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Série : The L Word
Création : 28.02.2018 à 10h32
Auteur : chloe75
Statut : Terminée
Petite histoire de Tibette avec pour toile de fond le "troisième art", le tout ponctué de récréations musicales et artistiques
Cette fanfic compte déjà 22 paragraphes
Chez Bette, West Hollywood L.A 9h30.
Un soleil omniprésent et implacable rend cette matinée étouffante et mon caractère irritable. Comme trop souvent, je suis en retard. Depuis sa naissance, je dois assumer seule la garde de Tommy, mon fils de 2 ans et demi et aujourd’hui, j’ai rendez-vous chez le pédiatre pour une visite de contrôle. Je l’installe dans le siège auto, me glisse au volant et démarre. Dans ma précipitation, en reculant, je manque d’emboutir une voiture blanche qui se déporte juste à temps pour finalement se garer en face de chez moi. Le conducteur sort de la voiture, se tourne vers moi, prêt à m’invectiver. Je ne prends pas la peine de m’excuser, pressée que je suis d’aller chez le spécialiste. Dans mon rétroviseur, j’ai tout de même le temps d’apercevoir fugacement une jeune femme blonde sortir du véhicule et se diriger vers la maison.
Maison qui a été mise en vente récemment. Apparemment, elle a vite trouvé preneur ce qui dans cette banlieue chic de West Hollywood n’est pas étonnant. L’ambiance du quartier est agréable, les nuisances rares, les gens plutôt sympathiques.
La circulation étant relativement fluide aujourd’hui ce qui est assez exceptionnel, il faut bien le reconnaître, j’arrive à temps au cabinet médical. Tout se déroule bien : le développement physique de Tommy est harmonieux et il commence même à s’exprimer, de petites phrases courtes mais le plus souvent explicites. C’est qu’il sait ce qu’il veut le p’tit bonhomme ! Si je vous dis qu’il est impatient, qu’il a hâte de découvrir ce qui l’entoure, qu’il râle pour un oui, pour un non, vous allez me dire qu’il a de qui tenir ! Et vous n’aurez pas tout à fait tort, je l’avoue…
Sur le chemin du retour, je repense à l’incident et me fait la réflexion que je n’ai vraiment pas été correcte avec mes futurs voisins. Oui, je dois présenter mes excuses, ce n’est pas trop dans mon tempérament mais il ne faudrait pas que les relations de voisinage démarrent mal. En arrivant chez moi, j’aperçois des déménageurs qui font la navette entre leur camion et la maison d’en face.
Tommy observant tout ce remue-ménage m’interroge :
- Maman, c’est quoi ce camion ?
- Un camion de déménagement.
- Pour quoi faire ?
- Pour amener les meubles des nouveaux voisins qui vont habiter ici, maintenant.
- Je peux les voir ?
- Il n’est pas question que tu les déranges.
- Tu crois qu’il y a des enfants, je pourrais jouer avec ?
- Ecoute, je n’en ai aucune idée. Je ne sais pas, peut-être. On verra plus tard, d’accord ?
- D’accord.
Je descends de la voiture, empoigne Tommy fermement par la main de peur qu’il ne traverse la rue inopinément et nous rentrons chez nous. Par la fenêtre de la cuisine, je ne peux m’empêcher de suivre secrètement l’incessant va et vient des déménageurs et par-dessus tout, ce qui m’intéresse, c’est de découvrir les visages des nouveaux propriétaires. Manque de chance, pas l’ombre de l’esquisse d’une parcelle de silhouette,… rien, absolument rien !!! Qu’à cela ne tienne, demain dimanche, préparation de cookies, et hop c’est décidé, j’irai satisfaire ma curiosité et présenter par la même occasion mes excuses pour ma conduite un peu cavalière.
Depuis ce matin, je surveille d’une part la cuisson des cookies et d’autre part ce qui se passe de l’autre côté de la rue. Pas d’effervescence particulière. La voiture étant stationnée devant le garage, je suppose qu’ils sont bien chez eux. Quelques secondes pour vérifier si je suis présentable. Tenue décontractée de week-end : baskets légères, jean noir délavé taille basse, débardeur blanc contrastant avec ma peau hâlée, et mes longs cheveux bruns presque domestiqués. Voilà, je suis satisfaite, allons-y. Bientôt 16h, je porte d’une main le sac de biscuits encore tièdes, de l’autre je serre celle de Tommy et nous traversons la rue pour sonner chez les fameux voisins.
Après quelques secondes d’attente, la porte s’ouvre sur une ravissante jeune femme dont instantanément, le cliché s’imprime dans ma mémoire. Plus petite que moi, mince, une chevelure d’un blond discrètement cuivré encadre un visage dont le regard à la fois profond et timide m’attire aussitôt. Ses yeux bleus vert me scrutant innocemment semblent m’interroger. Légèrement décontenancée, je secoue la tête pour reprendre mes esprits et annonce :
Il me regarde très attentivement et d’un ton peu amène fait remarquer :
Quelques minutes plus tard, nous sommes assis autour de la table basse du salon et naturellement, j’entame la conversation.
Jack regarde Tina et se lance :
Tina regarde Jack puis c’est droit dans les yeux qu’elle me répond :
Sa voix semblait exprimer des regrets, un sentiment de culpabilité était perceptible dans ses propos. Gênée un peu par la tournure prise par cette conversation, je repris la parole.
Tina, enthousiasmée s’exclama :
Je me lève pour prendre congé et demande à Tom de me suivre. Tina et Jack nous rejoignent pour nous accompagner jusqu’à l’entrée.
Tina tout sourire ouvrit la porte. En la franchissant, je frôlai imperceptiblement son corps et ne put m’empêcher d’être parcourue de délicieux frissons. Je saisis la main de Tommy, plus troublée que je ne voulus le laisser paraître et bredouillai un « bonne soirée » à peine audible.
Tina répondit d’un ton chaleureux: Vous aussi et à bientôt peut-être ?
Je retourne dans le salon où Jack est confortablement installé dans le canapé et semble d’excellente humeur.
Je l’interromps brusquement :
Jack réfléchit, pesant le pour et le contre, et finalement déclare :
Je finis de ranger la vaisselle du petit déjeuner lorsque le carillon de la porte tinte. Je me dirige perplexe vers l’entrée, moi qui n’attend personne. J’ouvre et constate étonnée et ravie à la fois qu’il s’agit de Tina.
Ce faisant, Tommy déboule dans la pièce et voyant Tina se précipite vers elle pour l’embrasser.
Surprise par cet accueil enthousiaste, elle l’embrasse à son tour et lui dit :
Etonnée quoiqu’amusée par ce manège, je m’exclame :
Tina semble à la fois hésitante et embarrassée de confier des choses si intimes à quelqu’un qu’elle connaît à peine. Mais son histoire m’interpelle et je suis soucieuse de l’écouter. C’est d’un ton bienveillant et sans la brusquer que je l’incite à poursuivre juste par un :
Je vois que Tina retient son souffle, inquiète à l’idée que je puisse refuser son offre. Elle me regarde cogiter, puis finalement, le verdict tombe :
Elle se rapproche de moi et spontanément m’étreint et m’embrasse sur les deux joues en s’écriant encore :
Je ne m’attendais pas du tout à une telle manifestation de joie et reste médusée et sans voix…
Tina m’interroge alors, consciente de mon trouble :
Nous nous promenons Tina et moi, main dans la main. Enfin, pas tout à fait — dommage, une autre fois peut-être pensais-je —, Tom s’interposant entre nous. Il sautait à qui mieux-mieux et trouvait ce jeu amusant. Aussi, n’hésitait-il pas à crier :
Jetant un regard à Tina, d’un commun accord nous décidons de faire une pause.
J’avoue que désormais, seule à seule avec Tina, je suis un peu désorientée. Elle ne me laisse pas indifférente, son charme et son calme opèrent en moi une métamorphose qui me déroute. D’habitude si prompte à engager les dialogues, je ne sais comment entamer la conversation. Moi qui affiche en règle générale un aplomb sans faille, un sang-froid à toute épreuve, je suis en quelque sorte, empruntée presque… intimidée. Je ressens un je ne sais quoi, ou plutôt si, une sensation nouvelle et agréable de quiétude mêlée à une dose d’excitation. Quelques secondes de sérénité et de fébrilité conjuguées au présent. Qu’interrompt Tina en me questionnant :
Même si j’assume et depuis toujours mon homosexualité, en parler est toujours plus ou moins une épreuve. Mais puisque nous devrons nous voir et nous revoir, autant tout déballer de mon histoire avec Jodie ainsi que de notre rupture tumultueuse.
Il y a environ 3 ans, j’ai fait la connaissance de Jodie Lerner lorsqu’elle est venue enseigner la sculpture à l’Université de L.A. Nous nous sommes croisées lors d’expositions au C.A.C et autres vernissages. Je connaissais déjà ses œuvres, puissantes, impressionnantes, je te rappelle que c’est mon métier et j’ai été… subjuguée par son talent et pas que… Rapidement nous sommes tombées amoureuses, tout simplement. A partir de là, nous avons vécu ensemble. J’ai contribué à confirmer sa renommée en exposant ses créations au Musée. C’est une femme de caractère aux convictions affirmées, aux choix artistiques parfois osés, possédant une énergie et un mordant incomparables. Mais si son autorité en matière d’Art est incontestable, son aptitude au compromis et à la vie en couple n’était pas un modèle du genre. De nombreux conflits ont ainsi éclaté entre elle et moi pour des prétextes parfois futiles. De plus, elle est sourde et à ce titre on peut dire que la communication n’a pas toujours été fluide.
Et j’avais une obsession : je désirais un enfant, elle non. Elle ne voulait pas de contraintes et souhaitait pouvoir vivre comme elle l’entendait. Elle m’opposait toujours un non catégorique ce que je supportais de moins en moins, jusqu’au jour où j’ai pris la décision de me passer de son accord. J’ai fait appel à mes amis artistes et l’un d’eux a accepté d’être le donneur sans contrepartie aucune. J’ai eu beaucoup de chance, j’ai été enceinte rapidement et Jodie ne l’a absolument pas supporté. Elle disait que j’étais égoïste, que je ne pensais qu’à moi, qu’il était intolérable que je me comporte de la sorte. La vie est vite devenue insupportable tant et si bien qu’un soir, une énième dispute s’est presque terminée en pugilat. Elle a fait une scène du tonnerre et tout ce qui nous liait encore a disparu en un éclair. Comme elle n’est pas du genre à faire dans la demi-mesure, dans la foulée elle a démissionné de son poste universitaire et est partie travailler à N.Y peu avant la naissance de Tom.
(L’une part à N.Y, l’autre arrive de N.Y ! Faut-il y voir un signe ? Dans ma tête toute déboussolée, ma vie sentimentale étant au point mort, j’échafaude des stratégies de conquête sans me soucier le moins du monde de la réaction de Tina. Je m’y vois déjà !!! Oh Bette, tu es en plein délire, reviens sur terre…)
Voilà, tu sais tout.
Tina, ne pouvant concevoir une chose aussi horrible, émue aux larmes, se réfugie alors dans mes bras et tout aussi ébranlée qu’elle, je m’empresse de la réconforter.
C’est alors que Tommy déboula mettant un terme à ce moment empli de tendresse.
Reprenant cette assurance qui m’avait fui cet après-midi, je signifiai à Tina qu’il était temps de rentrer tout en lui suggérant pour la dérider :
Et c‘est donc sur ce signal encourageant que nous rentrons chacune chez nous. Nerveuse et émoustillée comme une gamine à qui l’on aurait promis un sucre d’orge, j’ai du mal à me concentrer sur autre chose que notre visite au Musée. Je connais parfaitement mon métier, suis une conférencière hors pair et je souhaite plus que tout qu’elle garde un souvenir ineffaçable de ce moment. J’ai besoin de l’épater pour qu’elle n’en revienne pas, de l’éblouir pour qu’elle ne m’oublie pas…
C.A.C
Nous pénétrons dans le Musée et nous dirigeons vers mon bureau. James, mon fidèle assistant sursaute lorsqu’il me voit accompagnée de Tom et Tina et m’envoie une œillade la concernant. D’un froncement de sourcil, je lui fais comprendre que non, ce n’est pas une nouvelle conquête — ce que je déplore mais…—.
Je fais les présentations et lui demande de garder mon fils le temps de la visite improvisée. Ce qu’il fait de bonne grâce, il ne peut rien me refuser. Je sais qu’il est secrètement amoureux de moi et j’avoue en profiter souvent. Il sait qu’il ne peut rien attendre de moi mais en contrepartie il est devenu plus qu’un collaborateur : mon confident. Sur ce, en avant la visite ! J’empoigne Tina par la main et lui lance d’un ton enjoué :
Parcourant les salles où sont accrochées les toiles des artistes de cette époque, je lui explique en quoi l’arrivée de ces peintres a révolutionné l’art pictural de l’époque.
En premier lieu, ils ont quitté leur atelier pour peindre en plein air. Cela a été rendu possible grâce à l’apparition de la peinture en tubes et des chevalets. Pour reproduire l’impression visuelle ressentie devant la nature ou une scène de la vie courante, il leur fallait peindre vite car le mouvement du soleil modifie la lumière, ce qui change la couleur des objets. Auparavant, les couleurs étaient mélangées avant leur pose sur la toile et le rendu était quasi millimétré alors que là, le peintre dépose de petites touches de couleur les unes à côté des autres. Il utilise souvent des couleurs pures, sans les mélanger. Donnant à ces couleurs un rôle de premier plan, l’impressionnisme marque déjà la rupture de l’art moderne avec la peinture académique. Si tu observes sa toile de très près, tu distingues toutes ces tâches de couleur, pas le contour des objets. Mais si tu la regardes de loin, les couleurs se mélangent… comme par magie et les objets apparaissent… comme par miracle !