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Série : The L Word
Création : 03.12.2012 à 21h32
Auteur : Patcha
Statut : Terminée
Revenons un peu en arrière... Merci aux personnes qui m'ont encouragée à franchir le pas.
Cette fanfic compte déjà 39 paragraphes
Bette Porter était assise à son bureau. Elle essayait de travailler. Des dizaines de toiles ornaient les murs d’un blanc immaculé de sa galerie d’art contemporain, installée au cœur de west Hollywood. De vrais chefs-œuvres pour certaines, des débuts prometteurs pour d’autres. Le tout représentait quelques milliers de dollars et pourtant le seul trésor qu’elle conservait jalousement tenait dans une petite enveloppe blanche rangée dans le tiroir de son bureau.
Galériste de renom, Bette, est une femme très courtisée tant par la gente masculine que féminine, même si ses préférences sexuelles n’étaient un secret pour personne. Ouvertement lesbienne, la jeune métisse collectionne les conquêtes un peu comme un amateur de peinture collectionne les tableaux. Et si être métisse et lesbienne peut être considéré comme un cumul de handicaps dans cette société, Miss Porter, elle, en a fait sa force D'un indéniable charisme elle a trouvé le juste équilibre entre une grande féminité et une part de masculinité complètement assumée. Le parfait dosage entre le yin et le yang. Elle aime séduire et connaît sa réputation. Séparée depuis peu d’Alice Pieszecki, Bette Porter est donc célibataire, mais pas en chasse pour autant... Et c'est bien là que le bât blesse. Sans être le Casanova en jupons, comme Shane, elle n'est pas du genre à rester seule longtemps. Là depuis sa rencontre avec une beauté blonde à son dîner d'artistes il y a plus de dix jours, il y a comme un changement... Non pas qu'elle n'ait été approchée par personne quand elle sort simplement elle n'a pas envie, même pour un soir... Surtout pour un soir.
Le carillon de la porte retentit et la tire de ses pensées. Elle se lève accueillir son visiteur et, quand elle découvre de qui il s’agit, elle sourit en se disant que son ange gardien faisait vraiment des merveilles.
Tina Kennard vient de franchir le seuil de la galerie "Bette Porter". Vêtue d’un jean et d’une chemise blanche assez près du corps et ouverte sur les deux premiers boutons, Tina joue la décontraction. Les traits fins de son visage sont encadrés par de longs cheveux blonds et bouclés laissés libres. Tina ôte ses lunettes de soleil et cherche du regard la propriétaire des lieux.
De là où elle est Bette peut à loisir contempler la silhouette de Tina sans être vue et en profite un moment avant de se montrer. Elle est encore plus belle que dans ses souvenirs qui ne cessent de la distraire des jours. Bette sait ce que la jeune femme est venue chercher mais espère secrètement que ce n’est pas la seule raison qui la fait revenir jusqu’à elle. Finalement Bette se décide à aller la retrouver.
Bette, avec son plus beau sourire : «Bonjour…
Tina : «Oh ! Bonjour ! Je ne sais pas si vous vous souvenez de moi ? Je suis Tina Kennard, je suis venue ici samedi soir avec mon compagnon Eric…
Bette : «Bien sûr, mademoiselle Kennard que je me souviens de vous, la coupe Bette en appuyant son regard ce qui fait monter le rouge aux joues de Tina. Je suppose que vous venez chercher votre boucle d’oreille ?
Tina : «Alors elle est bien ici ? Vous l’avez retrouvée ?
Bette : «Oui je l’ai retrouvée parterre devant le tableau que vous admiriez. Et si mes souvenirs sont bons elle essayait déjà de vous fausser compagnie. Il me semble l’avoir déjà récupérée alors qu’elle s’était prise dans vos cheveux…, dit-elle en montrant l’endroit où elle avait glissé ses doigts samedi pour récupérer la fugueuse.
Tina : «Quelle chance… que vous l’ayez retrouvée ! Elle n’a pas grande valeur mais j’y tiens.
Bette : «Je l’ai mise à l’abri dans mon bureau. Suivez-moi »
Ouvrant la marche, Bette affiche un large sourire. Tina suit et profite que son hôtesse lui tourne le dos pour admirer les lignes et les courbes du plus beau chef d’œuvre de cette galerie : la propriétaire.
Pensées de Tina : «Cette femme est vraiment magnifique…»
Depuis ce fameux samedi soir où elle avait été présentée à Miss Porter, Tina est décontenancée. Il lui était déjà arrivé, comme à beaucoup de femmes, d’apprécier la plastique d’une autre donc cette réflexion n'a rien d'extraordinaire en soi si ce n'est ce trouble qu’elle ressent... Cela dépasse la seule admiration. Dire que cette femme était incroyablement belle c’est enfoncer des portes ouvertes et foncièrement réducteur. Elle est plus que ça… Intelligente et charismatique, Bette est également fine et raffinée. Tina a bien essayé d’en savoir plus sur la belle galériste par le biais d’Internet mais n’a pu y trouver grand-chose, car si la elle est ouvertement gay elle protège farouchement sa vie privée. A présent Tina espère que ce prétexte tout trouvé de la boucle d’oreille égarée leur permettra de prendre contact et de discuter un peu… Et pourquoi pas d’entrer dans le cercle très fermé des intimes de Bette Porter.
Pensées de Tina : «Prétexte ? Mais comment ça prétexte ?!»
Bette arrive devant son bureau, le contourne, ouvre le tiroir et sort cette précieuse enveloppe blanche qui occupe son esprit depuis samedi.
Pensées de Bette : «Et si je prétextais ne pas retrouver l'enveloppe pour l'obliger à revenir ?... Je ne vais pas pouvoir lui rendre son bijou et la regarder partir. C’est tout simplement impossible.»
Tout se bouscule dans l’esprit de Bette, elle se souvient que cette blonde somptueuse est entrée dans sa vie au bras d’Eric Knight, avocat collectionneur d’art. Bette le connaît un peu. Mais dans ce milieu tout le monde connaît tout le monde sans vraiment se connaître.
Eric : «Bette, je te présente ma compagne, Tina Kennard, elle est chef de projet chez Alphaville.» C’est à ce moment que Bette a croisé le regard de Tina pour la première fois. Et, si elle veut bien ne pas se mentir, elle doit admettre avoir ressenti quelque chose de puissant... un choc. Pourtant elle est tout sauf fleur bleue et si elle se laisse aller de temps en temps à un peu de romantisme, les histoires de coup de foudre et autre sornettes du même acabit elle n’y a jamais cru. Et n’y croirait sans doute jamais. Pourtant elle doit bien admettre que depuis la première fois où elle a posé les yeux sur Tina elle a bien du mal à canaliser son attention et à maîtriser les réactions de son corps. La simple évocation de cette charmante blonde lui tord le ventre et son cœur bat la chamade. Tina l’a complètement désarmée. Elle se sent dangereusement et irrémédiablement attirée.
Elle se repasse cette soirée dans sa tête tout en sortant le précieux bijou de son étui de fortune. Elle contourne une nouvelle fois son bureau et en deux pas se retrouve face à Tina. Près d’elle. Tout près. Tellement près qu’elle peut sentir son parfum, l’odeur de ses cheveux et même ressentir la chaleur de son corps. Elle remonte doucement sa main droite et l’ouvre laissant apparaître le bijou. Là elle plante ses yeux dans ceux de la jeune femme.
Bette, souriant : «J’aurais pourtant juré t’avoir vu la remettre.»
Le tutoiement, qui n’était jusqu’ici pas de mise entre les deux femmes, colle parfaitement avec l’intimité qui s’est installée d’autorité entre elles juste par ce rapprochement physique. Tina ne répond pas et n'émet qu'un rire discret et timide qui trahit presque une forme de malaise. Comme si elle avait été prise en plein flagrant délit de mise en scène… Elle a du mal à détacher son regard de celui de Bette. Sa main droite essaie de récupérer l’objet-alibi quand les doigts de Bette se replient, emprisonnant le bijou et la main. Les deux femmes se regardent pendant de longues secondes. Aucune n’ose bouger. Soudain, Bette se penche et son visage s’approche de celui de Tina qui relève très légèrement la tête, consciente de ce qu’implique ce mouvement.
Leur baiser est d’une douceur infinie. Pourtant elles ont le souffle coupé. Très délicatement Bette se sépare des lèvres de Tina pour la regarder. Elles échangent un sourire timide et Bette rouvre sa main libérant ainsi celle de Tina et la boucle d’oreille. Loin de calmer la tension presque palpable entre les deux femmes, ce baiser n’a fait que l'exacerber. Si elles nagent en pleine confusion, une chose est claire et évidente : le désir que chacune éprouve pour l’autre. Comment un simple baiser peut-il ainsi renvoyer deux adultes rodées aux choses de la vie au stade d’adolescentes émoustillées après leur premier bisou ?
Tina : « Je… Je dois y aller maintenant, souffla-t-elle, je te remercie pour ma boucle d’oreille…
Elle attrape le bijou et, chancelante, tourne les talons pour sortir de cette pièce le plus vite possible.
Bette : « Tina… Elle parle calmement mais sa voix trahit une anxiété qui ne peut être feinte. Tina s’arrête et se tourne vers Bette. Je t’attendrai aussi longtemps qu’il le faudra… Ne me laisse pas sans nouvelles.
Tina : «Promis».
Elle quitte la galerie en silence. Seul le carillon de l’entrée se fait à nouveau entendre et sort Bette de sa torpeur. Elle se sent à la fois heureuse et désespérée, prête à déplacer des montagnes et d’une rare faiblesse. En un seul baiser cette femme lui a mis la fièvre dans le sang et chamboulé sa vie. Dieu que l’attente s’annonce insupportable.
Tina sort de la galerie presqu’en courant et se réfugie dans sa voiture. Elle appelle sa meilleure amie. Elle doit parler à quelqu’un de ce qui vient de se passer. C’était surréaliste ! Tina réussit à joindre Laurel qui sent immédiatement que son amie avait besoin d’elle. Elles se mettent d’accord pour se retrouver chez Laurel une demi-heure plus tard. A peine raccroché, Tina appelle Eric et annule la soirée qu’ils avaient prévue de passer le soir même tous les deux en amoureux.
Eric : «Ok, tant pis pour moi. Je vais me noyer dans le boulot. De toute façon j’ai cette affaire qui part en cacahuète qui m’est tombée dessus et il vaudrait mieux que je bosse si je veux t’emmener passer la Saint-Valentin à Paris !
A l’évocation d’un de leur projet Tina se sentit très mal, mais rit avec lui tout de même afin qu’il ne se doute pas de son trouble.
Eric : « Tina ?
Tina : « Oui ?
Eric : « As-tu retrouvé ta boucle d’oreille ?
Tina sent son sang cogner contre ses tempes et s’oblige à répondre de manière détachée.
Tina : « Ah ! Oui, oui, je l’ai retrouvée. En fait je l’avais bien égarée à la galerie où nous sommes allés samedi soir et la propriétaire l’avait mise de côté pour moi. Tina a soigneusement évité de prononcer le prénom de Bette ou son nom. Pourquoi ? Aucune idée mais elle n’aurait pas pu le faire.
Eric : «Ah ! Sacrée Bette, toujours aussi prévenante avec ces dames ! On ne la refera pas ! Fais-bien attention à toi car elle pourrait bien te séduire d’un seul regard ! Eric rit de bon cœur mais à l’autre bout du fil le rire est moins franc, c’est le moins que l’on puisse dire…
Tina : «Bon il faut que je te laisse j’ai du travail en retard et je vais finir par avoir des ennuis. Encore désolée pour ce soir. A bientôt Eric.»
Tina raccroche à la fois confuse et soulagée. Décidément elle qui aime les choses claires elle a l’impression de passer sa journée à éprouver tout et son contraire et se dit que tout cela est bien fatigant. Elle démarre et se rend directement chez Laurel.
De son côté Bette se sent agitée. Elle est encore secouée par ce qui vient de se passer. Le goût des lèvres de Tina est encore présent sur les siennes et elle cherche à le conserver le plus longtemps possible. Bette se repasse la scène dans sa tête. Finalement elle prend fébrilement son téléphone et appelle Alice décidée à parler avec quelqu’un. Mais finalement…
Bette : «Alice ? C’est Bette, tu vas au Planète ce soir ?
Alice : «Ouais ! J’ai prévu d’y rejoindre Shane. Ce soir il y a une soirée spéciale filles alors on ne va pas manquer ça !
Bette : « Je vous accompagnerai bien, j’ai besoin de me changer les idées. Avec la galerie je ne me suis pas accordée un moment à moi depuis plus de six mois !
Alice : «Ce serait génial ! On va pouvoir papoter, draguer et puis draguer, papoter… Enfin tu vois, quoi !
Bette : « Oui enfin je vais surtout danser et profiter un peu de vous !
Alice : « Ouais tu dis ça et puis tu vas débarquer, les nanas ne vont avoir d’yeux que pour toi... ou Shane ! Et moi je vais faire tapisserie toute la soirée ! Au final je ne crois pas que ce soit une excellente idée que tu nous rejoignes ! », dit Alice en riant de bon cœur.
Bette : « Bon écoute je termine, je rentre me changer et je vous rejoins à la soirée ! A ce soir Alice !
Alice : «Ouais ! A ce soir Don Juan ! »
Une fois raccroché, Bette se souvient de la promesse faite à Tina «Je t’attendrai le temps qu’il faudra»… Elle ne sait toujours pas pourquoi elle lui a fait une telle promesse et encore moins pourquoi cela lui tient tant à cœur mais sensiblement elle tiendra parole !
Tina retrouve enfin son amie et après lui avoir raconté toute l’histoire elle se met à pleurer. Très maternelle, Laurel berce Tina doucement et lui caresse les cheveux. Là, Tina se sent en sécurité. Elle sait que Laurel l’écoutera sans la juger.
Laurel : «Qu’est-ce qui t’effraie à ce point, Tee ?
Tina : « Je ne sais pas… Tout… Rien… Elle… Ma famille… Mes certitudes qui s’écroulent… Mes souvenirs qui remontent… Le courage dont il faudrait faire preuve et que je ne suis pas sûre d’avoir… La puissance qui s’est dégagée durant ce très court et chaste baiser… L’impression d’une nouvelle première fois ou presque… Elle est tellement belle que je me demande si elle ne se moque pas de moi ! Et toi ? Que vas-tu penser de moi !
Laurel : « Ah non Tina, ne viens pas sur ce terrain ! Tu sais très bien que tu n’as absolument rien à craindre avec moi ! Quant au reste… Ecoutes Tu as rencontré quelqu’un qui semble t’avoir bousculée, eh bien c’est déjà mieux que ta relation un peu pépère avec ton avocat ! Excuse-moi mais c’est quoi ce type ?! Tu l’appelles pour annuler votre soirée sans véritable explication et monsieur dit ce n’est pas grave, qu’il a du travail ! N’importe quoi ! Moi à sa place je n’aurais eu de cesse de te faire changer d’avis ! Et de l’autre côté tu as une femme sublime qui, après juste un baiser, dit qu’elle t’attendra aussi longtemps qu’il le faudra… Au final je crois que j’opterais pour la dame de cœur, moi, à ta place !
Tina : « Mais c’est justement ça qui est perturbant !
Laurel : «Perturbant parce que tu ne t’attendais pas à l’amour ou parce qu’une femme t’a finalement embrassée comme tu en as toujours rêvé ? Ecoutes, ma mère m’a toujours dit que j’avais le droit de tomber amoureuse de qui bon me semble… Fille, garçon, là n’est pas l’essentiel. Pour elle l’essentiel est de trouver quelqu’un qui t’aime, qui te respecte et que tu aimes et que tu respectes… D’avoir à ses côtés une personne pour savourer les délicieuses surprises de la vie ou en affronter ses mauvais tours.
Tina : « J’ai toujours eu beaucoup d’affection pour ta maman et je t’avoue que j’aurais aimé que la mienne ait la même ouverture d’esprit !
Laurel : «En attendant, il va falloir te poser les bonnes questions Tee… A commencer par celles qui concernent Eric. Il est peut-être un peu limite mais tu ne dois pas lui mentir ou le tromper. Ce ne serait pas toi.
Tina : «Merci Laurel, je ne sais pas ce que l’avenir me réserve mais tu es sans aucun doute une des femmes de ma vie !
Laurel : «Allons, allons ! N’exagérons rien ! Et puis d’après ce que tu m’en as dit je n’ai pas envie de me mettre Bette Porter à dos tout de suite parce que si tu n’es pas intéressée peut-être que je tenterai ma chance !»
Laurel ponctue sa phrase par un clin d’œil et les deux femmes rient de bon cœur ce qui fait le plus grand bien à Tina.
Deux heures plus tard elle part rassurée et décidée. Elle rappelle Eric et il est convenu qu’ils se retrouveront Chez Billie, un des restaurants préférés de Tina, dès le lendemain soir. Eric semble ravi mais Tina, elle, sait que ce serait leur dernier rendez-vous, même s’il ne doit rien se passer entre Bette Porter et elle…
Au Planet, la fête bat son plein et le trio infernal s’en donne à cœur joie. Comme prévu, l'aura qui se dégage de Bette et de Shane attire les filles comme des aimants. Consciente des regards qui se posent sur elle, Bette flirte un peu mais, ce soir-là , elle ne permet à personne de poser les mains sur son corps. Shane, de son côté, jette son dévolu sur une rouquine. Alice, quant à elle, discute avec une jolie blonde au bar, une bière à la main. Bref une bonne soirée filles. Bette danse beaucoup, boit peu car elle ne supporte pas de perdre le contrôle et rit de bon cœur. Mais elle a la tête ailleurs. Les seules femmes qui attirent son attention ressemblent étrangement à une jolie blonde de sa connaissance… Voir Tina débarquer au Planet est de l’ordre de l’impossible pourtant elle espère secrètement voir sa silhouette se détacher de la porte et se diriger droit sur elle...
Alice : «Tu attends quelqu’un, Porter ?
Bette, gênée : «Non ! Pourquoi tu dis cela ?
Alice : «Tu avais l’air de guetter la porte alors je me suis dit que soit tu attendais quelqu’un, soit il y avait une chouette minette que tu épiais discrètement, du moins l’espérais-tu, mais Alice veille…
Bette : «Voilà ! Tu m’as mise à jour ! Je matais une jolie fille dans ces coins là mais maintenant elle a disparu et par ta faute je ne sais pas où la retrouver !
Alice, pas dupe mais patiente : «Hum hum… Mais bien sûr ! Vraiment navrée d’avoir ainsi contrecarré tes espoirs…
Bette : «Projets…
Alice : «Ok, tes "projets" de nuit agitée ! Mais les princesses ça ne s’évaporent pas comme ça. Je suis sûre que tu la retrouveras, t’inquiètes !»
Bette regarde Alice partir en riant en direction du bar. Elle ne l’a pas cru. Mais au moins elle a respecté son silence et c’est déjà ça. Bette reste encore une petite heure puis décide de rentrer chez elle pour essayer de dormir un peu. Elle embrasse ses amies qui lui font promettre de ne pas attendre encore six mois pour remettre ça. Mais une fois seule, le souvenir de ce baiser avec Tina revient en force la tourmenter.
Bette monte dans sa Saab coupé cabriolet et met le contact. Le doux ronron du moteur l’aurait presqu’invitée à une balade nocturne dans les rues de Los Angeles. Elle aime rouler. Juste rouler sans but fixe, ça la détend et permet à son cerveau de ne se focaliser que sur la route et de ralentir son régime habituel. Une véritable soupape de sécurité par moment… Mais ce soir elle sait que ce serait peine perdue puisqu’elle n’arrive pas à penser à autre chose qu’à Miss Kennard et sa beauté rayonnante.
Bette : «Chier ! Mais qu’est-ce qu’il m’arrive ? J’ai passé l’âge de me conduire comme une adolescente ! Cette fille est belle, c’est indéniable, mais ce n’est pas la première beauté qui croise ma route ! Peut-être est-ce juste parce qu’elle s’est enfuie ? »
Elle en était là de ses pensées quand sa voiture pénétrait dans son allée. Elle est arrivée chez elle et ne s’en est pas aperçu ! «Maintenant ça suffit !» Folle de rage contre elle, elle claque sa portière et rentre se mettre en pyjama.
Tina est dans son lit, elle prépare son rendez-vous rupture avec Eric… «Comme si ça se préparait ces choses-là ! A-t-on jamais vu quelqu’un écrire un brouillon de sa lettre de rupture ? C’est vraiment n’importe quoi ! Je me conduis comme une adolescente et je vais finir par me faire coller… euh… virer ! Chier ! Je fais n’importe quoi, je dis n’importe quoi maintenant ça suffit ! Il faut que cette femme me sorte de la tête ! Ca devient vraiment grotesque !»
Tina est furieuse contre le peu de contrôle qu’elle a sur elle et contre Bette Porter qui, à l’heure qu’il est, doit dormir du sommeil du Juste alors qu’elle se torture les neurones depuis ce baiser.
Trois jours plus tard…
Bette est assise derrière son bureau, complètement abasourdie. Elle ne peut pas croire ce qu’il est en train de se passer là sous ses yeux. Devant elle, Kelly Carpenter, une artiste qui la harcèle depuis quatre mois pour obtenir une expo dans sa galerie. Elle se tient droite comme un "i" et… nue comme un ver ! Elt si Bette a bien compris elle lui propose un «moment sympa». Selon Miss Carpenter c’est une façon de les rapprocher et donner envie à la galériste de mieux connaître «sa sensibilité d'artiste» et… lui donner sa chance ! Bette oscille entre le fou rire et la grosse colère. Mais, une fois la stupéfaction passée, elle préfère se retourner et lui ordonne calmement de bien vouloir se rhabiller.
Bette : «Non mais ça ne va pas bien ! Qu’est-ce qu’il vous a pris de faire un truc pareil ?! Ce n’est sûrement pas ce genre d’initiative qui va me faire regarder vos toiles sous un autre angle…
Kelly : «Mais pourquoi refusez-vous ce que je vous propose ? Pourtant j’ai lu sur Internet que vous étiez lesbienne et…
Bette, entre dans une colère froide : «Et quoi ? Il est tout à fait exact Miss Carpenter que je partage mon lit avec des personnes du même sexe que moi, mais j’ai la suffisance de penser que je peux trouver de quoi satisfaire mes envies sans exercer de chantage pour cela et l’arrogance de croire encore en l’amour ! Maintenant je vous demande de sortir de ma galerie et de ne plus jamais y remettre les pieds !
Kelly, rouge de honte : «Mais…
Bette : «Taisez-vous ! Surtout pas un mot de plus ! Le désespoir ou l’ambition n’excusent pas tout, en tous cas ça n’explique pas que l’on se permette d’insulter les gens ! Sortez ! »
Kelly Carpenter se rhabille maladroitement. Elle n’essaie même pas de supporter le regard glacial de Bette et part sans demander son reste. En sortant elle croise une jeune femme qu’elle bouscule presque dans sa précipitation. Très énervée Bette attrape le combiné du téléphone et compose rageusement un numéro.
Bette : «John ? C’est Porter ! C’est quoi cette cinglée que tu m’as envoyée ?... Non il n’en est pas question ! Je ne prendrai aucune de ses toiles chez moi et en ce qui me concerne elle est grillée ! … Quoi ? Je suis insensible ? Je te signale que ta protégée s’est complètement désapée devant mon bureau au milieu de la galerie me proposant de passer, je cite «un moment sympa» avec elle parce qu’elle a lu sur Internet que je suis lesbienne, en échange de quoi j’acceptais d’exposer deux ou trois de ses toiles ! Et ça te fait rire en plus ! Bette commençait, elle aussi, à se retenir de rire au souvenir de cette folle en tenue d’Eve face à elle… Bon, de toute façon même sans ça je ne lui aurais rien pris… Ce n’est pas mal, mais tout ce que j’ai pu voir ne sont que des débuts, rien d’abouti… Tu t’en charges ? Merci… Oui, oui on essaie de manger ensemble cette semaine… Bette relève la tête et aperçoit Tina qui va de toile en toile… Bon écoutes, je suis obligée de te laisser j’ai quelqu’un à la galerie. Oui, c’est ça, à bientôt. Bye ! »
Elle raccroche le téléphone, sa main tremble un peu. Elle ne s’attendait pas du tout à la voir là et elle frissonne en pensant qu’à quelques minutes près elle l’aurait trouvée dans son bureau en compagnie d’une femme complètement nue qui s’offrait à elle ! Bette préfère ne pas penser à la réaction que Tina aurait pu avoir ! Soudain, Tina se dirige vers la porte ce qui sort Bette de sa torpeur et elle se précipite au devant de la jeune femme.
Tina était là depuis un moment et avait entendu toute la conversation téléphonique de Bette, visiblement très énervée. Au début, elle se dit qu’elle avait mal choisi son jour puis, intriguée par ce qu’elle entendait elle n’avait pas pu partir. Elle était ravie d’apprendre que Bette avait renvoyé cette fille mais cela lui fit peur également. «Les gens font-ils ce genre d’amalgame souvent ?Ils pensent que parce que vous êtes homo vous avez une vie sexuelle débridée ? Et puis combien sont-elles à venir lui faire ce genre de proposition ? Ferai-je le poids dans la durée ? Cette question lui fait l’effet d’un coup d’électricité Dans la durée ?! Mais qu’est-ce que je raconte ! Il vaut mieux que je parte d’ici tout de suite avant qu’elle… Tina relève la tête et se retrouve face à Bette qui lui sourit. Trop tard !»
Bette : «Bonjour, Tina.
Tina : «Oh ! Bonjour ! Je passais dans le coin et je me suis dit que j’allais…
Bette : «Me donner enfin les nouvelles que je t’avais demandées ?
Tina, rit un peu décontenancée : «Non… Oui… Enfin… Mais je te dérange sûrement là, j’ai entendu que tu étais… très demandée !
Bette, rougit légèrement : «Oui… Non… C’est arrangé ! Une histoire de dingues !... Si nous prenions un thé ?
Tina : «Volontiers.»
Les deux femmes se rendent dans le coin détente de la galerie et Bette met l’eau à bouillir : «Jasmin, Bergamote ou nature ?»
Tina : «Nature ce sera parfait pour moi.
Bette : «Moi aussi je le préfère nature. C’est vraiment sympa d’être passé me voir. Depuis notre dernière entrevue – Bette parle soudain plus doucement et baisse la tête – j’ai bien cru que je ne te reverrai jamais. Mais tu es là… et je ne sais plus quoi dire…Elle reprend sa respiration et esquisse un sourire presque douloureux. Et puis il y a eu cette folle furieuse ! A cause d’elle je ne t’ai même pas vue arriver !
Tina : «En fait j’étais sur le point de repartir lorsque tu m’as interceptée. Qui était-ce ? Une artiste ?
Bette : «Un jeune talent qui manque encore de maturité… à tous les points de vue ! Pourquoi ?
Tina : «C’est effectivement ce que j’ai cru comprendre… Pourquoi quoi ?
Bette : «Pourquoi allais-tu repartir ?
Tina : «Je ne sais pas exactement. Je suppose que je suis un peu effrayée… Ca arrive souvent ce genre de scène ?
Bette, comprenant que la question est importante : «Pour être très honnête avec toi c’est la première fois que cela m’arrive. Maintenant le fait de vivre ma sexualité sans me cacher, n’a pas toujours été simple et ne l’est toujours pas d’ailleurs, mais le jeu en vaut la chandelle. Je veux juste avoir le droit de vivre comme tout le monde : je mange, je dors, je travaille, je paie mon dû à l’Etat, je vote et je fais l’amour… comme tout le monde.
Tina : « Tu n’es pas fatiguée de te battre tout le temps, à propos des mêmes choses, et souvent contre les mêmes personnes ?
Bette : « Oui et non… Tout dépend pour qui ou pour quoi je me bats…»
Bette met les tasses fumantes sur un plateau, sort quelques douceurs et fait signe à Tina de la suivre jusqu’au canapé installé au fond de la galerie. Un coin un peu intime. Assise chacune à une extrémité du divan, les deux femmes s’observent. Désir contre peur, le combat qu’elles livrent chacune de leur côté est le même. Bette retrouve cette dualité des sentiments, comme si c’était la première fois. Tina, elle, ne sait plus vraiment si elle veut refouler sa peur ou son désir, ni si de toute façon elle en est capable. Devant l’expression du visage de Tina, Bette ressent une envie de la protéger, de la rassurer même si à ce moment très précis elle n’est sans doute pas la mieux placée… Alors, dans un premier temps, elle se dit qu’elle ne fera rien. Et puis…
Bette se rapproche et plante son regard dans les yeux de Tina puis, doucement, l’embrasse. Les lèvres chaudes de Bette ont un effet immédiat sur Tina. Comme si la tension palpable n’était due qu’au manque, elle répond à ce baiser d’abord timidement, puis laisse libre cours aux sentiments qu’elle éprouve et qui deviennent plus qu’une évidence. «Je suis en train de tomber amoureuse. C’est dit !»
Bette est aux anges, non seulement Tina ne l’a pas giflée mais visiblement elle a envie de ce baiser autant qu’elle ! Elle savoure la délicieuse torture que lui infligent les lèvres de la jeune femme. Ses mains tremblantes explorent la chevelure blonde, puis redescendent sur les joues rosies, avant de suivre la courbe du cou de Tina.
Tina, elle, laissent ses main parcourir les épaules de Bette et s’aventurent sur son dos musclé, avant de passer sous son pull noir et d'apprécier la douceur de sa peau. Bette laisse échapper un soupir. Ca ne va vraiment pas être facile de ne pas renverser cette femme, là, sur ce canapé ! La main de Tina fait passe sur le ventre et sent les contractions de l’abdomen de Bette. Elle est fascinée par les réactions que ses gestes font naître chez Bette et en tire une satisfaction inexplicable.
A bout de souffle, elles se séparent le temps de se reprendre, complètement éberluées par la force de ce baiser.
Bette, dans un souffle : «J’en crevais d’envie depuis que je t’ai vue dans la galerie. Tu m’as manqué… et je désespérais de te voir refranchir le seuil de ma porte un jour.
Tina, avec un petit rire : «Cela fait des jours que j’attends ça, mais j’avais peur… Et puis il y avait Eric…
Bette : «Avait ?
Tina : «… j’ai rompu il y a deux jours… Ca n’a pas été simple, il n’a pas compris et moi je ne suis pas parvenue à lui donner une explication valable. Mais je savais que continuer avec lui, même s’il ne devait rien se passer entre nous, n’était pas franc… pas honnête puisque ma tête était ailleurs.
Bette : «Que ta tête ?
Tina, rougit : «Bette !»
Sans plus rien répondre, Bette reprend avec fougue les lèvres de Tina en la serrant plus étroitement contre son corps. Ses mains partent en exploration. Malgré les vêtements de Tina, elle ressent les pleins et les déliés de cette silhouette parfaite qui lui ruine ses nuits et la prive d’une partie de ses facultés mentales le jour. Tant par vengeance après ces jours de torture, que par désir Bette met un point d’honneur à emmener Tina aux limites du supportable. Et lui souffle : «Que ta tête ? Moi ça fait des jours que tu m’as fait perdre la mienne !» Et elle l’embrasse à nouveau mais avec une douceur infinie cette fois.