HypnoFanfics

Pour une Femme nommée France

Série : The L Word
Création : 11.01.2009 à 17h14
Auteur : Thea1 
Statut : Terminée

TLW au temps de la Guerre de Cent Ans. En hommage à mon personnage historique préféré, ainsi qu'à un pays que j'aime énormément.

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Prologue

Passionnément je vous regarde
Du fond des temps je vous entends
Je sais vos espoirs et vos larmes
Moi demoiselle d'Orléans
De Montréal à Angoulême
De Charleville à Charleroi
Vous savez bien que je vous aime
Mais vous ne parlez plus de moi

Nobles dames, gentils seigneurs
Moi la Jeanne, j'ai froid au cœur
Quand je pense que j'ai donné
À la France mon sang, ma liberté
Et qu'elle m'a oubliée

Avant la fin du millénaire
Si ne s'élève aucune voix
C'est dans une langue étrangère
Que seront rédigées vos lois
Ma prière pour le roi Charles
Ce n'était pas « God save the King »
Mais en français tel qu'on le parle
Dans les maisons de nos collines

Nobles dames, gentils seigneurs
Moi la Jeanne, j'ai froid au cœur
Quand je pense que j'ai donné
À la France mon sang, ma liberté
Et qu'elle m'a oubliée

Passionnément je vous regarde
Du fond des temps je vous entends
Je sais vos espoirs et vos larmes
Moi demoiselle d'Orléans

Quand je pense que j'ai donné
À la France mon sang, ma liberté
Et qu'elle m'a oubliée
Quand je pense que j'ai donné
À la France mon sang, ma liberté
Et qu'elle m'a oubliée

« Demoiselle d’Orléans » interprété par Mireille Mathieu


Thea1  (11.01.2009 à 17:23)

C’était donc ça, le paradis dont on avait parlé à ma pauvre mère, dont la beauté égalait celle de nos grandes reines du passé, lorsque l’un de leur riche seigneur l’avait acheté pour quelques malheureuses pièces de cuivres à l’un des nombreux marchands d’esclaves de Jérusalem, en précisant bien que c’était un acte de charité, puisqu’elle était alors enceinte de moi, sur le point d’accoucher.

C’était donc eux les peuples tellement supérieurs à ma terre natale, la race des élus, dont la peau était aussi blanche que la mystérieuse poudre argentée que nos dieux déposent au somment de nos montagnes, sources innombrables du dieu fleuve, des forêts recouvrant de vastes étendues, abritant tant de variété d’arbres différents, que nul n’a pu à ce jour les répertorié, et ce bois d’ébène, aussi noir que ma peau et tellement recherché par l’homme pour son raffinement.

Robert de Baudricourt avait jadis été l’un de ces rares chrétiens à s'aventurer encore en terre sainte, après les nombreux malheurs qui avaient frappé les croisés. La peste qui décimait l'Europe entière avait depuis longtemps atteint son fief de Vaucouleurs, petite forteresse de Lorraine. Monsieur le Baron se mourrait et réclamait son fils à son chevet. Nous avions chevauché jour et nuit, à une cadence tellement infernale que ma pauvre mère n'y survécut pas. J’étais alors âgée de six ans.

Depuis, chaque nuit j’entends sa douce et chaude voix m’encourager :

- Ma petite Tasha, ma fille adorée, garde toujours espoir et va au bout de ta destinée!

Puis elle me conte encore et encore ce merveilleux pays de paix où coule le lait et le miel, alors qu’ici en terre chrétienne tout n’est que désolation, haine, frayeur et mort.


Thea1  (11.01.2009 à 17:30)

Mais ces quelques mois d’attente furent de trop, et c'est en nouveau Seigneur que Robert fit son entrée dans sa ville natale. La peste ne disparut pas pour autant avec la mort de son père, sa fille de mon âge, dont il avait délaissée la mère au pays, en était également gravement atteinte.

Je me souviendrais éternellement du jour où Robert me fit entrer dans la chambre de sa fille qu’il n’avait jamais vue et dont il n’avait visiblement rien à faire. Mais puisqu’elle était mourante, et qu’il ne voulait pas qu’on dise du mal de lui, il m’ordonna de m’occuper d’elle. Il n’y avait aucun espoir pour elle de toute manière, alors autant laisser une sarrasine s'occuper de laver, hydrater, nourrir une enfant brûlante de fièvre à peine consciente, plutôt que prendre le risque d’infecter l’une de ses meilleures servantes.

Je me suis approché du petit lit avec beaucoup de crainte, car j’avais grande peur de la peste comme tout le monde ici. Puis mes yeux noirs se sont posés sur la plus belle chose qu'il m'ait été donné de voir de toute mon existence. Elle était blonde comme les blés, la peau claire comme la brume au levé du jour, tout en elle me donnait envie de la protéger et de l'aimer. Elle répondait à ce nom ravissant, aussi unique que ce qu'elle devint pour moi :

- Alice


Thea1  (11.01.2009 à 17:36)

Je ne sais combien de jours et de nuits j'ai passé auprès d'elle, la lavant, la nourrissant de force, la réchauffant de mon corps, car les pièces du bastion étaient bien trop fraîches, et un matin elle ouvrit enfin les yeux et posant son regard sur moi, elle me dit:

- C'est toi ma bonne fée?!

J'ignorais alors ce qu’était une fée, mais ça semblait tellement important pour elle que je n’eus pas le coeur de la décevoir et je confirmai.

Quelques jours plus tard à peine, elle courait dans l'enceinte du bourg comme si la peste ne l'avait jamais frappée. En reconnaissance messire Robert m'assigna à veiller sur Alice chaque jour et chaque nuit que Dieu fit.

Au début notre relation s'apparentait plus à de l'amitié que celle d'une esclave attachée à sa maîtresse, mais déjà les trompettes d'Azincourt résonnaient aux portes de la Lorraine et le traité de Troyes sonnait définitivement le glas du Royaume de France. L'anglois et le bourguignon étaient à nos portes. D'ici quelques mois toute résistance serait vaine, tout comme l’étaient d’ailleurs mes efforts acharnés afin de me faire aimer d'Alice.

C'est alors qu'elle entra dans nos vies pour transformer nos existences et le lys brodé sur nos coeurs à jamais. Elle, une enfant venue du petit village de Domrémy où ne vivait qu’une poignée de paysans :

- Jeanne, fille de Jacques et d’Isabelle Darc.


Thea1  (11.01.2009 à 17:38)

Vaucouleurs

Déjà on parlait dans tout le fief de l’étrange venue de cette jeune femme, tout juste sortie des jupes de sa mère. Messire Robert s’obstina à ne pas vouloir la recevoir et mandata même plusieurs de ses gens pour la ramener auprès de son père en suggérant à celui-ci de lui infliger une bonne correction. Mais devant l’assurance de Jeanne qui clamait tout haut son envie de regagner Chinon pour délivrer le Royaume au nom de la divine providence, aucun homme d’arme n’osa s’en prendre à elle. Jeanne resta à attendre patiemment dans le quartier des servantes où je pus l’aborder pour la première fois.

- A mon avis tu devrais rentrer chez toi, monseigneur est du genre très têtu, lui lançais-je.

Elle me dévisagea avec beaucoup de douceur, mais visiblement surprise de mon apparence.

- Il pliera à la volonté divine, sois en certaine.

Jamais chrétienne n’avais parlé comme elle, avec autant de calme et autant d’autorité. Je me risquai à demander :

- N’es-tu pas un peu jeune pour qu’une telle mission te soit confiée, sans parler que tu es née femme ?

- Je n’en sais rien, tout ce que je sais c’est que mes voix m’ont amené ici pour que messire Robert m’envoie à Chinon auprès du dauphin, me dit-elle en souriant.

Je savais que la cours du roi était la seule chose qui comptait aux yeux de mon Alice et je ne pus m’empêcher de le dire à Jeanne, en qui j’avais déjà une totale confiance, alors que jamais blanc ne m’avait jusqu’ici inspirée ce sentiment, pas même ma maîtresse. A peine je lui avais parlé de la fille de mon seigneur, je sus que Jeanne avait déjà lu au plus profond de mon âme, c’était inconfortable et fascinant à la fois.

- J’avais ouïe dire que la fille de messire était très belle, mais personne n’en a jamais parlé avec autant d’amour que toi à l’instant.

Je baissai le regard, trop confuse pour répondre.


Thea1  (12.01.2009 à 17:56)

- Ne t’ai-je pas interdit de sortir après la tombée du jour ?! Que te voulait cette roturière Tasha ?!

Je me retournai rapidement, soudain apeurée devant le regard glacial de ma maîtresse. Je ne pus lui cacher ma conversation avec Jeanne, comme je ne pus d’ailleurs jamais lui cacher quoi que ce soit, sauf mon amour pour elle. Mais ceci, Alice aurait tout simplement été incapable de le discerner sous ma peau noire d’esclave et de sarrasine. Lorsque je lui parlai de la cours et du roi Charles, ses yeux s’illuminèrent comme par enchantement. Depuis toujours elle rêvait de se débarrasser de ses cotillons pour de belles robes venues du Royaume de Naples.

- Va me la chercher, et surtout ne traîne pas en chemin !

Je m’exécutai promptement pour exhausser comme à chaque fois le moindre de ses désirs.

- Ma maîtresse voudrait te parler et en échange elle te donnera une miche de pain et quelques œufs. Jeanne me suivit docilement en répondant :

- Ce ne sera pas de refus pour le pain, mais des œufs, elle n’en aura pas.

Intriguée par son assurance en ces temps de troubles et de chaos, je la conduisis auprès d’Alice.

- C’est donc toi qui fais tourner mon père en bourrique ?! Lança-t-elle d’un air hautain.

Jeanne ne se laissa pas perturber et lui sourit aimablement.

- Prends cette miche de pain, j’aurais bien voulu te donner des œufs, mais ça fait plusieurs jours que les poules ne pondent pas, c’est étrange.

Jeanne prit ce qu’on lui donna avec reconnaissance et consentit à s’entretenir un moment avec Alice, alors que celle-ci me congédia. Je m’éloignai avec cette question omniprésente à l’esprit :

- Qui était cette fille ?


Thea1  (12.01.2009 à 18:39)

- Cette fois c’en est trop ! s’écria messire Robert dans une fureur noire.

Il donna un bon coup de poing sur la table sur laquelle se renversa la carafe de vin et les plats que je venais de lui servir. Je me précipitai au sol en faisant pénitence comme on me l’avait appris, de peur qu’il ne me frappe, comme il le faisait très souvent.

- Comme s’il n’était pas suffisant que mon sommeil soit troublé par la menace bourguignonne à chaque recoin de mes terres, de Neufchâteau jusqu’au portes même de Vaucouleurs, maintenant aussi faut-il que la présence de cette fille dans mes murs aille jusqu’à me couper l’appétit!

Personne n’osa répondre, car les colères du baron nous effrayaient bien plus que les soldats bourguignons qui enflammaient nos champs et nos villages.

- Sottises de petites gens, comme si une telle prophétie pouvait exister et surtout se réaliser de nos jours ?! Va me chercher Jean et qu’il mette fin à ces enfantillages ! Immédiatement !

Sur le moment je ne sus de quoi avoir plus peur, du courroux de messire Robert ou de celui de son plus fidèle chevalier lorsque je le dérangerai dans les bras de l’une de ses nombreuses amantes à une heure aussi tardive.


Thea1  (12.01.2009 à 20:03)

Ce soir-là, Jean de Novelompont avait comme souvent soulevé deux pucelles à l’auberge du bourg, afin de leur faire découvrir les plaisirs de la chair. Sa réputation d’amant merveilleux et de terreur des ennemis du Royaume n’était plus à refaire. Sa légende d’homme libre et sans attache voulait que sous son allure chevaleresque se cache un corps mi-homme mi-femme, tel le fils des dieux païens Hermès et Aphrodite, dont il mêla vitesse au combat et beauté. Une rumeur qu’il prit soin ni de confirmer, ni d’infirmer, ainsi il s’assura la fascination qu’il exerçait sur les femmes et la crainte qu’il inspirait aux hommes. Etrangement aucune femme ne trahit jamais son secret, malgré le fait qu’il ne passa jamais plus de trois nuits avec l’une d’entre elles. Je me présentai apeurée à son serviteur Pierre qui à ma demande le fit appelé.

- J’espère que tu as une bonne raison femme de me déranger en si bonne compagnie ? Sinon je te ferai fouetter par mon meilleur bourreau. Allez, parle esclave ! me lança-t-il du haut de l’escalier, tout juste vêtu d’un drap autour de son buste musclé et de ses reins.

-Monseigneur désire que vous régliez le problème de la vierge venue des marches de la Lorraine de suite, gentilhomme, répondis-je en tremblant de tout mon être.

Il me fit porter de la nourriture, le temps de s’habiller et de congédier ses conquêtes, avant que je ne le conduise auprès de Jeanne.


Thea1  (13.01.2009 à 19:36)

Cela faisait six mois que Jeanne était arrivée à Vaucouleurs et de plus en plus de gens se rassemblèrent autour d’elle pour l’entendre parler de la grande délivrance que Dieu préparait dans les cieux. Les femmes lui apportèrent leurs enfants malades pour qu’elle prie pour eux. Les hommes, chevaliers et gueux confondus, se déclarèrent prêts à la suivre au combat et Jeanne les bénit tous avec simplicité et grande douceur.

- J’irai à Chinon, je vous le promets, j’irai, dites-le à vos maîtres, j’irai, même si je devais m’y traîner sur les genoux, j’irai, et cela plutôt aujourd’hui que hier, et demain plutôt que les jours suivants. lança-t-elle, alors que Jean s’arrêta pour mieux observer la scène qui se déroulait sous nos yeux.

On disait dans tout le pays, que jamais rien ne perturbait le grand « de Metz », comme on avait coutume d’appeler le fidèle bras droit du baron, et pourtant lorsque Jeanne leva les yeux vers lui, je le sentis défaillir pour la première fois de son existence.

- Voici donc les plus jeune héros d’Azincourt, vaillant parmi les vaillants, grand parmi les grands, fidèle parmi les fidèles, le plus loyal des défenseurs de notre juste roi, celui que les anglois nomment en moquerie, qui deviendra pire que fiel dans leur bouche : « Shane »


Thea1  (13.01.2009 à 20:03)

Je ferai l'été en novembre.
Je la réchaufferai pour pas qu'elle tremble.
J'inventerai les mots du silence.
Je lui ferai du bleu sur des mots tendres.
J'apprendrai à vivre autrement,
A sa façon et loin des gens.
J'irai chercher l'inaccessible,
L'infiniment sentimental...

Pour elle, pour elle, pour elle...

J'irai au plus profond des rêves
Qu'elle fait lorsqu'elle est endormie
Chercher ce que jamais ses lèvres
N'oseront dire de ses envies.
J'arracherai les habitudes
Et les moments qui font douter
De détruire les incertitudes
Sans se parler...

Pour elle, pour elle, pour elle, oh pour elle...

J'irai au bord de l'invisible
Où l'amour tient en équilibre.
Pour elle, j'oublierai qui je suis.
J'écouterai tout ce que son coeur dit.
J'irai voler l'indispensable,
L'extrême sentiment d'aimer.

Je jetterai tout de mon passé
Pour faire de nous mon avenir,
Peut-être simplement pour s'aimer,
Peut-être pour ne jamais mourir...

Pour elle, pour elle, pour elle, oh pour elle...

J'irai au bord de l'invisible
Où l'amour tient en équilibre.
Pour elle, j'oublierai qui je suis.
J'écouterai tout ce que son coeur dit.
J'irai voler l'indispensable,
L'extrême sentiment d'aimer,
Pour elle...

J'arrêterai le temps qui passe
Pour que plus jamais on oublie
Les caresses qui, souvent, s'effacent
Ou qui s'enfuient...

Pour elle, pour elle, pour elle...

« Pour elle ( per lei) » de Riccardo Cocciante


Thea1  (13.01.2009 à 20:19)

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