Ça fait une semaine, Lindsay. Une semaine qui a duré une éternité. Et j’ai mal, j’ai tellement mal…
Assise à la table de la cuisine, une nuit de décembre glaciale, seule, les coudes sur la table et les mains sur le front, Catherine parle à Lindsay dans sa tête. Elle lui parle comme elle l’a fait des dizaines de fois depuis une semaine, elle lui parle parce qu’elle ne peut pas faire autrement, mais elle n’est pas du tout certaine qu’elle l’entende. Grissom croit que les morts sont au ciel, quelque part, qu’ils peuvent voir et entendre les vivants, qu’ils peuvent même intercéder pour eux. Catherine aimerait le croire aussi, mais elle n’y arrive pas. Elle ne sait pas si Lindsay vit encore ailleurs que dans son souvenir à elle, dans son esprit, dans son corps qui garde la mémoire du bébé qu’elle a porté dans son ventre, qu’elle a choyé, dorloté, caressé…
Catherine gémit doucement, la douleur est aussi vive qu’au premier jour. Plus, peut-être, parce qu’elle dure, qu’elle renaît sans cesse. Lindsay n’est pas morte seulement le 2 décembre aux alentours de 22h00, elle meurt chaque jour, heure après heure, minute après minute, chaque fois qu’elle est absente de ce monde. Un monde qui est si vaste et si vide sans elle…
« Peut-être même qu’un jour je vais apprendre à vivre sans toi…À rire, à aimer…Mais je ne t’oublierai pas. Jamais. Comment pourrais-je t’oublier? Tu fais parti de moi…
Mon ventre se souvient de toi, mes bras aussi, et toute ma peau. Mes cheveux, mes yeux, mes jambes, la paume de mes mains…Et ma tête, et mon cœur. La moindre parcelle de moi se souvient de la moindre parcelle de toi. Mon bébé, mon enfant, ma petite et grande fille…Le jour ou mon corps t’aura oublié, ou ma tête, mon cœur et mon souffle t’auront oublié, ce jour-là je serai morte aussi. »
Et dans la nuit, enveloppée de silence, Catherine se met à pleurer toute les larmes de son corps, pour la mille et unième depuis la mort de Lindsay. Elle pleure longtemps, sans retenue, libérant toutes les larmes qui l’étouffaient par en dedans.
Debout, devant la porte de la salle de repos, Grissom observait Catherine. Il tentait de comprendre ce qu’elle ressentait, tout perdre, ce qu’on ressent quand il ne nous reste plus rien. Lindsay était vivante, et là elle est morte, ça fait toute la différence du monde. Vivant, mort. Avant, après. Et il n’y a rien à faire, rien. On ne peut pas revenir en arrière, reculer de cinq minutes, d’une heure, de quelques jours…On ne peut pas changer le cours des choses, se rendre à l’hôpital à temps, garder le train sur les rails, poser le bon diagnostic, rattraper l’enfant qui tombe…empêcher Lindsay de traverser la rue en même temps que ce conducteur ivre. On ne peut rien, sinon pleurer, hurler, se taper la tête contre les murs. Et continuer à vivre, jour après jour, du mieux qu’on peut, en espérant que cette mort aura servit à quelque chose.
« Je t’aime Lindsay, je t’aimerai toujours. Bonne nuit mon ange, protège tous ceux qui t’aiment. »
Lovianna (19.05.2006 à 19:10)
Catherine ne réalisait pas qu’en se ressassant le visage de Lindsay en elle, elle s’infligeait un creux de plus dans le cœur. Un creux qui avait également transpercé celui de sa fille. Ivre mort, quelqu’un lui avait enlevé sa fille d’un coup de revolver, il n’avait même pas prit le temps d’arrêter sa voiture.
-Ma puce, tu m’as quitté. Tu m’as quitté pour un monde meilleur, quelque part, un endroit où je souhaiterais me trouver plus que tout au monde en ce moment, je ne te vois plus du tout, tu me manque, tu me manque terriblement. Je t’ai abandonné, reviens-moi je ne ferai plus d’erreur, si tu pouvais juste me dire que tu vas bien. Juste m’envoyer un petit signe…car là je sui morte d’inquiétude. Toutes les nuits je me réveille, je panique, j’ai si peur, pourtant ce que je crains le plus c’est déjà produit, alors pourquoi cette peur demeure! Je n’vis que dans l’espoir de me vider de toute émotion et de disparaître complètement.-
Le ciel était bleu, même si la nuit était. Catherine se leva et sortit de la pièce, elle remarqua Grissom qui venait juste de quitter. Il la prit dans ses bras une dernière fois cette nuit là, et elle s’en alla dehors. À peine quelques flocons se dispersaient dans les airs, Catherine inspira et ferma les yeux. Elle se laissa caresser par le vent glacial, qui n’était pas du tout désagréable.
-Prend soin de ton père, je vous aime.-
Lovianna (27.05.2006 à 22:28)