Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : The L Word
Création : 11.01.2009 à 17h14
Auteur : Thea1
Statut : Terminée
TLW au temps de la Guerre de Cent Ans. En hommage à mon personnage historique préféré, ainsi qu'à un pays que j'aime énormément.
Cette fanfic compte déjà 267 paragraphes
Je défiai le bourreau du regard en lui tendant mes bras pour qu’il passe la corde autour de mes poignets. Il fit un pas en arrière et je perçus un instant de crainte au fond de ses yeux que je pus tout juste entrevoir sous sa cagoule. En me liant les mains, il glissa à mon oreille :
- Je suis désolé, je sais que vous n’y êtes pour rien dans la mort de la napolitaine…
Comment pouvait-il en être si sûr, savait-il quelque chose en rapport avec tout ceci ? Mais ça n’avait plus aucune importance désormais, mais ce qui était sûr, c’est qu’il était lui aussi une victime de tout ceci et je lui fis signe que je comprenais et que ce n’étais pas grave, alors qu’il se pencha pour me lier également les pieds.
Après m’avoir arraché mes vêtements comme humiliation suprême, on me hissa, les bras écartés comme un jésus en croix, aux portes de la ville, entre ciel et terre, à la vue de tous, alors que les cordes pendants à mes chevilles furent sanglées à deux puissantes montures, dont le hennissement se mêlait aux cris de la foule.
Combien de temps leur faudrait-il pour m’arracher les membres du tronc ? Je l’ignorai, mais ce qui était sûr c’est que je résisterai de toutes mes forces. Les nobles assistaient à tout ceci dans une sorte de loge en bois spécialement conçue pour eux. Finalement c’était bien là les hommes et les femmes les plus à plaindre, ceux qui pensent gouverner le monde, alors qu’ils ne sont que les esclaves de leur propre importance.
Alors que la douleur envahit subitement tout mon corps, une vague de pitié me transporta et je fixai mon Alice dont j’imaginais aisément les traits, ce visage que j’avais tant chéri, dernière chose que je voulais emporter avec moi dans l’au-delà.
Ô mon jardin d'eau fraîche et d'ombre
Ma danse d'être mon cœur sombre
Mon ciel des étoiles sans nombre
Ma barque au loin douce à ramer
Heureux celui qui devient sourd
Au chant s'il naît de son amour
Aveugle au jour d'après son jour
Ses yeux sur toi seule fermés.
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer.
D'aimer si fort ses lèvres closes
Qu'il n'ait besoin de nulle chose
Hormis le souvenir des roses
À jamais de toi parfumées
Celui qui meurt même à douleur
À qui sans toi le monde est leurre
Et n'en retient que tes couleurs
Il lui suffit qu'il t'ait nommée.
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer.
Mon enfant dit-il ma chère âme
Le temps de te connaître ô femme
L'éternité n'est qu'une pâme
Au feu dont je suis consumé
Il a dit ô femme et qu'il taise
Le nom qui ressemble à la braise
À la bouche rouge à la fraise
À jamais dans ses dents formée.
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer.
Il a dit ô femme et s'achève
Ainsi la vie ainsi le rêve
Et soit sur la place de grève
Ou dans le lit accoutumé
Jeunes amants vous dont c'est l'âge
Entre la ronde et le voyage
Fou s'épargnant qui se croit sage
Criez à qui veut vous blâmer.
Heureux celui qui meurt d'aimer
Heureux celui qui meurt d'aimer.
« Heureux celui qui meurt d'aimer » interprété par Jean Ferrat
Je sentis mon épaule gauche se luxer et mes genoux étaient en feu, la douleur qui traversa mon épine dorsale était sur le point de me faire perdre connaissance, je sentis déjà mes yeux tourner dans mes globes oculaires. Surtout ne pas abandonner, surtout ne pas crier ! Les chevaux refusèrent d’avancer et des hommes de la foule durent venir en aide au bourreau pour les maîtriser et les forcer à tirer sur mes membres inférieurs.
Le regard d’un des pur-sang avait croisé le mien et j’eus l’impression qu’il comprenait ce que je taisais, il déclencha subitement une violente ruade, envoyant le bourreau dans les décors. Le relâchement sur mes jambes m’accordant un moment de répit, m’encouragea à mes battre encore davantage. Si la foule désirait tant ma mort, alors il faudrait venir la chercher, car je ne la leur accorderais pas aussi facilement.
Les hommes s’acharnèrent sur les pauvres bêtes, alors que des voix de femmes s’élevèrent dans la foule :
- Pitié, le ciel a parlé, pitié, pitié !
Mais un coup de fouet retentit déjà sur la croupe des bêtes qui firent un bond en avant m’arrachant le bas du corps. Je sus que c’était là la fin, ma fin, et qu’au prochain mouvement des animaux je ne ressemblerais à un pauvre pantin désarticulé. Je n’étais plus que douleur, aussi inspirais-je une dernière fois à plein poumon avant de hurler une dernière fois son nom :
- Alice !
La duchesse de Salisbury était recherchée par tout le royaume anglois. L’alerte avait été donnée dès le lever du jour où Elisabeth et Angelica avaient fuit Bordeaux. Ayant évité de justesse plusieurs embuscades de ses compatriotes, Bette décida de tenter sa chance sur sol armagnac et se dirigea vers Poitiers.
- Ma parole c’est une angloise, halte, halte, au nom du roi halte !
Bette lâcha la bride de sa monture de peur, pris l’enfant dans ses bras et se mis à courir, alors que la garde formée de quelques soldats la prirent en chasse. Elle ressenti subitement une douleur lancinante sur le haut du bras, mais elle ne s’arrêta pas et gravit quatre à quatre les marches du couvent. Elle frappa de toutes ses forces à la porte en bois massif qui ne voulait pas s’ouvrir devant ses supplications.
- My God, aidez-moi !
Elle tomba à genoux, protégeant la petite Angelica de son corps, alors que les soldats étaient déjà sur elle.
- Arrière soldats, vous êtes ici sur une terre consacrée à Dieu, je ne tolérerais nullement que le moindre sang y soit versé !
- Mais ma sœur, c’est une ennemie du bon peuple de France ?!
- Moi je n’y vois qu’une mère affolée cherchant à protéger son enfant, répondit la mère supérieure sèchement.
Les soldats se retirèrent non sans jurer devant eux :
- Au diable le droit d’asile !
La douleur avait été d’une violence extrême, puis plus rien, juste l’impression de flotter entre deux mondes. Il faisait nuit noire, je ne discernais ni bruit, ni odeur, ni goût, ni aucune autre sensation.
Si il y avait quelque chose, comme une brûlure, là, sous mes côtes, mais j’ignorais totalement ce qui me consumait encore de l’intérieur, je n’avais aucun souvenir, rien, ma vie passée n’existait plus.
Je ne sais combien de temps je demeurai prisonnière dans ce lieu où rien n’existe, pas même le temps. Je m’y sentais en sécurité, du moins il me semble, et pourtant cette brûlure en moi ne semblait pas vouloir s’y faire. Je savais que j’avais un choix à faire, mais que choisir lorsqu’on en ignore la nature ? Et cette brûlure sous les côtes, encore et toujours. Pourquoi demeurait-elle, alors que le reste de mon corps ne ressentait rien, plus rien ? Mais au fait, où était passé mon corps, je ne le ressentais plus, je ne le vis plus, aucune chair à bouger dans ce lieu suspendu je ne sais où dans l’univers. Mais cette brûlure, existait-elle ou n’était-elle qu’illusion finalement ? Elle seule avait la réponse à mes questions, je le savais que trop bien, mais ma raison se perdit encore davantage dans le néant. Ne pas laisser ce feu s’éteindre, l’alimenter de tout mon être, le peu que j’étais encore…
Subitement la brûlure m’embrasa et autour d’elle je discernai dans une souffrance atroce mon corps meurtri, mes sens affutés tels une lame de rasoir, mon entourage parlant un langage familier. De manière assourdissante je fis mon entrée dans l’autre monde qui je le compris n’était autre que celui dans lequel ma mère m’avait déjà enfanté une première fois, emportée dans un cri de victoire de la vie sur la mort !
Reims
Charles était agenouillé devant l’autel de l’abbaye de saint Rémi, évêque qui avait jadis couronné Clovis, premier roi des francs. Comme ses prédécesseurs avant lui, il passerait cette dernière nuit en tant que dauphin de France à jeûner et à prier, seul dans la présence du Roi des cieux et de la terre, avant d’être conduit le lendemain matin à la cathédrale, où lui serait donnée enfin l’onction royale qui lui était due.
- Alors ma belle, puisque cette nuit est calme comme une veille de Noël et que je n’ai pas à servir mon roi, ni Jeanne, si je me mettais à ta seule et unique disposition ?!
- Et si moi je suis occupée ?! Je dois aider dame Alice à choisir sa robe pour le sacre et ensuite tenir compagnie à Tina. Tu sais, moi aussi je suis très demandée ?!
Shane lui fit les yeux doux, tout en la déshabillant littéralement du regard. Si elle avait pu lui faire l’amour rien qu’en contemplant son corps magnifique, elle l’aurait fait. Carmen ria aux éclats et l’embrassa avec fougue et passion.
Le pantalon de Shane tomba d’un bruit sourd sur le sol, suivi de près de la robe de Carmen virevoltant à ses pieds. La faible clarté des bougies m’éblouit encore, alors je restais dans la nuit où je perçus leurs râles de plaisir s’enchainant encore et encore.
Je restais discrète, ne voulant pas gâcher leurs instants d’intimité, mais le martyr de mon corps se rappela à moi au fur et à mesure que je me réveillai.
- Désolée… les amoureux… dis-je avec beaucoup de difficulté à déglutir.
Entre la gêne, la surprise ou le soulagement, je ne saurais dire quelle émotion l’emporta sur le couple, tout ce que je puis dire, c’est qu’ils se rhabillèrent aussi rapidement que leurs vêtements les avaient quitté quelques orgasmes plus tôt. Carmen versait des larmes de joie et Shane déposa un baiser sur mon front qui témoignait largement de l’affection qu’ils me portèrent. Carmen me fit boire une potion au goût de plantes qui n’apaisa certes pas pleinement mes douleurs, mais qui les rendit presque supportables.
- Que s’est-il passé et où sommes-nous ? demandais-je enfin.
- A Reims où demain notre légitime roi obtiendra tous les attributs de sa royauté, répondit solennellement Shane.
- Et tu n’es pas avec le roi ? m’étonnais-je
- Il passe la nuit seul devant la face de Dieu où il communie avec tous nos souverains du passé.
Je revus subitement de manière floue le dernier sacrement administré à Dana et je compris.
- Mon Dieu Charles… il faut le prévenir …!
Shane soudain en alerte :
- Tasha, que se passe-t-il ?!
- Elle va recommencer… vite… je sais qui essaie d’assassiner le roi…!
Le repas d’eucharistie avait été dressée sur l’autel de pierre faisant face au roi qui s’étant purifié par des libations et une confession dont les propos resteraient à jamais entre le Créateur et lui s’apprêta à l’accueillir en lui. Soudain le verrou de la porte menant à la chapelle vola en éclat.
- Majesté, surtout ne touchez pas à cette coupe !
Shane et Carmen coururent vers lui pour lui prendre le calice des mains.
- Qu’est-ce que ça veut-dire ?! s’emporta Charles, alors que Shane lança un regard interrogateur à sa compagne qui confirma.
- Tasha a vu juste, on a bien mélangé de la sigue à ce vin !
Charles blêmit une fraction de secondes, avant de se ressaisir dans sa noblesse naturelle qui lui octroyait le respect incontesté de ses vassaux.
- Que diablerie est-ce d’empoisonner le sang du Christ ?!
Mais Shane quitta déjà la chapelle pour aller arrêter la responsable de tous ces crimes.
- Où est votre bonne, monsieur l’abbé ?! demanda de manière empressante le chevalier en entrant brutalement dans les appartements du confesseur personnel du roi.
- Euh, elle doit être en train d’aider les cuisinières pour le sacre. Pourquoi la cherchez-vous Jean de Metz ?
Il était de plus en plus rare qu’on appelle Shane ainsi, aussi se retourna-t-il pour répondre au vieillard.
- Je suis navré de vous annoncer cela mon père, mais c’est elle qui a attenté à la vie du roi qui a tué deux courtisanes et qui a terminé le travail auprès de Belladone lorsque vous lui avez administré l’extrême onction, tout en empoisonnant le calice…
- Mon Dieu, il n’est pas ?...
- Ne craignez rien, le roi va bien, mais nous devons l’empêcher de nuire davantage.
L’abbé s’assis, il venait de prendre dix ans en quelques instants, mais il savait que Shane disait vrai, c’était bien Guenièvre la coupable et ce n’était que l’empressement de Jeanne pour le sacre qui les avait tous deux fait quitter la court et ainsi mis hors d’atteinte le roi.
Il suivit Shane en cuisine où celui-ci n’hésita pas à rudoyer la jeune femme en lui liant les mains dans le dos.
- Gwenni, mais qu’avez-vous fait mon enfant et cela en bafouillant l’église que vous aviez choisi de servir ?!
- Désolée mon père, mais c’était l’unique moyen d’approcher votre roitelet, alors la fin justifie les moyens. C’est le petit-fils d’Isabeau le légitime souverain de France, vous le comprendrez tous le jour de votre trépas. Longue vie au roi Henry, vive Henry !
Hurla-t-elle en crachant par terre, alors que Shane l’emmena loin des serviteurs contrariés d’avoir été dérangé dans leur travail, mais soulagé que leur crainte de se retrouver empoisonné à leur tour puisse se dissiper.