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Série : The L Word
Création : 11.01.2009 à 17h14
Auteur : Thea1
Statut : Terminée
TLW au temps de la Guerre de Cent Ans. En hommage à mon personnage historique préféré, ainsi qu'à un pays que j'aime énormément.
Cette fanfic compte déjà 267 paragraphes
Cent cinquante lieues en terres ennemies
Mon hébreu, appris dans les ruelles de Jérusalem, était encore suffisamment présent pour savoir que « Shane » signifiait « miséricorde de Dieu », et depuis que je l’avais dit à Jean, il ne voulut plus être appelé autrement.
- Jusqu’à ce que notre noble roi soit en pleine possession de sa terre, je porterai fièrement la moquerie de nos ennemis, disait-il.
En peu de temps, il avait finalement convaincu messire Robert de le laisser conduire Jeanne à Chinon avec un petit contingent d’hommes. Alice s’obstina à pouvoir se joindre à l’escorte et fit fléchir une fois de plus son père, dont la seule condition fut qu’elle m’emmène, à sa volonté.
- Le village de Maxey s’est déjà rallié au duc de Bourgogne, quelle position défend Domrémy, la Meuse restera-t-elle fidèle au légitime roi de France ? demanda le Seigneur des lieux.
- Dans mon village, je ne connaissais qu’un seul bourguignon qui me demanda incessamment à mon père en épousailles. J’eusse bien voulu qu’il eût la tête coupée, voir s’il eût plu à Dieu.
La remarque de Jeanne arracha un sourire de soulagement à Shane, alors que celle-ci ajouta :
- Les bourguignons subiront la même guerre que les anglois s’ils ne font pas ce qu’ils doivent messire, soyez-en assuré.
Robert fit rédigé une lettre pour son juste roi et offrit des habits d’hommes à Jeanne, ainsi que son meilleur cheval, mais lorsqu’il sortit son épée de son fourreau, elle lui dit de la garder, car il en aurait encore besoin. Notre petite escorte quitta l’enceinte de la cité un peu après le dimanche des bures, c’est-à-dire le 13 février de l’an de grâce 1429.
- Va, va, et advienne que pourra ! s’écria encore le père de ma maîtresse, phrase que reprit en chœur la foule rassemblée.
Notre chevauchée s’annonçait rude et périlleuse, mais nos cœurs battaient déjà au son de la victoire à venir. Tant de zèle, de courage et de foi habitaient la plus jeune d’entre nous, que toute crainte s’envolait à sa simple présence. Tout se passa bien jusqu’à Auxerre. Jamais je n’avais vu pareille bâtisse, alors même que j’avais admiré les merveilles de la ville sainte. Les architectes de France devaient réellement être habités d’une certaine folie divine, autant d’arches entremêlées et ces verreries de couleurs reflétant la lumière du soleil de mille feux.
- Tu n’as donc jamais vu pareille maison de Dieu dans ton pays ?
Son sourire de bonté transperça encore mon âme, alors que je secouais négativement la tête.
- Un jour il faudra que tu me parles de ta terre Tasha, mais là il est temps d’ouïr messe.
Personne ne s’intéressait jamais à moi, encore moins à mon histoire et sûrement pas à mes états d’âme, mais avec Jeanne c’était différent, tout était différent.
- Il ne m’est pas permis d’ouïr messe, je suis sarrasine et esclave, lui répondis-je en m’inclinant.
Mais elle me prit par la main et nous entrâmes tous au sein de la cathédrale.
Les villages aux alentours de sainte Catherine de Fierbois avaient été incendiés par les bourguignons depuis peu, car l’épaisse fumée noire emplissait encore toute la vallée du Cher. Les bourguignons, incapables de mener une guerre de front contre la France, s’attaquaient ainsi aux paysans dans tout le Royaume, espérant ainsi affaiblir suffisamment le roi des bourges. Shane s’approcha de Jeanne de son air surprotecteur.
- Il n’est pas bon que nous nous attardions ici Jeanne, nous nous mettons en grand péril. Jeanne sauta de son cheval et nous lança avant de pénétrer dans la chapelle :
- Attendez-moi là vaillants guerriers, je serai de retour rapidement !
Nous nous regardâmes perdus, mais nous savions qu’il y avait toujours une bonne raison aux agissements de Jeanne et nous nous armions de patience.
- Ne savez-vous pas qu’il est inopportun d’entrer dans la maison de Dieu armé ? lui lança une pauvre femme complètement paniquée.
- Seigneur, jamais je n’oserai pareil affront, mais pourquoi tant de détresse dans vos yeux chère amie ?!
- Ce sont les bourguignons, ils se sont introduits dans mon village, je crois qu’il cherche la vierge venue de Lorraine. Ils ont passé tous les hommes au fil de l’épée, ont ravagé les femmes, avant de tout réduire en cendres. Je suis la seule à y avoir réchappé.
Jeanne la prit dans ses bras pour la consoler, car visiblement ce malheur qui frappait la jeune femme était en partie de sa faute à elle.
- Ne crains plus, tu es sous la protection du Tout-puissant désormais, ainsi que de celle de sa servante Jeanne.
Jeanne s’approcha de l’autel et en retira une épée dont la rouille de la lame tomba à ses pieds lorsqu’elle l’empoigna.
- C’est l’épée du grand Charles, c’est donc vrai, tu es réellement la vierge venue de Lorraine ?! s’écria-t-elle.
Jeanne se contenta de lui sourire, emporta l’arme, et la prit sous son aile. Elle s’appelait « Martine ».
Nous nous trouvâmes plus très loin de Chinon, quelque part dans les sous-bois entre Loches et la Vienne, lorsque Shane s’écria :
- A couvert !
Déjà les flèches bourguignonnes fendirent les airs autour de nos têtes. Shane, Bertrand, Pierre et Jacques, nos fidèles compagnons de route, tirèrent leurs armes de leurs fourreaux et partirent courageusement à l’attaque d’une dizaine d’hommes d’arme bourguignons. Bertrand était excellent arbalétrier, l’arme de poing la plus redoutable de notre époque, et déjà trois de nos ennemis furent désarçonnés. Shane brandissait son épée tel un sceptre de justice et trois hommes de plus finirent leur course dans le sang et la boue. Jacques et Pierre assurèrent les arrièrent de leurs chevaliers et maître. Mais lorsque Pierre, fidèle compagnon de « de Metz » s’effondra touché d’une flèche à travers le cou, Shane se retrouva soudain en grand danger.
Nous n’eûmes pas le temps de la retenir, car Jeanne n’hésita pas un instant à tirer à son tour son épée et se précipita au galop pour délivrer Shane de l’enclave dans laquelle il se trouvait désormais. Les deux derniers bourguignons, ne s’attendant pas à une telle charge dans leur dos, furent renversés par la monture de la jeune femme et Bertrand avec l’aide de Jacques leur assignèrent le coup de grâce.
- Shane, mon Dieu Shane, s’écria-t-elle inquiète en se précipitant vers le chevalier à terre.
- Et bien, il était moins une cher ami, belle charge jeune fille ! plaisanta Bertrand en aidant Shane à se relever.
Jeanne nous appela, et avec l’aide de Martine, je pansai la large entaille au haut du bras de Shane. Les regards échangés entre Jeanne et Shane n’avaient nul besoin de paroles, tellement leur appartenance réciproque était manifeste. Pourtant ils savaient tout deux que leur amour de la France serait toujours plus grand que leurs propres desirs.
- Nous devons lui donner une sépulture digne de lui Shane, Pierre était un homme de bien.
Shane approuva. Jacques et moi-même avons creusé une tombe de fortune dans le sol mou de la forêt. Ce fut Alice qui prononça quelques mots solennels en oraison funèbre, tandis que Shane consola d’un baiser sur le front, Jeanne qui pleurait.
Destinée,
On était tous les deux destinés
A voir nos chemins se rencontrer
A s'aimer sans demander pourquoi
Toi et moi
Destinée,
Inutile de fuir ou de luter
C'est écrit dans notre destinée
Tu ne pourras pas y échapper
C'est gravé
L'avenir,
Malgré nous doit toujours devenir
Tous nos désirs d'amour inespérés,
Imaginés, inavoués
Dans la vie,
Aucun jour n'est pareil tu t'ennuies
Tu attends le soleil impatiemment,
Eperdument, passionnément
Destinée,
Depuis longtemps j'avais deviné
Qu'à toi l'amour allait m'enchaîner
Quand je rencontrerai ton regard,
Quelque part,
Destinée,
Où es tu toi qui m'est destinée
Si jamais vous vous reconnaissez
Je voudrais vous entendre crier
M'appeler
L'avenir,
Malgré nous doit toujours devenir
Tous nos désirs d'amour inespérés,
Imaginés, inavoués
Dans la vie,
Aucun jour n'est pareil
tu t'ennuies
Tu attends le soleil impatiemment,
Eperdument, passionnément
Destinée,
Encore une fois le coeur déchiré
Je suis un clown démaquillé
Le grand rideau vient de se baisser
Sur l'été
« Destinée » interprété par Guy Marchand
Au bout de onze jour de pénible voyage, nous atteignîmes enfin la Vienne au-dessus de laquelle se dressait fièrement la forteresse de Chinon. Enfin, nous y étions, et cela à la mi-carême, exactement comme Jeanne l’avait prédit. Guerrière, prophétesse et tant de choses encore, mais avant tout tellement femme qu’on en aurait oublié qu’elle n’avait que dix-sept ans. Le 6 mars nous franchissions le pont-levis de la résidence du roi.
Notre arrivée avait été annoncée, pourtant le dauphin refusait de nous recevoir pour l’instant. Sans doute que ses plus proches conseillers l’avaient mis en garde d’un éventuel complot pour attenter à sa vie, comme si Jeanne pouvait être à la solde du vil Philippe. Nous fumes conduits au quartier des manants serviteurs, attendant qu’on statue de notre sort.
- Pour qui se prend-il ce roitelet pour m’obliger moi, une femme de noble naissance, à résider dans ce taudis, s’indigna Alice.
Elle est réellement la plus femme du royaume de France, voir de la terre entière à mes yeux. Et cela encore davantage lorsqu’elle se met en colère, ce qui arrive assez souvent à vrai dire.
- Peut-être pourriez-vous obtenir du tissu, afin que je vous confectionne une belle robe, digne de votre rang mademoiselle, proposa humblement Martine.
- Mais voilà une excellente idée, tu ferais bien de prendre exemple sur elle Tasha !
Déjà je m’éclipsai pour voir ce que je pouvais faire dans ce sens, car le moindre de ses désirs était un ordre pour moi.
Chinon
Trois jours plus tard, on nous fit enfin mandaté pour rencontrer la cours du roi. Bertrand, Jacques, Martine et moi-même avions dû rester sur le seuil qui menait à la grande salle, mais c’était mieux que rien, au moins nous allions assisté à la rencontre entre Jeanne et Charles.
- Voici donc la vierge de Lorraine, le cauchemar devenu réalité des bourguignons, allez parle, dis-nous ce que tu veux de mon cher beau-fils, le roi de France, lança la reine Yolande depuis l’arrière du trône sur lequel était assis un magnifique jeune homme en pleine force de l’âge, raffiné et séduisant.
- Je suis désolé votre majesté, mais cet homme n’est point votre gendre et encore juste héritier de la couronne.
Shane s’approcha inquiet et lui dit à l’oreille :
- Jeanne, mais enfin, à quoi tu joues ? !
Mais Jeanne inflexible se tourna vers la foule de courtisans au milieu de laquelle Alice s’était visiblement déjà fait sa place, puis soudain, elle tomba à genoux devant l’un des hommes présents. La foule surprise s’écarta.
- Gentil dauphin, mon gentil dauphin, enfin je suis à vos pieds, vous le légitime souverain du royaume des lys.
Charles, visiblement troublé, prit Jeanne à part. vers la grande cheminée, pour s’entretenir loin des oreilles de tous. Les grands capitaines du royaume, Gilles de Rais, La Hire et le jeune Alençon qui était assis sur le trône firent bon accueil à « de Metz ».
La robe que Martine avait cousue pour Alice était sublime. Tant de nobles dames étaient réunies dans cette pièce, et pourtant elle les éblouissait toutes, même la reine Yolande ne put tenir la comparaison avec mon Alice.
Je sais bien que mes sentiments envers elle sont non seulement inconvénients, mais aussi contre-nature, du moins selon les dires des gens d’église et bien-pensants, mais je ne peux me résoudre à la regarder différemment, c’est plus fort que moi.
Et la voir rire aux éclats avec cette courtisane du royaume de Naples, une certaine Belladone, surnommée Dona, me donna le coup de grâce. Je pris les jambes à mon cou jusqu’aux écuries, où je me jetai dans la paille pour pleurer toutes les larmes de mon corps et de mon âme.
Cela ne servait à rien de pleurer, car les images de la napolitaine et de la femme que j’aime plus que tout au monde, se reflétaient constamment dans le miroir de mes propres larmes. Une courtisane courtisant une courtisane et cela sans que personne à la cours ne s’en rende compte. Elle avait osé poser ses mains sur les hanches de ma maîtresse qui l’avait laissé faire en lui souriant.
Oh, ce sourire, il hante mes nuits depuis si longtemps et voilà qu’elle l’offre à une autre.
Quel Dieu a bien pu placer cette flamme en moi ? Elle me consume à petit feu, me maudissant à chaque nouveau jour. Moi, la sarrasine, l’éternelle damnée de ce monde en folies, et pourtant jamais personne n’aimerait Dame Alice autant que moi, ni dans ce monde, ni dans celui d’après.
Je donnerai ma vie pour qu’elle m’adresse l’un de ses sourires, auxquelles elle ne prend à peine garde. J’offrirai mon âme pour un geste amical sur ma main, mon visage, alors qu’entre elles tout semble si facile et parfaitement normal. Que je passe l’éternité en enfer en échange de pouvoir ressentir ne serait-ce qu’un brève instant ses lèvres sur les miennes, alors j’en payerai le prix, sans le moindre regret.
Mais voilà, de telles pensées étaient totalement vaines, car jamais ma maîtresse ne verrait une vraie personne, une vraie femme, à aimer en moi.