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Série : Queer As Folk
Création : 12.04.2013 à 18h07
Auteur : Audali09
Statut : Terminée
« La fiction débute à la fin de la saison 5 avant que Michael n'emmène Brian danser dans ce qui reste du Babylon. Suite de la saison 5. Des spoils sont possibles sur l'ensemble des cinq saison » Audali09
Cette fanfic compte déjà 155 paragraphes
Depuis le mariage de Brian et Justin, Emmett planchait sur un nouveau mariage d'un couple qu'il avait rencontré à la cérémonie de ses amis. L’événement serait moins princier que celui de Brian et Justin mais pour ses amis il n'avait pas compté voulant leur offrir ce qu'il y avait de meilleur. Sur le comptoir de sa boutique se trouvait les dvds du film et les photos du mariage qu'il avait hâte de leur donner. Leur lune de miel en République Dominicaine devait être géniale. A cette pensée il eut un sourire.
Il farfouillait dans son bureau des papiers pour l'organisation de ce nouveau mariage lorsqu'il entendit le carillon de l'entrée retentir.
-J'arrive ! Dit-il de sa voix cristalline depuis son bureau.
Ils sortit de la petite pièce un lourd classeur sur les bras qu'il épluchait lorsqu'il releva la tête sur la personne qui venait d'entrer. A cette vue il lâcha ce qu'il avait dans les mains et le classeur alla s'écraser par terre répandant son contenu un peu partout sous le comptoir.
-Salut, dit Drew Boyd.
Emmett était incapable de parler, tétanisé par l'apparition qui venait de se produire dans sa boutique. C'était Drew Boyd, son Drew dans sa veste sexy en jean, Drew qu'il n'avait pas revu depuis plus d'un an. Il sentit les battements de son cœur s'accélérer, le sang cogner à ses tempes. Cet homme qu'il avait tant aimé et qu'il aimait toujours, il devait bien l'admettre mais seul Ted était au courant.
Drew lui adressait un timide sourire comprenant que sa subite présence troublait plus que de raison le flamboyant Emmett qui se trouvait devant lui.
Il savait qu'il avait mis du temps à revenir vers lui : plus d'un an. Mais durant cette période il avait du faire face d'une part à ce monde qu'il ne connaissait pas et qu'il découvrait « un adolescent » comme lui avait dit Emmett et d'autre part il avait aussi dû s'accepter, s'assumer, comprendre son nouveau mode de vie.
Bien qu'il ai fait son coming out en direct à la télé il avait dû s'assumer par la suite et sa séparation d'avec Emmett n'avait pas aidé. Avec le recul il avait mieux compris cette séparation et avait su en tirer les conclusions qui s'imposaient.
Il avait aussi du rendre visite à ses parents et expliquer cette déclaration faite à la télé. Et ça n'avait pas été simple venant d'une famille traditionnelle et puritaine. Seule sa sœur l'avait soutenue et s'était liguée contre tous pour le défendre. Emmett parti il ne savait pas comment il aurait fait si sa sœur n'avait pas été là.
Ensuite il avait fait un bout de chemin et avait même rencontré quelqu'un. Cette histoire n'avait duré qu'un temps parce qu'ils se rendait compte qu'Emmett lui manquait. Au début de leur relation il avait été son confident, sa bouée à laquelle se raccrocher, son phare et les choses étant en l'état avaient mené à leur rupture.
Cette fois-ci pourtant il lui manquait pour d'autres raisons, il lui manquait parce qu'il l'aimait sincèrement et profondément. Admettant cet état de fait il avait voulu reprendre contact mais il avait eu peur de se faire rejeter. Pendant trois mois il avait essayé de l'oublier pensant ses espoirs voués à l'échec mais il n'était jamais parvenu à se le sortir de la tête.
Alors ce matin d'août il avait décidé de venir le voir à sa boutique, de prendre son courage à deux mains et de venir lui parler à nouveau.
Au milieu de son magasin, les mains dans les poches, il sentait l'angoisse le tenailler : soit il se prendrait un râteau soit il avait encore une infime chance de renouer.
Face à lui Emmett n'avait toujours pas bougé comme en état de choc. Qu'est ce qu'il pouvait dire ?
-Je vois que tu es bien installé, ton entreprise à l'air de bien fonctionner maintenant, finit par dire Drew en s'approchant du comptoir derrière lequel se trouvait toujours Emmett.
-Euh...o...oui, parvint-il à bégayer.
-Je voulais t'inviter à boire un café histoire de parler, enfin tu vois...poursuivit Drew en se passant la main dans les cheveux.
-D'acc...D'accord...le temps de passer un coup de téléphone à mon client et j'arrive, lâcha-t-il d'une traite.
-Okay.
Avec un calme étrange Emmett tourna les talons, se rendit dans son bureau, ferma doucement la porte et se colla à elle, les sens à mille à l'heure.
Il prit immédiatement son portable et téléphona à la seule personne capable de le calmer à cet instant. Il décrocha au bout de trois sonneries.
-Théodore Schmit, dit-il en décrochant.
-Ted c'est moi.
-Emmett ?
-Oui, répondit-il d'une voix blanche.
-Ça va ? T'as une voix bizarre...
-Tu devineras jamais qui viens de se pointer à mon magasin, poursuivit-il légèrement paniqué.
-A moins d'être voyante en effet je ne peux pas savoir, répliqua-t-il ironique.
-Drew...Drew Boyd, indiqua-t-il avec une voix un peu plus aiguë que la normale.
-...
-Allô ? Demanda-t-il d'une voix tremblante.
-Oui, oui je suis toujours là.
-Il m'a invité à boire un café.
-Et ?
-Et j'ai dit oui.
-Ah...
-Oui je sais je suis vraiment pathétique, ça fait vraiment jeune fille énamourée, poursuivit Emmett au bord de la crise de nerf, mais si tu le voyais je te jure ! Bordel, c'est ma fin...
-Bon déjà on se calme, il t'as invité à prendre un café il t'as pas demandé en mariage...
-Tu crois qu'il va le faire ?? reprit-il la voix de plus en plus aiguë.
-Emmett...soupira Ted à l'autre bout.
-Non, non t'as raison c'est débile ! Il veut sans doute juste prendre des nouvelles.
-Emmett t'as quel âge ? On dirait une ado !
Ce dernier émit un rire étranglé.
-Oui t'as raison, bon je vais y aller. Il va finir par se demander ce que je fous. Tu peux passer ce soir ? Demanda-t-il d'une voix chevrotante.
-Ok, d'accord Emmett. Je te laisse il faut que j'y aille. Et n'allez pas au Liberty sinon Debbie va jamais vous lâcher ! Indiqua Ted.
-Ah oui t'as raison, souhaites moi bonne chance, termina Emmett, à ce soir.
Ted raccrocha en rigolant. Sacré Em, il n' y avait que lui pour réagir de cette façon. De son côté Emmett le portable toujours à la main tenta de reprendre une respiration normale. Il remit son téléphone dans sa poche, prit sa veste et sortit placardant un sourire ultra-bright sur son visage.
Il tenta de se donner contenance, déglutit péniblement et suivit Drew à l'extérieur.
Je suis mort, pensa-t-il, je tiendrais jamais...Damned...
Hunter allongé sur son lit, une main sous la nuque réfléchissait. Une balle de tennis à la main il réfléchissait la faisant tourner entre ses doigts ou la faisant rebondir contre le mur. Un livre de médecine ouvert reposait sur son ventre. Il avait hâte de reprendre les cours d'une part parce qu'il adorait ça mais pas seulement.
Il fut tiré de ses rêveries par un léger coup à la porte.
-Je te dérange pas ? Demanda Ben en passant la tête.
-Non, non c'est bon.
-Je voulais savoir comment tu allais je t'entendais plus. Et puis ça fait un moment qu'on à pas discuté tous les deux.
Hunter se redressa et lui adressa un sourire.
-T'as hâte de reprendre les cours? Constata Ben en voyant le livre ouvert.
-Ouais.
-Tu regrettes pas d'avoir arrêté la dactylo ?
-Non. Je pensai que c'était ce qui me conviendrait mais je m'éclate plus en médecine. Y'a tellement de choses à voir et à découvrir.
Ben était très heureux du travail qu'effectuait son fils adoptif mais par dessus tout il en était très fier. L'époque de la rue et des angoisses étaient bien loin désormais. Même si le VIH demeurait Hunter devenait un jeune responsable, et la maladie passait désormais au second plan. Grâce à ses études mais aussi grâce à Ben et Mickael il avait réussi à dépasser ce stade et sa maladie n'était plus toute sa vie.
-Alors comment vas-tu ?
-Ça va, répondit Hunter.
-Il y a une question que je voulais te poser...
-Oui... ?
-Qu'est ce qui ce passe entre toi et Mollie la sœur de Justin ?
-Mais rien, bredouilla Hunter en rougissant jusqu'aux oreilles.
Ben le regarda par-en dessous. S'il y avait bien une personne à qui il ne pouvait pas mentir c'était bien Ben. Il poussa un soupir, se redressa et raconta.
O0o0o
De leur côté Emmett et Drew étaient assis à une terrasse de café- bien entendu ils avaient évité le Liberty- ils avaient passé commande et depuis quelques secondes un certain silence c'était installé entre eux. Derrière ses lunettes de soleil Emmett n'osait regarder trop longtemps dans sa direction. Drew n'avait rien remarqué.
Emmett vit la serveuse arriver avec soulagement, il aurait de quoi s'occuper les mains au lieu de ses les tordre sous la table.
-Tu... dirent-ils en même temps après avoir été servi.
-Je t'en prie, commence, répliqua Drew avec un léger rire.
-Comment ce passe le boulot ?
-Oh bah ça va, ça ce passe mieux avec l'équipe maintenant. Et puis on à des chances de remporter le super bowl donc ça va, termina-t-il.
-Cool, fut la seule réponse que trouva à dire Emmett qui se mordit la lèvre à l'instant. Quelle conversation...
Drew voyait qu'il n'était pas à l'aise et il se dit qu'il était temps de briser la glace et de dire ce pour quoi il était venu.
-Écoute Emmett, commença-t-il en se passant la main dans les cheveux.
-Oui... ? répliqua ce dernier avec une voix légèrement suraiguë.
-Si je suis venu te voir c'était d'une part pour prendre de tes nouvelles...
Emmett déglutit péniblement et avala une gorgée de café qui manqua de le brûler.
-Mais aussi pour te dire quelque chose en particulier...
Il commençait à avoir vraiment chaud, pourtant ce n'était pas une journée ultra brûlante pour un mois d'août. Arrête de penser à ça...
-Je voulais te dire, commença-t-il en plantant son regard dans le sien, que j'avais 21 ans.
En entendant ça Emmett s'étouffa avec son café reconnaissant ce qu'il lui avait dit un an plus tôt lorsqu'ils s'étaient séparés au Woody's.
-Ça va ? S'inquiéta Drew.
-Oui...je t'en prie...continue... répondit-il en toussant.
-Au début je t'en voulais un peu d'être parti, de m'avoir laissé alors que depuis mon mariage avec Sierra t'étais toujours là même pendant mon coming-out. Honnêtement sur le coup j'ai pas compris pourquoi tu t'étais barré et puis j'ai mis de l'eau dans mon vin et j'ai finit par comprendre et par l'accepter ce qui n'était pas le plus simple.
Emmett l'écoutait attentivement, prêtant attention à chaque mot, chaque virgule, chaque respiration pour être sur de ne pas en perdre une miette.
-Ensuite j'ai fait mon chemin, j'ai découvert un peu plus le milieu, j'ai eu mes expériences comme tu me l'avais dit. J'ai même eu quelques histoires mais il y avait toujours un problème et ce problème c'était toi.
Emmett fronça les sourcils resserrant ses doigts autour de la tasse.
-J'ai essayé Emmett, j'ai vraiment essayé, passer à autre chose, rencontrer d'autres personnes, me dire qu'il fallait que je tourne la page. Mais j'ai jamais réussi, j'ai jamais pu te sortir de ma tête. C'est pour ça qu'aujourd'hui je suis venu te dire que j'ai 21 ans.
Il était touché de cette déclaration, et ne savait pas quoi répondre. Il ne s'attendait pas à ce qu'il lui dise tout ça. Mais bon il devait bien se jeter à l'eau.
-En clair si j'ai bien compris tu me files un rencard ? Demanda Emmett.
-On peut dire ça... répondit Drew avec un sourire en coin.
-Okay, répondit du tac au tac Emmett.
-Oui ?
-Hum-hum...dit-il en hochant la tête.
Ils restèrent une bonne heure à discuter. Drew le raccompagna jusqu'à son magasin promettant de l'appeler prochainement pour fixer une date. Pour la forme, histoire de bien finir la matinée, il l'approcha de lui et l'embrassa avec toute la tendresse dont il était capable. Emmet fut plus que surpris mais y répondit sans la once d'une hésitation. Ils se quittèrent et il entra dans son magasin -il fallait bien le dire- légèrement euphorique.
Il se dirigea vers le poste derrière le comptoir et enclencha la musique qui tomba sur Sorry I'm a Lady de Baccara. Il s'entreprit à ranger les papiers éparpillés au sol en chantant à tue-tête sur un déhanché de sa fabrication.
C'est à ce moment que Ted fit son entrée.
-Hem-Hem, toussota-t-il.
-OH MON GOD !! hurla Emmett qui fut surpris de sa soudaine apparition alors qu'il se croyait seul.
La main sur sa poitrine, il reprenait son souffle.
-Honey, ne me refait plus jamais ça ! Seigneur, j'ai faillit faire un infarctus...
-A ton âge ? Répliqua Ted en rigolant.
-Comment ça se fait que t'es là tu bosses pas ? Je croyais qu'on se voyait ce soir.
-J'ai une pause donc je t'invite à déjeuner, et puis pour ce soir je n'aurai pas pu je vais au restaurant avec Blake qui m'a invité.
-C'est chou, dit-il.
-J'imagine que tu es revenu de ton rencard avec Drew ? Demanda-t-il.
-Oui, répondit-il avec un sourire qui en disait long.
-Bien, raison de plus pour déjeuner ensemble parce que quelque chose me dit que t'as remis le couvert.
Emmett eut un rire de gorge qui en disait long. Il suivit Ted, éteignit la radio et ils prirent la direction du Liberty.
O0o0o
A Toronto, au pays des Caribous et du sirop d'érable Mélanie et Lindsay vivaient leur vie. Mélanie avait rapidement trouvé du travail dans un cabinet d'avocat du fait notamment de son expérience professionnelle quant à Lindsay elle avait un mi-temps dans une galerie d'art contemporain de la ville.
Gus avait terminé la grande section et entrerait en CP à la prochaine rentrée. Il montrait déjà une curiosité sans bornes avec un côté artistique et une certaine discipline qu'il devait à Mélanie mais il se montrait déjà un élève très intelligent. En ce qui concernait la petite JR il était encore trop tôt pour le dire.
Ce soir-là, les enfants étaient couchés et dans la véranda devant un thé, une cigarette à la main Lindsay attendait le retour de Mélanie. Il ne lui arrivait pas souvent de fumer mais là elle en avait besoin. Elle replia ses genoux et les entoura de ses bras. Depuis le mariage elle avait cette étrange sensation et elle savait d'avance que ça ne plairait pas à Mélanie.
Mais cette impression datait-elle vraiment du mariage ou d'avant ? Elle avait bien peur que non. Elle soupira des volutes grises de fumée s'échappant vers le ciel couleur d'encre.
Elle aurait aimé appeler Justin qui aurait sans doute un avis objectif sur la situation. Au fil des années leurs liens s'étaient resserrés et ils devenus très proches sans compter qu'il s'était marié avec son meilleur ami. Mais elle n'allait certainement pas les déranger pendants leurs vacances pour ça.
Elle tira sur sa cigarette et se renfrogna dans ses pensées.
-Toi, ça va pas...
-Oh Mél je t'avais pas entendu rentrer. Pourquoi tu dis-ça ?
-Parce que quand tu fumes c'est qu'il y a quelque chose qui te tracasse, je te connais tu sais, dit-elle en s'asseyant.
-Comment c'est passé ta journée ?
-Bof, journée de merde, dit-elle en soupirant et en retirant ses chaussures. Et toi ?
-Moi rien, je suis restée là toute la journée et je n'ai strictement rien fait. J'ai attendu que le temps passe, répondit-elle avec lassitude.
Mélanie fronça les sourcils, quelque chose clochait vraiment.
-Qu'est ce qui ce passe Lindsay ? Je vois bien que quelque chose ne va pas.
-Pittsburgh me manque, finit-elle par lâcher le regard un peu dans le vide.
La réponse refroidit net Mélanie.
-Quoi ?
-Pittsburgh me manque.
-Attend Lindsay qu'est ce que tu veux dire, là ?
-Je suis entrain de te dire que Pittsburgh me manque. Même si j'adore Toronto, tous nos amis sont là-bas, notre famille y est, le père de Gus y est aussi.
-C'est pas vrai ! Je rêve ! C'est une plaisanterie ! Commença à s'échauffer Mélanie.
-Je me doutais que tu le prendrais mal... je l'ai compris au mariage mais je crois que ça datait d'avant.
-Et c'est maintenant que tu me le dis ?! J'imagine que Brian n'est pas étranger à ce revirement ? Continua-t-elle de s'énerver.
-Pourquoi tu l'impliques toujours ? Il n'est au courant de rien !
-Pourquoi je l'implique toujours ?! J'espère que tu plaisantes là ?!
-Il n'est pas la question, c'est pas ce dont je suis entrain de te parler.
-Alors quoi ? Pittsburgh te manque, tu veux y retourner ?
-Je sais pas Mélanie.
-De mieux en mieux ! Dit-elle. Elle s'était mise à faire les cent pas dans la véranda de plus en plus énervée.
-Comprend moi aussi, j'ai vécu toute ma vie là-bas, j'y ai rencontré tous mes amis, j'y ai fait mes études, je t'y ai rencontré et on quitte tout ça du jour au lendemain.
-Du jour au lendemain ?! T'as eu ton temps pour réfléchir, t'étais d'accord !
-Je sais, je sais. Mais peut-être qu'on s'est précipitées. On est peut-être un peu parties sur un coup de tête. En fait je crois qu'on s'est enfuies sans véritablement affronter la situation, je veux dire, ils sont tous restés sur place.
Mélanie dut s'asseoir pour ne pas tomber.
-Je le crois pas, marmonna-t-elle. Je croyais que t'étais heureuse de venir ici. Je croyais que toi aussi tu voulais qu'on reparte sur de nouvelles bases après tout ce qui c'était passé. Que quitter Pittsburgh nous permettrait de tourner la page sur tout ce qui nous était arrivé ! Je croyais que tu pensais comme moi !
-Mais c'est le cas, c'est toujours le cas ! Mais est-ce qu'il était nécessaire pour ça qu'on laisse tomber tout le monde en partant sous prétexte de la bombe au Babylon et de la proposition 14 ?
-Sous prétexte de la bombe et de la proposition 14 ?! Non mais tu t'entends, t'entends ce que t'ai entrain de dire ??!
-Mél...fit Lindsay en posant sa main sur la sienne.
Elle la retira vivement et se releva comme piquée par une aiguille.
-J'en reviens pas !! Comment tu peux être aussi égoïste ?! Je te signale quand même que les garçons nous avaient donné leur accord !!
-Je sais Mélanie, mais ça n'a rien à voir avec eux, fit-elle en se levant.
-Ça n'a rien à voir ? C'est l'hôpital qui se fout de la charité là !!
-S'il te plaît Mélanie...
-S'il te plaît quoi ?? T'es d'un égoïsme !! Et comment t'as pu me mentir et être aussi hypocrite pendant tout ce temps ?!! Et d'ailleurs est-ce-que t'avais tellement envie de te remettre avec moi ou est ce que ça aussi tu le remets en cause et au final ça te fait chier ??!
-Non ! Mais pourquoi est ce que tu dis ça ?!
-Oh je sais pas !! Qu'est ce que tu fout là alors Lindsay ?!! Hein ?? Résous-moi ça !! Qu'est ce que tu fous ici avec le fils de Brian ?! Qu'est ce que tu fous avec moi ??! On se le demande !!
-Arrête ! Qu'est ce que t'es entrain de dire... Mélanie s'il te plais écoute moi...
-ME TOUCHE PAS !! J'ai pas envie de t'écouter Lindsay Petersen !! Tu m'excuseras je vais me coucher !! Me cherche pas dans notre lit , j'y serai pas !!
Elle tourna les talons et sortit en claquant la porte. Lindsay s'assit, prit sa tête entre ses mains et se mit tout bonnement à pleurer. Elle savait qu'elle le prendrait mal mais pas à ce point là. Elle sentit le vide s'ouvrir sous ses pieds. A cet instant elle se sentait totalement désemparée.
N'en finiraient-elles donc jamais ?
Les deux jours qui suivirent Justin et Brian les passèrent à visiter la capitale de Saint-Domingue se perdant dans les quartiers de la cité colorée, visitant des lieux historiques dont Luis se faisait un plaisir de leur compter les événements et l'Histoire.
Ils firent de la plongée dans la baie de Punta Cana qui leur valut quelques frayeurs, de bons moments et de belles photos. Ils visitèrent des parcs de la capitale, dégustèrent des spécialités pas toujours excellentes et parfois très étranges : ces moments là ne manquaient pas de fous-rires.
Ils visitèrent la cathédrale Santa Maria la Menor et échangèrent un long baiser sur son parvis.
La soirée était douce avec un léger vent annonciateur de la tempête du lendemain. Ils étaient sur la terrasse dégustant des fruits de la région, face à la mer, au calme.
-Justin ?
-Hum ?
-J'aimerai te parler d'un truc...
-Je t'écoute, fit-il en se tournant vers lui.
-Je me sens un peu égoïste tu sais...
-Quoi ? Fit Justin avec un demi-rire.
-Tu n'as que 25 ans, j'ai douze ans de plus que toi et tu es déjà installé, marié, enterré à Pittsburgh. T'es revenu de New-York où tu n'es resté qu'un an. J'ai la sensation que tu n'as pas profité de ta jeunesse et que j'ai accaparé toute ton attention.
Au fur et à mesure des paroles de Brian, Justin était devenu livide la chaleur quittant son corps.
-Qu'est ce que tu essaies de me dire Brian ? Demanda-t-il tremblant.
-J'ai juste peur que t'ai un peu gâché ta vie à cause de moi, que tu n'ai pas pu voyager, découvrir le monde, faire d'autres rencontres. Quelque part tu n'as connu que moi et je t'ai laissé faire parce que je tiens à toi et du coup je t'ai laissé tout sacrifier pour moi. Je me sens égoïste à cause de ça, je ne mérite pas qu'on sacrifie autant, termina-t-il en baissant les yeux.
Justin avait le souffle coupé. Lorsqu'il avait dit : « faire d'autres rencontres... » son cœur avait manqué un raté. Incapable de réfléchir ou de répondre quoi que ce soit à ce qu'il venait d'entendre il se leva et s'éloigna. Brian le laissa faire il savait qu'il avait besoin de réfléchir.
Balancer ce qu'il venait de dire de but en blanc était un peu difficile à avaler et n'était pas simple à comprendre non plus. Il avait besoin de se rassurer parce que l'angoisse le tenaillait continuellement. C'était triste mais c'était comme ça, il n'était pas encore totalement guéri de son passé.
Il prit une cigarette qu'il alluma et se dirigea vers la plage. Il alla vers la mer et glissa ses pieds dans l'eau, fumant, en attendant le retour de Justin. Il regardait le dessus de la mer, calme et scintillant éclairé par les rayons de la lune.
De son côté Justin tournait en rond dans la forêt. Sa tête était emplie de questions, tout fourmillait, il se sentait comme une cocotte minute prête à exploser. Pourquoi maintenant ? Pourquoi MAINTENANT ?? Il s'assit sur un tronc d'arbre, ferma les yeux et se mit à réfléchir en tentant de retrouver son légendaire calme.
Brian n'avait pas bougé, les mains dans les poches, les vaguelettes venant se heurter contre ses chevilles. Une légère brise dans les cheveux.
Il recommença à respirer lorsqu'il sentit deux bras l'enlacer fermement.
-Je ne gâche pas ma vie, je ne sacrifie rien du tout pour personne. J'ai toujours vécu ma vie comme je l'entendais et c'est toujours ce que je ferai. Personne ne me dictera jamais ce que je veux. Dieu sait que j'ai eu maintes fois et maintes raisons pour te quitter et rencontrer d'autres gens comme tu dit mais voilà c'est toi que j'aime et ça personne ne me fera changer d'avis, pas tant que je respirai, pas tant que j'aurai encore un cerveau et un cœur.
Ce sera toujours toi parce que ça l'a toujours été et que ça le sera toujours. C'est pour ça que je me suis marié avec toi et que je suis revenu à Pittsburgh où est ma vie et ma place. Découvrir le monde, voyager, rencontrer d'autres personnes, vivre les bons comme les mauvais moments c'est avec toi que je veux les vivre. Fais moi confiance Brian parce que tu peux me croire, je ne te laisserai jamais tomber, jamais !
Tu mérites tout ça parce que tu es quelqu'un d'exceptionnel qui ne se laisse jamais abattre. Tu es quelqu'un de fort Brian qui mérite d'être aimé comme moi je t'aime et même plus ne crois jamais autre chose et si je dois te le répéter chaque matin quand je me lève et chaque soir quand je me couche alors je le ferai, termina-t-il en resserrant ses bras autour de lui.
Brian se retourna vers lui. Justin sembla voir ses yeux briller plus que la normale mais n'en fit pas la remarque.
Son visage entre ses mains, il embrassa son front, ses yeux, son nez, ses joues, le recoin de sa bouche et enfin ses lèvres. Justin passa ses bras autour de sa taille fermant les yeux sous cette caresse.
-Je t'aime Justin Taylor, toi non plus ne croit jamais autre chose même si je ne le dit pas souvent, murmura-t-il tout contre son oreille.
Justin se serra un peu plus contre lui nichant son visage au creux de son cou. Les rayons de la lune éclairait une mer scintillante encore calme mais aussi un couple enlacé, perdu sur une plage du bout du monde.
Cette nuit-là ils firent l'amour avec plus de tendresse et d'amour que le monde ne pouvait en contenir se perdant dans les yeux l'un de l'autre savourant le plaisir simple qu'on appelait communément : la vie.
C'est le vent et l'orage qui les réveilla ce matin là ainsi que de longs et forts coups frappés à la porte d'entrée.
La mer était déchaînée formant des moutons blancs d'écume à sa surface. Le vent soufflait couchant les palmiers, faisant tournoyer le sable et la poussière. Des nuages noirs, gris, opaques bouchaient le ciel empêchant le soleil d'éclairer la terre de ses rayons. Le vent sifflait dans un bruit assourdissant. Des éclairs allumaient ce ciel si noir digne d'un acte Shakespearien de Macbeth. Une pluie drue et droite ne tarda pas à rejoindre ce climat de chaos.
St Domingue, pays coloré, aux couleurs chaudes et ensoleillées était devenu en une matinée spectacle d'un monde post-apocalyptique.
Justin enfila rapidement un t-shirt et un pantalon et se dirigea vers le vestibule.
-Luis ? Mais pourquoi vous n'êtes pas entré ? Vous êtes trempé ! Fit-il en ouvrant grand la porte avant de la refermer sous une bourrasque de vent.
-Je ne voulais pas vous déranger Monsieur.
-Mais vous ne nous dérangez pas du tout, et appelez moi Justin, termina-t-il avec un sourire.
-Bien Mon...Justin. Je suis venu pour vous faire part de la situation.
-Alors ? Demanda-t-il en lui tendant une serviette.
-Eh bien la tempête devrait durer jusqu'à demain soir. Je vous conseille vivement de tout fermer et de barricader les volets. Ne sortez pas bien entendu. Restez dans la maison ou le patio. Je suis venu aussi vous prévenir que Carlota et moi-même ne reviendrons pas avant demain soir vous comprendrez évidemment pourquoi.
-Bien sur.
Il lui expliqua la suite alors que de son côté Brian émergeait et se levait les cheveux en bataille. Le spectacle extérieur lui tira quelque peu des yeux ronds.
Alors qu'il se levait il sentit l'espace autour de lui tourner dangereusement. Et alors qu'il ne s'y attendait pas une pique de douleur lui enserra la poitrine lui coupant la respiration. Il serra sa main sur sa poitrine tentant de reprendre un rythme cardiaque normal. Une douleur vive et brûlante lui serrait les poumons comme s'il avait avalé une grande quantité de souffre. Il dut s'asseoir pour ne pas tomber. Des sueurs froides coulèrent le long de son dos alors qu'il tentait de reprendre son souffle.
Justin entra dans la chambre ne constatant pas immédiatement son état.
-C'était Luis, il me disait que... Brian ça va ?!! demanda-t-il précipitamment devant sa pâleur. Qu'est ce qui ce passe ?! Dit-il en se précipitant à son chevet.
-Rien, ça va, j'ai du me lever un peu vite, mentit Brian. Il savait parfaitement que ce n'était pas la première fois qu'il ressentait cette douleur mais n'en dit rien.
-Tu plaisantes ?! Qu'est ce qui ce passe ??
-Rien, rien je t'assure, dit-il en sentant la douleur se dissiper. Pour montrer sa bonne foi il se leva et l'embrassa doucement.
-Tu me dirais s'il y avait quelque qui n'allait pas ? S'inquiéta Justin.
-Évidemment, fit ce dernier en se détournant et en se dirigeant vers la cuisine.
Justin le regarda partir avec inquiétude. Depuis son cancer un rien l'affolait. Dès qu'il était malade, fatigué, qu'il avait mal à la tête il se mettait à paniquer. Et il n'aimait pas du tout l'état dans lequel il l'avait trouvé. Il ne savait pas s'il lui mentait mais quelque chose clochait. Il ferma les volets de la chambre, non sans difficultés, et le rejoignit dans la cuisine.
Brian était entrain de faire du café lorsqu'il vit le regard suspicieux que lui lançait Justin.
-Je te dit que ça va, affirma-t-il.
-Mouais, grommela Justin en s'asseyant sur un des tabourets.
-Café ?
Il acquiesça.
-Alors que t'as dit Luis ? Demanda-t-il voulant changer de sujet.
-Que ça allait durer jusqu'à demain soir mais qu'on ne devrait pas avoir de problèmes pour prendre l'avion samedi. Il faut se barricader dans la maison.
Brian sourit à cette réponse. Un éclair au bruit effroyable tonna, le faisant sursauter.
-Depuis quand tu as peur de l'orage ?
-Je n'ai pas peur de l'orage, se défendit Brian ce qui fit rire Justin, ça me rappelle un mauvais souvenir.
Justin s'arrêta net et le regarda attentif.
-Et ? Finit-il par demander devant son silence.
-Eh bien quand Claire et moi étions petits, commença t-il en découpant du pain pour le petit déjeuner, lorsqu'il y avait de l'orage je me souviens que notre père nous donnait une tape sur la tête et qu'il nous disait : « Vous voyez c'est le fouet du dieu des enfers qui vient chercher les enfants méchants comme vous » dit-il d'une voix sarcastique et grave.
Justin demeura interdit devant cette révélation. Brian parlait rarement de son passé. Seul Mickael pouvait se targuer de mieux connaître cette partie de lui.
Brian souria devant la tête de Justin.
-Je sais que c'est pas vrai, précisa-t-il ironique, mais à ta tête on dirait que je viens de t'apprendre que le père noël était une connerie, poursuivit-il avec un large sourire.
Il mit les tartines dans le grille pain et s'attabla au bar en face de Justin et sa tasse.
-C'est horrible de dire ça, murmura Justin.
-Non, c'est Jack Kinney, précisa Brian.
-Raconte-moi...
-A propos de quoi ?
-De ta vie, de qui tu étais avant de devenir celui que je connais, précisa Justin.
-Crois moi tu connais la meilleure partie le reste n'a aucun intérêt.
-Je suis marié avec toi et il y un tas de choses que je ne sais pas à ton sujet, s'il te plaît...
Brian poussa un soupir.
-Tu me lâcheras jamais hein ?
Justin lui décocha un sourire irrésistible qui en disait long. Sourire auquel bien évidemment Brian ne résistait jamais bien longtemps. Shit...
-Je te préviens c'est pas drôle.
Justin haussa les épaules.
-Ok. Alors je suis né à Galway en Irlande. Je n'en ai aucuns souvenirs les parents se sont barrés peu de temps après ma naissance à cause de la crise économique et du manque de boulot. Claire en à peut-être quelques souvenirs j'en sais rien. Et donc est venu s'expatrier dans cette bonne vieille Pittsburgh.
Justin l'écoutait attentivement c'était la première fois que Brian acceptait volontairement de lui parler de son enfance.
-Je sais pas quand mon père est devenu alcoolique et s'est mis à frapper tout le monde il à sans doute toujours été comme ça. Ma mère à toujours été une fervente bigote parfois, non plutôt souvent, à l'extrême. On est passé par messes, cathé et autres conneries du même genre. Elle à toujours été passive et chiffe molle en particulier devant mon père, elle était totalement soumise. Et en bonne épouse qui se respecte elle disait amen à tout ce que son alcoolique de mari faisait.
Pour te donner un exemple lorsqu'on se faisait cogner dessus Claire et moi elle ne disait rien et restait là à regarder en se servant un verre. Avec les années elle est devenue carrément froide et tu pouvais te brosser pour ton anniversaire, les noëls ou encore les histoires le soir avant de t'endormir.
Quand j'étais petit jusqu'à environ 7-8 ans je pense, je croyais que c'était de ma faute si mes parents se comportaient comme ça, que j'avais fait quelque chose de mal ou une autre connerie dans le genre sans compter que la très pieuse Johann Kinney nous farcissait la tête avec toutes ses histoires de bible, de paradis, d'enfer et de damnation éternelle.
Claire, elle, se laissait faire ça faisait longtemps qu'elle avait compris.
Justin déglutit, ce n'était assurément pas drôle mais alors vraiment pas.
De son côté Brian continuait à raconter malgré ce que cela lui en coûtait de faire ressortir toutes ses vieilles histoires du placard. Mais il s'agissait de Justin. Il parlait d'un ton neutre, sa voix pointant parfois sous le ton du sarcasme. Il s'occupait les mains pour éviter de trop penser à ce qu'il disait ou les images que ces événements lui renvoyaient en écho.
-Vers 8 ans j'ai commencé à comprendre et à me rebiffer. Vis à vis de ma mère je suis devenu distant, froid comme elle. Et avec mon père j'essayai de l'ignorer un maximum ce qui m'a valu un certains nombres de baignes mais je m'en foutait. Pour ce qui est de Claire j'essayai toujours de mettre entre elle et lui.
Quand je suis entré au collège j'étais un peu une terreur et j'ai fait pas mal de conneries. Je détestais rentrer chez moi le soir ou le week-end parce que je savais que je trouverai la mère et le paternel beurré comme à son habitude. J'ai souvent été obligé d'aller le chercher dans les bars ou en taule ma mère étant incapable de le faire. Il me haïssait parce que j'étais le seul à répondre, à pas me laisser faire et surtout à ne pas être soumis. Par contre ces dernières années c'est fou ce qu'il m'appréciait mais ce qu'il adorait par dessus tout c'était mon chéquier, dit-il avec sarcasme.
-A mes 14 ans je me suis fait virer du collège après une énième connerie et j'ai changé d'établissement. C'est comme ça que je me suis retrouvé dans la classe de Mickael. Jusqu'à cette période on peut le dire c'était l'enfer sur terre à la maison. Une fois que j'ai rencontré Mickey les choses ont un peu évolué. Mais j'étais toujours aussi froid, je me renfermai sur moi-même, j'étais plutôt agressif et surtout allergique à la sociabilité et aux rapports humains .
Et puis j'ai rencontré Debbie, sa maison, Vic, le Liberty-dinner, la Liberty Avenue, le Babylon et le Woody's bien sur. J'ai toujours su que je préférai les mecs mais je me gardais bien d'en parler. Pour Mickael c'est sa mère qui lui avait dit qu'il était gay. Lorsqu'il me l'avait raconté j'étais mort de rire. C'est auprès d'eux que j'ai découvert ce que voulais dire le mot famille, amour ou simplement noël.
Je me souviens d'une fois où j'étais arrivé au snack avec un méga coquard à l’œil résultat d'une énième embrassade avec le paternel. Je peux te dire que pour Debbie ça été rapide elle m'a chopé par le bras et m'a emmené illico chez moi pour dire ce qu'elle pensait. Elle les à tous les deux incendiés comme elle sait si bien le faire. Suite à ça, les choses ont empirées avec mon père et puis un jour j'en ai eu vraiment marre et j'ai rendu les coups. Je ne sais pas s'il avait peur de moi ou quoi mais il n'empêche qu'il à arrêté de me frapper. Bon pour ce qui est des gentils mots, des phrases et des petites injures ça, ça n'a jamais arrêté.
Je passais le clair de mon temps chez Mickey, ou au snack. De son côté Debbie à commencé à se mêler de ma scolarité. Tu sais comment elle est, dit-il à Justin qui esquissa un sourire.
-Bref, je me suis mis à bosser et à m'intéresser à ce que je faisais. Je voulais tout sauf devenir un Jack Kinney. Quand on est entré au secondaire je me suis inscrit à l'internat m'éloignant un peu plus de mon cercle familial et dès que j'ai pu me barrer je l'ai fait. Mickael et sa famille m'ont peu à peu permis de refaire surface.
J'ai réussi le secondaire et je suis parti à la fac faire des études de com'. Je cumulais les petits boulots dont certains pas très catholiques et franchement limites. Ça été une période pas forcément simple parce que je galérai pour trouver de l'argent mais j'étais content de mes études. Debbie n'arrêtait de me dire que je devais venir travailler au snack mais j'ai toujours refusé. Mickey et sa mère m'avait beaucoup aidé sur le plan humain mais je refusais d'être redevable envers quelqu'un, je ne voulais pas m'attacher, devenir dépendant. L'idée de devoir quelque chose à quelqu'un m’insupportais : si je devais m'en sortir ce serait seul ou pas du tout.
On à pris une coloc avec Mickey et on à bien sur fait les 400 coups. On arrêtait pas de sortir sans parler du reste. Mickael à arrêté ses études lorsqu'il à su que Vic était malade mais j'ai continué.
J'ai été très vite branché par la com, la pub, le graphisme. C'est à la fac que j'ai rencontré Lindsay qui faisait des études d'art et on est devenu très proches. Et après mon master j'ai été embauché dans une petite entreprise de publicité où je suis resté deux ans. Y'avait une bonne ambiance et les gens étaient sympas. C'est le boss de cette petite boite qui m'a branché avec Vangard où j'ai pu me développer et monter les échelons.
J'ai tenté un maximum de couper les ponts avec ma famille même s'ils revenaient souvent à la charge depuis qu'ils connaissaient ma situation. Ma sœur, elle, s'est mariée avec un crétin a fait deux gosses et on ne se parlent quasiment plus.
J'ai continué comme ça et puis un soir en sortant de boite j'ai rencontré un petit blond qui avait l'air totalement paumé sous un lampadaire et voilà, termina-t-il esquissant un sourire en plantant son regard dans les yeux de Justin.
Il ne disait rien encaissant tout ce que Brian venait de lui dire. Le visage défait il ne prononçait pas un seul mot. Il avait toujours su voir sous le masque et la carapace que Brian maintenait en permanence. Cette fois-ci c'était différent il avait fait sauter les gonds et avait tout dit. Il lui avait fait confiance et lui avait révélé ses sombres années. Justin était à la fois touché et bouleversé. Il se souviendrait toute sa vie de ce que Brian venait de raconter.
Il baissa les yeux tentant de trouver quelque chose à dire. Mais que dire ? Rien. Il tendit son bras à travers le bar et glissa sa main dans celle de Brian qu'il serra. Il releva les yeux vers lui.
-Je t'avais dit que c'était pas drôle, lui dit-il en souriant.
La façade était remise. Mais Justin le savait, la fêlure qu'il dissimulait si profondément demeurerait toujours là, quelque part.
Il le regarda longtemps dormir cette nuit-là découvrant à nouveau une facette de cet homme qu'il aimait. Il ne put empêcher une larme qui glissa lentement et vint s'écraser sur son oreiller. Il regarda l'alliance qui brillait dans l'obscurité à sa main gauche et intérieurement, il se jura de ne jamais l'abandonner et d'être toujours présent à chaque instant quoi qu'il arrive.
La tempête s'intensifia dans la nuit mais se calma en début d'après-midi du lendemain. Les garçons restèrent à la villa se reposer. Ils se baignèrent dans la piscine, discutèrent du travail et Justin de son expo de septembre dont il avait encore plusieurs toiles à réaliser en rentrant de St-Domingue.
Justin poussa cependant Brian au repos l'épisode de la veille l'ayant plus qu'inquiété. Le soir la tempête s'était totalement dissipée et un beau coucher de soleil avait lieu. Ils avaient dîné avec Luis et Carlotta et fait leurs bagages. Justin terminait de vérifier qu'ils n'avaient rien oublié.
Il arriva dans la cuisine et vit Brian sur un transat en jean et t-shirt cigarette à la main. Il ouvrit la baie vitrée et le rejoignit. Il vint s'asseoir au bout du fin matelas les jambes de chaque côté de celles de Brian. Pensif il avait les yeux perdus à l'horizon.
-A quoi tu penses ?
-A rien, je me disais juste que les vacances étaient finies et qu'il fallait reprendre le boulot, répondit Brian en tirant sur sa cigarette.
-Tu pourras peut-être levé un peu le pied à Kinnetic, essaya Justin.
-Et pourquoi je le ferai ? De toute façon je peux pas.
Justin baissa les yeux.
-Tu vas pas recommencer avec ça, répliqua Brian, je t'ai dit que j'allais bien.
-J'ai rien dit, répondit Justin.
Il s'approcha de lui prit sa cigarette en tira une bouffée et la jeta dans le cendrier.
-Si c'est la fin des vacances comme tu dit, murmura Justin, autant en profiter.
Il passa son bras autour de son cou et prit ses lèvres. Brian se redressa passant ses mains sous son t-shirt. Il plaqua ses mains sur son dos le long de sa colonne. Justin glissa ses doigts dans ses cheveux. Sa langue partit à la rencontre de sa jumelle emprisonnant les lèvres de son amant dans les siennes. Brian lui enleva son débardeur le faisant passer au dessus de sa tête ébouriffant ses cheveux.
Il resserra son étreinte plaquant sont torse contre le sien. Justin fit voler son t-shirt. Il suivait la courbe de sa nuque, de ses épaules avec sa bouche. Ses mains suivait la ligne de son corps, de ses bras qui l'enserrait.
Il voulait totalement se perdre dans ses sensations, tout oublier, rester dans cet instant. Une légère brise flottait dans une odeur iodée, saline. Le bruit des vagues au loin ressemblait à un long murmure.
Ses doigts s'agrippait à sa peau sentant la chaleur enflammer ses joues et son corps. Tout sembla s'arrêter, les secondes se suspendant dans l'espace. Ses mouvements de hanches s'étiraient, s'allongeaient, épousaient les formes de son compagnon.
Brian parcourait sa peau de ses lèvres. Il goûta son menton, descendit le long de sa nuque et de sa clavicule droite. Il plaqua sa main sur sa nuque et reprit sa bouche. Leurs souffles s'accéléraient. Justin était totalement électrisé par son contact ses doigts de feu parcourant sa peau. Il le fouillait, le cherchait, s'imprimant un peu plus en lui à chaque mouvement.
Front contre front, leurs bouches se frôlaient, en harmonie parfaite et pourtant si fragile et délicate. Les sensations coupaient la respiration de Justin la bouche entrouverte dans un cri silencieux. Il ne put réprimer un sourire de joie intense prenant le visage de son amant entre ses main les yeux clos.
Brian les mains le long de sa colonne se perdait dans les songes de l'émoi que son corps ressentait. Il perdait totalement pied, chutant au plus profond des sensations de chacune de ses molécules. Ses doigts se perdaient dans ses cheveux couleur de son.
Il se perdaient, quittant la réalité les cœurs meurtris et douloureux de l'amour qu'ils se donnaient. Ils se libérèrent en même temps. Justin n'avait pas perdu son sourire reprenant peu à peu son souffle.
Brian l'emporta dans son élan. Ils finirent enlacés, allongés sur le transat. La tête de Justin reposait sur sa poitrine la main de Brian dans ses cheveux traçant des arabesques sur sa nuque. Justin frissonna sous les spasmes de sensations qui se calmaient peu à peu. Il posa son menton dans sa main et accrocha le regard de Brian. Il tendit le bras et suivit la forme de son visage du bout des doigts. Des étoiles pleins les yeux il se serra un peu plus contre lui et ferma les yeux écoutant la respiration lente de son partenaire.
C'était le jour du retour à Pittsburgh. Ils quittèrent la villa et virent l’île Las Perlas de Marias s'éloigner avec un petit pincement. Comme l'avait dit Brian les vacances étaient finies.
-Luis, commença Justin sur le bateau alors que l’île s'éloignait, vous nous avez pas dit ; pourquoi s'appelle-t-elle Las Perlas de Maria ?
-Las Perlas de Maria veut dire en espagnol Les perles de Maria. Monsieur Jones à appelé cette île ainsi à cause des yeux de son épouse. Elle avait les yeux d'un vert très clair, de très beaux yeux. Monsieur Jones nous disait toujours que c'est en tombant amoureux des yeux de Maria qu'il était tombé amoureux d'elle.
Justin fût ému par l'histoire de Luis, elle en racontait des choses cette île perdue au milieu des caraïbes. Brian à la poupe du bateau, les mains dans les poches regardait lui aussi las Perlas disparaître à l'horizon. Justin s'approcha et passa ses bras autour de sa taille nichant son visage dans son cou.
-Ne meure jamais, murmura-t-il.
Brian fronça les sourcils entendant ses mots. Il posa sa main sur la sienne.
-Jamais...répondit-il.
Ils prirent l'avion à 16h après un dernier tour dans la ville de Saint-Domingue au rues colorées de teintes oranges, ocres, vertes, bleues, jaunes sur des airs de merengue et de bachata musiques locales endiablées.
Les au-revoir avec Luis et Carlota furent brefs mais émouvants. Carlota ne put s'empêcher de laisser couler quelques larmes sur ses joues replètes. Elle s'était attaché aux deux jeunes hommes quelle trouvaient charmants.
Des hublots ils virent la petite île Dominicaine disparaître et ne devenir plus qu'un point gris des mètres plus bas. Plusieurs kilomètres et 6h plus tard ils arrivaient dans leur bonne vieille ville de Pittsburgh. Ils montèrent dans la corvette et Brian prit la direction de la maison. Pas du Loft.
Dans un petit appartement New-yorkais au milieu de magazines découpés, de pages de journaux, de revues, de photos il le regardait lui.
Une cigarette à la main assis en tailleur il contemplait son œuvre. Il connaissait tout de lui, tout. Il avait tout suivit sur lui et même lorsqu'il était avec les autres. Mais lui ne le remarquait pas, il s'en fichait ce qui le rendait dingue mais qui rendait le jeu aussi plus excitant.
Peu importe il l'aurai un jour pour lui tout seul et serai en capacité de lui offrir tout ce qui est réellement bon pour lui et sa vie. Il lui offrirait tout ce dont il rêve, tout ce qu'il veut.
Un sourire mauvais s'étira sur ses lèvres à la vision d'une des photos. Lui par contre il faudrait s'en débarrasser d'une façon ou d'une autre. Tous ceux là l'insupportait d'ailleurs, incapable de savoir ou de connaître ce qui est bon pour toi.
« Fais moi confiance tu me remarqueras même si tu ne me vois pas. Tu finiras par me remarquer d'une façon ou d'une autre et à ce moment là tu ne pourras plus te passer de moi. Tu ne pourras pas m'oublier. Je t'enlèverai à tout ce cercle vicieux et mauvais pour toi mais surtout je t'enlèverai à lui qui te détruit à petit feu. Tu seras à moi peu importe comment mais je peux t'assurer que tu seras à moi ! N'est-ce-pas Sunshine ? » pensa-t-il en regardant une des photos prises qu'il caressait du bout des doigts.
Ses yeux brillait d'une lueur inquiétante et brillante que personne ne lui avait jamais vue hormis lui-même dans la glace.
« Oui Sunshine tu seras à moi... ».
Justin s'endormit rapidement dans la voiture ne se rendant même pas compte du chemin que prenait Brian.
Trente minutes plus tard ils arrivaient au Manoir et Justin ne s'était toujours pas réveillé. Brian se gara dans l'allée gravillonnée et coupa le moteur. Les mains sur le volant il prit une inspiration et réveilla Justin.
-Mon ange on est arrivé, fit-il.
-Hum...fit ce dernier en émergeant. C'est à ce moment qu'il remarqua l'endroit où ils se trouvaient. On est pas au Loft ? On est où ? Demanda-t-il en se redressant.
-Chez nous, répondit Brian en lui tendant les clés.
-Quoi ? Mais qu'est ce que...
Il sortit de la voiture et se retrouva devant cette maison. La maison découverte un an plus tôt où Brian l'avait demandé en mariage. La surprise lui coupa la parole. Il se retourna vers Brian sans vraiment comprendre qui lui fit un signe de tête.
Fébrile il se dirigea vers la porte et glissa la clé dans la serrure. Il entra et Brian à sa suite alluma la lumière. Ce que vit Justin était au-delà de tout entendement. Il se souvenait parfaitement du manoir qu'il avait tout de suite aimé se sentant chez lui mais tout semblait transformé et à la fois à l'identique.
Il se trouvait dans une grande pièce regroupant la cuisine, salle à manger et salon. L'ensemble dans des tons foncés mais chaleureux avec des touches rouges, noires, blanches. Une splendide cuisine toute équipée se trouvait sur la gauche, la salle à manger au centre à la fois moderne mélangée à l'ancien donnait sur la terrasse. Sur la droite le salon dans des tons noirs et blancs trônait face à la cheminée.
Justin se trouvait exactement dans la maison qu'il voulait et dont il avait parlé avec Brian un an plus tôt. Il se retourna vers lui bouche bée, un sourire immense. Brian ne dit rien mais ressentit une petite pique de fierté personnelle en son for-intérieur. Toujours sans rien dire il lui indiqua les escaliers et ils poursuivirent la visite.
Brian avait fait de la mezzanine son bureau et Justin aimait beaucoup : très masculin mais aussi très proche de l'ambiance du loft. Quand il entra dans leur chambre Justin était encore plus émerveillé mais aussi ému. C'était exactement ce qu'il avait en tête tout en respectant les univers de Justin et Brian. Les tons clairs et pastels donnait une ambiance calme et apaisante tout en conservant une touche très virile pas des tons plus foncés.
La gauche donnait sur une grande salle de bain privée et à droite se trouvait un grand dressing fermé par une porte coulissante de bois sombre. Le grand lit était face à de grandes fenêtres qui donnait sur la piscine et tout le parc. Justin se tourna vers Brian.
-C'est toi qui..commença-t-il.
Brian acquiesça avec un petit sourire.
-C'est magnifique, chuchota Justin incapable de dire autre chose.
Brian lui tendit la main et l'entraîna avec lui vers la pièce la plus importante. Cette pièce personne ne l'avait vu, il l'avait rénovée tout seul sans l'aide de personne souhaitant garder son caractère unique. Tenant toujours la main de Justin ils montèrent l'escalier en vis qui menait au grenier. Brian ouvrit la trappe et laissa Justin entrer. Il eut un hoquet de surprise devant la pièce qui n'était assurément plus un grenier.
Le plafond avait été évidé laissant apparaître les poutres sombres de la maison. Des luminaires en acier pendait du plafond. Des luminaires de style studio ou vieille gare. Une grande table au centre était entourée de quelques tabourets. Une autre table rétro-éclairante incliné se trouvait vers le fond de la pièce.
Le sol avait été poncé et recouvert de jonc. Les murs avaient été repeints dans des couleurs claires et sablonneuses. De grands rideaux foncés et clairs pendaient à des tringles à rideaux en fer forgé. Les fenêtres donnaient sur le parc ou sur l'allée devant la maison qui donnait sur les paysages au bord de la route.
Une fenêtre avait été transformée en alcôve avec petite bibliothèque et fauteuils confortables.
De vieux meubles poncés et patinés parcouraient toute la pièce. Un évier en pierre avait été placé au centre de la pièce près de la table de travail ajoutant un peu plus de cachet à la salle.
Justin déambulait dans le lieu ses doigts frôlant chacun des meubles, des tissus. Il était ébloui, émerveillé, subjugué. C'était exactement lui, ce qu'il aurait voulu faire de son atelier. Et Brian s'en était souvenu dans les moindres détails jusqu'à sa lubie de l'évier en pierre. Les mains sur la bouche il contemplait cet univers presque fantasmagorique. C'était magique et il aurait presque fallu qu'il se pince pour être sur d'être bien dans la réalité.
Il se tourna vers Brian les yeux brillants comme un gosse à noël, un sourire à se damner un saint. Brian avait vu juste et il en était fier.
Justin ne savait pas quoi dire devant une telle merveille alors il posa la question qui lui brûlait les lèvres depuis son arrivée.
-Pourquoi ne m'as tu pas dit que l'avais gardée ?
-Parce que je ne savais pas si tu reviendrais, commença Brian.
-Mais...
-Je ne savais pas si tu voudrais encore de moi une fois à New-York, poursuivit-il, je ne voulais pas que tu penses que je veuille te culpabiliser d'être parti. Je voulais que tu revois cette maison, notre maison, une fois que tu étais sur de ce que tu voulais, des choix que tu souhaitaient faire. Je refuserais toujours que tu te sacrifies pour moi.
On ne s'était rien promis tous les deux ; tu avais ta carrière j'avais la mienne et on s'était toujours dit que notre couple ne serait pas un obstacle à notre avenir. Ton départ à New-York faisait parti de ces moments à ne pas laisser passer. Mais en te laissant partir j'ai toujours su que je prenais un risque mais je préférais te savoir heureux là-bas à faire ce que tu aimais faire pour lequel tu étais doué qu'ici malheureux en passant à côté de quelque chose.
Je t'ai peut-être un peu poussé bon gré ou malgré moi à New-York mais c'était important que tu le fasses. Je ne pouvais et je ne voulais t'empêcher de faire d'autres rencontres : du moment que tu étais heureux peu m'importait avec qui ou où.
Tu as changé beaucoup de choses dans ma vie et jusqu'à toi je n'avais jamais réellement aimé quelqu'un peut-être tout simplement parce que je ne savais pas comment il fallait faire. Ou peut-être parce que cela te rend vulnérable de t'attacher véritablement à quelqu'un. Je crois qu'aujourd'hui je peux affirmer que tu seras sans doute le seul.
Après ton départ, je suis revenu ici, plusieurs fois avant de me décider à la garder et surtout à la retaper. La première ou j'ai visité cette maison je m'y étais senti bien, en paix avec moi-même, en sécurité et tu peux me croire ça ne m'arrive pas souvent. Ensuite lorsqu'on est venu tous les deux ici pour la première fois j'ai eu un déclic et chaque fois que je viens ici j'ai la même sensation. Je me suis dit que même si tu ne devais pas revenir ; à travers cette maison j'aurais gardé une partie de toi, de nous sur lesquels je ne peux indiscutablement pas tourner le dos comme j'ai pu le faire par le passé.
Aujourd'hui je sais où j'en suis mais surtout je sais où je veux aller et avec qui et je crois que cette maison représente tout ça.
Je ne te l'ai pas dit peut-être aussi parce que je voulais me protéger au cas où, tu ne reviendrais pas. J'étais sur de ce que je voulais et je le suis encore plus maintenant mais je souhaitais également que ce soit le cas pour toi avant de te ramener chez nous : à Britin, termina Brian.
Justin était plus qu'ému par cette déclaration empreinte de franchise et de partage. Il se livrait rarement mais lorsqu'il le faisait il y allait totalement. En entendant ses mots il avait le sentiment de passer un cap dans sa relation avec Brian. Comment aurait-il pu se douter que leur couple prendrait ce nouveau tournant ?
Il se sentait entier, vivant, empli d'amour comme jamais fixé par cet homme aux yeux sombres qui n'avait désormais plus peur de lui-même, ni de ce qu'il pouvait ressentir. Il s'approcha de lui et replaça une de ses mèches brunes plongeant son regard dans le sien. Il était irrévocablement fier de cet homme et du chemin qu'il avait parcouru.
Il passa ses bras autour de son cou et posa ses lèvres sur les siennes. Ils étaient chez eux.
Justin le regardait dormir depuis une bonne heure. Il devait être 6h du matin. N'arrivant pas à se rendormir il se leva doucement, enfila un bas de survêtement et sa veste de jogging rouge à même la peau. Il ne voulait pas réveiller Brian qui reprenait le boulot aujourd'hui. Il sortit de la chambre et referma la porte doucement derrière lui. Il allait partir à la découverte de Britin.
Intérieurement il jubilait rien qu'en y pensant. Britin...
Il connaissait déjà leur chambre mais visita les autres pièces de l'étage. Il découvrit une chambre d'amis sobre et simple mais malgré tout empreinte de leur style. Il ne lui fut pas difficile de connaître l'utilité de la deuxième pièce qu'il visitait : la chambre de Gus.
Un sourire se peigna sur son visage lorsqu'il découvrit la petite chambre dans des tons verts et bleus. Une chambre de petit garçon avec des peluches par-ci, par-là, un tapis pour les petites voitures au sol, un grand tableau pour dessiner, un petit bureau avec un multitude de crayons de couleurs et de feutres. Justin remarqua un autre détail posé sur la commode : une photo.
Il adorait cette photo c'était Brian avec Gus dans ses bras lui donnant le biberon. Cette photo était auparavant au loft mais elle avait trouvé sa place ici. Il la prit et la regarda quelques instants la frôlant du bout des doigts ne pouvant s'empêcher de sourire face au cliché. Ce n'était définitivement pas un Jack Kinney mais un bon père. Justin n'en avait jamais douté mais lorsqu'il voyait avec quel amour il avait décoré cette chambre personne ne serait venu le contredire.
Il ressortit et se dirigea vers la troisième porte. Il fut surpris de découvrir une pièce vide. Le parquet avait été entretenu et les murs repeints dans des tons crèmes et sable mais rien d'autre n'avait été ajouté ou touché. Il se demandait bien l'utilité d'une pièce vide. Que voulait en faire Brian ? Il était loin de se douter de sa future utilité mais il le saurait bien assez tôt.
Il sortit intrigué. Il déambula dans le bureau de Brian déjà bien installé. Ne lui avait-il pas dit qu'il était revenu ici plusieurs fois depuis son départ ? Un bureau en bois sombre trônait face à la rambarde de la mezzanine donnant sur toute la pièce du rez-de-chaussée.
Sur le bureau traînait des papiers de Kinnetic, des croquis de campagnes, une photo de la bande. Mais aussi une photo, curieusement, d'eux deux. Il reconnut le cliché ayant le même chez sa mère. Cette photo avait été prise lors de sa première expo au centre LGBT de Pittsburgh. Brian derrière lui l'entourait de ses bras un sourire espiègle et devant Justin appuyé contre lui souriait. Justin s'étonnait qu'il est cette photo mais en fut malgré tout touché, quelque part.
Il passa le long de la bibliothèque et monta l'escalier en vis qui menait à l'atelier. Il ressentit à nouveau cette sensation d'émerveillement. Le lieu était lui et il s'y sentait bien. Il aimait ce plafond haut qui se perdait dans l'ombre qui pesait sur l'ambiance générale mais qui lui donnait un indescriptible aspect aérien. Le soleil qui se levait perçait à travers les hautes fenêtres surmontées de rideaux foncés et clairs.
Un haut et large meuble de rangement se trouvait sur la droite. Il l'ouvrit et y trouva de nombreuses toiles de tailles, de formes et de matières différentes. Il ne put s'empêcher de passer sa main sur la matière sentant déjà l'inspiration le titiller. Il referma le rangement et continua d'explorer les lieux.
Il se dirigea vers l'alcôve qui surplombait le parc qu'il put examiner plus en détails. Un petit canapé couleur jean entourait le petit espace. Une petite table basse était positionné face à lui sur laquelle se trouvait la plupart des magazines du milieu artistique à la fois nationaux et internationaux. Une petite bibliothèque basse se trouvait sur la droite et dans laquelle étaient rangés des livres sur plusieurs artistes ou expositions : Dali, Duchamp, Monet, Manet, Degas, Pollock, Basquiat, Hopper, De Kooning, Warhol... mais également des livres sur l'histoire de l'art et ses techniques en général.
Justin ne cessait d'être émerveillé, c'était le rêve, l’Éden pour tout artiste. Il était ému par l'attention profonde avec laquelle Brian s'était occupé de ce lieu.
Il poursuivit sa déambulation vers le fond de la pièce. Une table à dessin rétro éclairante inclinée occupait une bonne partie de l'espace. Une lampe métallisée surplombait la table. A côté se trouvait une colonne qui contenait de nombreuses feuilles de grains et d'épaisseurs différentes. Plusieurs sortes de feutres à dessins et de fusains se trouvaient en haut de la colonne. Un tabouret faisait face au bureau.
Il continua et trouva dans un meuble bas sur la gauche de l'atelier une multitude de pinceaux, de rouleaux, de crayons, de brosses, de spatules, de plumes et d'encres ainsi que des feuilles à dessin de grande taille. Le plan de travail central était de grande taille avec plusieurs lampes et des tabourets.
Justin trouvait la planche de travail magnifique : ancien, patiné, en bois brut. Des petits tiroirs sous la plateau donnaient accès à une multitude de crayons, de mines ou encore de couteaux mais aussi de feuilles de petites dimensions ou A4 dans des grains différents. Un tiroir plus grand en bout de meuble lui fit découvrir des tubes de peinture acrylique, à l'huile ou encore des palettes d'aquarelles.
Un chevalet se trouvait au bout de la longue table avec planche et pinces.
Il était totalement subjugué par toutes ses récentes découvertes et dut s'asseoir pour comprendre qu'il était dans son nouveau lieu de travail. Il s'assit sur un tabouret et fit un tour sur lui même observant l'atelier dans son ensemble. Il n'aurait su dire sur le moment l'amour et la reconnaissance qu'il ressentait envers l'homme qui dormait un étage plus bas.
Il lui devait beaucoup, il s'en rendait compte encore plus aujourd'hui. Avec Brian il avait tout découvert, appris, avancé, appris à aimer, il avait pu s'épanouir pleinement dans la vie qui n'était par forcément simple.
Brian l'avait toujours soutenu, il l'avait aidé lorsque son père l'avait viré du domicile familial mais surtout il lui avait sauvé la vie de toutes les façons dont on pouvaient l'être : sur le plan physique mais aussi psychologique, humain, sentimental. Il l'avait laissé partir à New-York et cette dernière année écoulée lui avait offert plus que lui-même n'aurait jamais rêvé. Mais par-dessus tout il avait su s'ouvrir et l'aimer pleinement et totalement : ce pour lequel Justin ne pourrait jamais être assez reconnaissant.
Titillé par l'envie à laquelle il n'arrivait jamais à résister : il s'installa à la table de travail sortit une feuille, un crayon et se mit à dessiner.
Un étage en dessous Brian se réveilla grogui les cheveux en bataille à la sonnerie stridente du réveil. Il ne put s'empêcher de taper violemment dessus pour le faire taire. Il chercha le corps encore endormi de Justin mais ne trouva qu'une place vide. Il se redressa en se passant la main dans les cheveux.
Il passa rapidement à la douche : s'y trouvant seul, il lui était inutile de traîner. Il enfila un pantalon sombre et une chemise claire. Intrigué par l'absence de son Sunshine il partit à sa recherche mais la trappe ouverte dans le bureau répondit à sa question.
Il monta doucement l'escalier et entra dans l'atelier.
Justin penché sur la table de travail était le crayon à la main. Il adorait le regarder dessiner. Il semblait totalement dans sa bulle, son monde où plus personne n'existait. Ses mèches blondes lui tombaient dans les yeux qu'il repoussait quelque fois sur son front. Les sourcils froncés il se mordait la lèvre concentré sur ce qu'il faisait. Courbé sur sa feuille, il avait les jambes entortillées d'une curieuse façon un pied sur l'autre. La tête penchée sur le côté droit. C'était sa posture habituelle lorsqu'il dessinait, il ne l'avait pas remarqué mais Brian avait eu maintes occasions de le détailler lorsqu'il s'adonnait à sa passion.
Sa contemplation s'arrêta cependant lorsqu'il le vit étirer sa main droite furtivement avant de se replonger sur sa feuille. Il s'approcha et l'entoura de ses bras. Il desserra ses doigts autour du crayon.
-Encore entrain de dessiner mon corps d'Apollon ?
-Hum...modeste, fit Justin en se tournant vers lui avec un sourire.
-Toujours, répliqua Brian, ça va ta main ?
-Bien sur, répondit Justin en la retirant vivement.
Il passa son bras autour de sa taille cachant de ce fait la main dont il refusait toujours de parler. Sa main gauche remonta le long de sa chemise et vint se poser sur sa nuque. Il attira son visage près du sien et prit ses lèvres avec volupté. Brian glissa sa main dans ses cheveux rendant le baiser plus profond. Leurs langues se frôlèrent avant de ne faire plus qu'une dans une effusion des sens.
Ils se détachèrent pour reprendre leur souffle alors que Justin scrutait son visage sondant son regard. Brian replaça une mèche derrière son oreille comme un vieux rituel. Le silence se faisait autour d'eux, calme et profond les englobant dans un monde dont eux seuls connaissaient tous les secrets et les enjeux.
-C'est une vraie merveille que tu as fais ici, finit par dire Justin.
-Je sais, répondit Brian espiègle.
Justin lui pinça la taille.
-Bon c'est pas tout mais il faudrait peut-être que j'aille travailler on ne peut pas être deux à lambiner à la maison !
Cette pique lui valut une claque sur les fesses alors que Justin avait remarqué le discret mais bien présent ''à la maison''.
-Pti' dèj ?
-Pti' dèj, répondit Justin en passant devant Brian.
Ce dernier ne put s'empêcher de regarder l'esquisse de Justin qui une fois de plus était très réussie. Elle les représentaient tous les deux la tête sur un coussin. Ils s'embrassaient mais leurs visages étaient inversés un à l'endroit, l'autre à l'envers avec une vue du dessus. Justin avait la main perdue dans ses cheveux. La position était à la fois très douce mais également très sensuelle et furieuse. A la vue du croquis il ne put s'empêcher de réprimer un frisson.
Brian et Justin étaient rentrés depuis plus d'une semaine de Saint-Domingue. Ils s'étaient peu à peu approprié le manoir se réhabituant à vivre à deux, retrouvant leur quotidien. Justin c'était également peu à peu adapté son atelier qu'il n'avait pas tardé à empreindre de son éternel et légendaire désordre à la Justin Taylor. C'était d'ailleurs un point sur lequel Brian et lui se différenciaient. Son désordre s'opposait au côté légèrement maniaque de Brian. Cette différence les faisaient plus sourire qu'autre chose.
Justin travaillait activement pour son expo qui s'approchait, malgré tout, à grands pas. Il travaillait beaucoup jusque tard dans la nuit et devait se rendre sous peu à New-York. Il allait d'ailleurs devoir réaliser sa dernière toile là-bas. Son nouveau travail comportait moins de peintures et davantage de travaux au crayon, fusain et pastels gras. Les paysages de St Domingue et les histoires qu'on lui avaient racontées étaient la base de sa nouvelle collection.
De son côté à Kinnetic, Brian ne cessait pas non plus le travail qui devenait de plus en plus dense. Les clients se faisaient de plus en plus nombreux et sa boite devenait plus que réputée dans toute la région. Ses nouveaux clients venaient même de New-York. Il se faisait d'ailleurs souvent la réflexion qu'il n'avait finalement pas besoin de se rendre dans la Grosse Pomme puisque c'est elle qui venait à lui.
Sa collaboration avec Ted fonctionnait à merveille et il était quelque part fier d'avoir fait remonter la pente à son vieil ami bien qu'il n'en disait rien. Les nouvelles campagnes de la rentrée étaient arrivées en masse et la rapidité allait devoir être de rigueur.
Dans ce flot ininterrompu le manoir lui apparaissait comme un paradis de tranquillité loin des agitations du monde.
Justin préparerait son sac et prenait ses travaux. Il devait passer à Kinnetic avant de prendre l'avion pour New-York. Le taxi sonnait à la porte alors qu'il finissait ses bagages. Il arriva à l'agence à midi.
Il entra et fut salué par la plupart des employés qui le connaissait pour avoir été à leur mariage ou simplement par sa réputation qui n'était plus à faire. Cynthia n'était pas à son poste. Il se retrouva devant les grandes portes coulissantes blanches qu'il fit doucement glisser. De l'autre côté des éclats de voix lui firent froncer les sourcils.
-Écoute Tim c'est quand même pas compliqué !
Brian debout de dos était au téléphone passablement irrité qui hurlait sur un Tim à l'autre bout. Justin s'approcha sans faire de bruit et s'appuya sur le bout du bureau comme il avait l'habitude de le faire et attendit patiemment sans se départir de son calme.
-C'est pas bon ! Ça ne dépend pas que de moi c'est aussi le client ! Je m'en fous Tim, tu le refais point barre ! Et surtout tu vas te grouiller le cul et m'amener ça sur mon bureau pour demain, je suis clair ?! Rien à foutre Tim fais ton boulot ! Termina-t-il en raccrochant rageusement.
Le téléphone à la main il ferma les yeux quelques secondes se pinçant l'arrête du nez. Il se retourna et eut la surprise de voir Justin accoudé à son bureau qui le regardait avec sérénité. Face à ce modèle de calme et d’imperturbabilité il sentit la colère fondre d'un coup en lui.
-Alors mon ange, fit-il en s'approchant, on écoute aux portes ?
-Un problème ?
-Juste un client exigeant qui nous fais refaire la campagne une énième fois et toute la créa commence à être sur les dents.
-Il vous fait refaire ? Demanda Justin sceptique avec une ironie non feinte.
-Le budget est énorme.
-Ceci explique cela, répondit-il avec un sourire.
Devant tant d'effronterie Brian s'approcha dangereusement de sa bouche avec un sourire faussement sérieux. Sa jambe glissa entre les siennes le bloquant contre le bureau. Ses mains glissèrent sous le t-shirt titillant les parties sensibles. Justin ne pouvant se retenir bien longtemps sous ce regard incendiaire pris sa bouche avec passion. Ses mains agrippèrent ses cheveux dans une tendre violence. Les doigts de Brian glissait le long de son échine lui électrisant les sens picorant sa peau d'émoi.
Il se retrouva assis sur le bureau sans trop savoir comment. Ses jambes glissant le long des hanches de Brian. Les choses devenaient divinement sérieuses. Les mains dans les poches arrière de son pantalon il se serrait un peu plus contre lui. Brian le retenait les mains sur son cou, ses doigts caressant les cheveux blonds à la base de sa nuque. Leurs souffles se mêlaient, leurs lèvres soudées, leurs langues se cherchant avec adresse dans les vapeurs du désir.
Ce sont sur ces entre-faits et dans une ambiance passablement électrique que Cynthia choisit son moment pour entrer dans le bureau de son sulfureux patron. La tête dans un dossier elle ne constata pas dans quelle situation elle s'était mise.
-Oh ! Fit-elle en relevant la tête.
Elle connaissait la réputation de Brian et connaissait la fusion du couple mais en entendre parler et y assister était deux choses différentes.
Bien entendu les deux amants furent interrompus par l'arrivée de la loyale secrétaire de Brian. Devant son regard fuyant et la rougeur de ses joues Justin ne put s'empêcher de rire.
-Bonjour Cynthia, fit-il sans pour autant retirer ses mains d'où elles se trouvaient.
-Heu...hum...excusez-moi, bredouilla-t-elle.
-Y'a pas de mal, répondit Justin souriant.
-Tu souhaites me dire quelque chose ? Demanda Brian faussement énervé.
Justin lui pinça la taille mais voilà Brian n'aimait pas qu'on le dérange en pleine action.
-Hum...oui... reprit Cynthia, je t'apporte les rapports des dernières campagnes en cours et ton courrier, termina-t-elle en reprenant ses esprits.
-Merci tu peux les laisser je regarderai, autre chose ?
-Oui, Remson à avancé la vidéoconférence à 14h.
-Quoi ?! Fit Brian en se détachant de Justin.
-Ils viennent d'appeler.
-C'est pas vrai ! Ils se sont tous donné le mot pour me faire chier aujourd'hui ?! L'équipe de Créa est où ?
-Pause déjeuner.
-Tu me les rappelles ils mangeront plus tard et tu me les remets au boulot ! Il faut qu'ils finissent les planches et le plan projet.
-Oui mais pour i-Tik on fait quoi ? Ils arrêtent pas de m'appeler.
-Tim est dessus. Va me les chercher et attachent les à leur bureau s'il faut mais ils ont intérêt à se bouger le cul !
-Ok patron. Au revoir Justin j'ai été ravie de te revoir, fit-elle en sortant sans demander son reste.
Elle ferma les portes coulissantes le rouge aux joues.
-Toi t'es entré quand y fallait, fit Ted en rigolant.
-Hilarant Ted, répondit-elle. Ce dernier ne put s'empêcher d'éclater de rire.
-Je te rassure on y est tous passé et crois moi j'ai vu pire, termina-t-il avec un clin d’œil.
A cet aveu elle ne put réprimer un rire.
-Bon par contre mauvaise nouvelle, Remson à avancé la conférence à 14h.
-Dieu du ciel ! On ferait mieux de se grouiller avant que les foudres Kinney ne s'abattent sur nous, rétorqua Ted.
Elle acquiesça et partit à sa suite.
Dans le bureau le stress et l'énervement avait repris le dessus chez Brian. Justin descendit du bureau et s'approcha de lui. Toujours aussi calme il lui massa doucement les épaules comme il avait l'habitude de le faire lorsqu'il sentait son compagnon au bord de l'explosion. Ce dernier se détendit un peu et se tourna vers lui. Le sourire du jeune homme le calma un peu plus.
-Je suis désolé Sunshine je pourrais pas manger avec toi.
-Pas grave de toute façon il faut que j'y aille. Tu te rappelles que je pars à New-York aujourd'hui ? Demanda-t-il calmement.
-Quoi ??
-Je t'en ai parlé en début de semaine et hier.
Brian serra les mâchoires ; c'était décidément une journée de merde. Il poussa un soupir.
-Mon expo est dans quinze jours et j'ai encore pas mal de boulot sur place, fit Justin.
-Tu n'as pas à te justifier, répondit Brian, c'est ton job.
Justin s'approcha de lui et passa son bras autour de son cou. Il posa délicatement ses lèvres sur les siennes. Les yeux clos il posa son front contre le sien. Lui non plus n'aimait pas partir mais c'était sa carrière, son job.
-A dans quinze jours alors, fit Justin en le regardant.
-Je sais pas si tu le mérites, répondit Brian.
Justin fit une moue triste et désespérée.
-C'est bon, ok, répondit Brian.
-Alors ça marche... fit Justin avec un visage des plus espiègles.
-Quoi ?
-Te soumettre, répondit-il en rigolant.
-C'est cela oui ! Fais attention jeune homme !
-Hum...des promesses !
Brian lui asséna une claque sur les fesses.
-Tu vas voir si ce sont des promesses !
-J’attends de voir ça, répondit Justin en prenant ses lèvres.
Il devait partir et refrénait l'envie sournoise qu'il avait de lui au milieu de ce bureau mais ils avaient tout deux beaucoup de travail. Il déversa tout ce qu'il ressentait dans ce baiser s'accrochant à lui comme si c'était la dernière fois. Ils se reverraient vite mais il voulait s'imprégner de tout son être, ses lèvres, l'odeur métisse de sa peau, son souffle, ses battements de cœur, les vibrations de son corps contre lui, ses mains parcourant son corps. Il se détacha à bout de souffle, le cœur au bord de l'explosion, dans leur bulle. Il plongea son regard dans ses yeux noisette et sortit.
-Ted ! Aboya Brian depuis son bureau.
-Ça commence, fit ce dernier en se précipitant vers le bureau de son associé.
Pour le principe Brian avait décidé d'envoyer quelque peu paître ses clients.
Les 45 minutes de vol jusqu'à New-York parurent bien courtes à un Justin pensif. A la descente de l'appareil c'est une véritable fournaise qui accueillit le jeune homme. La journée était exceptionnellement chaude pour une fin de mois d'août.
Il récupéra ses bagages et se rendit à la station de taxi. 40 minutes plus tard il arrivait au pittoresque appartement de son amie française : Anne, à Manhattan dans le quartier du village. La mini couleur pistache était garée devant l'entrée.
Il paya le taxi, sortit et entra dans l'immeuble. Arrivé au douzième étage il glissa sa clé dans la serrure et pénétra dans le studio plongé dans l'obscurité. Visiblement Anne n'était pas là. Il laissa ses valises dans l'entrée et se dirigea vers la cuisine. L'appartement plongé dans le noir avait gardé une ambiance fraîche et silencieuse contrastant avec l'extérieur.
Il alluma la cuisine et se fit couler un café. Sur le plan de travail central se trouvait quelques enveloppes et un mot de la main d'Anne.
« Hello Michel-Ange !
J'espère que tu vas bien ? Si tu lis ce mot c'est que je ne suis pas encore rentrée de France mais ne t'inquiètes pas je serai là pour ta nouvelle expo. Ce serait pêcher que de rater ça !
J'espère que ton voyage à Saint-Domingue s'est bien passé et que ton cher mari se porte bien ? Ça me fait bizarre de parler de Brian de cette manière pas toi ? Je rigole toute seule, enfin bref j'espère juste que tout va bien.
Tu as reçu une lettre de John Woodward qui à d'ailleurs téléphoné et m'a demandé de te dire de l'appeler dès que tu seras arrivé. Tu as aussi une lettre d'un magazine et cette lettre marron je ne sais pas de qui elle vient il n'y avait pas d'expéditeur. J'ai vu Max et Lisa qui ont hâte de te revoir et Lisa m'a donné pour toi ce pot de crème ; c'est pour ta main. Je pense avoir tout dit, ah non j'oubliais : Ethan Gold à appelé deux fois il voulais te voir pour te parler. Je l'ai gentiment envoyé se faire foutre, tu comprendras la nuance bien sur. Pitié ne rappelle pas ce crétin ! Voilà tout est dit, je te fais des poutous cher coloc et te dit à très vite ! Prend soin de toi et ne fais pas trop de bêtises ! »
Anne.
Justin sourit devant les mots de son ami mais fronça les sourcils à la nouvelle des appels d'Ethan, il commençait gentiment à l'agacer celui-là. Il préféra l'ignorer, prit son courrier et se dirigea vers la seule pièce où il ne sentirait pas trop l'absence de Brian.
Il retrouva la serre qui lui avait servie d'atelier mais aussi de refuge durant un an. Rien n'avait bougé, seules les toiles avaient été couvertes par des draps protecteurs. Il se réappropria les lieux et découvrit ses toiles. Il revit avec un plaisir non feint le nu de Brian. Pourtant à la vue de la toile qu'il avait réalisée un an auparavant elle lui apparut sous une nouvelle lumière comme s'il la découvrait à nouveau pour la première fois. Il n'aurait su dire pourquoi. Ses retrouvailles avec Brian, leur mariage ou leur emménagement commun y était peut-être pour sa nouvelle de la peinture.
Il y avait mis tant de vie qu'il lui semblait presque voir le corps de son amant bouger et sortir de la toile. Il réprima un frisson et détourna les yeux vers ses autres travaux qu'il redécouvrit également avec plaisir.
Il sortit son chevalet, ses pinceaux, sa peinture, une nouvelle toile et se prépara à réaliser l'une des dernières œuvres de sa nouvelle expo.
Dans le poste sur le meuble il glissa un cd d’Édith Piaf qu'Anna lui avait fait découvrir lors de son séjour à New-York. Depuis il adorait l'artiste à la voix si particulière. Il ne parlait pas français couramment mais Anne lui avait donné quelques cours. Il comprenait un peu mieux les textes de la chanteuse. Il trouvait ses mélodies apaisantes mais torturées et étrangement emplies d'inspiration.
Il alluma une cigarette et ouvrit son courrier.
La lettre de John était le renouvellement de son contrat pour la deuxième année intégrant trois nouvelles expositions dont une à l'étranger, cette nouvelle clause l'intéressa au plus au point. Il devrait en parler avec John et Elisabeth. La deuxième lettre venait du magazine Art in America. La revue lui proposait une interview ou une page consacrée à son travail. Justin était surpris, le magazine était de grande réputation dans le milieu artistique et que l'on puisse s'intéresser à lui le surprenait. On le priait d'appeler une certaine Mme Gilmore responsable de la rubrique jeunes talents pour prendre un rendez-vous.
Il conserva l'enveloppe bien en évidence et ouvrit distraitement la dernière enveloppe d'expéditeur inconnu. L'enveloppe en papier kraft marron était de taille moyenne d'une demie A4. L'adresse avait été annotée avec un marqueur noir de façon austère.
Cigarette aux lèvres il défit le collant et sorti le papier qui se trouvait dans l'enveloppe.
-Mais qu'est ce que c'est que cette connerie ?!
Seule une photo s'y trouvait. Un cliché au papier glacis le montrant de pied en cap lunettes de soleil sur le nez sortant de la galerie Woodward le sourire aux lèvres.
D'abord interloqué il rechercha s'il ne trouvait pas autre chose dans l'enveloppe permettant de savoir d'où cela venait. Mais il ne trouva rien, absolument rien : ni sur l'enveloppe, ni à l'intérieur, ni près du timbre, ni au dos de la photo, ni sur le dessus. C'était seulement une photo de lui de pied en cap, le montrant souriant sortant de la galerie.
Passé la surprise c'est l'inquiétude qui prit un peu le pas sur ses émotions. Qui avait pu lui envoyer un truc pareil ? Et surtout dans quel but ? Son esprit commençait à flamber de questions, la tête lui tournait et il se trouvait soudain légèrement paranoïaque. Il se calma, joua l'indifférence, remit la photo dans son enveloppe qu'il déchira en deux et qu'il envoya au fond de la corbeille.
Il se détourna du meuble reléguant l'incident au fin fond de sa mémoire. Le soir arrivant l'épisode photographique était déjà oublié. Il avait bien avancé sur le travail de sa dernière toile. Il avait décidé de dédier sa nouvelle exposition à une personne en particulier.
Recroquevillé dans le canapé du salon un verre de rouge il réfléchissait. Les baies vitrées étaient ouvertes sur la nuit sombre new-yorkaise. Une légère brise rafraîchissante faisait voleter les rideaux. Une musique jazz enveloppait la pièce de son ambiance musicale feutrée. Il prit son portable et composa le numéro de sa mère.
-Allô ? Bonsoir Maman...très bien et toi ?... non je suis à New-York...dans 15 jours...oui ça va...non j'ai bien avancé...comment vont Mollie et Tuck ?...tant mieux...oui, oui ça va aussi...non pas encore...je t'appelais pour te demander quelque chose...non, non...aurais-tu l'adresse de ton client qui nous à invité à Saint-Domingue ?...non il n'y a pas de problèmes c'est seulement que je souhaiterai l'inviter à mon vernissage...tu verras sur place et puis je pense que c'est la moindre des choses...ah bon ?...si tu veux...ok, donc je te joins un deuxième carton avec le tien ?...non pour moi c'est pareil...ok, ok... d'accord...oui, d'accord...embrasse les pour moi...ok je lui dirai...moi aussi maman, bonsoir, fit-il en raccrochant.
Il poussa un soupir, repris une gorgée de vin et s'enfonça un peu plus dans le canapé les yeux perdus dans le vague. C'était difficile de se retrouver tout seul après plus d'un mois non stop vécu avec son amant.