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Série : The L Word
Création : 28.02.2018 à 10h32
Auteur : chloe75
Statut : Terminée
Petite histoire de Tibette avec pour toile de fond le "troisième art", le tout ponctué de récréations musicales et artistiques
Cette fanfic compte déjà 22 paragraphes
Installées autour de nos tasses —j’ai pris soin de ne pas m’asseoir à mon bureau mais de le contourner pour être au plus près de Tina— celle-ci lança :
Moi, j’entends surtout deux choses : qu’intellectuellement je lui plais ce dont je ne doutais pas et d’autre part, le lapsus qu’elle a commis me laisse envisager qu’il n’y a pas que cela qui l’attire. Oui, mais voilà, il y a un hic, et de taille. Elle aime un homme. Et je ne suis pas une briseuse de couple mais si l’occasion se présente, je ne la laisserai pas passer, vous pouvez me croire.
Et puis sa façon de parler à la fois douce et posée dégage une sensualité qu’elle ne soupçonne pas mais qui embrase mon corps et mon esprit. Le rouge me monte aux joues, mes bras tressaillent, mon cœur s’emballe, mon ventre s’échauffe. J’aimerai non plus la captiver mais la capturer, devenir sa geôlière. Je m’approprie son trouble, la regarde intensément : je ne sais si elle me fascine mais ce qui est certain, c’est qu’elle va hanter mes jours et mes nuits.
Je me reprends difficilement, lui serre les mains et réponds :
Je suis encore toute excitée, un peu étourdie par cette visite au Musée qui a été le révélateur de deux choses.
La première est que j’ignorais que je pouvais être aussi sensible aux œuvres picturales. Jusqu’à présent, je me contentais de les contempler, sans aller plus loin, sans vraiment me poser de questions. C’était juste celle-ci me plaît, celle-là non, sans trop savoir pourquoi. Je ne suis pas une connaisseuse mais là, j’ai senti viscéralement le talent des artistes et ai été saisie par leur dextérité et leur savoir-faire, la manière dont ils nous emmènent dans la lecture de leurs tableaux. Maintenant, tout en restant néophyte en ce domaine, j’entrevois le monde de l’art différemment. J’ai apprécié l’expertise de Bette qui m’a enseignée comment lire ces peintures. Jamais je n’aurais pensé être à ce point bouleversée et me dis que je suis chanceuse de pouvoir compter sur elle pour approfondir mes connaissances. Désormais, je n’ai qu’une hâte : assister à sa prochaine exposition !
La seconde est qu’elle ne me laisse pas indifférente, moi qui pourtant n’ai jamais été attirée par les femmes. Je suis sensible à son charisme, cet ascendant qu’elle exerce naturellement sur moi, ce pouvoir qu’elle a de tout rendre irrésistible, son charme dévastateur, envoûtant dont elle est dotée et qui je ne sais trop pourquoi ravage mon cœur. Elle me trouble, je n’y peux rien, c’est plus fort que moi ce qui me déstabilise totalement. A vrai dire je me sens désemparée, un peu perdue avec tous ces sentiments nouveaux pour moi. J’ai l’agréable sensation de vivre un rêve éveillé mais ce n’est qu’un rêve, rien d’autre qu’un rêve. Je dois me ressaisir, je le dois, il le faut !
J’attends Tina avant de partir travailler. Tom aussi et avec impatience. Ils s’entendent parfaitement : c’est un peu comme sa deuxième maman. Tina est aussi exigeante que moi en ce qui concerne l’éducation, les bonnes manières et elle a l’art de se montrer câline quand il tombe ou encourageante lorsqu’il rate un dessin et qu’il s’emporte. Une complicité s’est rapidement établie entre eux et s’il regrette que je ne sois pas plus présente, c’est toujours avec un plaisir non dissimulé qu’il l’attend.
Pour ma part, je ne trouve que des avantages à cette garde : Tina est compétente et pédagogue — plus que moi d’ailleurs, dont entre autre la patience n’est pas la vertu principale — mais au-delà de cela, notre amitié se renforce au fil des jours, une connivence s’est rapidement instaurée entre nous tant et si bien que Tina se livre chaque jour un peu plus. Et aujourd’hui est un grand jour ! C’est une Tina radieuse et toute excitée qui entre et se dirige tout droit vers moi.
Et de se jeter dans mes bras en m’embrassant.
Je suis stupéfaite car ni son attitude cordiale, ni son caractère égal ne laissaient présager une éventuelle mésentente.
Je prépare Tom ce qui n’est jamais simple. Il a horreur d’être bousculé, j’ai horreur d’être en retard donc je râle, tempête ce qu’il fait très bien aussi, en me demandant pourquoi Tina n’est pas là, qu’elle au moins ne s’énerve pas. A le croire elle a des qualités dont je semble dépourvue, une patience d’ange entre autre. L’heure tourne puis finalement après encore quelques chamailleries nous sommes enfin prêts et filons au Musée.
Après avoir confié Tom à James, prétextant un appel urgent, je m’isole dans mon bureau afin de faire le point.
Je dresse une liste, c’est mon truc, j’aime que tout soit sous contrôle. Bon, voyons… Tina attend un enfant : je suis ravie mais va-t-elle être aussi disponible ? Vais-je la voir aussi souvent ? Il faudra que je cherche une autre nounou, bon, ce n’est pas pour tout de suite mais quand même. Flûte, voilà que je ne pense qu’à moi. Un défaut que j’ai un mal fou à corriger…
Jack la délaisse et là, ça m’intéresse… Une ouverture peut-être. L’enjeu est d’importance car lorsqu‘elle a parlé d’obsession, c’est moi qui me sentait concernée. Elle ne le sait pas mais quand elle regagne son foyer et Jack, je vis de plein fouet son absence, mon cœur est en charpie, je suis jalouse comme une adolescente et non, ce n’est pas une simple tocade : elle est devenue MA préoccupation majeure.
Je récupère Tom, puis nous rentrons à la maison et là, stupéfaction ! Tina est effondrée sur le seuil de la porte, méconnaissable, le visage ravagé par les pleurs, secouée de lourds sanglots. Que lui arrive-t-il, je n’ose imaginer le pire ! Non, elle n’a pas perdu l’…, non, non. Je l’aide à se relever, la fait pénétrer au salon, m’assoit à côté d’elle sur le canapé, sa tête enfouie au creux de mon épaule, attendant sans dire un mot qu’elle se calme. Ma main libre caresse doucement son dos, remonte sur sa nuque qu’elle enveloppe délicatement. Peu à peu, ses gémissements faiblissent, ses spasmes s’apaisent mais c’est d’une voix encore hachée qu’elle m’annonce :
Je suis désolée, désemparée. Quel mufle ! Je n’ai pas à prendre parti mais je me dois de proposer une solution à Tina, elle est si abattue ! J’improvise :
Je ne reste pas en place attendant avec anxiété et colère le retour de Jack. Le voilà, c’est le moment de vérité. Mais quelle vérité ?
C’est bien la première fois que je suis mal aimable avec lui mais rien n’y fait : la colère monte inexorablement, prête à m’envahir totalement.
Je tremble, possédée par la fureur.
- Je crois que c’est fini, Jack.
- Quoi ? Tina, non ! Et le bébé ?
- Tu m’as trahie. Je ne crois pas que je pourrai jamais te pardonner. Et puis, tu pourras toujours faire un enfant avec elle !
- Tina, ne me fais pas ça !
Je lui tourne le dos et me dirige vers la porte. Il me suit et essaie de me retenir par le bras, je me dégage et hurle :
Ouvrant la porte violemment et sans me retourner, je lui crie :
C’est les nerfs à vif que je me précipite chez Bette…
J’accompagne Tina jusqu’au canapé où elle s’assoit encore furibonde. Ses mains tremblent malgré elle et je vois ses yeux s’embuer. Je m’installe près d’elle, pose mes mains sur ses épaules ce qui la fait tressaillir.
Et de se blottir dans mes bras en pleurant à nouveau. Je sais que dans ces circonstances particulières, je ne devrais pas avoir de pensées déplacées mais je prends goût à ces abandons à répétition. La voir si vulnérable m’attriste et me réjouit simultanément. Cette proximité me plaît, je peux sentir son corps d’autant plus chaud qu’elle est éplorée, la douceur de ses cheveux contre ma joue et c’est tout simplement que je me penche pour recueillir sur mes lèvres le sel de ses yeux.
Surprise, elle esquisse un mouvement de recul et m’implore d’une façon telle que je ne sais s’il s’agit vraiment d’une supplique ou d’une incitation à poursuivre.
Je plonge mon regard dans le sien. Mes yeux noirs, très noirs, trop noirs parfois fascinent souvent, impressionnent toujours. Je sens qu’elle veut éviter mon regard, je sais qu’elle ne pourra y résister bien longtemps. La distance qui nous sépare s’amoindrit imperceptiblement, nos yeux se ferment, nos lèvres s’unissent chastement quelques secondes puis instinctivement mues par une envie irrépressible s’ouvrent pour un baiser fougueux, vibrant de désir accumulé et qui nous laisse haletantes, pantelantes et le souffle suspendu. Alors un silence complice envahit la pièce et c’est main dans la main mais le corps fiévreux que nous parcourons les derniers pas qui nous mènent jusqu’à la chambre…
Je la plaque contre le mur de la chambre, l’affranchit en moins de deux secondes de ses vêtements. Elle me rend la pareille et le temps s’arrête lorsque nous nous découvrons. Je la dévore des yeux mais elle évite mon regard devant son corps dévoilé. Puis, l’impatience nous jette sur le lit. Je lui mordille délicatement l’oreille, elle me mord la pointe d’un sein. Je lèche ses lèvres, elle s’agrippe férocement aux miennes. Mes caresses sont tendres et douces, les siennes volontairement et délicieusement plus cruelles. Ses baisers brûlants électrisent chaque centimètre carré de peau qu’elle touche et alors que j’adopte le rythme de l’émotion, elle pratique celui de l’ivresse des sens.
Comme les fleurs ont besoin de la pluie, l’hiver du printemps, nous devenons alternativement le yin et le yang et unissons nos forces dans cette bataille charnelle, pour que cette quête exaltante aboutisse à l’obtention simultanée d’une jouissance absolue.
Je me réveille, doucement endolorie au souvenir inoubliable de notre nuit mouvementée
Je ressens encore le poids de son corps, la passion de nos étreintes, lorsque…
J’ouvre les yeux et constate affolée que je suis seule
Je me lève vivement, les entrailles déchirées, le souffle court, la tête dévastée
Je sors précipitamment de la chambre, le cœur aux abois
Je pénètre dans la cuisine, … elle est là
Je m’approche, … elle ne me voit pas
Je l’enlace, elle se penche
Puis lentement se tourne, se relève
Me fixe ardemment, sourit et enfin, embrasse mes lèvres…
C.A.C Vernissage J-1
Maintenant, tout en s’occupant toujours de Tom, Tina partage son quotidien entre sa maison et la mienne. Elle sait qu’elle a tout mon soutien dans l’épreuve qui l’accable mais a besoin de temps pour savoir comment appréhender au mieux sa vie future. Et aujourd’hui, je suis fière de la recevoir pour partager avec elle ma première exposition Pierre Soulages.
Tina et Tom pénètrent dans le hall du Musée et se dirigent vers mon bureau entrouvert pour l’occasion. Je les accueille chaleureusement et comme la fois précédente laisse Tom à la charge de James.
Je vais tenter de t’expliquer comment déchiffrer ces toiles. C’est tout à la fois paradoxal, contradictoire, insolite et étrange. Le noir, d’un point de vue optique n’est pas une couleur puisqu’il absorbe toutes les lumières colorées et n’en réémet aucune : on ne voit rien et c’est donc ce rien qu’on appelle noir. Mais d’un point de vue strictement artistique, la technique utilisée par P. Soulages qui est de strier la couche picturale au moyen de brosses ou de lames permet d’interagir avec la lumière environnante. Et au lieu d’obtenir simplement un monochrome noir, ses toiles couvrent, selon les variations de lumière ambiante, des gammes de couleurs allant du noir profond au gris clair, voire au bleu marine. Allons voir ça de plus près…
Nous nous dirigeons vers les salles dédiées à la collection et même si lors d’un séjour à Paris, j’avais déjà pu admirer ces tableaux, je ne m’en lassais pas. Il faut dire que contrairement aux autres peintures, c’est ici la lumière qui est mise en exergue et qui engendre une renaissance de l’œuvre. Tout concourt à faire de la lumière une matière plus importante que le noir lui- même, ce qui est inédit, extraordinaire et …impossible scientifiquement parlant.