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Série : The L Word
Création : 16.09.2011 à 18h04
Auteur : Thea1
Statut : Terminée
Fiction indépendante (Merci de ne pas publier sans autorisation)
Cette fanfic compte déjà 111 paragraphes
Chapitre 5
Un cri déchira la nuit. Niki se réveilla en sueur, alors que sa chienne s’empressait de lui lécher la main qui pendait le long du lit pour se rassurer.
- Quel horrible cauchemar, ça avait l’air tellement vrai !... et si… non…
La gardienne secoua négativement la tête, alors que la sensation désagréable de froid et de peur l’affolait encore.
- Et si quelqu’un était vraiment tombé de la falaise ? Il aurait fallu pour ça délaisser les pistes balisées de près d’un kilomètre, sans oublier qu’un adepte de free-style en aurait informé la sécurité des pistes et les hélicoptères seraient depuis longtemps à sa recherche.
Un à un elle fit la liste des points de pourquoi il était impossible que son rêve ait quoi que ce soit à voir avec la réalité, mais malgré tous ses arguments, Niki ne put se défaire de l’angoisse qui l’empêchait presque de respirer.
- Il faut qu’on aille voir !
La chienne s’approcha de la porte, comme un signe qui la conforta dans sa résolution.
Un quart d’heure plus tard, Niki et Vodka remontaient témérairement vers la crête surplombant le grand névé, alors que le blizzard s’acharnait contre elles.
- Je suis désolée de t’entrainer là-dedans mon chien.
L’husky se retourna et vint se placer à un mètre devant elle pour lui ouvrir le chemin.

Leur pénible avancée lui rappela l’ascension du Cho Oyu, premier des huit mille mètres qu’elle avait franchis, lors de laquelle ils avaient essuyé une lourde tempête malgré la météo qui était annoncée favorable à leur départ.
Ils avaient été retardé et avaient dû finir l’étape planifiée de nuit pour enfin atteindre l’abri et y installer leur bivouac.
Personne n’avait paniqué, à quoi bon, ici on ne risquait pas de mourir, on l’était déjà, et la seule chose que Niki regrettait alors était de ne pas avoir pu tenir sa promesse.
Elle fixa solidement la corde au rocher, afin de pouvoir descendre en rappel vers le grand névé.
Niki l’avait fait des centaines de fois pour enseigner la grimpe, et cela aussi bien de nuit que de jour, mais là avec les vents tourbillonnant et la neige, il fallait procéder avec la plus grande prudence.
- Qu’est-ce que tu décides, garder le traineau ou descendre avec moi ?
En guise de réponse la chienne monta sur un rocher pour grimper sur les épaules de sa maitresse, comme elles avaient l’habitude de le faire.
Niki passa alors une seconde corde entre son sac à dos et le harnais de sa meilleure amie. C’est ainsi qu’elles descendirent le long de la paroi.
Chapitre 6
On ne voyait pas à deux mètres, et Niki dut utiliser toutes ses forces et ses talents de montagnarde pour rester debout, alors que le vent tentait de l’enneiger avec fureur.
- Cherche Vodka, cherche !
La chienne s’éloigna, alors que Niki réajustait sa lampe frontale et profitait d’une petite pause pour se réchauffer avec quelques gorgées de thé chaud qu’elle avait pris le soin d’emmener.
Et si tout ceci n’avait été qu’un mauvais rêve finalement, combien de temps allait-elle encore s’obstiner à rechercher quelqu’un qui n’existait sans doute pas le long du grand névé ? Elle était en train de risquer sa propre vie pour un fantôme et elle en était parfaitement consciente.
Mais après tout quelle importance cela pouvait-il bien avoir, elle ne manquerait à personne de toute manière, ou peut-être juste un peu à Mamouchka, mais celle-ci s’en remettrait vite, tenta-t-elle vainement de se convaincre…
Soudain un aboiement l’arracha à ses pensées.
- Finalement je ne suis peut-être pas si folle que ça, se dit-elle, en se dirigeant le plus rapidement possible vers le hurlement de son chien-loup.
Dix minutes plus tard elle put clairement distinguer la silhouette de sa chienne près d’une masse recouverte de neige ressemblant étrangement à un corps humain. Un nouvel élan de panique menaça de la submerger de manière totalement irrationnelle.
Combien de temps avait-il lutté contre la tempête et le froid ? Niki ôta l’un de ses gants avant de se pencher vers le visage du corps prisonnier de la neige.
En tremblant la guide de montagne tata le cou de la victime, sachant que trop bien qu’elles avaient trop tardé, et que d’y trouver un pouls relèverait du miracle, et pourtant en son fort intérieur elle ressenti que la vie n’avait pas totalement quitté le corps qui lui faisait face.
Là, un tressaillement, le sang circulait encore, mais l’hypothermie était très grave et d’ici quelques minutes le cœur lâcherait.
- Tiens le coup, je vais te tirer de là, même si c’est la dernière chose que je dois faire en ce bas-monde, j’en fais le serment !
Niki finit de libérer le corps de la neige, l’husky ayant déjà fait une bonne tranchée autours.
Elle sortit divers choses de son sac à dos, dont une seringue d’adrénaline, de quoi booster le cœur, le temps de regagner le refuge. Elle enroula prudemment le corps dans une grande couverture isothermique avant de glisser quelques centilitres de thé chaud à l’aide d’une pipette entre les lèvres de son patient.
Le corps était plus léger que ce à quoi elle s’attendait et le trajet jusqu’au bas de la falaise se passa relativement sans heurt. Maintenant survenait la partie la plus difficile, remonter le mur de grime de plus de cent mètres sans aggraver l’état de son protégé.
- Il va falloir qu’on y monte les trois ensemble, je n’aurais pas le temps de redescendre pour venir te chercher.
Aussitôt dit, aussitôt fait, Niki attacha sa chienne comme d’habitude sur ses épaules et son patient enroulé autour de son corps, lui laissant le strict minimum de place pour utiliser ses bras et ses jambes.
Bien qu’elle connaisse par cœur chaque prise de la paroi, elle n’aurait jamais pensé s’entrainer à l’escalader avec un surplus de charge d’environ huitante kilos. Elle passa son casque sur le bonnet de son patient, ne pouvant pas garantir qu’ils ne heurtent pas ici ou là la paroi dans leur scabreuse ascension.
Chapitre 7
Niki venait de battre un nouveau record, en remontant la paroi pratiquement dans le même temps qu’elle mettait habituellement par gros temps, mais ceci lui importait peu.
L’unique certitude qui l’habitait, était que d’une manière mystérieuse sa vie dépendait de la survie de son précieux fardeau, comme si tout ceci était son épreuve ultime lancée par la montagne pour voir si la guide était réellement digne d’elle.
- Je ne te décevrai pas Jo, pas cette fois ! s’encouragea-t-elle, alors qu’une nouvelle rafale tentait de la désarçonner à quelques mètres du replat.
Ca allait faire mal, mais elle ne ralentirait pas, protégeant au mieux son patient, elle heurta de plein fouet la paroi. Le rocher lui laissa une profonde entaille sur l’avant-bras, mais elle n’y prit garde, et sa détermination plus forte que jamais la mena au sommet.
Non, elle ne cèderait pas, ni devant les forces de la nature, ni devant les rochers et encore moins devant les dieux qui semblaient depuis toujours tirer satisfaction de la voir souffrir. N’avait-elle pas déjà traversé l’enfer plusieurs fois, alors une fois de plus n’allait certainement rien y changer.
Un dernier effort et elles étaient enfin sur la crête. Niki déposa soigneusement le corps dont le pouls était toujours aussi faible, mais bien présent, sur le traineau, avant de libérer son fidèle compagnon de route.
- Qu’as-tu trouvé là ?
La chienne tenait un curieux objet entre les mâchoires, un peu comme un gros portefeuille en cuir ou peut-être un agenda, mais Niki n’y prêta guère plus d’attention.

Le traineau s’élança vers la cabane, et Vodka tout comme sa maitresse y mit toute son énergie. Quelques coups de frein bien placé pour éviter de blesser l’animal, mais sinon l’attelage dévala la pente à pleine vitesse.
Niki dégagea l’entrée du bivouac pour pénétrer directement avec le traineau dans sa demeure, dont on discernait tout juste encore les contours, tant la neige l’avait enveloppée.
Un rapide coup d’œil à sa montre lui indiqua trois heures du matin, elles venaient donc de passer quatre bonnes heures dans la nuit glaciale.
Le rocher contre lequel se trouvaient ses modestes quartiers avait gardé une bonne partie de la chaleur, ce qui voulait dire que la température avoisinait ici les zéro degré Celsius.
Elle déposa avec grande précaution le corps meurtri dans son lit avant de se diriger vers la cheminée et pour y refaire une nouvelle flambée.
Le husky conscient de l’état grave du nouvel arrivant se blottit tout contre le corps pour commencer à le réchauffer, en attendant les instructions de sa maitresse.
- Que ferais-je sans toi ma belle ? lui sourit-elle en la caressant derrière les oreilles pointues.
- Va falloir agir avec beaucoup de précaution, et surtout ne pas le réchauffer trop précipitamment, le corps doit y parvenir de lui-même.
Il était temps de se rappeler tout ce qu’on lui avait enseigné là-bas au Népal pour vaincre l’hypothermie grave, ainsi que les gelures et autres blessures qu’elle allait forcément découvrir sur le corps de son patient toujours inconscient.
Chapitre 8
Niki retira avec beaucoup de précaution son casque de la victime, en y maintenant habillement le bonnet qui collait aux cheveux. Puis à l’aide de ciseaux, elle détacha la laine du cuir-chevelu. Une longue chevelure dorée aux reflets roux fit son apparition.
- Mon Dieu, c’est une jeune femme, réalisa soudain la guide.
Quel âge pouvait-elle bien avoir, peut-être vingt-cinq ans, mais que diable faisait-elle toute seule dans un endroit pareil ?
Niki se posait mille questions sur sa patiente, tout en commençant à retirer ses chaussures de ski et ses gants.
Ce qu’elle y découvrit lui arracha des larmes, et pourtant ce n’était pas la première fois qu’elle voyait des gelures. Ca arrivait tellement dans l’Himalaya, beaucoup de passionnés de montagne perdaient quelques orteils, c’était les risques du métier.
Mais là, les deux pieds étaient gonflés et méchamment violacés, sans oublier les orteils noirs comme s’ils avaient été calcinés. Combien devrait-elle en amputer pour éviter que la gangrène s’en mêle, et cette tempête de malheur qui n’allait pas permettre aux hélicoptères de voler avant plusieurs jours.
Le gant gauche était déchiré, ce qui fit que la main n’était guère en meilleur état que les pieds, mais Niki refusa pour l’instant l’idée qu’elle dusse également envisager de lui prendre quelques doigts.
Heureusement la main droite avait mieux résistée et devrait sauf nouvelle complication se remettre entièrement.
Elle découpa avec précaution l’ensemble des vêtements qui recouvraient le corps meurtri qui présentait de nombreux hématomes et sans aucun doute plusieurs cotes brisés, mais aucun organe vital ne lui sembla touché, même si cela était difficile à évaluer sur un corps dont la température ne dépassait pas les vingt-huit degrés.
Niki pensa au mieux la blessure à l’arrière du crane et fixa une attèle de fortune sur la jambe droite fracturée, après s’être assurée que les os étaient plus ou moins en place.
Ensuite elle appliqua sur l’ensemble du corps un onguent à base d’aloès, sans trop de friction, car il fallait que le réchauffement vers les extrémités se fasse petit à petit pour ne pas surcharger le cœur et le cerveau.
Elle s’attarda plus longuement sur la courbe des hanches et ne put pas s’empêcher d’admirer la poitrine ferme et parfaite de sa patiente.
- Décidément je dois être trop fatiguée, se réprimanda-t-elle en rejoignant sa protégée sous les couvertures, après lui avoir administré une nouvelle fois quelques centilitres de thé chaud et lancé quelques bûches dans l’âtre.
Chapitre 9
Un aboiement l’arracha à son sommeil paisible. Depuis quand n’avait-elle pas eu une nuit sans cauchemar ? Niki eut du mal à s’orienter en ouvrant les yeux.
Elle n’avait pas entendu le réveil qu’elle avait programmé toute les deux heures pour administrer un peu de liquide à la jeune blonde dont les cheveux lui arrivaient dans le visage.
Elle ne put s’empêcher de sourire en voyant sa patiente qui s’était littéralement collée à son corps.
- Ce qu’elle est belle, on dirait un ange.
Niki finit par tendre la main vers l’objet sonore qui agaçait sa chienne et qui indiquait trois heures de l’après-midi.
- J’arrive, je suppose que tu dois sortir et aussi avoir faim.
Elle réexamina le corps dont les parties violacées revenaient doucement, mais surement vers le rouge, ce qui était bon signe.
Il ne restait que des cendres dans la cheminée et visiblement de la neige avait du boucher la cheminée et tomber dans l’âtre, car elles étaient mouillées.
- Je n’aime pas ça, va falloir monter sur le toit.
Impossible de sortir par la porte du bivouac qui était totalement enneigée et malgré toute sa force, la grande femme ne put rien contre le mur qui se dressait contre elle.
Aussi prit-elle la décision de libérer une fenêtre du refuge de ses lattes de protection et se creuser ainsi un tunnel vers l’extérieur.
L’entreprise lui prit près d’une heure, mais elle finit par atteindre la cheminée sur le toit malgré les vents qui avaient encore augmentés en intensité.
Elle redressa la tôle supposée la protéger d’un tel inconvénient à coups de marteau avant de regagner sa patiente qui oscillait toujours entre inconscience et coma léger.
La gardienne nettoya le foyer avant d’y refaire du feu pour cuire au-dessus de celui-ci deux chaudrons d’eau, l’un pour du thé et l’autre pour des pâtes.
La radio ne lui renvoya que des parasites, alors après une heure d’essais infructueux elle abandonna et s’obligea enfin à avaler son modeste repas.
Les gelures ne semblaient guère s’améliorer et les orteils du pied droit moins irrigués à cause de la fracture du tibia présentaient déjà une légère infection à leur base totalement nécrosée.
Niki ne le savait que trop bien, il fallait prendre une décision rapidement, car à trop hésiter elle finirait par perdre le pied dans sa totalité, voir même sa patiente qui était encore loin d’être tirée d’affaire.
- Ne me demandez pas ça !
Elle avala une grosse gorgée d’eau de vie avant de balancer la bouteille qui éclata en mille morceaux contre le rocher.
Après être restée prostrée une éternité sur sa chaise, la gardienne finit par rassembler tout son courage et sa volonté pour s’atteler à la lourde tache qui lui incombait.
- Puisses-tu me pardonner un jour mon ange.
A l’aide d’une lame de rasoir, elle se mit à découper la chair morte avant de sectionné les phalanges de trois orteils sur le pied droit et d’un seul sur le pied gauche à l’aide d’une pince purifiée au préalable dans les flammes.
Seuls les deux petits orteils disparurent totalement, du tertius et quartus du pied droit elle put sauver une phalange, ce qui favoriserait l’équilibre lorsque sa patiente se remettrait à marcher.
Elle pensa aux mieux les blessures et jeta un nouveau coup d’œil au restant du corps qui se réchauffait gentiment.
La main dont le gant avait été déchiqueté ne présentait guère d’amélioration, mais Niki se refusa de toucher aux doigts nécrosés, c’en était tout simplement trop, et elle attrapa une nouvelle bouteille de schnaps* qu’elle avala sans même en sentir le goût pour finalement s’effondrer ivre-morte au pied du lit.
* Appellation suisse pour n’importe quelle eau-de-vie.