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Série : The L Word
Création : 04.01.2013 à 18h57
Auteur : Jenel
Statut : Terminée
Tibette
Cette fanfic compte déjà 49 paragraphes
À l’hôtel, la personne se trouve désormais face à Tina. Cette dernière ne dit rien. À vrai dire, elle n’a pas envie de lui parler.
-Salut.
Tina l’ignore en fixant un point plus loin.
-C’est donc vraiment à ce point-là ?
Tina pose son regard dans celui de son interlocuteur et dit froidement :
-Je n’ai rien à te dire !
Elle tente de partir, de s’éloigner de cette personne, mais une main la retient.
-Vraiment ? Tu as forcément quelque chose à me dire, sinon tu ne serais pas autant en colère.
Tina lui refait face et la gifle violemment.
-Voilà ce que j’avais à te dire !
-Et qu’est-ce que j’ai fait pour mériter ça ?
-Comme si tu ne le savais pas !
-Non, je ne vois vraiment pas. Je n’ai rien fait qui exige de me faire gifler.
-Va te faire foutre, Jimmy ! hurle Tina.
Il prend Tina par les épaules et la colle contre le mur, près de l’ascenseur.
-Tu te calmes ! Tu me reproches quoi au juste ?
-Beaucoup de choses !
-Vas-y, dis-moi ! Je t’écoute.
Tina sent que Jimmy commence à perdre patience.
-Tu as bousillé ma vie en allant raconter à mon père que j’avais une relation homosexuelle !
-C’est ça que tu me reproches ? Tu me reproches une histoire vieille de 10 ans ? C’est n’importe quoi, Tina !
-Tu lui as demandé quoi en échange ? Parce qu’avec toi, rien n’est gratuit !
Jimmy fixe Tina sans dire un mot.
-Alors, c’était quoi le compromis ? Il t’a donné quoi en échange de cette révélation ?
-Rien ! C’était il y a 10 ans. C’est du passé !
-C’est peut-être du passé comme tu dis, mais à cause de toi, ma vie a viré au cauchemar ! vocifère Tina. Je l’aimais ! Tu comprends ça ! Je l’aimais !
-Arrête ! hurle Jimmy. Tu ne pouvais pas l’aimer ! Tu ne croyais quand même pas que ton père allait accepter que tu te fasses souiller par cette relation abjecte ! Je ne pouvais pas rester là sans rien faire et te laisser te faire pervertir !
-Mais qu’est-ce que ça pouvait te faire ? C’était ma vie, tu n’avais pas à t’en mêler !
-C’était la mienne aussi !
-Quoi ?
-C’était ton père qui finançait mes stages de tennis et c’est à cause de ce que tu as fait que je n’ai pas pu devenir pro ! Alors, quand tu dis que ce que j’ai fait a bousillé ta vie, je m’en fous, car ce que toi tu as fait a bousillé la mienne ! Tu m’as empêché d’accéder à mon rêve !
-Quel est le rapport avec moi ?
-Tu ne vois pas le rapport ? Étais-tu si idiote que ça ?
***
Tina essaie de le gifler une nouvelle fois mais Jimmy lui retient la main à temps.
-Ton père te connaissait si bien, il savait que tu n’étais qu’une dépravée, il savait qu’un jour, tu lui causerais du tort et il ne s’est pas trompé. Alors, avant ce stage, il m’a demandé de garder un œil sur toi, au cas où tu ferais n’importe quoi. Si je voyais un comportement suspect venant de toi, je devais le prévenir.
-Pourquoi tu as accepté de faire ça ? le coupe Tina.
-Si je faisais ça, il continuerait à financer mes stages et mes études. Je devais t’empêcher de devenir une perverse !
-Je n’y suis pour rien, s’il a cessé de te financer. La solution pour qu’il continue à le faire, c’était que tu fermes ta gueule. Toi, tu n’as jamais compris que mon père aimait acheter les gens et les jeter une fois qu’il n’en avait plus besoin. Tu t’es fait avoir comme beaucoup d’autres. Au fond, je ne t’en veux pas, j’ai pitié de toi !
Tina se retourne et appuie sur le bouton pour appeler l’ascenseur.
-Tu détestes peut-être ton père pour ce qu’il t’a fait après ce stage, continue Jimmy. Mais si tu en es là aujourd’hui, c’est grâce à lui.
Tina fait volte-face.
-Qu’est-ce que tu es en train d’insinuer ? lui demande Tina.
-Tu dis que ton père aime acheter les gens, mais il n’y a pas que les inconnus qu’il achète. Il achète même sa propre famille. Ce boulot que tu as, dans ces studios. Tu ne crois quand même pas qu’ils auraient accepté une débutante comme toi sans une aide financière importante.
L’ascenseur vient d’arriver. Tina rentre dedans et remonte. Elle retourne dans la chambre, ouvre son sac, sort d’autres vêtement et va se changer. Elle enfile ensuite une paire de basket et quitte à nouveau la chambre. Cette fois, elle ne prend pas l’ascenseur, elle prend les escaliers. Elle a besoin de se vider la tête, sortir de sa tête toute la colère qui l’a envahit.
Tina se dirige vers le parc situé en face de l’hôtel et se met à courir.
Malgré le point de côté qui s’est formé, elle continue, elle se moque de la douleur. Elle la préfère à sa colère.
Alice et Shane retrouvent Dana sur le court de tennis. Elle est surprise de les voir que toutes les deux.
-Tina n’est pas avec vous ?
-Non, on ne l’a pas vu de l’après-midi, répond Alice.
-Vous pouvez l’appeler pour lui dire de nous rejoindre au restau ? Je file sous la douche.
Dana est inquiète. Où est-ce que Tina peut bien se trouver ?
Alors que la tenniswoman est sous la douche, Alice essaie de joindre Tina. Cependant, elle tombe sur la messagerie. Après plusieurs tentatives, elle lui laisse un message.
-Bon, Tina, c’est Alice. Où tu es ? On est inquiète. On essaie de te joindre depuis un quart d’heure sans succès. Écoute, on passe voir à l’hôtel, donc si tu y es, attends-nous, on arrive.
Alice raccroche. Au même moment, Dana les retrouve.
-Alors ?
-Aucune nouvelle. On lui a laissé un message, dit Alice.
-On passe voir à l’hôtel, dit Shane. Qui sait, elle est peut-être au bar de l’hôtel et elle a laissé son portable dans la chambre.
Les filles se rendent donc à l’hôtel. Elles passent jeter un œil rapide au bar, mais pas de Tina en vue, alors elles montent voir dans leur chambre.
Dana ouvre la porte à l’aide du passe.
-Tina, tu es là ?
Pas de réponse. Dana fait quelques pas dans la chambre et voit sur le lit, le sac de Tina ouvert, son portable juste à côté. Elle s’en saisit et le montre aux filles.
-Tina a du se changer, dit Dana. Et elle est sortie sans son portable. Mais où est-elle allée ?
-T’as pas une idée d’où elle peut être ? demande Shane.
-Non, pas la moindre. Je sais qu’elle doit voir son père, mais elle me l’aurait dit et elle aurait pris son portable.
-On appelle les flics ? suggère Alice.
Dana hoche négativement de la tête.
-La seule possibilité, c’est qu’elle soit partie courir. Ça lui arrive d’aller courir sur un coup de tête, mais d’habitude, elle prévient, elle laisse un mot.
Dana ressort de la chambre, suivie par Alice et Shane.
***
Cela fait plus d’une heure que Tina court. Elle ne ressent plus la douleur du point de côté. Elle ne ressent plus aucune douleur. Pour le moment, sa tête est vide. Elle ne pense plus à rien. Tina s’arrête et s’assoit sur un banc, la respiration saccadée. Elle respire doucement afin de reprendre un rythme respiratoire plus régulier.
Une fois sa respiration normale, elle repart en direction de l’hôtel en marchant. La fraicheur du soir mélangée à la transpiration lui donne froid, mais peu importe, elle s’en moque de tomber malade. Rien n’est plus fort que l’humiliation qu’elle vient encore de subir par son père. Cet homme qui l’a toujours considérée comme une moins que rien. Il a toujours eu recours à l’argent pour que Tina ait ce qu’elle voulait ou même ce qu’elle ne voulait pas. Et là, elle vient d’apprendre que son boulot a été acheté par son père. Jamais elle ne pourra montrer de quoi elle est capable si à chaque fois son père s’en mêle. Bien sûr, ce n’est pas la première fois qu’il agit ainsi. Il avait payé l’école de tennis, à l’époque, pour que Tina participe à ce stage. Elle n’en avait rien à faire de ce stage et du tennis, mais lui, il tenait à ce qu’elle en fasse. Elle se souvient de ce que l’école lui avait dit la veille du départ pour le camp. Elle aurait du se douter que son père agirait ainsi en apprenant que sa fille n’avait pas été sélectionnée.
Elle se souvient du jour où son père était venu lui parler de ce stage de tennis.
« -Il n’y a pas de raison que tu ne participes pas à ce stage, lui avait-il dit.
-On est plus de 80 dans l’école et il n’en choisisse que 20, expliqua Tina à son père.
-Tu as intérêt à faire partie de ces 20, Tina. Je ne veux pas entendre dire que ma fille est nulle. C’est une chance unique de faire ce stage.
-Papa, ce n’est pas grave si je ne fais pas ce stage, je ne veux pas devenir pro.
-Je crois que tu ne me comprends pas, Tina. Ce n’est pas une question de devenir pro, c’est une question de principe, d’honneur. Je n’ai pas envie d’entendre les gens dire que la fille du maire ne sait pas se servir d’une raquette de tennis. Ma réputation repose également sur ma famille, dont toi. Tu feras ce stage que tu le veuilles ou non ! »
Quelques larmes coulent sur ses joues en repensant à ça. C’est seulement maintenant qu’elle réalise pleinement que son père a toujours vu en elle quelqu’un sans talent, incapable de réussir quoi que ce soit sans avoir recours à son aide financière.
Tina arrive à l’hôtel. Elle essuie ses larmes et pénètrent dans le hall. Encore une fois, elle stoppe net. En passant devant la réception, elle avait reconnu Bette. Finalement, elle était venue.
Bette se retourne pour rejoindre sa chambre lorsqu’elle tombe nez à nez avec Tina. Elle aussi stoppe net.
Tina se dirige d’une marche rapide vers l’ascenseur. Elle rentre dedans. Bette arrive rapidement et s’y glisse à l’intérieur juste à temps. Les deux jeunes femmes ne se disent rien. Bette appuie sur le bouton 4. Tina avait appuyé sur le 3. L’ascenseur monte lentement.
La porte s’ouvre sur le troisième étage, cependant Tina ne sort pas, alors la porte se referme et l’ascenseur reprend son ascension. La porte s’ouvre à présent sur le quatrième étage. Bette sort la première. Tina ne bouge pas. Elle est toujours appuyée contre la paroi, l’air ailleurs. Bette, voyant que Tina ne bouge, retient la porte qui se refermait et prend la main de Tina. Elle la fait sortir de cet espace confiné.
Tout en tenant toujours Tina par la main, Bette marche le long du couloir jusqu’à la porte de sa chambre. Elle l’ouvre et rentre avec Tina. Elle lâche alors la main de Tina.
Tina reste derrière la porte. Elle ne bouge pas. Elle est incapable de faire un pas. Elle s’effondre en larmes, se laissant glisser contre la porte. Bette se retourne et trouve Tina dans un état d’effondrement total. Elle se précipite vers elle, s’agenouille et relève doucement son menton couvert de larmes.
-Tina, qu’est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ? demande Bette inquiète.
Seulement Tina est incapable de prononcer le moindre mot. Bette l’attire à elle et la serre dans ses bras. Tina se laisse aller. Elle évacue tout dans les bras de Bette.
Elles restent un long moment par terre, dans les bras l’une de l’autre.
Tina se calme doucement. Elle se recule, essuie ses larmes et fixent Bette dans les yeux. Rien que ça lui suffit pour esquisser un léger sourire.
-Tu veux bien me dire pourquoi tu es dans cet état ? En plus, tu es frigorifiée.
Bette l’aide à se relever et l’oblige à venir s’asseoir sur le lit. Tina reste muette bien qu’un peu plus apaisée.
-Tina, parle-moi, supplie Bette.
-Je ne peux pas. C’est encore trop douloureux, finit par dire Tina.
Bette se lève et va à la salle de bains. Elle fait couler de l’eau bien chaude dans la baignoire, puis retourne dans la chambre. Elle prend les mains de Tina et la contraint à se lever. Bette l’amène à la salle de bains, la déshabille et l’aide à se mettre dans la baignoire. Bette s’était dit qu’un bon bain aiderait Tina à se détendre, qu’elle en avait vraiment besoin. Elle sort, elle la laisse se relaxer un peu, seule.
***
De retour dans la chambre, Bette appelle les filles.
-Tu es arrivée quand ? lui demande Alice.
-Je viens d’arriver.
-Tu nous rejoins au restaurant ?
-Non, c’est gentil, mais je me ferai monter quelque chose, répond Bette.
-Ah, au fait, tu n’aurais pas croisé Tina ? On ne l’a pas vu de l’après-midi, on est inquiète. En plus, impossible de la joindre, elle a laissé son portable dans la chambre.
-Plus la peine de vous inquiéter, Tina est avec moi.
-Oh oh ! déclare Alice.
-Alice, ce n’est pas ce que tu crois.
-Je ne crois rien.
-J’espère que tu n’essaies pas de me faire croire ça ? lui dit Bette. Quand je suis arrivée à l’hôtel, je suis tombée sur Tina qui rentrait, explique-t-elle. Elle était complètement bouleversée que je n’ai pas voulu la laisser seule.
Elles échangent encore quelques minutes, puis elles raccrochent. Bette appelle à la réception afin de lui faire monter deux plateaux repas.
Cela fait plus de vingt minutes que Tina est à la salle de bains. L’eau doit être froide maintenant. Bette va voir. Elle entre et découvre Tina la tête plongée dans l’eau. Elle se précipite vers elle. Au même moment, Tina remonte sa tête à la surface. Sa respiration est à nouveau haletante.
-Putain ! Merde, Tina, à quoi tu joues ? s’emporte Bette. Tu m’as fait peur.
Tina la regarde surprise.
-Tu peux me passer une serviette, s’il te plait ? lui demande Tina.
Bette s’en empare d’une et la lui tend. Tina se lève et s’enroule dedans avant de sortir de la baignoire. Elle retourne ensuite dans la chambre.
Décidément, Bette ne la comprend plus. Elle retourne à son tour dans la chambre. Tina est à la fenêtre. Elle regarde les lumières de la ville. Bette s’approche sans faire de bruit d’elle. Au passage, elle prend une couverture qu’elle dépose sur les épaules de Tina.
-Je suis désolée pour mon comportement, lui dit Tina sans la regarder. J’ai été stupide de réagir comme je l’ai fait.
Bette l’écoute sans la couper.
-Depuis que je t’ai revu, j’ai l’impression d’être dans un cauchemar.
-Comment ça ?
-Je réalise seulement que ma vie n’est qu’un tissu de mensonges, d’humiliations, de douleurs… Il n’y a qu’une seule chose de bien dans ma vie et on me l’a enlevée. À tout ça, il n’y a qu’un seul coupable. Mon père.
-J’ai peur de ne pas réussir à te suivre, Tina.
Tina se tourne, fixe une seconde Bette et part s’asseoir sur le lit.
-Tu étais la seule chose de bien dans ma vie, Bette. La seule qui savait, qui pouvait, qui réussissait à me rendre heureuse, avoue Tina.
Bette se rapproche de Tina. Elle s’assoit à côté d’elle.
-Et aujourd’hui, tout ça s’est fini.
-Rien n’est fini. Je suis là. On s’est retrouvée, lui dit Bette. Plus personne ne pourra nous séparer.
Tina tourne la tête vers Bette.
-Je ne veux pas souffrir encore, dit Tina.
-Je ne veux pas que tu souffres, lui dit Bette en lui caressant la joue.
-Je n’ai pas le droit de t’aimer. Et pourtant, je t’aime toujours, sourit-elle.
Doucement, Bette se penche vers Tina et pose ses lèvres sur celles de Tina. Ce baiser tant attendu par chacune d’elles les replonge dans cette bulle qui était la leur.
Tina se recule et fixe Bette dans les yeux. Elle y lit ce qu’elle y lisait à l’époque. Elle y lit la définition de l’amour.
-Il n’a pas réussi, dit Tina tout bas.
-Quoi ?
-Il n’a pas réussi à m’enlever ça. Il l’a voulu mais il a échoué.
-Tina, de qui tu parles ?
-De mon père. Après le stage, il a tenté de me faire, en quelque sorte, exorciser, rit Tina. Comme si l’amour était une possession malsaine.
Bette pose sa main sur la cuisse de Tina, mais celle-ci lui retire.
-Je suis désolée, mais je ne peux pas, lui dit Tina. Pas maintenant. J’ai encore une chose à faire avant.
-Laquelle ?
-Parler à mon père. S’il apprend que je suis à nouveau avec toi, je sais, désormais, de quoi il est réellement capable pour me nuire.
-C'est-à-dire ?
-Il serait capable de te donner une grosse somme d’argent pour que tu t’éloignes de moi, lui dit Tina.
-Et tu crois que j’accepterais ? Tu crois que mon amour pour toi a un prix ?
-Moi, je sais bien que non, mais pour mon père, tout a un prix. C’est un homme qui aime le pouvoir et utilise le sien de manière ignoble.
-Mon amour ne peut être acheté. Il me semble que les sentiments ne peuvent pas s’acheter, dit Bette.
-Pour des personnes saines d’esprit, oui, tu as raison.
Les deux jeunes femmes restent silencieuses un moment, puis Tina se lève et déclare :
-Je vais retourner dans ma chambre.
Bette se lève à son tour pour la retenir.
-Tu ne peux quand même pas sortir de cette façon.
Tina baisse la tête et se regarde. Elle se met à rire soudainement.
-Tu as raison.
Elle retourne à la salle de bains et remet ses vêtements. Quand elle ressort, elle s’approche de Bette, prend son visage entre ses mains et la fixe dans les yeux.
-Je te demande juste encore un peu de temps.
-Je t’attendrai, lui susurre Bette.
Tina embrasse furtivement Bette avant de sortir de la chambre. En sortant, elle tombe sur le groom qui apporte les plateaux repas.
***
Les filles sont de retour dans leur chambre. Elles regardent un vieux film à la télévision. Elles rient de bon cœur face à la scène qui se déroule.
Tina rentre dans la chambre et Dana se lève d’un bond.
-Tina, où tu étais passée ? Heureusement que Bette nous a dit que tu étais avec elle, lui dit Dana.
-Je vais bien, j’avais juste besoin de me vider la tête, alors je suis sortie courir un peu.
-J’y ai bien pensé après. Pourquoi tu ne nous as pas prévenues ?
-Ce n’était pas prévu au départ.
Dana, qui connait très bien Tina, est en proie aux doutes. Elle se demande ce qui a bien pu la mettre dans un état pareil pour la pousser à aller courir à l’approche de la nuit tombée. Elle a du forcément apprendre quelque chose de grave.
-Je vais me coucher, déclare Tina. Demain sera une longue journée.
Tina se rend de l’autre côté de la chambre et referme la porte coulissante. Dana la rejoint.
-Il s’est passé quoi ? Bette nous a dit qu’elle t’avait trouvé bouleversée.
Tina s’assoit sur le lit et se prend la tête entre ses mains.
-De retour à Los Angeles, je démissionne, déclare Tina.
-Quoi ?
-Tout à l’heure, j’ai croisé Jimmy dans le hall.
-Qu’est-ce qu’il fait là ? s’étonne Dana.
-Il vient surement assister au match de demain. Enfin, bref, il m’a appris beaucoup de chose dont… mon père a payé les studios pour qu’ils m’engagent.
-Tu plaisantes ?
-C’est pour ça. Je ne veux pas garder un poste qui m’a été donné simplement parce qu’il a été acheté pour moi. Demain, je vais définitivement couper les ponts avec lui. Je ne veux plus jamais le revoir ni avoir à faire avec lui. Il ne m’empêchera plus de faire ma vie comme je l’entends.
-Je n’arrive pas à le croire. Jamais je n’aurais cru ton père capable de faire ça, dit Dana anéantie elle aussi par la nouvelle.
-J’aurais du m’en douter. Il l’avait déjà fait à l’époque avec le stage de tennis. Enfin, demain, tout sera fini.
Tina part à la salle de bains se changer et revient vêtue d’un pyjama et se couche. Dana, quant à elle, retourne avec les filles terminer la soirée.
Il est près de 3 heures du matin lorsque Dana la rejoint. Elle se couche en faisant attention de ne pas réveiller Tina, seulement cette dernière ne dort pas. Elle n’arrête pas de penser à sa future entrevue avec son père.
À l’étage supérieur, Bette, elle non plus ne dort pas. Elle tourne en rond dans sa chambre. Elle se demande si elle doit dire la vérité à Tina. Et si elle lui dit, est-ce que sa relation avec Tina va changer ? Va-t-elle la perdre ? Il est évident que oui. Bette est totalement perdue. Pourquoi tout se complique.
-Il faut que je lui dise moi-même, se dit Bette. Il vaut mieux qu’elle l’apprenne par moi que par lui. Si c’est lui qui lui dit, jamais Tina ne me le pardonnera.
Bette a envie de se cogner la tête contre les murs de cette chambre.
Elle a senti le rapprochement certain entre Tina et elle, et maintenant elle risque de tout faire capoter à cause de cette révélation qu’elle doit absolument lui faire. Il faut absolument qu’elle trouve une alternative à cette situation. Elle refuse de la perdre à nouveau. Elle vient de la retrouver après 10 ans, elle ne veut pas que cette histoire ne vienne tout gâcher. Elle doit trouver un moyen de se faire pardonner, parce qu’elle est certaine que Tina lui en voudra de lui avoir caché ça. Comment faire ? Bette est vraiment prise au piège.
Cela fait des heures qu’elle tourne en rond dans cette chambre, à réfléchir à comment agir au mieux.
Ça y est, Bette est décidée. Demain matin, avant que Tina aille parler à son père, elle ira tout lui dire et tant pis des conséquences. De toute façon, elle ne peut plus garder ça pour elle. Elle doit s’en libérer. Si Tina l’aime vraiment, elle lui pardonnera. Peut-être avec du temps, mais Bette fera tout pour qu’elle lui pardonne. Elle l’attendra le temps qu’il faudra pour que Tina réussisse à lui pardonner.
***
Tina se réveille avec une boule au ventre. Elle avait finalement trouvé le sommeil vers 4 heures du matin, après avoir tergiversé pendant des heures sur comment tout dire à cet homme qui lui avait donné vie.
Après avoir pris une bonne douche et s’être vêtue, elle retourne dans la chambre où elle constate que les filles sont réveillées.
-Tu es déjà debout ? s’étonne Alice.
-Il faut que j’y aille, lui répond Tina.
-Tu ne viens pas prendre le petit déjeuner avec nous ?
-Non, je n’ai pas très faim. On se retrouve tout à l’heure ?
-Ok, disent les filles.
Tina quitte l’hôtel et part en direction de la maison familiale.
Malgré les embouteillages, Tina arrive assez rapidement. À chaque pas qui la rapproche de son enfer, elle sent la boule au creux de son estomac grossir, ses mains devenir moites, son cœur s’accélérer. Plusieurs fois, elle a failli faire demi-tour, mais elle s’est résignée à le faire. Elle doit l’affronter une bonne fois pour toute.
Elle appuie sur le bouton de la sonnette d’une main tremblante. En attendant que la porte s’ouvre, elle ferme les yeux et respire calmement. Elle décompresse avec difficulté.
La porte s’ouvre enfin sur une femme d’environ la soixantaine. Tina la reconnait aussitôt. C’est cette femme qui l’avait élevée. Sa nourrice. La mère de Tina était décédée lorsque celle-ci avait 5 ans et comme son père était incapable ou plutôt n’avait pas l’envie de s’occuper de sa fille unique, il avait engagé Lucinda pour s’occuper de la petite fille.
En découvrant Tina sur le seuil de la porte, Lucinda ne peut retenir un petit cri de surprise mais aussi de joie. Cette dernière est plus que ravie de revoir Tina. Il faut dire que Lucinda a toujours considéré Tina comme sa propre fille. Elle ne tarde pas à prendre la jeune femme dans ses bras et la serrer fort contre elle.
-Mon Dieu ! Tina, tu es devenue une vraie femme, s’exclame Lucinda.
Tina sourit.
-Tu viens voir ton père ?
-Oui. Il est là ?
-En train de prendre son petit-déjeuner. Je te mets un couvert ?
-Non merci, je n’en ai pas pour longtemps.
Tina entre afin que Lucinda puisse refermer la porte. Puis, Tina suit sa nourrice jusqu’au grand salon où son père est en train de lire le journal du jour tout en déjeunant.
-Monsieur, votre fille est là, lui dit Lucinda.
L’homme replie son journal et le pose sur la table. Il prend sa tasse de café et en boit une gorgée. Il n’a pas encore levé les yeux sur sa fille.
-Tu crois que c’est une heure pour venir rendre visite aux gens ? lui rétorque l’homme.
Tina s’avance dans le salon et se place en bout de table, face à lui. Elle s’appuie sur la table. Elle est enfin prête à l’affronter.
-J’ai à te parler, déclare Tina. Et je me moque qu’il soit trop tôt pour toi.
Son père relève enfin les yeux sur elle.
-Très bien, dit-il. Assieds-toi.
-Pas besoin, je n’en aurai pas pour longtemps.
-Dans ce cas, je t’écoute.
Tina prend une grande inspiration et se lance :
-Je regrette de t’avoir pour père.
-Ah vraiment ?
-Un père ne ferait jamais ce que tu m’as fait, continue Tina.
-Qu’est-ce que je t’ai fait ?
-Tu n’as jamais été un père pour moi. Tu n’as jamais été là pour moi. Tu ne m’as jamais aimé, tu as toujours vu en moi une moins que rien.
-Ce que tu dis est absurde, Tina. J’ai toujours tout fait pour toi, pour que tu ne manques de rien…
-Arrête ! hurle Tina. Ce que tu as fait pour moi ? C’est me détruire, me ridiculiser. Tu crois que je ne sais pas que mon poste aux studios, tu l’as acheté. Suis-je si incompétente que ça à tes yeux ?
-C’est cet espèce de petit con de Jimmy qui t’a dit tout ça ?
-Tu utilises les gens, tu les détruis… Tu as même détruit ta propre famille !
Tina marque une pause. Elle est submergée par la colère. Les larmes commencent à monter.
-Je ne veux plus jamais te voir, reprend Tina. Je ne veux plus jamais entendre parler de toi. Tu n’existes plus pour moi.
-Et tu deviendras quoi sans moi ? Hein, qu’est-ce que tu feras sans mon argent ? demande son père.
-Mais je n’ai pas besoin de toi ou de ton foutu fric !
-Ton poste aux studios a donc si peu d’importance pour toi ?
-De quoi est-ce que tu parles ? demande Tina qui ne comprend pas.
-Tous les mois, je verse la somme de 50 000 dollars aux studios pour qu’ils te gardent.
Tina est sous le choc. Non seulement il les a payé pour qu’ils l’engagent mais en plus il continue à leur verser de l’argent pour qu’ils la gardent. Mais jusqu’où son père est prêt à aller ?
***
-Je n’arrive pas à croire que tu es comme ça, dit Tina.
-Et comment je suis ?
-Tout ne s’achète pas. Tout n’est pas une question d’argent.
-Bien sûr que si, Tina. Tout s’achète, sans exception.
-Non, tu te trompes. Il y a une seule chose que tu ne pourras jamais acheter.
-Ah oui ? Et laquelle ?
-L’amour. Ça, ça ne s’achète pas. Tu n’as sans doute jamais su ce que c’est, sinon tu ne dirais pas que tout s’achète.
Son père se lève pour se rapprocher de sa fille.
-Parce que toi, du haut de tes 27 ans, tu l’as connu peut-être ?
-Oui, je l’ai connu et tu l’as détruit comme tout ce que tu touches !
-Si quand tu parles d’amour, tu parles de cette hérésie que tu as vécue lors de ce stage de tennis, je ne pense pas alors que nous avons la même définition pour ce terme.
-Qu’est-ce que tu veux dire ?
-Si je ne me trompe pas, cette fille, Bette Porter, il me semble que c’est ça son nom, a ouvert une galerie à Los Angeles, il y a 5 ans, commence l’homme.
-Oui et alors ? questionne Tina dans l’incompréhension.
-D’après toi, comment a-t-elle réussi à se payer cette galerie, qui, selon les dires, est magnifique.
Tina se sent prise de vertiges. Bette n’aurait pas accepté. Elle lui a dit que jamais elle n’accepterait d’argent pour renoncer à son amour pour elle.
-Tu dis n’importe quoi ! déclare Tina.
-Sois réaliste, Tina ! C’est la preuve qu’avec de l’argent, on peut tout avoir.
-Non ! Non, elle n’a pas fait ça !
Tina recule tout en continuant à fixer cet homme. Elle a les larmes aux yeux. Tout s’effondre en elle. Elle heurte Lucinda qui a tout entendu de l’échange. Tina se retourne et voit le visage empreint de tristesse de la femme qui ne savait rien de tout ça. Lucinda tente de retenir Tina, mais n’y arrive pas. Tina refuse de rester une minute de plus dans cette maison du diable.
Bette descend au restaurant de l’hôtel, bien décidée à parler à Tina. Elle rejoint les filles à leur table et s’étonne de l’absence de Tina. Elle prend place et patiente quelques minutes avant de poser cette question qui lui brûle les lèvres.
-Tina n’est pas avec vous ? finit par demander Bette.
-Non, elle est sortie tôt, répond Alice.
-Pour aller où ?
-Je pense qu’elle est allée rendre visite à son père, répond Dana.
Les filles voient le visage de Bette se décomposer.
-Qu’est-ce qui se passe, Bette ? lui demande Shane.
-Elle va savoir la vérité, dit Bette.
Les filles ne comprennent pas ce qu’elle veut dire. Bette le sait maintenant. Tout est fichu. Elle n’a plus aucune chance avec Tina. Il lui a certainement dit que c’est grâce à son argent qu’elle a pu ouvrir sa propre galerie.
Bette relève la tête et aperçoit Tina qui traverse le hall pour regagner sa chambre. Elle se lève et se précipite à sa rencontre. Elle la rattrape par le bras. Bette voit à son visage qu’elle sait.
-Laisse-moi t’expliquer, lui dit seulement Bette.
-Il n’y a rien à expliquer, répond Tina. Je ne pourrai jamais te faire confiance, Bette. Je ne veux plus jamais te voir. Au fond, tu es comme lui.
Tina lui avait dit ça avec sérénité. Bette la laisse prendre l’ascenseur. Elle reste là, sans bouger, à regarder ses portes se refermer et les chiffres des trois étages qui la séparent de Tina défiler. Elle finit par rappeler l’ascenseur. Elle ne peut pas accepter ça. Elle doit lui dire sa version des faits. Elle ne veut pas que le père Tina gagne une fois encore.
***
Bette entre dans l’ascenseur et appuie sur ce bouton qui va la mener à Tina. Elle se demande pourquoi elle ne lui a pas dit plus tôt. Peut-être que si elle lui avait dit dès le début, Tina lui aurait laissé une chance.
Bette se rappelle de comment s’est terminé ses vacances dans le Vermont.
« -Vous, je vous interdis de vous approcher de ma fille ! lui avait hurlé le père de Tina.
-Vous n’avez pas le droit de faire ça ! lui avait rétorqué Bette.
-Oh, mais j’ai tous les droits quand il s’agit de ma fille ! Elle est mineure ! Elle est encore sous ma responsabilité !
-Vous ne pouvez pas nous empêcher de nous aimer !
-Aimer ? Mais ce n’est pas de l’amour, c’est de la perversité pure ! Vous feriez mieux d’aller vous soigner !
Bette défiait l’homme du regard, mais ce dernier ne se laissait pas faire. Il ne baissait pas les yeux. Il n’allait quand même pas se laisser se rabattre par une femme.
-Écoutez-moi bien, je vous vois une seule fois vous approcher de ma fille et vous aurez des problèmes. Faites-moi confiance. »
Évidemment, Bette n’avait pas suivi son conseil. Quelques mois plus tard, elle s’était rendue à New York afin d’essayer de voir Tina. Avant que tout cela n’arrive, elle lui avait fait la promesse de venir la voir. Cependant, Bette n’avait pas eu le temps de la voir. Son père l’avait sans doute vu.
À la fin de ses études, Melvin, le père de Bette, vint la voir pour lui demander ce qu’elle comptait faire maintenant qu’elle avait fini ses études. Elle avait envie d’avoir sa propre galerie mais elle savait aussi que cela impliquerait de faire un emprunt colossal et elle ne se voyait pas demander à son père de la lui financer déjà qu’il avait financé ses études. Quand elle lui en parla, il la rassura. Elle aura sa galerie. Et effectivement, quelques mois plus tard, elle avait sa propre galerie.
Bette a découvert la vérité, il y a peu de temps seulement.
« -Papa, pourquoi m’avoir payé cette galerie à Los Angeles ? Tu sais aussi bien que moi que la côte ouest n’est pas aussi en avance que la côte est niveau art, lui avait demandé Bette.
-Ce n’est pas vraiment moi qui t’ai payé ta galerie.
-Comment ça ?
-Il y a 8 ans, un homme m’a appelé et m’a proposé de l’argent pour t’éloigner de sa fille. Il m’a proposé 150 000 dollars. Je savais qu’avec cet argent, je pouvais réaliser ton rêve.
-Ne me dis pas que tu t’es laissé acheter. Pas toi.
-Quand il m’a dit ce que cette fille et toi étiez, enfin… Il était évident que j’allais tout faire pour t’éloigner.
-Papa, comment tu as pu accepter de me faire ça ?
-Bette, c’était pour ton bien. »
L’ascenseur s’ouvre sur le troisième étage.
Bette longe le couloir, le cœur battant à tout rompre. Elle arrive devant la chambre qui renferme son amour. Elle frappe.
Elle entend les pas de Tina approcher et la porte s’ouvre.
-Il me semble que j’ai été claire, commence Tina. Je ne veux plus te voir.
-Non, attends ! Laisse-moi une chance de m’expliquer.
-Tu veux m’expliquer quoi ? Que malgré ce que tu m’as dit hier soir, tu as accepté l’argent de mon père pour pouvoir te payer ta galerie ? vocifère Tina.
-Ce n’est pas comme ça que ça s’est passé.
-Je ne veux même pas le savoir. Tout ce que je sais, c’est que son argent t’a servi à réaliser ton rêve.
Tina va pour refermer la porte mais Bette la retient et force le passage pour entrer.
-Je veux juste que tu m’écoutes ! s’emporte Bette.
Bette pénètre dans la chambre des filles et se retourne sur Tina.
-Ce n’est pas moi qui aie eu l’argent. Je n’étais même pas au courant à l’époque. Cela doit faire un peu moins d’un an que je suis au courant.
Tina est attentive à ce que lui dit Bette mais ne décolère pas pour autant.
-Quand je suis rentrée chez moi après ce qui s’est passé au camp, je n’ai pas arrêté de pleurer. J’avais envie d’en finir, je voulais mourir. Je ne pouvais pas imaginer ma vie sans toi.
Bette marque une pause, envahit par les émotions.
-Alice et Shane ont toujours été là pour moi et heureusement. Elles m’ont donné le courage de tenir, poursuit Bette. Un jour, je suis allée à New York, dans l’espoir de te voir. Plusieurs fois, j’ai fait le voyage pour essayer de te voir et puis finalement, j’ai abandonné. Quand j’ai fini mes études, mon père savait que je voulais ouvrir une galerie et c’est grâce à lui que j’ai pu l’avoir. Seulement, il y a donc un peu moins d’un an, mon père m’a avoué que le tien lui avait donné 150 000 dollars pour qu’il m’éloigne de toi définitivement. Je lui en ai voulu d’avoir accepté cet argent.
-Tu aurais pu renoncer à ta galerie quand tu as su la vérité, déclare froidement Tina.
-C’est vrai, mais ça n’avait plus aucune importance. Je t’avais perdu définitivement.
Des larmes coulent sur les joues de Bette.
-Est-ce que je t’ai définitivement perdue ? demande Bette.
Tina ne répond pas. Elle observe Bette. Elle ne peut que constater la douleur qui a saisit Bette face à son silence de plus en plus long.
***
Dans l’après-midi, les filles partent assister au match de Dana. Il est alors difficile pour Tina d’éviter Bette. À chaque tentative d’approche de cette dernière, Tina s’éloigne. Après plusieurs vaines tentatives, Bette abandonne.
C’est enfin au tour de Dana de jouer. Elle se donne à fond dans ce match, bien que ce soit un match pour une œuvre caritative. Dana le remporte avec brio. Les filles se sont levées pour applaudir la jeune femme.
Peu de temps après, Tina file discrètement. Elle préfère prendre un vol de nuit afin d’éviter de passer quelques heures supplémentaires près de Bette. Elle est bien décidée à ne plus la voir. Elle l’a trahie. Ses excuses et explications ne lui suffisent pas.
Avant de partir, elle laisse un mot aux filles, posé bien en évidence.
« Je suis repartie pour Los Angeles. Ne vous inquiétez pas, tout va bien. Tina »
Tina a de la chance, elle trouve un taxi facilement pour la conduire à l’aéroport.
Durant le trajet, Tina sent une vive douleur s’abattre sur son cœur. Serait-elle en train de faire une grosse erreur ? Elle est toujours amoureuse de Bette. Elle lui en veut, certes, mais elle l’aime. Son premier amour. Elle a aussi cru mourir quand elles se sont séparée, enfin lorsqu’on les a séparées.
Elle arrive alors à l’aéroport. Elle passe la porte et attend patiemment qu’on appelle les passagers pour Los Angeles.
Il semblerait que Bette soit la seule à avoir remarqué la disparition de Tina. Elle regarde tout autour d’elle au cas où elle la verrait. Pas de présence de Tina.
-Je retourne à l’hôtel, dit-elle aux filles.
Les filles acquiescent. Elles, elles ont bien l’intention de fêter dignement la victoire de Dana.
De retour à l’hôtel, Bette se dirige directement à l’étage de la chambre des filles. Elle frappe à la porte. Personne ne répond.
Bette a un mauvais pressentiment. Elle descend à la réception et demande à ce qu’on vienne lui ouvrir lui chambre, prétextant que c’est son amie qui a le passe. Un garçon d’étage vient alors lui ouvrir. Bette le remercie et lui donne un pourboire.
Elle entre dans la chambre et tombe immédiatement sur le mot de Tina. Ni une ni deux, elle redescend et prend le premier taxi disponible. Elle doit absolument retenir Tina, car une fois à Los Angeles, tout sera trop tard.
Bette angoisse à l’idée d’arriver trop tard.
Enfin, le taxi s’arrête. Bette le paye. Elle se moque de récupérer la monnaie. Son amour est plus important. Elle court dans l’aéroport, heurtant quelques personnes au passage. Elle ne s’excuse pas. Elle n’a pas le temps pour de telles frivolités.
Elle aperçoit Tina dans la salle d’embarquement quand elle entend qu’on appelle les passagers pour Los Angeles. Elle doit l’arrêter. L’appeler ne servirait à rien. Elle est beaucoup trop loin et le bruit environnant masquerait son appel, alors elle se remet à courir à travers la foule.
***
Quand on l’appelle, Tina se lève et se dirige vers le couloir d’embarquement.
Elle prend place dans l’avion, s’attache et attend le décollage tout en regardant à travers le hublot. Peut-être espère-t-elle que les filles aient découvert son mot et que Bette vienne l’empêcher de prendre ce vol ? Cependant rien ne se passe.
L’avion décolle dans la nuit.
Bette arrive, après quelques obstacles, à la salle d’embarquement. Elle voit l’avion prendre son envol avec Tina à son bord. Elle se traine jusqu’à la baie vitrée, y colle son front et laisse ses larmes couler. C’est trop tard maintenant. Tout est fichu. Tina ne lui pardonnera jamais. Elle n’a plus aucun espoir. C’était sa dernière chance.
Bette est au bar de l’hôtel. Elle est à son quatrième verre lorsque les filles rentrent et la découvrent.
-Bette ? appelle Alice. Qu’est-ce que tu fais là ?
Bette relève la tête et les filles découvrent alors les yeux de Bette embués de larmes.
-Tina est partie, leur dit Bette dans un sanglot.
-Quoi ? répondent les trois jeunes femmes.
-Elle a pris un vol de nuit, continue Bette. Tout ça, c’est de ma faute.
Bette prend son verre et le boit d’une traite. Alice lui prend le verre et le repose sur le comptoir.
-Je pense que tu as assez bu pour ce soir, lui dit Alice.
-Tu ne comprends pas. J’ai tout gâché avec Tina ! Elle ne me pardonnera jamais !
-De quoi est-ce que tu parles ?
Bette se lève et se dirige vers l’ascenseur.
-Bette, où est-ce que tu vas ? lui demande Shane.
Shane se précipite vers elle et la suit dans l’ascenseur.
-Pourquoi tu dis que Tina ne te pardonnera jamais ? interroge Shane.
-Parce que c’est le cas. Je lui ai caché la vérité.
-Quelle vérité ?
-C’est avec l’argent de son père que j’ai pu ouvrir ma galerie ! déclare Bette fortement. Je suis vraiment trop conne ! Qu’est-ce que j’espérais ? Il était certain qu’elle le découvrirait !
La porte de l’ascenseur s’ouvre et Bette déambule dans son couloir, Shane sur ses pas.
Bette ouvre la porte de sa chambre avec difficulté. Shane entre dans la chambre, un peu perdue par tout ça. Le portable de Bette sonne. Elle le prend et le jette à travers la pièce sans même regarder qui l’appelle.
-Merde ! hurle Bette.
Shane la laisse faire. Elle préfère attendre que Bette se calme un peu avant de lui demander plus d’explications.
Au bout d’un moment, Bette s’effondre en larmes et s’écroule sur le sol. Shane se met à sa hauteur et la serre dans ses bras.
-Bette, parle-moi, lui demande Shane doucement.
Bette se met alors à tout lui raconter.
***
Cela fait deux jours que les filles sont de retour à Los Angeles.
Tina avait dès son retour démissionné de son poste aux studios en leur disant que sa démission ne devait poser aucun problème pour eux puisque son salaire ne faisait que transiter par les studios, qu’elle avait découvert que c’était son père qui la payait.
-Je ne comprends pas pourquoi vous voulez démissionner, Tina. Vous êtes douée dans ce que vous faites, lui avait dit son patron.
-Si c’était le cas, vous auriez renoncé à ce que mon père vous verse la somme qui correspond à mon salaire. Vous m’auriez alors payé pour mes compétences et là, je serais restée.
Tina avait rassemblé ses affaires dans l’heure et avait quitté les studios sans se retourner.
Elle est chez elle, à la recherche d’un nouvel emploi, quand on sonne à la porte. Elle va ouvrir et quelle n’est pas sa surprise quand elle découvre qui git sur le seuil de son appartement.
-Lucinda ?
Tina n’en revient pas de la voir ici. Ça doit être la première que la femme prend l’avion. Elle n’avait jamais quitté New York. Tina la fait rentrer.
-Je n’arrive pas le croire, déclare Tina en prenant son ancienne nourrice dans les bras.
-J’ai quitté ton père, dit-elle. Je lui ai donné ma démission après ton départ.
-Pourquoi ?
-Je n’ai pas apprécié ce qu’il t’a fait. Je ne savais pas tout ça.
Elles s’installent au salon.
-Avant de partir, je me suis permise de fouiller dans les affaires personnelles de ton père pour trouver ton adresse à Los Angeles.
-Mais où vas-tu habiter maintenant ? demande Tina qui n’en revient toujours pas.
-Je vais aller habiter chez ma fille, à San Diego, le temps que je me retourne. Il m’en aura fallu du temps avant que je quitte les services de te père.
Tina sourit.
-Dis-moi Tina, est-ce que tu aimes vraiment cette fille ? questionne Lucinda.
Tina baisse les yeux.
-Je ne vais pas te juger. L’ai-je seulement déjà fait ?
-Non, avoue Tina. C’est compliqué.
-Qu’est-ce qui est compliqué ? Tu te souviens de ce que je te disais quand tu étais enfant.
-Oui, sourit Tina. Tu me disais que seul un réel amour pouvait survivre et perdurer malgré la distance et la douleur.
-C’est exact, alors est-ce que malgré la distance et la douleur, tu as toujours ce sentiment en toi ?
Tina acquiesce.
-Dans ce cas, qu’est-ce qui t’empêche de la retrouver ?
-Je ne sais pas, avoue Tina. Je ne sais pas.