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Série : The L Word
Création : 11.01.2009 à 17h14
Auteur : Thea1
Statut : Terminée
TLW au temps de la Guerre de Cent Ans. En hommage à mon personnage historique préféré, ainsi qu'à un pays que j'aime énormément.
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Elisabeth prit l’enfant dans ses bras. A ce contact, l’émotion la submergea et elle laissa enfin libre court à sa peine et ses larmes se mélangèrent à celles de ce petit ange qui lui semblait comme envoyé des dieux.
- Duchesse, laissez-moi vous présenter votre sœur, Angelica Victoria de Salisbury.
Bette sourit en entendant son valet prononcer le nom de l’enfant qui se serrait contre son sein.
- J’ignorais que j’avais un ange pour sœur ?! lui dit-elle avec bienveillance.
- Et toi… tu es belle comme une princesse ! lui répondit la petite avec un sérieux qui arracha enfin un sourire à Bette.
- Un navire pour l’Angleterre vous attendra dès l’aube maîtresse.
Celle-ci lui lança un regard noir qui le terrifia.
- La ville de Bordeaux est-elle donc incapable d’offrir l’hospitalité pour quelque jour à une personne de mon rang ?!!
- Ce que nous craignons pour votre sécurité, madame, ajouta-t-il timidement.
Elisabeth prit sa petite sœur dans les bras et fixa longuement son escorte avant de dire d’une voix solennelle :
- La Guyenne est aussi angloise que notre île messieurs, et si vous ne pouvez y protéger ma vie pour quelques jours, alors notre légitime souverain lui-même ne saurait être à l’abri à Londres. Ai-je tord ?!
Personne n’osa la contredire. Ceci lui laisserait donc un peu de temps pour élaborer un plan pour échapper à leur vigilance et se battre pour son amour. Mais avait-elle le droit de mêler Angelica à tout cela ?
Le bon peuple de Troyes avait pris en charge les obsèques de Dana au nom du roi et de toute la noblesse. J’avais cherché tant bien que mal à consoler ma maîtresse qui chaque jour me repoussait davantage, me préférant Martine.
Je n’éprouvais pas de jalousie envers mon amie, au contraire, j’étais soulagée de la savoir auprès de mon Alice. Sans doute que la perte de l’être aimé les rapprochait également, mais moi j’étais éprise de façon plus tenace que la mort et les entrailles de la terre d’une femme désormais inaccessible de toute forme de relation pour moi.
Je ne pleurais pas, je n’hurlais pas, je vaquais à mes occupations machinalement, rien n’avait plus de goût, rien n’avait plus d’attrait, juste attendre que la faucheuse se présente à nouveau et m’emmène moi.
Aussi lorsque Gilles et ses hommes m’arrachèrent à mon sommeil tourmenté pour me passer les fers aux poignets et aux pieds, je ne me débattis ni ne me défendis, mais au son de sa voix, un frisson me transperça malgré tout, comme un rappel que j’étais encore en vie.
- Tu as été reconnue coupable sorcière d’empoisonnement et de meurtre. Tu seras exécutée dans trois jours en place publique Tasha la sarrasine, Tasha la servante du diable!
Jamais je n'aurais pensé qu'elle se présenterait si rapidement, elle, la délivrance ultime. Me présenter à son bourreau ne m'inspirait aucune crainte, aucune rancoeur, au contraire, il m'appaissait en messie, mon sauveur de tous mes maux. Ne plus souffrir l'amour, ne plus souffrir son absence, ne plus souffrir...
La lumière d'une torche me brûla soudainement les yeux et une voix me transperça une fois de plus. Je pensais avoir atteint l'apogée de la douleur, mais non, cette voix, encore et toujours, sa voix.
- Espèce de monstre, comment as-tu pu?! Tu disais être ma bonne fée, que tu veillerais sur moi et tu m'as volé l'amour de ma vie, tu m'as tout pris, tout, absolument tout! Qu'on t'écartèle! Qu'on t'étrippe! Qu'on te brûle! Aucun supplice ne saurait être suffisant pour toi!
Elle hurlait en me frappant, éclatant mon arcade, mes lèvres, ma pommette, mon nez, j'en sais rien, je ne ressentais rien, si ce n'est le sang qui coulait sur mon visage. L'amour de toute ma vie était persuadée que je l'avais privée de son bonheur.
- Alice... Alice...
Je suppliais comme une enfant, alors que les coups pleuvaient de plus belle. Un soldat intervint enfin, alors elle me cracha au visage avant de s'éloigner. J'agrippai les barreaux de mon cachot de toutes mes forces en hurlant comme je ne l'avais jamais fait:
- Je n'ai rien fait... Alice... Je t'aime... Tu m'entends... Je suis innocente!
Je restait éveillée toute la nuit. Martine s'était glissée en douce pour m'apporter une miche de pain et un pichet d'eau fraîche. Elle m'apprit que les soldats du roi avaient trouvé de la saigue dans mes affaires personnelles et que Carmen avait confirmé que c'était bien là le poison qui avait emporté les trois courtisanes, dont Belladone.
La mort m'était plus douce que la vie certes, mais par amour envers mon Alice, je devais cependant me battre, je le savais désormais. Aussi que n'étant pas coupable, la vie de Charles demeurait en danger, surtout que Reims n'était plus qu'à quelques lieues.
Ca semble simple de mourrir par amour, mais oh combien plus grand est-ce d'accepter de vivre le martyr de l'amour au quotidien loin de celle qu'on aime, mais vivre néanmoins pour son bien.
- Pourquoi tu es triste Bette? C'est parce que papa est mort?
L'enfant lui avait demandé cela tout en l'enlaçant de ses petits bras pour lui faire un gros câlin.
- Non, ce n'est pas ça, ce n'est pas uniquement ça, répondit-elle, le regard perdu vers le plafond de leur chambre.
- Alors dis-moi pourquoi tu es triste? insista la fillette.
- Parce que j'ai perdu la personne que j'aimais le plus au monde, répondit-elle machinalement.
- Elle est morte aussi? demanda Angelica en faissant une moue qui arracha un léger sourire à sa grande soeur.
- Non, Tina n'est pas morte, mais elle vit loin, très loin de moi.
- Parce qu'elle t'aime pas... mais tu sais... moi je t'aime....
- Si, bien sûr qu'elle m'aime! dit Bette soudain plus réveillée.
- Alors il faut la retrouver, ajouta le petit ange dans une simplicité déconcertante.
- Tina… Tina… !
Martine se leva d’un bon de sa couche pour rejoindre Alice que la haine et la douleur rongeaient de plus en plus.
- Dis-moi franchement… et n’aies nulle crainte… je ne te châtierai pas… quelque soit ta réponses… à ton avis… se peut-il que ma Tasha soit innocente ?
Martine surprise se laissa tomber sur la chaise à côté du lit, car elle ne s’attendait nullement qu’Alice lui demande ceci.
- Ce que je sais maîtresse, c’est que Tasha vous aime de tout son être, et jamais elle ne ferait quelque chose qui puisse vous nuire et encore moins vous faire du mal.
Alice s’emportant :
- Mais on a retrouvé le poison dans ses…
- Elle a été piégée madame, cela ne fait aucun doute, se permit-elle de l’interrompre.
- Mais quel intérêt de s’en prendre à une esclave ?
- Si cela permet d’atteindre le roi…
- Nous n’avons guère plus d’une journée, jamais nous n’aurons le temps de trouver de quoi l’innocenter.
- Parlez-en à Jeanne madame, elle saura quoi faire.
Alice s’en alla réveiller la pucelle qui lui conseilla une enquête discrète, car soudainement le royaume tout entier devenait suspect. D’un commun accord, elles s’en remirent à Shane, en qui elles eurent une confiance absolue.
La même nuit, une femme vêtue en habits d’homme conduisit silencieusement sa monture par la bride dans les rues de Bordeaux, alors qu’une enfant bien emmaillotée dormait sagement sur le dos de la jument à l’abri des regards. Personne ne semblait regarder à elles, les rues étaient calmes et sombres. Sans difficulté, elles atteignirent les portes.
- Halte ! Où vas-tu à une heure si matinale manant ?
- Je dois ramener ce cheval que j’ai dû faire referrer à mon maître. Il doit se rendre au plus vite à Rouen auprès du duc de Bedford.
Elisabeth avait pris sa voix la plus grave et la plus dure pour lui répondre. Devant l’air décidé et convainquant du page qui lui fit face, le garde monta la herse et le laissa passer.
Pourtant la duchesse était loin d’être libre, car il lui faudrait parcourir trois cent lieues en terre hostile, où désormais elle serait traquée autant par les anglois que les français. Mais son amour pour Martine la tenait si fortement que rien ne lui fit peur.
Ma dernière journée passa en un éclair, alors même que je la passai seule dans ma cellule.
La population était en effervescence, car un jour d’exécution était jour de fête et d’amusement.
J’avais beau chercher, je ne vis aucun moyen d’assurer ma défense dans le temps imparti. Mon amour illicite envers Alice lui-même jouait en ma défaveur, donc mieux valait ne rien dire de mes sentiment.
J’entendis les cris des enfants qui s’employaient à monter des scénettes racontant mon histoire et surtout mon supplice qui, je l’appris, serait l’écartèlement aux portes de la ville.
- Au moins on m’arrachera point mon cœur, me dis-je encore, comme dans un ultime soulagement.
- Mon roi, reportez l’exécution, cette femme ne saurait être l’empoisonneuse que nous recherchons.
- Tu sembles bien sûr de toi Jean de Metz. As-tu des preuves de ce que tu avances ?
- Juste que Tasha chevauchait à mes côtés lorsque nous sommes entrés dans Loches en provenance d’Orléans. La reine Yolande nous a informés immédiatement de l’incident à notre arrivée. Il est donc impossible que Tasha ait pu empoisonner qui que ce soit.
- Cela est vrai pour les deux premières victimes, mais non pour l’héritière du Royaume de Naples. Qui nous dit qu’elle n’a pas un complice ?
- Rien, c’est exacte, c’est pour cela que je ne vous demande point de la libérer, mais d’ajourner son châtiment, le temps que nous trouvions son complice ou le véritable assassin. Je vous en conjure votre majesté, n’entachez pas votre sacre du sang de l’innocence.
- Cela suffit ! Ne suis-je pas désigné par Dieu lui-même pour être juste juge dans mon royaume ?!
Shane s’inclina respectueusement, n’osant insister davantage, il l’avait déjà suffisamment fait. Désormais mon sort était dans les seules mains de la providence et de son souverain.
- C’est l’heure ! cria l’un des gardiens.
Martine pleurait et je la pris naturellement dans mes bras, alors qu’on me poussait vers une foule en furie.
- C’est tellement injuste, injuste, sanglota-t-elle.
Je ne savais pas comment consoler mon amie, j’étais perdue. Ce n’était pas la mort ou la souffrance qui me faisait peur, mais c’était de la laisser elles, Alice, Martine et mes autres amies. Toute ma vie on m’avait privée de ma famille et maintenant que j’en avais enfin trouvé une, je devais déjà la quitter à mon tour.
Non, je ne leur ferai pas le plaisir de me laisser telle une bête à la boucherie, j’étais une femme libre, que nul ne saurait intimider au point de me faire trembler d’effroi et de supplier en pleurant. Je marcherai la tête haute au travers de cette foule assoiffée de sang, prenant une exécution comme un spectacle de divertissement.
Jeanne accomplissait de grands prodiges depuis des mois maintenant, mais elle s’efforçait de vouloir changer un monde dont la nature même était pervertie, sans scrupule et dépourvu de toute compassion à l’échelle d’un royaume. J’aimais la France certes, mais pour sa population et non pour sa soif de grandeur.
La foule m’injuriait et me crachait dessus, mais cela n’avait aucune importance. Pourquoi avoir peur d’une meute de chiens aussi enragés soient-ils ? Mais Tina n’avait pas besoin de vivre leur opprobre à mes côtés, aussi la repoussais-je avec douceur.
- Prends soin de mon amour…
Son regard rempli de larmes me le promit, alors que je montai les marches de l’échafaud.