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Série : CSI : Crime Scene Investigation
Création : 19.05.2006 à 15h34
Auteur : milhoute
Statut : Abandonnée
« Sara a baissé les bras... Grissom devra tout faire pour la sortir de ses problèmes. » milhoute
Cette fanfic compte déjà 6 paragraphes
Grissom était enfin arrivé devant la porte de Sara, le concierge du bâtiment lui avait gentiment remis le double des clés après s’être assuré que son interlocuteur était bien « policier ». Il tourna la clé et entra le plus calmement possible dans l’appartement – pour ne pas affoler Sara. Il réalisa que c’était la seconde fois qu’il entrait chez elle, il connaissait un peu les lieux et curieusement, à chaque fois qu’il était venu, Sara était en détresse. Cet appart’ avait-il des mauvaises ondes ? D’où il était, il ne pouvait pas encore voir Sara mais il entendait le bruit émanant de l’extérieur. Il avança doucement et se retrouva dans le salon, là où Sara se situait. Ayant entendu un bruit derrière elle et à bout de nerf, elle fit un geste brusque, ce qui affola la foule en bas.
« C’est vous Grissom ?… N’approchez pas !… Restez où vous êtes !
-D’accord, je ne bouge plus. Calmez-vous Sara. »
Grissom obtempéra, il ne valait mieux pas la contrarier.
Les autres membres de l’équipe, tout comme les gens qui étaient à proximité des journalistes et quelques milliers de téléspectateurs devant leurs télévisions, assistaient à la scène, grâce à l’amplificateur de son, comme s’ils étaient aussi dans la pièce avec Grissom et Sara.
Grissom fixait Sara, il ne la quittait pas une seconde des yeux afin de pouvoir intervenir si des fois la situation lui échappait. Il s’adressa de nouveau à sa collègue pour la mettre en confiance :
« Et si on se tutoyait pour une fois, hein ? D’accord ?
-D’ac… d’accord » bafouilla t-elle, à bout de nerf.
Lui avait une voix qui se voulait rassurante, mais intérieurement il paniquait.
Catherine était très inquiète en bas car, pour parler à quelqu’un en détresse, Grissom était le dernier à savoir s’y prendre. Mais d’un autre côté, il était probablement le seul, du moins elle l’espérait, à pouvoir approcher Sara et la convaincre de ne pas sauter.
Grissom ne bougeait plus comme elle lui avait ordonné, il ne cessait de regarder la jeune femme. Il se demandait pourquoi Sara, une personne tout à fait lucide et réfléchie d’habitude, pouvait se trouver sur le point d’en finir avec la vie. Il ne comprenait pas :
« Sara, pourquoi en es-tu arrivée là ? »
Il tentait de lui faire vider son sac - pour guérir le mal, il faut savoir d’où il provient - bien que ce soit assez périlleux. Sara, voyant que Grissom ne bougeait plus, tenta de se calmer. Il attendait une réponse de sa part, mais sa raison le concernait lui aussi. Elle ne pouvait pas lui révéler les raisons comme ça. Elle essaya d’éviter sa question :
« La vraie question est pourquoi pas. » Répondit-elle.
Ses yeux étaient bouffis et tout rouge à cause des larmes qu’elle n’arrivait pas à maîtriser. Grissom ne paraissait pas satisfait de sa réponse, il attendait patiemment qu’elle veuille bien se confier à lui. Elle le mit alors sur la voie :
« Regardez… regarde autour de toi… qu’est-ce que tu vois ? »
En bas, l’équipe paraissait un peu plus calme depuis que Gil avait entamé la conversation. Sara semblait moins agitée. Catherine se demandait si c’était grâce à la conversation ou grâce à la présence de Grissom à ses côtés. Celui-ci ne comprenait pas où Sara voulait en venir, il n’était pas dans sa tête après tout. Un silence pesant régnait là-haut, il contrastait royalement avec le brouhaha provenant de l’extérieur. Sara savait que Gil était toujours derrière elle malgré son silence. Elle ne le voyait pas mais elle imaginait très bien quelle tête il pouvait faire à l’heure actuelle. Contrairement aux autres de l’équipe, il privilégiait les gestes à la parole. Grissom avait des mimiques qui lui étaient propres : quand il ne comprenait pas quelque chose, ou qu’il attendait des explications par exemple, il relevait un sourcil. C’était cette mimique justement à laquelle Sara pensait et elle n’avait pas tort, Grissom attendait plus de précision.
« Que vois-tu dans cet appartement ? »
Grissom regarda alors autour de lui. Après un moment d’observation, il répondit à Sara :
« Je vois qu’il est très bien rangé, très propre,… tout semble avoir sa place, tout paraît organisé.
-Et qu’est-ce que tu vois d’autre ? »
Il regarda de nouveau ; il avait beau chercher, il ne voyait vraiment pas où elle voulait en venir. Décidément, les relations humaines n’étaient vraiment pas son fort !
« Je ne sais pas, je ne vois rien d’anormal. » Se résigna t-il à dire.
Il ne pouvait pas voir ce qui manquait également chez lui… Sara vint alors à son aide :
« … Des photos… il n’y a aucune photo : pas de famille, pas d’amis, pas d’homme dans ma vie, ni même d’enfants… Ma vie est comme cet appart’, bien rangée, bien propre, mais vide ! »
A ces mots, une nouvelle vague de sanglots l’envahit, elle n’arrivait pas à se contrôler. Grissom la regardait, il savait maintenant, il comprenait mieux. Sara ne supportait plus sa solitude, elle ne supportait plus de n’avoir, comme lui, que son travail auquel s’accrocher. Il tenta de lui faire comprendre qu’elle n’était pas toute seule comme elle le croyait. Il lui dit le plus sereinement possible :
« Ce n’est pas parce qu’il n’y a pas de photos ici que personne ne se soucie de toi.
-Tout le monde se moque de mon existence. » Elle s’en était convaincue. Elle avait besoin de vider son sac. Plein de haine et de désespoir elle ajouta : « Qu’est ce que ça changerait si je disparaissais, hein ? Les seules personnes que je fréquente sont mes collègues de travail et ils n’ont pas besoin de moi en dehors du boulot… je ne suis rien pour personne !»
En bas, les CSI paraissaient anéantis. Ils s’en voulaient de ne pas montrer à Sara plus d’intérêt en dehors du travail. Dans le fond, elle avait raison, ils se côtoyaient rarement en dehors du L.V.P.D., à part quelques fois pour aller manger entre deux affaires. Ils s’appréciaient pourtant les uns les autres, mais ils ne passaient pas de temps ensemble pour essayer de se connaître mieux. Peut-être s’ils se fréquentaient en dehors, ils ne penseraient à rien d’autre qu’à leurs affaires et aux côtés négatifs qui allaient avec. Ils ne se voyaient peut-être pas en dehors pour penser à la vie et non à la mort - visiblement ça n’avait pas empêché Sara d’y penser. Grissom trouva une parade à ce qu’elle venait de lui dire :
« Vraiment ? Alors explique-moi pourquoi y a-t-il tellement de monde en bas qui souhaite comme moi que tu changes d’avis ? »
Sara n’avait pas pensé à cela, Grissom marquait un point. Sur le coup, elle ne lui dit rien, mais après quelques secondes, elle brisa le silence avec une phrase « choc » :
« L’homme que j’aime se fiche pas mal de mon existence ! »
Elle s’était ouverte à lui comme un livre et il savait lire entre les lignes. Cette phrase surprit Grissom, Sara n’était pas du genre à être aussi expéditive quand elle parlait de sa vie… la situation dans laquelle elle se trouvait changeait les données du problème sans doute… comme la première fois où il était venu ici d’ailleurs… décidément cet appartement !
Il resta quelques instant muet, le temps de bien assimiler ce qu’elle venait de lui dire. Comment répondre à cela ? Il devait réagir, il ne pouvait pas rester muet… Sara était en danger… ‘Sara est en danger et si tu ne fais rien, elle pourrait…’ ne cessait-il de se répéter mentalement. Cette pensée lui faisait incroyablement mal ! Même s’il ne le montrait pas, même si en apparence il restait de marbre face à la situation. Et justement il devait lutter contre cette nature à se refermer sur lui-même, à garder ses émotions, à ne rien laisser paraître. Il devait cette fois se forcer à parler, pour Sara, pour la sauver… il ne supporterait pas de la perdre. Il n’avait déjà pas supporté l’idée qu’elle puisse partir le jour où elle lui avait donné sa démission. Il lui avait offert une plante pour lui signifier - déjà à l’époque - qu’il refusait de la laisser partir… qu’il voulait qu’elle reste parce qu’il était attaché à elle. Il se souvenait ce qu’il lui avait dit avant de la voir quitter son bureau : « Le labo a besoin de vous. » Sara s’en était fichée, elle n’avait pas besoin de l’affection du labo ! Elle avait besoin de son affection à lui. C’est ce qu’il devait lui dire.
« Sara, viens avec moi… sinon c’est moi qui te suivrai. »
Sara paraissait aussi surprise de sa réponse qu’il ne l’avait été avec la sienne… encore de l’implicite ! Gil semblait en être l’inventeur. Il se rendit compte de ce qu’il venait de dire et pour être clair, il dit à sa collègue :
« Si tu sautes, je saute juste après. »
Chapitre 4 : Choix difficile
Sara pensa alors que c’était vraiment la chose la plus nulle qu’il lui avait dit : Sa vie n’avait pas d’importance pour lui jusque-là et d’un seul coup, il ne pouvait pas vivre sans elle ? Ou tout simplement essayait-il de lui mettre des bâtons dans les roues en utilisant une méthode complètement ridicule ? Elle prit sa réponse pour une provocation. Grissom avait risqué de la mettre en colère pour susciter sa curiosité. Sara demanda alors assez froidement, comme à chaque fois que Grissom la blessait - elle ne pouvait s’empêcher d’être tout aussi désagréable avec lui :
« Pourquoi ferais-tu ça ?! Tu n’as aucune raison de le faire, à part si c’est pour me faire renoncer et dans ce cas, c’est peine perdue Grissom ! »
Ça se présentait mal, Sara avait compris de travers et la colère lui montait au nez ; ses nerfs ne devaient pas lâcher sinon elle était perdue ! Il devait faire en sorte qu’elle n’abandonne pas. Maintenant Grissom n’avait plus le choix, il ne pouvait plus reculer et devait être honnête avec la jeune femme. De toute façon, en ce cas présent, la question ne se posait même pas. Aucun des deux ne savait ce qui se tramait en bas. Gil n’avait pas vu le matériel que les journalistes avaient installés pour les espionner et Sara ne voyait pas grand chose, seulement un attroupement de personnes dans la rue – qui d’habitude est assez calme - devant son bâtiment ; et les gyrophares des voitures de police.
Catherine – comme toutes les personnes assez proches des appareils d’espionnage d’ailleurs - ne ratait pas un morceau de ce qu’ils se disaient. La conversation prenait mauvaise tournure : ‘Grissom est vraiment nul ! J’espère qu’il a prévu une bonne chute sinon c’est Sara qui va en faire une !’ pensait-elle très inquiète. Elle se retenait pour ne pas entrer dans l’immeuble et tenter d’apaiser Sara en prenant la place de leur supérieur. Mais voilà ce qui la retenait justement, personne ne pouvait prendre sa place, ils devraient s’en sortir seuls. Si Sara en était arrivée là, c’était en grande partie à cause de lui ! C’était à lui de régler le problème, en étant honnête avec ses sentiments car elle en avait toujours douté - le pressentiment féminin sans doute – Grissom n’était pas sincère avec sa petite protégée, il se passait quelque chose entre eux, même s’il refusait de l’admettre et s’il luttait contre « ça ». La situation ne l’étonnait absolument pas contrairement aux hommes qui faisaient partie de l’équipe. Elle espérait de tout cœur qu’il aille jusqu’au bout.
Nick ressentait de la colère à l’heure actuelle : ‘mais qu’est-ce que vous foutez Grissom !’ Il avait lui aussi envie de monter, mais plus pour casser la tête à son patron que pour parler à Sara. La sauver, il n’avait pas la prétention d’essayer lui... au lieu de l’aider, Grissom l’enfonçait encore plus ! Il ne comprenait absolument pas pourquoi c’était Grissom qui était là-haut et pas… Catherine par exemple ! Elle était la plus sociable d’entre eux et c’était celle qui, en situation de crise, savait le mieux gérer les réactions des autres. Elle avait ce don et Grissom était tout son contraire ! Lui qui est si renfermé et si solitaire, lui qui préfère passer sa vie au labo à étudier des cadavres ou des insectes plutôt que d’aller dans un bar pour draguer ou passer du bon temps avec des amis !
Warrick, quant à lui, était complètement sonné, il ne réagissait pas, ne pensait rien à part : ‘Ne fais pas ça Sara.’
Brass était à côté du policier qui avait prêté le porte-voix à Grissom, il n’entendait pas ce que Sara et son collègue pouvait se dire, n’étant pas assez proche du matériel des journalistes. Inconsciemment il ne s’était pas approché d’eux, comme à chaque fois qu’il se trouvait sur une nouvelle scène de crime, il les évitait. Il cherchait des solutions de secours avec les responsables de chaque équipe : police, pompiers, EMT... pour essayer de parer à toutes les cas de figure qui se présenteraient… même pour le pire de tous : que sa jeune collègue fasse le grand saut.
« Si, j’en ai deux, répondit Grissom… » Il marqua une pause pour prendre une inspiration et se donner du courage. « La première c’est pour te prouver que ‘‘l’homme que tu aimes’’ n’en a pas rien à faire de ton existence. »
Incroyable ! Sara n’en revenait pas. Comment avait-il osé dire une chose pareille ! Il le savait alors ? Ou était-ce juste du bluff ? Elle en était abasourdie et remarqua alors le silence qui avait suivi ces paroles. Ces mots avaient provoqué les réactions de tout le monde. Les journalistes se félicitaient, quel beau scoop ! Catherine ferma les yeux car elle était sûre dorénavant de ce qu’il comptait lui dire mais ne savait pas en revanche s’il arriverait à affronter sa peur.
La tension montait et le silence devenait pesant. Sara ne contesta pas la première raison, ce qui encourageait Grissom à poursuivre. Si elle l’avait contredit, il n’en aurait peut-être pas eu le cran. Il avait dit ça sans en être vraiment sûr. Comme elle, il s’était rendu compte de leur rapprochement… mais il n’était pas prêt à se lancer dans une relation avec elle et avait donc décidé de mettre de l’écart entre eux avant qu’il ne soit trop tard. A partir de là, comment Sara avait-elle pu s’intéresser à lui alors qu’il s’était encore plus renfermé sur lui-même et faisait en sorte de n’être qu’un supérieur hiérarchique ? ça semblait avoir réussi jusqu’à ce soir où Sara le mettait au pied du mur. Mais à la réflexion ce n’était qu’une illusion : son plan avait échoué car lui-même n’avait pas cessé de s’intéresser à elle, malgré toute sa bonne volonté. Il l’aimait trop pour prendre le risque de continuer de lui cacher.
« Et… et la deuxième raison ? » lui demanda Sara en bafouillant, visiblement sonnée par la première raison et curieuse de connaître la seconde.
Il prit tout son courage à deux mains ; il en avait encore plus besoin que la première fois car cette fois il s’impliquait dans ce qu’il disait :
« … Convaincre la femme qui compte le plus pour moi que je ne peux pas vivre sans elle. » Avoua t-il enfin, reprenant les termes de Sara pour dire ce qu’il ressentait de manière détourné.
Sara se répéta plusieurs fois la phrase dans sa tête, afin d’être sûre qu’elle avait bien entendu. Elle avait du mal à réaliser, tout comme les gens qui entendaient en bas. C’était absolument inconcevable que celui « qui n’a pas de sentiments » - comme elle lui avait rétorqué une fois - en ait justement !
Alors l’idée que Grissom puisse essayer de la manipuler pour l’empêcher de sauter lui parut possible… voir même évidente ! Sara réagit alors violemment, contrairement à ce qu’espérait son supérieur.
« COMMENT POUVEZ VOUS JOUER AVEC MES SENTIMENTS DANS UN MOMENT PAREIL !!! »
Soudain Sara fit un geste brusque et manqua de tomber. La foule réagit instinctivement et prit peur. Tout le monde ressentit la sueur froide, y compris Sara qui ne s’attendait pas à manquer de tomber accidentellement. Elle pensa tout de suite que sa réaction – l’instinct de survie on pourrait l’appeler – était ridicule dans le cas présent car c’était elle qui s’était mise en danger volontairement. Il n’y a pas encore une heure elle voulait mourir !
Grissom aussi crut voir la dernière heure arriver, il faillit paniquer mais très vite se rendit compte que Sara ne l’avait pas fait exprès et qu’elle aussi avait eu peur. ‘Ne bouge pas Sara, je t’en supplie reste calme’ pensait-il. Cela ne faisait aucun doute cependant, il perdait le contrôle de la situation. Pensant apaiser Sara, il l’avait au contraire provoquée une fois de plus. D’habitude, Sara se sentait agressée parce qu’il n’était pas honnête avec elle, parce qu’il la rejetait alors qu’il mourait d’envie de se rapprocher d’elle ; mais il ne pouvait pas, il n’en avait pas le droit. Cette fois, c’était parce qu’il était sincère avec elle... Il n’y comprenait plus rien, il ne savait plus comment réagir.
« Sara, calme-toi, je…
-Ne me dîtes pas de me calmer !! Tout ça c’est… C’EST VOTRE FAUTE GRISSOM !!! Je n’en peux plus de supporter vos sautes d’humeur !! Vous me dédaignez à longueur de temps et vous osez me dire que je compte pour vous !! Belle foutaise ! »
Tout en s’exprimant, Sara continuait de gesticuler sur le rebord de sa rambarde. La foule en bas paniquait car la situation tournait mal, vraiment mal ! Grissom avait sous-estimé la lassitude de Sara. Elle n’en pouvait plus, elle pleurait à présent de colère tout en vidant son sac. Elle aurait dû le faire avant, avait-elle déjà pensé ; elle aurait dû lui dire ses quatre vérités au lieu de garder ça pour elle ; ça finissait par la ronger, par la détruire. Et qui essayait-elle de protéger en gardant tout pour elle ? Grissom ? Il ne le méritait pas ; il ne se gênait pas pour la faire souffrir lui !
« Non c’est la vérité Sara… tu sais que tu peux me faire confiance.
-… Je ne sais pas. »
Elle avait réfléchi quelques secondes avant de donner sa réponse. Cette remarque était gratuite de sa part, elle cherchait à le blesser, à lui faire mal autant qu’il pouvait lui en faire. Elle sut qu’elle avait réussi car Grissom lui demanda :
« Est-ce que je t’ai déjà menti ? »
Elle ne pouvait pas répondre « oui », elle le savait. Elle devait le reconnaître, il ne lui mentait jamais durant les rares fois où il laissait transparaître ses émotions. Elle ne pouvait pas lui reprocher de lui mentir… à la limite, elle pouvait seulement lui reprocher de lui cacher la vérité. Grissom avait encore marqué un point, il maintint alors ce qu’il certifiait plus tôt.
« C’est la vérité… je tiens à toi Sara. Chaque jour, j’ai mené un combat de plus en plus difficile contre mes sentiments. »
Elle semblait à présent écouter attentivement et se calmer. Il se demandait comment elle réagirait face à ce qu’il s’apprêtait à faire. Il se répétait sans cesse « Elle ne sautera pas » pour se donner du courage et se décider à avancer. Il voulait profiter du fait qu’elle était trop occupée à l’écouter pour se rapprocher doucement d’elle.
Sara était comme tétanisée par la révélation qu’il venait de réitérer. Une fois, il avait dit ça pour la faire changer d’avis en jouant avec ses sentiments ; deux fois, Grissom était sincère… enfin elle croyait. Elle hésitait. Elle ne savait plus. Alors elle cherchait à en savoir plus, elle l’écoutait pour savoir quelle opinion était la bonne.
Grissom s’approchait doucement d’elle. Il continuait de lui parler, comme s’il avait besoin de se libérer d’un poids qui l’oppressait depuis un long moment ; il devait aussi la convaincre de sa sincérité.
« C’est étrange… et plutôt paradoxale : vivre à côté de toi m’était douloureux… »
Sara se laissait approcher sans réagir. Il était juste à côté d’elle à présent. Elle tourna la tête afin de le regarder dans les yeux, elle y cherchait sa réponse et la colère retomba d’elle-même lorsqu’elle lut la sincérité dans son regard.
« Mais vivre sans toi me serait insupportable. »
Il lui tendit alors la main pour l’inviter à le rejoindre, sans la brusquer, de l’autre côté de la rambarde. Sara continuait de le regarder dans les yeux, ils étaient remplis de sincérité et de tendresse aussi. Elle posa ensuite son regard sur la main tendue vers elle et finit par la prendre dans la sienne, sans réfléchir. Grissom la tenait à présent, rien ne pourrait lui arriver. Il l’aida à se retourner doucement pour ne pas faire de faux-pas et à passer la rambarde. En bas, tout le monde applaudissait et criait de joie. Gil tenait toujours Sara dans ses bras. Il posa ses mains sur ses joues afin d’essuyer les dernières larmes qui avaient coulé. Sara le regardait, il souriait, rassuré de la voir devenir raisonnable. Elle ne mesurait pas encore l’erreur qu’elle avait failli commettre. Elle n’arrivait plus à penser, elle avait fait le vide dans sa tête depuis que Grissom lui avait donné sa première raison. Sans réfléchir donc, elle se jeta dans ses bras et l’étreignit, comme s’il était le seul pilier qui l’empêcherait – et qui l’avait empêché - de tomber. Grissom resserra son étreinte et murmura au creux de son oreille :
« J’ai besoin de toi. »
Les journalistes avaient ce qu’ils voulaient, il ne manquait plus que la touche finale : « C’est sur une fin heureuse que nous nous quittons ! Sara Sidle qui, je vous le rappelle, était encore sur le point de sauter dans le vide il y a à peine une minute, vient de passer de l’autre côté de la rambarde. Le docteur Grissom, son collègue de la police scientifique, était monté afin de lui porter secours. Il semblerait qu’il ait réussi sa mission et de la manière la plus charmante qui soit ! Alors que plus personne n’avait aucun espoir de voir la jeune femme faire demi-tour, le docteur Grissom a avoué à sa collègue qu’il avait des sentiments pour elle. Après « ça », quelle femme aurait encore le désir de mourir ?… Ne quittez pas car une autre surprise vous attend ! J’ai avec moi l’équipe de la police scientifique au grand complet ! Ils vont vous dire leurs impressions sur ce qui vient de se produire sous leurs yeux ! Catherine Willows, que pensez-vous de ce qu’il vient d’arriver, était-ce prévisible selon vous ?
-Eh bien si vous faîtes référence à la détresse de notre jeune collègue, bien sûr que non, nous ne savions absolument pas que Sara n’était pas satisfaite de sa vie.
-Semblait-elle aller bien ? N’avez-vous pas ressenti une certaine tension dans votre travail ?
-Absolument pas, vous pensez bien que nous aurions essayé de l’aider sinon. Vous savez, notre métier est moralement très difficile, il ne faut pas être faible psychologiquement, nous en voyons de toutes les couleurs. Sara semblait aller aussi bien que les autres. Nous travaillons dur, les conditions sont difficiles : les horaires, la pression que nous subissons. Croyez-moi, nous n’aurions pas pu nous en apercevoir.
-Je n’en doute pas. Mais tout n’est pas aussi noir que ça dans votre équipe, le docteur Grissom et Sara Sidle sont visiblement très proches ! Saviez-vous ce qui se passait entre eux ? Nicolas Stokes, qu’en pensez-vous ?
-Eh bien, nos collègues ne sont pas très expressifs, particulièrement notre superviseur alors je dois dire que c’est la surprise générale de notre côté aussi ! Enfin en tout cas pour moi ! Et pourtant, nous sommes habitués à analyser les preuves !
-Et vous Warrrick Brown, qu’en pensez-vous ?
-Disons que nos collègues se connaissaient avant de faire partie de la même équipe alors ils étaient déjà naturellement assez proches. Mais de là à penser qu’ils avaient des sentiments l’un pour l’autre…
-Catherine, vous n’avez pas l’air d’accord ?
-Non, je trouve qu’au moins du côté de Sara c’était évident.
-Bien je vous remercie tous pour vous êtes prêtés au jeu. Quant à vous chers téléspectateurs, je vous donne rendez-vous au journal de 13 heures demain. En attendant, bonne nuit à tous. C’était Monica Parker pour Canal 5... »
Sara était blottie dans les bras de Grissom, pour rien au monde elle n’aurait voulu les quitter. Sa tête posée sur son épaule, leurs corps étaient liés et ne faisaient plus qu’un. Elle profitait de ce moment d’intimité plus que bienvenu, elle avait tellement manqué d’affection dans sa vie.
Depuis qu’elle était toute petite, Sara n’avait pas eu la chance d’avoir des parents comme les autres. Elle avait manqué d’affection, pire encore, elle avait subi les sautes d’humeur violentes de son père qui la battait lorsqu’il ne tapait pas sur sa mère. Elle avait fini par apprendre à vivre avec ; puisqu’elle ne pouvait pas en réchapper, elle priait pour que ça ne dure pas trop longtemps chaque fois qu’il prenait l’envie à son père de la battre. Il était devenu violent depuis qu’il buvait, Sara était encore bébé… il avait été renvoyé et du coup il s’était mis à boire ; au lieu de chercher des solutions, il avait préféré choisir la facilité. Il passait son temps à hurler, à frapper et à boire. Sara n’était pas en âge de comprendre, pour elle son père agissait comme tous les autres pères, pour elle c’était normal. Elle rejetait la faute sur elle lorsqu’il la battait parce qu’elle avait cassé un verre ; ou quand elle rentrait tard parce qu’elle avait légèrement traîné les pieds en revenant de l’école, pour s’amuser avec ses copines comme le faisait tous les autres de son âge. En fait, ce n’était que des prétextes, il se fichait pas mal de ce que pouvait faire sa fille ou sa femme du moment qu’elles étaient là quand il avait besoin de se défouler. Après chez elle et l’école et sa rue, l’endroit que Sara connaissait le mieux était l’hôpital, il n’était pas rare qu’elle y mette les pieds, pour elle ou pour sa mère.
Sa mère aussi s’était mise à boire à la longue, elle ne supportait pas de voir son mari ainsi. Il avait fini par l’entraîner avec lui, mais Laura Sidle n’aurait jamais levé la main sur sa fille. Malheureusement son mari se chargeait de le faire pour deux et elle était incapable de l’en empêcher… par faiblesse devant lui, peut être aussi par peur que ça ne soit pire encore pour elles. Au lieu d’affronter la réalité, sa mère avait préféré fermer les yeux et se réfugier dans l’alcool – visiblement elle n’en avait tiré aucune leçon. Du coup Sara passait de moins en moins de temps chez elle pour ne pas voir ses parents dans leurs états seconds ; et elle passait de plus en plus de temps dehors, seule, alors qu’elle avait à peine huit ans. Et lorsqu’elle rentrait bien sûr, son père était là à l’attendre et prêt à lui faire payer son affront.
Un jour tout s’arrêta. Il suffit simplement que Sara rentre à l’heure de l’école et que son père, qui n’avait même pas pris le soin de regarder sa montre, la batte comme il avait l’habitude de le faire, comme si elle avait « encore » fait quelque chose de mal. Mais cette fois Sara n’avait rien à se reprocher. Elle ne comprenait pas ce jour-là pourquoi son père l’avait battu et alla donc se plaindre à sa mère. Celle-ci fut folle de rage contre son mari, elle était elle aussi sous l’emprise de l’alcool. Elle s’était jurée que le jour où Sara viendrait se plaindre de son père elle s’interposerait. Et elle le fit. Sa mère criait sur son père, son père frappait sa mère, Sara s’était réfugiée dans sa chambre, voulant éviter que tout retombe sur elle. Elle avait déclenché cet affrontement et se sentait coupable de cela. Elle les entendait hurler… de là où elle était, en regardant par la porte qu’elle avait laissé ouverte, elle ne voyait que la chambre de ses parents. Elle ne voyait pas ses parents, ils étaient dans la cuisine mais apparemment ils se déplaçaient beaucoup. Sara entendait sa mère hurler sous chaque coup qu’elle recevait, puis elle insultait son mari qui l’insultait à son tour et tapait de plus bel.
Tout se passa très vite, sa mère était devenue hystérique à cause des coups qu’elle prenait. Elle avait pris le couteau de cuisine et avait couru vers la chambre à coucher. Son mari l’avait suivi peu de temps après et avait essayé de reprendre le couteau. Il l’avait menacé de la tuer s’il ne récupérait pas ce couteau, puis il s’était jeté sur elle. Laura Sidle avait soudain perdu la tête l’espace de quelques secondes, sans doute l’en avait-elle cru capable. A l’origine pour se défendre, elle s’était servie contre son mari. Au tribunal, à l’époque, le procureur avait expliqué que le premier coup porté était défensif, mais que, pour les coups suivants, l’accusée s’était acharnée sur le corps de son époux et que la victime n’avait pas mis longtemps à mourir. Sara avait assisté à la scène de sa chambre. Ce qui n’avait duré que quelque secondes semblait avoir duré une éternité.
A partir de là sa vie bascula, elle ne serait jamais plus comme avant. Sa mère avait tué son père sous ses yeux d’enfant. Elle ne se souvenait pas trop de ce qui avait suivi ensuite, sans doute l’effet du choc mais sur le moment, elle se souvenait du silence pesant qui avait suivi, de l’odeur du sang qui émanait de la chambre. Elle avait vu le sang couler abondamment et sa mère s’écrouler à côté du corps inerte. Elle n’avait jamais vu autant de sang de toute sa petite vie. Elle n’avait pas bougé, elle en avait été incapable.
Sa mère avait fini par appeler la police et s’était dénoncée elle-même. En attendant que les « secours » arrivent, elle s’était dirigée vers Sara pour lui dire qu’elle l’aimait et que dans quelques instants elle allait la quitter, que tout était fini, que son père ne lui ferait plus jamais de mal… La police était arrivée. Découvrant le corps, un jeune policier, certainement une nouvelle recrue, n’avait pas supporté l’odeur et la vision du sang et avait vomi partout. Ses collègues avaient emmené sa mère qui à présent était calme et se laissait faire. D’autres policiers s’étaient occupés de Sara. On l’avait emmené dans un foyer d’accueil. Elle n’avait pas dormi de la nuit, elle revivait la scène horrible dont elle avait été témoin chaque fois qu’elle fermait les yeux. Le lendemain, une femme – dont elle ne se souvenait plus son nom - l’avait arraché au foyer d’accueil et lui avait promis de s’occuper d’elle. Cette femme était la seule personne qui depuis plusieurs heures avait eu un comportement rassurant avec la petite fille ; elle se souvenait très bien qu’elle n’arrivait pas à lui lâcher la main. Et puis cette femme disparut de sa vie, comme son père et sa mère. Elle ne se souvenait plus de grand chose, à part quelques flashs du jugement de sa mère dont elle avait participé. Elle n’avait pas pu témoigné, la cour avait jugé que Sara était trop émotionnellement impliquée et trop petite pour pouvoir le faire. Sa mère avait été reconnue coupable du meurtre de son mari, à cause de l’intervention du procureur qui avait mentionné les coups portés de rage... C’était la dernière fois que Sara avait revu sa mère avant un long moment. Elle avait dû attendre sa majorité pour lui rendre visite en prison. En attendant, privée de sa propre « famille », elle avait circulé de famille d’accueil en famille d’accueil. Elle n’était attachée à rien, elle n’avait plus rien.
A l’adolescence, elle avait pris sa vie en main, assez mûre à présent pour ne plus être dépendante de quelqu’un. A l’époque, elle ne pensait pas que ce manque d’affection finirait par la détruire. Elle en manquait, soit, mais elle pensait pouvoir vivre sans. Au lycée, les sciences l’avaient toujours passionné, elle voulait toujours comprendre comment et pourquoi les choses marchaient ainsi. C’était pour cette raison aussi qu’elle aimait la mécanique. Elle avait donc poursuivi ses études dans ce sens. Elle ne savait pas encore ce qu’elle voulait faire de sa vie.
C’est à l’université de Harvard que tout s’était décidé pour elle, elle avait obtenu son diplôme de physique. Lors d’un séminaire à Bekerley, elle avait fait la connaissance d’un admirable professeur qui avait parlé de son métier avec une telle passion qu’il avait changé sa vie en quelques heures. Sara savait à présent ce qu’elle ferait, elle aussi voulait travailler dans la police scientifique. Ce professeur n’était autre que Grissom. Après son premier cours, Sara était venue lui parler, lui exprimer son profond intérêt pour son travail et lui avait demandé des conseils pour suivre cette voie.
Ils avaient donc longuement discuté du métier de CSI, Grissom avait l’air de penser que l’étudiante était sincère. Quant à Sara, elle avait une profonde admiration pour cet homme, le courant était tout de suite très bien passé entre eux. Après leur conversation, Grissom s’était renseigné sur l’identité de la jeune fille, il avait ainsi appris que Sara était l’une des meilleures étudiantes de la fac. Sara avait elle aussi fait des recherches de son côté et avait pu constater le brillant parcours de son professeur. Ils avaient donc décidé de garder contact, Grissom avait le pressentiment que sa jeune protégée irait loin.
Sara avait donc fait sa route dans cette voie, elle avait une volonté de fer. Pour la première fois de sa vie, elle avait un but : elle deviendrait CSI… cela représentait beaucoup pour elle. Elle prenait sa revanche sur la vie en quelque sorte, elle prenait contact avec sa mère dès qu’elle le pouvait, le plus souvent par téléphone car elle avait quitté sa région pour ses études. Sara en grandissant avait compris sa mère et ce qu’elle avait enduré. Quelques fois, elle ne pouvait s’empêcher de penser qu’elle en aurait fait autant à sa place. Elle jugeait que sa mère n’était pas coupable mais victime de maltraitance incessante et que, poussée à bout, elle avait fini par craquer. C’était pour cette raison qu’elle voulait devenir CSI… pour ne pas devenir comme ses parents, pour lutter contre la violence et faire en sorte que les réels coupables soient condamnés. Côté relationnel, elle était toujours aussi seule, mais quelque chose avait tout de même changé. Devenir CSI… elle avait un autre raison. Elle le faisait aussi pour quelqu’un, pour attirer son attention. Grissom avait pris beaucoup d’importance à ses yeux. Elle pensait à l’époque que c’était tout à fait innocent, que c’était parce qu’il était passionné qu’elle l’admirait tant.
De fil en aiguille, elle avait réussi à franchir les étapes, elle était devenue CSI à San Francisco. Grissom avait suivi son parcours, lui aussi avait une profonde admiration pour cette jeune fille qui continuait de s’accrocher, qui voulait y arriver. Leur complicité avait grandi au fur et à mesure que Sara franchissait les étapes, ils étaient devenus amis. Tous les deux avaient le désir de pouvoir travailler ensemble un jour. Alors quand Grissom récupéra le poste de Brass durant l’affaire Holly Gribbs, il avait naturellement pensé à elle. Et depuis quelques années à présent, leurs rêves s’étaient réalisés, ils travaillaient ensemble. Leur proximité avait fait naître petit à petit des sentiments nouveaux. Plus ils avaient appris à se connaître, plus ils avaient ressenti de l’attirance l’un pour l’autre. Tous les deux avaient tout d’abord refusé de l’admettre, ils ne voulaient pas penser à autre chose qu’à leur complicité professionnelle, cela risquait de les gêner s’il en était autrement. Mais ils ne pouvaient pas faire comme si de rien n’était. Au début, ils avaient joué au chat et à la souris, ils s’étaient taquinés... Sara qui jusque là s’était sentie bien seule avait enfin l’impression de vivre quelque chose avec quelqu’un.
Ils ne se rendaient compte de rien, mais leur petit jeu devenait de moins en moins innocent. Ce n’était pas Sara à qui ça gênait le plus, en fait même elle adorait ça. Grissom lui ne voulait pas que leur relation change… il avait peur des conséquences. Il avait donc arrêté de jouer avant qu’il ne soit trop tard, pire encore, il évitait Sara. Le monde relationnel de Sara, déjà bien vide, vola en éclat, elle fut de nouveau seule, elle ressentit un vide profond. Elle se rendit compte de ce que Grissom représentait vraiment pour elle à partir de ce moment là. En le perdant, elle perdait aussi cette chaleur qui l’avait envahie depuis qu’elle avait fait sa connaissance.
A présent adulte, elle manquait cruellement d’affection, elle avait besoin de celles de ses collègues et surtout de celle de Grissom. Sa solitude lui pesait davantage, elle ne la supportait plus. C’était la principale raison pour laquelle elle s’était mise à boire, Sara ne voulait pas avoir conscience de son délaissement. Mais l’alcool n’arrangeait rien, comme il n’avait rien arrangé pour ses parents. Elle reproduisait la même erreur, elle allait de plus en plus mal et était de plus en plus fragile. Elle ne se reconnaissait plus. Où était passée la ténacité de la jeune CSI ? A force, elle avait fini par baisser les bras, par ne plus croire en rien.
Son mauvais état d’esprit s’était envolé en fumée lorsque Grissom lui avait appris qu’il tenait vraiment à elle. Tout ce qui comptait maintenant c’était la tendresse dont il faisait preuve, il la serrait très fort dans ses bras.
Grissom semblait du même avis, il la berçait et lui caressait les cheveux. Il commençait à peine à se détendre, il s’était tellement inquiété pour elle, sa Sara. Malgré le bruit de la foule en bas qui hurlait de joie, ils semblaient ne rien entendre, trop concentrés sur leur intimité. Ils gardaient les yeux clos pour ne pas perturber leurs sens tactiles. Au bout de quelques minutes, quand il sentit que Sara était un peu plus calme, Grissom la guida vers la sortie. Elle devait passer des examens de santé, c’était le « règlement », même si elle n’avait rien. La tenant par la taille, les deux CSI sortirent doucement du bâtiment. A peine avaient-ils franchi la porte d’entrée que des pompiers étaient venus à leur rencontre. Des policiers faisaient barrage, pour empêcher les journalistes de se ruer sur eux.
Grissom relâcha Sara lorsqu’un des pompiers mit une couverture sur ses épaules. D’autres l’aidèrent à monter directement dans l’ambulance. Grissom la suivit et s’assit en face d’elle. Les EMT fermèrent les portes et l’ambulance avança doucement, pour ne pas blesser quelqu’un. Elle fit son passage dans la foule.
Les autres membres de l’équipe remontèrent dans la Tahoe et Jim dans sa Taurus. Ils sortirent les gyrophares pour pouvoir suivre l’ambulance ; Les agents de police qui étaient présents sur les lieux empêchaient les journalistes et les curieux de la suivre aussi.
Dans l’ambulance, Sara était silencieuse, elle semblait réfléchir à ce qu’elle avait tenté de faire. La tête baissée, elle évitait le regard de Grissom qui ne la quittait pas des yeux. Il se rapprocha légèrement d’elle afin de saisir ses mains.
« Eh… ça va aller maintenant, je suis là… » lui dit-il.
Sara leva les yeux et croisa le regard de son superviseur. Ils étaient emplis de douceur et se voulaient protecteurs et rassurants. Soudain une envie de pleurer la prit à la gorge et elle ne put empêcher les larmes de couler… elle était toujours sur les nerfs et était très fatiguée.
Grissom changea alors de place et vint s’asseoir à côté d’elle. Il la prit dans ses bras, Sara posa sa tête dans le creux de son épaule. Il ne savait pas trop comment s’y prendre pour la réconforter, en fait seul sa présence à côté d’elle suffisait. Ils restèrent ainsi jusqu’à ce qu’ils arrivent à l’hôpital.
Il l’accompagna jusqu’à ce qu’une infirmière la prenne en charge et lui demande de rester dans la salle d’attente le temps le médecin vienne le voir. Sara se retourna alors vers lui et le regarda l’air de dire : « Ne me laisse pas. »
« Ne t’inquiète pas Sara, je reste là. »
Sara obtempéra alors et suivit l’infirmière tandis que Grissom s’assit dans la salle d’attente. Il fut rejoint par le reste de l’équipe cinq minutes plus tard. Il avait la tête baissée, le regard dans le vide… il pensait. Catherine l’interpella.
« Gil, on est là. »
Il leva alors la tête et se mit debout pour les accueillir. Nick commença la discussion.
« Comment va t-elle?
-Ça va aller maintenant… elle… doit se reposer. L’infirmière vient de l’emmener, le médecin ne devrait plus tarder à l’examiner.
-Et vous, ça va ? » Demanda Brass, rassuré de savoir que Sara était saine et sauve grâce à l’intervention de Grissom, et que celui-ci était de nouveau relativement calme.
-Oui…, ne vous en faites pas pour moi. »
Sans aborder directement le sujet de la nouvelle relation qui s’était établie - comme si chacun redoutait que Grissom puisse changer d’avis s’ils s’occupaient de sa vie privée - Warrick ne put s’empêcher de féliciter Grissom, suivi de toute l’équipe.
« C’est super ce que vous avez fait pour Sara.
-Oui… vous avez été là quand elle a eu besoin de vous et à votre place, je ne suis pas sûr que j’aurais eu autant de courage. » Dit Nick.
-On a eu peur vous savez. » Ajouta Catherine.
-… Moi aussi j’ai eu peur. » Avoua Grissom. Puis après quelques secondes de silence, il ajouta : « Je vais rester là, je vais m’occuper des formulaires à remplir... Catherine, je vous confie les commandes, je ne travaillerai pas ce soir. Et si Ecklie fait des histoires, dîtes-lui que Sara a besoin de mon soutien. Je dirais à Sara que vous êtes tous venus la voir. »
Tous comprirent où Grissom voulait en venir, il voulait rester seul avec Sara. Et au fond, il avait raison, Sara avait besoin de stabilité et de calme. Ils repasseraient la voir plus tard, quand elle sera bien reposée et plus apte à voir du monde. Ils tournèrent les talons et Brass avant de partir donna une petite tape amicale sur l’épaule de son collègue.
Grissom se retrouva seul à attendre le médecin qui ne tarda pas à arriver – après tout, Sara n’avait rien physiquement, elle était sur les nerfs et avait besoin de repos.
« Docteur Grissom ? »
Grissom était tellement absorbé dans ses pensées qu’il n’avait même pas remarqué que le médecin l’avait appelé « Docteur ».
« Oui… Comment va t-elle ?
-Mademoiselle Sidle est dans sa chambre, nous allons la garder une nuit. Elle est très fatiguée. Le psychologue viendra la voir à son réveil, en attendant, on lui a administré un sédatif. »
Grissom changea alors de tête, il paraissait rassuré à présent. Sara dormait, elle ne risquait plus rien. Il paraissait également gêné, comme s’il avait quelque chose à dire de spécial…
« … J’ai une faveur à vous demander… j’aimerais rester auprès de Sara cette nuit…
-J’ai entendu parler de ce que vous avez fait pour votre collègue docteur Grissom. » Le médecin avait un curieux sourire sur les lèvres tout d’un coup ! « Je vous accorde votre faveur, ce sera mieux pour mademoiselle Sidle… Veillez bien sur elle.
-Contez sur moi. Merci beaucoup.
-C’est normal… je dois vous laisser, d’autres patients m’attendent. Je repasserai revoir votre collègue avant qu’elle ne sorte. Au revoir.
-Encore merci docteur. Au revoir. »
Grissom ignorait totalement ce qu’il s’était passé en bas pendant qu’il essayait de sauver Sara. Il ne savait pas que des journalistes avaient réussi à enregistrer et à diffuser ce qu’ils s’étaient dit. Lui qui ne montrait jamais ses sentiments…
Il se renseigna sur le numéro de la chambre et s’y rendit. Il poussa tout doucement la porte pour ne pas surprendre Sara et entra sur la pointe des pieds. Sara dormait paisiblement, ce qui différait complètement de son état lorsqu’elle ne dormait pas. Grissom prit la chaise qui se trouvait adossée au mur, l’approcha du lit et s’assit à côté d’elle. Il ne put s’empêcher de repousser la mèche de cheveux qui retombait mal sur le visage de la jeune femme. Les traits de son visage n’étaient plus crispés, ils étaient doux. Elle avait l’air d’un ange. Au passage de sa main, Sara frissonna, c’était un réflexe car la jeune experte dormait profondément, assommée par les somnifères qu’on lui avait administré. Grissom prit ensuite la main de sa collègue et lui murmura :
« Je suis désolé. »
Il regrettait de ne pas lui avoir parlé avant ; il considérait que c’était en grande partie à cause de lui si elle se trouvait ce soir dans cette chambre d’hôpital. Il s’en voulait de ne pas être à la hauteur de ses espérances.
Bon nombre de fois, il s’était demandé comment Sara pouvait s’intéresser à lui, lui qui était si froid, si peu sociable. Qu’est-ce qu’elle lui trouvait d’intéressant ? c’était une question à laquelle il ne trouvait aucune réponse ; il n’avait pas le même âge tout d’abord, il était son supérieur hiérarchique, il n’avait rien de drôle, rien de touchant, il ne se trouvait pas beau. Il était marié à son travail, ce qui avait posé plusieurs fois problèmes à ses anciennes conquêtes. Il était considéré comme étrange, adulant ses petites bêtes comme s’il s’agissait de ses amis d’enfance. Grissom ne se trouvait rien et c’était là son problème avec Sara Sidle : il lui trouvait beaucoup de chose et lui n’avait rien. La Belle et le Clochard. Mais il omettait un détail : dans l’histoire la Belle finissait avec le Clochard. Sara était intelligente, attentionnée, attentive, très professionnelle, faisant le don de soi – quelque fois même à son détriment à elle – jeune, belle, combative – bien que dernièrement elle ait eu tendance à baisser les bras - aimante. Elle aussi était mariée à son travail, peut-être même plus que lui encore. Elle ne l’avait jamais déçu.
Atteint lui aussi par la fatigue, il se laissa tomber dans les bras de Morphée, ne lâchant pas la main qu’il serrait gentiment.