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Série : Queer As Folk
Création : 12.04.2013 à 18h07
Auteur : Audali09
Statut : Terminée
« La fiction débute à la fin de la saison 5 avant que Michael n'emmène Brian danser dans ce qui reste du Babylon. Suite de la saison 5. Des spoils sont possibles sur l'ensemble des cinq saison » Audali09
Cette fanfic compte déjà 155 paragraphes
Justin se réveilla le premier. Les rayons de soleil perçaient à travers les rideaux de la chambre. Le dos calé contre le torse de Brian il sentait ce dernier dormir son souffle contre sa nuque. Il était bien où il était ; au milieu de se cocon chaud, rassurant. Il se leva discrètement pour ne pas réveiller Brian. Il enfila une vieille paire de grosses chaussettes en laine et descendit à la cuisine en baillant.
Il était 8h. C'était pourtant rare pour Justin de se lever si tôt. Il alluma la machine à café et sortit un mug du placard au-dessus de l'évier. Il n'avait pas faim. Machinalement il se préparait le liquide sombre.
En remuant la cuillère dans sa tasse il ne pût s'empêcher de penser à ce qui c'était passé la veille. Au bout de 6 ans il avait fini par se rappeler. 6 ans. Il lui avait fallu 6 ans pour que sa mémoire comble ce trou noir dans son esprit. Après l'accident il avait essayé pendant des jours, des heures, des semaines, des mois de se rappeler de ses choses que tout le monde lui racontait mais dont il ne gardait pas la moindre trace.
Mais surtout il se rappelait enfin de cette danse, cette fucking danse. Un léger sourire en coin étira ses lèvres ; il revoyait tout. Comment Brian l'avait entraîné avec lui, comment il l'avait regardé, sourit, embrassé au milieu de tous ces gens qui n'en valaient pas la peine. Et puis cette phrase qu'il lui avait dit bien plus tard : ''Ce soir-là j'ai compris pourquoi Debbie t'appelait Sunshine'' et qui à présent prenait tout son sens.
Perdu dans ses nouveaux souvenirs il monta à l'atelier son mug chaud à la main. Il posa la tasse sur la table centrale , pris son baladeur dont il monta le volume et commença à sortir des toiles, ses pinceaux, sa peinture, ses chevalets. Il sortit son carnet et à l'aide d'un crayon croqua ses images dont il ne voulait plus jamais perdre la trace. Les esquisses faites il les reporta sur ses toiles.
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Lisa assise sur le fauteuil dans son appartement tentait de se concentrer sur ses cours qu'elle avait pris par correspondance cette année du fait de sa grossesse. Son ventre s'arrondissait de plus en plus et après 8 mois et demi d'attente elle commençait à saturer.
Alors qu'elle essayait de comprendre un paragraphe particulièrement épineux elle sentit un coup de pied.
-Toi aussi t'en as marre, murmura-t-elle en souriant.
Elle ferma le livre qu'elle avait sur les genoux, se leva et alla se lover dans l'énorme pouf qu'ils avaient acheté peu de temps après leur emménagement. Depuis qu'elle était enceinte elle adorait s'y coucher pour faire une sieste, se reposer ou simplement penser.
Elle s'enroula dans le grand châle beige que sa mère lui avait offert en apprenant la nouvelle et s'installa confortablement dans le pouf moelleux. Sa mère avait failli devenir folle en apprenant la grossesse de sa fille avant de fondre en larmes de joie. Son père comme toujours était resté plus discret mais elle avait pu voir la lueur de fierté et de bonheur qui avait habité ses yeux sombres.
Elle avait toujours été extrêmement proche de son père à l'inverse de sa sœur qui l'était plus de sa mère. Sa sœur, Séréna, avait aussi été heureuse de la nouvelle et heureuse d'apprendre qu'elle allait devenir tante.
Sa mère avait en revanche gardé plus de réserve face à son choix des parrains mais Lisa lui avait très vite fait comprendre qu'elle n'aurait pas son mot à dire là-dessus.
Elle profita de ce moment où elle pouvait enfin être seule, au calme, dans sa bulle, à penser sereinement à l'avenir. Elle s'endormit un sourire aux lèvres avant d'être réveillée par une violente contraction.
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Miranda terminait cette année sa thèse en chimie. C'était un long parcours d'étude qu'elle voyait se terminer. Son doctorat en poche elle pourrait se consacrer à son rêve de gamine : la recherche en chimie. Elle faisait partie de la tête de liste de sa promo et plusieurs entreprises l'avait déjà contactée. Sa soutenance de thèse passée elle n'aurait plus qu'à choisir avec quelle boite travailler.
Pour l'instant elle se concentrait sur ses derniers paragraphes à la bibliothèque de sa fac en face de Stéphane son partenaire dans la vie. En ce qui le concernait il était également en fin de cursus de doctorat. Il avait finit par se spécialiser en physique nucléaire.
Ils avaient emménagés ensemble peu de temps après le mariage de leur ami Justin et vivait tranquillement leur histoire au jour le jour sans prendre le pas sur leurs carrières respectives.
Alors qu'ils étaient plongés dans leurs travaux respectifs le portable de Miranda se mit à vibrer avec violence sur la table de bois sombre. Stéphane lui fit les gros yeux alors qu'elle sortait discrètement de la bibliothèque.
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Louise, du haut de ses 24 ans terminait son école d''architecture dans laquelle elle avait passé ses trois dernières années d'études. Elle avait finalement choisi de se spécialiser dans la restauration du patrimoine architectural. Elle était toujours avec Béa et menait sa vie le plus sereinement possible. Elle pensait souvent à ses parents et se demandait parfois comment aurais pu être sa vie ? qu'auraient-ils pensé de Béatrice ?
Elle repensait souvent à cette soirée où ses parents étaient partis en voiture au restaurant et qu'ils n'étaient jamais revenus. Tous les jours cela lui pesait mais elle faisait avec coûte que coûte et Béa l'y aidait. Cette dernière était partie en voyage au Kenya pour des fouilles archéologiques. Elle avait terminé ses études et s'était spécialisée en paléontologie du crétacé.
Louise était entrain d'étudier des nouveaux plans assise en tailleur dans le salon lorsqu'elle entendit la porte d'entrée. Instinctivement un sourire se peignit sur son visage. Elle se leva et alla à la rencontre de sa compagne. Elle paraissait épuisée. Lorsque Béa releva les yeux vers elle, elle compris qu'il s'était passé autre chose que des fouilles archéologiques au Kenya. Louise n'eut pas besoin qu'elle parle pour comprendre, elle savait déjà. C'est la sonnerie du téléphone qui brisa ce silence tendu.
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Tony et Anthony étaient arrivés à Paris depuis maintenant huit mois. Ils étaient partis peu de temps après le mariage de Justin et Brian.
Grâce à la situation de Tony ils avaient pu avoir un appartement grand, luxueux et très bien positionné en plein centre de la capitale. Au départ ce favoritisme avait déplu à Tony mais il avait vite compris qu'il devrait faire avec.
Les premières semaines au restaurant du Plaza avaient été éprouvantes pour Anthony du fait d'une part de la barrière de la langue mais d'autre part qu'il avait aussi dû se faire une place au sein de l'équipe. Désormais, il était bien intégré aimant chaque jour un peu plus ce qu'il faisait découvrant chaque soir de nouveaux aspects de la cuisine d'ici et d'ailleurs.
Tony quand à lui avait su se plier aux règles de la succursale parisienne tout en se faisant respecter. Les autres salariés avaient d'abord vu cette arrivée d'un mauvais œil. Mais au fil des semaines ils avaient très vite su voir les compétences du jeune homme qui n'avait jamais besoin de son père pour travailler et s'affirmer ce qui lui avait valu le respect de ses collègues et de ses supérieurs.
Leur arrivée à Paris avait curieusement apaisé leur relation plus que chaotique toutes ses dernières années. Leurs changements de situation et de vie avait ramené leur relation au stade de ses premiers jours. Tony qui avait toujours été dingue de son partenaire quoi qu'il ai pu se passer voyait ce changement avec soulagement ; il ne voulait pas le perdre.
Dans leur appartement donnant sur la tour Eiffel il buvait un verre de vin attendant patiemment que son amant rentre chez eux. C'est son portable qui le sortit de ses rêveries.
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Justin travaillait depuis deux bonnes heures sur ses peintures. Engourdi il s'étira et coupa son baladeur pour faire une pause. Il regardait son travail lorsque son portable se mit à sonner sur la table derrière lui. Il décrocha à la deuxième sonnerie.
-Allô ? … Salut Max, comment ça va ? ...Oui...c'est vrai ?! Quand ?...c'est génial !...Félicitations !! ...comment vas-t-elle ? ...c'est vraiment super je suis très content pour vous....oui...je me doutais bien...on fait le plus vite possible...ok...oui à vous aussi...oui pas de soucis...et max ? ...félicitations papa !!...je t'en prie...oui d'accord à très vite...oui...salut !
Justin raccrocha un sourire aux lèvres. Il descendit rapidement l'escalier en vis et alla dans leur chambre où Brian dormait encore profondément.Justin s'approcha et s'entreprit à le réveiller.
-Brian...Brian...
-Hum...grommela ce dernier qui n'était pas friand du réveil brutal. Qu'est ce qu'il y a Justin ? Parvint-il à articuler.
-Tu es parrain, fit ce dernier avec un large sourire.
-Quoi ?
-Tu es parrain, je viens d'avoir Max au téléphone. Lisa à accouché ce matin.
-Super, fit Brian en se redressant sur un coude tout en baillant aux corneilles.
-Lève toi New-York nous attend.
-Maintenant ? Je suis même pas debout Sunshine !
-Alors lève toi, répliqua Justin, allez le devoir n'attend pas !
-Attend une seconde, fit Brian en le tirant à lui par le bras.
Il bloqua ses jambes entre les siennes et pris ses lèvres entre les siennes dans un baisé intense. Brian entortilla ses doigts dans les mèches blondes tandis que Justin répondait au baisé avec avidité. Le brun se redressa.
-Là je suis réveillé, fit-il déclenchant le rire du blond.
Il se leva et pris la direction de la salle de bain.
-Amène tes fesses petit emmerdeur sinon je te pardonnerais jamais de m'avoir réveillé comme ça, entendit Justin depuis l'autre pièce.
Il ne se le fit pas dire deux fois, sauta sur ses pieds et rejoignit son partenaire insatiable dans la douche.
Il prirent la route de New-York en fin de matinée et arrivèrent en milieu d'après-midi et rendirent visite à ce nouveau petit bout de garçon qui allait devenir leur filleul : Enzo.
Ils arrivèrent à la maternité de New-York en fin de journée. Dans le couloir qui les menaient à la chambre de Lisa ils croisèrent Lisa qui marchait rapidement la tête basse. Elle était suivie par Béatrice.
-Salut les filles, fit Justin surpris par l'attitude des deux femmes.
-Salut, répondit Béa d'une voix lasse en s'arrêtant.
-Qu'est ce qu'elle à Lisa ?
-C'est...euh...rien laisse tomber, répondit-elle. A plus tard.
-Okay...à plus tard, répondit Justin de plus en plus surpris.
-Ah les histoires de goudous, fit Brian avec un sourire.
Justin lui donna une claque sur le ventre en rigolant.
-Aie !
-Aie ? Répliqua Justin, je croyais que t'avais des abdos en béton ! Du chewing-gum ouais, fit-il en ricanant.
Ils entrèrent dans la chambre alors que Brian le regardait avec une expression faussement vexé.
-Ah voilà nos deux parrains, dit Max en les accueillants avec un grand sourire.
L'heure qui suivit fut consacré aux retrouvailles et à la découverte du nouveau venu : Enzo. Dans la petite chambre se trouvait les heureux parents du petit garçon, Anne, Miranda et Stéphane et Tony et Anthony qui avait fait le déplacement depuis Paris pour l'occasion. A la fin de la journée l'avis général décida que le petit garçon ressemblait à son père mais qu'il avait les yeux de sa mère. Ils se retrouvèrent ensuite tous chez Anne laissant la nouvelle petite famille se reposer.
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-Il est où Aristide ? Demanda Stéphane alors qu'Anne ramenait des bières au salon.
-Pas là ! Et j'ai pas envie d'en parler, dit-elle un peu brusquement.
Un silence gênant s'installa.
-Dites, commença Justin voulant changer de sujet, elles ont quoi les filles ?
-Oh, le grand roman russe de Louise et Béa...fit Anne.
-Je suis pas sur de te suivre.
-Eh bien, repris Tony, ce couple paraît bien sous tous rapports...
-Parfait tu devrais dire, le coupa Stéphane.
-Oui bon. Il se trouve qu'en réalité c'est pas vraiment le cas...
Justin fronça les sourcils.
-C'est Louise qui à commencé, repris Anne, c'était le jour de l'anniversaire de mort de ses parents elle à déconné et s'est fait une autre nana.
-Béa à pardonné mais ensuite c'est elle qui s'y est mise en se tapant une étudiante avec qui elle était en cours, continua Miranda.
-Louise à mis du temps mais à pourtant elle aussi passé l'éponge mais six mois plus tard, surprise, elle couche avec un de ses profs, poursuivit Tony.
-Un mec ? S'écria Justin. Mais je croyais qu'elle...
-Ça, ça veut rien dire, intervint Brian.
Tout le monde acquiesça avec un regard entendu.
-Et là, repris Anthony, Béa reviens de trois mois de fouilles au Kenya.
-Et ?
-Ton amie à du trouver un très beau fossile à fouiller au Kenya, fit Brian avec un sourire en coin.
Tout le monde éclata de rire à la remarque.
-T'as tout compris Super Rage, fit Anne avec un clin d'oeil.
-Oh t'inquiètes pas, repris Stéphane en direction de Justin, c'est l'affaire de quelques semaines ça ira mieux après.
-C'est bizarre comme relation, fit Miranda en reprenant une gorgée de sa bière. Elles se trompent consciemment mais elles reviennent toujours ensemble. Je trouve ça malsain.
Brian eut un sourire en coin en reprenant une gorgée de sa bière.
-Tu trouves ça ''malsain'' carrément ? S'écria Anne.
-Ouais, répondit Miranda, rien que de penser à le faire avec quelqu'un d'autre déjà je trouve que c'est tromper.
-Waouh, fais gaffe à tes miches Stark, s'écria Anne en rigolant.
La conversation partit sur la question de fidélité et de ce que les couples pouvaient ou ne pas faire. Les deux silencieux de ce débat qui écoutait sans trop savoir quoi en dire était Justin et Brian. Ce dernier finit d'ailleurs par quitter le salon pour aller fumer une cigarette sur la terrasse.
-Et toi Justin t'en penses quoi ? Demanda soudainement Anne.
-Hum...comment dire...mouais...fit-il avant de rejoindre Brian.
Ils reprirent leur conversation sans se préoccuper de la sortie de leur ami. Justin rejoignit son partenaire sur la terrasse. Il entoura sa taille de ses bras et se serra contre lui.
-Qu'est ce que tu fous ?
-Rien un câlin.
-Je croyais que ce mot était interdit...
Justin vint se mettre à côté de lui.
-Me regarde pas comme ça c'est toi qui l'as dit, fit Brian en ricanant.
Justin lui sourit.
-Pourquoi t'es sorti comme ça ? Demanda-t-il.
-Parce que j'avais envie de fumer et parce qu'avec qui on baise ou non ne regarde que nous. J'ai pas envie d'une famille Novotny bis à New-York.
-Attend t'es sérieusement entrain de me parler de vie privée ? Demanda Justin hilare.
-Va te faire foutre, répondit Brian avec un sourire carnassier.
-Toi-même, s'écria Justin avec un large sourire.
Dans une synchronisation parfaite ils s'assirent sur la terrasse passant leurs jambes entre les barreaux de la rambarde les pieds dans le vide. Brian sortit un joint avec un regard qui en disait long.
-Brian je suis pas sur que ce soit une bonne idée...
-Sunshine ne deviens pas casse-couille avec l'âge. Un joint n'a jamais tué personne.
-Peut-être mais tu...
-Mon ange fais moi confiance je sais toujours ce que je fais, le coupa Brian.
-Je te ferai confiance le jour où TOI tu me feras confiance, répondit Justin.
-C'est un deal ?
-S'en est un pour toi ? Demanda le blond.
Brian ne répondit rien et lui tendit la main.
-Rappelle-toi Monsieur Kinney, je tiens toujours mes engagements, répondit Justin en prenant sa main avec un sourire.
-Il va falloir que tu perdes cette mauvaise habitude de m'appeler Monsieur, fit Brian en allumant la cigarette.
-Tu veux que je t'appelles comment ? Minou ?
-Essaie un peu pour voir !
Justin éclata de rire, le tira par le col et l'embrassa coulant sa main sur sa nuque.
Dans l'appartement d'Anne une bonne humeur régnait. Depuis cinq minutes Stéphane et Tony s'était entrepris à jouer une sitcom de Ken et Barbie entre Brian et Justin utilisant des voix grotesques.
-Oh Ken tu me fais tellement d'effet, faisait Tony pour Justin avec une voix suraiguë.
-Ouais toi aussi Barbie, faisait Stéphane à l'inverse pour Brian avec une voix caverneuse.
Ils étaient tous morts de rire, les larmes aux yeux, les joues rouges. Ils prirent une autre bière, trinquèrent et reprirent leurs esprits.
-Je crois que ça m'hallucinera toujours, fit Anthony au milieu d'un silence.
-Quoi ? Demanda Anne.
-Eux, répondit-il en indiquant la terrasse. Y'a une telle harmonie, une telle symbiose qui se dégagent d'eux comme si lorsqu'ils étaient seuls plus rien n'existait autour.
-C'est vrai, fit Miranda, ils se sont bien trouvés ces deux-là.
Tout le monde acquiesça en regardant le couple sur la terrasse.
-Tu crois pas qu'ils vont se demander ce qu'on est entrain de faire ?
-J'aurai deux ou trois idées à leur soumettre à ce sujet, répondit Brian.
Justin sourit en reprenant le joint.
-Dis...commença Justin.
-Hum ?
-Tu crois qu'on en serait là tous les deux si le Babylon n'avait pas explosé ?
Brian ne répondit rien à la question. Il ne s'était jamais penché sur cette interrogation, il était où il en était parce qu'il le voulait. Il est certain que la bombe dans la boite l'avait précipité auprès de Justin plutôt que dans son avion pour ce stupide carnaval à l'autre bout de la planète. Alors effectivement est-ce que les choses se seraient déroulées de la même façon si le Babylon n'avait pas explosé ?
-J'en sais rien, finit-il par répondre.
-Hum...
-Si tu n'étais pas venu sur la liberty avenue ce soir là est-ce qu'on ce seraient croisés un jour ? Est ce que tu si tu n'avais pas habité chez Debbie tu ferais toujours du dessin ? Est ce que ta vie serait différente aujourd'hui si tu ne t'étais pas fait fracasser la tête ?
Justin fronçait les sourcils en entendant les questions de Brian.
-Avec des si on referait le monde Sunshine, fit-il doucement.
-Je ne sais pas si ma vie aurait été différente si je n'avais pas croisé la route de Hobbs mais je sais que ça m'a fait du bien de me souvenir, repris Justin en tirant sur la cigarette, toutes ses années j'essayai de me rappeler d'événements dont j'avais l'impression n'avoir jamais vécu.
Il écrasa le mégot.
-J'avais la sensation qu'on m'inventais cette soirée comme si cette nuit était arrivée à quelqu'un d'autre. Tous les jours, tous les matins quand je me levais, toutes les nuits quand je dormais, à chaque fois que je passais la main dans mes cheveux et que je sentais cette cicatrice j'essayai de me souvenir. J'essayai de me souvenir de n'importe quoi, une image, un son, quelque chose, n'importe quoi qui aurait pu venir me prouver que tout ça n'était pas une invention.
Brian l'écoutait sans le quitter des yeux.
-Après être sorti avec Ethan, Brian grimaça en entendant ce prénom, je me suis toujours demandé ce qui m'avais poussé dans ses bras. C'est vrai que j'ai toujours été quelqu'un de romantique, que j'attends certaines choses de la vie mais je sais maintenant pourquoi je ne suis pas resté avec toi à ce moment de ma vie.
Brian écoutait de plus en plus attentif. Justin ne lui avait jamais parlé de tout ça.
-Le soir où j'ai largué Gold j'ai compris plusieurs choses. J'étais allé à un de ses concerts et je l'ai vu avec un autre type, j'ai rien fait mais j'avais déjà compris. Il a essayé de me manipuler, me faire croire que c'était juste une connerie mais moi j'étais déjà à me demander ce que je foutais là. Et un soir il y a ce même type que j'avais vu au concert qui s'est pointé chez lui avec des fleurs et moi j'étais là. Et à cet instant je me suis demandé ce que je foutais vraiment là, qu'est ce que c'était cette connerie ?
-J'ai compris que je voulais être avec toi pas pour ce que tu pouvais me donner mais parce que j'avais besoin de toi pas du reste juste toi. Je t'ai laissé tomber parce que tu me rappelais tout ce que j'avais oublié. Maintenant que je me souviens de cette soirée je revois comment tu étais ce soir-là, comment tu me regardais, comment tu me souriais, tu t'étais tellement ouvert cette nuit et je ne m'en souvenais pas, continua Justin le regard toujours perdu dans la ville face à lui.
-Alors le coup de batte de Hobbs à peut être changé ma vie mais malgré ça j'ai compris beaucoup de choses aujourd'hui, termina Justin en souriant.
Il se tourna vers Brian avec ce sourire qui atteignait ses yeux illuminant tout ce qui l'entourait. Brian le regardait avec une expression mêlée, douloureuse comme s'il s'apprêtait à dire quelque chose.
-Quoi ? Fit Justin intrigué par son expression.
-Rien, répondit Brian avant de le pencher vers lui pour l'embrasser entourant sa nuque de sa main.
Comme prévu suite à la naissance de leur filleul Justin et Brian prirent la route de Toronto quittant la grosse pomme. Justin avait dit au-revoir à la grande cité pour un moment étant donné que sa prochaine se passerait Londres et que le plus clair de son travail se ferait à Pittsburgh ou en Europe. Il avait revu John et Elisabeth pour régler les derniers détails à ce sujet. Ils devaient se recontacter en visioconférence avant la fin du mois pour qu'ils puissent faire part à Justin de l'organisation de l'événement.
Pour le moment Justin voulait simplement profiter de ses vacances profitant d'un repos qu'il avait bien mérité sans savoir que les prochains mois allaient tout sauf être de tout repos pour lui. Ils prenaient donc le chemin de la grande ville canadienne qu'ils n'avaient pas eu l'occasion de visiter encore ensemble. Ils étaient partis dans la matinée ce jour-là.
Dans la voiture le silence régnait d'un silence calme, nullement gêné, de ces silences dans lesquels on avait rien à dire seulement troublé par la radio. La matinée se levait doucement dans le brouillard promettant malgré tout une belle journée.
Les mains sur le volant Brian fixait la route accaparé par le fait qu'il allait passer les prochains jours avec son fils à Pittsburgh. Ils devaient passer quelques jours chez les filles et repartaient ensuite pour Pittsburgh. Malgré tout ce qu'il avait pu vouloir dire au fur et à mesure des années il avait aimé un peu plus ce fils auquel il ne pensait jamais attacher d'importance. Pour ne pas se mentir il pensait bien à certains moments qu'il avait aimé ce petit garçon dès son premier jour et dès la première fois qu'il avait posé ses yeux sur lui à l'hôpital. Mais comme pour beaucoup de choses tout avait du faire son chemin dans son esprit.
Après le départ des filles à Toronto il avait réalisé à quel point il tenait à son fils. Il s'était rendu plusieurs fois au Canada ses deux dernières années mais malheureusement son travail et les voyages entre Pittsburgh et New-York ne lui avait pas permis de s'y rendre aussi souvent qu'il l'aurait souhaité. Sans compter, bien que leurs rapports s'étaient un peu calmés, Mélanie ne voyaient jamais vraiment Brian d'un très bon œil.
Il fut tiré de ses réflexions en entendant le téléphone se mettre à sonner.
-Allô ? Fit le blond à côté de lui, salut Mélanie ! Oui très bien et vous ?...on est sur la route...je sais pas il y a une heure je pense...oui...oui...je me doute...hum...fin d'après-midi je dirais...oui, oui pas de soucis...non, du tout...ah oui ?...bien sur...non je pense pas...d'accord...je t'appelle quand on passe la frontière...tu as l'adresse ?...attend je vais le noter...super ça marche...à ce soir...okay je lui dirais...salut ! Moi aussi...bye, termina-t-il en raccrochant.
-Mélanie t'embrasse, fit Justin avec un sourire en coin.
Brian ne put s'empêcher de ricaner.
-Alors ?
-Elles vont bien. Elle me demandait quand nous devions arriver. Gus est à son dernier jour d'école avant les vacances et il n'a pas arrêter de demander aux filles à ce qu'on vienne le chercher, fit-il avec un sourire. Il à de qui tenir, repris Justin avec un regard espiègle.
-Évidemment, répondit Brian avec un sourire, j'aurai adoré voir la tête de Mélanie.
Justin sourit en levant les yeux au ciel.
Ils passèrent la journée sur la route s'arrêtant juste à midi pour manger et se dégourdir les jambes. Ils passèrent la frontière entre midi et deux. Justin réussi à prendre le volant en arrivant dans le pays canadien. Brian avait insisté pour conduire tout le long du trajet mais son compagnon s'avouait rarement vaincu. Bien qu'il ne le montrait Justin voyait que Brian était fatigué et sa rechute était encore trop récente pour ne pas rester au maximum de sa vigilance. Il restait une séance de chimiothérapie à Brian sans compter le suivi médical et Justin y veillait avec une attention acérée.
2h30 après avoir passé la frontière il arrivaient enfin dans la grande ville de Toronto. Les hauts buildings, la tour CN bordés par le lac Ontario. Malgré le changement de pays la ville ne changeait des visions citadines américaines.
Justin sous les indications de Brian pris la direction de l'école de Gus qui était en dehors du centre ville. Ils devraient ensuite rejoindre les filles à leur maison. Malgré la fatigue du trajet ils étaient ravis de retrouver le petit garçon.
Ils ne tardèrent pas à déboucher dans une large rue face à la petite école primaire. Elle était assez mignonne bien que simple avec de grandes peintures sur les murs. Justin aima beaucoup l'endroit. Alors qu'il se garait et qu'il coupait le contact Justin se mit à rire.
-On peut savoir ce qui t'arrive ?
-Si je pensais faire ça un jour avec toi...
-Mais encore ? Insista Brian en soulevant un sourcil d'interrogation.
-Être marié avec toi, aller chercher les enfants à l'école, en somme faire comme...
-Pour ton bien Sunshine il serait judicieux que tu ne finisses pas ta phrase.
-Oui chéri, fit Justin avec espièglerie.
Brian lui pinça la taille avec un regard menaçant. Le blond ne put s'empêcher de rigoler. Ils prirent la direction de l'école alors que plusieurs enfants commençaient à sortir. Brian redevint sérieux cherchant son fils des yeux. Il ne tarda pas à sortir en courant vers eux en les voyant suivit par une jeune femme brune.
-Papa !!
Non, décidément non, le petit garçon ne l'avait pas oublié.
-Bonjour fiston, fit Brian en le prenant dans ses bras.
-Manoune ma dit que tu viendrais, j'ai attendu toute la journée !
-Eh bien me voilà.
-Paddy, fit ensuite le petit garçon en voyant Justin.
Il descendit des bras de son père et se précipita vers l'artiste qui se mit à sa hauteur pour lui rendre ses baisers.
-Bonjour, fit la jeune femme brune.
-Bonjour, répondit Brian en lui serrant la main.
Justin se redressa et lui tendit la main.
-Bonjour je suis...commença-t-il.
-Oh je sais qui vous êtes, fit-elle avec un large sourire, Gus ne fait que parler de vous.
-Ah...répondit Justin avec un sourire.
-Je suis l'institutrice de Gus, Aurore Duhamel.
-Enchanté.
-De même. Bien je vais vous laisser, poursuivit-elle sans se départir de son sourire, passe de bonnes vacances Gus et n'oublie pas de faire ton cahier.
-Oui mademoiselle. Au revoir, répondit le petit garçon.
A peine Brian et Justin se retrouvèrent seuls avec Gus que ce dernier se mit à parler sans plus s'arrêter.
-Paddy, dit-il en s'interrompant dans son flot de paroles alors qu'ils regagnaient la voiture.
-Oui ?
-Tu te rappelles quand je t'ai parlé d’Audrey...
-Oui ?
-C'est elle, là-bas, fit-il en montrant une petite fille blonde avec des tresses lui tombant sur les épaules.
La petite fille et ses parents les regardaient d'ailleurs.
-Je vois, fit Justin. Avec un large sourire il fit un signe de la main à la petite famille dont le visage des parents vira au blanc.
Gus ne pût s'empêcher de pouffer avant de reprendre la main de Justin. Ils montèrent dans la corvette et prirent la direction de la maison des filles qui se trouvait à quelques kilomètres de là, en banlieue proche.
Depuis le départ du couple Justin n'avait malheureusement jamais pu se rendre à Toronto ayant eu sa propre carrière à gérer depuis New-York. Gus s'était donc entrepris à lui parler de sa ville, de son école, de sa maison, de sa chambre, Justin l'écoutait attentif en souriant se disant qu'il n'allait pas tout retenir au rythme où le petit garçon parlait.
Ils arrivèrent devant un petit pavillon de banlieue au milieu d'autres semblables. La maison était sur deux étages, un jardin se trouvait devant avec une allée gravillonnée sur le côté, des volets rouges de part d'autres des fenêtres. La porte d'entrée également rouge s'ouvrit sur Lindsay à leur arrivée. Elle tenait la petite JR dans ses bras. Avec un large sourire elle leur adressa un signe de la main.
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Ils étaient arrivés depuis deux heures chez les filles. Lindsay n'avait pas cours le vendredi.
Ils étaient tous les trois au salon après que Gus est bien entendu fait visiter de font en comble toute la maison à Justin en finissant par sa chambre qui semblait dédiée aux dinosaures et aux avions.
Ils buvaient un verre tranquillement installé dans le salon en prenant des nouvelles de chacun.
-La route s'est bien passée ? Demanda Lindsay.
-Oui.
-Vous auriez du prendre l'avion, fit-elle, ça fait loin en voiture non ?
-Bof ça va, répondit Brian, ce n'est pas plus loin que Pittsburgh New-York. Ta femme n'est pas là ?
-Elle à été retenue au cabinet sur une affaire urgente. Alors Justin comment va le monde artistique ?
-Il va bien, répliqua ce dernier avec un sourire, j'ai une nouvelle expo de prévu...
-Ah oui ?
-A Londres, fit-il.
-C'est magnifique, s'extasia-t-elle, cette ville est un vrai tremplin pour les artistes contemporains qui partent en Europe.
-Oui il paraît, s'écria Brian avec ironie.
Lindsay le regarda sans comprendre le ton de sa voix.
-C'est ce que John m'a dit, repris Justin ignorant la remarque de son partenaire, après on verra. On n'y est pas et puis rien ne dit que ça me plaise ou que ça marche.
-Moi je suis sûre que ça va te plaire, rétorqua Lindsay enfonçant un peu plus le clou, et puis ton travail jusqu'à présent n'a été que succès.
-Certes, répondit-il en jetant un regard en biais à Brian, et toi Lindsay le boulot ? Demanda-t-il voulant changer de sujet.
-Ça va, répondit-elle sans se rendre compte de l'esquive de Justin, m'occuper du département arts plastiques me plait plus que ce à quoi je m'attendais. J'ai recommencé à enseigner et puis je suis en contact avec beaucoup d'artistes. D'ailleurs avant que vous repartiez j'aimerai bien, Justin, que tu viennes dans un de mes cours si ça te gêne pas ?
-Pourquoi pas, répondit ce dernier en reprenant une gorgée dans son verre.
Brian avait été réquisitionné par Gus pour jouer et il les laissa donc discuter dans le salon.
-Comment va-t-il ? Demanda-t-elle discrètement en le voyant quitter la pièce.
-Ça va, répondit Justin avec un sourire. Il est suivi bien sur, et j'y veille, mais sinon ça va.
-Et toi ?
-Quoi moi ?
-Tu vas bien ?
-Bien sur, pourquoi tu me demandes ça ?
-Pour être sûre.
-T'inquiète pas Linds et je suis très content d'être là. Merci de nous avoir invités.
-Je t'en prie, fit-elle avec une expression qui signifiait que leur présence était toute naturelle.
Mélanie finit par rentrer et après s'être changée pour une tenue plus confortable ils passèrent la fin de la soirée ensembles autour d'un repas simple et convivial. Mélanie coucha sa fille assez rapidement. Mais les garçons ne s'attardèrent pas non plus outre mesure fatigués par leur journée. Gus réclama malgré tout à grand cris une histoire avec son papa.
Appuyé à l'encadrement de la porte Justin les regardait avec attendrissement. Ça crevait les yeux que Brian ne serait jamais comme son père même si ce dernier en doutait souvent. Il les laissa seuls pour se retrouver et monta à la chambre d'amis en baillant. Il se déshabilla et enfila son pantalon de pyjama et son débardeur . Il bailla et alla se coucher fatigué par la journée. Il se glissa sous la couette avec un bien être peu habituel. La température du lit se réchauffa peu à peu le faisant somnoler.
Quand Brian entra dans la chambre Justin dormait à poing fermés. Il avait réussi à ce que son fils s'endorme avec un peu de difficultés tant ce dernier était excité par l'arrivée de son père et de Justin.
Il laissa tomber ses vêtements au pied du lit. En boxer il se glissa à son tour sous les draps après avoir éteint la lumière. Justin se réveilla à moitié en le sentant proche de lui. Il frissonna au contact de son corps. Il attrapa la main qui se glissait sur sa taille et se serra un peu plus contre lui refermant à nouveau les yeux.
Il ne pouvait nier que ses vacances s'annonçaient belles.
Brian et Justin restèrent trois jours au pays canadien ayant des impératifs professionnels. La veille du départ Justin avait accompagné Lindsay à l'université pour un cours totalement improvisé en classe d'art. Les élèves avaient été plus qu'enthousiastes à sa présence. Le cour s'était terminé tard empiétant largement sur les plages horaires des étudiants. Justin avait véritablement apprécié d'enseigner son art à d'autres élèves. Il avait également pu se retrouver avec Lindsay qui était resté une grande amie. Ils avaient discuté ensemble de son futur départ pour Londres. Justin attendait beaucoup de ce projet et s'inquiétait des retombées possibles.
Il avait en tout cas passé une excellente après-midi dans un milieu qui ne lui était pas familier mais qui lui avait plu et qu'il garderait dans un coin de sa mémoire. Quand à Brian il avait pu récupérer pendant ces trois jours le temps perdu avec son fils. Leurs liens s'étaient considérablement resserrés et Brian devait bien admettre qu'il serait passé à côté de quelque chose s'il s'était désintéressé de ce petit garçon. Pendant ce week-end il s'était également rendu compte qu'ils avaient beaucoup de point communs. Il allait cette fois-ci peut-être admettre qu'il n'était pas comme son père.
Ils passèrent la dernière soirée tous ensemble en famille. Et même le tandem Brian-Mélanie avait réussi à bien s'entendre toute la durée du séjour. Le matin du départ Gus était excité comme une puce et avait bien failli rendre son père fou. Justin de son côté avait pris en aparté les filles afin de mettre au point une idée qu'il avait eu sur la route et qui, le mois de mars entamé, ne tarderait pas à arriver.
Ils prirent la route de Pittsburgh en fin de matinée. Malgré l'excitation du petit garçon il ne tarda pas à s'endormir après la pause de midi. Justin avait réussi à prendre le volant non sans quelques marmonnements et grognements de son partenaire qui l'avait fait plus rire qu'autre chose. Brian travailla sur la campagne Nike avant de s'endormir également les bras croisés, sourcils froncés, recroquevillé au fond de son siège.
Justin chaussa ses lunettes de soleil et mis un cd de Tracy Chapman dans le lecteur cd. Il jeta un coup d'oeil dans le rétroviseur et sourit en voyant la réplique miniature de Brian suçant son pouce, son doudou serré contre lui. La réplique originale à l'avant dormait toujours avec une respiration régulière. Justin ne pouvait s'empêcher de sourire largement, il était exactement où il voulait être et transportait les deux personnes les plus importantes de sa vie.
Il fit une pause à une aire d’autoroute dans l'après-midi pour prendre un café. Les garçons n'avaient pas bougé. Il s'étira et marcha un peu sur l'aire de repos sous le soleil. Les beaux jours commençaient à pointer le bout de leur nez.
Il marchait sans trop réfléchir, juste en profitant du moment, l'aire était calme, le bruit des voitures au loin, une légère brise.
Soudain il sentit comme un frisson, un picotement dans la nuque. Il se retourna brusquement se sentant observé. Il avait vu quelque chose bouger au bout de ce long camion là-bas, à quelques mètres. Il enleva ses lunettes et plissa les yeux. Il ne vit plus rien mais était pourtant sur d'avoir entraperçu quelque chose. Il se frotta les yeux et le visage ; il commençait à fatiguer et avait des hallucinations. Il en rit quelque peu. Il remit ses lunettes et remonta en voiture.
Alors qu'il quittait l'aire en prenant la bretelle d'autoroute une paire d'yeux le suivit du regard jusqu'à ce que la corvette devienne un point gris au milieu des autres voitures.
Ils arrivèrent à Britin en soirée. Brian s'éveilla en entendant les gravillons sous les roues.
-Salut, fit Justin avec un sourire en coin en s'arrêtant devant la grande maison.
Il posa ses lèvres doucement sur les siennes.
-lut'...
-Bien dormi ?
-Comme un bébé, répondit Brian en s'étirant. Ça été la route ?
-Pas de soucis, je suis un véritable as du volant.
Brian ricana. Justin descendit de voiture et pris les sacs dans le coffre alors que Brian s'occupait de Gus.
-Hey mon grand, fit-il doucement en enlevant la ceinture à son fils.
Ce dernier s'éveilla tout doucement en baillant, se frottant les yeux. Brian le pris dans ses bras voyant qu'il ne tiendrait pas sur ses jambes. Gus entoura son cou de ses bras, posa sa joue contre l'épaule de son père et se rendormit. Brian décida d'aller le coucher directement voyant qu'il était déjà quasiment 21h. Il le porta jusqu'à sa chambre aux couleurs anis et bleues. Il le coucha dans le petit lit après lui avoir retiré ses chaussures, son pull et son pantalon. Il le borda en remettant son doudou lapin entre ses bras.
Brian le regarda quelques secondes sans bouger, juste en le regardant respirer et dormir, roulé sous la couette. Il sortit doucement de la chambre en refermant la porte. Au rez de chaussé Justin avait laissé les sacs dans l'entrée. Brian monta les valises, se changea dans le dressing et enfila un t-shirt léger sur un jogging noir. Il redescendit et vit Justin s'affairer dans la cuisine.
-Hum...qu'est ce que tu fais ? Demanda Brian en passant ses bras autour de sa taille, son torse collé à son dos.
-Une omelette.
-Tu sais faire ça toi ? Plaisanta Brian.
-Et tellement plus, répondit Justin en se tournant vers lui appuyé contre le meuble de cuisine un sourire aux lèvres.
Il glissa sa main sur sa nuque et pris sa bouche contre la sienne avant de reprendre son activité. Brian pris une bière dans le frigo et vint s'asseoir au bout de l'îlot central sans quitter des yeux le blond.
-Alors c'était comment hier avec Linds ?
-Super, répondit Justin en versant les œufs battus dans une poêle. J'ai vraiment apprécié d'être au contact d'autres étudiants. Ça m'a changé des cocktails mondains lors des expos, des critiques et des acheteurs qui ne comprennent rien à ton art mais qui t'achètent quand même juste pour pouvoir dire j'ai un tableau de ''machin''.
-Monsieur Taylor, le professeur, fit Brian avec ironie.
Justin rit.
-Je sais... Je trouve ça vraiment enrichissant d'enseigner, enfin bref, on verra bien. Pour le moment j'ai Londres à préparer. Et toi, je suppose que tu es content de retrouver Gus ?
Justin sortit deux assiettes, pris une petite bouteille d'eau dans le frigo et vint s'asseoir à côté de lui.
-Ouais, fit doucement Brian en plongeant son nez dans l'assiette.
-Avoue, tu es vraiment content que les filles te laisse Gus pour les vacances.
-Mmh...fit Brian en restant toujours aussi vague.
Justin s'étonnait que son partenaire soit si peu réceptif sur le sujet et fronça les sourcils.
-Brian, commença-t-il, tu peux me dire ce qui te tracasse ?
-Rien.
-A d'autres. Je te connais trop pour ça, allez dis-moi... C'est d'être seul avec Gus qui t'inquiètes ?
Brian ne répondit rien tout en tripotant un bout d’œuf dans son assiette avec la pointe de sa fourchette.
-Si ça peut te rassurer je trouve que tu t'en sors vraiment bien. Mon propre père n'était pas comme toi tu l'es avec Gus lorsque j'étais petit. Et de ce que tu as pu me raconter sur ta famille je peux t'assurer que tu n'es absolument pas et ne sera jamais ton père.
Justin s'approcha, s'appuya contre lui et pris son visage entre ses mains.
-Moi je dit que ces vacances vont être fabuleuses et que tu vas être le meilleur papa du monde. Brian Kinney ne va pas se laisser démonter par sa réplique miniature bien au contraire. Ton fils est adorable et exceptionnel comme son père. S'il faut que je te le dise tous les jours je le ferai.
Brian plongea ses yeux dans le bleu qui le fixait et il sut qu'il put faire confiance dans ce qu'il entendait. Il pris sa bouche sans rien répondre glissant ses mains le long de sa taille.
-Notre fils, murmura-t-il comme seule réponse en embrassant sa tempe.
Justin le regarda interloqué puis lui offrit son plus beau sourire. C'était la première fois que Brian parlait de ''notre'' au sujet de Gus. Ils terminèrent de manger en silence. Tandis que Justin rangeait la cuisine Brian sortit son ordinateur portable et se replongea dans le dossier Nike.
-Je vais me coucher, fit Justin en baillant. Il l'embrassa dans la nuque. Travaille pas trop tard, dit-il avant de monter les escaliers.
-Oui maman, entendit-il en arrivant au premier.
Il sourit. Il vérifia que Gus dormait toujours et pris la direction de leur salle de bain. Il se changea et pris son pot de crème pour la main. Il s'assit dans le grand lit et envoya un message à Mélanie et Lindsay pour leur dire qu'ils étaient bien arrivés. Il se passa de la crème et se massa la main pendant quelques minutes. Il éteignit la lampe de chevet et se glissa sous la couette. Il s'endormit très rapidement fatigué par la journée de route qu'il venait de vivre.
Dans le salon Brian continua de travailler durant plusieurs heures. Il s'occupa en premier lieu de la campagne Nike mais fut surpris de constater qu'une autre boite demandait ses services. C'était une ligne de vêtement : American Apparel qui souhaitait renouveler sa campagne de pub pour sa nouvelle collection automne-hiver.
C'était une grande marque de vêtement et il fut surpris qu'ils contactent son agence. C'était une bonne nouvelle mais également, une fois de plus, un gros contrat.
Les yeux commençaient à lui piquer lorsqu'il ferma son ordinateur portable. Il avait répondu au mail qui lui proposait un nouveau contrat et avait proposé un rendez-vous à l'agence. Il éteignit les lumières et monta au premier.
Arrivé dans leur chambre Justin était enfoui sous la couette, sur le ventre, les cheveux en bataille, la respiration régulière. Brian mis son réveil pour le lendemain, retira son t-shirt et rejoignit le blond sous les draps. Il se colla à lui. Justin enroula son bras autour de sa taille avec un soupir d'aise.
-Bonjour Cynthia, fit Brian en arrivant à Kinnetic.
-Bonjour Patron, répondit-elle, je t'ai déposé ton courrier sur ton bureau, la presse et le bilan compta du mois dernier. Ted veux te voir à propos de Nike et Léo Brown à appelé.
-Il voulait quoi ?
-Te féliciter, répondit Cynthia avec un sourire.
-Hum, fit Brian en haussant un sourcil.
Il prit une pomme et se dirigea vers son bureau. Il ouvrit son courrier et checka ses mails. Il se plongeait dans le rapport financier lorsqu'on frappa à sa porte.
-Entrez.
-Bonjour Brian.
-Théodore. Cynthia m'a dit que tu voulais me voir au sujet de Nike ?
-Oui. J'ai une première proposition budgétaire à te proposer et l'équipe de com pourra te présenter les premières planches d'ici la fin de la semaine, répondit Ted en déposant les différents papiers devant son patron et associé.
-Merci Ted, autre chose ?
-Hum oui, Liberty Air à appelé...
-Et ?
-Ils n'aiment pas la dernière proposition que leur à fait Vangard et ils nous veulent.
Brian releva les yeux vers Ted.
-Intéressant. J'ai reçu un mail de la chaîne American Apparel.
-Ah ?
-Ils veulent que l'agence s'occupe de leur campagne pour leurs nouvelles collections automne-hiver. Ils veulent ré-insuffler de la jeunesse et du mordant dans leur com.
-Un boulot pour toi quoi...
-Tu as tout compris. Donc, on a quatre mois pour le projet nike, si on travaille avec American Apparel il faudra s'y mettre en juillet et Liberty Air ?
-Ils veulent créer un nouveau logo de l'entreprise et remanier le site internet pour la vente en ligne.
-Pour quand ?
-La rentrée de septembre.
-Ok, fit Brian en fronçant les sourcils, on à rien d'autre pour le moment?
-Non, Léo Brown n'a pas besoin de l'agence actuellement, Remson ne nous à pas recontacté et I-Tik n'a pas donné de nouvelles.
-D'accord. Bon tu me rappelles Liberty et tu m'obtiens les termes du contrat. Fais moi un dossier sur American Apparel com, finances, public, collections, audits...
-Ok et j'imagine que tu veux ça pour ?
-Hier.
-Bien chef, ce sera sur ton bureau ce soir, termina Ted en sortant du bureau.
Une fois de plus ce midi il allait se passer de déjeuner.
O0o0o0o0o0o0o0
Justin se réveilla tard dans la matinée, seul. Brian se trouvant déjà à l'agence. Il se leva, enfila des grosses chaussettes et descendit à la cuisine en baillant. Cela faisait un moment qu'il n'avait pas pu faire la grasse matinée et il appréciait. Gus n'était toujours pas levé. Pour ça aussi il avait pris de son père pensa-t-il en souriant.
Il alluma la cafetière et récupéra le courrier qui se trouvait sur le petit meuble de l'entrée. Il alluma la radio qui diffusait les informations. Les actualités tournaient d'ailleurs autour du projet de loi de la proposition 14. Justin écouta d'une oreille distraite tout en se servant un café. Il avait reçu une lettre de Monsieur Jones de remerciement pour son invitation à sa dernière expo. Plus il connaissait l'homme plus il appréciait. D'autres enveloppes concernait le boulot et une dernière de taille A5 se trouvait sous la pile.
Il se servit son café dans un mug lorsque le téléphone se mit à sonner. Comme quoi même en vacances les affaires ne cessaient jamais.
-Allô ?
-Justin ?
-Oui ?
-Bonjour c'est John.
-John ! Comment vas -tu ?
-Ça va, ça va. Je t'appelle au sujet de Londres.
-Tu as des nouvelles ?
-Oui. Alors... commença John Woodward.
Justin ouvrit l'enveloppe marron alors que John continuait le topo sur la prochaine expo. En voyant ce que contenait le courrier il oublia complètement où il était et n'entendait plus rien. C'était encore un de ses envoi bizarre qu'il recevait depuis son départ à New-York. C'était le quatrième. Il frissonna comme si la pièce s'était refroidie.
-Justin ? Finit-il par entendre.
-Hein ?
-Je te demandais si ça te convenais ? Je sais que c'est pas c'est génial et crois moi je leur ai fait part de ma façon de penser...
-De quoi ? Excuse moi John, j'ai pas écouté. Est ce qu'on pourrait se rappeler plus tard ?
-Tout va bien ?
-Oui. Je te rappelle d'accord ?
-Si tu veux, ok.
-A plus tard John, merci.
-A...plus tard, fit son interlocuteur sans trop comprendre ce qui se passait.
Justin raccrocha et se concentra sur ce qu'il avait entre les mains. Il pris son téléphone et contacta Carl Horvat nouveau commissaire de la ville de Pittsburgh.
-Carl Horvat, lui répondit une voix grave.
-Bonjour Carl, c'est Justin.
-Justin, ça faisait longtemps. Comment vas-tu ?
-Je vais très bien, et vous ?
-Bien aussi.
-En fait je vous appelais parce que j'aurai besoin de vous parler.
-Oui ?
-Est-ce-qu'il serait possible de se voir ?
-Je suis pas mal occupé en ce moment mais je peux essayer de voir...
-Est-ce qu'on pourrait se voir aujourd'hui ? Le coupa Justin.
-Tout va bien ?
-Je préférai vous en parler de vive voix.
-D'accord.
Après plus de vingt ans dans la police le commissaire Carl Horvat sentait tout de suite lorsque quelque chose n'allait pas.
-Tu peux te libérer entre midi et deux ?
-Oui.
-Tu préfères qu'on se voit au snack ou à mon bureau ?
-A votre bureau si c'est possible et pas un mot à Debbie s'il vous plait.
-Très bien.
-Merci Carl, à tout à l'heure.
-Je t'en prie Justin à tout à l'heure.
Justin raccrocha un peu soulagé tandis que Carl fronçait les sourcils, inquiété par ce coup de téléphone.
Gus descendait les marches encore endormit lorsque le jeune homme blond rangeait l'enveloppe marron.
-Bonjour mon grand, fit ce dernier en reprenant son sourire, tu as bien dormi ?
-Oui.
-Tu as faim ?
-Oui Paddy.
Ils prirent leur petit déjeuner et jouèrent dans le salon le reste de la matinée. A midi Justin et Gus prirent la route de Pittsburgh.
O0o0o0o0o0o
Brian était en plein travail sur un dossier lorsque la porte de son bureau s'ouvrit sur un petit garçon brun suivit de Justin.
-Gus ?
-Papa, s'écria ce dernier en se précipitant derrière le grand bureau blanc.
-Qu'est ce que vous faites là ?
-Je me suis dit que ça te ferait plaisir de manger avec ton fils ce midi et moi j'ai un rendez-vous dans le centre, répondit Justin en souriant.
-Tu manges avec nous ?
-Je vous rejoindrai plus tard, m'attendez pas.
-D'accord. Ça va ?
-Bien sur ! Pourquoi ça n'irait pas ?
-Hum...fit Brian en le fixant.
Justin s'approcha et posa doucement ses lèvres sur les siennes alors que Gus se cachait les yeux en pouffant.
-A tout à l'heure.
Justin sortit du bureau en entendant les rires de son compagnon et de son fils. Dans sa voiture il prit un dossier dans la boite à gant et se dirigea vers le commissariat à quelques rues de l'agence.
Arrivé dans le bâtiment, il prit la direction du bureau du commissaire un peu tendu.
-Bonjour, fit-il à l'attention de la secrétaire, je viens voir le commissaire Horvat.
-Vous avez rendez-vous ?
-Oui.
-Dernière porte au fond du couloir à droite.
-Merci.
Justin traversa le couloir et toqua à la porte du bureau indiqué.
-Salut Justin.
-Carl.
-Je t'en prie assied-toi.
L'artiste pris place en face du bureau dans un fauteuil sombre.
-Alors qu'est ce qui t'amène ?
-Si je viens vous voir, c'est parce que j'ai reçu après avoir déménagé à New-York des lettres étranges.
Carl fronça les sourcils. Comme il l'avait deviné quelque chose n'allait pas.
-Des lettres ?
-Je les ai amené, répondit Justin en lui tendant le dossier.
Carl ouvrit la chemise qui contenait quatre enveloppes marron de tailles identiques. La première renfermait une photo de Justin de pied en cap sortant visiblement de sa galerie, la seconde était une feuille blanche pliée en deux sur laquelle était écrit un nombre indéfinissable de Justin au stylo noir, la troisième était une nouvelle photo de Justin avec Brian se tenant par la taille dans une rue de New-York et la dernière était une photo de Justin lunettes de soleil sur le nez, cigarette et café dans la main.
Carl ne put s'empêcher de pâlir en voyant ces envois.
-Quand les as tu reçus ?
-Les deux premières quand j'étais à New-York, la troisième peu de temps après mon mariage et la dernière ce matin. Je savais pas trop quoi faire, mais cette dernière photo à été prise hier.
-Hier ?
-Oui. Brian, Gus et moi sommes revenu de Toronto hier et dans l'après-midi pendant que les garçons dormait j'ai fait une pause sur une aire d'autoroute. J'ai pris un café et fumé une cigarette. A un moment donné j'avais l'impression d'être observé et j'ai cru voir quelqu'un mais comme j'étais fatigué je me suis dit que j'avais halluciné. Et quand j'ai ouvert cette enveloppe ce matin j'ai commencé à paniquer et je vous ai téléphoné.
-D'accord.
-C'est peut-être rien, j'ai pas envie de vous embêter avec ça, mais je préfère être sur.
-Non Justin. Tu as bien fait.
Carl regarda à nouveau ce qu'il avait sous les yeux et se douta très vite qu'il ne s'agissait pas d'une mauvaise blague. Il avait déjà été confronté à ce genre de harcèlements et le problème dans ces cas là c'est qu'on ne pouvait pas savoir jusqu'où pouvait aller l'envoyeur. De plus dans le cas des lettres de Justin aucuns cachets n'était apposé sur les enveloppes ce qui signifiait que l'envoyeur déposait ses courriers directement dans les boites aux lettres. Ce système démontrait qu'il en connaissait beaucoup sur Justin. Carl s'inquiéta encore un peu plus mais n'en dit rien au jeune homme qui lui faisait face pour ne pas l'inquiéter.
-Bon, je vais m'occuper de ça Justin.
-Merci.
-Est ce que tu as remarqué des gens que tu ne connaissais pas ou étranges quand tu étais à New-York ou chez toi ?
-Non.
-Tu n'as pas vu quelqu'un te suivre à part hier ?
-Non, et comme je vous ai dit je n'ai quasiment rien vu hier.
-Ne t'inquiètes pas d'accord ?
Justin hocha la tête un peu pâle.
-Est ce que tu connaîtrais dans ton entourage proche ou éloigné quelqu'un qui pourrais t'en vouloir ? Des ennemis ?
-Je sais pas...euh...il y aurait bien Chris Hobbs mais je pense pas qu'après ce qui c'est passé entre nous...
-Je le note quand même. D'autres noms ?
-Euh...Cody Bell peut-être, Ethan Gold...après je vois pas, répondit Justin, je pense pas qu'il irait jusque là...enfin...marmonna-t-il pour lui même.
-Qui Justin ? Ces noms resteront entre nous, tu n'as pas de soucis à te faire d'accord ? C'est seulement des départs de piste.
-Mon père n'est pas en très bons termes avec moi mais je pense pas qu'il ferait un truc comme ça...
-Qu'est ce que tu entends par ''pas en très bons termes'' ?
-Ben on ne s'est pas parlé depuis un moment, et disons qu'à partir du moment où il à su que j'étais gay il n'était pas très tendre avec moi.
-Hum...hum...
-Voir violent...poursuivit Justin en baissant les yeux.
-D'accord. Quels sont tes liens avec les autres personnes ?
-Chris Hobbs je pense que vous connaissez l'affaire ?
-Oui.
-Ensuite Ethan Gold est mon ex et je le vois souvent à mes expos et à New-York. Il m'a toujours fait clairement comprendre qu'il détestait Brian et ça n'a pas changé ces dernières années. Quand à Cody Bell il dirigeait la Pink Posse et j'en ai fait parti. C'est lui qui m'a appris à tirer avec une arme et j'étais avec lui lorsque j'ai revu Hobbs.
Carl releva les yeux vers lui.
-C'était avant que je quitte la Pink Posse, Cody devenait de plus en plus violent et j'étais à une période de ma vie confuse et je l'ai suivit. Ce soir là je suis allé voir Hobbs pour me venger...
Justin baissa les yeux de plus en plus mal à l'aise.
-J'avais une arme sur moi et je l'ai menacé avec. Parce que je lui en voulait de ce qu'il m'avait fait, même si je sais que ce n'est pas une excuse, poursuivit-il sans plus oser regarder le commissaire qui lui faisait face, Cody était hystérique n'arrêtant pas de me dire que je devais tirer etc mais je me suis arrêté à temps et je suis parti. Ce soir là c'est la dernière fois que j'ai vu Hobbs et Cody et je n'ai plus jamais approche la Pink Posse. J'en avais jamais parlé avant. Est-ce-que...est-ce-que vous...
-Ce que tu viens de me dire ne sortira pas de ce bureau Justin. Inutile de te dire que ce que tu as fait était vraiment dangereux et une grosse idiotie ?
-Oui je sais Carl. Je dois vous paraître...
-Rien du tout. On à tous été jeunes, on à tous fait des erreurs moi le premier mais ne recommence pas.
-Oui.
-Bien. Je vais me renseigner au sujet de ces quatre personnes et faire expertiser les lettres. Je te tiens au courant d'accord ?
-Oui.
-Je vais faire des photocopies des lettres et je reviens.
-D'accord.
Dans le silence Justin souffla, il ne pensait jamais avoir à parler de cet épisode sombre de sa vie. Personne n'était au courant pas même Brian. Carl revint rapidement et lui redonna sa chemise avec les lettres.
-Je te tiens au courant très vite Justin.
-Merci Carl.
-Je t'en prie.
-Et...n'en parlez pas à Debbie ou Brian s'il vous plaît.
-Je suis tenu à la confidentialité.
-Je ne veux pas que Debbie s'inquiète et j'aimerai en parler moi-même à Brian.
-Je comprend Justin, ne t'inquiètes pas ça va aller ok ?
-Oui. Merci vraiment.
-Je t'en prie, je t'appelle vite. A bientôt.
-A bientôt Carl.
Justin sortit du bureau angoissé et repris le chemin de Kinnetic. Dans son bureau Carl Horvat décrocha son téléphone.
-Allô John ? Bonjour c'est Carl...oui...merci...dis moi est ce que tu pourrais m'expertiser quatre lettres ?...une nouvelle affaire de harcèlement visiblement...je ne sais pas encore...quelques pistes...merci...on se rejoint où ?...très bien...à ce soir...au revoir.
Il raccrocha et appela un de ses adjoints à qui il donna quatre noms :
Christopher Hobbs,
Cody Bell,
Ethan Gold,
Craig Taylor.
Il ouvrit un nouveau dossier et inscrit au marqueur noir sur la partie supérieure gauche : Justin Taylor.
Après le déjeuner à Kinnetic Justin et Gus étaient repartis laissant Brian travailler. Ils étaient allé se promener dans la ville et le parc où ils avaient mangé une glace. Ils étaient passé voir Debbie au Snack et était rentré à Britin. Justin avait fait bonne figure toute l'après-midi mais il s'était sentit rassuré et en sécurité seulement au moment où il passa la porte de la maison. Et comme pour le conforter dans son sentiment une pluie torrentielle s'était mise à tomber peu de temps après leur arrivée.
Ils avaient finalement opté pour un dessin-animé et bien sur Gus avait demandé le Livre de la Jungle qu'il n'avait jamais vu. Assis côte à côte Gus s'était rapproché de Justin qui avait passé son bras autour de lui. Le petit garçon se serra contre son deuxième papa et profita de ces instants qu'il pouvait partager seul avec le jeune homme.
Brian avait prévenu qu'il rentrerait tard et ils avaient donc dîné tous les deux.
-Qu'est ce que tu veux faire demain ? Demanda Justin alors qu'il bordait Gus.
-J'aimerai bien aller voir les animaux.
-D'accord.
Justin lui embrassa le front et s'apprêtait à sortir.
-Paddy ?
-Mmh ?
-Papa il arrive quand ?
-Il ne devrait plus tarder.
-Il viendra me dire bonne nuit ?
-Bien sur. Bonne nuit Gus.
-Bonne nuit Paddy.
Justin ferma doucement la porte et redescendit au salon. Là il se servit un verre dont il avait bien besoin, alluma une cigarette et s'allongea sur le canapé. Il alluma la chaîne hi-fi d'où s'échappa une musique jazz et feutrée. Les jambes croisés il réfléchissait à ce qu'il avait appris plus tôt dans l'après-midi. Il savait surtout que Brian était tout sauf idiot et qu'il voyait tout de suite lorsque Justin lui mentait.
Il regarda les volutes de fumée s'échapper vers le plafond. Il redoutait de parler de l'affaire à Brian pas parce qu'il n'avait pas confiance mais parce qu'il savait qu'en parlant des lettres et de son entrevue avec Carl le sujet de ses ''retrouvailles'' avec Hobbs allait indubitablement venir sur le tapis.
Cette menace qu'il avait porté à l'encontre de Hobbs le laissait aujourd'hui mitigé. D'un certain côté il avait été apaisé de l'avoir fait comme une vengeance ''œil pour œil, dent pour dent'' mais d'un autre côté il se sentait minable d'en être arrivé à de telles extrémités. Maintenant qu'il se souvenait de toute la soirée du bal de promo avec exactitude il était encore plus mitigé face à ça.
Pendant des années il avait su apprendre à enfouir sa colère, la masquer pour ne pas la laisser sortir et c'était certainement ça qui lui avait valu son statut de calme légendaire. Il avait toujours dissimulé sa colère, la reléguant dans un coin de son esprit pour ne pas qu'elle soit nocive mais malheureusement au contact de Bell tout était remonté à la surface et il n'avait plus su comment la gérer ce qui l'avait mené presque à commettre l'irréparable.
L'irréparable...pensa-t-il en tirant à nouveau sur sa cigarette est-ce-qu'il aurait été capable de le commettre ? Il ne préférait pas savoir. Mais si il était allé jusqu'au bout ? Si il en avait été capable ? Si finalement il n'arrivait jamais à gérer sa colère et qu'un jour tout dérapait ? Il secoua la tête, avec des si on referait le monde comme aimait à dire sa mère. Qu'est ce que Brian allait penser de cette histoire ?
Justement quand cette interrogation se présenta à lui la porte d'entrée s'ouvrit.
« Quel temps de merde » entendit-il avec un sourire.
Brian jeta ses clés sur le meuble de l'entrée, retira sa veste trempée et ses chaussures lorsqu'il vit les deux pieds dépasser du canapé dans le salon. Il se dirigea vers lui. Il s'approcha et sans rien dire l'embrassa. Justin coula sa main sur sa nuque entortillant ses doigts dans les mèches brunes. Pendant quelques secondes il oublia complètement ses dernières pensées. Mais l'amnésie fut de courte durée.
-Alors, commença Brian d'une voix chaude, c'est quoi le problème ?
-J'ai rien dit...
-Sunshine, ricana le brun, tu m'auras pas à ce petit jeu là...
Justin tripotait la cravate de son amant sans rien dire, les sourcils froncés, alors que ce dernier ne le quittait pas des yeux. Par où commencer ?
Il fut dispenser de répondre lorsqu'ils entendirent une voix depuis l'étage.
-Sursis de cinq minutes, répliqua-t-il en se levant après avoir entendu un deuxième ''papa'' venu de la chambre de son fils.
Il monta les marches quatre à quatre. De son côté Justin se releva et alla chercher un dossier dans l'entrée. Dans la chambre la conversation entre le père et le fils continuait.
-Papa...
-Oui ?
-Je suis content de passer mes vacances avec toi et Paddy.
-Moi aussi fiston, moi aussi.
-On pourra se voir plus souvent ?
La question innocemment posée fut comme un sac de pierre tombant dans l'estomac de Brian.
-J'aime maman et manoune et j'aime bien Toronto aussi. Et pis ma maîtresse elle est super gentille mais j'aimerai bien être avec vous plus souvent.
Brian ne savait quoi répondre au garçon qui lui faisait face tant il en avait envie lui aussi.
-Alors papa...on pourra se voir plus souvent hein ?
-Je sais pas mon grand, ta mère et Mélanie habitent loin d'ici alors c'est compliqué.
-Et si je leur demande ?
-Je sais pas fiston, je verrai avec Paddy et on fera ce qu'on peut d'accord.
-Mmh...
-Dors maintenant.
-Bonne nuit papa, fit le petit garçon en passant ses bras autour de son cou, je t'aime papa.
En entendant les mots Brian en fut tout retourné mais comme toujours il se maîtrisa.
-Moi aussi fiston, bonne nuit, dit-il en passant une main dans ses cheveux.
Il le borda et sortit de sa chambre. Sur le pas de la porte il repris une grande inspiration. Ce soir plus que jamais il détestait l'idée qu'avait eu les filles en déménageant. Il redescendit au salon. Tout comme Justin il se servit un verre et s'assit à côté de lui.
-Dure journée ? Demanda Justin avec un faible sourire.
-Pas vraiment, répondit Brian en avalant une gorgée du liquide ambrée.
Une fois de plus pas besoin de parler Justin savait déjà. Il remonta ses genoux contre lui.
-Maintenant à nous deux, repris Brian en tournant ses yeux perçants vers son partenaire, qu'est ce qui ce passe ?
Justin ne dit rien et se contenta de lui tendre le dossier contenant les lettres. Il prit une nouvelle cigarette et l'alluma éclairant l'espace d'un instant ses prunelles à la lueur du briquet. Brian sortit les quatre enveloppes de la chemise et s'entreprit à ouvrir chacune d'entre elles. Le contenu lui fit froid dans le dos.
-Qu'est ce que c'est que cette merde ? S'écria-t-il. Quand est ce que tu as reçu ça ?
Justin soupira.
-Les deux premières j'étais encore à New-York. La troisième peu de temps après notre mariage et la dernière ce matin.
-Pourquoi tu ne m'as rien dit ?
-Parce que je pensai que c'était une mauvaise blague et puis quand je les ai reçues j'avais d'autres choses à penser. Mais c'est quand j'ai reçu celle de ce matin que j'ai commencé vraiment à m'inquiéter.
-Pourquoi celle-là ? Moi elles m'interpellent toutes !
-Parce qu'elle à été prise hier.
-Comment ça hier ? S'interloqua Brian.
-Sur la route j'ai fait une pause sur une aire d'autoroute pour prendre un café et j'ai eu l'impression que quelqu'un me regardait mais ensuite je me suis dit que j'hallucinais jusqu'à ce matin.
-Tu en as parlé à quelqu'un ?
Justin acquiesça.
-Laisse moi deviner c'était Horvat ton rendez-vous de ce midi ?
Le blond répondit par l'affirmative.
-Qu'est ce qu'il t'as dit ?
-Il va faire expertiser les lettres et il m'a demandé si je connaissais des personnes proches ou éloignées qui pouvait me vouloir du mal. Je lui ai donné quatre noms.
-Lesquels ?
-Hobbs, Ethan, mon père et Cody Bell.
Brian fronça les sourcils. Il ne pensait pas le père de Justin capable de ça, tout tordu qu'il soit. Il espérait que ce n'était pas Hobbs. Il ne connaissait pas Cody Bell. Quand à Gold il pensait bien que ce pouvait être son style. Il se doutait que cette petite merde imbue d'elle même n'ai jamais pu se remettre que Justin l'ai largué. Sa présence répétée aux vernissages de New-York en était un signe évident. Sans compter qu'il ne se privait jamais pour bien faire comprendre qu'il ne lâcherait jamais le morceau. Brian n'avait jamais oublié comment au premier vernissage de son ange blond ce paganini lui avait fait un sourire pour lui faire clairement comprendre ses intentions.
Plus il pensa à son comportement plus il se doutait que ce dernier pouvait être l'auteur de ces photos et de cette lettre de dégénéré. Il aurait du lui casser la gueule quand il en avait l'occasion.
Justin voyait son partenaire froncer les sourcils, ses lèvres devenir un trait fin et crispé. Il se doutait de ce qu'il était entrain de penser.
-Pour les noms de ton père et Gold je comprend que tu les ai donné, repris soudainement Brian, mais pour les autres ?
-Hormis le fait qu'Hobbs m'ait fracassé la tête ?
Brian acquiesça. Justin poussa un soupir termina son verre d'un coup sec, tira sur sa cigarette et commença à raconter. La réunion après l'agression de son ami à l'époque, les souvenirs qui remontait par flots sans jamais qu'il réussisse à en rattraper, sa rencontre avec Bell, la Pink Posse, les autres, les soirées à patrouiller dans les rues avec leurs t-shirts roses et leurs crânes rasés, les provocations, les cours de tirs, l'intérêt non feint de Bell pour Justin, et bien entendu en dernier lieu le soir chez Hobbs.
Justin raconta tout dans les moindres détails de cette soirée qui devait rester gravée dans sa mémoire. Comment il s'était rendu chez cet ancien camarade de classe, comment Bell lui parlait, la tête de Hobbs lorsqu'il l'avait vu arriver, comment il avait sorti son arme, comment il avait pointé le canon sur la tête de Chris puis dans sa bouche pour lui faire sortir les mots d'excuses, comment Bell derrière l’assénait avec ses paroles, comment il avait ressenti ce moment et puis finalement comment il s'était repris et était parti sous les vociférations de Bell qui le traitait de lâche, incapable de se venger.
Brian ne broncha pas de tout le récit. Il ne connaissait pas les trois quarts de ce que venait de raconter Justin. Il pâlit sérieusement en entendant la fin de l'histoire. Pendant qu'il parlait Justin ne l'avait pas lâché des yeux comme pour trouver dans ce regard chocolat un appui, un soutien pour ne pas s'éloigner de son récit et pouvoir raconter jusqu'au bout.
A la fin il resta silencieux plusieurs secondes attendant une réaction qui ne venait pas.
-Je me doute de ce que tu dois penser de moi. C'est immonde ce que j'ai fais que ce soit Hobbs ou non. Je savais parfaitement ce que je faisais. Je ne suis pas l'adorable sunshine que tout le monde croit, fit-il avec sarcasme.
Il se leva et alla face à la baie vitrée qui donnait vision sur un jardin plongé dans l'obscurité. Il appuya son front contre la vitre, sa respiration formant un cercle de buée à la surface.
Brian n'avait pas bougé. Ce que venait de raconter Justin changeait la donne. Trois personnes désormais pouvaient lui en vouloir hormis Gold. Pour le père il n'y avait pas besoin de chercher loin le fait que son fils soit gay était une raison sans compter tout ce qui c'était passé depuis qu'ils s'étaient rencontrés il y a 8 ans. Il déposa son verre sur la table basse et rejoignit Justin. Il entoura sa taille de ses bras et posa son menton sur son épaule.
-C'est pas grave Justin...
Ce dernier eut un rire tout sauf enjoué.
-Pas grave ? Fit-il en se dégageant, j'espère que tu plaisantes ?!
-Sunshine...
-Ne m'appelle pas comme ça ! S'écria Justin en le coupant, je ne suis pas votre petit ange innocent qui fait des gribouillis, qui sourit H24, qui ne dit jamais rien, qui reste calme tout le temps, qui aime tout le monde, crâcha-t-il. Non ! Je suis le genre de type qui se fait embringuer dans la Pink Posse, qui se bat, qui peut sortir avec un violoniste de merde, qui apprend à tirer avec une arme mais surtout qui peut menacer un autre type avec un flingue sans se dire si c'est bien ou mal mais juste parce qu'il ressent l'envie profonde et malsaine de le faire. Voilà ce que je suis !
-Justin...soupira Brian.
-Hobbs aurait mieux fait de pas rater son coup, marmonna-t-il pour lui même.
-Qu'est ce que tu viens de dire ? S'écria Brian avec une voix blanche en le saisissant par le bras avec violence.
-Je...
-Ne redit jamais un truc pareil ! Tu m'entends ?! Jamais ! Insista Brian en resserrant sa prise.
Justin qui quelques minutes plus tôt avait un regard sombre, totalement perdu était à présent au bord des larmes.
-Tu me fais mal, parvint-il à dire.
Brian le lâcha. Les sourcils froncés il se pinça l'arête du nez. Il inspira un coup et planta son regard dans les yeux de son mari qui lui faisait face.
-Je suis d'accord pour dire que tu as fait une connerie mais souviens toi aussi que tu n'étais pas à une période de ta vie facile et que lorsqu'on est jeune on fait des conneries à la pelle et je sais de quoi je parle.
-Ça ne change rien au fait que j'ai menacé Hobbs et que j'ai pu avoir envie de le faire. Une seconde de plus et je peux t'assurer que j'aurais tiré.
-Non, tu ne l'aurais pas fait...
-Comment est-ce que tu peux être aussi sûr de toi ? Tu n'étais pas là...
-Parce que je sais qui tu es, fit Brian avec une voix redevenue plus douce, mais surtout parce que j'ai toujours raison, termina-t-il avec ironie.
Justin eut un faible sourire. Brian se rapprocha et prit doucement son visage entre ses mains.
-Tu n'es pas Cody Bell, ni Hobbs, ni ton père, tu es toi. Tu es Sunshine ! Courageux, qui aide ses amis, qui aime et défend sa famille, qui prend toujours les devants, qui se bat pour ce qu'il veut, qui peint mieux que Michel-Ange, qui écoute les autres, qui reste calme face à l'adversité, qui se relève dans la vie qu'on lui ai mis un coup dans la gueule ou qu'il est traîné avec des gens peu fréquentables, qui peut aimer ou se battre pour un type comme moi, qui à un cul d'enfer sans parler du reste. Un Sunshine avec le plus beau sourire du monde, termina Brian.
Justin soupira et posa sa main sur celle de Brian. Toujours les bons mots.
-Alors tu arrêtes de ruminer tout ça, c'est fait c'est fait, point. Tu ne pourras pas revenir en arrière. Maintenant on va attendre des infos de Carl et si tu reçois encore quelque chose on ira le voir, ensemble. C'est clair ?
Justin hocha la tête.
-Bien.
Il le rapprocha de lui et déposa ses lèvres sur les siennes. Justin se serra contre lui passant ses mains dans son dos. Le meilleur moyen de guérir, la technique à la Kinney qui faisait toujours ses preuves : leurs liens dans l'amour.
Justin et Gus devaient passer la journée ensemble. Comme l'avait demandé Gus la veille Justin l'emmena dans la réserve naturelle de Pittsburgh voir les animaux. Ils se réveillèrent tôt et mangeraient sur place.
Justin finissait de préparer les sandwichs et alla tout mettre dans la voiture. Il retourna dans la maison prendre son appareil photo. Gus finit par descendre de sa chambre avec son petit sac à dos dans la main.
-Prêt ?
-Oui Paddy !
-Alors en route mauvaise troupe !
Gus monta à l'avant avec Justin affirmant à son deuxième papa qu'il était assez grand pour y être. Justin mit le contact en rigolant et démarra sur l'allée gravillonnée.
Au début du trajet, dans la voiture, tout était silencieux. Gus regardant par la fenêtre ce qui les entouraient. En cela également Justin se fit la remarque que le garçon ressemblait beaucoup à Brian. Autant il pouvait être très bavard sans plus jamais s'arrêter autant à certains moments il était très calme, silencieux, concentré, analysant ce qui l'entourant comme le faisait Brian avant qu'il ne se mette soudainement à parler.
-Paddy ?
-Hum ?
-Qu'est ce que tu aimes dans le dessin ?
Justin le regarda avec surprise.
-Qu'est ce que j'aime dans le dessin...se demanda-t-il pour lui même. Je dessine depuis que je suis tout petit, repris-t-il, c'est ma maman qui m'a donné goût à l'art. Après te dire ce que j'aime dans le dessin, c'est compliqué.
Gus le visage tourné vers lui l'écoutait avec attention.
-J'aime m'exprimer avec le dessin. J'aime que des visages, des objets, des paysages prennent forme sous mon crayon. J'aime l'idée que je garderai éternelles des images à travers mon dessin ou ma peinture. C'est assez difficile à expliquer.
-Je comprend Paddy, fit le petit garçon avec un sourire.
Justin le lui rendit. Il enfila ses lunettes de soleil et fila vers la réserve. Ils y entrèrent à 10h. Le calme de Gus laissa à nouveau place à une excitation grandissante, sous un flot de paroles. Ils commencèrent par le vivarium, les manchots, les ours, les singes. Gus était émerveillé par tout ce qu'il voyait. Arrivés à la volière des perroquets Justin eut la surprise de le voir sortir un appareil photo numérique de son sac.
-Tu as un appareil photo ?
-Oui c'est maman qui me l'a acheté à noël.
Justin le regarda faire pendant qu'il prenait ses photos. Il fronça les sourcils à mesure qu'il voyait le petit garçon évoluer. Il prenait son temps, changeait de position, semblait chercher le meilleur point de vue, la meilleure lumière. Soudain un des aras de la volière s'approcha du public. Gus s'approcha très doucement et pris un nouveau cliché. Justin était bouche bée.
Ils continuèrent leur visite et firent une halte le midi au milieu du parc pour déjeuner non loin du lac où les flamands roses avaient élu domicile.
L'après-midi c'était le tour des girafes, hippopotames, zèbres, éléphants et autres bêtes. Ils terminèrent par les fauves visiblement ceux que préférait Gus. Ils virent de petits lionceaux se battre derrière les vitres, un tigre s'endormir paisiblement sur un rocher au soleil. Gus était totalement fasciné par cette partie du parc et ils y passèrent la fin de l'après-midi.
Ils ne cessèrent de discuter tout le trajet du retour sur ce qu'ils avaient vu.
-Gus tu veux que j'imprime tes photos ? Demanda Justin en entrant dans la maison.
-Oui, répondit-il, s'il te plaît, fit-il en lui tendant son appareil.
-Ok. Tu vas à la douche ?
-Oui.
Justin monta au premier à sa suite et s'installa sur l'ordinateur au bureau de Brian. L'appareil s'alluma dans un doux ronronnement. Il brancha l'appareil et se mit à faire défiler les photos. Le menton appuyé dans sa main, il regardait les clichés avec admiration. Dans l'autre pièce il entendit l'eau se mettre à couler. Justin continuait son exploration et ne put s'empêcher de se dire qu'il était devant quelque chose de remarquable pour un enfant de son âge. Il imprima les photos et redescendit à la cuisine.
Gus le rejoint peu de temps après, les cheveux mouillés, en pyjama.
-Chaussons, dit Justin.
-Ah oui zut, fit le petit garçon en courant vers sa chambre.
Le blond sourit en le voyant détaler. Il s'entreprit à faire du chocolat attendant que Gus redescende ce qu'il ne tarda pas à faire. Le petit garçon se hissa sur un des tabouret autour du bar et regarda Justin. Ce dernier leur servit deux grandes tasses de chocolat avec de petits marshmallows sur le dessus comme Jennyfer faisait quand il était plus petit.
-Tes photos, fit Justin en lui tendant un petit paquet.
-Elles sont belles ? Demanda Gus.
-Très. Depuis combien de temps tu fais de la photo ?
-Je sais pas Paddy. Maman et Manoune m'autorisaient toujours à en faire avant que maman ne m'achète l'appareil. Pourquoi ?
-Comme ça.
Gus sourit et repris une gorgée. Ils continuèrent la soirée à discuter et jouer dans le salon. Justin fit manger Gus qui commençait à être fatigué. Ils montèrent et Justin le coucha après lui avoir lu une histoire. Il redescendit à la cuisine en baillant. Il fit la vaisselle et alla s'allonger sur le canapé avec un magazine d'art. Magazine qui ne tarda pas à lui glisser des mains alors que ses yeux se fermaient et qu'il s'endormait.
O0o0o0o0o0
Brian avait bossé comme un dingue toute la journée ne s'accordant même pas une pause à midi. Mais ces trois campagnes : Nike, American Apparel et Liberty Air demandaient un travail de tous les instants. Ce n'est que tard dans la soirée qu'il put enfin quitter le bureau et rentrer chez lui.
Il vit arriver l'entrée de Britin avec soulagement, il avait cru que la route ne finirait jamais. Gus devait déjà être couché. Il entra dans la grande bâtisse, jeta ses clés sur le guéridon de l'entrée. Il sourit en reconnaissant les deux pieds qui dépassaient du canapé. Justin s'était endormi un magazine sur la poitrine.Il posa le livre sur la table basse. Brian s'approcha lentement et déposa un léger baiser sur ses lèvres, ses yeux, son front.
-Salut charmant réveil, grommela Justin avec un sourire.
-Salut, répondit Brian d'une voix grave, un expression carnassière.
-Bonne journée ? Demanda Justin.
-Hum, hum, répondit Brian avec un sourire.
Justin se mordilla la lèvre en le regardant. Il fondit sur sa bouche, entourant sa nuque de son bras. Brian suivit le mouvement et passa sa main sous sa taille, épousant de son corps ses formes. Justin se perdit dans ce baiser, mélangeant sa salive à la sienne, caressant ses lèvres, perdant son souffle dans le sien. Il s'attaqua lentement aux boutons de sa chemise alors que leurs jambes s'emmêlaient dans une danse fiévreuse.
Il fit glisser le tissu découvrant le dos, contournant l'épaule, frôlant les bras. Brian perdait sa bouche sur sa gorge. Il avait attendu toute la journée et le voir ainsi endormi, du sommeil des innocents, avait exacerbé son envie. Et comme toujours Justin y répondait de la meilleure des façons qui soit. Il retira le t-shirt qui lui faisait obstacle ébouriffant les mèches blondes, découvrant son éternel sourire.
Il passa le long de sa mâchoire, le long de sa gorge, descendit vers le creux de sa nuque, sur son omoplate, sur son torse. Justin ferma les yeux, laissant vagabonder ses doigts dans les mèches brunes.
Brian remonta vers lui avec ce regard sombre, empreint d'un désir qu'il connaissait depuis des années et que pourtant il redécouvrait à chaque nuit, chaque étreinte. Justin glissa sa main jusqu'à ses hanches.
-Au fait...murmura Brian en se redressant soudainement.
-Hum ?
-J'ai pris mes quatre jours, je suis avec vous deux jusqu'à la fin de la semaine, termina-t-il.
-Ça j'aime, répondit Justin avant de rouler sur lui les entraînant tous les deux sur le tapis du salon dans un rire étouffé.
Justin repris ses lèvres avec gourmandise entourant sa nuque de ses bras. Brian descendit ses mains sur son corps. Le blond ondula des hanches sentant son jean couler le long de ses jambes. Justin le regardait faire se passant la langue sur les lèvres. Brian laissa glisser sa bouche sur sa peau traversant la plaine de son ventre. C'est à ce moment précis que le téléphone se mit à sonner dans un bruit strident brisant le silence qui entourait les deux amants.
-Fais chier...grommela Brian, le prochain coup je débranche cet engin de malheur.
Justin soupira tout en continuant de le regarder.
-Y rappelleront, repris Brian en reprenant son exploration.
Son partenaire ne put s'empêcher de rire. Il se redressa et entoura sa taille de ses jambes coulant ses mains sur sa nuque, serrant avec force les mèches brunes. Brian suivit des doigts les muscles de son dos ployant sous les caresses. Son jeune amant descendit doucement ses mains vers la ceinture de son pantalon. Ils entraient doucement dans cet état de grâce qui les faisaient s'oublier l'un, l'autre dans une fusion totale.
Le téléphone dans l'entrée se tût pour malheureusement se remettre à sonner quelques secondes plus tard.
-Putain ! S'énerva Brian.
-C'est peut-être important, dit doucement Justin en se détachant légèrement de lui.
-Sunshine, qu'est ce qui peut-être plus important en ce moment que toi entre mes jambes sur le tapis du salon ?
Le dit Sunshine rit de la remarque. Brian finit tout de même par se lever songeant qu'ils n'auraient pas la paix tant qu'il n'aurait pas décroché. Justin le regarda partir vers l'entrée, torse nu, le pantalon déboutonné, les cheveux en bataille. Il sourit à cette vision.
-Allô ? Fit Brian sans grande délicatesse.
-Brian ?
-Lui même !
-Bonsoir c'est Lindsay je te dérange ?
-Bien sur que tu me déranges Linds ! Qu'est ce que tu veux ?
-Déjà savoir comment tu allais ?
-Je me doute que t'appelles pas pour savoir si ça va alors vas-y crache le morceau ! Que me vaut le plaisir de ce dérangement ? Demanda-t-il avec ironie.
C'était difficile pour Brian de rester dans l'entrée, pieds nus, à écouter son amie exportée au canada alors que son amant le regardait depuis le salon appuyé sur le dossier du canapé avec un regard qui en disait long.
-Je t'appelais aussi au sujet de Gus...
-Nous y voilà.
-Comment vas-t-il ?
-Il se porte comme un charme, répondit Brian toujours sur le même ton, et donc ?
-Je te préviens que Mèl et moi allons venir le chercher dimanche, lâcha-t-elle d'une traite.
Le changement fut immédiat. Brian perdit toute expression ironique et vira de couleur. Justin fronça les sourcils.
-Quoi ?!
-Mèl et moi...
-J'ai très bien entendu !!
-Bon. Eh bien voilà.
-Tu te fous de moi ?!
-Écoute Brian, je sais que tu devais l'avoir quinze jours mais mèl à des congés, JR n'a pas école et je n'ai pas de cours à la fac la semaine prochaine donc...
-Je m'en tape, je devais...
-Ne rend pas les choses plus compliquées, le coupa Lindsay, on à aussi le droit de passer nos vacances tous les quatre.
-Tu m'avais promis Lindsay ! S'écria-t-il.
-Tu l'auras eu pendant une semaine, c'est mieux que rien. N'oublie pas que tu n'es pas responsable légal de Gus alors c'est déjà bien qu'on accepte de te le confier.
Le commentaire fit l'effet d'un coup de poing.
-Trop aimable, grinça-t-il, je ne risque pas d'oublier vous ne vous privez pas pour me le rappeler toi et ta bonne femme.
-Si tu le prend comme ça, soupira la jeune femme.
-Si je le prend comme ça ?! Tu te fous de ma gueule ?!
-On se voit dimanche Brian. Bonne soirée. Embrasse Gus pour moi.
-Lindsay ne...
Le clic du téléphone qu'on raccroche fût sa seule réponse.
Justin s'était rhabillé inquiet de voir comment le ton montait. Brian remit le téléphone sur sa base avec rage. Justin pouvait voir son état de colère sourde à ses mâchoires crispées et ses poings qui se serraient laissant apparaître le blanc des jointures.
-Nos chères goudous viennent chercher Gus dimanche, cracha-t-il avec un violent dédain.
Le jeune artiste n'eût pas le temps de répliquer ; Brian montait déjà les marches quatre à quatre jusqu'au premier. Justin poussa un soupir en se passant la main dans les cheveux.
La soirée était finie.
Il ne put s'empêcher de penser qu'il avait raté une occasion de se taire en proposant à Brian de répondre. Il ramassa les vêtements éparpillés dans le salon, éteignit les lumières et monta à la suite de son compagnon. Il entendit l'eau couler dans la salle de bain. Il rangea les affaires dans le dressing et pris la direction de la pièce adjacente à leur chambre. Il se déshabilla et entra dans la cabine où se trouvait Brian de dos.
Il ne dit rien. Qu'aurait-il pu bien dire ? Brian avait besoin de son soutien par sa présence et non de paroles qui de toutes façons n'auraient servies à rien.
Justin s'approcha et commença à lui masser les épaules. Ils prirent leur douche toujours dans le même silence. Brian sortit le premier enfila un bas de jogging et un marcel. Il prit ses médicaments et sortit de la pièce. Justin coupa l'eau en poussant un soupir. Il se sécha les cheveux rapidement, mit son bas de survêtement noir et rejoignit son partenaire déjà enfoui sous les draps lui tournant le dos.
Le jeune homme éteignit les lampes de chevet et se coula sous la couette. Il glissa vers Brian, se colla contre son dos, son visage dans son cou. Il l'entoura de ses bras. Le brun ne dit rien mais pris la main qu'il sentait contre lui en la serrant entre ses doigts. Justin ferma les yeux gardant son calme légendaire.
Brian se détendit un peu au son de la respiration lente et régulière contre son corps. Justin resserra son étreinte. C'est en se remémorant le commentaire cinglant de Lindsay : ''N'oublie pas que tu n'es pas responsable légal de Gus alors c'est déjà bien qu'on accepte de te le confier'' que Brian finit par s'endormir.
Justin se réveilla le premier. Il sortit doucement de leur chambre et ferma la porte. Il descendit à la cuisine en se demandant comment aller se passer la journée. Il avait eu envie de rappeler Lindsay mais il savait que Brian l'aurait mal pris et il le comprenait. Une fois de plus, il resta diplomate et n'intervint pas dans la ''relation'' Brian-Lindsay. Il faisait depuis des années il pouvait continuer encore un peu bien qu'au plus profond de lui-même certaines choses le dérangeait. Il inspira un grand coup chassant ses sombres pensées et alluma la cafetière.
Il prit les magazines laissés dans l'entrée et s'entreprit à s'informer sur la scène artistique. Il n'avait pas jeté l'Art in America qui contenait l'article sur sa dernière expo. Par la suite, passé le mauvais moment, il s'était penché sur les publications du Time Magazine et de l'Art Forum qui étaient sans conteste bien meilleurs. Mais Justin n'était pas personne à se laisser abattre ou se laisser faire. Il repris donc le maudit magazine et s'entreprit à relire la chronique.
Il se servit le liquide sombre dans un grand mug blanc et se plongea dans les pages glacis. Certes, il ne pouvait pas dire que la critique était des plus élogieuses mais néanmoins il voulait démontrer à cette journaliste qu'elle avait tort. Il ne se considérait pas comme un grand artiste, au talent mirifique, bien idiot qu'il était, mais il voulait tout de même montrer à cette femme qu'il valait plus que les mots qu'elle avait jetée à son sujet.
Il comprenait que Pandore n'avait pu plaire à tout le monde mais il avait travaillé trop dur ces dernières années pour en être réduit au terme d'amateur ou de reconversion professionnelle. Il ne lui ferait peut-être pas aimé son art mais il lui démontrerait toute sa détermination au sein de son travail. C'était donc un nouveau défi qu'il se lançait.
Il but une gorgée de la boisson chaude et pris son téléphone.
-Allô John ? C'est Justin.
-Bonjour Justin ! Comment vas-tu ? Je désespérai de t'avoir.
-Ça va très bien et toi ?
-Bien, bien. Alors tu m'appelles pour Londres je suppose ?
-Tu as tout compris. Où en es-tu ?
-Eh bien l'organisation se met en place. Il faut s'y prévoir à l'avance pour être sur que tu puisses être exposé. On partirai pour une expo fin février début mars l'année prochaine avec un temps de travail de trois mois sur place.
-Trois mois ?
-Je t'avais prévenu.
-Oui, oui je sais.
-Quatre ou cinq aurais été l'idéal, tenta John Woodward à l'autre bout de la ligne.
-Non John. Trois mois c'est déjà énorme.
-Et je savais aussi que tu répondrais ça.
-John...
-Pas de problèmes on fera avec. Bon, pour le départ on voyait ça à la mi décembre et...
-La mi-décembre ?! S'écria Justin.
-Oui...
-Je peux pas.
-Tu ne peux pas ?
-Non. Cette année je passerai les fêtes dans ma famille, fit-il avec conviction.
-Tu es au courant qu'on parle de ta carrière et d'une expo des plus importantes ? Ironisa John.
-Je le sais parfaitement ! Mais il est hors de question que je ne sois pas à Pittsburgh en décembre cette année.
-Mais...
-Les dernières fêtes je les ai passé à l'hôpital ! Et crois moi c'était les pires de ma vie. Je ne dérogerai pas sur ce point John, pardonne moi.
-C'est toi qui voit...
-Écoute, ma famille est une part très importante dans mon travail et je ne la ferai jamais passer au second plan. J'en ai besoin pour pratiquer mon art. Donc je ne partirai pas avant début janvier.
-Okay, okay, soupira l'agent artistique, pas avant début janvier...
Justin entendit des bruits de pages tournées.
-Un départ le 2 ça t'irait ? Plus tard la galerie me tuerait et il ne serait pas judicieux que tu arrives sur de mauvaises bases.
-Oui ce sera bon John, répondit Justin.
-Bien. Je te laisse imaginer le cirque que ça va être quand je vais leur annoncer que tu n'arriveras qu'en janvier ?
Justin eut un petit rire.
-Et bien sur ce n'est pas drôle, maugréât le galeriste.
-Bien sur que non, repris le jeune artiste avec ironie.
-Maintenant j'ai une bonne nouvelle et une mauvaise, par laquelle je commence ?
-La mauvaise, soupira Justin.
-Ils ne veulent pas de Pandore.
-Quoi ?!
-L’Art in America à fait son chemin...
-Mais...
-J'ai essayé de leur faire changer d'avis mais il n'ont rien voulu savoir.
-Le jour où je croise cette bonne femme, s'énerva Justin, et il n'y a aucuns recours ?
-Non. Et pourtant j'ai parlementé crois-moi.
-Ils sont venus à New-York pour voir mon travail au moins ? S'énerva un peu plus Justin.
-Non. Je leur ai fait tout de même parvenir des photos du vernissage mais ça n'a rien changé.
-Je rêve...soupira Justin en se prenant le front dans la main en appui sur le bar.
-C'est un milieu sans pitié.
-J'avais cru comprendre, fit Justin amer. Et si on change de galerie ?
-C'était ça en fait ma bonne nouvelle...
-C'est à dire ?
-C'est à la Saatchi Gallery que tu vas exposer.
Justin se redressa. Il connaissait bien évidemment cette scène artistique de Londres qui était le lieu par excellence pour les nouveaux artistes pour se faire connaître. Quel artiste d'ailleurs ne la connaissait pas ?
-Ah...
-Oui, ça change un peu la donne.
Hormis ce tremplin la Saatchi Gallery faisait aussi partie du top ten des lieux d'exposition de Londres. C'était également une galerie publique qui drainait un public énorme et qui était un véritable sésame à n'importe quel artiste à qui on voulait bien ouvrir les portes. C'était très sélectif et bien que Justin était vexé qu'on lui refuse une de ses œuvres il aurait fallu être un imbécile fini pour refuser Saatchi.
-Je sais Justin que c'est dur pour un artiste de ce faire refuser une œuvre à cause d'un article en plus mais c'est vraiment une énorme opportunité.
-Je sais John, je sais, répondit Justin alors que son cerveau tournait à pleins tubes. S'il refuse Pandore je fais quoi ? Je brille par ma présence ?
-Non. Ils veulent 5 de tes anciennes toiles qui montrent un peu une évolution de ton travail et...
-Et quoi ?
-Entre 40 et 50 nouvelles œuvres.
Justin qui s'était mis à faire les cent pas dans le living dû s'asseoir sur un des fauteuils du salon. Il se prit la tête entre les mains le combiné toujours contre l'oreille.
-Attend t'as bien dit...
-Entre 40 et 50, repris John.
-Mais ils fument quoi à Londres ?!
Son interlocuteur eut un rire un peu forcé.
-Tu te rends compte de ce que ça représente ?! S'écria à nouveau Justin, j'ai jamais exposé autant de travaux ! Ils sont malades ! Et des nouveaux en plus.
-Oui mais c'est une galerie nationale et publique.
-Bon sang, marmonna Justin, j'ai combien de temps pour donner une réponse ?
-Sachant que c'est nous qui les avons démarchés...hum...
-Avant la fin de la semaine ?
-Les pré-contrats sont déjà prêts à partir.
-J'ai juste une question, comment tu veux que je ponde 50 tableaux en onze mois ?!
-Je suis sur que tu en es capable et puis tu pourras aussi travailler sur place. Ils mettent à ta disposition un appartement-atelier dans le centre pas très loin de la galerie.
-Tout va bien alors, s'écria Justin avec ironie. Je pourrais au moins avoir la liberté de mon thème et de mise en place ?
-Normalement oui. Je peux redemander.
-Je veux bien que tu le fasses oui. Bon. Je vais y réfléchir et je te rappelle d'accord ?
-Okay. Je t'envoie tous les contrats par Fedex, lis les tranquillement et donne moi ta réponse.
-D'accord John, à plus tard. Bonjour à Elisabeth.
-A plus tard, bonne journée.
-A toi aussi.
Ils raccrochèrent en même temps. Le jeune artiste poussa un soupir en se passant la main dans les cheveux. Il était surexcité par la nouvelle mais aussi terrorisé ; la demande de travail était juste gargantuesque. Peut-être pas impossible mais à côté l'Everest paraissait simple. S'il avait été plus de 10h du matin il se serait servit un verre direct.
O0o0o0o0o0
A l'étage c'est une petite tête brune qui réveilla Brian.
-Bonjour fiston, fit-il encore tout ensommeillé.
-Bonjour Papa, fit Gus avec un large sourire.
-Tu sais que normalement on ne vient pas dans le lit des parents ?
-Oui mais c'est les vacances, répondit ce dernier avec une mine espiègle.
-Oh je vois...
Ils se chamaillèrent quelques minutes sur la couette, Brian ayant rapidement le dessus. Leurs éclats de rire s'entendirent dans toute la maison. Au rez-de-chaussé Justin remarqua qu'il n'avait pas entendu son partenaire rire ainsi depuis longtemps avant de se replonger dans ses intensives réflexions.
Tous les deux couchés en travers du lit, tête contre tête, le père et le fils reprenaient leur souffle.
-Papa ?
-Hum ?
-Je suis content d'être avec Paddy et toi pour les vacances.
-Moi aussi mon grand, moi aussi, répondit Brian avec pourtant une petite moue se remémorant la conversation de la veille au soir. Alors dis moi, repris-t-il, qu'as tu fait avec Justin depuis le début de la semaine ?
-Lundi on est allé manger une glace, on à vu Mamie D, Tonton Mickael et Tonton Em et hier on à visité le zoo enfin la réserve de Pittsburgh. On à fait pleins de photos je te les montrerai. Et Paddy y m'a raconté pleins d'histoires marrantes et des légendes aussi sur les animaux. On a mangé là-bas. Ah oui et lundi on à fait du dessin.
Brian avait reconnu avec un sourire ''mamie D'' comme étant Debbie.
-Après je sais pas ce qu'on va faire et j'ai pas vu Tonton Ted et Mamie J.
-Mamie J ? s'étonna Brian.
-Mamie Jennyfer.
Il eut un hoquet de surprise en entendant la réponse de son fils. La maman de Jennyfer avait effectivement pu faire connaissance avec son fils pendant les noëls et à d'autres réunions désormais communes mais il ne pensait pas qu'une telle relation s'était nouée entre eux. Et sur le moment il ne put empêcher un large sourire de s'étaler sur son visage. Il aimait lui aussi beaucoup Jennyfer, désormais sa belle mère, et finalement ne s'étonnait pas que son fils l’appréciât autant quand on voyait comme il était proche avec Justin. Quoi qu'on puisse en dire Gus avait toute la famille aimante dont il avait besoin autour de lui.
-Papou ?
-Hum ?
-Tu travailles pas aujourd'hui ?
-Non, moi aussi je suis en vacances. Je suis avec toi jusqu'à la fin de la semaine.
-Et la semaine prochaine ?
Brian poussa un soupir. Il se redressa et fit face à son garçon.
-Ta mère et Mélanie viennent te chercher dimanche.
-Mais pourquoi ? Fit Gus en perdant son sourire, je devais rester avec vous toutes les vacances !
-C'est pas moi qui décide.
-Mais c'est pas juste ! Je veux rester moi !
-Je suis désolé bonhomme.
-C'est nul, fit le petit garçon la mine boudeuse.
-Je sais, répondit Brian en passant une main dans ses cheveux.
-Moi je dirais à maman que je veux rester plus longtemps et si elle veut pas eh ben je resterai quand même.
Brian poussa à nouveau un soupir, un petit sourire sur les lèvres. Gus traversa la distance qui les séparait et vint se réfugier dans les bras de son père qui referma volontiers ses bras autour de lui. Brian bénissait ses petits instants quand ils arrivaient. Il l'aimait son fils et bien plus qu'il ne l'aurait cru.
-Ppa' ?
-Oui ?
-Quand est ce que je pourrais revenir ?
-Quand tu veux.
-Tu partiras pas hein ? Fit Gus avec une petite voix.
-De quoi tu parles ? Demanda Brian en fronçant les sourcils.
-Ben comme la dernière fois à l'hôpital où quand j’entends Maman et Manoune se disputer...
-Je te promet de plus jamais aller à l'hôpital mon grand d'accord ?
Gus acquiesça silencieusement.
-Et qu'est ce que tu veux dire par ''quand maman et manoune se disputent'' ?
-Ben je les ais entendu plusieurs fois parler fort et elles disaient, plus manoune que maman, que de ''toute façon Brian il en à rien à foutre de son fils et qu'un jour il va l'abandonner comme il à toujours fait, il n'a aucun sens des responsabilités, il est comme ça, c'est Brian...''
Le principal intéressé sentit la colère l'envahir, ses mâchoires se crisper. Il prit son fils par les épaules.
-D'abord je ne veux pas t'entendre dire des mots comme ça...
Gus acquiesça.
-Et ensuite ce qu'elles disent est faux, je ne t'abandonnerai jamais.
-Je sais Papa, fit le petit garçon en reprenant sa place dans ses bras. Je sais que c'est pas vrai, insista-t-il.
Mais Brian sentit bien que son fils avait eu besoin d'être rassuré et qu'il avait attendu ce moment pour être seul avec son père. La conversation de hier soir plus cette nouvelle révélation n'arrangeait pas le cas de Lindsay. Il sentait que la journée de dimanche allait être intéressante.
-Je t'aime Papa, dit doucement le petit garçon.
-Moi aussi bonhomme je t'aime.
-Si j'avais du choisir un papa j'en aurais pas voulu un autre que toi, repris-t-il.
Brian se mordit la lèvre en fermant les yeux.
Comment pouvait-il partager et ressentir ce qu'il ressentait avec ce petit bout d'homme entre ses bras ? Ils restèrent plusieurs minutes ainsi le père enlaçant le fils.
-On va prendre le pti dèj ? Repris Brian.
-Oui, répondit Gus en retrouvant son sourire.
Ils sautèrent du lit et descendirent à la cuisine. Justin était encore assis dans le salon. Gus s'approcha de lui, grimpa sur ses genoux et déposa un énorme bisous sur sa joue.
-En quel honneur ? Fit le blond avec un sourire.
-Parce que je t'aime Paddy.
-Ça c'est gentil, répondit Justin extrêmement touché et en lui rendant son baiser.
-Qui à faim ? Demanda Brian depuis le bar.
-Moi, moi, moi, piailla Gus.
Justin le suivit en souriant. Il fit le tour de l’îlot et alla déposer ses lèvres sur celles de son homme. Il sut que ce serait une bonne journée en voyant le large sourire mystérieux qu'arborait Brian.
-Qu'est ce que tu veux faire aujourd'hui ? Demanda justement ce dernier à son fils.
-Ce que vous voulez, mais je veux rester toute la journée avec vous. Mais avant dimanche j'aimerai bien qu'on aille voir Mamie J.
-Ta mère, précisa Brian devant l'air interrogatif de Justin.
Ce dernier éclata de rire. Elle serait ravie de ce surnom.
-Je suis sur qu'elle sera très contente de te voir, répondit-il justement.
Ils déjeunèrent tous les trois discutant de tout et n'importe et quoi s'éternisant en pyjama dans la cuisine. C'était une vraie famille et personne ne serait venu le contester et dans le cas contraire c'était à leurs risques et périls.
Ils avaient passé tout leur temps ensemble et ce samedi veille de départ de Gus ils s'étaient rendus chez ''Mamie J'' comme aimait à l'appeler le petit garçon. Cette après-midi là Mollie était présente et s'était faite une joie de revoir le fils de Brian. Après avoir passé du temps avec Jennyfer il avait suivi la sœur de Justin pour aller faire un foot dans le jardin suivis rapidement par Brian ce qui avait fait beaucoup rire Justin.
Justin et Jennyfer étaient restés à la cuisine boire un café.
-Alors comment vas tu mon chéri ?
-Bien Mam et toi ?
-Ça va.
-Où en es votre recherche avec Tucker ?
-Ça avance, on à repéré une grande maison qui nous plait beaucoup un peu en périphérie de Pittsburgh.
-Je suis content pour vous deux.
-Merci. Comment va ton travail ?
-Ça va, pour le moment je prend un peu de vacances et puis je profite que Gus soit avec nous...
-Il est vraiment adorable.
Justin répondit par un sourire en prenant une gorgée de son café.
-J'ai une bonne nouvelle.
-Ah oui ? Demanda Jennyfer.
-Je vais exposer à Londres en début d'année prochaine.
-C'est fabuleux mon grand ! Où ?
-Saatchi.
-C'est magnifique ! Je suis fière de toi mon chéri.
-Merci maman.
-Mais ?
Justin ne savait pas mentir. Enfin si, il savait sauf à deux personnes : sa mère et Brian. Il poussa un soupir et expliqua à sa mère ce qu'il avait déjà dit à Brian concernant ses craintes à propos de ce nouveau projet qui allait demander beaucoup de travail et qui le tiendrait éloigné de Pittsburgh pendant un moment.
Ils avaient passé la fin de journée tous les cinq ensemble. Justin n'avait pu s'empêcher de se dire que cette semaine était passée bien trop vite et le regard de Brian sur Gus ne faisait qu'accroître cette impression. Lorsqu'ils étaient rentrés chez eux ce soir là Justin les avaient laissés tous les deux pour qu'ils puissent profiter de ce moment avant le lendemain.
Il était monté dans son atelier pour essayer de travailler un peu. Assis à la grande table centrale de travail, pieds nus, il alluma une cigarette et ouvrit un carnet à dessin. Qu'allait-il pouvoir faire pour Londres ? Ils voulaient des toiles donc pas d'extrapolations. Il pouvait peut-être mixer des toiles peintes et des dessins au crayon, à la sanguine ou au fusain ? Mais quel thème faire ? Avait-il vraiment besoin d'un sujet central ?
Il mit un album de Supertramp dans le poste et sortit des cartons à dessins contenant ses anciens travaux. Des dessins des beaux-arts après son agression, des croquis fait à la volée, des portraits, Brian, sa famille, des paysages, St Domingue, les premiers croquis de Rage, des sujets plus ou moins abstraits bref tout ce qu'il avait toujours fait. Il sourit à la vue de certains, troublé par d'autres ou au contraire souriant. Il tournait en rond dans la grande pièce tout en réfléchissant à ce qu'il pourrait faire. Les vacances, finalement, avaient été courtes.
En réalité il était partagé par plusieurs émotions tout en pensant à pleins de choses en même temps. Il pensait à son travail, à ce cours qu'il avait donné à Toronto, à ce qu'il vivait ici, à ce que John et Elisabeth attendaient de lui, à ce qu'il voulait, à l'actualité qui concernait la proposition 14 dont il ne cessait d'entendre des horreurs, à Londres mais aussi à cet état d'agacement qu'il ressentait envers Lindsay et son comportement vis à vis de Brian. Il ne disait rien comme d'habitude même si ça lui démangeait la langue.
Bien que Brian considérait Gus comme leur fils Justin savait pertinemment que Lindsay ne l'entendrait jamais de cette oreille même si elle ne le disait pas clairement. Il avait toujours trouvé que la jeune femme avait une curieuse façon d'allier Brian et Gus sans se rendre compte qu'elle pouvait parfois faire beaucoup de mal.
Tout ce méli-mélo de pensées, de réflexions et d'émotions l'agitait. Il écrasa sa cigarette sortit une nouvelle toile, ses pinceaux, sa peinture et déversa ce flot d'énergie à travers son art. Il pouvait extérioriser ces émotions pour mieux les comprendre et les gérer à travers son expression artistique. Il monta un peu le volume de sa musique et s'attela à la tâche enduisant la surface vierge de la toile de couleurs.
De leur côté, à l'étage d'en dessous, Brian et Gus ne cessaient de parler de tout et de rien. Gus parlait beaucoup et Brian l'écoutait. Il sentait que son fils en avait besoin. Au fil de la conversation il comprit que la situation dans laquelle se trouvait le garçon était difficile à vivre sans compter que l'atmosphère canadienne n'était pas toujours des plus roses. Brian se mordait les doigts de ne pouvoir voir son fils grandir se prenant à regretter des actes passés.
Les minutes et les heures s'écoulaient sans qu'ils ne bougent de la chambre. En ''bon'' parent Brian aurait du coucher son fils mais il n'aimait pas les règles pré-établies et resta donc avec Gus. Justin les avait laissé et il appréciait une fois de plus ce tact qui le caractérisait et qui avait toujours été présent lorsqu'il s'agissait de lui et Gus.
Lorsque Justin s'arrêta il était tard et une migraine épouvantable commençait à lui serrer les tempes. Il était satisfait de ce qu'il avait fait mais avait diablement mal à la tête, résultat des exploits Hobbsien. Il avait toujours eu un peu mal après avoir dessiné plusieurs heures mais depuis cette nuit à Saint James les migraines étaient bien plus fréquentes et plus violentes. Il se passa la main dans les cheveux sentant sous ses doigts la cicatrice légèrement bosselée qui avait résulté de cette soirée.
Il nettoya son matériel, éteignit la musique et les lumières et descendit à leur chambre. Il entendit depuis le couloir les voix de Brian et Gus. Avec un petit sourire dans le noir il les laissa et entra dans la pièce. Il passa à la salle de bain récupérer ses médicaments et sa crème pour la main.
Il laissa tomber ses vêtements au pied du lit se retrouvant en boxer noir et enfila un vieux t-shirt avec un bas de pyjama. Il avait de plus en plus mal à la tête. Il s'occupa de sa main pendant quelques minutes, pris un cachet pour la migraine et pris un somnifère sachant qu'il ne s'endormirait pas tout seul dans son état. Il se glissa sous la couette et se sentit peu à peu envahir par un état cotonneux.
-Gus il faut se coucher maintenant, il est tard, repris Brian toujours dans la chambre alors que les aiguilles du réveil frôlaient minuit.
Le garçon brun se redressa et prit la direction de son lit. Il récupéra son doudou sous la couette et s'allongea. Brian s'assit au bord du lit passant sa main dans les cheveux de son fils.
-Bonne nuit papa.
-Bonne nuit fiston.
Il éteignit les lumières et ferma la porte. Dans la chambre principale seule une veilleuse était restée allumée et Justin profondément endormi, la respiration lente, sur le ventre des mèches éparses sur les yeux. Sur la table de nuit Brian reconnut la boite de médicaments et de somnifères que le médecin prescrivait régulièrement au jeune homme depuis son agression. Il poussa un soupir songeant que Justin vivrait très certainement avec ça toute sa vie.
Brian se déshabilla et enfila son bas de survêtement. Il éteignit la lampe de chevet et s'allongea sous la couette en se collant Justin. Ce dernier remua légèrement se serrant un peu plus contre lui.
O0o0o0o0o0
C'est en pleine nuit que Gus se réveilla en sursaut. La pluie, dehors, tombait à verse et les éclairs zébraient le ciel. Il ne détestait pas l'orage, il détestait le bruit que faisait ce dernier. Il se cacha sous la couette mais rien n'y faisait le vent continuait à claquer contre sa fenêtre tandis que la pluie s'écrasait contre les carreaux et que l'orage faisait un spectacle de son et lumière.
Il finit par se lever serrant son doudou contre lui sursautant aux moindres craquements.
Justin s'était réveillé en entendant la porte s'ouvrir. Il émergea un peu plus lorsqu'il sentit une petite main s'agiter près de lui.
-Gus ? Fit-il d'une voix très ensommeillée, qu'est ce qui ce passe ?
-J'arrive pas à dormir, répondit le garçon alors qu'un nouvel éclair le faisait sursauter.
-Qu'est ce qu'il y'a ?
-J'ai peur de l'orage, chuchota Gus d'une voix chevrotante.
-Viens là, murmura Justin en ouvrant la couette.
Le garçon se coucha près de lui légèrement tremblant. Il serra son doudou contre son nez et se recroquevilla contre Justin le cœur à cent mille à l'heure. Justin le recouvrit de la couette et passa son bras autour de lui par-dessus le drap. Il se rendormit vite mais attendit que Gus se calme.
Ils passèrent la nuit tous les trois ainsi redoutant chacun la journée du lendemain à différent points de vue.
Le lendemain matin, Brian s'était réveillé très tôt et n'arrivait plus à se rendormir. Allongé sur le dos, une main sous la tête il détaillait le plafond. Après deux heures de contemplation il finit par se lever. C'est là qu'il remarqua Gus dans leur lit tenant la main de Justin dans la sienne. L'orage...pensa-t-il. Il sourit devant cette image. Il prit son téléphone et immortalisa l'instant. Il les laissa dormir.
Il détestait déjà cette journée sans parler de Lindsay. Il prit la direction de la cuisine les sourcils froncés. Il se servit un café sans vraiment faire attention à ce qu'il faisait. Il avait besoin de se changer les idées sinon il allait s'acharner sur la vaisselle de la cuisine. Il alla prendre prendre son dossier Nike dans l'entrée et s'installa à la cuisine. Il essayait de se concentrer sur les chiffres, la compta, les audits, la com mais rien à faire ; à mesure que les heures défilaient son énervement augmentait.
Justin se réveilla le premier et Gus n'avait toujours pas bougé. Il sourit tout le portrait craché de son père. Il y avait aussi quelque chose de Lindsay mais il ressemblait surtout à Brian. Lorsqu'il descendit à la cuisine Brian n'avait pas bougé non plus. Il voyait à ses épaules crispées qu'il était énervé.
-Bonjour, fit-il en passant ses bras autour de sa taille.
-Hum...fut la réponse.
Justin connaissait avec exactitude la raison de cette morosité. Il se détacha et alla prendre son petit déjeuner dans un silence d'église. La matinée et les choses n'allaient pas s'arranger. Brian n'avait pas desserré les dents.
A 12h30 on sonna à la porte d'entrée. Brian ne bougea pas de son siège. Justin alla ouvrir tentant de ce faire une expression décontractée. De l'autre côté une Lindsay tout sourire l'attendait.
-Salut Linds!
-Bonjour Justin ! Tu vas bien ?
-Ça va, ça va, répondit-il en lui faisant la bise. Mèl n'est pas avec toi ?
-Elle est passée voir Ben et Mickael.
-Bien sur, fit-il avec un peu plus d'aigreur qu'il ne l'aurait voulu. Il se mordit la langue. Lindsay ne releva pas.
Il la fit entrer. N'importe qui d'autre aurait remarqué l'ambiance glaciale qui régnait dans la grande maison mais pas Lindsay.
-Où est Gus ? Fit-elle sans avoir remarqué Brian qui la fixait avec des yeux noirs.
-Ton fils est là-haut, dit-il en insistant sur le pronom.
Jamais de demi mesure avec Brian, toujours dans les extrêmes.
-Salut Brian, fit-elle en se retournant ne perdant toujours pas ce sourire faussement innocent.
Il se contenta de la dévisager de la tête au pied sans répondre avant de reprendre une gorgée de café.
-Comment vas-tu ?
-Comme si ça t'intéressait...
Là, son visage se décomposa. Justin ne disait toujours rien.
-Oh, Brian tu vas pas recommencer.
-Attends, quoi ?! Demanda-t-il avec une pointe d’agressivité en se redressant.
Justin derrière, dans l'entrée se dandinait sur un pied.
-Oui Brian. Ne recommence pas. Fais pas le gamin, c'est comme ça c'est tout.
-Moi je fais le gamin ?!
-Oui. Et en plus je t'avais prévenu que je viendrai chercher Gus.
-Justin et moi devions l'avoir les quinze jours de vacances !
-On à aussi le droit d'avoir des vacances tous les quatre.
-Ne promet pas des choses que tu es incapable de tenir, cracha Brian sans une once de gentillesse.
-Venant de toi ça me fait bien rire.
-Tu te fous de moi ?!
Les choses commençaient à devenir houleuses. Justin ne disait toujours rien.
-Hey c'est bon ! Je suis pas venue pour me faire crier dessus. Je viens chercher Gus et t'as rien à dire !
-Lindsay je ne pense pas...tenta finalement le jeune artiste.
-S'il te plait ne t'en mêle pas Justin !
-Ne lui parle pas comme ça !
-Laisse tomber Brian, fit Justin voulant éviter d'envenimer la situation, je vais voir où en est Gus.
Il montait les marches et entendit « Tu es chez moi je te rappelle ! ».
Le petit garçon était assis sur le tapis dans sa chambre finissant de faire sa valise.
-Ils se disputent hein ? Dit-il en entendant la porte s'ouvrir.
Justin poussa un soupir.
-C'est de ma faute je sais...
-Ne dis jamais ça, s'écria Justin en venant s'agenouiller devant lui.
Au rez de chaussé la conversation se poursuivait.
-J'ai peut-être rien à dire mais ça t'arrangeait bien, toi et Mélanie que je soit là quand vous avez voulu un gosse !
-C'est ça Brian tu es la victime dans cette histoire et nous les deux méchantes !
-N'essaie pas de me culpabiliser !! J'ai jamais ouvert ma gueule en ce qui concerne Gus autant pour les droits parentaux que pour votre putain de départ à Toronto !
-Ah nous y voilà ! Tu me reproches d'avoir voulu vivre ma vie, d'être avec ma famille ! C'est toujours comme ça avec toi Brian y faudrait toujours qu'on soit autour de toi à t'aduler comme si tu étais la seule personne sur cette planète ! Eh bien non...
-Mais c'est quoi ces conneries ?!
-Ben non tu vois, poursuivit Lindsay sans l'écouter, il n'y a pas que toi nous aussi on à le droit de vivre moi comme Mickael.
-Qu'est ce qu'il vient foutre ici ?!
-Ce qu'il y'a Brian c'est que t'as jamais voulu qu'on vive notre vie parce que ça te faisait chier !!
-Ça y'est t'as fini ton cirque ?!! Je m'en tamponne que tu veuilles aller vivre à Toronto, Tombouctou ou Istanbul fais ce que tu veux j'en ai rien à foutre mais je veux voir mon fils ! ET PAS UNE FOIS PAR AN !! cria Brian.
-''Ton fils'' ? ''Ton fils'' ?, continua-t-elle avec sarcasme, depuis quand tu t'en soucies ? C'est nouveau ça !! Et je te rappelle que Gus est...
-Oui je sais, éructa-t-il, c'est ton fils et celui de Mélanie et moi je dois juste fermer ma tronche !
-Je suis vraiment déçue de la façon dont tu réagis.
-Déçue ? Déçue ?! Tu ferais mieux de te soucier de ce que ressent Gus dans cette situation !
-Ah le grand Brian Kinney qui donne des conseils sur comment élever un enfant alors qu'il ne sait pas de quoi il parle !
-Et toi tu sais de quoi tu parles peut-être ?! Tu as lui à déjà demandé son avis à Gus sur ce qu'il pensait de tout ça ? Est ce que tu l'as seulement écouté ?!
-Tu veux que je te dises Brian j'en ai marre d'écouter toutes ces conneries, je viens chercher Gus point. Que ça te plaise ou non. Et puis tu sais t'arrive peut-être à faire illusion auprès des autres mais pas avec moi ! Tu joues à la petite famille parfaite avec Justin comme si tu avais toujours été comme ça, comme si c'était normal. Mais je suis pas idiote t'es toujours le même, t'as pas changé ! Et je ne veux pas confier mon fils à quelqu'un d'aussi irresponsable que toi ! T'auras beau te marier, vivre dans une maison digne d'art-déco mais tu changeras jamais tu seras toujours le même ! Et je refuse que mon fils devienne comme ça ! Termina-t-elle avec violence.
La dernière phrase de Lindsay souffla Brian qui ne savait soudain plus quoi dire. Elle lui aurait arraché le cœur de ses propres mains que l'effet aurait été le même. Justin qui descendait avait tout entendu. Il était lui aussi estomaqué par ce qu'il venait d'entendre. Il allait répliquer lorsque Gus le doubla et descendit. Il ne voulait rien dire devant lui, c'était déjà suffisamment difficile pour le garçon.
-Gus !
-Bonjour maman, fit-il en l'embrassant soudain très différente d'il y a quelques secondes.
-Comment ça va mon chéri ?
-Hum...bien.
-Allé on y va, dit-elle en prenant son sac.
Brian se détourna et alla dans le salon ne supportant plus la vision de Lindsay. Gus le suivit.
-Papa ?
-Hum ? Fit ce dernier en s'asseyant lourdement.
-Ca va aller hein ?
-Bien sur bonhomme. Va avec ta mère.
-Papa ! Fit-il en se jetant à son cou.
Brian le serra de toutes ses forces complètement déchiré par la situation et ce qui venait de ce passer. Il ferma les yeux sentant les battements de cœur de son petit garçon contre lui.
-Au revoir papa, finit par dire Gus en se détachant.
-Au revoir fiston.
Il se détourna et alla vers l'entrée. Brian alluma une cigarette assis sur le tapis du salon.
-Gus attend ! Fit Justin.
-Oui ?
-Tu oublies ton livre et tes photos, dit-il en s'agenouillant devant lui.
-Merci. Garde les photos paddy ça me fera une excuse pour revenir.
Justin lui adressa un pauvre sourire. Gus se baissa et lui fit un câlin.
-Merci papa J c'était des super vacances. Je pourrais revenir ?
-Quand tu veux, répondit le jeune homme touché par le ''papa J''.
-Et je pourrais vous appeler ?
-Tous les jours.
Gus resserra ses bras autour de Justin.
-Tu consoleras Papa hein ?
-Oui mon grand t'inquiètes pas.
-Je vous aime très fort tous les deux Papa.
-Nous aussi Gus on t'aime très fort, répondit Justin en le prenant par les épaules, ne l'oublie jamais d'accord ?
Il hocha de la tête.
-Allé ne fais pas attendre ta maman.
Gus sortait et se retourna vers Justin.
-Je m'en vais, tu t'en vas et je t'aime très fort, dit-il doucement avec des gestes.
-Moi aussi Gus. Au revoir.
Le petit garçon courut vers la voiture et monta à l'arrière. Son cœur se serra lorsqu'il vit la voiture s'éloigner avec Gus qui le regardait retourné. Il ferma la porte alors que la voiture disparaissait. Il poussa un soupir et se tourna vers le salon d'où Brian n'avait pas bougé.
Dans un silence lourd il se dirigea vers le canapé. Brian assis le dos appuyé contre la banquette, fumait le regard totalement dans le vide. Ce qu'avait dit Lindsay l'avait totalement ravagé, Justin le voyait bien. Il poussa un soupir. Il vint se mettre face à Brian qui ne bougeait pas. Il prit sa cigarette des mains qu'il écrasa dans le cendrier derrière lui.
Il se rapprocha de Brian se glissant entre ses jambes. Il tendit la main vers sa joue la caressant du bout des doigts comme il était le seul à savoir faire. Il prit son menton entre ses doigts et lui fit tourner la tête. Justin regarda Brian dans les yeux sans rompre le contact avec sa main. Son partenaire se battait tous les jours depuis des années pour montrer à tout le monde qu'il n'était pas comme son père et Lindsay venait juste de lui jeter à la figure ce qu'il redoutait d'entendre détruisant les efforts qu'il avait fait pour avoir confiance en lui et avancer en tournant le dos à son passé.
Justin le regarda essayant de lui transmettre cette douceur qui le caractérisait. Brian finit par baisser le regard et posa sa main sur la sienne en fermant les yeux. Justin le prit contre lui passant ses jambes autour de sa taille. Il le serra contre lui une main dans ses cheveux.
Brian se laissa aller, la tête contre son épaule, le visage enfermé dans son cou, ses bras serrés autour de sa taille. Il ne versa aucune larmes, ses yeux étaient secs. Justin resserra son étreinte, le berçant en lui envoyant toute sa force. Non Brian tu ne joues pas la comédie, tu n'es pas ton père, tu es sincère et vrai, tu aimes ton fils...pensa-t-il de toutes ses forces.
Il faudrait recoller les morceaux, se reconstruire, recommencer, encore, toujours.