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Jeunesse et protection des mineurs
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Série : The L Word
Création : 27.07.2015 à 18h31
Auteur : jenbette
Statut : Terminée
Nous retrouvons nos deux héroïnes dans la voiture qui les emporte vers la zone libre.
Cette fanfic compte déjà 107 paragraphes
Arrivées dans la chambre , elles s’écroulent sur le lit , incapables de contenir leurs larmes plus longtemps .
Assises côte à côte , le bras affectueusement posé sur l’épaule de l’autre , tête contre tête , elles restent ainsi un long moment , muettes , perdues dans leurs pensées , l’esprit tourné vers Marie , vers la souffrance de Marie , vers son calvaire enduré dans la parfaite indifférence de ses tortionnaires.
Ce qui leur fait le plus mal à imaginer , c’est cette mort ignominieuse , fusillée sans témoin au fond d’une cour lugubre ! Seule , sans aucun soutien … Par quels instants horribles elle a dû passer !
Soudain , elles se redressent , se regardent .
« As-tu la même idée que moi Tina ,
- Dis toujours Bette mais je crois que oui !
- Donc , tu serais d’accord pour que nous renoncions à notre petit paradis terrestre pour rejoindre la résistance malgré tous les dangers , tous les risques que cela implique ?
- Oui , sans hésiter ! Ce que Marie a fait , ce que d’autres font à l’heure actuelle , ce que toi-même a fait , je peux le faire aussi et n’oublie pas que je parle couramment allemand . Et puis , nous serons ensemble . »
D’avoir pris cette décision les fait relever la tête .
Elles sèchent leurs larmes . Elles ont retrouvé leur esprit combatif !
On ne les reconnait plus tant elles semblent animées d’une flamme incroyable !
« Cela change tout ma chérie , déclare Bette, réfléchissons un moment , mettons toutes les chances de notre côté .
- Je pense que la première chose à faire est de prévenir notre hôtesse que nous prolongeons notre séjour …
- Bien sûr , mais je dois également téléphoner à Pierre et aussi à Jean . Eux connaissent pas mal de réseaux de résistants de ce côté de la ligne de démarcation. Ils seront de bons conseils . Mais , ma chérie ? Es-tu certaine de ta décision ? Toi qui te réjouissais tant à la pensée de nous retrouver , seules , rien que nous deux dans ce petit paradis provençal que j’avais trouvé , ne vas-tu rien regretter ?
- Oui , je suis sûre de moi sans aucun problème et non , je ne regrette rien et puis … nous serons ensemble n’est-ce pas ?
- S’il en est ainsi , allons prévenir cette jeune femme si aimable . »
Sans plus tarder , certaines de leur décision , elles quittent la chambre , descendent et se dirigent vers la réception .
« Vous voici déjà ! Je n’ai même pas eu le temps de préparer votre note !
- Ne vous tracassez pas pour cela , nous avons changé nos plans…
- Oui , enchaîne Tina devant l’air surpris de la jeune femme , nous aimerions prolonger notre séjour ici .
- Cela serait-il possible ? demande Bette
- Aucun souci ! Si cela avait été il y a quelques temps en arrière , je vous aurais arrêtées tout de suite et je vous aurais répondu par la négative !
- Pourquoi ?
- Tout simplement parce que le gouvernement au grand complet était venu s’installer à Clermont , même le Maréchal Pétain était présent , même le président de la république Albert Lebrun avant qu‘il ne soit démis de ses fonctions ! Et pendant quelques jours , la ville de Clermont était devenue capitale de la France tout en étant capitale de l’Auvergne !
- Et que s’est-il passé ensuite ?
- La ville était trop petite pour accueillir tous les ministères , tous les personnels !
- Alors ?
- Le gouvernement s’est replié sur Vichy .
« Il s’en passe des événements dans votre ville , disent en chœur Bette et Tina.
- Et encore , vous ne savez pas tout ! Une autre fois , ce sont beaucoup de journalistes , beaucoup de curieux qui étaient là pour assister au procès de Jean Zay . Il a été jugé en même temps que trois autres hommes politiques qui , comme lui , voulaient se rendre au Maroc à bord du Massilia pour continuer la lutte . Ils ont été arrêtés à Casablanca , accusés de désertion , rapatriés en métropole et transférés ici devant le tribunal militaire pour passer en jugement .
- Qui étaient les trois autres ?
- Pierre Mendès-France , Pierre Viénot et Alex Wiltzer .
- Quelle agitation ici , c’est incroyable !
- Et encore , surenchérit la jeune femme , vous ne savez pas tout ! Auparavant , le tribunal militaire avait également condamné à mort Charles de Gaulle pour les mêmes motifs !
- Un autre événement que nous ignorons ?
- Et bien , juste avant la signature de l’armistice , une panzer- division a fait son entrée en ville avec 300 hommes . Ils se sont installés sans faire de dégâts car la ville avait été déclarée « ville ouverte » . A peine là , ils ont instauré le couvre -feu . Ils ont occupé la mairie et la préfecture , réquisitionné le Grand Hôtel . Ils sont repartis pour St Etienne peu de temps après s’ emparant au passage de tout un stock de pneus "michelin". Et nous avons eu de la chance , peu après était créée la ligne de démarcation et nous étions en zone libre ! Maintenant , c’est une ville calme !
Vous pouvez rester aussi longtemps que vous le voulez , beaucoup de chambres sont inoccupées !
- Merci . »
« Nous allons profiter de cet endroit accueillant pour rester encore quelques jours , déclare Bette en souriant , j’ai encore des coups de fil à donner .
- Comme vous voudrez , je vous l’ai dit , c’est calme en ce moment . »
D’un commun accord , elles décident de ne prolonger leur séjour que d’un jour ou deux , le temps de contacter Pierre à Paris ou Jean à Orléans afin d’obtenir de leur part le nom de quelques contacts sûrs dans la région de Lyon .
Ni l’un ni l’autre n’étant disponible dans l’instant , elles vont faire un petit tour en ville pour essayer d’oublier , pour essayer d’effacer de leur esprit cette image qui les hantent sans cesse : Marie et sa mort dans des circonstances atroces .
La journée s’écoule ainsi en balade ou plutôt en errance dans cette ville totalement inconnue pour Bette. Rien de remarquable ni de pittoresque ne retient leur attention . Leurs pensées sont ailleurs , déjà loin de cet endroit , tournées vers cet avenir incertain qui les attend .
Elles sont sûres d’avoir pris la bonne décision mais ne peuvent s’empêcher d’avoir un petit pincement au cœur , d’avoir quelques regrets d’abandonner ainsi l’idée de leur petit paradis , d’avoir quelques doutes sur leur « après » .
C’est Tina la première qui rompt le silence qui règne entre elles depuis un bon moment :
« Oui Bette , nous le retrouverons ce lieu enchanteur qui nous attend !
- Comment as-tu deviné que je pensais à cela , juste à cet instant , ma chérie ?
- Parce que je t’aime et que je te connais .
- Rentrons si tu veux bien , demain est un autre jour. »
Sans plus tarder , elles rentrent à l’hôtel , prennent leur dîner sans prêter vraiment attention à ce qu’il y a dans leur assiette .
Elles ont encore et toujours leurs pensées tourner vers ce qui les attend dans quelques jours .
Bette se pose mille et une questions sur le pouvoir de résistance de Tina . Elle qui vient déjà de vivre une expérience particulièrement traumatisante , comment va-t-elle vivre dans la clandestinité à la merci de n’importe quelle imprudence qui pourrait être fatale ! A cette triste pensée , elle sent son amour pour Tina lui redonner courage : « non , il ne peut rien nous arriver , notre amour est plus fort que tout ! »
Elle prend tendrement la main de Tina , l’entraine vers la sortie du restaurant et , sans plus attendre , elles montent se coucher.
« J’espère que demain nous réussirons à joindre Pierre ou Jean , je suis inquiète quant à leur sort . Ici , nous sommes tranquilles mais pas eux , dans ces villes occupées par l’ennemi , ils sont à la merci de la moindre dénonciation , de la moindre fausse manœuvre , d’une mauvaise décision !
- Oui , ne te tracasse pas Bette. Tu sais , ils sont très occupés et puis , ils sont très prudents . N'est-ce pas ce que tu m'as dit il n'y a pas si longtemps ? Viens plutôt te coucher . »
Ce qu’elles font sans tarder .
Mais ce soir , aucune envie de s’aimer ni de faire l’amour , juste une envie de beaucoup de chaleur , de beaucoup de tendresse . Elles se serrent l’une contre l’autre , s’embrassent avec une infinie douceur , heureuses d’être ensemble , de partager un amour sans limite …
Elles finissent par s’endormir ainsi , blotties l’une contre l’autre …
Soudain , le silence de la nuit est troublé par un bruit à peine perceptible , lointain , indéfinissable …
Ce bruit va en se rapprochant inexorablement … Rien apparemment ne peut l’interrompre , ne peut le faire cesser ! Bien au contraire , il grandit sans discontinuer … Il enfle et s’approche de plus en plus de la ville .
Cette fois , on distingue nettement des bruits de moteur , des grincements mécaniques , le roulement de pneus sur la route mouillée …
Habituée à réagir au moindre bruit suspect depuis ses mois passés dans la clandestinité , perturbée dans son sommeil , Bette se tourne et se retourne dans le lit au risque de réveiller Tina . Finalement , percevant enfin nettement ce bruit menaçant , elle fait un bond dans le lit , prête à s’enfuir …
Puis elle réalise qu’elle est là , dans cette chambre , bien à l’abri avec Tina blottie contre elle . Mais ce bruit inhabituel et persistant la fait se lever , courir à la fenêtre , écarter le rideau et là … elle reste figée sur place à la vue de ce qu’elle distingue dans le jour naissant …
Réveillée à son tour par ce bruit insolite à cette heure matinale et surtout surprise par le lever brutal de sa compagne , Tina se lève à son tour . Elle se précipite aux côtés de Bette toujours clouée sur place , tétanisée , rideau à la main , incapable du moindre geste …
Etonnée par cette attitude qui perdure , elle jette enfin un regard vers l’extérieur. Elle comprend aussitôt la raison du comportement surprenant de Bette .
Là , dehors , défile sous leurs yeux une suite ininterrompue de véhicules militaires , des camions , des motos , des voitures , tous marqués d’une croix gammée … Tous chargés de soldats allemands armés , menaçants …
Tina vacille , des images terribles reviennent à son esprit , elle s’accroche à Bette.
Elle se revoit dans les sous-sols de la gestapo en compagnie de toutes ces jeunes femmes arrêtées comme elle , triées comme du bétail … Deux rescapées seulement …
Tout de suite , elle imagine le même schéma pour elles deux … Une douleur atroce lui poignarde le cœur ! « Une telle chose ne peut nous arriver ! », c’est inimaginable pour elle !
« Bette , murmure-t-elle les larmes aux yeux, nous ne serons donc jamais tranquilles ! Quand ces hommes cesseront-ils de nous poursuivre ?
- Ma chérie , dit-elle , en la serrant tendrement contre elle , ce n’est pas après nous qu’ils en ont , je crois plutôt que la ligne de démarcation n’existe plus et que la zone libre vient de disparaître . A l’heure actuelle toute la France doit être occupée ! Tout ceux qui croyaient avoir enfin trouvé la paix vont devoir craindre à nouveau les représailles !
- Que s’est-il passé pour que cela se produise ?
- Je n’en ai pas la moindre idée ! Descendons , allons nous renseigner . »
Mais , sous son attitude calme et sereine , Bette est rongée par l’inquiétude .
Bien sûr que la chasse aux homos ne va pas s’arrêter ainsi après la mort d’Eric ! Pour les nazis , les consignes restent les mêmes : mort aux juifs et , en cela ils sont bien aidés par le gouvernement de Vichy ! N’est-ce pas lui qui a organisé la rafle du Vel’d’hiv ? La chasse aux résistants , aux déviants de toutes sortes va se poursuivre sans répit …
Souci de plus pour elle , le président Roosevelt ayant décidé de se joindre à la lutte après les attaques japonaises sur Pearl Harbor , son identité américaine lui fait courir un danger supplémentaire !
En zone libre , elle ne craignait rien mais si l’occupant est partout maintenant , il n’en sera plus de même ! Elle est à la merci de la moindre dénonciation son accent pouvant la trahir à chaque instant .
Il faut donc à tout prix qu’elle sache exactement ce que se passe et surtout qu’elle réussisse à joindre Pierre ou Jean , eux seuls sont bien placés pour la mettre au courant des événements actuels .
C’est d’un air apparemment tranquille qu’elle prend Tina par le bras et l’entraine vers l’escalier en direction du rez-de-chaussée non sans avoir déposé sur ses lèvres un baiser léger qui se veut rassurant .
Arrivées dans le hall , au moment de se diriger vers la cabine téléphonique , elles aperçoivent leur hôtesse en grande discussion avec deux hommes passablement énervés !
Bette observe la scène attentivement … Dans la pénombre , elle ne distingue que deux silhouettes noires ! Serait-ce déjà des hommes de la gestapo ?
Puis , un mouvement de surprise apparait sur son visage et se termine par un large sourire … Parmi les éclats de voix , il lui semble en avoir reconnue une !
Elle se précipite vers le groupe , suivie de près par Tina très étonnée par cette attitude totalement inattendue de la part de sa compagne . Elle l’a habituée à bien plus de prudence !
« Bette ! Où vas-tu ? Que se passe-t-il ? »
A peine a-t-elle posé la question que la réponse arrive . Un des deux hommes vient de se retourner et de les regarder.
« Jean ! Pierre ! crient les deux jeunes femmes en même temps , que faites vous là ?
- Et vous Mesdames ?
- Comment ? Vous vous connaissez ? » s’enquiert leur hôtesse plus qu’étonnée par cette coïncidence.