HypnoFanfics

Interdit aux moins de 16 ans

Liaison pr un amour de toujour

Série : The L Word
Création : 02.03.2013 à 09h56
Auteur : Jenel 
Statut : Terminée

Une nouvelle histoire avec Tibette

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Tina tourne la tête vers Bette qui se rapproche d’elle. Elle lui caresse le visage avec le sourire. Elle a l’impression de revenir des années en arrière et que les rôles se sont inversés. Bette embrasse Tina sur la joue avant de retrouver ses lèvres. En réalité agissait de la sorte pour rappeler à Tina qu’elle ne l’a jamais oubliée.

Leur baiser devient intense. Bette attire Tina à elle. Tina se retrouve sur Bette. Elles n’arrivent pas à arrêter de s’embrasser. Cela leur a trop manqué. Leurs mains se baladent sur le corps de l’autre. Bette fixe Tina qui se redresse pour retirer son haut de pyjama. Bette se jette sur cette partie du corps dénudé de Tina. Aucune parcelle ne lui échappe. Tina bascule la tête en arrière. Bette lèche le cou de Tina et remonte vers ses lèvres pour l’embrasser. Tina en profite pour lui retirer son haut de pyjama.

Elle s’accroche à Bette, alors que son pantalon glisse dangereusement. Bette la fait basculer pour le lui retirer.

Elle la trouve toujours aussi belle.

Sa bouche reprend le relais de ses mains. Tina se sent partir dans un monde où elle n’y était jamais retournée, depuis des années.

Elles ne se parlent pas. Seuls leurs cœurs parlent. En espace d’un espace, elles reprennent là où leur amour s’était arrêté.

Bette oublie totalement Jodi et le reste du monde. Il n’y a qu’elle et Tina.

Elles passent le reste de la nuit à se retrouver.

 

Il est 11 heures du matin passé lorsque Bette se réveille. Le lit est vide. Elle se redresse. Tina n’est plus là. Aurait-elle fuit après cette nuit passée ensemble ? Le regretterait-elle ?

La porte de la chambre s’ouvre sur Tina.

 

            -Où étais-tu ? lui demande Bette la voix encore empreinte de doutes.

            -Dans le couloir. J’ai reçu un appel, je ne voulais pas te réveiller, répond Tina.

            -Excuse-moi. Je pensais que tu étais partie.

 

Tina s’assoit sur le bord du lit et fixe Bette.

 

            -Et où voulais-tu que je sois partie ?

            -Je ne sais pas. À l’aéroport pour rentrer à Los Angeles parce que tu regrettes ce qui s’est passé, cette nuit.

            -Je ne regrette rien, avoue Tina sincèrement.

 

Tina passe par-dessus Bette et se glisse sous la couette.

 

            -En fait, je n’ai pas vraiment envie d’aller à cette nouvelle journée de rassemblement et toi ?

            -Je ne sais pas. Tu me proposes quoi à la place ? demande Bette amusée.

 

Bette voit clair dans le jeu de Tina.

Tina vient s’asseoir sur les jambes de Bette et ouvre légèrement son peignoir.

 

            -Eh bien, si tu veux aller à ce rassemblement, je le referme ou si tu veux qu’on reste ici, dans ce lit, je l’ouvre.

            -Choix très difficile, dit Bette en passant sa main sur la partie légèrement découverte du corps de Tina.

            -À toi de décider.

 

Bette se redresse, pose ses mains dans le bas des reins de Tina et l’embrasse dans le cou. Elle lui murmure à l’oreille :

 

            -Je te veux, toi.

 

Tina prend le visage de Bette entre ses mains et l’embrasse, alors que Bette lui retire rapidement le peignoir.

 

En fin d’après midi, elle quitte l’hôtel pour se rendre à l’aéroport. Comme pour l’allée, elles restent silencieuses, à une exception près. Cette fois, elles se tiennent la main. Elles veulent profiter encore un peu de ses retrouvailles éphémères.

Elles échangent un dernier baiser à leur arrivée à l’aéroport de Los Angeles. Elles n’ont pas parlé de ce qu’elles comptaient faire.

Bette et Tina se séparent.

 

***

 

Trois jours plus tard, Bette se rend chez Tina. Elle a besoin de savoir ce qu’il en est pour elles. Savoir si ce qui s’est passé à New Bern était une manière de dire définitivement adieu à leur histoire ou alors si c’était un aperçu de l’avenir.

C’est Sasha qui lui ouvre.

 

            -Salut Bette ! déclare joyeusement l’adolescente.

            -Salut Sasha. Tina est là ? demande Bette.

            -Elle est sur la terrasse, répond Sasha. Bonne chance si tu arrives à la tirer de son boulot.

 

Sasha s’apprête à franchir le seuil de la porte d’entrée.

 

            -Tu vas où ?

            -Courir. À plus tard.

 

Bette entre alors que Sasha sort. Bette retrouve Tina sur la terrasse. Cette dernière ne semble pas l’avoir remarqué, alors elle en profite pour l’observer quelques instants, le temps de graver cette image en elle. Bette la trouve tout simplement splendide ainsi exposée aux doux rayons du soleil.

 

            -Tina ?

            -Bette, qu’est-ce que tu fais là ? demande Tina en relevant la tête de ses dossiers.

            -J’aimerais qu’on se parle.

            -De quoi ?

            -De ce qui s’est passé à New Bern. Je ne peux pas faire comme s’il ne s’était rien passé, lui explique Bette. J’ai besoin de savoir ce que ça signifie pour toi.

 

Tina se lève et s’approche de Bette. Elle ne sait pas comment lui dire ce qu’elle ressent.

 

            -Je n’ai aucun regret sur ce qui s’est passé là-bas, c’était génial, mais on n’aurait pas du, dit Tina.

            -Au fond, tu regrettes quand même.

            -Non, assure-t-elle. Seulement, il y a Sasha dans ma vie et toi, tu as Jodi dans la tienne.

            -Non, non, non. Ça, ce n’est pas une réponse recevable, Tina. Utiliser ta fille comme excuse, c’est vraiment nul et pas digne de toi. Franchement, Tina, tu ne crois pas que Sasha aimerait voir sa mère heureuse avec quelqu’un ? lui demande Bette. Je suis sûre que si.

 

Bette marque une pause. Tina ne peut pas avoir changé à ce point. Quand elles étaient que toutes les deux, à New Bern, tout portait à croire que tout pouvait recommencer. Cependant, là, tout porte à croire le contraire. 


Jenel  (29.05.2013 à 21:43)

            -Tu t’empêches d’être heureuse, pourquoi ? Tu te sens responsable de ce qui t’est arrivé, c’est ça ? C’est pour ça que tu refuses de laisser quelqu’un entrer dans ta vie ? Tu préfères te sacrifier. Tu utilises ta fille pour rejeter tous ceux qui pourraient t’approcher mais tu n’y arriveras pas avec moi, Tina. Tu peux mentir à tout le monde même à Sasha, mais pas à moi. Quinze années ont peut-être passées mais, au plus profond de toi, tu es restée la même. Alors continue à lui cacher la vérité comme tu le fais depuis qu’elle est née, mais…

            -De quel droit tu te permets de juger ? coupe Tina en vociférant.

            -Sasha se pose des questions. Elle est à un âge où elle a besoin de réponse. Elle a besoin de connaitre certaines choses pour qu’elle puisse se construire, car là, elle se construit qu’avec ce que tu lui donnes et ce n’est pas suffisant. Tu devrais le savoir, Tina. Elle se pose des questions sur qui est son père, ce qui est tout à fait normal vu que tu l’as élevée seule. Sasha veut juste des réponses aux questions qu’elle se pose. Tu sais très bien que ta fille n’est pas idiote, qu’elle s’imagine des choses. Tu lui refuses tellement de choses. Tu lui caches même notre histoire. Nous deux ça n’a jamais été qu’une simple histoire d’amitié. Ça a compté pour toi ce qu’on a vécu, non ? Alors pourquoi mentir là-dessus ? Notre amour est aussi une partie d’elle que tu le veuilles ou non.

            -Tu veux que je lui dise toute la vérité ?

            -Oui. Il est temps que tu libères Sasha de toutes ses questions et toi aussi par la même occasion car tant que tu garderas ça pour toi, tu ne seras jamais vraiment heureuse. Et je ne veux que ça pour toi, que ce soit avec moi ou pas.

            -Mais je ne peux pas, Bette ! Je ne peux pas lui dire cette fichue vérité !  Je ne peux pas lui que le grand amour existe vraiment alors que j’ai rejeté le mien il y a 15 ans. Il m’est impossible de lui dire tout ça. Rien que d’y penser, ça me détruit, alors je n’ose même pas imaginer ce que Sasha pourrait ressentir si je venais à lui dire qu’elle est l’enfant d’un viol.

            -Quoi ?

 

Bette et Tina se tournent en même temps. Elles découvrent alors Sasha postée à l’entrée du salon. Il semblerait qu’elle ait tout entendu.

 

            -Depuis quand tu es là ? lui demande Bette.

            -Peu importe. C’est vrai ce que je viens d’entendre ? demande Sasha à sa mère.

            -Ma puce, écoute, je… commence Tina.

            -Réponds-moi ! hurle la jeune fille.

 

Voyant que Tina ne répond pas, Sasha fait demi-tour et part en claquant la porte.

 

            -Sasha ! appelle Tina.

            -Laisse-la se calmer.

            -Parce que tu connais ma fille mieux que moi, peut-être ? vocifère Tina.

            -Non, mais elle a besoin de temps pour digérer ce qu’elle vient d’apprendre.

            -La faute à qui ?

            -Tu es en train de m’accuser d’être responsable de ça ?

            -Tout ça c’est de ta faute ! Si tu n’étais pas venue ici pour me forcer à tout révéler à ma fille, jamais elle n’aurait entendu cette foutue discussion !

            -Tu es injuste, Tina ! Sasha était sortie. Jamais je n’aurais eu cette discussion avec toi si je savais Sasha ici !

 

Tina prend ses clés de voiture sans rajouter un mot et file pour tenter de rattraper sa fille. Maintenant elle lui doit la vérité. Bien sûr que Bette n’est pas responsable de ce qui vient de se passer, mais sur le moment, elle avait vu en Bette un objet sur lequel décharger sa colère. La colère qu’elle avait contre elle.

Elle démarre dans un crissement de pneus.

 

***

 

Sasha court sans savoir où aller. Trop de questions défilent dans sa tête. Elle avait tellement de questions et voilà qu’elle vient d’obtenir les réponses sans les attendre. Elle n’était pas prête à les recevoir si abruptement. La seule chose qu’elle comprend, qu’elle retient dans tout ça, c’est qu’elle est l’enfant d’un viol et non d’un amour de jeunesse trop tôt terminé.

Elle en veut horriblement à Tina de ne pas lui avoir dit plus tôt, de le lui avoir caché cela durant toutes ces années. Elle imagine bien que ce n’est pas une chose facile à révéler et elle comprend les réticences de sa mère face à la révélation qu’elle attendait. Seulement, comment Tina a-t-elle pu garder si longtemps ça secret ? Jamais elle n’a laissé paraitre ce malaise.

Sasha arrive au Planet et se jette, en larmes, dans les bras de Kit.

 

            -Qu’est-ce qui se passe, ma puce ? lui demande Kit en la réconfortant.

            -Je sais tout, pleure l’adolescente.

            -Tout quoi ?

            -J’ai entendu maman parler avec Bette, commence Sasha. Bette lui disait de tout me dire, que je devais savoir la vérité. Maman s’est énervée, elle ne veut pas que je sache.

            -Qu’est-ce que tu as entendu d’autre ?

            -Je sais qu’elles s’aimaient, Bette et elle. Je suis l’enfant d’un viol, finit par dire Sasha.

            -Quoi ? déclare Kit surprise.

            -Comment peut-elle m’aimer ? Comment peut-elle alors que je suis la fille de son violeur ? pleure Sasha.

            -Sasha ? dit Tina.

 

Sasha se libère des bras de Kit et se retourne sur sa mère qui vient d’arriver au Planet.

 

            -Je vais tout te dire, lui dit Tina. On s’assoit ?

 

Sasha acquiesce et s’assoit, tout en gardant la main de Kit dans la sienne. Sasha s’était attachée à Kit, elle avait besoin d’elle pour entendre la vérité. Bette arrive à son tour et les rejoint. Cette dernière avait suivit Tina.

 

            -Je vais tout te raconter comme ça tu sauras toute la vérité.

            -D’accord, répond Sasha d’une petite voix.

 

Tina regarde Bette, qui vient de s’asseoir à côté d’elle, avant de se lancer. Le simple fait de croiser son regard lui donne le courage nécessaire pour se lancer.

 

            -Tout d’abord, il faut que tu saches que je ne t’ai jamais menti sur quoi que ce soit, j’ai juste omis de te révéler certaines choses… Comme tu le sais déjà, j’ai grandi à New Bern avec mon frère et ma sœur. Quand j’étais enfant, mes parents se disputaient sans arrêt, alors, moi, pour ne plus les entendre hurler, je sortais de la maison, je voulais fuir. Et puis, un jour, alors que mes parents étaient encore en train de se hurler dessus, j’étais sortie de la maison, je me suis assise sur les marches de la maison pour pleurer. Et à ce moment-là, j’ai entendu une voix me parler. C’était Bette. Elle venait tout juste d’arriver en ville. Elle m’a dit que ses parents se disputaient eux aussi et que c’était pour cette raison qu’ils avaient divorcés.

 

Tina marque une pause, puis reprend.

 

            -Parfois, leurs cris me réveillaient même la nuit. Sans aucune raison apparente, mon père se mettait à hurler. Je vivais toute seule avec mes parents puisque mon frère était à l’université et ma sœur était en pension. Bette, qui était devenue ma confidente, m’a proposé de venir dormir chez elle quand mes parents étaient en crise. Alors quand cela se produisait, je sortais de la maison pour me rendre chez Bette et plus particulièrement dans sa chambre. Je passais par la fenêtre pour y accéder. Au début, sa mère ne le savait pas que je venais dormir chez elle. Je venais à la nuit tombée et je repartais une fois que le réveil sonnait. Au fil du temps, j’y allais tous les soirs, c’était devenu une habitude. J’étais bien, loin de chez moi, loin de ces cris. Je n’arrivais plus à dormir sans avoir Bette près de moi… Et puis, Bette est partie à l’université. Je me retrouvais à nouveau toute seule, je devais me réhabituer à entendre ces cris… Pendant plus d’un an, on ne s’est pas vues. Je lui en voulais de ne pas être revenue pendant les vacances d’été comme c’était prévu… Mais elle est revenue à Noël. Ce Noël a été le plus beau de toute ma vie.

            -Pourquoi ? demande Sasha.

            -Parce que j’étais amoureuse.

            -De Bette, termine sa fille.

            -Oui. J’étais heureuse de la revoir, de pouvoir passer toutes mes nuits avec elle, comme avant. Toute la colère que j’avais contre elle s’est évaporé quand je l’ai revu. C’est à ce Noël là qu’on a réalisé qu’on s’aimait depuis toujours.

            -Tu étais amoureuse aussi ? demande Sasha à Bette.

            -Oui. Je l’aimais plus que tout.

            -Alors pourquoi vous n’êtes pas restées ensemble ?

            -Parce que j’ai fuit sans que Bette ne le sache, répond Tina alors que la question était adressée à Bette. .

            -Après le viol ?

            -Pas tout à fait, répond Tina.

 

Tina constate que sa fille veut en savoir plus.

 

            -Quand j’ai réalisé que je m’étais faite violer, j’ai immédiatement appelé Bette à l’université. J’avais besoin d’elle. Je voulais qu’elle vienne. Elle était la seule personne sur cette terre qui pouvait m’aider à guérir.

            -Et tu es venue ?

            -Oui, dit Bette. Tina m’a raconté ce qui s’était passé. À chaque mot qu’elle prononçait, j’avais envie de me retrouver face à cet homme qui avait osé la toucher, j’avais tellement de colère mais Tina était beaucoup plus importante que ma colère, je devais être là pour elle, la soutenir.

            -Alors, je ne comprends pas, dit Sasha.

            -Bette a été génial, seulement, au fil des jours qu’elle passait avec moi, je ne supportais plus son attention envers moi. Je ne voulais pas qu’elle reste avec moi par pitié, répond Tina.

            -C’était le cas ?

            -Non, bien sûr que non, répond Bette. Mes sentiments pour elle ont toujours été les mêmes. Rien ne pouvait les faire changer.

            -C’est de ma faute, dit Tina la voix tremblotante. Quand Bette est repartie à l’université… J’ai appris que j’étais enceinte… J’ai essayé, j’ai voulu lui dire, mais je n’ai pas réussi… Et puis, après, je me suis convaincue que je ne pouvais pas lui imposer ça.

            -Tu aurais fait quoi si elle te l’avait dit ? demande Sasha.

            -Je l’aurais aidée. J’aurais été là pour elle, comme pour toi. Je n’aurais peut-être été rien pour toi, mais pour moi, tu aurais été comme ma fille.

 

Les larmes inondent le bord des yeux de Tina. Sa vie, celle de sa fille et celle de Bette aurait pu être différente si elle avait seulement dit à Bette qu’elle était enceinte.

 

            -Si Tina m’avait laissée cette place dans vos vies, termine Bette.

 

Kit, silencieuse depuis le début, est abasourdie par ces révélations. Elle n’en revient pas. Bette, elle aussi, avait gardé ça secret. Jamais elle ne lui avait parlé de son amour pour Tina.

 

            -Je suis désolée, Sasha, reprend Tina. Désolée de ne pas t’avoir offert de famille.

            -Et tes parents ? Pourquoi ils ne t’ont pas aidé ?

            -Mes parents ne m’ont pas aidé parce que mon père, quand je lui ai annoncé que je t’attendais, m’a mis à la porte, sans me donner la possibilité de m’expliquer. Il est même allé jusqu’à m’accuser d’être responsable de la mort de ta grand-mère, le jour de ta naissance… Je voulais tant qu’elle le sache, qu’elle te connaisse, mais elle était déjà morte et je ne le savais pas, pleure Tina.

            -Pourquoi tu n’as pas avorté ? questionne Sasha.

 

La question de Sasha est semblable à un poignard qui vient percuter son cœur de plein fouet.

 

            -Quoi ?

            -Oui, quand tu as su que tu étais enceinte, pourquoi tu n’as pas avortée ?

            -Parce que je te savais en moi. Tu étais mon bébé.

            -Comment peux-tu m’aimer ?

            -Tu es ma fille, Sasha. Ça ne s’explique pas. Je t’aime parce que, malgré tout, tu es une partie de moi.

            -Pourtant, je suis aussi la fille d’un salaud.

            -Tu es ma fille avant tout.

            -Tu sais qui c’est ? demande Sasha.

 

Après une légère hésitation, Tina répond :

 

            -Oui.

 

Bette regarde Tina surprise. Elle lui avait dit qu’elle ne le savait pas.

 

            -Tu devais avoir 4 ans quand je l’ai su. J’étais allée en Caroline du Nord, à Raleigh, pour le travail, quand j’ai entendu qu’un homme s’était fait arrêter après avoir avoué six viols.

            -Comment t’as su que c’était lui ? lui demande Bette intéressée.

            -Je suis allée au poste de police. Je leur ai demandé des informations sur ce violeur. Sur les six viols qu’il avait commis, seulement quatre filles avaient porté plainte. Il avait avoué en avoir commis un Chapel Hill et un autre à New Bern. Les dates coïncidaient. Alors, je leur ai dit que c’était moi celle qui s’était faite violer à New Bern.

            -C’était quoi son nom ? demande Sasha.

            -Robert Handsom. Il s’est fait tuer en prison peu de temps après.

            -Quand tu me regardes, ce n’est pas lui que tu vois ?

            -Jamais. Je te vois, toi, et personne d’autre.

 

Sasha se lève, s’avance vers Tina et s’assoit sur ses genoux pour la prendre dans ses bras.

 

            -Je t’aime, maman, dit-elle en l’embrassant sur la joue.

            -Moi aussi, je t’aime, mon cœur.

            -Maman ? Bette a raison sur une chose.

            -Laquelle ?

            -Je veux que tu sois heureuse et amoureuse.

 

Tina sourit.

 

            -Je suis dans ta vie, mais je veux que tu sois à nouveau heureuse, comme avant, dit Sasha en regardant Bette.

            -Qu’est-ce que tu veux dire ? demande Tina qui a remarqué qu’elle fixait Bette.

            -Je veux dire que Bette compte toujours pour toi et je crois que c’est réciproque, alors…

 

Sasha se lève et fixe Kit.

 

            -Je pourrais avoir un jus de fruit, Kit ?

            -Bien sûr, suis-moi.

 

Elles laissent Tina et Bette à la table, qui restent silencieuses.

Kit et Sasha les observent depuis le bar. Kit, bien qu’elle n’apprécie pas le fait que Bette trompe Jodi, ne peut qu’admettre le lien qui unit encore et toujours sa sœur à Tina, malgré tout ce temps passé.

 

            -Je t’aime toujours, avoue Bette au bout d’un moment.

 

Tina tourne la tête vers elle, non réellement surprise par cet aveu.

 

            -Bette, je t’aime aussi mais…

            -Mais quoi ? Et ne me dis pas que c’est parce qu’il y a Sasha dans ta vie.

            -Non, mais il y a toujours Jodi entre nous.

            -Si tu me dis que toi et moi c’est possible, je pars retrouver Jodi pour rompre avec elle, lui dit Bette.

            -Tu connais déjà la réponse, Bette.

            -Je veux te l’entendre dire.

            -Je veux être avec toi, comme avant.

 

Bette se lève et se dirige vers la sortie sans attendre plus longtemps.

Sasha et Kit, qui ont assisté au départ précipité de Bette, rejoignent Tina.

 

            -Où elle va ? demande Sasha.

            -Retrouver Jodi.

            -Quoi ? Mais, je ne comprends plus rien, dit Kit.

            -Maman, tu n’as pas tout gâché ?

            -Pour rompre, termine Tina.

 

Une heure trente plus tard, Bette est de retour. Elle prend la main de Tina pour l’obliger à se lever. Elle la fixe dans les yeux, souriante.

 

            -Moi aussi, je veux être avec toi, comme avant, lui dit-elle.

 

Tina prend la main de Bette et la pose sur son propre cœur.

 

            -Tu le sens ? lui demande Tina avec le sourire.

            -Oui.

            -C’est pour toi qu’il a toujours battu aussi fort. Je ne veux plus ne plus jamais ressentir ça, à chaque fois que je suis avec toi. Je veux que ça continue, pour toujours. Je veux être avec toi, pour toujours. Être…

            -Amoureuse de toi, pour toujours, termine Bette.

            -Amoureuse de toi, pour toujours, répète Tina.

 

Doucement, leurs lèvres se retrouvent pour ne plus se quitter.


Jenel  (30.05.2013 à 15:28)

Plusieurs mois plus tard.

Bette est installée sur un transat au bord de la piscine. Elle observe Tina et Sasha dans la piscine.

Tina sort de l’eau, s’enroule dans une serviette et vient s’asseoir entre les jambes de Bette, sur le transat.

 

            -Je t’aime, lui murmure Bette.

 

Tina lui prend ses mains pour les enserrer un peu plus contre elle. Elle s’adosse contre Bette qui l’embrasse dans le cou.

 

            -Pourquoi on attend encore pour vivre ensemble ? demande Bette. Je veux pouvoir me réveiller, tous les matins, près de toi, dans notre lit. On pourrait chercher une maison. Notre maison.

            -Je crois que Sasha se plait ici et puis, c’est chez toi, répond Tina observant sa fille.

            -Et toi ? Tu te plais ici ?

 

Tina tourne la tête vers Bette.

 

            -N’importe où tant que je suis avec toi, dit-elle, puis, se retournant pour voir sa fille. Enfin, si tu acceptes qu’on fasse des travaux.

            -Des travaux ? s’étonne Bette.

            -Oui, pour agrandir la maison.

            -Pourquoi tu veux agrandir la maison ?

            -Tu n’as pas une petite idée ?

            -Tu es sérieuse ? demande Bette surprise.

            -Tu n’en as pas envie ?

            -Si mais, tu crois que…

 

Tina se lève pour se retourner et faire face à Bette. Elle pose ses mains dans son cou.

 

            -Je veux un bébé avec toi, lui dit Tina. Je suis certaine que Sasha serait ravie d’avoir un petit frère ou une petite sœur. 

 

Tina pose ses lèvres sur celles de Bette.

 

            -Tee, tu crois que Sasha accepterait ?

            -De quoi ?

            -Que je l’adopte ? Enfin, je veux dire…

            -Demande-lui, lui dit Tina.

            -Et toi, tu es d’accord ? Tu es d’accord pour que j’entreprenne cette démarche ?

            -Oui, je suis d’accord. Sasha ? appelle Tina. Bette a quelque chose à te demander.

 

Sasha sort de l’eau et s’approche de Bette et sa mère. Tina se lève, embrasse sa fille et s’assoit sur une chaise. Bette tourne la tête vers Tina pour lui demander de l’aide, mais Tina ne fait rien. C’est à Bette de le faire.

 

            -En fait, commence Bette. Je me demandais si tu accepterais que…

            -Que quoi ?

            -Que je fasse une demande d’adoption pour te reconnaitre comme ma fille ?

            -C’est possible ? s’étonne Sasha.

            -En Californie, les couples de même sexe peuvent adopter, lui explique Tina. Moi, je suis d’accord, maintenant, c’est à toi de savoir si tu veux que Bette soit ta deuxième maman.

            -Pourquoi tu veux m’adopter ? demande Sasha.

            -J’aimerais que tu sois ma fille pour qu’on soit une vraie famille, mais si tu ne veux pas, c…

            -Et qu’est-ce que ça changera ?

            -Pas grand-chose, lui dit Tina. Juste que Bette sera là, toujours là pour toi, officiellement.

            -Tu n’es pas obligée de me donner une réponse tout de suite, lui dit Bette qui se sent tout à coup fragilisée.

            -Je vais te donner ma réponse, lui dit Sasha avec certitude. Bette, tu sais que je t’adore, mais…

            -Mais ? demande Bette inquiète.

            -Mais je devrais t’appeler comment ?

 

Bette relâche la pression qu’elle venait d’accumuler en l’espace de quelques secondes.

 

            -Aucune idée, comme tu voudras, sourit Bette.

            -Alors, d’accord pour que tu sois ma deuxième maman, maman B, lui dit Sasha.

           

Bette se lève et prend Sasha dans ses bras sous le regard émue de Tina.

 

***

 

Le lendemain, Bette prend rendez-vous avec un avocat, qui n’est autre que Joyce Wischnia. Par chance, elle a obtenu un rendez-vous en fin de journée.

Bette et Tina se rendent don au cabinet de Joyce Wischnia. Elle avait fait le choix de cette avocate, car celle-ci est très réputée, elle a fait beaucoup pour la communauté gay et surtout, elle est lesbienne. Elle pouvait donc comprendre, mieux que n’importe quel autre avocat, son souhait d’adopter la fille de Tina.

Un fois installées dans le bureau de Joyce, l’avocate leur demande la raison de cet entretien. Bette se lance alors dans des explications quelques peu rocambolesques. Par moment, les deux jeunes femmes voient l’avocate un peu perdue, alors Tina vient en aide à Bette.

Vingt minutes plus tard, Joyce fait un récapitulatif de ce qu’elle vient d’écouter.

 

            -Si j’ai bien compris, vous vous connaissez depuis longtemps, vous avez vécu une histoire d’amour à l’adolescence, vous vous êtes séparées et maintenant vous êtes à nouveau ensemble. Vous, Tina, avez une fille, Sasha, qui a 14 ans, et vous, Bette, vous souhaitez adopter la fille de votre compagne. C’est bien cela ?

            -C’est ça, répond Bette.

            -Et le père de cette enfant ?

 

Bette et Tina avaient volontairement sauté le passage du viol pour simplifier les choses, mais visiblement, cela semble nécessaire d’en parler pour que l’avocate comprenne le mieux possible la démarche.

 

            -Sasha n’a pas de père, dit Tina. Je me suis faite violer à l’âge de 17 ans et je suis tombée enceinte.

            -Oh !

 

Joyce est un peu gênée, mais revient à l’affaire.

 

            -Vous êtes d’accord que Bette adopte votre fille ? demande Joyce à Tina.

            -Oui. On en a même parler avec Sasha et elle est aussi d’accord que Bette entreprenne cette démarche.

            -Bien. Je ne vois aucune objection à cette adoption si les deux parties sont d’accord sur ce fait, par contre j’ai une dernière question.

            -Laquelle ? s’inquiètent les deux jeunes femmes.

            -Pourquoi vouloir adopter l’enfant de Tina ?

            -Je veux qu’on soit une vraie famille, tout simplement.

 

Joyce observe les deux jeunes femmes puis leur assure que l’adoption sera validée une fois que les services sociaux auront parlé à Sasha et inspecté l’habitat où va vivre l’adolescente.

 

            -Pourquoi les services sociaux doivent venir inspecter ma maison ? demande Bette.

            -C’est ainsi que cela se passe. C’est la loi. Mais ne vous en faites pas, tout ira bien. Il n’y a aucune raison que les services sociaux refusent cette demande d’adoption puisque votre compagne est d’accord. De plus, vous avez tous les deux un emploi, rien n’est contre vous.

 

Joyce se lève et raccompagne Bette et Tina après les avoir rassuré encore une fois.

 

***

 

Deux jours plus tard, une personne des services sociaux arrive chez Bette.

C’est une femme hautaine qu’elles reçoivent.

 

            -Jackie Silver, des services sociaux, se présente la femme. Je viens pour faire un rapport favorable ou défavorable à votre demande d’adoption de Sasha Kennard.

 

Bette la fait entrée.

Sans attendre, Jackie fait le tour de la maison. Elle vérifie si tout est dans les normes.

Tina, qui était en rendez-vous à l’extérieur, revient avec Sasha. Bette s’avance vers elles, souriante. Jackie se retourne et voit enfin celle qu’elle souhaitait voir. Elle se dirige vers Sasha avec un sourire qui sonne faux.

 

            -Bonjour Sasha, je suis Jackie Silver, dit-elle d’une voix fluette. Est-ce que tu pourrais me montrer ta chambre ?

 

Sasha regarde sa mère puis Bette qui lui font signe d’accepter, alors Sasha se dirige vers sa chambre suivie par Jackie.

Lorsque l’adolescente et Jackie furent hors de portée de vue, Bette se tourne vers Tina pour lui murmurer.

 

            -Je ne la sens pas du tout, lui dit Bette. Je suis sûre qu’elle va s’opposer à ce que j’adopte Sasha.

            -Pourquoi tu dis ça ? Elle a l’air plutôt sympa.

            -Sympa ? Ça se voit que tu n’étais pas là quand elle est arrivée. Elle était glaciale. Elle m’a même fait presque comprendre que je partais avec un avis défavorable.

            -Tu n’exagères pas un peu ?

            -Non ! s’indigne Bette.

 

À l’autre bout de la maison, Sasha est assise sur son lit et observe cette femme qui examine chaque recoin de sa chambre.

 

            -Quelles sont tes passions, Sasha ? interroge Jackie.

            -Le basket, répond l’adolescente.

            -Tu en joues ?

            -J’ai même intégré un club qui me permet de jouer plus souvent tout en poursuivant mes études.

            -Vraiment ? Est-ce que Mademoiselle Porter vient te voir jouer ?

            -Je n’ai pas encore joué de match, donc non, elle n’est jamais venue me voir jouer.

            -Elle ne s’intéresse pas à ce que tu fais ?

            -Bien sûr que si.

            -Pourtant tu viens de dire qu’elle ne venait pas te voir jouer.

            -J’ai dit que je n’avais pas encore joué de match avec du public.

            -Elle pourrait venir te voir à l’entrainement.

            -Mes entrainements ont lieu quand elle est au travail.

 

Sasha voit que Jackie note quelques choses sur son carnet.

 

            -Ma mère non plus ne vient pas me voir jouer, dit Sasha en pensant que cela pouvait aider Bette.

 

Jackie ne relève et continue à noter des informations sur son carnet.

 

            -Sinon Sasha, que penses-tu de la décision de Mademoiselle Porter ? demande Jackie en regardant les cahiers de classe de Sasha.

            -Comment ça ?

            -Eh bien, es-tu contente que Mademoiselle Porter fasse cette demande d’adoption ? Ou bien, est-ce que tu ressens cette démarche comme une obligation ? Peut-être t’a-t-elle forcée pour que tu acceptes ?

            -Bette ne m’a jamais forcée. Elle m’a juste demandé si j’accepterais qu’elle m’adopte, c’est tout.

            -Et que lui as-tu répondu ?

 

Jackie s’était assise sur la chaise de son bureau.

 

            -Je lui ai dit oui.

            -Pourquoi as-tu accepté ?

            -J’aime bien Bette.

            -Tu l’as connais depuis combien de temps ?

            -Quelques mois.

            -Et tu ne trouves pas que c’est un peu précipité cette demande ? Elle ne te connait pas pour ainsi dire. Comment peut-elle savoir ce que tu aimes ou que tu n’aimes pas ?

            -Tout ce que je sais, c’est que depuis qu’elle est avec maman, je vois ma mère heureuse. Je ne l’avais jamais vu comme ça avant, alors le reste je m’en fous.

            -Donc, tu fais ça pour faire plaisir à ta maman. Tu n’as pas vraiment envie que Mademoiselle Porter t’adopte.

            -Non, je ne fais pas ça pour faire plaisir à ma mère car elle m’a laissé le choix, elle ne m’a pas dit ce que je devais choisir. Je l’ai fait toute seule sans aucune pression.

            -Selon toi, pourquoi Mademoiselle Porter a fait cette démarche ?

            -Je ne sais pas, faut lui demander.

 

Jackie note encore quelques choses, puis avec le sourire s’adresse à nouveau à Sasha.

 

            -Bien. Et maintenant, si tu me parlais de comment cela se passe quand tu es ici avec Mademoiselle Porter et ta maman.

            -Vous voulez que je vous dise quoi ?

            -Ce que tu ressens quand vous êtes toutes les trois, par exemple.

            -Je suis bien quand on est ensemble. J’ai toujours vécu toute seule avec maman…

            -Et ça ne te manque pas de ne plus avoir ta maman pour toi toute seule ? lui demande Jackie.

            -Je passe toujours autant de temps avec ma mère, ça n’a pas changé. Je vous l’ai dit, j’adore Bette et en plus elle rend ma mère heureuse.

            -Bon, je crois que nous avons fini.

 

Jackie se lève et s’apprête à quitter la chambre de Sasha quand elle se retourne pour lui dire autre chose.

 

            -Tu sais, Sasha, tu n’es pas obligée d’accepter cette démarche. En aucun cas, Mademoiselle Porter ne peut te forcer à accepter. Si tu n’oses pas le dire à ta maman ou à Mademoiselle Porter, appelle-moi et je t’aiderai.

 

Jackie laisse sa carte sur le meuble qui orne la chambre, près de la porte. Puis, elle rejoint les deux jeunes femmes au salon.

 

            -Mademoiselle Kennard, est-ce que je pourrais m’entretenir avec vous en privé ? demande Jackie.

 

Tina regarde un instant Bette, puis répond à Jackie.

 

            -Bien sûr.

 

Tina se rend dans le jardin en compagnie de Jackie, alors que Bette part rejoindre Sasha.

 


Jenel  (31.05.2013 à 15:52)

Quand elle entre dans la chambre, Bette voit que Sasha tient entre ses mains la carte laissée par Jackie.

 

            -Qu’est-ce que c’est ? lui demande Bette sur le pas de la porte.

 

Sasha relève la tête vers Bette puis reporte son attention sur la petite carte.

 

            -C’est la carte que cette femme m’a laissée.

 

Bette entre et s’assoit à côté de la jeune fille.

 

            -Pourquoi elle t’a laissé sa carte ?

            -Pour que je l’appelle si je ne veux pas que tu m’adoptes.

            -Comment ça s’est passé ?

            -Je ne sais pas, c’était bizarre, répond Sasha.

            -Comment ça ?

            -J’avais l’impression qu’elle cherchait à ce que je dise que je ne voulais pas que tu m’adoptes.

 

Les doutes de Bette se confirment. Jackie n’a pas l’intention d’accepter la requête de Bette.

 

            -Elle est où maman ?

            -Elle parle avec Jackie.

            -Tu es inquiètes ?

            -Un peu, avoue Bette.

            -Tu penses qu’elle va refuser ?

            -C’est l’impression qu’elle me donne.

            -Tu sais, elle m’a demandé pourquoi tu voulais m’adopter.

            -Tu as répondu quoi ? s’inquiète Bette.

            -Que je ne savais pas, qu’il fallait te demander.

 

Bette blêmit. C’était la question piège et Sasha est tombée dedans. Mais elle ne peut pas lui en vouloir. Cette femme est maligne, elle a réussi son coup.

 

            -Je n’aurais pas du lui dire ça, hein ? Tu m’en veux ?

 

Bette prend le visage de Sasha et l’embrasse sur le front avant de lui dire.

 

            -Tu n’y es pour rien, ce n’est pas de ta faute.

            -Si elle refuse, ça sera de ma faute.

            -Non, pas du tout. Et puis, si elle refuse, ce n’est pas grave, car dans mon cœur, tu seras comme ma fille. C’est juste que…

            -Que quoi ?

            -Non, laisse-tomber.

            -Bette, dis-moi, supplie Sasha.

 

Bette la fixe dans les yeux. Elle ne peut s’empêcher de sourire. Sasha est vraiment le portrait craché de Tina.

 

            -Juste que si avec Tina, on envisage d’avoir un bébé, j’aimerais que sa grande sœur soit reconnue légalement comme ma fille.

            -C’est vrai ? Vous allez faire un bébé ? demande Sasha enthousiaste.

            -Pour l’instant, on en a vaguement parlé.

            -Mais ça serait génial ! J’ai toujours voulu avoir un petit frère ou une petite sœur.

 

Bette sourit, ravie de la réaction de Sasha.

Alors que Bette et Sasha envisage l’avenir, Tina est en proie à un réel interrogatoire.

 

***

 

            -Pourquoi avez-vous accepter que Mademoiselle Porter fasse une demande d’adoption pour votre fille ? lui demande Jackie.

            -J’ai accepté parce que je ne voyais aucune raison de refuser. Bette est géniale avec Sasha. C’est une très bonne maman.

            -Vous ne pensez pas qu’employer le terme de « maman » pour Mademoiselle Porter est un peu excessif ?

            -Qu’est-ce que vous voulez dire ?

            -Eh bien, une maman est là quand l’enfant fait des cauchemars ou quand il est malade, mais Mademoiselle Porter n’est pas une maman.

            -Je peux vous confirmer que Bette est une maman ! déclare fortement Tina. C’est vrai, elle n’a pas été là quand Sasha faisait des cauchemars. Elle n’était pas là parce qu’à l’époque, je ne lui ai pas laissé cette place, mais si j’avais laissé à Bette une place dans ma vie quand Sasha était bébé, je sais, j’en suis convaincue qu’elle se serait comportée comme une vraie maman.

            -Depuis quand connaissez-vous Mademoiselle Porter ?

            -Depuis que j’ai 7 ou 8 ans.

            -Où est le père de Sasha ?

            -Vous avez lu le dossier ou pas ? s’emporte Tina.

            -Je vous demande pardon ? dit Jackie surprise par la colère de Tina.

            -Si vous aviez lu le dossier, vous auriez vu que Sasha est née d’un viol !

            -Je suis désolée, ce n’est pas mentionné dans mon dossier, déclare Jackie.

            -Écoutez, Bette est quelqu’un de formidable, qui a toujours été là pour moi, et si elle a fait cette démarche, c’est parce qu’elle aime Sasha comme si c’était sa propre fille. Moi, tout ce que je veux, c’est le bonheur de ma fille.

            -Et si votre fille refuse cette adoption, quelle sera la réaction de Mademoiselle Porter, selon vous ?

            -Si elle refuse, Bette comprendra.

            -En êtes-vous sûre ?

            -J’en suis sûre.

            -Bien. Il ne me reste plus qu’à m’entretenir avec Mademoiselle Porter, sourit Jackie.

 

Tina se lève et part prévenir Bette que Jackie veut s’entretenir avec elle.

 

***

 

Tina retrouve Bette dans la chambre de Sasha.

 

            -Elle veut te parler, lui dit Tina.

 

Bette se lève, mais avant de quitter la pièce elle demande à Tina :

 

            -Comment ça s’est passé ?

            -Je t’expliquerai plus tard.

 

 

Bette embrasse furtivement Tina et part rejoindre le dragon qui l’attend dans le jardin.

 

            -Asseyez-vous, lui dit Jackie.

 

Bette se demande pour qui elle se prend. Elle l’autorise à s’asseoir à sa table, dans son jardin. Non, mais elle se croit où cette femme ? Chez elle ?

Bette prend place et attend sagement les questions de Jackie.

 

            -Bien, je vais être brève. Je n’ai pas trente-six questions à vous poser.

            -Je vous écoute.

            -Pourquoi souhaitez-vous adopter Sasha Kennard ?

            -Je souhaite adopter Sasha parce que je la considère comme ma fille, répond simplement Bette.

            -Et vous pensez que c’est une raison suffisante ?

            -Vous voulez entendre quoi comme réponse ? commence à s’énerver Bette. J’aime Sasha comme si c’était ma propre fille, je suis éperdument amoureuse de Tina, je vis avec elles, donc logique des choses était que je fasse cette démarche, bien évidemment avec l’accord de Tina et de Sasha.

            -Qu’avez-vous à offrir à cette adolescente ?

            -Tout ce dont un enfant à besoin. Tout ce que peut offrir des parents qui aime leur enfant.

            -J’ai étudié votre dossier, Mademoiselle Porter. Et je me suis demandé si cette démarche n’était pas une façon pour vous de combler un vide.

            -Un vide ? Quel vide ?

            -Vos parents ont divorcés quand vous aviez 9 ans. Vous êtes partie de Philadelphie avec votre mère pour vous installer à New Bern.

            -Je ne vois pas où vous voulez en venir, Madame Silver.

            -Vous aimiez Tina quand vous étiez adolescente, vous étiez ensemble avant qu’elle ne se fasse violer et tombe enceinte.

            -Oui et alors ?

            -Et alors ? Vous voulez peut-être racheter votre fuite quand vous avez compris que Tina était enceinte.

            -Quoi ?

            -Vous avez été lâche à l’époque, vous ne vouliez pas gâcher vos études pour élever un enfant avec une adolescente qu’était encore Tina. On dit de vous que vous êtes une assoiffée de travail, qu’il n’y a que ça qui compte.

            -Je vous arrête tout de suite ! Je n’ai jamais fuit, ok ! Je ne savais pas que Tina était enceinte à l’époque, sinon, malgré ce qu’on peut penser de moi, j’aurais été là, je ne serais jamais partie !

            -Alors si ce n’est pas pour vous faire pardonner, pourquoi cette subite demande d’adoption ? Cela fait peu de temps que vous connaissez Sasha, alors pourquoi cette demande si rapidement ?

            -Je ne savais pas qu’il y avait un délai avant de faire une demande d’adoption, déclare Bette froidement.

            -Ne jouez pas à ça avec moi, Mademoiselle Porter. L’acceptation de votre demande est entre mes mains, alors si vous y tenez réellement, je vous prierais de baisser d’un ton.

            -Très bien, dit Bette en soufflant. Si je me suis lancée dans cette démarche, c’est parce que j’ai envie que Tina, Sasha et moi formions une vraie famille. Bien sûr, rien n’obligeait à ce que je fasse cette demande, mais j’aime tout simplement Sasha. Je n’ai pas d’autre raison à vous fournir.

 

Jackie fixe encore un moment Bette, puis rassemble ses affaires et se lève.

 

            -Vous recevrez un courrier d’ici quelques semaines qui fournira ma décision définitive, déclare Jackie.

 

Elle traverse la maison, salue Tina et Sasha et part.

Bette rentre à l’intérieur. Elle garde les yeux rivés sur la porte d’entrée jusqu’à ce qu’elle entende la voiture de Jackie s’éloigner.

 

            -Alors ? lui demande Tina.

            -Je crois que je me suis emportée, avoue Bette.

 

Chacune son tour raconte ce qu’il a été dit lorsqu’elles étaient en entretien avec Jackie.

 


Jenel  (01.06.2013 à 10:09)

Le soir même, Bette et Tina sont au salon. Elles reparlent de la visite de ce matin. Tina est assise sur le canapé et écoute Bette, qui maudit la femme qui a été assignée à elles, en faisant les cent pas devant elle.

 

            -Je n’ai aucune chance, répète Bette. Aucune !

            -Calme-toi, lui dit posément Tina.

            -Me calmer ? Me calmer alors que cette conne des services sociaux est en train de faire un rapport négatif sur moi, m’empêchant ainsi d’adopter Sasha.

            -Joyce a dit qu’il y avait peu de chance que cela soit refusé, tente de la rassurer Tina.

            -Oui, eh bien, je suis dans le peu de chance.

            -Bette, si elle met un avis défavorable à ta demande, ce n’est pas si grave que cela.

            -Pas si grave ? s’emporte Bette. Tu ne penses pas ce que tu dis ?

            -Quoi ? C’est juste un nom sur un document. Mais Sasha ni toi avez besoin de ça pour être une famille.

            -Bien sûr. Je n’ai pas besoin de ça pour considérer Sasha comme ma fille, c’est juste que je ne pourrai prendre aucune décision pour le bien de Sasha et même si on décide à faire un bébé, il est clair que je ne pourrai pas l’adopter.

            -Qu’est-ce que tu racontes ?

            -Si tu viens, un jour, à être en déplacement pour le boulot et qu’il arrive quelque chose à Sasha, je ne pourrai rien décider. Elle sera aux mains des services sociaux et ça en sera de même si on a un bébé.

            -Je crois que tu noircis le tableau un peu trop vite, lui dit Tina.

            -C’est sûr, toi, tu n’as rien à craindre ! Sasha est ta fille ! Tu es sa mère ! Moi, je ne suis rien !

            -Arrête Bette ! Tu vas dire des choses que tu ne penses pas.

            -À l’avenir, qu’est-ce que je devrai dire ? Je vous présente ma compagne et ses enfants. C’est ça que je devrai dire ? vocifère Bette.

            -Arrête ! Tu es absurde !

            -Absurde ? Bien sûr, c’est moi qui suis absurde ! De toute façon, tu t’en fous ! Tu t’en fous que la réponse soit positive ou négative !

            -Tu dis n’importe quoi !

            -Vraiment ? Pourtant, tu as tout tenté pour qu’on ne se remette pas ensemble !

            -Quoi ? Tu divagues complètement ! Qu’est-ce que ça a voir avec l’adoption de Sasha ?

            -C’est ça, je divague ! Au fond, tu n’as jamais voulu que j’adopte Sasha !

            -Quoi ?

            -Tu ne veux pas que je l’adopte ! Tu n’as jamais voulu qu’elle fasse partie de ma vie !

            -C’est faux !

            -Oh non ! Dans ce cas, dis-moi pourquoi tu es partie quand tu as appris que tu étais enceinte, hein ?

            -Tu le sais très bien.

            -Non ! Je ne sais rien ! Qui me prouve que tu ne m’as pas menti ? Qu’est-ce qui me prouve que tu n’as pas couché avec un mec alors que j’étais à l’université ? C’est peut-être pour ça que tu ne veux pas, au fond de toi, que je l’adopte, parce que tu n’as jamais été violée !

 

C’en est trop pour Tina qui se lève et gifle Bette avec force, puis part s’enfermer dans la chambre.

 

            -Et merde ! hurle Bette.

 

Ses mots ont dépassé sa pensée. Elle ne pensait pas une seconde ce qu’elle venait de dire, mais maintenant c’est trop tard.

Sasha, de sa chambre, les avait entendues se disputer. C’était la première fois que cela arrivait. Elle sursaute quand elle entend la porte de l’autre chambre claquer.

 

***

 

Quand Sasha se lève le lendemain, prête pour se rendre au lycée, elle se rend à la cuisine où sa mère est en train de boire un café. De là où elle est, elle peut voir que Bette dort encore. Sasha s’approche de sa mère et l’embrasse sur la joue sans dire un mot. Elle se prépare son petit-déjeuner, qui n’est autre que des céréales, du lait, un fruit et un jus d’orange.

Après avoir avalé ce petit-déjeuner, elle file à la salle de bain prendre une douche et se préparer. Elle retourne dans sa chambre prendre son sac.

Lorsqu’elle retourne au salon, elle voit que Bette est assise sur le canapé fixant Tina qui est toujours en colère contre elle. Tina, quant à elle, l’ignore tout simplement. Sasha s’approche de sa mère, l’embrasse une nouvelle fois, prend son repas pour le déjeuner que Tina vient juste de finir, puis s’avance vers Bette. Elle l’embrasser furtivement avant de filer au lycée. Malgré ce qu’a pu dire Bette à Tina, la veille, Sasha se dit qu’elle ne doit pas prendre partie, rester neutre, en tout cas pour le moment où la demande d’adoption est en cours.

Dès que Sasha a franchi la porte, Tina part s’enfermer à la salle de bain. Elle n’a aucune envie de se retrouver seule à seule avec Bette. Une fois prête, elle part de la maison sans tarder.

Bette n’a rien tenté pour se faire pardonner. Elle connait Tina. Elle sait qu’il est trop tôt pour s’excuser. Il y a encore trop de colère en Tina. Elle se retrouve alors seule chez elle. Un vide immense se fait alors ressentir.

Elle soupire bruyamment, puis se lève pour aller se préparer et se rendre à l’université.

 

***

 

Bette est la première à rentrer. Elle est suivit de près pas Sasha, ce qui est rare.

 

            -Tu rentres tôt, aujourd’hui, remarque Bette.

            -On n’a pas eu entrainement, aujourd’hui, explique Sasha. Par contre, demain, c’est la journée entrainement complet. Tu seras là samedi ?

            -Bien sûre que je serai là. J’ai hâte de te voir jouer.

 

Sasha sourit ravie de la réponse.

 

            -Maman n’est pas encore rentrée ?

            -Non, déclare Bette. Elle doit sans doute m’éviter, dit-elle tout bas.

 

Sasha l’a entendu mais ne relève pas.

 

            -Bon ! En attendant, je vais aller courir.

 

L’adolescente va se changer et revient en vêtement de sport : short, tee-shirt et paire de basket.

 

            -À tout à l’heure, dit Sasha à Bette.

 

Bette acquiesce.

Une heure plus tard, Sasha est de retour. Elle se dépêche de prendre une douche et rejoint Bette. Elle a envie de l’aider à faire la cuisine. Elle sait que ce n’est pas son fort.

Alors qu’elle est en train de l’aider à cuisiner, Sasha papote avec Bette.

 

            -Tu m’emmèneras visiter une galerie ? lui demande Sasha.

 

Bette est un peu surprise par cette demande.

 

            -Si tu veux. Si tu en as vraiment envie, lui répond Bette.

            -Tu t’intéresses à ce que je fais, c’est normal que je m’intéresse à ce que tu aimes.

 

Bette sourit.

 

            -Ok. Dimanche, ça te va ? Il y a une expo que j’ai très envie de voir, donc si tu veux, dimanche, tu pourrais m’accompagner.

            -Ouais, ok.

 

Elles sont toujours en train de préparer le diner lorsque Tina arrive. Sasha n’est pas surprise de voir aucune effusion d’amour dans ses retrouvailles.

Tina dépose ses affaires et embrasse sa fille, tout en ignorant, bien évidemment, Bette.

 

            -Installe-toi, maman. Avec Bette, on s’occupe de tout, lui dit Sasha.

 

Tina obéit.

Rapidement, le diner est servi.

 

            -Dimanche, Bette et moi, on ira visiter une galerie.

            -Depuis quand tu t’intéresses à l’art ? s’étonne Tina.

            -C’est vrai que j’y connais rien, mais Bette m’expliquera.

 

Tina jette un œil à Bette qu’elle détourne rapidement quand elle sent le sien se poser sur elle.

 

            -Au fait, demain, je rentrerai un peu plus tard, à cause de l’entrainement.

            -Je ne veux pas que tu rentres seule le soir, lui dit Tina.

            -Si tu veux, je passerai te prendre après ton entrainement. Dis-moi juste l’heure à laquelle il faut que je passe te prendre.

            -21 heures.

            -Ok pour 21 heures.

 

Après avoir débarrassé, Sasha part se coucher.

Ne voulant toujours pas rester en tête à tête avec Bette, Tina se rend à la salle de bain pour prendre une longue douche, puis ensuite va s’enfermer dans la chambre, en espérant que Bette ne la rejoigne pas.

Cette dernière l’a bien compris et s’apprête donc à passer une nouvelle nuit sur le canapé du salon.

 

***

 

Le lendemain soir, comme prévu, Bette passe prendre Sasha à la fin de son entrainement. Elle est garée sur le parking et attend que Sasha sorte. Quand celle-ci aperçoit la voiture de Bette, elle se précipite à sa rencontre.

Dès que la portière fut claquée, Bette remet le moteur en route.

Durant le trajet, Sasha observe Bette et lui demande :

 

            -On peut passer au Planet ?

 

Bette, étonnée, se tourne vers l’adolescente.

 

            -Pourquoi ?

            -Disons que j’en ai un peu marre de la mauvaise ambiance à la maison.

            -Je suis désolée, Sasha.

            -Ce n’est pas de ta faute, dit Sasha tentant de déculpabiliser Bette.

            -Si. J’ai dit des choses à Tina que je ne pensais pas.

            -Je sais. J’ai entendu.

 

Bette fixe à nouveau la jeune fille, honteuse.

 

            -Elle te pardonnera.

            -Sans doute, oui, mais elle n’oubliera jamais ce que je lui ai dit.

            -Maman t’aime.

            -Je l’aime aussi.

            -De toute façon, c’est de la faute de cette grosse conne des services sociaux.

            -Tu ne devrais pas dire des choses comme ça.

            -Tu les dis bien, toi, sourit Sasha.

            -C’est vrai mais je ne suis pas un bon exemple.

 

Toutes deux se mettent à rire.

Bette se gare sur le parking du Planet où Sasha se précipite pour retrouver Kit. Cette dernière, en voyant l’adolescente, s’enhardie de la prendre dans ses bras, puis aperçoit sa sœur faire son entrée. Seule.

 

            -Tina n’est pas avec vous ? s’étonne Kit.

            -Nous sommes un peu en froid, en ce moment, répond Bette.

            -Qu’est-ce qui s’est passé ?

            -Les services sociaux sont passés mercredi et ça ne s’est pas très bien passé. Et après ça, on s’est engueulées avec Tina et les mots ont dépassé mes pensées.

           

Bette fixe sa sœur avec dépit.

 

            -Je sais. Je sais.

            -Tu comptes faire quoi alors ? lui demande Kit.

            -À quel sujet ?

            -De l’adoption parce que j’ose espérer que tu sais déjà quoi faire pour te faire pardonner auprès de Tina, petite sœur.

 

Après un court silence, Bette répond :

 

            -J’ai repris rendez-vous avec Joyce. J’espère qu’elle aura déjà des nouvelles et voir ensuite ce qu’on peut faire.

            -Kit ? Tu seras là demain au match ?

            -Bien sûr ! On sera toute là, on raterait ça pour rien au monde.

 

Sasha est ravie de la réponse de Kit.

 

            -On y va ? dit Bette à Sasha. Sinon Tina va finir par croire que je t’ai kidnappée.

            -Bette ! réprimande Kit.

            -Quoi ? C’était une plaisanterie.

            -Je ne vois pas ce qu’il y a de drôle.

 

Sasha et Bette repartent. Cette fois direction la maison où Tina les attend.

 

***

 

Quand elles entrent, Tina se lève d’un bond du canapé.

 

            -Putain ! Où est-ce que vous étiez ? Je commençais à m’inquiéter.

            -L’entrainement s’est terminé plus tard que prévu et puis on est passé au Planet, explique Sasha.

            -Quoi ? Pourquoi ?

            -J’avais envie de passer voir Kit.

 

Tina est toujours en colère, elle leur en veut. Elles auraient pu prévenir.

 

            -Tu ferais mieux d’aller te coucher, lui dit Tina.

 

Sasha obtempère, laissant Bette et Tina se fixer.

Bette fait un pas vers Tina qui la regarde faire. Elle s’approche de plus en plus et au moment où Tina croit que Bette va pour la prendre dans ses bras, cette dernière bifurque pour aller à la cuisine. Tina se retourne pour la voir se servir un verre et le boire.

Bette relève les yeux sur Tina. Elle constate que Tina est prête à accepter ses excuses, seulement Bette ne veut pas les faire maintenant. Elle veut encore laisser cette nuit passer, alors elle sort dans le jardin et s’installe sur le transat où quelques jours plus tôt elle avait suggéré l’idée d’adopter Sasha.

Tina se réfugie dans la chambre. De là où elle est, elle peut à loisir observer Bette. Elle le sait d’avance que la nuit va être longue.

Le lendemain matin, Tina est réveillée aux aurores. Elle a passé une très mauvaise nuit comme elle l’avait pressenti. Elle se dit que d’aller courir avec sa fille l’aiderait à évacuer cette mauvaise nuit.

Sasha est étonnée d’entendre sa mère lui dire qu’elle l’accompagne. La dernière fois qu’elle a vu Tina courir, c’était à l’époque où elle vivait à Vancouver.

Bette est réveillée par leurs rires. Elle se redresse et les observe se préparer à aller faire un footing. En passant devant elle, Sasha lui dit :

 

            -À ce soir, Bette.

            -À ce soir, bégaie Bette.

 

Tina a un peu de mal à suivre sa fille, mais celle-ci est très patiente.

 

            -Maman ?

            -Oui, mon cœur ?

            -Vous allez encore vous faire la tête longtemps, Bette et toi ?

 

Tina stoppe sa course nette.

 

            -C’est compliqué, dit Tina.

            -Arrête de toujours me répondre que c’est compliqué. Je sais ce que t’as dit Bette l’autre soir et je sais aussi qu’elle regrette ce qu’elle t’a dit. J’aime pas vous voir comme ça.

            -Tu devrais te dépêcher sinon tu vas finir par être en retard.

            -C’est ça, change de sujet, termine Sasha avant de se remettre à courir.

 

Tina regarde sa fille s’éloigner et fait demi-tour en petite foulée.

Quand elle entre dans la maison, elle voit que Bette est en train de boire un café. Elle la fixe tout en allant à la salle de bain.

En sortant de la cabine de douche, Tina sursaute. Elle ne s’attendait pas à voir Bette assise sur le rebord de la baignoire. Celle-ci lui tend une serviette qu’elle s’empare aussitôt pour s’en entourer.

 

            -J’en ai marre, commence Bette. J’en ai marre de continuer à t’ignorer ou à ce que toi, tu m’ignores. Je sais que j’ai dit des choses horribles. Des choses que je regrette sincèrement. Je ne les pensais pas une seule seconde, j’étais juste en colère contre moi.

            -Est-ce que ce sont des excuses ? lui demande Tina.

            -Oui. Est-ce que tu les acceptes ?

 

Tina fixe Bette dans les yeux.

 

            -J’accepte tes excuses, Bette, mais ce que tu m’as dit m’a fait beaucoup de mal.

            -Je sais, dit Bette en se rapprochant. Je suis désolée. Dis-moi ce que je peux faire ?

            -Me laisser du temps.

            -D’accord.

 

Une douleur surprend Bette au niveau des cervicales.

 

            -Qu’est-ce que tu as ? s’inquiète Tina.

            -Ce n’est rien. C’est juste que j’ai très mal dormi cette nuit.

 

Tina esquisse un petit sourire.

 

            -Pourquoi tu souris ? lui demande Bette.

            -Je ne te pensais pas capable de passer trois nuits sur le canapé.

            -Tu as l’intention de m’en faire passer une quatrième ?

            -Je ne sais pas. Peut-être.

 

Tina s’apprête à retourner dans la chambre quand elle sent la main de Bette enserrée son poignet. Elles se regardent dans les yeux et Tina se rapproche de Bette pour déposer ses lèvres sur celles de Bette, qui essaie d’aller plus loin mais Tina lui retire ses mains.

 

            -J’ai accepté tes excuses, ce qui ne veut pas dire que je vais m’envoyer en l’air avec toi.

 

Sur ce, Tina s’éclipse dans la chambre pour s’habiller. Elle laisse Bette pantoise.

 

***

 

Bette et Tina se rendent au match de Sasha, mais avant elles passent prendre Kit. Cette dernière constate aussitôt un léger réchauffement entre les deux jeunes femmes assises à l’avant.

Quand elles arrivent sur le parking du gymnase où va se dérouler le match, celui-ci est déjà pas mal rempli. Bette ronchonne pour trouver une place. Elle se retient de ne pas crier sur Tina lorsque celle-ci lui annonce trop tard qu’il y avait une place de libre sur sa droite. De plus, une voiture lui coupe la priorité et lui vole la place qu’elle avait trouvée.

 

            -Non, mais c’est pas vrai ! hurle Bette. Regarde-moi ce con !

 

C’est après avoir fait le tour plusieurs fois du parking en un quart d’heure, qu’elle trouve enfin une place.

Toutes les trois se dirigent vers le hall où les filles les attendent. Elles, elles ne semblent pas avoir eu de difficultés pour trouver une place. Elles se dirigent donc à leurs places dans les gradins au premier rang.

Dix minutes plus tard, on annonce l’entrée des joueuses. Tina ne peut cacher sa fierté en voyant sa fille rentrer sur le terrain.

Le coup de sifflet est lancé.

L’équipe de Sasha mène la partie. À chaque panier inscrit par l’équipe de Sasha, les filles se lèvent en applaudissant fortement.

Le match touche à sa fin. L’équipe adverse a rattrapé son retard. Peu de temps avant la fin de match, Sasha marque un panier qui fait remonter son équipe mais pas suffisamment pour qu’elle emporte le match.

Bette et Tina, qui se tenaient la main durant toute la durée du match, se détachent aussitôt comme si ce qu’elles venaient de faire était un pêché. Sasha retrouvent les filles. Elle vient se blottir dans les bras de Tina, déçue. Tina tente de la réconforter.

 

            -Tu as été géniale, lui dit Tina.

            -Tina a raison, tu as été géniale, lui dit Shane.

            -Je voulais qu’on gagne ce match, déclare Sasha.

            -Tu le gagneras la prochaine fois, lui dit Tina.

            -Mouais.

            -Comment tu as appris à jouer ? lui demande Alice.

            -Quand on était à New York, maman me faisait garder par nos voisins, explique Sasha. Ils avaient un fils, Nathan, qui jouait tout le temps au basket. Je le regardais jouer et puis un jour, il m’a appris.

 

L’entraineur de Sasha souhaite s’entretenir avec son équipe encore quelques minutes, alors Sasha retourne au vestiaire. Elle ressort toute guillerette.

 

            -À quoi doit-on ta bonne humeur si soudaine ? lui demande Bette.

            -Mon entraineur m’a félicitée.

 

Tina embrasse sa fille et tout le monde repart.

Elles se rendent toutes au Planet pour fêter le super jeu de Sasha à défaut de la victoire.

 

***

 

Lorsqu’elles rentrent chez elles, Sasha va directement se coucher. Elle ne tient plus yeux ouverts, de plus, elle a envie d’être en forme pour aller avec Bette visiter une galerie. Elle a vraiment envie de découvrir la passion de Bette.

Bette, elle aussi, a du mal à garder les yeux ouverts, alors elle prépare son lit de fortune sur le canapé. Elle commence à s’installer quand Tina lui dit :

 

            -Viens te coucher dans le lit. Tu seras certainement beaucoup mieux que dans ce canapé. Il vaut mieux que tu sois en forme pour demain. Je n’ai pas envie qu’après tu me reproches que tu n’as pas pu apprécier la visite parce que tu as mal dormi.

 

Après un dernier regard vers Tina afin de vérifier que ce que lui dit Tina n’est pas une blague pour la tester, elle se lève et la suit jusqu’à la chambre. Elles se couchent. Tina reste quand même un peu éloigner de Bette, bien qu’elle sente le bras de celle-ci dans son dos. Bette n’est pas si loin d’elle.

Le lendemain, Tina se réveille la première. Elle remarque le bras de Bette qui l’entoure et son corps blottit contre le sien. Elle sourit. Cela lui avait manqué. Juste sentir le corps de Bette contre le sien et son bras l’entourant. Elle se retourne afin de guetter le réveil de Bette. Plusieurs jours sans pouvoir la voir se réveiller est trop long, beaucoup trop long, surtout que c’est son moment préféré les matins, voir Bette se réveiller. Et ce réveil qu’elle attend ne tarde pas à avoir lieu. En effet, Bette ouvre doucement les yeux et un peu surprise de découvrir Tina si proche d’elle alors qu’elle se montrait encore si distante quand elles se sont couchées.

 

            -Bonjour, lui murmure Tina.

            -Bonjour.

 

Il devient de plus en plus difficile pour Bette de résister à Tina. Elle n’a plus la force qu’elle avait à l’époque, elle ne l’a plus depuis qu’elle a connu plus avec elle. Alors, Bette s’éloigne de Tina pour se lever. Elle doit aller se préparer. Elle part dans deux heures.

Il est 9 heures 30 lorsque Sasha se lève. Bette l’attend pour partir. Elle, qui pensait pouvoir partir à 10 heures 30, partira finalement à 11 heures.

Durant le trajet jusqu’à la galerie, Sasha pose une multitude de questions à Bette. Elle lui demande quelle est la différence entre l’impressionnisme et le surréalisme, qu’est-ce qu’elle ressent quand elle voit une œuvre, qu’est-ce qui lui fait penser que cette œuvre est plus réussie qu’une autre alors qu’esthétiquement ce n’est pas vraiment ça… Bette y répond sans en être agacée. À vrai dire, cela lui fait plaisir que Sasha s’intéresse à ce qu’elle aime et même si elle n’aime pas, elle s’y intéresse.

Le matin, elles vont voir l’exposition que Bette avait vraiment envie de voir. Sasha, encore, lui pose des questions. Puis après avoir déjeuné en tête à tête, elles se rendent au Hammer où à lieu une rétrospective d’Allen Barnes. Bette tenait à y aller car c’est sur le travail de cette artiste que Bette avait fait sa thèse. Bette explique à Sasha comment elle avait fait pour avoir la possibilité de voir l’œuvre sur laquelle elle avait écrit. Sasha n’en revient pas de ce qu’elle avait fait.

Il est près de 19 heures quand elles sont de retour à la maison. Tina est surprise de voir que sa fille a adoré. Elle ne pensait pas que sa fille aimerait autant. 


Jenel  (03.06.2013 à 23:08)

Sasha est déjà partie au lycée quand Bette s’apprête seulement à partir à l’université. Elle se sert une énième tasse de café qu’elle boit tout en fixant Tina. La nuit passée a été comme la précédente. Elles se sont endormies éloignées l’une de l’autre pour qu’au matin, elles se retrouvent enlacées.

Tina est sur le point de franchir le seuil de la porte quand Bette l’interpelle.

 

            -Tina ?

 

Tina se retourne.

 

            -Est-ce que tu es libre pour qu’on déjeune ensemble, aujourd’hui ? lui demande Bette. J’aimerais qu’on se parle. 

            -Oui, répond simplement Tina.

            -Je passe te prendre à quelle heure ?

            -13 heures, ça te va ?

            -C’est parfait.

            -Alors, à tout à l’heure.

 

Tina franchit le seuil de la maison en se doutant parfaitement de quoi Bette veut parler.

Il est 12 heures 30 quand elle arrive aux studios. Sur le chemin qui la mène au bureau de Tina, elle croise plusieurs personnes qui la regardent comme si elle était une pestiférée.

 

            -Je n’en reviens pas, dit une voix derrière elle. Bette Porter !

 

À l’entente de son nom, Bette se retourne et tombe sur une jeune femme qui sur le moment elle ne reconnait pas. La femme s’avance vers elle et Bette ouvre de grands yeux. Elle non plus n’en revient pas de la revoir.

 

***

 

Bette se met soudainement à rire de la situation.

 

            -Phoebe Kadlec ! Qu’est-ce que tu fais ici ?

            -Je travaille ici.

            -Vraiment ?

            -Je m’occupe des décors.

 

Bette sourit. Elle aurait du s’en douter.

C’est à ce moment que Tina sort de son bureau. Elle s’arrête en plein milieu du couloir, surprise de découvrir Bette en train de discuter avec celle qui est censée être en train de monter le décor du film. Elle est encore plus surprise quand elle voit Bette en train de rire. Non, elle ne rêve pas, Bette est bien en train de flirter avec cette femme. Elle reprend alors son chemin, bien décidée à mettre un terme à ce flirt et surtout à sermonner cette femme qui, au lieu de bosser et prend du retard, flirte avec sa petite amie.

Phoebe remarque Tina s’avancer vers elle.

 

            -Je vais devoir te laisser, y a mon patron qui arrive. On pourrait peut-être diner ensemble ? propose Phoebe.

            -Pourquoi pas, répond Bette.

            -Demain soir, tu es libre ?

            -Euh, oui.

            -Dans ce cas, retrouve-moi ici, demain, pour 20 heures.

            -Ok.

 

Phoebe retourne sur le plateau. Elle passe devant Tina qui la regarde d’un œil noir. Elle a de la chance qu’elle fut sur le chemin qui la mène au plateau, sinon elle aurait passé un sale quart d’heure. Tina s’arrête devant Bette encore sous le choc de ses retrouvailles. Bette se penche pour embrasser Tina, mais celle-ci se recule. Bette ne comprend pas la réaction de Tina immédiatement, elle engage alors le pas vers la sortie. 

Sans un mot, elle suit Bette.

Elles sont sur la terrasse du restaurant. Elles déjeunent en silence. Bette voit bien que quelque chose cloche.

 

            -Bon, qu’est-ce qu’il y a ? lui demande Bette.

            -Rien.

            -Tina !

            -Ça te plait de flirter devant moi ? s’emporte Tina.

            -Quoi ?

            -Tu crois que je ne t’ai pas vu ?

            -Tu parles du moment où j’étais en train de parler avec Phoebe ?

            -Je vois qu’en plus tu l’appelles déjà par son prénom.

            -Serais-tu jalouse par hasard ?

            -Pas du tout, ment Tina.

            -Bien sûr.

 

Elles continuent de déjeuner, mais Tina ne montre toujours aucun signe d’apaisement.

           

            -Ok, déclare Bette agacée. Phoebe est la première fille avec qui j’ai couché.

 

Tina relève la tête. Elle attend plus d’explications désormais.

 

            -J’étais en licence et elle en maitrise. Elle était en art dramatique. On s’entendait bien, on avait des discussions intenses. Le soir de la dernière représentation de la pièce qu’elle gérait, on s’est pris une cuite et on a passé trois jours au lit jusqu’à ce que son ex arrive.

 

Tina ne répond rien et ne montre aucune émotion à part la jalousie. Bien que cette émotion, que Tina porte en ce moment, plaise énormément à Bette puisque cela lui prouve son attachement pour elle, cela l’agace quelque peu. Elle voulait déjeuner en tête à tête, en amoureuses, au lieu de cela, elle déjeune face à une Tina totalement enfermée dans son mutisme. Elle aurait déjeuné seule, ça aurait été la même chose pour Bette.

 

            -Tina, je voulais qu’on déjeune ensemble pour qu’on se parle, pas pour que tu passes l’heure du déjeuner à me faire la tête.

 

Toujours aucune réponse de Tina.

 

            -Qu’est-ce que j’ai encore fait de travers ? lui demande Bette. Je me suis excusée pour ce que je t’ai dit l’autre jour. Je fais des efforts mais toi, tu en fais aucun.

            -Excuse-moi, finit par dire Tina après un bref silence.

            -Demain, j’ai rendez-vous avec Joyce. Tu viens avec moi ?

 

Tina hoche positivement de la tête.

Elles terminent le déjeuner et Bette reconduit Tina aux studios. Bette pensait que ce déjeuner aurait permis d’arranger les choses, mais non, au contraire, cela s’est envenimé.

 

***

 

Le soir, à la maison, l’ambiance n’est guère meilleure. Tina s’est couchée sans dire un mot. Encore une nuit où aucun rapprochement ne s’est effectué.

Il est 15 heures quand Bette et Tina se rendent au cabinet de Joyce. Cette dernière les accueille chaleureusement.

 

            -Installez-vous, leur dit-elle. Alors ?

            -Vous avez eu des nouvelles ?

            -Oui, répond Joyce. Et malheureusement, elles ne sont pas bonnes. Il faut dire que vous n’avez pas eu de chance, vous êtes tombées sur Jackie Silver. Une vraie teigne.

            -Que pouvons-nous faire ?

 

Joyce voit bien que quelque chose se passe entre les deux jeunes femmes.

 

            -Tina ? Vous êtes toujours d’accord que Bette fasse cette demande d’adoption ? lui demande Joyce.

            -Bien sûr, répond Tina. Pourquoi cette question ?

            -Vous avez l’air contrariée. Vous êtes en froid toutes les deux ?

            -Un peu, oui, répond Bette avec franchise.

            -Vous l’étiez déjà quand Jackie Silver est passée chez vous ?

            -Non.

 

Joyce fait le tour de son bureau pour se rapprocher des deux jeunes femmes. Elle s’appuie contre son bureau.

 

            -Bon, puisque Tina est toujours d’accord pour que vous poursuiviez cette démarche, je vais faire pour que vous puissiez avoir un autre avis, avec une nouvelle assistante sociale. En espérant, cette fois, que cela se passera bien.

 

Elles discutent encore quelques minutes des formalités. Puis, Joyce les raccompagne.

 

            -Un conseil, réglez vos problèmes avant la nouvelle visite.

 

Bette et Tina se regardent. Joyce a raison sur ce point. Il est temps qu’elle règle leurs problèmes.

 

***

 

Bette se prépare pour sortir diner. Elle n’en a pas encore parlé à Tina. Elle craint sa réaction.

 

            -Tu sors ? lui demande Tina.

            -Oui. Je dine avec Phoebe.

            -Je vois.

            -Ce n’est pas ce que tu crois, lui dit Bette.

            -Mais je ne crois rien. Tu veux adopter Sasha mais tu n’as pas envie de régler les problèmes que nous avons, je ne vois pas pourquoi tu veux poursuivre cette démarche.

 

Bette fait volte-face.

 

            -Tu exagères là ! C’est toi qui fais tout pour repousser la discussion. Hier, lors du déjeuner, je voulais qu’on en parle, mais tu t’es enfermée dans ton mutisme.

            -Ok, c’est de ma faute pour hier, ok.

 

Après quelques minutes de silence.

 

            -J’y vais, dit Bette. On en parle quand je rentre.

            -Ça va dépendre de l’heure à laquelle tu vas rentrer, rétorque Tina. On ne sait jamais ce qui peut arriver.

 

Bette ne relève pas. Elle prend ses clés de voiture et file.

Elle passe prendre Phoebe aux studios et se rendent au restaurant. Elles commandent et commencent à discuter.

 

            -Au fait, tu ne m’as pas dit pourquoi tu étais aux studios, hier ?

            -Je passais prendre Tina pour aller déjeuner.

            -Tina Kennard ?

            -Oui. C’est ma compagne.

            -Vraiment ?

           

Bette acquiesce. Phoebe parait surprise. Elle n’imagine pas une seconde sa patronne avec Bette. Puis la discussion tourne autour de leur travail et un peu de leur courte histoire. Bien que la discussion soit intéressante, elle n’est pas aussi attentive que si c’était avec Tina qu’elle dinait. Tina pouvait lui raconter n’importe quoi, elle l’écoutait, elle avalait ses paroles.

Bette regarde sa montre. Elle se dit qu’elle devrait y aller pour avoir une chance de discuter avec Tina, tenter de mettre les choses à plat.

 

            -Tu dois partir ? lui demande Phoebe.

            -Oui, je suis désolée.

            -Si tu ne rentres pas, Tina va te faire une crise de jalousie.

 

Bette pousse un petit rire nerveux.

 

            -Tina n’est pas du genre à faire des crises de jalousie. On se fait confiance sinon je ne serais pas là.

           

Elle se lève et règle l’addition, puis part.

Une fois dans sa voiture, elle souffle fortement. Elle pensait que ce diner n’allait jamais se finir.

 

***

 

Quand elle rentre chez elle, tout est éteint. Il n’y a aucun bruit. Elle s’avance dans la maison sans faire un bruit. Elle ouvre la porte de la chambre, y pénètre toujours sans faire de bruit, puis referme la porte derrière elle. Elle se déshabille, revêt son pyjama et se couche. Elle vient se coller à Tina qu’elle entoure de son bras.

 

            -Tee, tu dors ? lui murmure Bette.

 

Tina rouvre les yeux et soupire.

 

            -Non, répond-t-elle.

 

Elle se décale sur le dos et fixe, malgré le noir total qui emplit la pièce, Bette.

 

            -Je t’aime, lui dit Bette.

            -Moi aussi je t’aime.

            -Tu te rends compte que c’est la première fois qu’on se fait la tête. Je n’aime pas ça et je sais que c’est de ma faute.

            -Ce n’est pas uniquement de ta faute, Bette.

            -Bien sûr que si. Je t’ai dit des choses horribles.

            -C’est vrai mais tu les as aussi dites sous le coup de la colère et du stress. Je ne peux pas te dire que ça ne m’a pas fait mal ce que tu as dit, mais je sais que tu ne les pensais pas et pourtant elles sont sorties de ta bouche. Jamais je n’aurais pensé entendre ce genre de choses venant de toi.

 

Bette baisse les yeux, honteuse.

 

            -Je suis désolée, dit faiblement Bette.

            -Sinon, comment s’est passé ton diner ?

            -Ennuyeux. Je n’avais qu’une envie… te retrouver.

 

Tina sourit. Elle prend la main de Bette dans la sienne et joue avec. Puis, elle se bascule sur le côté, dos à Bette, mais comme elle a toujours la main de Bette dans la sienne, cette dernière vient à nouveau se coller au dos de Tina. Elles s’endorment ainsi, un peu plus apaisées que ces derniers jours.

Le lendemain matin, elles sont réveillées par quelqu’un qui frappe à la porte. Bette, qui a du mal à ouvrir les yeux, se lève pour aller ouvrir à l’importun qui ose venir les déranger à 7 heures du matin.

 


Jenel  (08.06.2013 à 16:17)

Bette ouvre la porte prête à maugréer avec force lorsqu’elle se retrouve nez à nez à une femme en fauteuil roulant, qui remercie deux hommes de l’avoir aidée à gravir les marches du perron.

 

            -Que puis-je pour vous ? demande Bette docilement.

            -Je suis Roberta Collie, des services sociaux. J’ai été mandatée en urgence sur le dossier concernant la demande de Mademoiselle Bette Porter qui est l’adoption de Sasha Kennard.

            -Je suis Bette Porter, dit Bette.

            -Puis-je entrer ? demande Roberta.

            -Euh, bien sûr.

 

Bette se circule et laisse entrer Roberta. Elle la voit qui jette un œil circulaire.

 

            -Je suis surprise de votre visite si matinale, dit Bette.

 

Roberta se retourne pour voir Bette.

 

            -Hier, en fin de journée, peu de temps avant que je parte, j’ai reçu un appel qui me disait que j’avais un nouveau dossier à traiter en priorité. Donc, quand on me dit en priorité, je le fais sans tarder, explique Roberta.

            -Évidemment. Par contre, Sasha et Tina dorment encore.

            -Vous pouvez aller les réveiller ?

            -J’y vais.

 

Bette se rend dans sa chambre en premier afin de réveiller Tina, qui n’a semble-t-il pas été perturbée plus que ça. Bette la secoue légèrement pour qu’elle se réveille.

 

            -Tee ! Réveille-toi ! Y a une assistante sociale dans le salon qui nous attend.

 

Tina ouvre difficilement les yeux.

 

            -Quoi ?

            -Désolée mais c’est la vérité.

            -Mais qu’est-ce qu’elle fait là, à cette heure-ci ?

            -Nous sommes une priorité. Je vais réveiller Sasha.

 

Bette quitte la chambre pour aller dans la seconde réveiller Sasha qui dort profondément tel un bébé. Elle, qui ne commence qu’à 10 heures, va être ravie de se lever à 7 heures.

 

            -Sasha, debout ! lui dit Bette.

            -Non, je commence qu’à 10 heures, répond Sasha encore endormie.

            -Je sais, ma puce, mais y a une assistante sociale qui nous attend dans le salon.

 

Sasha se redresse d’un coup.

 

            -C’est pour l’adoption ?

            -Oui.

 

À cette affirmative, Sasha se lève d’un bond.

Quand elles arrivent au salon, elles découvrent Tina qui est déjà en train de discuter avec Roberta. Quand cette dernière aperçoit Sasha, elle stoppe sa conversation d’avec Tina pour s’approcher de l’adolescente.

 

            -Bonjour Sasha, je suis Roberta Collie. C’est moi qui reprends la demande d’adoption de Mademoiselle Porter. On peut s’installer toutes ensemble ?

            -Bien sûr, répond aussitôt Bette.

 

Elles s’installent alors au salon. Bette entre Tina et Sasha.

 

            -Bien. J’ai lu le rapport préliminaire de ma collègue. Elle vous décrit comme arrogante, dit-elle à l’adresse de Bette.

            -Vous pensez que je suis arrogante ? lui demande Bette.

            -Vous, continue-t-elle sans se préoccuper de la question de Bette. Elle vous décrit comme un mouton de panurge, vous n’osez pas affronter votre compagne.

 

Tina est choquée par ce qu’elle entend.

 

            -Vous avez fait appel avant même que la décision ne soit effective, pourquoi ? demande Roberta à Bette.

            -Parce que j’ai tout de suite compris que votre collègue ne me ferait aucun cadeau.

            -Vraiment ? Nous n’agissons pas à la légère. Une adoption est une démarche sérieuse.

            -Je le sais, moi non plus, je ne me suis pas lancée dans cette démarche à la légère.

            -J’ai pu le constater, en effet. Sasha, dis-moi, comment vois-tu cette adoption ?

            -Je ne comprends pas votre question, lui dit Sasha.

            -Cette adoption, ça te fait quoi ? Tu es plutôt ravie, angoissée, inquiète…

            -Ravie, répond Sasha. Ça me fait plaisir que Bette veuille m’adopter sachant que…

            -Que ?

            -Que je suis née d’un viol. Malgré ça, je sais que Bette m’aime.

            -Je n’en doute pas mais à quoi vois-tu l’affection que Bette te porte ?

            -Elle est venue me voir jouer, elle vient me chercher à la fin de mes entrainements, elle me fait découvrir sa passion en m’expliquant pleins de choses.

            -Pourtant, j’ai lu dans le rapport de ma collègue que Bette n’ait jamais venu te voir jouer.

            -C’est vrai, j’ai dit ça, mais quand votre collègue est venue me parler, je n’avais pas encore joué de match. Ma mère ne vient jamais me voir en dehors des matchs de compétitions et ça ne fait pas d’elle une mauvaise mère pour autant. Bette veut m’adopter, maman est d’accord et moi aussi. Je ne vois pas pourquoi vous êtes là, à nous poser des questions qui ne servent à rien.

 

Bette et Tina regardent Sasha avec surprise.

 

            -C’est la procédure, Sasha. Pour toute demande d’adoption, nous devons visiter les familles afin de voir s’ils sont aptes à élever un enfant, explique Roberta.

            -Vous pensez sérieusement que ma mère, qui m’a élevée toute seule, accepterait que Bette m’adopte si elle n’avait pas confiance en elle ? Vous croyez qu’elle me laisserait aux bras de n’importe qui ?

           

Roberta ne répond rien. Elle observe les deux femmes qui sont surprises de voir Sasha ainsi.

 

            -Bon. Je crois que nous avons tout vu ensemble, finit par dire Roberta. Je remettrai ma décision à votre avocat en fin de semaine.

 

Roberta roule en direction de la porte. Elle est déjà sur le seuil quand elle se retourne sur les deux jeunes femmes qui l’ont accompagnée.

 

            -En tout cas, votre fille, dit-elle à Tina, a un sacrée caractère. Je ne sais pas comment cela est possible, mais elle a votre caractère, Mademoiselle Porter.

 

Roberta laisse les Bette et Tina sans réaction.

Tina referme la porte et fixe sa fille. Elle non plus ne l’avait pas reconnu. Elle, d’habitude si douce, s’est montrée comme Bette peut l’être parfois.

 

***

 

Le vendredi suivant, Bette est à l’université, à son bureau, quand elle reçoit un appel sur son portable. Elle ne regarde pas qui est l’appelant et donc s’imagine que c’est Tina. Elle ne voit qui cela pourrait être d’autre.

 

            -Oui ? dit Bette.

            -Bette, c’est Joyce.

 

Bette se redresse sur son siège, plus qu’attentive à ce que va lui dire son avocate.

 

            -J’ai une bonne nouvelle pour vous !

            -Je vous écoute, dit Bette de plus en plus stressée.

 

Bien qu’elle se doute de ce que peut être cette bonne nouvelle, elle a besoin de l’entendre dire.

Elle a besoin d’entendre ces mots sortir de la bouche de son avocate. Elle en a besoin pour que cela devienne vraiment réel pour elle.

 

            -Votre demande d’adoption a été acceptée, s’exclame Joyce.

            -Vous êtes sûre ? demande Bette pour être assurée.

            -Tout à fait ! Je vous attends à mon bureau avec Tina pour signer les papiers d’adoption.

            -Je passe prendre Tina et nous arrivons.

 

Bette raccroche et ne peut s’empêcher de pousser un cri de joie. La porte de son bureau étant ouverte, elle voit James qui regarde surpris dans sa direction.

 

            -C’est accepté ! lui dit Bette. La demande d’adoption a été acceptée !

            -Félicitations Bette, lui dit James.

            -Merci.

 

Bette se lève et bouge dans tous les sens à la recherche de son sac.

 

            -James, prends tous les messages, lui dit Bette. Il faut que je m’absente.

            -Ok.

 

Elle sort de son bureau et se précipite au parking. Elle met le contact et se dépêche pour se rendre aux studios.

Bette se gare et se précipite à l’intérieur, à la recherche de Tina. Elle ne l’avait pas appelée parce qu’elle voulait lui faire la surprise. Elle se renseigne à l’accueil. On lui annonce que Tina est sur le plateau. Y étant déjà venue, Bette s’y rend.

Quand elle arrive sur le plateau, elle voit Tina en pleine discussion avec son assistante de production. Elle lui fait un signe. Tina est plus que surprise de la trouver ici. Elle la rejoint.

 

            -Qu’est-ce que tu fais là ? lui demande Tina.

            -Est-ce qu’on peut aller dans ton bureau ?

            -Euh, oui. Viens.

 

Bette enclenche le pas de Tina. Elles entrent dans le bureau de cette dernière.

 

            -Je t’écoute, lui dit Tina, une fois la porte close.

            -Je viens de recevoir un appel de Joyce, commence Bette. Et c’est bon !

            -Qu’est-ce qui est bon ? demande Tina dans l’incompréhension.

            -L’adoption.

            -Tu es sérieuse là ?

            -Oui ! Joyce nous attend pour signer les papiers.

            -Mais je ne peux pas m’absenter maintenant, je suis en plein milieu du tournage d’une scène.

            -Tee, tu peux quand même t’absenter une heure. Juste une heure. Le temps de signer les papiers.

 

Face à la mine suppliante de Bette, Tina cède.

 

            -Bon, je vais m’arranger. Attends-moi ici, je reviens.

 

Tina va pour ressortir de son bureau quand Bette la retient. Elle lui fait face.

 

            -Ça te fait plaisir ? lui demande Bette inquiète.

            -Bien sûr ! Pourquoi tu me demandes ça ?

            -Tu n’as pas l’air si enjouée que ça.

 

Tina sourit et prend le visage de Bette entre ses mains pour la fixer intensément.

 

            -Je suis plus qu’heureuse que Sasha soit officiellement ta fille, lui dit Tina.

 

Elle dépose ses lèvres sur celles de Bette.

 

            -Je reviens.

 

Tina retourne sur le plateau le temps de s’arranger avec son assistante.

 

***

 

Lorsqu’elle entend qu’elles sont là, Joyce les accueille aussitôt. Elle leur fait signe de prendre place.

 

            -Alors, maintenant, on peut ouvrir le dossier « Famille Porter-Kennard » ?

 

Bette et Tina se regardent puis répondent en chœur :

 

            -Oui !

 

Joyce sourit et pianote sur son clavier. Puis, elle sort le document qui officialise la demande.

 

            -Je vais vous demander de le signer toutes les deux, leur dit Joyce.

 

Elle leur tend un stylo et Bette signe la première. Tina fixe un instant le document. Tout cela devient réel désormais. À partir de maintenant, sa fille va avoir deux parents et plus un seul comme ce fut le cas pendant 15 ans. Puis, tout à coup, Tina sourit.

 

            -Qu’est-ce qui se passe, Tina ? lui demande Joyce.

 

Bette et Joyce fixent Tina avec inquiétude.

 

            -Ce n’est rien, répond Tina. C’est juste que… aujourd’hui, c’est l’anniversaire de Sasha et c’est aujourd’hui qu’elle devient ta fille, dit-elle en visant Bette.

 

Bette n’avait pas fait le rapprochement. Elle regarde la date et en effet, on est bien 9 décembre, jour où Sasha est née.

En sortant du bureau, Bette et Tina envisagent de fêter dignement l’anniversaire de Sasha mais aussi l’adoption. Comme elles savent toutes les deux que Sasha adore le Planet, elles s’y rendent afin de mettre au courant Kit de leur souhait. Kit accepte de suite. Sasha est officiellement sa nièce. Elle va lui organiser son plus bel anniversaire.

Bette ramène Tina aux studios. Elle ne pouvait pas ne pas retourner aux studios. Dès que Tina fut de retour à son travail, Bette retourne au Planet afin d’aider sa sœur à tout organiser pour l’évènement.

Alice et Shane arrivent et se demandent ce qui se passe, alors Bette leur explique tout et les deux filles prennent Bette dans leur bras. Elles sont plus que contente pour leur amie.

 

***

 

Le soir venu, Tina passe prendre Sasha à la sortie du lycée. Tina n’a rien divulgué, elle laisse ce plaisir à Bette.

Sasha, en voyant que Tina ne prend pas la direction de la maison, s’inquiète.

 

            -On va où ? demande Sasha. On ne rentre pas à la maison ?

            -Pas tout de suite. Je dois passer au Planet avant.

 

Quelques instants plus tard, Tina se gare sur le parking du Planet et descend. Sasha, quant à elle, reste assise dans la voiture. Tina, qui s’avançait déjà vers l’entrée du café, se retourne pour voir ce que fait sa fille. Ne la voyant pas sortir de la voiture, elle y retourne et toque à la fenêtre. Sasha abaisse la vitre.

 

            -Tu viens ? lui dit Tina.

 

Sasha remonte la vitre et descend du véhicule pour suivre sa mère.

Tina fait entrer l’adolescente en premier.

 

            -Bon anniversaire ! lui hurle les filles.

 

Sasha se retourne sur sa mère souriante et la prend dans ses bras.

 

            -Bon anniversaire, mon cœur, lui dit Tina.

 

Chacune des filles prend Sasha dans ses bras pour lui souhaiter un joyeux anniversaire. Bette est la dernière à le lui souhaiter. Elle lève les yeux sur Tina qui lui fait comprendre d’un signe que maintenant elle peut lui annoncer la bonne nouvelle.

 

            -Sasha, j’ai quelque chose à te dire, lui dit Bette avec gravité.

            -Quoi ? s’en inquiète Sasha.

            -En fait, cet après-midi, j’ai reçu un appel de Joyce.

            -L’avocate ?

            -Oui. Elle m’a appelé pour me donner la réponse au sujet de ton adoption.

            -Et alors ?

            -Eh bien…

 

Bette voit l’inquiétude grandir au fil des secondes qui défilent. Elle esquisse alors un large sourire et lui dit :

 

            -La demande a été acceptée. Tu es, depuis aujourd’hui, ma fille.

            -C’est vrai ?

 

Elle se tourne vers Tina qui acquiesce aussi souriante que l’est Bette. Puis, Sasha refait face à Bette et se jette dans ses bras.

 

            -Je suis trop contente ! déclare Sasha.

 

C’est à ce même moment que Kit revient avec un gros gâteau avec quinze bougies allumées. Les filles se mettent alors à chanter la chanson adaptée à la circonstance et Sasha souffle en une fois les quinze bougies. Les filles applaudissent fortement.

La famille Porter-Kennard rentre chez elle.

Après avoir diné, Sasha va directement se coucher, car, le lendemain, elle a entrainement. Elle embrasse ses deux mamans et leur dit bonne nuit. Bette et Tina se retrouvent alors seules. Bette sort dans le jardin prendre l’air. Elle ne réalise toujours pas que Sasha est maintenant sa fille. Tina la rejoint et l’enlace à la taille, le menton posé sur son épaule.

 

            -Qu’est-ce qui se passe ?

            -Rien. Juste que je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui m’arrive, répond Bette.

            -Jamais je n’aurais pensé qu’un jour je retrouverais mon premier amour et qu’il adopterait ma fille.

 

Bette se retourne pour serrer Tina dans ses bras. Elle l’embrasse dans le cou et remonte retrouver ses lèvres. Cela fait des jours qu’elles ne se sont pas embrassées ainsi.

 

***


Jenel  (11.06.2013 à 22:50)

Elles rejoignent rapidement leur chambre.

Tina est allongée sur le dos, Bette à ses côtés, blotties l’une contre l’autre. La main de Bette part du genou gauche de Tina et remonte délicatement jusqu’à venir se poser sur le ventre. Sa main glisse sous le tee-shirt pour enfin toucher son corps. Ce corps qu’elle n’a pas pu avoir accès pendant des jours qui lui ont paru une éternité.

Elles ne cessent de s’embrasser. Alors que la main de Bette repart à la découverte de sa personne, la sienne caresse le bras de Bette, celui dont la main est en train de l’explorer. Elle la glisse jusque dans son cou pour la refaire revenir devant. Les vêtements de chacune deviennent rapidement de trop. Elles sont à la limite de les déchirer pour pouvoir les retirer sans perdre une seconde.

Une fois nues, Tina vient se placer au dessus de Bette. Un sourire plein de malice sur les lèvres. Elle empêche Bette de la toucher, ce qui déplait à cette dernière.

 

            -Ne sois pas si impatiente, lui dit Tina. On est restée plus d’une semaine sans faire l’amour, on peut bien encore tenir quelques minutes.

            -Serais-tu en train de me tester ? lui demande Bette.

            -Si c’était le cas, je serais en train de me tester aussi. Non, je veux juste qu’on prenne notre temps. J’aimerais que ce soit comme la toute première fois qu’on ait fait l’amour.

 

Bette se redresse sur ses coudes et fixe Tina avec surprise.

 

            -Tu ne te souviens pas de notre première fois ? interroge Tina.

            -Tu crois peut-être que j’ai oublié ?

            -Eh bien, ce n’était pas ta première fois avec une fille. En plus, ta première fois, tu m’as dit avoir passé trois jours au lit, donc…

            -Donc quoi ?

           

Tina ne répond pas, alors Bette la bascule sur le dos et Bette vient prendre place au dessus d’elle.

 

            -Tu ne veux pas me répondre ? Ok, je vais te prouver que je m’en souviens parfaitement, que je n’ai rien oublié de nos deux petites premières heures d’amour.

 

Bette écarte les jambes de Tina pour s’y agenouiller entre, puis elle lui prend ses mains et la fait venir à elle. Elle la regarde un instant avec le sourire. Elles posent alors ses mains sur les joues de Tina et approchent son visage pour l’embrasser. Sa bouche descend dans son cou et remonte à son oreille.

 

            -Alors ? J’ai fait une erreur pour l’instant ? demande Bette.

            -Non, répond Tina.

            -Il me semble qu’à ce moment là, je t’ai murmuré quelque chose.

            -Hun, hun.

            -Il me semble que je t’ai dit je t’aime. Je t’aime depuis toujours.

 

Comme à l’époque, Tina ferme les yeux.

Avec une infinie tendresse, les mains de Bette parcourent son dos tout en déposant de tous petits baisers sur son épaule. Bette pousse délicatement Tina afin qu’elle s’allonge. Tina a toujours les yeux fermés, comme lors de leur première fois, sa respiration se fait plus prononcée aussi. Elle sent la bouche de Bette se poser un peu partout sur elle jusqu’à ce qu’elle vienne retrouver la sienne.

 

            -Regarde-moi, lui dit Bette.

 

Tina rouvre les yeux et fait glisser la main de Bette là où elle l’avait placé à l’époque. Bette sourit. Elle se souvient que c’était à ce moment que Tina s’était libérée. Bette reprend alors ses caresses. Tina se cambre. Elle défait pratiquement les draps en s’y accrochant. Bette l’observe quand elle se perd dans ce paradis. Tina a été plus rapide que la dernière fois pour se perdre. Bette va pour le lui faire remarquer quand Tina la fait basculer sur le dos.  Elle s’abaisse pour l’embrasser. Bette la serre contre elle de manière à ne former plus qu’un avec elle. Bette refait courir ses mains dans son dos. Tina prodigue les mêmes gestes qu’il y a près de 16 ans maintenant. Elle sent Bette qui commence à défaillir. Lorsque c’est le cas, Bette serre Tina un peu plus fort dans ses bras et la garde ainsi jusqu’à ce que la tension qui était montée en flèche redescende un peu.

Leurs deux corps encore en émoi sont en sueur. Bette caresse les cheveux de Tina qui a la tête nichée dans son cou.

 

            -J’ai oublié quelque chose ? lui demande Bette.

 

Tina se redresse un peu, juste assez pour la regarder dans les yeux.

 

            -Je reconnais, tu n’as rien oublié.

 

Bette se met soudainement à rire, suivie par Tina qui se relaisse tomber sur Bette.

Elles le savent, elles ne sont pas prêtes à s’endormir.

 

***

 

Quand Sasha se lève, la maison est calme. Aucune de ses deux mères n’est levée. Elle sourit en passant devant leur chambre. Elle sait qu’elles se sont réellement réconciliées cette nuit, il faut dire que, par moment, elles n’ont pas été très discrètes.

Elle se prépare sans faire de bruit. Elle ne veut en aucun cas les réveiller.

Avant de partir, elle leur laisse un mot où elle leur dit où elle est partie, bien qu’elles doivent le savoir, et pour leur dire surtout l’heure à laquelle elle rentrera.

Peu de temps après le départ de Sasha, Bette se réveille et trouve une Tina encore endormie. Elle ne peut s’empêcher de la réveiller par des baisers déposés dans sa nuque. Tina ouvre difficilement les yeux, puis vient se blottir dans les bras de Bette. Elles ne se parlent pas, c’est totalement inutile.

Au bout d’un moment, Bette va pour se lever mais Tina la retient.

 

            -Qu’est-ce que tu fais ? lui demande Tina.

            -Je me lève.

            -Je vois bien, mais pourquoi ?

            -Sasha ne va sans doute pas tarder à se lever.

 

Tina regarde le réveil rapidement.

 

            -Je pense qu’à cette heure-ci, Sasha est debout depuis longtemps.

            -Quoi ?

            -Tu as oublié qu’elle avait un entrainement, ce matin, à 9 heures.

            -Ah oui, c’est vrai ! J’avais oublié.

            -C’est ce que je constate, sourit Tina. Il va falloir t’améliorer, mon amour, si tu veux être une excellente maman pour nos enfants.

            -Je compte sur toi pour m’apprendre.

 

Bette se penche vers Tina pour l’embrasser et surtout l’entrainer vers le désir. Puisque Sasha n’est pas là, elles peuvent profiter pour rester un peu plus longtemps que prévu au lit.

 

***

 

C’est lorsque la faim se fait ressentir que les deux jeunes femmes se décident enfin à quitter le lit. Elles enfilent quelque chose et se rendent à la cuisine pour grignoter de quoi combler leur autre faim. C’est alors qu’elle découvre le mot de Sasha.

 

            -Sasha ne rentre pas avant 18 heures, dit Bette. Ça nous laisse encore l’après-midi, rien que pour nous.

 

Elles mangent en se dévorant des yeux. Elles se sont installées dans le jardin, bien qu’on soit en décembre, la température est douce à Los Angeles.

Bette observe sa maison. Elle est pensive et Tina le remarque aussitôt.

 

            -À quoi tu penses ?

            -J’étais en train de me dire qu’il serait temps de contacter un entrepreneur pour les travaux. Il va nous falloir une chambre supplémentaire pour le bébé.

            -On a encore un peu de temps. On n’aura pas un bébé avant un an.

            -Je sais mais ça ne coûte rien de faire appel à un entrepreneur pour qu’il nous fasse un devis. J’appellerai lundi.

 

Tina reste silencieuse.

 

            -Tu trouves que je vais trop vite ? s’inquiète Bette.

            -Un peu, oui. Je sais que c’est mon idée de faire des travaux et agrandir notre famille mais je ne voyais pas ça aussi vite.

            -Tu préfères qu’on attende un peu avant d’envisager quoi que ce soit ?

            -Juste quelques mois. On vient à peine de se retrouver, Sasha est ta fille seulement depuis hier. Profitons encore un peu de tout ça, de notre vie à trois.

            -Tu as sans doute raison, soupire Bette.

            -On aura un bébé, je te le promets, la rassure Tina.

 

Tina est sur le point de se lever pour se rapprocher de Bette quand on sonne à la porte. Étonnée, Bette part ouvrir.

 

            -Bonjour, est-ce que Mademoiselle Tina Kennard habite bien ici ? demande un jeune homme.

            -Euh, oui, répond Bette.

            -J’ai un recommandé à lui transmettre.

 

Bette fait entrer le jeune homme tandis que Tina fait son apparition. Tina signe le recommandé et récupère la lettre. Tina regarde l’enveloppe sous toutes ses coutures.

 

            -Qu’est-ce que c’est ? lui demande Bette.

            -Je ne sais pas mais ça vient de New Bern.

 

***

 

Tina ouvre l’enveloppe un peu n’importe comment et reconnait aussitôt l’écriture de son frère. Elle pâlit.

 

            -Alors ?

            -C’est Andrew qui m’écrit, répond Tina.

 

Bette est tout aussi étonnée que Tina. D’après ce qu’elle lui avait dit, elle n’avait gardé aucun contact avec sa famille.

 

            -Comment il a su que tu vivais ici ?

            -Aucune idée.

 

Tina survole la lettre assez brève de son frère. Il a plusieurs mots qui lui sautent aux yeux comme « papa », « venir », « se parler » et « malade ». Elle lit cette lettre à haute voix afin que Bette puisse entendre aussi ce que son frère avait à lui dire de si important pour qu’il prenne la peine de lui écrire après plus de 15 ans.

 

            -« Tina, je sais que tu vas sans aucun doute te poser des questions sur le but de ma démarche, mais il est important que tu sois au courant car malgré ce qui a bien pu se passer ces dernières années, tu fais toujours partie de la famille. En fait, si je me suis permis de te contacter par le moyen de cette lettre, c’est parce que Leanne et moi avons conclu qu’il est temps d’enterrer la hache de guerre. Je parle d’une guerre mais il ne s’agit pas réellement de ça. Bref, nous aimerions que tu acceptes de venir à la maison afin qu’on puisse se parler. Il est sans conteste qu’il est nécessaire que tu acceptes cette proposition car papa est malade, très malade et nous ne pouvons rien envisager pour l’avenir sans ton accord. Je t’ai dit l’essentiel, j’espère que tu seras faire face à ton passé et que tu viendras à New Bern très prochainement. Andrew ».

            -Tu vas y aller ?

            -Je n’en ai aucune idée, avoue Tina. Je ne suis pas certaine d’être prête à revoir mon père, les revoir. Je n’arrive pas à oublier ce qu’il m’a dit. Je n’arrive pas à effacer de ma mémoire les horreurs qu’il m’a dites. Chaque fois qu’on me parle de mon père, ce sont tous ces mots qui me reviennent en tête comme si je l’associais à ça et à rien d’autre.

            -Je comprends, mais es-tu sûre que tu ne regretteras rien si tu n’y vas pas ?

 

Tina secoue la tête de gauche à droite. Elle ne sait pas, elle ne peut pas répondre à cette question. Il est certain qu’elle a tiré un trait sur sa famille, il y a longtemps, mais elle savait qu’ils étaient toujours là. Seulement là, tout semble être différent. Son père risque de mourir dans les jours qui suivent et donc une partie de sa vie aussi.

 

            -Tu ferais quoi à ma place ? lui demande Tina.

            -Franchement, je n’en ai aucune idée. Je ne peux pas me mettre à ta place. Je n’ai pas vécu la même histoire que toi. Mon père n’a pas accepté réellement mon homosexualité mais ce n’était pas pour autant qu’il m’a rejeté.

 

Tina s’assoit sur le canapé et se prend la tête entre ses mains. Elle réfléchit, pèse le pour et le contre. Elle y réfléchit plusieurs longues minutes qui peuvent paraitre insoutenable aux yeux de Bette qui attend patiemment sa réponse.

Soudainement, Tina relève la tête, plonge son regard dans celui de Bette. Elle connait sa décision.

 

            -J’ai bien réfléchi, commence Tina. Il m’a fait beaucoup de mal et par la même occasion, il en a fait à Sasha. Je ne peux pas lui pardonner ça.

            -Et donc ?

 

Tina se lève et s’approche de Bette.

 

***

 

Bette se demande ce que Tina a bien pu décider. Tout porte à croire qu’elle va refuser cette proposition. Elle a beaucoup souffert ces dernières années. Elle a été seule pour élever sa fille alors qu’elle n’avait que 17 ans. Elle n’était sans doute pas prête à vivre ça, qui le serait ? Malgré tout, Tina a bien élevé sa fille, elles sont très complices. Au départ, avant de se lancer dans cette démarche, Bette avait peur de ne pas trouver sa place parmi elles et puis, finalement, Tina et Sasha lui ont laissé une place dans leur vie et, aujourd’hui, Sasha est sa fille.

Tina fait désormais face à Bette. Elle la fixe dans les yeux.

 

            -Je vais y aller, dit Tina. Il le faut.

            -Tu en es sûre ?

            -Oui, confirme Tina. Je crois que j’ai besoin de lui dire que tout est de sa faute.

            -Tu comptes partir quand ?

            -Je ne sais pas encore, mais j’aimerais que tu viennes avec moi. Je n’ai pas le courage d’y aller seule.

            -D’accord, je t’accompagnerai. Et Sasha ?

            -On verra avec elle si elle veut venir ou pas. C’est aussi une partie d’elle, je ne peux pas le renier.

 

L’après-midi, qu’elles avaient prévu de passer en amoureuses, s’est transformé, pour Tina, en un dilemme. L’homme qu’elle s’est mise à haïr au fil des années est sur le point de mourir et son frère et sa sœur ont prit la peine de la contacter pour l’en informer. Bien qu’il soit toujours son père, elle ne le considère plus ainsi. Elle aurait préféré qu’ils prennent contact, qu’ils fassent tout pour la retrouver quand c’était sa mère qui allait mourir. Elle aimait sa mère plus que tout. C’était pour elle qu’elle se sentait mal quand ses parents étaient en crise. Sa mère n’avait aucun mot à dire. Elle se demande aussi qu’elle sera la réaction de son père quand il la verra car il ne semble pas être au courant de leur démarche. Lui qui l’avait mis à la porte sans chercher à avoir d’explications. La seule chose que Tina avait retenu c’était que son père lui avait dit qu’elle n’était plus sa fille. Comment pardonner à un homme même mourant qui a renié sa fille ? Tina n’en a aucune idée.

Bette vient s’asseoir près d’elle et la prend dans ses bras. Elle voit bien que Tina a besoin de soutien. Elle la voit se débattre avec ses vieux démons.

 

            -Tu peux encore changer d’avis, lui dit Bette.

            -Non, je ne changerai pas d’avis. Je m’étais jurée qu’un jour j’irais le voir pour lui dire tout ce que j’avais sur le cœur. Peut-être que ce jour est venu.

 

C’est à ce moment que Sasha rentre. Elle découvre ses deux mères, assises sur le canapé, inquiètes.

 

            -Qu’est-ce qui se passe ? demande Sasha.

            -Il faut que je te parle de quelque chose, lui dit Tina. Viens t’asseoir.

 

Sasha obéit un peu réticente.

 

            -J’ai fait quelque chose de mal ? s’inquiète Sasha.

            -Non, ça n’a rien à voir avec toi.

 

Tina prend une grande inspiration, puis se lance avec le soutien de Bette :

 

            -Je viens de recevoir une lettre de mon frère. Il me demande de venir à New Bern parce que mon père est malade.

            -Tu vas y aller ?

            -Oui, mais…

            -Pourquoi tu veux y aller après tout ce qu’il t’a fait ? coupe Sasha. Il ne mérite pas à ce que t’y ailles.

            -Si j’y vais, ce n’est pas pour accepter ses excuses ou quoi que ce soit d’autres, ni même pour le pardonner. Je veux y aller parce que je pense que c’est nécessaire et puis même si je n’y vais pas, je serais certainement convoquée à un moment pour l’ouverture du testament. En fait, je voulais juste savoir si tu voulais venir à New Bern. Tu as toujours voulu voir où j’avais grandi.

 

Sasha réfléchit puis donne sa réponse.

 

            -Je sais que j’ai toujours voulu connaitre New Bern, mais je n’ai aucune envie d’y aller, pas après ce que j’ai appris sur lui. Je ne veux pas le connaitre.

            -Je comprends, dit Tina. C’est ton choix.

            -Tu vas partir combien de temps ?

            -Aucune idée. Pendant notre absence, tu iras chez Kit, je suppose que ça ne posera aucun problème à Kit.

 

Tina, qui préfère régler ça rapidement, suggère à Bette l’idée de partir lundi soir, comme ça, durant la journée, elles auront le temps de tout régler à leur travail respectif.

 


Jenel  (15.06.2013 à 23:13)

Kit avait bien évidemment accepté d’accueillir Sasha quelques jours chez elle, après tout, c’est sa nièce.

Le lundi matin, en passant au Planet, Tina annonce à Kit que Sasha viendra directement au Planet à la sortie des cours. Elle lui remet également le planning de la semaine de sa fille afin que Kit puisse aller récupérer Sasha à la fin de ses entrainements qui finissent, en général, tard.

Bette et Tina, qui ont pu se libérer de leur emploi du temps pour le reste de la semaine, se rendent à l’aéroport. Elles arriveront en début de soirée à New Bern.

Durant toute la durée du vol, Tina se fait de plus en plus anxieuse. Bette lui prend sa main et la serre fort dans la sienne pour lui faire comprendre que tout se passera bien, qu’elle est là, avec elle.

L’avion atterrit et les deux jeunes femmes prennent un taxi pour se rendre dans la maison familiale des Kennard. Cette maison qu’elle a quittée, il y a bien des années. Elle n’avait jamais remis les pieds dans cette rue et ça lui fait un choc. À Bette aussi, cela fait un choc de revoir cette rue qu’elle a tant de fois arpentée avec Tina. Leurs pas sont ancrés dans le bitume de cette rue. Combien de fois leurs genoux se sont écorchés sur l’asphalte de cette rue ?

Le taxi s’arrête devant cette fameuse maison. Elle n’a pas changée, elle est restée la même. Elle a l’impression de l’avoir quittée la veille. Tina se tourne vers Bette puis sort du taxi que Bette paye avant d’en descendre à son tour. Elles se retrouvent alors face à cette grande maison que Tina fuyait si souvent. Tina tourne la tête dans la direction de cette autre maison, celle dans laquelle elle se réfugiait et ou elle allait retrouver son amour. Bette tourne la tête dans la même direction, puis reporte son attention sur Tina.

 

            -On y va ?

 

Tina acquiesce. Elle prend la main de Bette dans la sienne. Elle refuse que celle-ci ne la lâche. Elles s’avancent vers la porte. C’est d’une main tremblante que Tina sonne à la porte.

La porte s’ouvre sur un homme blond, proche de la quarantaine. Il s’agit d’Andrew, le frère ainé de Tina. En le voyant, Tina ne peut s’empêcher de se dire qu’il ressemble énormément à leur père.

 

            -Tina ?

            -Andrew.

 

Il se circule pour laisser entrer sa jeune sœur et Bette.

 

            -Comment tu vas ? lui demande Andrew.

            -Je vais bien, répond Tina.

 

Tina n’a toujours pas lâché la main de Bette. Elle n’en a pas la force. Andrew baisse les yeux et voit ce lien. Il relève les yeux sur Bette qu’il ne semble pas avoir reconnu.

 

            -Qui est ton amie ?

            -Tu ne la reconnais pas ?

            -Non.

            -Bette.

            -Bette ? dit Andrew étonnée.

 

Tina se souvient qu’Andrew était tombé fou amoureux de Bette, au début, lorsqu’elle venait tout juste d’arriver à New Bern. Tina l’avait d’ailleurs dit à Bette qui avait rigolé en l’apprenant.

Andrew les fait entrer au salon où siègent Leanne qui se lève aussitôt en voyant sa sœur. Mais il n’y a pas qu’elle au salon. Il y a trois enfants et un homme. Andrew fait les présentations.

 

            -Mark, le mari de Leanne. Benjamin, leur fils. Et Cammie et Nicholas, mes enfants.

 

Tina se sent mal à l’aise. Elles s’installent et Leanne fait sortir les enfants.

Après le malaise qui s’est installé quand Tina leur a annoncé que Bette était sa compagne, Leanne s’arrange pour changer de sujet.

 

            -Au fait, Tina, tu n’as pas un enfant ?

            -Si, j’ai une fille.

            -Tu ne l’as pas emmenée avec toi ?

            -Elle n’a pas voulu venir.

 

À chaque réponse qu’elle donne, Tina se montre froide. Elle appréhende le moment où son père va faire son entrée.

 

            -Il n’est pas là ? finit par demander Tina.

            -Non, il est à l’hôpital, répond Andrew.

 

Une femme entre dans le salon et annonce que le diner est servi. Tina est surprise.

 

            -Depuis quand…

            -Depuis que maman est morte, répond Leanne.

            -Dois-je préparer la chambre pour les invités ? demande la femme.

            -Faites Sandra, faites, répond Andrew.

            -Pas la peine, rétorque Tina. On a réservé une chambre à l’hôtel.

 

La femme repart.

C’est dans le silence que tout le monde se rend à la salle à manger pour le diner.

 

***

 

À la fin du diner, Tina monte à l’étage. Elle ouvre la porte qui fut celle qui menait à sa chambre. Elle ouvre la porte et entre. Elle est surprise de découvrir que rien n’a bougé. Sa chambre est restée telle qu’elle la laissée. Elle fait le tour de son ancienne chambre. Elle s’assoit sur le bord du lit quand elle se souvient de quelque chose. Elle soulève l’oreiller et trouve ce qu’elle espérait y retrouver. Tina esquisse un sourire. Elle s’empare de la photo et l’examine de plus près.

Bette, qui était au salon en train de discuter avec Andrew et Leanne, s’étonne de ne pas voir Tina revenir, alors elle s’excuse auprès d’eux et monte à la recherche de Tina. Elle doit être dans sa chambre. Si Bette se souvient bien, la chambre de Tina se trouve au fond du couloir à gauche. Elle a eu très peu la possibilité de venir chez Tina. Bette ne s’est pas trompée. Elle entre à son tour dans la chambre et s’assoit à côté de Tina, qui lui tend la photo.

 

            -Oh mon dieu ! déclare Bette. Tu l’avais gardée ?

            -J’adorais cette photo, sourit Tina. Quand tu es partie à l’université, à chaque fois avant de m’endormir, je la regardais afin de t’avoir un peu avec moi.

 

C’est une photo de Bette et Tina. Quand elle a été prise, elles n’étaient encore que des amies, elles ne doutaient pas encore des sentiments qu’elles avaient l’une pour l’autre. C’est Maxine, la mère de Bette, qui l’avait prise. Elles sont toutes les deux debout près de la maison de Bette. Bette est derrière Tina, qui devait avoir 14 ans à ce moment-là, et l’enserre de ses bras à la taille. Elles sourient largement.

Bette la retend à Tina qu’elle repose sur le lit avant de se lever.

 

            -Si je ne me trompe pas, les autres doivent être là, dit-elle en ouvrant le dernier tiroir de sa commode.

 

Tina enlève ses anciens vêtements et sort enfin une boite en aluminium. C’est là-dedans qu’elle enfermait tous ses souvenirs. Elle revient s’asseoir et l’ouvre.

À l’intérieur, il y a les lettres de Bette, même celles qui n’ont jamais été ouvertes. Bette les prend et constate qu’elles n’ont jamais ouvertes.

 

            -Tu m’en voulais au point de ne pas les ouvrir ? s’étonne Bette.

 

Tina acquiesce. Elle continue ses fouilles. Elle sort toutes les photos de Bette et elle. Elles rient en les redécouvrant. La plus ancienne doit dater de quelques mois après l’arrivée de Bette à New Bern. Tina n’avait que 9 ans et Bette 12. Tina remet tout à l’intérieur, bien décidée à ramener ce trésor chez elles.

Bette ramasse un sweat-shirt que Tina avait balancé lorsqu’elle cherchait cette boite. Elle sourit et se retourne vers Tina. Elle le met bien en évidence.

 

            -Tu te souviens de ce sweat-shirt ? lui demande Bette.

 

Tina la regarde avec incompréhension.

 

            -Et après, tu oses douter de mes souvenirs de notre première fois, rétorque Bette. C’est ce sweat que tu portais la première fois qu’on a fait l’amour.

 

Tina le prend des mains de Bette et le met dans un sac.

 

            -Tu le ramènes à la maison aussi ? s’étonne Bette.

            -Vu qu’il te rappelle quelque chose d’important, alors oui, je le ramène à la maison.

 

Tina enfourne la boite en aluminium chargée de trésor, le sweat-shirt, une peluche très particulière et quelques autres dans un sac. Voilà ce qu’elle a décidé de garder de son passé et le plus important dans tout ce qu’elle a gardé, c’est ce qui concerne son passé avec Bette, à part une chose. Une photo de sa mère et elle. La seule chose que personne d’autre ne peut partager avec elle. Cette photo lui appartient et à elle seule.

Les deux jeunes femmes redescendent. Elles se réinstallent au salon.

 

            -Vous vouliez que je vienne, pourquoi ? demande Tina.

           

Andrew et Leanne se regardent. Ils hésitent.

 

            -Les médecins pensent que papa ne finira pas l’année, commence Andrew.

 

Tina attend sagement la suite.

 

            -Tu n’es pas sans doutée que papa a fait un testament, reprend Leanne.

            -Et alors ?

            -Papa nous a dit que tu n’en faisais pas partie. Il t’a déshérité de tout sauf d’une chose à laquelle il n’a aucun droit.

            -Laquelle ?

            -Tu sais que la maison appartient à maman.

            -Oui et ?

            -Avant de mourir, maman avait fait un testament dans lequel elle disait que la maison serait confiée aux mains de notre père mais qu’il n’en serait en aucun cas le décisionnaire pour dire à qui appartiendra la maison à sa mort, explique Andrew. Maman lui laissait la maison mais à sa mort la maison nous revenait à tous les trois.

            -En fait, on voudrait savoir ce que tu comptes faire de ta part ? avoue Leanne.

            -Je n’en veux pas, dit Tina. Je suis certaine que maman me comprendrait. Je ne veux pas de cet héritage.

            -Tu en es sûre ? questionne Andrew.

            -Sûre et certaine. Faites-en ce que vous voulez.

 

Tina se lève, elle sait qu’elle n’a plus rien à ajouter. Bette et elle vont pour partir, quand Tina ajoute une dernière chose.

 

            -Je repars demain pour Los Angeles, mais avant je passerai le voir.

 

Sur ce, les deux jeunes femmes quittent cette maison.

 

***

 

La nuit a été exécrable pour Tina. Elle n’a pas arrêté de se tourner dans tous les sens. Elle appréhende sa visite à son père. Elle se lève alors que le jour pointe seulement à l’horizon. Bette a tout de même trouvé le sommeil malgré les assauts répétés de Tina. Elle ne l’entend même pas se lever aux aurores.

Tina a pris une douche quasi brûlante comme si celle-ci allait faire partir ses appréhensions. Elle a revêtu un peignoir de l’hôtel puis elle s’est installée, recroquevillée, sur un fauteuil placé près de la fenêtre et regarde le jour se lever.

Il est un peu plus de 8 heures quand Bette se réveille. Elle se redresse et découvre Tina toujours placée dans son fauteuil, le regard un peu perdu. Bette se lève et vient s’agenouiller devant elle.

 

            -Qu’est-ce qui se passe ? lui demande Bette.

            -J’appréhende les retrouvailles avec mon père, avoue Tina.

 

Bette prend le visage de Tina entre ses mains et l’approche pour lui baiser le front.

 

            -Tu ne me laisseras pas ?

           

Bette sourit et lui répond :

 

            -Je t’accompagnerai à l’hôpital mais après je te laisserai lui parler seule à seul.

            -Non, je n’ai pas envie de me retrouver seule avec lui.

            -Il le faut, Tee. C’est à toi seule de le faire. Je ne serai pas loin de toi.

            -Ok, déclare Tina.

            -Je prends une douche et on y va.

 

Tina acquiesce.

Plusieurs minutes après, Bette sort de la salle de bain, prête à partir. Tina se lève, les jambes engourdies, et va s’habiller. Elle se doit d’être un minimum présentable. Elle doit lui montrer qu’elle s’en est sortie, qu’elle n’a pas eu besoin de lui pour être digne.

C’est ensemble qu’elles se rendent à l’hôpital où séjourne le père de Tina depuis plus d’un mois. Tina se renseigne à l’accueil pour connaitre le numéro de la chambre. Une fois renseignée, elles prennent l’ascenseur et s’avance jusqu’à la porte qu’on lui a indiquée.

Tina s’arrête devant cette fameuse porte, la porte qui la mène à cet homme ignoble qui n’est autre que son père. Bette voit le stress qui s’est encore amplifié chez Tina. Elle lui prend ses mains qu’elle serre fort.

 

            -Tout va bien se passer, lui dit Bette.

 

Elle se penche pour embrasser Tina, puis cette dernière se tourne pour frapper à la porte.

 

***

 

            -Entrez ! crie une voix faible de l’autre côté.

 

Tina pénètre dans la chambre. Lorsque l’homme aperçoit cette jeune femme blonde entrer dans sa chambre, il se redresse pour mieux voir celle qui vient de faire son apparition. Il la reconnait sans attendre.

 

            -Qu’est-ce que tu viens faire ici ? lui demande l’homme.

 

Tina ne répond pas, elle détaille cet homme qui a changé. Quand elle est partie de la maison familiale, il avait la stature d’un homme sportif, musclé, des cheveux châtains clair, des yeux couleur noisette, mais aujourd’hui, elle a face à elle un homme plus qu’affaibli. Les cheveux gris, l’aspect chétif. Si elle ne savait pas que c’était lui, elle ne l’aurait jamais reconnu. Il est branché à un moniteur cardiaque. Tina écoute les battements de son cœur qui s’accélère. Elle pensait qu’il n’en avait pas.

 

            -Je t’ai posé une question, Tina !

            -Ce sont Andrew et Leanne qui m’ont contacté pour m’informer de ton état de santé, dit Tina.

            -Tu n’aurais jamais du venir ! Il me semble avoir été clair la dernière fois !

            -Tu l’as été, ne t’en fais pas pour ça. Si je suis venue, ce n’est pas pour te plaindre, bien au contraire.

            -Alors, qu’est-ce que tu veux ?

            -Je ne veux rien. Je tenais juste à ce que tu saches la vérité, toute la vérité.

            -Quelle vérité ?

 

Tina se montre forte, le ton froid de son père, qui a l’époque lui faisait tellement peur, ne la déstabilise pas.

 

            -La vérité sur ta petite fille, dit Tina. Quand je t’ai dit que j’étais enceinte, tu ne m’as jamais laissé la chance de m’expliquer…

            -Il n’y avait rien à m’expliquer ! vocifère son père.

            -Tu crois peut-être que je suis tombée enceinte comme ça ? reprend Tina.

            -Ça ne m’a pas surpris quand tu as annoncé ça. J’ai toujours su que tu découchais et que tu rentrais au petit matin. Tu agissais comme une petite trainée, alors je n’ai pas été étonné.

            -Si je découchais, comme tu dis, c’était pour ne pas t’entendre traiter maman comme un chien. Je n’ai jamais compris pourquoi elle se laissait traiter par toi de cette façon. Elle méritait tellement mieux que toi !

            -Je t’interdis…

            -Tu n’as plus rien à m’interdire. À quoi bon ? Tu ne t’es jamais intéressé à moi. Il n’y a qu’une personne qui a toujours été là pour moi et c’est chez cette personne que j’allais me réfugier. Bette est la seule et unique personne qui a toujours été là.

            -J’aurais du m’en douter que cette petite conne de n…

            -Ne parle pas d’elle ! lui hurle Tina. Tu n’as pas le droit de parler d’elle !

 

Tina tente de reprendre son calme. Bette, de l’autre côté, était sur le point d’entrer dans la chambre, mais s’en est abstenue.

 

            -Ta petite fille a appris, il y a quelques semaines, qui était son grand-père. Elle a aussi appris qu’elle était l’enfant d’un viol et que, à cause de son grand-père, j’ai du l’élever seule. Alors, maintenant que tu sais la vérité, je vais repartir et je ne reviendrai plus jamais. Je me moque de ce qu’il peut t’arriver, je veux juste t’oublier. Tu m’as renié il y a 15 ans. J’avais essayé de te trouver des excuses mais je n’en ai jamais trouvées. En fait, pour moi, tu es déjà mort. Tu es mort quand tu m’as jeté dehors. Par contre, il y a une chose que j’ai et que tu n’as jamais eue. J’ai l’amour de ma fille, toi, tu n’as jamais eu le mien.

 

Elle fixe une dernière fois son père qui reste silencieux, puis rajoute avant de tourner les talons.

 

            -Je n’ai plus rien à faire ici.

 

Tina se tourne vers la sortie, la main posée sur la clenche quand elle entend derrière elle :

 

            -Tina…

 

***

 

Elle ne se retourne, elle attend quelques secondes un mot de la part de son père. Un mot que ne vient pas et qui ne viendra jamais. Tina sort de la chambre et se réfugie dans les bras de Bette.

 

            -Viens, allons-nous en d’ici, lui dit Bette.

 

Tina la suit sans dire un mot.

Elles retournent à l’hôtel en marchant. Elles s’arrêtent pour s’asseoir sur un banc et Tina raconte à Bette ce qui s’est passé dans la chambre. Elle n’oublie aucun détail.

 

            -Comment tu te sens maintenant ?

            -Je ne sais pas, avoue Tina. Je ne sais pas.

 

Bette passe son bras autour des épaules de Tina et la serre contre elle.

Cela fait maintenant deux heures que Tina a vu son père et lui a parlé. Elle n’a plus qu’une envie désormais.  Retourner à Los Angeles. Elles sont sur le chemin pour rentrer à l’hôtel lorsque le portable de Bette se met à sonner.

Bette répond. Elle écoute avec attention son interlocuteur.

 

            -Je vais lui dire, dit Bette avant de raccrocher.

            -Qu’est-ce qui se passe ? lui demande Tina.

            -C’était ton frère.

            -Depuis quand il a ton numéro de portable ? questionne Tina un brin de jalousie dans la voix.

            -Ce n’est pas la question, Tina.

            -Oh non, pas du tout ! Mon frère a ton numéro mais il n’y a aucun problème !

            -Tina. Il m’a demandé mon numéro pour nous tenir au courant de l’état de santé de ton père.

            -Et toi, tu lui as donné alors que tu savais pertinemment que je n’en ai plus rien à faire de mon père. Je lui ai dit ce que j’avais à lui dire, maintenant, je tourne la page. C’est fini !

            -Il vient de mourir.

 

Tina ne réagit pas, elle fait comme si cela ne l’affectait pas et pourtant cela la touche.

 

            -Ton père a laissé une lettre pour toi, dit Bette.

            -Je m’en fous.

            -C’est faux.

 

Bette voit quelques larmes pointer sur le bord des yeux de Tina.

 

            -Ils nous attendent.

 

Tina hoche négativement de la tête.

 

            -Je ne veux pas.

            -Quoi ?

            -Je ne veux pas y aller, je veux juste rentrer à la maison, je veux oublier tout ça.

            -Ok, répond Bette.

 

Elles retournent à l’hôtel.

Une fois dans leur chambre, Tina s’effondre en larmes.

 

***

 

Elle pleure. Elle est allongée dans le lit. Les larmes ruissellent et s’échouent sur l’oreiller. Bette se couche derrière elle et l’enserre de ses bras. Elle la laisse pleurer sans rien dire. Malgré tout, Tina est peinée. Tina est quelqu’un de sensible et ne peut s’empêcher de ressentir quelque chose, même pour son père.

Tina se calme petit à petit.

 

            -Tu veux toujours qu’on rentre ? Tu ne le regretteras pas ? lui demande Bette.

 

Tina ne sait pas quoi répondre. Elle est tiraillée entre sa douleur et sa colère.

 

            -Je vais appeler Kit pour lui dire qu’on prolonge notre séjour jusqu’aux funérailles, dit Bette.

 

Bette se dégage et appelle Kit. Elle lui annonce la triste nouvelle et lui fait part de leur intention de rester quelques jours de plus. Normalement, elles seront de retour à Los Angeles samedi. Bette demande à sa sœur si je ne la dérange vraiment pas de garder quelques jours de plus Sasha. Bien évidemment, elle se doutait de la réponse de Kit. De plus, Sasha est plus que ravie de passer du temps avec Kit.

Elle met fin à la conversation et vient s’asseoir sur le bord du lit. Elle essuie les dernières larmes qui coulent sur les joues de Tina.

Tina se décide à retourner dans son ancienne maison. Quand elles arrivent, elles font la connaissance d’Evelyn, la seconde femme d’Andrew. Leanne remet la lettre laissée par leur père à l’intention de Tina. Tina ne l’ouvre pas tout de suite. Elle n’a pas le courage nécessaire pour le faire. Elle le fera le moment venu.

Tout s’organise rapidement pour les funérailles qui auront lieu vendredi matin.

Le vendredi matin, Bette est en train de se préparer quand Tina la rejoint à la salle de bain. Elle la regarde faire. Elle s’appuie contre le jambage de porte. Bette peut ainsi la voir à travers le miroir.

 

            -Ça va ? s’inquiète Bette.

 

Tina acquiesce et vient prendre Bette dans ses bras par derrière.

 

            -Je ne suis pas sûre de pouvoir, avoue Tina.

 

Bette se retourne.

 

            -C'est-à-dire ?

            -Je n’ai pas la force d’affronter le regard de tous ceux qui seront présents à la cérémonie. Les voir pleurer pour lui, les voir être désolée pour le malheur qui s’abat sur notre famille.

 

Bette embrasse son front.

 

            -Juste une heure. Juste une petite heure et après on rentre chez nous.

            -Ok.

 

Tina se prépare à son tour. Puis Bette et elle se rendent au cimetière pour la cérémonie.

 

***

 

Il y a déjà beaucoup de monde lorsqu’elles arrivent. Tina s’installe à côté de sa sœur, tandis que Bette prend place derrière elle. Ainsi, les trois enfants sont côte à côte et leur conjoint derrière eux.

La cérémonie commence.

 

            -Nous sommes tous ici réunis pour rendre un dernier hommage à Richard Kennard, dit le prêtre. Richard était un homme bon, présent pour ses enfants et pour sa femme. Il l’a soutenu lorsque la mort était proche. Il est resté près d’elle jusqu’à son dernier souffle. Richard n’a jamais manqué un match de son fils, Andrew, ou une leçon de piano de sa fille. Ses petits-enfants aimaient passer du temps avec leur grand-père. Beaucoup d’entre vous l’ont vu conduire ses petits-enfants au parc. C’était un homme qui avait un grand cœur et qui…

 

Tina se lève et part en courant jusqu’à la sortie du cimetière. Bette la retrouve rapidement.

 

            -Tina ?

 

Bette a face à elle une Tina débordante de colère.

 

            -Tu as entendu ? Tu as entendu l’éloge qu’on lui fait ? Je rêve, ce n’est pas possible autrement. Là, il est en train de décrire un saint. Ah, ça c’est sûr, il n’a jamais manqué un match d’Andrew ou une leçon de piano de Leanne. Ça, il a toujours été là pour eux. Même quand ils faisaient de l’escalade, il allait avec eux, mais dès lors que j’ai pu commencer à en faire, il ne venait plus. Il ne m’a jamais aimé, alors pourquoi je resterais encore là à écouter les mensonges que ce curé peut sortir.

            -Tina ? dit Andrew.

 

Tina se retourne sur son frère.

 

            -Pourquoi tu es partie comme ça ? lui demande-t-il.

            -Pourquoi ? Tu oses me demander pourquoi ?

            -Je sais que papa n’a pas été beaucoup présent pour toi, mais ce n’est pas une raison d’agir ainsi. Il est mort, on est en train de l’enterrer, tu pourrais au moins faire un effort, lui pardonner.

            -Non, dit Tina. Ce qui a été dit, ce n’est pas le père que j’ai eu, que j’ai connu. Moi, j’ai eu un père qui ne venait jamais à mes spectacles de fin d’année, qui ne m’a jamais raconté d’histoire avant de m’endormir, qui ne m’a jamais appris à faire du vélo. J’ai juste eu un père qui passait son temps à hurler sur maman et sur moi, qui m’a renié quand je lui ai annoncé que j’attendais un bébé.

            -Qu’est-ce que tu racontes, Tina ?

 

Andrew est dans l’incompréhension la plus totale.

 

            -Papa nous a dit que c’était toi qui étais partie pour fuir avec celui qui t’avait mis enceinte, dit Andrew.

            -Tu vois, personne ne le connaissait vraiment.

 

Tina est en train de s’éloigner quand Andrew lui crie :

 

            -Je suis désolé, petite sœur !

            -Tu sais, commence Bette. Chaque fois que ton père hurlait, Tina venait chez moi et passait la nuit avec moi parce que, Leanne et toi, vous ne vous souciez pas d’elle. Elle avait besoin de sentir que son frère et sa sœur étaient là pour elle et elle ne l’a jamais senti. Elle était toute seule. Tout comme elle l’a été quand Sasha est née.

            -Puisque Tina était toujours avec toi, pourquoi tu n’as pas été là quand elle a eu sa fille ? lui demande Andrew froidement.

            -Parce que, quand ton père l’a jeté, j’étais à l’université et que Tina était partie sans rien me dire.

 

Sur ce, Bette suit le même chemin que Tina quelques instants avant.

À l’hôtel, Tina ouvre la lettre laissée par son père et y lit juste un mot : Pardon. Elle déchire la lettre. Ce mot venant de lui ne veut rien dire pour elle.

Le soir même, elles prennent l’avion pour Los Angeles.

 

***

 

 

La semaine suivant leur retour de New Bern, Bette fait appel à un entrepreneur pour commencer les travaux d’agrandissement.

Quelques mois plus tard, la maison a doublé de volume. Toutes les filles sont réunies chez les filles pour découvrir enfin la maison rénovée.

 

            -Ouah ! déclare Alice. C’est sublime !

            -C’est clair, elle est magnifique, renchérit Shane.

 

Les filles passent la soirée toutes ensemble.

Le lendemain matin, Tina se réveille la première. Elle observe Bette encore endormie. Elle passe sa main sur son visage. Bette se réveille à son toucher. Un sourire se dessine sur ses lèvres.

 

            -Tu as bien dormi ? lui demande Tina.

            -Oui, très bien, comme à chaque fois que je suis dans tes bras. Et toi, mon amour ?

            -J’ai connu mieux. Le bébé n’a pas arrêté de bouger, cette nuit, m’empêchant de faire une nuit complète.

 

Bette pose sa main sur le ventre arrondi de Tina. Quand elle sent un coup donné par le bébé, elle remplace sa main par son oreille et écoute le bébé bouger. Bette parle au ventre de Tina, qui sourit devant la tendresse de Bette. Puis, elle se redresse après avoir embrassé le ventre rond.

 

            -C’est à quelle heure le rendez-vous ? interroge Bette.

            -À 15 heures. Tu n’as pas intérêt à être en retard, car c’est la dernière échographie.

            -Je ne serai pas en retard. Promis.

 

Elle embrasse amoureusement Tina avant de se lever.

Tina la retrouve à la cuisine, quelques minutes plus tard. Elles sont rejointes par Sasha. Elle embrasse Tina et Bette et s’assoit pour le petit déjeuner.

 

            -Ne m’attendez pas, ce soir, leur dit Sasha.

            -Pourquoi ? demande Bette.

            -Tu as oublié ? Je dors chez Amanda. On va chez elle après l’entrainement.

            -Excuse-moi, je suis ailleurs en ce moment.

            -Tu stresses à cause de l’arriver du bébé ?

            -C’est nouveau pour moi, répond Bette.

            -Ne t’inquiète pas. Ma petite sœur t’en fera voir de toutes les couleurs, sourit Sasha.

            -Dans ce cas, je n’ai aucune raison de m’inquiéter.

            -Aucune. Bon. Je file prendre une douche.

 

Sasha quitte la cuisine.

Tina regarde Bette.

 

            -Bette ?

            -Hein ?

 

Tina se lève et se rapproche de Bette.

 

            -Tu n’as vraiment aucune raison de t’inquiéter. Tu vas être une bonne maman pour cette petite fille, la rassure Tina.

            -Tu crois ?

            -J’en suis certaine. Regarde comment tu es avec Sasha et dès que tu parles au bébé, elle s’arrête de bouger pour mieux t’écouter lui dire tous ces mots d’amour que tu lui dis. J’en serais presque jalouse, sourit Tina.

            -Je t’aime.


Jenel  (21.06.2013 à 10:32)

À 15 heures, elles arrivent au cabinet du gynécologue obstétricien. Tina s’installe sur la table. Bette, quant à elle, ne lui lâche pas la main.

Le médecin reste silencieux, un moment, puis regarde les futures mamans.

 

            -Tout est parfait, dit-elle. Le bébé est bien retourné.

            -Elle a bien cinq doigts à chaque main et à chaque pied ?  demande Bette. Elle a tout là où il faut ?

            -Oui, sourit le médecin. L’accouchement est prévue pour dans trois semaines, c’est bien cela ?

            -Le 19, répond Tina.

            -Dans ce cas, nous nous verrons le 19, à moins qu’elle décide de nous rejoindre plus tôt.

 

Tina se relève et se rhabille. Bette reconduit Tina à la maison et s’apprête à repartir travailler.

 

            -Tu m’appelles s’il y a un problème, lui dit Bette.

            -Tu es pressée ?

            -Non, mais…

 

Tina s’approche de Bette et l’embrasse l’empêchant ainsi de finir sa phrase.

 

            -Reste juste cinq minutes, lui dit Tina.

            -Je ne sais pas si c’est une bonne idée.

            -Pourquoi ? J’ai juste envie de rester un peu avec toi, rien que toutes les deux.

            -Ok, capitule Bette avec le sourire.

 

Bette s’assoit sur le canapé où Tina la rejoint. Elle se blottie contre elle et ferme les yeux. Elle s’endort rapidement vu la courte nuit qu’elle a passée. Finalement, Bette, tout en gardant, Tina dans ses bras, appelle James pour lui dire qu’elle ne reviendra pas de la journée et donc par conséquent, qu’il prenne tous les messages.

Elles passent la soirée rien que toutes les deux. Bette fait couler un bain à Tina pour qu’elle puisse se relaxer. Quand elle retourne voir Tina, elle la découvre endormie, alors elle lui caresse le bras pour la faire doucement sortir de ses songes.

Une fois dans leur lit, Tina s’endort la première. Bette se blottie contre elle et s’endort à son tour.

Dans la nuit, Tina est réveillée par des contractions. Elle réveille Bette.


Jenel  (27.06.2013 à 11:45)

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