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Série : The L Word
Création : 16.01.2020 à 21h12
Auteur : chloe75
Statut : Terminée
ouvelle histoire de Tibette où tous les sens sont à l’honneur, régalez-vous !
Cette fanfic compte déjà 36 paragraphes
Nous dépassons Cahors pour retrouver le causse du Quercy blanc, Maurice et son chien truffier. La parcelle plantée essentiellement de chênes verts, de chênes pubescents et aussi de quelques noisetiers spécifiquement dédiés à la récolte de la truffe, s’étend sur pratiquement deux hectares.
Tina fait les présentations et demande à Maurice de m’éclairer sur la récolte de la truffe. Commence alors « la chasse au trésor ».
Elle l’enserre de ses deux mains, donnant à ce geste anodin une portée érotique, l’amène jusqu’à son visage, respire fortement et…
Nous nous regardons avec surprise puis sourions à la perspective d’avenir de ce début de connivence.
Maurice qui ne s’est rendu compte de rien enchaîne.
La quête se poursuit jusqu’à 16h, instant où le chien trop fatigué qu’il a été de devoir rester concentré se met à baguenauder sans efficacité. Maurice est satisfait de sa récolte, Tina est ravie qu’il le soit. Elle sait qu’elle peut compter sur lui pour s’approvisionner. Pour ma part, je suis fourbue peu habituée à la vie au grand air.
Nous prenons congé de Maurice et Tina lui donne rendez-vous pour le lendemain.
Pendant le trajet retour, nous échangeons sur cette journée qui a vraiment été exceptionnelle pour moi. Puis soudain, Tina change de sujet :
Elle sort de la poche de son manteau une truffe enveloppée dans un morceau de tissu.
Je ne sus que répondre à ces affirmations craignant un dérapage incontrôlé de ma part et fut sauvée involontairement par Tina qui s’exclama :
Nous pénétrons à l’intérieur du gîte très couleur locale, Tina s’affaire aussitôt pour réactiver le poêle à bois, c’est que la nuit est tombée et la température a vraiment chuté. Je m’approche d’elle, tend mes mains vers la cheminée pour me réchauffer. Elle se redresse et en se retournant m’écrase le pied. Elle manque de tomber et se raccroche alors à moi. Nos visages sont si proches que nous restons pétrifiées à nous regarder, à ne pas savoir laquelle de nous deux prendra l’initiative.
C’est alors que sans même nous en rendre compte, aimantées comme par magie, nos lèvres se rejoignent pour un baiser chaste qui dure, le rendant absolument délicieux. Nos corps tressaillent comme soumis à de tendres décharges électriques quand soudain, Tina s’écarte et avec un sourire espiègle m’annonce qu’il nous faut préparer le repas, qu’il n’est plus temps de batifoler.
Quoi ? Batifoler !!! Je n’en crois pas mes oreilles ! Toutes les œillades, les sous-entendus, les clins d’œil, la connivence évidente, l’aventure que nous commençons ne seraient-ils pour elle qu’un simple jeu ? Je ne peux y croire, je ne veux pas y croire !
Quelques instants plus tard, Tina a brossé la truffe de ses résidus terreux, l'a lavée, l’a coupée en fines lamelles avant de les incorporer aux œufs battus. Pendant ce temps, j’ai dressé la table prête à recevoir des mets de choix.
… Il me fallut quelques secondes pour réagir, interloquée par son franc-parler.
Nous commençons donc par le foie gras truffé étalé sur des tranches de pain croustillant. Un pur délice, complètement différent du foie gras seul. Jamais je n’aurais pensé ressentir ce genre de sensations difficiles à décrire car inconnues jusque-là. Si j’osai une comparaison, ce serait celle produite par la satisfaction du plaisir charnel. Un état de béatitude, de bien-être proche de l’extase.
Agrémenté d’un verre de Gewurzstraminer vendanges tardives, entre deux bouchées, je ne peux que dire :
Je me penche, ferme les yeux et m’enivre de cet entêtant parfum avant de pousser un gémissement de plaisir en la dégustant.
Dans la promiscuité de la voiture, l’heure n’est plus aux bavardages. Chacune est tiraillée par des sentiments contradictoires. Faut-il que je plonge tout en sachant que cette aventure sera sans doute sans lendemain ? Mais comment résister aux avances et à la beauté de cette femme ? N’avons-nous pas déjà commencé un semblant de relation ? N’est-elle pas craquante, raffinée, désirable, un tantinet mystérieuse, un brin libertine ? Elles pouvaient bien réfuter en bloc l’évidence, elles n’en restaient pas moins omniprésentes, cette envie qui les tourmentaient, cette fièvre qui les excitaient. Voici les réflexions qui les agitaient lorsqu’elles arrivèrent à la voiture de Bette.
Je détache ma ceinture de sécurité, me tourne vers Tina et me jette à l’eau.
Pour toute réponse, Tina déboucle sa ceinture, se tourne vers moi, plante ses yeux dans les miens, esquisse un sourire complice et va à la rencontre de mes lèvres. Cette fois-ci, envolé le baiser chaste, c’est sans pitié, presque avec brusquerie que nos lèvres s’ouvrent, nos souffles se mêlent, nos langues s’apprivoisent encore et encore. Nos mains ne sont pas en reste mais il faut nous rendre à l’évidence, l’inconfort de la voiture et le froid sont si manifestes que ces deux facteurs réunis mettent malheureusement fin à notre étreinte.
Bien qu’il soit douloureux d’abandonner ce moment grisant, je sors et regagne ma voiture non sans avoir échangé un dernier baiser avec ma belle, lui promettant d’être ponctuelle demain.
Je rejoins mon lit, me pelotonne dans la couette et me repasse le fil de cette journée. Je peux dire qu’elle a été particulièrement riche en expériences mais s’il fallait n’en retenir qu’une, ce serait mon début de liaison avec Tina.
Je crois avoir trouvé, non, j’ai trouvé la femme — et quelle femme !— qui correspond à mes critères : Belle, intéressante, intelligente, avec ce côté frivole mêlé à une insouciance qui m’enthousiasment. Avec elle, point d’ostentation, ni frime, ni esbroufe, elle a cette aptitude à tout rendre simple et facile d’un seul sourire, d’une seule réplique, comme si nos conversations, nos regards allaient de soi.
Ce que j’ignore encore, c’est si mes sentiments sont partagés. Plusieurs indices laissent penser que oui, mais alors, sa décontraction dans certains propos ne serait-elle là que pour masquer son trouble ? Cependant, tout à l’heure, elle ne feignait pas lors de notre échange amoureux… En fin de compte, la fatigue l’emporte sur ces interrogations et je m’endors doucement, le sourire aux lèvres en souhaitant que mes songes prolongent cette journée de rêve.
J’arrive à l’heure dite chez Tina qui m’accueille sur le seuil de la porte avec un sourire aussi rayonnant que le soleil et c’est sans hésitation qu’elle m’embrasse à pleine bouche mettant ainsi fin à mes questionnements.
A écouter ces mots tant attendus, à lire dans ses yeux les prémices d’un amour latent, je retrouvais ma superbe, serrais les poings puis comme le font les jeunes d’aujourd’hui, je poussais intérieurement un énorme « Yes » de victoire !
Puis, consultant ma montre et le ton plein d’une assurance retrouvée, je lui susurrais doucement à l’oreille : si vous voulez honorer votre rendez-vous, garnir vos poches de « Tuber Mélanosporum » — tu vois, j’apprends vite — et exciter ma curiosité Mademoiselle Kennard, ne faudrait-il pas envisager de nous mettre en chemin ? D’un sourire entendu, un tantinet narquois, bras dessus, bras dessous, nous embarquons quelques mètres plus loin pour l’étape rituelle hebdomadaire: le fameux marché aux truffes de Lalbenque.
Arrivées à destination par de petites routes tortueuses nous nous garons sur une petite place proche du marché.
Je l’arrête, me tourne légèrement vers elle en fronçant les sourcils et clignant des paupières lui déclare :
Nous nous dirigeons vers la rue principale où sont alignées sur l'un des côtés des tables montées sur tréteaux où s’alignent les vendeurs. Chacun avec son petit panier recouvert d’une serviette sous laquelle sont cachés les fameux diamants noirs.
Il y a quelques règles à respecter si l’on veut obtenir le meilleur prix: que les truffes soient débarrassées du maximum de leur terre, qu’elles soient bien disposées, si possible les plus grosses au- dessus. Parfois, il y a deux paniers : 1 pour la vente aux particuliers avec des truffes plus petites que la moyenne, les plus grosses dans un 2ème étant réservé aux professionnels.
Ensuite, à 14h un coup de sifflet retentit, le chiffon rouge s’abat et commence alors la vente aux particuliers et aux courtiers. C’est très rapide, tout se fait quasiment sans parler. Le courtier note un prix sur un bout de papier qu’il présente au vendeur et la négociation s’ensuit. Le prix proposé dépend bien sûr de l’offre et de la demande. Cette année semble être encourageante après plusieurs années de faibles récoltes et même si le prix au kilo n’est pas au plus haut, c’est tout de même une bonne affaire pour le vendeur. Entre 400 et 1 000 € le kg tout de même !
Nous descendons la rue et effectivement le nombre de récoltants s’étend sur toute sa longueur. Il n’est pas simple d’apercevoir la récolte ni pour le simple particulier ni entre vendeurs. C’est qu’ils se la jalousent cette truffe ! Et savoir à quel prix ils l’a vendront est sans espoir pour le simple passant. A noter que si vente au détail il y a, l’acheteur doit faire fissa !
C’est bientôt l’heure, tout le monde est aux aguets, prêt à jouer des coudes pour acquérir le plus rapidement possible ce tubercule. La foule est peu nombreuse mais si dense qu’être au meilleur endroit s’avère compliqué. Tina s’esquive, à l’affût du coup de sifflet libérateur.
Moi, j’essaie de repérer ses confrères. Je crois les distinguer : veste de velours côtelé, chapeau et bottes semblent être les tenues en vigueur. Comparée à eux, Tina avec sa tenue hivernale aux couleurs chaudes, confortable, décontractée paraît anachronique dans ce milieu. Je la trouve éminemment sexy et force est de constater que je ne suis pas la seule. Ses confrères qu’elle embrasse courtoisement sont visiblement sensibles à son charme mais ils savent aussi qu’elle est leur égale et c’est dans un respect réciproque qu’ils s’apprêtent à jouer leur rôle.
Ça y est, le départ est donné, c’est l’effervescence, tous jouent le jeu, le jeu de la grande loterie du mardi, le mardi qui peut rapporter gros, très gros. Je suis Tina de loin, personne n’ignore qu’elle alimente les grands restaurants parisiens, alors place à la négociation. Je regarde ton ticket, je regarde tes truffes. D’un côté, ça discute, palabre à couvert, argumente, marchande, de l’autre ça écrit, objecte, rature, parlemente, ergote. On se croirait au bazar du coin et finalement l’affaire se conclue par une bonne poignée de mains. Tout le monde est satisfait et y a trouvé son compte en une demi-heure maximum.
Viens l’heure de la récompense !
Pour cela, rendez-vous sur la place, chaque acheteur converge vers sa voiture suivi du cortège des vendeurs. C’est le moment crucial, attendu avec impatience chaque semaine, l’instant de la pesée à l’ancienne mais toujours d’actualité : celle de la balance romaine. Tombe alors le verdict concernant le poids. Puis tout s’enchaîne très rapidement, les calculatrices s’échauffent pour mettre un point final à la transaction où s’échangent sous le manteau à l’abri des regards indiscrets des billets de banque enroulés par dizaines. C’est une joie toute en retenue qui s’est installée mais l’éclat brillant des yeux ne trompe personne, de part et d’autre la journée a été fructueuse.