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Série : The L Word
Création : 16.01.2020 à 21h12
Auteur : chloe75
Statut : Terminée
ouvelle histoire de Tibette où tous les sens sont à l’honneur, régalez-vous !
Cette fanfic compte déjà 36 paragraphes
Voilà, je m’éloigne de Paris pour une semaine de repos amplement méritée ! Nous sommes mi-janvier, les festivités hivernales sont passées et je peux enfin m’accorder une pause. Une pluie froide et drue entremêlée de flocons de neige tombe sans discontinuer depuis mon départ. J’ai hâte d’arriver dans le Lot, une destination pleine de toutes sortes de richesses m’a-t-on dit où le temps s’y annonce plus froid mais surtout plus ensoleillé qu’ici et le dépaysement garanti.
Il est vrai que depuis bien longtemps, je ne m’étais octroyée de vacances, la galerie que je dirige place des Vosges il y a maintenant bientôt trois ans occupant pleinement mes journées. Auparavant, j’exerçais mes talents au sein du California Art Center de Los Angelès dont j’étais la directrice artistique mais des dissensions internes, des cachotteries à répétitions, l’impression que mon travail n’était pas reconnu à sa juste valeur, toutes ses considérations m’ont exaspérées et ont eues raison de ma patience. Je n’ai eu alors qu’une envie, changer d’air !
Peggy Peabody, collectionneuse compulsive, excentrique et immensément riche m’a alors proposé d’ouvrir cette galerie. A Paris ! Moi qui n’y ai séjourné qu’à l’occasion de visites – trop rares – de musées. Cela voulait dire me séparer de mon pays, de mes amies, de ma famille et de tout ce qui fait la routine d’une vie parfaitement établie. De surcroît, mon français datant de mes années lycée, l’aventure s’annonçait plus que périlleuse. Et si je parviens à comprendre partiellement cette langue, la parler est une toute autre histoire. Mais Peggy sait être convaincante, connaît ma passion des Arts et est intimement persuadée de mon pouvoir d’adaptation rapide. Et voyez-vous, on ne contrarie pas P.Peabody, c’est une femme influente dans le monde artistique et écarter une telle offre reviendrait à l’offusquer ou pire, à l’offenser et la connaissant, c’est sans sourciller qu’elle me rayerait de ses listings. Et cela, je le refusais absolument et n’oubliais pas qu’elle m’avait soutenue lorsque des vents contraires m’empêchaient de mener à bien mes projets.
Ceci dit, je n’étais pas mécontente de m’éloigner quelque temps de ce cercle restreint où se côtoient toujours les mêmes artistes, les mêmes galeristes, les mêmes mécènes. Pour tout dire, j’en avais ma claque et sous son apparence un peu fantasque, P. Peabody possède une réelle sensibilité et un véritable don pour mettre au jour les failles qu’elle avait décelées en moi.
Par ailleurs, l’omniprésence de mes amies me pesait également et bien que je les adore, prendre le large ne pouvait que me faire le plus grand bien. Ce ne fut pas simple, Peggy est exigeante et il nous a fallu travailler d’arrache–pied pour mener à bien ce projet. Elle s’est occupée de nouer des contacts parisiens, de trouver le lieu adéquat, les artistes contemporains trouvant grâce à ses yeux. Son carnet d’adresse plus que conséquent, son influence et sa notoriété ont bien entendu facilité cette entreprise. Pour ma part, j’ai suée sang et eau, l’expression n’est pas trop forte pour apprivoiser la langue de Molières : trois mois de cours intensifs à raison de huit heures par jour, un vrai marathon ! Mais, j’aime les défis et me battre pour un nouveau challenge me stimulait et donnait un nouveau sens à ma vie. Quand il m’a fallu annoncer mon départ à mes proches ce fut autant un déchirement qu’un soulagement et finalement, j’y ai trouvé un véritable apaisement.
Ça y est, j’y suis ! C’est la tombée du jour mais le ciel dégagé et le soleil couchant me permettent d’apercevoir sous des lueurs teintées d’orange et de rouge la demeure et son style typique de la région. Splendide ! Toute en pierres calcaire gris blanc, surmontée d’un toit aux tuiles plates, elle est un des symboles de l’architecture lotoise. Je monte l’escalier d’époque bordé de part et d’autre de coudières en pierre si larges que je m’y imagine très bien alanguie en plein été à savourer les chauds rayons du soleil. Il mène à une terrasse protégée des intempéries ou de la chaleur par une verrière en fer forgé où somnolent pour l’instant les plantes grimpantes. Un pigeonnier carré prolonge la bâtisse parfaitement entretenue qui ne semble pas avoir subi les outrages du temps. Seule, la patine des matériaux témoigne de l’âge avancé de la demeure : 1866 est la date inscrite au fronton de la porte d’entrée.
Porte qui s’ouvre sur un couple d’une quarantaine d’année qui m’accueille aimablement et avec un accent si chantant que j’en suis … enchantée. Je me présente et mon accent américain n’a pas l’air de les surprendre, habitués qu’ils sont à recevoir des vacanciers de toutes nationalités. En revanche, que je ne sois pas accompagnée les laissent perplexes, et même s’ils ne disent rien, leur regard est éloquent. Comment réagiraient-ils s’ils connaissaient mes préférences sexuelles, moi la célibataire lesbienne la plus convoitée et malgré tout la plus seule du tout Paris ? Oui, ma vie sentimentale est plate, monotone, insipide ce qui peut sembler étonnant car « en toute modestie », mon physique avantageux, mon métier fait de rencontres fréquentes, ma culture encyclopédique font que j’ai tous les atouts en main pour trouver l’âme sœur. Mais ce n’est pas le cas.
Certes, il m’arrive parfois d’avoir des aventures, plus pour soulager la nature que par emballement authentique. Je m’épuise à essayer de comprendre pourquoi jusqu’à présent, je n’ai eu que des relations sans suite. Sans doute suis-je trop exigeante, sans doute ai-je une part de responsabilité dans ces échecs, mais contrairement à ceux qui construisent jour après jour leur relation, je crois au véritable coup de foudre et à sa réciprocité. J’espère toujours et encore trouver celle qui sera mienne.
La femme me conduit jusqu’à ma chambre puis se retire en signalant qu’en guise de bienvenue un apéritif dînatoire sera servi dans une heure. Curieuse, je me dirige vers la fenêtre à travers laquelle sont à peine visibles les contours du parc marquant les limites de la propriété. Mes pas me portent ensuite jusqu’à la salle d’eau où une douche brûlante me débarrasse en partie de la fatigue accumulée.
Ouf, fini les hauts talons et les robes de soirée, c’est en tenue décontractée mais élégante—on ne se refait pas— que je descends et m’attable avec mes hôtes pour une collation légère. J’aurai l’occasion de vérifier que dans ce pays « gourmand », la légèreté tient plus de l’euphémisme que de la réalité.
Mais pour l’heure, du thé est servi près de la cheminée et bercée par cette douce chaleur, j’écoute mes hôtes vanter les richesses de leur patrimoine régional. La saison touristique n’est pas encore lancée mais ils me signalent que demain en milieu d’après-midi aura lieu un concert organisé à la basilique de Rocamadour, village pittoresque du département, bien connu des pèlerins en marche vers St Jacques de Compostelle, et qui se distingue par sa situation géographique exceptionnelle, accroché au flanc d’une falaise abrupte.
Je les remercie de tous ces renseignements et monte me coucher, n’ayant plus qu’une hâte, me réfugier sous la couette, savourer la quiétude d’une nuit silencieuse uniquement troublée par le hululement des chouettes nichées dans les arbres alentour puis imperceptiblement tomber dans les bras de Morphée.
Finalement, je ne suis pas mécontente de visiter Rocamadour à cette saison. Il n’y a pas l’affluence de la période estivale et j’en profite pour admirer ce chef d’œuvre architectural et prendre quelques photos. Un loisir que j’aime pratiquer à mes heures perdues. Je suis garée au bas du village et levant la tête j’aperçois à mi-chemin du sommet la basilique. Pour la rejoindre, la pente est particulièrement rude et je m’interroge sur ma capacité à l’atteindre à pied.
C’est qu’il faut une sacrée condition physique — que j’ai par trop négligée ces derniers temps — pour monter les innombrables marches permettant de relier le bas du haut du village. Le froid vif et le vent soufflant par intermittence m’encouragent à dédaigner les ascenseurs pour tenter de me réchauffer. A cette saison, nul besoin de jouer des coudes pour parcourir les ruelles, seuls quelques badauds férus de musique classique s’y aventurent aujourd’hui.
Quelques volées de marche plus tard, la basilique romane avec ses croisées d’ogive préfigurant l’arrivée de l’art gothique s’offre à ma vue. Comment a-t-on pu imaginer bâtir de telles constructions superposées dans cet environnement vertigineux ? Combien de sacrifices humains tout cela a-t-il dû engendrer ?
Depuis quelques années le Centre de Musique Sacrée du village est reconnu pour son dynamisme local et inter régional tant et si bien qu’il accueille aujourd’hui « les Musiciens du Louvres » formation dirigée par Francesco Corti, pour interpréter le « Dixit Dominus » de Haendel. Un public de connaisseurs habitué à ce genre de manifestation envahit le lieu et pour ma part, je m’installe à l’endroit assigné, face aux choristes.
Le concert débute et bien que n’étant pas une mélomane avertie, je suis sensible à cette musique tantôt enjouée, tantôt grave et aux chœurs à la fois puissants et envoûtants. Un pur moment de grâce et de bonheur amplifié par un évènement complètement imprévisible, totalement inattendu.
Est-ce la spiritualité du lieu, la chance ou tout simplement le hasard qui me fit me retourner ? Je l’ignore encore mais ce fut comme si le temps s’était arrêté, comme si les sons, les spectateurs s’étaient figés sur place, immobiles. Je contemplai l’espace de quelques secondes la beauté de l’ange blond assis derrière moi. Le souffle coupé, les yeux dans les yeux, nous lisions l’une dans l’autre comme dans un livre ouvert. Nous sûmes à cet instant précis que notre rencontre ne s’arrêterait pas là.
La fin du concert contribua largement à confirmer mon état d’excitation et de confusion. Excitation soudaine et inédite d’autant que depuis longtemps, une éternité, je n’avais ressenti un sentiment aussi exacerbé de joie lié à ces rencontres providentielles.
D’une part, l’intensité vibrante des chants sacrés me bouleversait et d’autre part celle des battements de mon cœur m’affolait. Confusion également, n’ayant évidemment pas anticipée le télescopage de ses deux sensations. Pour tout dire, j’étais ébranlée, comme étourdie, j’avais les pieds sur terre mais la tête dans les étoiles.
Jusqu’au moment où cette inconnue me tapotant le bras m’indiqua la sortie. Tout le public était sorti sans que je m’en aperçoive, tétanisée, comme hypnotisée par ce qu’il m’arrivait. Je la suivis telle une somnambule, me demandant si je rêvais ou non.
Sur le parvis de la basilique, je repris enfin mes esprits et osai lui demander :
Tout en rejoignant la voiture, alors que nous discutions du concert, j’étais en proie à des sentiments que je n’avais plus éprouvés depuis fort longtemps. Je grelottais non pas de froid mais d’excitation. C’était comme si cette vision avait réveillé en moi l’instinct primaire de la chasseresse qui somnolait, laissé à l’abandon depuis trop longtemps.
Nous voici attablées face à face, la théière délimitant la frontière entre nous. Nous nous regardons un peu embarrassées et par bonheur ce fut elle qui entama la conversation.
Puis continuant comme si de rien n’était :
Je réfléchis quelques instants et tentai ma chance.
Et vous, quel est votre nom ? me dit-elle d’un air espiègle.
Je lui adresse tout d’abord mon sourire le plus charmeur, celui qui je le sais, est capable de faire fondre une banquise, de décontenancer n’importe quel homme, de faire perdre pied à n’importe quelle femme, avant de répondre :
Un ange passe, quelques secondes interminables où nos regards s’affrontent avec délectation nourris par la perspective d’objectifs plus ambitieux.
Nous redescendons de notre nuage, revenons sur terre où Tina enchaîne comme s’il ne s’était rien passé, à l’exception de l’emploi du tutoiement qui s’est imposé naturellement.
Je me laisse prendre au jeu et lui réponds d’un air amusé.
Je hoche négativement la tête à chaque question.
Nous éclatons de rire à cette dernière proposition pour le moins saugrenue. Nous examinons mes mains que je tourne et retourne, vierges de tout cal, mes ongles parfaitement entretenus, puis entre deux rires, je lui demande comme le ferait une enfant.
Heureusement que ma peau mate cache les rougissements car je ne m’attendais pas à cette réplique pleine de sous-entendus. Je déglutis difficilement avant de répondre l’air de rien :
De retour chez mes hôtes, après le dîner, je monte me coucher avec dans la tête des pensées confuses. C’est vrai, je ne suis pas habituée à ce que l’on me fasse du rentre dedans mais là, j’ai été prise à mon propre jeu. Apparemment, si j’en juge par ses réparties, elle ne semble absolument pas farouche bien au contraire. C’est finalement très agréable de ne rien faire ou presque pour la séduire et comme j’ai été conquise au premier coup d’œil, la chasse risque d’être vite expédiée. Mais, que me réserve-t-elle donc comme surprise demain ?
J’arrive comme prévu à 9h30, elle m’attend en sirotant un café et lorsqu’elle m’aperçoit, un sourire illumine son visage. Elle se lève, contourne la table, m’embrasse sur les deux joues et me demande si je suis en forme. Je lui réponds que oui.
L’espace d’un instant mon esprit se brouille, aurait-elle devinée mes pensées ? Visiblement non car elle s’empresse de me remettre la tête à l’endroit en m’exhortant gentiment :