disais c'est que ça avec Jodi, n'est pas ce que j'appelle une chose que je souhaite que tu expérimentes. Elle balança le bandeau négligemment derrière elle. C'était comment dire, pénible et pas du tout agréable. Et c'est bien l'esprit tordu de Jodi pour croire le contraire ! J'ose espérer que tu n'es pas en train de retourner la situation contre moi ? Ecoute, je pense que nous ne sommes pas en état de poursuivre une quelconque conversation. Et sûrement pas une qui mettrait en jeu notre avenir, ensemble. Je ne suis pas prête à t'abandonner à la première venue qui essayerait de te mettre la main dessus. Tu ne te débarrasseras pas de moi aussi facilement.
_ Je ne veux pas me débarrasser de toi.
_ Bien, je suis ravie de savoir qu'on est au moins d'accord sur un point. Parce que je ne te laisserais pas sortir de ma vie. Une nouvelle fois.
Tina se sentait lasse : ce week-end est un total désastre. Avait-elle réussi à la calmer si facilement ? Surtout, était-il sage de ne pas lui avoir tout dit ? Ne venait-elle pas juste de reporter à demain une nouvelle dispute ? Il y a tellement de chose à mettre au clair, à commencer par ce qu'elle désire vraiment.
_ Une chose pour laquelle je suis sûre c'est que je ne peux pas te perdre Bette.
Tina s'étonna d'avoir formulé tout haut cette pensée. Bette remarqua son air surpris.
_ Je t'interdis de la revoir, ordonna Bette.
_ Tu m'entends Tina ? Je t'interdis de revoir Emma !
_ Tu m'interdis ? Ce n'est pas ce qui va résoudre notre problème Bette.
_ On a donc un problème ? Je le savais, pesta Bette se méprenant de sa réponse.
Elle passa devant Tina, jurant entre ses dents tout en essayant de trouver exactement les mots qui traduiraient son irritation quant à la situation. Tina tendit sa main et essaya de la retenir mais Bette l'évita. Elle se retourna et la regarder marcher de long en large devant le shoji du jardin, puis soudainement elle revint à sa position initiale, la fixant intensément.
_ C'est la blondeur de tes cheveux qui t'a fait perdre la tête ? Au point de t'égarer au fin fonds de la maison loin de notre chambre ? Et après tu t'étonnes que ce ne soit pas moi qui te touche ?? Tu sais ce qui va vraiment résoudre notre problème ? Que tu arrêtes de m'embobiner avec tes belles déclarations. Parce que si tu m'aimais vraiment, tu n'aurais pas permis qu'une telle situation puisse se produire. Et épargne moi cet air innocent, comme si tu comprenais pas un mot de ce que je te dis. Bon sang, regarde toi Tina ! Je n'ai rien à faire que tu sois d'accord ou pas, tu ne reverras pas cette Emma ! Si tu veux arranger les choses entre nous, alors ce sera à ma façon, est ce clair ?
_ Quoi ? Mais est ce que tu t'entends parler ? Mais oui, montre nous ce coté machiste que j'aime tant !
_ L'ironie n'est pas ce qui va te sauver. Et crois moi, tu n'as aucune, mais aucune idée de ce que je serais capable de faire si je la vois s'approcher ne serait qu'un mètre de nous !
Comprenant qu'elle ne viendrait plus à bout de ce fichu entêtement, Tina se résigna à ne pas la contredire.
_ Ecoute, tu as raison, je ne veux pas me disputer davantage avec toi. La journée a été longue et fatigante, je comprends que tu sois excédée, c'est dans tes droits d'être en colère...
_ Un peu que j'ai le droit d'être en colère, je te rappelle que depuis 24H, je t'ai déjà surpris à embrasser trois femmes. Trois différentes femmes. Et par-dessus le marché, je dois rester calme ? Quelle définition de monogamie es tu exactement en train d'appliquer ? Ou suis-je censé marcher dans un plan à trois ?
_ C'est du délire Bette ! Je ne vais pas poursuivre cette conversation avec toi. Ou je vais finir par dire des choses que je vais regretter. Ta réaction est excessive, c'était juste un malentendu. Et si tu m'avais accordé un minimum de confiance, tu n'avais pas à me crier dessus comme tu le fais. Au lieu de cela, tu en as fait un spectacle.
Le visage de Bette se fondit en une grimace d'incompréhension, comme si elle venait de lui parler dans une langue étrangère. Tina lui montra de la tête la porte derrière elle. Se retournant, elle soupira. D'un mouvement svelte, elle ouvrit brusquement le shoji, surprenant les six personnes derrière.
_ Mais joignez vous à nous, je vous prie, demanda Bette, se reculant pour leur donner de la place.
_ On était justement en train de regagner nos chambres, essaya Alice tout doucement.
_ ENTREZ, leur cria dessus Bette.
La première entraînant sa voisine et ainsi de suite, les 6 amies entrèrent d'un même pied dans la chambre. Ainsi Alice, Kit, Helena, Shane, Jenny et Jane se retrouvèrent toute alignée, se jetant des regards inquiets les une aux autres et regrettant tous d'avoir suivie Alice dans sa quête aux indiscrétions. Une fois assuré que ses amies n'allaient pas s'enfuir une fois qu'elle a le dos tourné, Bette fit face de nouveau à Tina.
_ Oui bien sur, comme si ça ne te suffisait plus de m'avoir sous ton total contrôle, il faut aussi que tu tyrannises nos amies !
_ Je suis sûre que tu trouverais la situation moins risible si les rôles étaient inversés. À vrai dire, je te verrais bien dans la tirade du ' Ciel, Bette continue de me tromper ! Pauvre de moi, je suis encore l'innocente et pure victime et qui aurais dû écouter ses amies : tricheuse une fois, tricheuse toujours' !
_ Tu ne peux indécemment pas considérer que je t'ai trompé, ce sont mes amies autant que les tiennes. Et tu connaissais très bien les circonstances, tu mélanges tout et rien.
_ J'ai rien...
Bette se retourna, faisant taire de suite la personne qui a osé interrompre sa conversation.
_ Tu quoi Shane ? Tu veux l'embrasser aussi ? Prends un ticket et attends ton tour. C'est apparemment la seule attraction du week-end !
_ Bon ça suffit, je me casse, s'énerva Tina.
Elle se dirigea vers la porte, mais aucune de ses amies ne s'écarta de son chemin. Pire, quand elle essayait de les contourner, elles se serrèrent les coudes pour l'empêcher de passer.
_ Quoi ? demanda t-elle. Le spectacle est fini !
_ Tee, on vous connaît, si l'une de vous sort de cette pièce sans régler le tout petit différent, vous allez vous faire la tête tout le week-end. Dis lui que tu es désolée, que ça ne se reproduira plus, tu as bu et fumé, ça arrive ! tenta Alice.
_ Vous prenez son parti ? Même toi Jenny ?
_ On va vous laissé, d'accord ? répondit Alice.
_ NON, cria Tina, cette fois ci. De quoi je me mêle ? Vous voulez un spectacle ? Bien vous allez l'avoir alors. Elle retourna se mettre devant Bette. Toi, lui montrant un doigt menaçant, ce n'est pas parce que je t'ai laissé hausser la voix que automatiquement ça te donne raison. Tu oses me parler d'engagement et de belles déclarations alors que tu n'as même pas cherché à entendre mes explications. Dans quelle sorte de relation sommes nous donc engagés quand il n'y a pas de place pour le respect de l'autre. Où commence la suspicion et où se termine la confiance ? Que ça te plaise ou non, c'est à moi de décider qui je continue de voir ou ne pas voir ! Je ne suis pas une des pièces de ta collection d'art dont tu peux exposer ou retirer à ta guise. C'est toi qui ramène sans arrêt cette histoire de tromperie en série, ne t'étonnes pas ensuite qu'on ne puisse l'oublier. Et si les rôles étaient inversés, je te garantie que je n'aurais pas profité d'un excès de frustration, pour blâmer ma partenaire d'aider une amie ou de participer à un stupide jeu de la dite amie. Au contraire je saurais distinguer le vrai du faux.
_ Frustration ? Alors tu penses vraiment que mon comportement ne relève que de la frustration ? Je vais te dire un truc ma petite, tu auras vécu un dixième de ce que j'ai enduré, tu aurais craqué depuis des heures. Ne me fait pas croire que tu sois capable de sang froid dans de telle situation. Tu te fais de grande idée de toi.
_ C'est pas parce que Bette Porter n'en ai pas capable que personne ne puisse. Bien sur que j'en suis plus que capable, défia Tina.
_ Oops, j'aurais pas dit cela à sa place, commenta Alice vers sa voisine.
Bette reporta son attention vers ses amies derrière elle. Tout le monde sursauta. Si Alice, Shane, Helena et Jenny, connaissaient que trop bien ce regard, ce n'était pas le cas des deux autres : Jane et Kit. Ces dernières regardèrent étonnées, le mouvement coordonné des premières qui reculèrent d'un pas, laissant ainsi Jane et Kit en première ligne. Helena était trop loin pour la tirer en arrière, mais de toute façon c'était trop tard. Elles s'interrogèrent mutuellement du regard. ' Que se passe t-il ?' semblaient-elles se demander. Jane fixait encore Kit quand soudainement Bette se glissa devant elle, elle n'avait même pas vu sa main se poser derrière sa tête qu'elle fut attirée vers son visage. L'instant d'après Bette l'embrassait passionnément.
La surprise passée, au lieu de la repousser, elle se mit à lui rendre son baiser. L'occasion était trop belle. Peu importe le 'Oh !' de protestation derrière elle, c'était jenny qui plus est. Plus elle goûtait à ses délicieuses lèvres, moins le reste du monde l'importait. Elle en avait rêvé des nuits entières et la réalité dépassait de loin ses folles espérances. Bette Porter était à la hauteur de sa réputation. Jamais Jane n'avait ressenti un tel désir monter en elle. Il n'y avait aucune retenue, l'une et l'autre partageaient une même passion. Un grognement de Bette l'encouragea a plus d'audace, ses mains se posèrent sur son visage, le maintenant en place. Comme si elles ne formaient qu'une, les langues explorèrent, se touchèrent, se savouraient. Plus de confusion, reste qu'une fusion. Et une certitude, partagée par chacune des personnes présentes : une parfaite alchimie. Hélas, aussi doux soit le rêve, le réveil n'en est que plus brutal. Une violente poussée arracha Bette à elle.
_ J'ai dit ASSEZ ! répéta Tina, la main encore posée sur le buste de Bette.
Tina n'avait pas plus compris le mouvement de recul de ses amies, car Bette lui faisait dos maintenant. Elle croyait que Bette réagissait à la remarque d'Alice, mais à sa grande surprise, tel un félin, elle se positionna devant Jane et sans lui laisser la moindre chance de l'esquiver, elle s'empara de sa proie.
La remarque d'Alice ? L'avait-elle au moins entendu ? Non, bien sur que non ; l'obstinée Bette n'a jamais voulu qu'une chose : prouver qu'elle avait raison. Par tous les moyens. Elle était en train de relever son défi. Enfin, c'est ce que Tina se forçait à penser. Le choc passé, elle avait toujours les yeux et la bouche étonnement ouverts. Ses amies guettaient sa réaction. Elle se maudissait intérieurement. Ne venait-elle pas de déclarer devant tout le monde, qu'elle était capable de se maîtriser ? Elle a du puiser dans toute sa force mentale pour maintenir un semblant d'indifférence à la scène de sa partenaire embrassant avidement une autre femme.
Elle se voyait triomphante dans quelques secondes lorsque cette mascarade prendra fin. Lentement son esprit enregistra la nouvelle donnée : non seulement le baiser s'éternisait mais comble de tout, il s'intensifiait ! Un juron se forma sur ses lèvres sans qu'aucun son ne sorte. Aucune force mentale ne lui aurait permis d'étouffer ce sentiment là. Sur l'échelle des émotions humaines, la frustration était le moindre de ses soucis. Son amour propre l'avant dernier de ses soucis. Elle n'éprouvait que jalousie. Et si apathie il y avait, c'était parce qu'elle hésitait encore entre qui tuer en premier : Jane ou Bette ? Au son des grognements de plaisir, elle ne put endurer plus.
_ Assez Bette, tu as gagné ça suffit ! déclara t-elle.
Sa plainte ne reçu aucun écho. Comme si elles étaient transportées dans leur monde à elles. Tina s'avança, plus déterminée que jamais. Elle glissa son bras entre elles et violemment repoussa Bette vers l'arrière. Ce qu'elle vit dans son regard accentua sa fureur.
_ J'ai dit ASSEZ, répéta t-elle.
Bette fixait encore Jane, les yeux luisants quand une main ferme se pressa sur son buste comme pour l'empêcher de s'aimanter à nouveau. Elle mit quelques secondes pour assimiler la situation. Son expression passa de la surprise à la crainte. Elle comprit la gravité de son acte quand son regard croisa celui de Tina. Est-ce la fin ? Elle voulut s'expliquer, mais ne parvint pas à s'exprimer. Elle chercha un signe d'espoir sur son visage, mais ne le trouva pas. Déception, colère et douleur, c'est tout ce qu'elle y déchiffra.
_ On est quitte maintenant, tu es contente de toi ? attaqua Tina.
_ Heu non en fait, il y a un score de 1 contre 3,précisa Alice.
Il y avait une chose pour tout. Celle de se taire ne faisait malheureusement pas partie intégrante d'Alice. Et sa notion de penser à voix haute, à cet instant plus que jamais ne pouvait que l'emmener au devant des problèmes. Immédiatement Bette et Tina lui décrochèrent le plus noir de leur regard. Alice comprit son erreur, et rapidement simula l'étonnement.
_ Ce n'est pas drôle, qui a imité ma voix ?? accusa t-elle en direction des autres.
C'est Helena qui la sauva, en sortant à grand fracas de la pièce sans un mot. Jenny profita de l'occasion et sortit également de la chambre, suivit de Shane. Tina regarda Jane, ne comprenant pas qu'elle n'aille pas après Helena. Elle s'irrita de comprendre que Jane attendait un geste de Bette. En soupirant, elle se dirigea à l'autre bout de la pièce, leur tournant le dos à tous. Jane attendit que Bette ose la regarder de nouveau. Elle y lut du regret et un soupçon de peur. Pas à son égard. Elle lui sourit d'un air convenu et sortit de la pièce.
Kit était sur le point de dire quelque chose à sa sœur quand elle se ravisa. Hochant la tête d'un air résigné, elle sortit à son tour. Encouragée par Alice, Bette se rapprocha doucement de Tina.
_ Tee.
_ Non Bette, ne dis rien ! S'il te plaît ne dis rien.
Elle se dirigea vers la porte et toujours sans la regarder dans les yeux lui montra la sortie.
_ D'ailleurs, je ne veux même pas être dans la même pièce que toi. Laisse moi Bette, j'ai besoin d'être seule.
_ Je pense qu'on...
_ Ça m'est égale ce que tu penses, et il n'y a plus de 'on'. J'ai besoin d'être seule pour réfléchir. Et je voudrais bien que tu en profites pour aussi réfléchir à ce que tu veux de ton coté, ajouta Tina.
_ Je sais ce que je veux.
_ Apparemment non, tu ne le sais pas.
Bette allait continuer à argumenter quand elle sentit autour de ses épaules un bras l'entourer. Alice la poussa gentiment vers la porte. Elle lui fait non de la tête avant de lui montrer la sortie. Il était vain de poursuivre la discussion, après tout, que pouvait-elle dire de convaincant quand elle-même n'était pas convaincue. Peut-être un tiers avis, même celui d'Alice, pourrait l'aider à solutionner cette situation ? Mais Alice a déjà choisi d'offrir sa sagesse à Tina. À peine Bette eut le temps de se retourner qu'elle ne put voir que le shoji se refermer devant elle. Alice venait-elle de lui marmonner qu'elle s'occupe de tout régler ? Oui bien sur, miss catastrophe en action.
_ Fait chier, jura Bette avant de s'éloigner.