HypnoFanfics

Interdit aux moins de 16 ans

Family man

Série : Queer As Folk
Création : 25.09.2014 à 20h02
Auteur : kaori78 
Statut : Terminée

« Certains choix changent toute une vie... mais que se passerait-il si on pouvait tout changer ? » kaori78 

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Si Brian avait eu entre les mains l’urbaniste pervers qui avait inventé une horreur pareille, il l’aurait empalé contre les grilles… et en s’assurant qu’il n’y prenne aucun plaisir. Quel esprit malade avait pu concevoir ça ? À côté, même Disneyland semblait attirant ! Bon, c’était un peu de sa faute aussi. Il savait bien qu’il aurait dû mettre Tornade dans la voiture et foncer à Britin… Mais il n’avait pas pu résister à son regard suppliant. C’était bien la fille de Justin ! Il n’y avait que des Taylor pour lui faire faire les choses les plus abracadabrantes. Elle avait l’air tellement déçue que son père et sa Tornade Mobile ne soient toujours pas là qu’il n’avait pas eu la cruauté de lui rajouter une autre déconvenue… Mais bon sang, vivement qu’elle grandisse et que ses demandes soient des fringues de luxe ! Il allait s’appliquer à ce qu’elle n’ait pas le goût déplorable de son père en matière de vêtements… Même s’il devait reconnaître que même dans un sac à patates, Justin lui semblait désirable… Ce qui n’était visiblement plus réciproque, songea-t-il avec amertume. Justin l’avait repoussé. Il l’avait repoussé ! Bon sang, mais même quand il le trompait avec son violoneux érotomane, Justin n’avait jamais réussi à le repousser.

Une part de lui craindrait toujours que Justin réalise qu’il y avait des hommes bien plus dignes de son amour que lui, mais à part quand il vomissait tripes et boyaux avec ses testicules amputés et irradiés, il n’avait jamais imaginé que Justin puisse cesser de le désirer. Même à quarante-deux ans, il restait un des hommes les plus sexy de Pittsburgh. Le jeune professeur de la classe voisine de celle de Tornade ainsi que le père d’un petit camarade de sa fille l’avaient regardé d’un air appuyé. Après la réunion de rentrée, Justin lui avait dit simplement : « Si tu en baises un des deux, tu feras toutes les réunions parents-professeurs. » De toute façon, il n’était pas intéressé… du moins tant qu’il pouvait disposer du plus beau cul de Pittsburgh. Maintenant, il en aurait volontiers baisé un… sauf qu’il était coincé sur ce banc dans un froid polaire qui transformait sa bite en bâton de glace à surveiller Tornade faisant du toboggan avec ses copains.

Maudits soient les parcs ! Personne n’avait songé à y aménager de petits coins chauffés où les parents pourraient se détendre sans perdre de vue leur progéniture ? Il y avait au moins deux jeunes pères, perdus dans le flot des nounous et autres mamans, à peu près baisables… enfin au moins dignes de lui tailler une pipe… Mais même dans ce domaine, Justin était insurpassable. Il faisait de ces choses avec sa bouche et sa langue était si… Et merde ! Malgré le froid, il sentait poindre un début d’érection et aucun moyen de la soulager sans cesser de surveiller Tornade. Après avoir été repoussé pour la deuxième fois en moins de quarante-huit heures par Justin, il était prêt à jeter la monogamie aux orties… Enfin, il avait surtout besoin de soulager la tension de son corps dans un cul, une bouche, ou n’importe quoi pourvu que cela ne ramène pas ses pensées à Justin.

Qu’est-ce qui lui arrivait ? Pourquoi ne voulait-il plus de lui ? Y avait-il un autre homme ? Quand Justin avait commencé à voir son violoneux, des années auparavant, Brian avait très vite senti qu’il y avait un autre homme. Il n’avait pas eu besoin de Michaël pour s’en rendre compte, son ami lui avait juste mis le nez dessus. Là, il n’avait rien vu venir. Du jour au lendemain, son Justin aimant et libidineux s’était transformé en un prince des glaces distant et abstinent. Samedi soir, ils avaient baisé comme des lapins dans l’immense baignoire dont il avait fait l’acquisition pour les trente ans de Justin, et le dimanche matin, il le repoussait et s’enfuyait chez sa mère… Trente ans ? Et merde ! Il était encore si jeune. Il n’avait rien à faire avec le quadragénaire qui l’avait dépucelé à dix-sept ans. Ils étaient ensemble depuis bientôt treize ans… Pas étonnant que Justin ait envie de mettre les voiles ! Mais pourquoi ne pas le dire franchement ? Bon sang, il avait toujours dit qu’il n’y avait pas de serrure à leur porte ! Son regard se posa sur la silhouette de sa fille. Qui espérait-il tromper ? Il y avait bien plus qu’une serrure, il y avait un enfant. Avait-il lié Justin malgré lui en acceptant cette parentalité partagée ? Justin avait souffert de la séparation de ses parents et il était presque adulte à l’époque. Même s’il avait envie de partir, il ne serait pas étonnant qu’il hésite pour protéger Kayla…

Une profonde nausée montait le long de sa gorge. De toutes les sombres pensées qu’il avait ruminées, celle-là était la pire, la plus insupportable… Justin restant avec lui par devoir, pour maintenir l’illusion d’une famille unie. L’idée que Justin le quitte était moins insupportable. Il voulait un Justin amoureux et sans entrave ou pas de Justin du tout. Aucun compromis n’était possible là-dessus.

Ses sombres pensées furent interrompues par un cri qu’il reconnut instantanément comme celui de sa fille puis par des sanglots. Il accourut derrière le toboggan pour découvrir une Tornade courroucée face à un petit garçon pleurnichant, très vite rejoint par la mère du petit.

- Kayla, qu’est-ce qui s’est passé ?

- Tommy a soulevé ma jupe ! glapit la petite fille. Alors je lui ai donné un gros coup de pied.

Brian réprima son premier sourire de la journée. Il était pour le moins étrange que sa fille soit aussi prude, mais il ne pouvait que l’approuver sur ce point : on n’était jamais trop prudent face aux pervers des bacs à sable. Bien plantée sur ses pieds, affirmant son bon droit sans baisser les yeux, elle lui rappelait un autre blond… Une bouffée d’amour mêlée de fierté l’envahit.

- Dans ce cas, tu as eu bien raison ! répliqua-t-il en toisant la mère outrée. On va prendre une glace en rentrant ?

 

Justin était à Britin avec Daphné. Ce soir, il n’avait pas décidé de découcher, et s’il espérait qu’il éviterait encore une vraie discussion grâce à Daphné, il se fourrait le doigt dans l’œil. Mais pour l’heure, Tornade passait avant leurs problèmes. Son visage s’était illuminé en découvrant le tacot de Justin dans l’allée et elle avait couru à l’intérieur de la maison pour retrouver son père. Le sourire rayonnant qu’elle avait hérité de son père était devenu aveuglant quand elle avait vu que sa mère était là aussi. Mais c’était dans les bras de son père qu’elle s’était jetée pour un interminable câlin. Pourquoi Justin demeurait-il si raide ? Il avait l’air maladroit, absent… Il avait peine à reconnaître le père de sa fille. On aurait dit un étranger…

 

Avec ses tresses, Tornade ressemblait vraiment à une mini Daphné. C’était comme replonger vingt-cinq ans en arrière. À part la couleur des yeux, il lui semblait être face à son amie à l’époque où ils s’étaient connus. Il n’aurait pas à se forcer pour l’aimer… Elle s’agrippait à lui avec une telle ardeur qu’il sentit une culpabilité irraisonnée monter en lui. C’était tellement injuste pour elle ! Ce petit bout de chou méritait un vrai père, un homme capable de prendre soin d’elle et de l’aimer. Que pourrait-il lui apporter ? Daphné lui avait fait un cours complet sur les goûts de Tornade. Il connaissait ses couleurs, ses histoires et ses parfums de glaces préférés. Mais ça ne faisait pas de lui un père, tout au plus un baby-sitter bien informé… et il n’avait plus fait de baby-sitting depuis sept ans. Merde, il n’avait même pas échangé trois mots avec un individu de moins de quinze ans depuis six ans !

Heureusement, pour l’heure, Daphné était avec lui. Il se sentait plus en sécurité avec elle à ses côtés, ce d’autant qu’elle savait la vérité sur cette situation absurde. Elle pouvait lui éviter de sortir une énormité sans s’en rendre compte. Et surtout, elle était Daphné, sa plus vieille amie… sa seule réelle amie. Même s’il n’était plus l’homme qu’elle connaissait, elle demeurait la femme avec qui il avait grandi… Avec sa mère, Daphné était la seule personne sur laquelle il savait qu’il pourrait toujours s’appuyer… Pourtant, cela ne l’avait pas empêché de s’éloigner d’elle à New York.

À l’époque, cela lui avait semblé la bonne chose à faire… En fait, il ne supportait plus la désapprobation qu’il sentait dans chaque mot qu’ils échangeaient. Comme quand il avait été avec Ethan, Daphné n’avait pas manqué de lui dire qu’il se fourvoyait en laissant Eddie faire de lui la coqueluche de New York. Aurait-il pu agir autrement ? Il n’avait plus rien. Brian l’avait vidé de l’intérieur. Il était brisé, humilié… Il avait voulu reprendre le contrôle de sa vie... Ne plus jamais laisser personne avoir de prise sur lui… Dans cette entreprise, il avait coupé tous les ponts de sa vie passée, il avait abandonné Daphné, négligé sa mère, ignoré sa sœur…

Il avait toujours su qu’entre les mains d’Eddie, il était devenu un être assez peu estimable. Il lui suffisait de regarder les œuvres qui naissaient sous ses doigts. Quand il était face à ses toiles, il lui semblait être Dorian Gray face à son portrait défiguré. La corruption de son âme s’y affichait en couleurs criardes. Il tentait de ne pas y prêter attention, mais Brian lui avait jeté en pleine figure ce que tous auraient dû voir. Il était un artiste raté, vide et suffisant. Pire encore, il utilisait la cause des homosexuels pour faire sa publicité auprès de riches qui voulaient s’acheter une bonne conscience à bon compte.

L’autre Justin était peut-être un clochard avec ses fringues sorties d’une friperie et sa poubelle ambulante, mais il était certainement un bien meilleur ami, fils et frère qu’il ne l’était… Il était le père que Tornade méritait. Lui n’était qu’un pâle ersatz, mais il allait faire de son mieux pour elle…

 


kaori78  (14.12.2014 à 20:35)

La soirée s’était déroulée sans encombre. Ils étaient tombés d’accord pour aller chercher des frites… ou plus exactement Tornade et Daphné avaient réclamé des frites, Brian avait râlé sur les méfaits de la malbouffe et lui avait haussé les épaules. Devant un tel front, Brian avait rouspété et réclamé qu’on lui ramène une salade. Justin avait donc réussi à éviter un peu plus Brian en allant avec Tornade et Daphné chercher les dites frites. Heureusement qu’il n’avait pas eu besoin de faire le repas. Visiblement dans cette vie, l’autre Justin adorait se mettre aux fourneaux quand il en avait le temps. Lui n’avait plus touché une casserole depuis au moins cinq ans. Il se souvenait avoir apprécié de faire la cuisine autrefois. Mélanger les épices, les saveurs pour obtenir un résultat si différent des produits initiaux, c’était une forme de création. Mais quand on ne cuisinait que pour soi même, on se lassait vite. Et depuis des années, il avait les moyens de se payer les traiteurs les plus raffinés de New York.

Ils avaient passé le dîner à écouter Tornade pester contre un certain Tommy qui avait encore essayé de l’embrasser et qui avait voulu lui soulever la jupe au parc… Décidément, les enfants de cinq ans étaient de plus en plus pervers ! Il avait finalement réussi à la coucher après avoir regardé avec elle des comics offerts par Michaël. Même si elle ne savait pas encore lire, elle adorait regarder les dessins de la vraie Tornade avec les autres X-men… En découvrant sa chambre, il s’était même un instant demandé si elle n’était pas la fille de Michael. Les murs étaient recouverts d’une immense frise – que son alter ego avait probablement peint lui-même – présentant les héros de comics dans diverses aventures : Tornade et les X-men côtoyaient Wonder-woman, le Capitaine Astro et même Rage et JT ! Enfin, c’était toujours mieux qu’une chambre de princesse au rose bonbon vomitif.

Mais malgré ses efforts, cette enfant sentait que son père n’était pas tout à fait là.

- Tu es bizarre ce soir, papa, dit-elle alors qu’il rangeait les albums dans la bibliothèque.

- Je suis un peu fatigué, ma puce… »

- Je suis pas une puce ! Les puces, c’est dégoûtant et tout petit !

Elle avait un air courroucé absolument adorable.

- Excuse-moi, chérie ! Tu vois que je ne sais plus ce que je dis. Ça prouve qu’il est temps de dormir.

Elle plissa légèrement sa bouche puis passa ses bras autour de son cou.

- Tu dis à daddy et à maman de venir me faire un câlin avant ? avait-elle demandé en frottant ses yeux clairs à moitié fermés.

 

Justin poussa un grand soupir en refermant la porte. Comment allait-il s’en sortir ? Il était complètement nul dans ce rôle de père. Il allait finir par sortir une énormité et Tornade aurait le cœur brisé… Il fallait qu’il retourne dans sa vraie vie… Une vie sans souci, sans enfant, sans ami, sans…

Une main agrippa son poignet et avant qu’il ait compris ce qui lui arrivait, il fut poussé dans une pièce obscure et plaqué contre le mur par un corps puissant qu’il ne reconnut que trop bien. Sans lui laisser la moindre échappatoire, Brian emprisonna ses lèvres dans un baiser brûlant… Tout s’effaça autour de lui… Il avait dix-sept ans à nouveau… Son corps était en ébullition, son esprit se perdait, son cœur explosait… Plus rien n’existait que luiBrian… Il le laissait dévorer ses lèvres… Non, il dévorait ses lèvres également… Il n’en avait jamais assez… Le goût de cet homme… Il n’avait jamais pu l’oublier… Il avait imprégné sa bouche… son corps… Il le voulait tellement… Il le voulait tout entier… Sa bouche, sa langue, son sexe… Il sentait le sexe de Brian tendu contre son ventre… Il en voulait plus… Il le voulait en lui… En dépit de toute logique, ses hanches se pressaient contre celles de Brian pour accentuer la sensation de leurs sexes malgré l’épaisseur du tissu… Il le voulait en lui… dans sa main… dans sa bouche… dans son cul… Il le voulait partout… Jusqu’à disparaître en lui…

- Tu as envie que je te baise ? souffla Brian en abandonnant sa bouche pour attaquer son cou… juste sous l’oreille… là où il savait que cela le rendait fou.

Il ne fallait pas… Il devait lui dire d’arrêter… Il serait perdu s’il laissait Brian entrer en lui… Pourtant, il n’y avait rien qu’il désirât davantage… Brian déboutonnait son pantalon… ouvrait la braguette…

- Tornade… elle est… parvint-il à balbutier.

- Ce ne sera pas la première fois que tu me mordras pour étouffer tes cris…

- Daphné…

- Elle nous a déjà vu un demi-million de fois… Au pire, elle ira chercher du pop-corn et regardera…

- Brian, il…

Ses derniers mots se perdirent dans un gémissement quand les doigts de Brian se glissèrent dans son caleçon… Il était perdu… Il n’était plus qu’une boule de désir prête à exploser sous les caresses de cet homme… Il empoigna ses épaules… Il tenait à peine debout… C’était comme si la terre s’était retournée sur son orbite et que la seule chose qui demeurait en place était Brian…

- Je vais te baiser… Je vais te baiser si fort que tu me sentiras encore demain matin…

Son pantalon et son caleçon gisaient sur le sol avec les derniers lambeaux de sa volonté… Il ne pouvait pas résister à cet homme… Il n’avait jamais pu…

- Daddy ! Mon bisou !

La voix était lointaine mais assez distincte pour les figer instantanément…

- Merde ! grogna Brian contre son épaule. Rappelle-moi pourquoi on a fait un enfant…

- Elle t’attend… fit-il le souffle court.

- Ouais, dit Brian d’un air résigné. Mais tu ne perds rien pour attendre !

Quand il le libéra de son étreinte, Justin était reconnaissant à ce mur d’être toujours en place. Sans lui, il se serait effondré comme le chiffon de nerfs qu’il était devenu… Si Tornade ne l’avait pas appelé, Brian serait en lui à cet instant… sans préservatif en plus… Seigneur, comment allait-il survivre à cette aventure ? Brian en lui… comme autrefois… comme quand il était heureux… comme quand il avait une raison de vivre… Les souvenirs déferlaient en lui. Son corps se les rappelait encore distinctement. Il n’avait fallu que les caresses de Brian pour les raviver…

La première nuit – cette nuit qui avait changé sa vie pour toujours –, Brian avait dit que, quel que soit l’homme avec lequel il serait à l’avenir, lui serait toujours là… et il avait raison, ce salaud ! Il avait marqué son corps à jamais. Il n’avait jamais laissé personne entrer en lui depuis que Brian l’avait repoussé… ni dans son cœur ni dans son corps.

Il ressentait encore l’allégresse avec laquelle ils avaient fait l’amour ce dernier jour. Il était si heureux. Il savait où il allait. Il n’allait plus le quitter. C’en serait fini des baises entre deux avions. Ils ne se quitteraient plus. Ils baiseraient encore le lendemain, et le surlendemain, et le mois suivant et encore le suivant… Ils ne seraient plus séparés… C’en serait fini de ce vide qu’il ressentait à chaque départ… Il y avait tellement cru… Il l’avait tellement aimé… Pourquoi l’avait-il rejeté ?

Il refoula les larmes qui n’étaient plus montées à ses yeux depuis six longues années sans vie pour les étouffer sous sa colère et sa rancœur. Il haïssait le Justin de cette vie. Il le haïssait pour sa vie parfaite et son bonheur écœurant. Pourquoi avait-il eu droit à une vie de châtelain, à une petite fille adorable et à un Brian amoureux ? Pourquoi ne lui était-il resté qu’Eddie et les critiques d’art flagorneurs ? Pourquoi son Brian lui avait-il refusé ce bonheur ? Pourquoi l’avait-il rejeté ?

 


kaori78  (19.12.2014 à 20:01)

Brian adorait sa fille. Pour elle, il était prêt à jouer les papas modèles à la sortie de l’école. Il avait promené son landau dans les rues de Pittsburgh sacrifiant les derniers lambeaux de sa réputation d’étalon. Il avait eu les yeux cernés et la mine grisâtre pendant des mois avant qu’elle fasse ses nuits. Et il ne regrettait rien. Il lui aurait tout sacrifié : sa voiture, son testicule restant, ses meubles de créateurs et ses costards Armani. Mais putain, n’aurait-elle pas pu trouver un autre moment pour lui réclamer un bisou de bonne nuit ? Pour la première fois depuis trois interminables journées sans sexe, il avait eu l’impression de retrouver son Justin… Il avait senti à nouveau la chaleur de son désir, la passion de ses baisers… Le feu qui les avait consumés dès le premier jour – ou plutôt dès la première nuit – était toujours là. Il n’aurait pas su dire à quel moment il était tombé amoureux de Justin, il avait été trop longtemps dans le déni de ses sentiments pour réellement savoir quand ce garçon sexy et courageux était devenu plus qu’un sexfriend. Par contre, il savait que, dès le premier baiser, il avait eu Justin dans la peau. Même quand tout lui disait de jeter ce gosse à la porte, il n’avait jamais su résister à sa bouche, à sa peau, à son corps… Il n’avait jamais pu résister au désir de Justin.

Sa seule consolation était que Justin était tout aussi incapable de résister que lui. Même quand il jouait les petits amis heureux avec l’autre violoneux au nom à coucher dehors, il était tout pantelant de désir en sa présence. Brian le revoyait ce soir où ils avaient regardé son projet d’affiche pour le carnaval du centre des gays et lesbiennes coincés du cul. Justin se tenait à distance raide comme un piquet comme si sa proximité allait suffire à le faire s’embraser de désir… En fait, ce soir, Justin avait eu la même attitude , évitant même soigneusement de se trouver seul avec lui, mais quand Brian avait réussi à le coincer dans une de leurs dizaines de chambres d’amis, ça avait été un feu d’artifice… Bon sang, Justin l’avait embrassé avec une ferveur si désespérée qu’il en était encore retourné ! Le désir qu’il ressentait toujours pour ce jeune homme qui avait bouleversé sa vie n’en avait été que plus dévastateur. Si ça n’avait tenu qu’à lui, il ne l’aurait plus lâché jusqu’au matin. Tant pis pour Daphné qui était toujours au salon, il aurait baisé Justin pendant des heures. Il l’aurait baisé jusqu’à ce qu’ils oublient les limites mêmes de leurs corps, jusqu’à ce qu’ils explosent tous les deux en mille étincelles, jusqu’à ce que sa bite et le cul de Justin soient recrus de douleur… Mais Tornade avait voulu un bisou.

Ce n’était pas la première fois qu’ils étaient interrompus. C’était le cruel destin des parents ! Mais d’habitude, il savait qu’après le bisou à Tornade, il aurait retrouvé Justin sur le lit, ou dans leur gigantesque baignoire ou dans tout autre lieu excitant de leur immense manoir, mais toujours complètement nu. À la place de son amant dévêtu, il avait retrouvé son compagnon totalement habillé à table avec Daphné évitant soigneusement son regard. Ça ne pouvait pas durer !

- Daphné, tu veux bien aller vérifier que Tornade est endormie ? J’ai quelques mots à dire à Justin.

Daphné comprit aussitôt qu’elle pouvait passer la nuit dans la chambre qu’ils lui avaient attribuée et où elle dormait de temps en temps depuis sa grossesse mais que sa présence avec eux n’était plus souhaitée pendant les prochaines heures. En passant, elle embrassa doucement Justin sur la joue et sembla lui murmurer quelque chose à l’oreille. Elle savait sûrement ce qui se tramait dans sa jolie tête blonde, mais il était clair qu’elle ne dirait rien.

- C’était très grossier, Brian ! fit Justin quand Daphné fut sortie.

- C’était certainement moins grossier que de me planter comme tu l’as fait ! À quoi tu joues ?

- À quoi je joue ? Excuse-moi de ne pas abandonner ma meilleure amie parce que tu as envie de me baiser à cinq mètres de la chambre de notre fille ! Tu aurais sans doute préféré que je t’attende plaqué contre le mur le cul à l’air !

- Arrête ça, Justin ! Tu avais autant envie de baiser que moi ! Et Daphné nous connaît assez pour ne pas s’en formaliser ! Pourquoi depuis trois jours tu fuis dès que tu risques de te retrouver seul avec moi ? Si tu ne veux pas baiser, très bien ! Si tu ne veux plus de moi, très bien ! Mais bordel, dis-moi ce qu’il y a ! Tu ne me dois rien sauf l’honnêteté !

Justin fixa un long moment ses doigts qu’il tordait nerveusement avant de répondre d’une voix hésitante :

- Je ne suis pas moi-même en ce moment… Ça n’a rien à voir avec toi… J’ai juste besoin de me retrouver seul.

- Stop ! explosa Brian. Épargne-moi ce type de conneries vides de sens !

En un instant, il avait saisi le poignet de Justin et avait levé le jeune homme de sa chaise. Ils étaient à présent face à face… Justin détournait les yeux et essayait de se dégager, mais il ne le laisserait pas partir sans avoir une réponse.

- Qu’est-ce que tu veux ? Arrête de fuir et dis-moi la vérité !

- Lâche-moi, Brian…

- Pourquoi ça ? demanda Brian en pressant davantage la taille de son amant contre la sienne pour frotter leurs bassins l’un contre l’autre. Tu n’aimes pas que je te touche ? Tu n’aimes pas me sentir contre toi ?

- Arrête ça…

Justin le repoussait déjà, mais Brian avait clairement senti son désir. Justin avait beau lutter, il avait toujours envie de lui… Mais bordel, pourquoi luttait-il ? Il se comportait de la même façon que quand il voyait Ethan… Bon sang ! Il avait presque réussi à oublier ce maudit prénom... et il avait presque réussi à oublier la douleur qu’il avait ressentie à l’époque… Merde, il avait tout faux ! Il avait cru que Justin ne le désirait plus, mais en fait, il était tombé amoureux d’un autre. Le petit con ! Comment osait-il se jouer de lui ainsi ? Non seulement il le transformait en mari trompé, ce qui quand on ne s’est jamais juré fidélité est déjà une gageure, mais en plus il se comportait avec lui comme une épouse vertueuse avec un galant trop entreprenant !

Ses mains emprisonnèrent le visage pâle de Justin le forçant à ne pas détourner le regard… Il avait l’air tellement perdu que Brian en aurait été bouleversé si son cœur n’avait été si douloureux. Il aurait voulu meurtrir ces lèvres de ses baisers… Il aurait voulu le dévêtir complètement pour reprendre possession de ce corps qui le rendait fou… Il aurait voulu mordre cette peau claire avec passion… Il aurait voulu le baiser à même le sol jusqu’à lui faire oublier cet homme qui l’éloignait de lui… Il aurait voulu le marquer comme sien pour qu’aucun autre ne puisse jamais le lui arracher… Il avait déjà ressenti ça par le passé, mais il avait grandi depuis. Ils étaient des adultes maintenant et ils avaient un enfant. Ils résoudraient ça en adultes et non pas comme des adolescents en rut.

- Il y a quelqu’un d’autre, n’est-ce pas ?

Les yeux de Justin s’écarquillèrent dans une stupéfaction non feinte… Imaginait-il donc que son comportement ne le trahirait pas ?

- Quoi ?

- Tu as rencontré un autre homme et tu en es tombé amoureux.

- Amoureux ?... Je suis tombé amoureux ?

Une ombre étrange avait voilé le regard de Justin alors qu’il répétait ces mots comme s’il s’agissait d’une langue étrangère.

- Tu crois que j’aime quelqu’un d’autre ? continuait-il.

- C’est assez évident, non ? répliqua Brian avec une assurance qu’il était loin de ressentir.

- Évident ? Ça te semble évident ?

La voix de Justin montait dangereusement alors que ses yeux ne se détournaient plus mais brillaient d’un éclat furieux.

- Tu es un connard, Brian ! Mais qu’est-ce que tu crois ? Il n’y a jamais eu personne d’autre ! Je n’ai jamais pu aimer un autre que toi, même si ça nous aurait simplifié la vie à tous les deux ! Depuis le jour où tu m’as ramassé sur Liberty Avenue, ça a été foutu pour moi ! Cela ne peut être que toi ou personne !

- Alors à quoi tu joues depuis quelques jours ?

- Je ne joue à rien ! J’ai besoin d’être tranquille ! Mon cul n’est pas non plus à ta disposition ! Comme tu l’as dit, il n’y a pas de verrous à nos portes. Si tu ne peux pas te passer de baiser pendant deux jours, il y a certainement plein de volontaires prêts à te soulager !

- Très bien ! Pour une fois, tu garderas Tornade !

Sur ces mots, il quitta la pièce, prit son manteau et partit pour Pittsburgh.

 

Au fur et à mesure qu’il s’approchait de Liberty Avenue, sa colère s’apaisait et les mots de Justin pénétraient lentement dans son esprit embrumé. Il n’y a jamais eu personne d’autre ! Justin avait bien des défauts. Il était buté, impatient, exigeant… Mais ce n’était pas un menteur. Je n’ai jamais pu aimer un autre que toi, même si ça nous aurait simplifié la vie à tous les deux ! Justin pouvait mentir par omission, comme lui-même le faisait parfois, mais il ne lui aurait jamais dit qu’il n’y avait que lui s’il y avait eu un autre homme. Quel que soit le problème ou la personne qui l’éloignait de lui, ce n’était pas un autre amour.

Depuis le jour où tu m’as ramassé sur Liberty Avenue, ça a été foutu pour moi ! Que voulait-il dire par là ? Justin en avait bavé avec lui, c’était évident ! Pourtant, jamais il n’avait dit un mot laissant entendre qu’il aurait préféré ne pas l’aimer… pire, ne pas le connaître !... Tout semblait aller si bien entre eux. Après les difficultés de la première année de Kayla, ils avaient retrouvé un équilibre. Ils s’étaient même mariés lors d’un voyage à New York. Il pensait que Justin était heureux avec lui. Son travail l’enthousiasmait. Si ses peintures n’atteignaient pas la notoriété qu’elles méritaient, son talent était flamboyant. Le sexe entre eux était époustouflant, et Tornade… Cette enfant le comblait. Pourquoi donc du jour au lendemain Justin semblait-il aussi désespéré ? Cela dépassait l’entendement !

Cela ne peut être que toi ou personne ! Malgré lui, une étrange chaleur irradiait son cœur à l’idée d’être le seul homme à compter pour Justin. Ce n’était plus un adolescent s’amourachant de son premier coup, c’était un homme qui savait ce qu’il voulait et qui n’avait jamais voulu que lui… Mais bon dieu, il l’avait eu ! Il appartenait à Justin comme il n’aurait jamais cru appartenir à qui que ce soit ! Qu’est-ce que Justin pouvait vouloir de plus ? Pourquoi était-il fuyant, irritable et désespéré ?... Son sang se glaça tout d’un coup… Lui-même avait eu un comportement semblable dans le passé… Ce burn-out sorti de nulle part… Ces deux semaines d’arrêt maladie… Non, pas ça… pas lui… pas lui…


kaori78  (06.01.2015 à 21:16)

Ce soir-là, Daphné se retint à plusieurs reprises de se pincer tant le spectacle qu'elle avait sous les yeux lui semblait surréaliste. Voir un autre Justin débarquer d’un monde parallèle où il était seul, riche et infect était des plus perturbants, mais voir Justin distant avec Brian était de la science-fiction pure. Depuis plus de dix ans, elle ne les avait jamais vus ensemble dans une pièce sans se toucher, s’effleurer, se caresser, s’embrasser… voire davantage. C’était comme s’ils ne pouvaient pas se retenir, comme s’ils avaient un besoin vital de contact… Pour Daphné, ils représentaient l’amour. Ils étaient insupportables, exaspérants, désespérants parfois. Ils étaient tellement bourrés de défauts qu’il lui aurait fallu une journée entière pour tous les énumérer. Mais quand ils étaient ensemble, il se dégageait d’eux une forme de perfection. C’était peut-être un peu pour cela que Daphné n’avait jamais pu rester avec un homme plus de deux mois. Ils avaient placé la barre bien trop haut. Toutes ses relations paraissaient fades à côté de ce couple qu’elle avait sous les yeux depuis ses dix-sept ans.

Pourtant, elle ne regrettait rien. À leur façon non conventionnelle, ils avaient construit une famille à laquelle elle appartenait. Elle avait pensé qu’elle ne serait qu’une mère porteuse pour leur fille. Elle n’avait pas pensé qu’elle serait un jour une maman. Au début de ses études de médecine, lors un stage en psychiatrie, elle avait rencontré des femmes plongées dans la dépression post-partum, voire des femmes que la maternité avait rendues presque folles. Il lui était apparu évident qu’elle n’était pas taillée pour être mère. Contrairement à la plupart des femmes, elle n’en avait même jamais ressenti le désir. Elle n’avait jamais trouvé les bébés ou les enfants déplaisants, mais ils ne l’avaient jamais intéressée non plus. Par contre, elle avait très vite réalisé que Justin avait l’âme d’un père. Il suffisait de le voir avec Gus ou JR pour s’en convaincre… Il était tellement injuste que la paternité lui soit interdite quand une maternité dont elle n’avait que faire était pour elle si facile. Un matin, alors que Justin lui racontait leur week-end au zoo avec Gus, cela lui était apparu comme la chose la plus juste à faire : elle lui avait proposé de porter son enfant.

Mais Brian et Justin ne l’avaient pas considérée juste comme une mère porteuse. Ils ne l’avaient jamais poussé à avoir un rôle dans la vie de Kayla, mais ils lui avaient laissé un espace qu’elle était libre de prendre ou pas. Pendant sa grossesse, ils avaient aménagé pour elle une sorte de petit appartement dans deux chambres communicantes de leur énorme manoir. Elle pouvait vivre chez eux tout en ayant un espace personnel avec des placards, un bureau, une petite cuisine et même une entrée indépendante. Elle n’avait aucune obligation de venir, l’espace était là pour elle. Elle pouvait l’utiliser tant pour ne pas avoir besoin de faire la route jusqu’à Pittsburgh quand elle travaillait tard le soir avec Justin que quand elle voulait voir Tornade… Sans qu’elle s’en rendît vraiment compte, de soirées de famille à week-end ensemble, elle était devenue la mère de sa fille.

Ils étaient tous les quatre heureux quand cet étrange Justin avait atterri dans leur vie et tout semblait remis en question. Cet homme faisait des efforts avec Tornade… et Daphné devinait qu’il était déjà sous le charme de ce petit tourbillon de cinq ans. Le problème était Brian. Non seulement Justin ne le touchait pas, ne serait-ce pour un baiser de bonjour, mais il évitait même de croiser son regard. Il avait saisi tous les prétextes possibles pour passer le moins de temps possible en sa présence : il était sorti chercher le repas, avait couché Tornade… Mais Brian était au bord de l’implosion et elle n’avait pas été étonnée de le voir quitter la table quelques minutes après que Justin soit allé border Tornade. Mais moins de cinq minutes plus tard, Justin était revenu l’air défait (et les vêtements un peu aussi). Elle avait espéré que l’explication que Brian avait exigée juste après arrangerait un peu les choses, mais elle avait entendu le bruit du moteur du quatre-quatre démarrer… Il fallait qu’elle fasse quelque chose. Elle n’allait pas laisser une anomalie quantique détruire sa famille.

Dans le salon, Justin semblait prostré sur sa chaise, mais il s’anima dès qu’il la vit.

- Je ne peux pas, Daphné ! J’ai essayé, mais je n’y arrive pas…

- De quoi tu parles ?

- De tout ça ! De cette vie ! De Brian ! Je n’y arriverai pas ! Il faut que je parte ! Je ne peux pas rester…

- Stop ! Tu te calmes, tu respires un grand coup et tu me dis où est le problème.

- C’est moi le problème ! Je ne peux pas vivre avec Brian ! Je ne peux pas faire semblant d’être son mari ! Ce n’est pas ma vie !

- Alors, ne fais plus semblant : dis-lui la vérité.

- Tu es sérieuse ? Comment pourrait-il croire une histoire aussi dingue ?

- Je t’ai bien cru.

- Tu es psy et tu as toujours été un peu dingue. Si j’en parle à Brian, il croira soit que je me fous de lui, soit que je suis devenu fou.

- Alors, fais semblant !

- Je ne peux pas !

Ses mots furent coupés par le bruit d’une voiture pénétrant dans l’allée. Un éclat de panique passa dans les yeux de Justin.

- Il revient déjà. Je ne peux pas lui faire face à nouveau. Il faut que je parte.

- Va te coucher et fais semblant de dormir.

- Dans son lit ! Non !

- Installe-toi dans une chambre d’ami ! Je vais m’occuper de Brian. Il ne s’en prendra pas à ta vertu.

Justin disparut non sans même répondre à sa dernière pique… Bon sang, mais que lui était-il arrivé ? Où était passé le Justin capable de défier une école entière pour affirmer qui il était ? Où était le Justin capable de coller des affiches face à un commissariat pour lutter contre un chef de la police homophobe ? Où était surtout le Justin si éperdument amoureux qu’il était prêt à braver tous les obstacles pour se frayer un chemin jusqu’au lit et au cœur de l’homme le plus insaisissable de Pittsburgh ? Il n’en restait plus qu’une ombre terrifiée à l’idée d’ouvrir à nouveau son cœur à celui pour lequel il aurait été capable de déplacer des montagnes. Dans quel abîme de douleur son Brian avait-il jeté pour qu’il y ait perdu jusqu’à son courage ?... Pourtant, elle devinait que Justin n’aurait pas été si terrifié si Brian n’avait pas commencé à se frayer un chemin dans le tombeau de glace où il avait enterré son cœur. Brian pouvait le ramener, mais ce Justin était tellement fragile qu’il suffisait d’un rien pour qu’il ne s’évapore entre ses mains.

- Où il est ?

Brian n’avait même pas pris la peine de retirer son manteau. Il semblait furieux et déterminé. L’empêcher d’atteindre Justin serait aussi aisé que d’arrêter une locomotive dévalant une pente à pleine vitesse.

- Il est allé dormir et il a besoin de se reposer.

Une expression terrible passa sur son visage.

- Qu’est-ce qu’il a ?

- Il est fatigué et il a besoin de…

- Arrêtez tous les deux ! Mais il va me dire ce qui se passe…

- Il n’est pas dans votre chambre. Il s’est enfermé dans la chambre d’ami.

- Merde ! Dis-moi ce qu’il a ou je te jure que je n’hésiterai pas défoncer la porte !

- On a un travail très stressant, tu le sais…

- Et je sais que Justin adore ce travail ! On n’a pas un burn-out du jour au lendemain ! Il y a autre chose et vous avez décidé de me le cacher !

Elle ne l’avait jamais vu ainsi. Ses propos étaient décousus, ses mouvements mal contrôlés… Au-delà de la colère, elle sentait qu’il avait peur… réellement peur.

- Brian, écoute…

- C’est un cancer ?

- Quoi ?

- Il a un cancer ?

- Pas du tout, d’où…

- Alors quoi ? Il a une maladie grave…

- Mais Brian…

Il ne la laissait même pas achever ses phrases. Il était complètement frénétique.

- Écoute, Daphné… Tu m’écoutes : il n’y a pas d’amitié ou de secret médical qui tienne, si Justin a une maladie grave, tu dois m’en parler. Tu n’as pas le droit de me le cacher.

Il avait planté son regard dans le sien. Dans ses prunelles brûlait une volonté farouche. Il enflammerait le monde pour Justin.

- Il n’est pas malade, je te le jure.

- Daphné…

Le ton était clairement menaçant.

- Je te le jure, Brian. Justin n’est pas malade. Il est juste perdu et désemparé…

- Mais pourquoi, bordel ? explosa Brian. Il m’a assuré qu’il n’y avait personne d’autre, alors quoi ? Il fait sa crise de la trentaine ? Même moi, j’ai mieux géré mes trente ans.

- Je ne peux pas t’en dire plus, mais il y a deux choses dont tu ne dois pas douter : Justin est en bonne santé et tu es le seul qui compte pour lui. Il ne sait plus où il en est, mais il n’y a que toi. Il a besoin de temps et de patience. Je sais que c’est compliqué pour toi, mais il est vraiment fragile en ce moment. Montre-lui que tu es présent et que tu l’aimes sans être envahissant ou entreprenant… Laisse-le revenir vers toi sans le brusquer.

 


kaori78  (30.01.2015 à 14:32)

Quand la sonnerie du téléphone résonna pour le réveiller, il sembla à Justin qu’il venait tout juste de trouver le sommeil. Entre la trop grande proximité de Brian et les événements des derniers jours, et tout particulièrement ceux de la veille, il était resté de longues heures les yeux ouverts dans la chambre sombre à revoir défiler la soirée… Daphné, Kayla et Brian… toujours Brian… Les mots qu’il avait lui-même prononcés n’avaient cessé de tourbillonner dans son esprit. Cela ne peut être que toi ou personne ! Il savait bien qu’il avait renoncé à l’idée même de se lier à quel qu'être que ce soit quand Brian l’avait rejeté, mais il s’était même refusé à y penser. Il avait noyé sa souffrance dans le sexe et l’ambition, agrémentés d’un peu d’alcool et de cannabis, jusqu’à oublier même son existence… jusqu’à oublier même qui il était… Mais la veille, face à Brian, la vérité qu’il avait évitée de regarder pendant plus de six ans avait jailli de ses lèvres : il n’aimerait jamais que Brian. Son cœur était à Brian… du moins tant que ce cœur n’était pas qu’un organe mort ne servant qu’à irriguer un corps sans âme, il ne pouvait battre que pour cet homme.

Il se souvenait d’un très vieux numéro de Rage qu’il avait dessiné quand il tentait de reconquérir Brian après sa lamentable aventure avec Ethan. Le cœur de Rage avait été congelé par un de ses nombreux ennemis. JT l’avait ramené à la vie par une phénoménale fellation… À l’époque, il avait espéré que la réalité rejoindrait la fiction et qu’il réchaufferait bien vite le cœur glacé de Brian… Aujourd’hui, rien ne l’effrayait plus que l’idée que Brian ne réussisse à raviver son cœur… Et pour son malheur, Justin sentait qu’il commençait à y parvenir… Cette saleté d’organe inutile n’avait pas été aussi douloureux depuis des années. Pourtant, il ne pouvait pas se permettre de se laisser aller… Retomber amoureux de Brian était hors de question. Sa santé mentale n’y survivrait pas… Mais une petite voix lui susurrait insidieusement que c’était un combat perdu d’avance. Perverse et vicieuse, la voix ajoutait qu’il ferait mieux de profiter du moment présent et surtout du corps de Brian, qu’aucun des mecs qu’il avait baisés depuis six ans – et qui étaient assez nombreux pour remplir un stade – n’avait réussi à lui faire ressentir un dixième du plaisir que Brian savait lui procurer… Même les rapides caresses de la veille l’avaient fait davantage vibrer qu’une centaine d’orgasmes new-yorkais. Non, il ne devait plus y penser.

Il attrapa rageusement le téléphone qui sonnait toujours. Cette sonnerie était aussi merdique que ce téléphone. Il mit cinq minutes à trouver comment l’arrêter… Il avait déjà passé plus d’un quart d’heure la veille à trouver comment régler le réveil. Une partie de lui souhaitait hiberner jusqu’au départ de Brian, mais il ne voulait pas que Tornade voie que ses parents n’avaient pas dormi ensemble… Merde, il commençait à penser comme un père !

Il se rhabilla des vêtements de la veille. Il irait se doucher et se changer quand Brian serait parti. Tant que Brian n’était pas à une distance respectable – soit au moins une dizaine de kilomètres –, il ne serait pas raisonnable de retirer son caleçon… Daphné n’avait pas tort, il s’était transformé en vierge effarouchée. Il était ridicule.

Prenant son courage à deux mains, il rejoignit la cuisine. De dos, Brian préparait des œufs. Il n’était vêtu que d’un jean mal boutonné… Comment un homme pouvait être aussi sexy avec une casserole ? Il avait dépassé la quarantaine, mais il était aussi attirant qu’à trente. Justin sentait sa bouche se dessécher alors que son regard courait sur la musculature de ce dos, sur le jean qui glissait négligemment sur ses hanches et plus bas… Reprends-toi, bon sang ! se tança-t-il. Cette peau légèrement brunie qu’il savait douce et ferme… S’il ne se calmait, il allait se retrouver nu sur le buffet à servir de petit-déjeuner à Brian… à moins qu’il n’allât baisser ce jean qui ne demandait que cela pour prendre son petit-déjeuner à même le corps de Brian…

- Tu as bien dormi ? demanda Brian avec en se retournant.

Putain, qu’il était beau… « Le visage de Dieu, » avait-il dit le premier matin… La beauté du diable, plutôt ! s’invectiva-t-il pour garder un minimum de contenance… C’était sans doute vain. Au léger sourire qui flottait sur les lèvres de Brian, il devinait que son désir se lisait sur son visage.

- Tu n’as pas changé de vêtements, nota Brian.

- Je…

Merde, il était ridicule… Il n’était plus un adolescent énamouré !

- Tornade n’est pas réveillée ?

- Tu la connais ! On est en semaine donc elle dort comme un loir. Par contre, ce week-end, elle sera debout à sept heures.

- Je vais aller la réveiller…

Il aurait usé de n’importe quel prétexte pour ne pas rester plus longtemps seul avec ce dieu grec… Heureusement, Brian ne fit rien pour le retenir… Le déjeuner se passa sereinement. Il accompagna Tornade à l’école avec Daphné à bord de la Tornade-mobile… Cette voiture était grotesque, mais sa fille en était dingue et il eut un franc succès devant l’école. Puis, il rentra dans la maison désertée et, après s’être douché et changé (et avoir par la même occasion découvert la salle de bain digne de thermes romains avec même un jacuzzi), il se plongea dans le travail de l’autre Justin.

À New York, sa vie se composait d’un peu de travail et de beaucoup de représentation. Là, c’était l’inverse. Mais ce n’était pas pour lui déplaire. Au contraire, cela lui évitait de penser à Brian… enfin, de trop penser à Brian. Il était toujours présent dans un coin de sa tête… en espérant que ce ne soit pas dans un coin de son cœur.

Les jours s’écoulèrent ainsi. Il avalait les ouvrages sur l’art thérapie, potassait les notes prises par son alter ego ces dernières années… Bon sang, comme cela semblait difficile ! Heureusement Daphné l’aidait autant que possible. Le compagnon de Ted était aussi passé le voir. Il travaillait avec l’autre Justin au centre de désintoxication. Cela avait été un peu compliqué. Ils étaient censés être amis, mais il se souvenait à peine de ce Blake. Il se rappelait vaguement du junkie qui était sorti peu de temps avec Ted l’année où il avait rencontré Brian. Il avait entendu dire qu’ils s’étaient remis ensemble au moment de son départ à New York, mais il l’avait à peine croisé à une soirée de Noël chez Debbie avant que Pittsburgh et cette famille peu conventionnelle ne soient rayés de sa vie. Dans ce monde, Ted et ce Blake étaient ensemble et avaient adopté une petite fille de l’âge de Tornade… Qui aurait parié un kopek sur ce couple improbable ? Le comptable complexé et le drogué sexy ? Mais était-ce pire qu’un artiste adolescent amoureux du dieu du sexe de Liberty Avenue ?

Globalement, il s’en sortait bien. Il apprivoisait Tornade, n’avait pas commis de gros impair, devenait de plus en plus proche de Daphné… Quant à Brian, celui-ci avait cessé de tenter de l’approcher. Il n’avait pas protesté lors de son installation dans la chambre d’ami et n’essayait plus de le baiser dans les recoins de l’appartement. Justin avait moins l’impression d’être au bord de la folie à chaque fois que Brian était dans la même pièce que lui. Néanmoins, l’ambiance était lourde de non-dits entre eux. En fait, quand Daphné ou Tornade n’étaient pas là, ils n’échangeaient que des banalités ou de pesants silences. Un soir, il vit Brian rentrer à la maison pendu à son téléphone et vociférant contre Ted et il eut alors une occasion de briser ce silence sans se rendre vulnérable.

 


kaori78  (05.02.2015 à 19:17)

La patience n’avait jamais été la vertu cardinale de Brian. Il était volontaire, fonceur, ambitieux, brillant et sexy, mais il n’était pas patient. Cohabiter avec un Justin abstinent et lointain était une épreuve pour son self-control. Combien de fois avait-il été sur le point d’empoigner son mari, de lui arracher ses vêtements et de faire disparaître sa froideur dans des hurlements de plaisir ? Combien de fois avait-il pensé à défoncer la porte de la chambre d’ami où ce petit con s’était barricadé pour lui prouver que son cul lui serait toujours accessible ? Daphné l’avait expressément enjoint de n’en rien faire. Il n’avait pas l’habitude de se plier aux conseils des autres, mais il s’agissait de la meilleure amie de Justin, psy de surcroît. Surtout, l’attitude de Justin après les rapprochements avortés qu’il avait tentés l’avait convaincu de se fier à Daphné.

Il était le plus charmant possible à la maison et d’une humeur massacrante au travail. Théodore, pourtant habitué à son bon caractère, était même parti en claquant la porte un après-midi et il soupçonnait Cynthia d’avoir demandé aux secrétaires de pisser dans son café. Pour ne rien arranger, il tentait d’obtenir un contrat auprès de la plus grande chaîne de salle de sport de la Côte Est. Malheureusement, le patron était un gosse de riche capricieux et hautain. Rien ne semblait trouver grâce à ses yeux… Si le contrat n’avait pas été mirobolant, Brian l’aurait envoyé se faire voir chez les Grecs… Il devinait que cela n’aurait pas déplu à Evan Raynes. Quand ce crétin était entré dans les bureaux de Kinnetik, son gaydar était aussitôt passé au rouge. Autrefois, il l’aurait baisé dans les toilettes et aurait sans doute empoché le contrat. Mais à présent, en dépit de son abstinence forcée, il n’en avait pas envie. Evan était tout à fait baisable, et s’il l’avait rencontré au Babylon quelques années plus tôt, il l’aurait sans nul doute entraîné dans la backroom. Mais il n’avait aucun goût pour les enfants gâtés… bon, Justin avait des côtés enfant gâté au début, mais il avait aussi des couilles en acier trempé et était le meilleur coup de Pittsburgh en dépit de son inexpérience (d’autant qu’il était un élève doué et studieux dans tous les domaines). Sans conteste, Justin avait toujours été dans une catégorie à part… ce qui rendait d’autant plus insupportable le fait d’être en sa présence sans le baiser.

Le jeudi soir, après une troisième présentation infructueuse auprès d’Evan qui avait simplement dit « Il manque un truc. Vous pouvez faire mieux. On se revoie lundi ! » avant de partir sans même le saluer, il rentra à Britin d’une humeur de dogue. Il était encore au téléphone en train d’enguirlander le chef du département artistique.

- Je sais qu’Evan Raynes est un connard, mais c’est un connard richissime ! tempêtait-il. Tu fais ce que tu veux, tu menaces tes créatifs de plan social ou d’humiliation publique, tu leur promets un énorme bonus ou un week-end à la Barbade, mais tu me trouves l’idée qui mettra ce merdeux tellement sur le cul qu’il nous voudra à n’importe quel prix !

Il raccrocha rageusement pour se retrouver face à un Justin qui pour la première fois depuis près d’une semaine n’avait pas l’air de vouloir fuir à toutes jambes.

- Evan Raynes ? répéta-t-il. Le Evan Raynes qui possède la moitié de New York ?

- Plutôt la moitié de la Côte Est, grogna Brian. Tu le connais ?

- Un peu. C’est un des pédés les plus riches de New York.

- C’est la première fois que je t’entends t’intéresser aux grandes fortunes de ce monde, pédé ou pas…

Il s’interrompit et lui jeta un regard plus appuyé.

- Tu l’as baisé…

- En vitesse, quand je vivais à New York, répondit Justin en haussant les épaules. Ce n’est pas un très bon coup.

- Je veux bien te croire. Il est bien trop fils à papa pour réussir quoi que ce soit par lui-même.

- Tout à fait, mais ne va pas le lui dire si tu veux espérer avoir ton contrat. Il est imbu de lui-même et capricieux. Pour obtenir ce que tu veux de lui, tu dois tenir compte de ces deux aspects. Je sais comment tu es en affaire. Tu es un prédateur. Avec lui, tu dois t’y prendre autrement. Tu ne dois pas essayer de le conquérir mais lui donner l’impression qu’il est le seul à être assez brillant pour te conquérir…

- Je n’ai pas l’intention de l’épouser, tu sais… Mais je me demande si tu n’y as pas songé. Tu as l’air de bien le connaître…

- Ma meilleure amie est psy, je te le rappelle. Et tu sais que j’ai toujours rêvé d’épouser un milliardaire, ajouta-t-il avec un sourire ironique.

Ce n’était pas encore un de ces sourires qui l’éblouissaient toujours, mais c’était la première fois depuis des jours que se dessinait sur ses lèvres quelque chose qui n’était pas une moue pincée. Et ils n’avaient pas échangé autant de mots depuis ce dimanche où il avait fui comme un voleur.

- Tu as dû te contenter d’un millionnaire… Tu serais prêt à m’aider sur cette campagne ?

Justin n’hésita pas longtemps. Pour la première fois depuis le début de cette aventure surréaliste, il parlait avec Brian sans cet horrible malaise qui les étouffait. Il était enfin en terrain connu. Il n’était pas publicitaire, mais il avait passé les dernières années à se vendre. Il ne savait pas comment aider une victime d’agression ou un junkie, il savait à peine s’occuper de sa fille, il ne voulait plus savoir comment aimer Brian, mais il savait comment obtenir ce qu’il voulait des riches prétentieux new-yorkais. Dans ce domaine, il se sentait fort. Il n’avait plus l’impression que le sol risquait de se dérober sous ses pieds… pour le faire tomber dans le lit de Brian.

- Je peux y jeter un œil.

Brian rappela aussitôt son chef du département artistique.

- Ramène tout ce qui a été fait sur la campagne Raynes à la villa… Et je me fiche que ce soit à quarante minutes de route !

 

Ils avaient quasiment passé les quarante-huit heures suivantes à reprendre un par un tous les aspects de cette campagne, dormant à peine et ne s’interrompant que pour s’occuper de leur fille. Même si Justin gardait ses distances physiquement, son marasme semblait avoir disparu. Il n’avait pas retrouvé l’enthousiasme qui le caractérisait quand il travaillait avec Daphné, jouait avec Tornade ou baisait avec lui, mais il n’avait plus l’air d’une coquille vide… Et il était vraiment bon. Justin aurait fait un excellent créatif. Lors de son passage chez Vangard, il n’avait pas montré son talent que dans son bureau (plus exactement sur ou sous bureau). Ces dernières années, il lui avait souvent donné des coups de main sur des campagnes. Mais il avait toujours refusé de travailler pour lui. « J’adore être sous tes ordres, mais je dois faire mon chemin sans toi, » lui avait-il toujours opposé… généralement avant de s’agenouiller pour lui faire une pipe monumentale mettant fin à la discussion de façon imparable. C’était la première fois qu’il concevait pratiquement toute une campagne et c’était brillant. Il avait parfaitement cerné sa cible, les riches prétentieux comme Evan Raynes prêts à payer le prix d’un rein pour un abonnement dans une salle de sport dernier cri.

- C’est génial ! Je ne pensais pas que tu saurais aussi bien caresser dans le sens du poil les bobos milliardaires.

- Leur lécher le cul, tu veux dire, le corrigea Justin avec la même froide ironie avec laquelle il avait conçu cette campagne. Je suis un maître dans ce domaine !

Brian ne put contenir un rire.

- Bien sûr ! Tu serais plutôt doué pour leur foutre un coup de pied au cul… C’est dommage que tu ne puisses le lui présenter. Ce connard serait à tes pieds.

- Ne t’inquiète pas, tu vas le mettre à tes pieds !

- Avec ça, dit Brian en désignant les planches qui s’étalaient devant eux, je n’en ai aucun doute… On ferait mieux d’aller dormir. Même si Daphné est là, c’est nous que Tornade réveillera à sept heures pétantes.

Il était près de deux heures du matin. Justin bâilla légèrement et commença à se diriger vers cette putain de chambre d’ami.

- Viens avec moi, l’arrêta Brian.

L’éclair de peur qu’il avait vu trop souvent chez Justin depuis cinq jours passa dans ses yeux, mais il ne voulait pas laisser une occasion de retrouver un peu l’homme qu’il aimait.

- J’ai bien compris que ta libido était aux abonnés absents et je n’ai jamais forcé personne à baiser avec moi.

Justin demeurait figé à l’entrée du couloir son regard passant de Brian à leur chambre. Après des minutes interminables, il haussa les épaules et dit :

- D’accord.

 


kaori78  (10.02.2015 à 17:46)

Depuis qu’il était à Britin, Justin avait affreusement mal dormi. Toute la semaine, il avait mis de longues heures à s’endormir, se tournant et se retournant dans ce lit trop moelleux. Il s’était réveillé maintes fois sans réellement comprendre pourquoi, mais il soupçonnait des rêves peu catholiques d’avoir hanté ses nuits. En passant la porte de la « chambre conjugale », il s’était dit qu’il faisait une phénoménale connerie. Mais quand il avait posé la tête sur l’oreiller, évitant soigneusement de regarder son « mari » qui se déshabillait, il avait sombré dans un sommeil profond. Sans doute sa fatigue accumulée avait-elle eu raison de ses angoisses, pourtant il lui semblait n’avoir plus aussi bien dormi depuis des années… et il ne s’était pas senti aussi bien au réveil depuis si longtemps qu’il peinait à s’en souvenir.

Il s’était ostensiblement allongé de son côté du lit, presque collé au bord du lit. Mais ce matin, Brian endormi était collé contre son dos, ses bras enserrant sa taille… heureusement, il était habillé et Brian avait eu la bonté de garder un caleçon. Sa raison lui criait de repousser vigoureusement Brian et de courir se mettre à l’abri dans la chambre d’amis. Mais la voix de la raison avait perdu de sa fermeté ses derniers jours et une autre voix grandissait en lui pour lui dire de profiter de cette vie rêvée avec Brian. Il était peut-être coincé dans ce monde pour toujours alors autant en prendre son parti… Mais outre la peur panique qui le saisissait à l’idée d’aimer Brian à nouveau, il se faisait l’effet d’être un usurpateur. Il n’était pas le Justin que Brian aimait, pas plus qu’il n’était le père de Tornade. Il aurait eu l’impression de « voler » Brian à ce Justin qui n’avait pas négligé sa sœur ou abandonné sa meilleure amie, à un homme qui aidait de pauvres gens pour un salaire de misère tandis que lui se vautrait dans une célébrité bien peu méritée. Mais ces deux derniers jours, quand ils avaient travaillé sur cette campagne, il n’avait pas essayé de jouer le Justin parfait et empathique, il avait été lui-même… et cela s’était très bien passé. Brian ne l’avait pas repoussé comme un imposteur. Il lui avait même demandé de revenir dans le lit. Il ne devait donc pas être si différent de l’homme que Brian aimait…

C’était sans doute cette folle idée qui l’avait poussé à accepter de partager son lit… ce qui était encore plus insensé. Si cette nuit Brian l’avait laissé dormir, il savait pertinemment que cela ne durerait pas. Mettre un cul comme le sien dans le lit de Brian et lui demander de ne pas y toucher était aussi irréaliste que de mettre un bonbon sous le nez d’un enfant et de lui dire de ne pas le manger… Oh bien sûr, Brian ne forcerait jamais personne à baiser avec lui ! Il n’en avait pas besoin ! Et Justin savait très bien qu’il suffirait de quelques caresses pour que sa volonté soit consumée par le désir. Il n’avait jamais pu résister à Brian et le pire était qu’il en avait de moins en moins envie… surtout quand Brian le tenait ainsi dans ses bras.

Il était partagé entre l’envie que le temps s’arrête pour rester dans ce cocon de chaleur pour toujours et la peur panique à l’idée d’être à nouveau brisé par cet homme… Avec la respiration de Brian qui réchauffait sa nuque, sa main qui effleurait sa hanche, son bassin pressé contre ses fesses, une troisième émotion montait en lui, très reconnaissable. Des milliers de souvenirs remontaient à sa mémoire. Il y avait eu tant de matins comme celui-là. Combien de fois avait-il saisi la main de Brian pour la glisser sous son caleçon éveillant leurs désirs en même temps que leurs corps ? Combien de fois avait-il pris son petit-déjeuner au lit, à même le corps de Brian ? L’appétit qu’il avait pour cet homme avait toujours été insatiable, et des années plus tard, il avait à nouveau faim de lui, de sa peau dont il n’avait pu oublier la chaleur, de sa bouche dont il n’avait pu oublier le goût, faim de son sexe dont il n’avait pu… Il devait sortir de ce lit. Il ne pouvait pas se laisser aller. Il écarta délicatement les bras de Brian et alla noyer ces pensées sous une douche froide.

 

Évidemment, Justin n’était plus au lit quand il se réveilla. Dire qu’une semaine plus tôt, il aurait sûr de se réveiller avec la bouche de Justin sur sa bite, avec le sexe de Justin dans ses mains ou mieux, avec sa bite dans le cul de Justin… Certes, il aurait dû se satisfaire d’avoir ramené son compagnon dans leur lit, mais merde ! Il voulait Justin complètement ! Devoir se satisfaire de miettes de complicité le rendait fou ! Il voulait sa peau, son cul, sa bite, sa bouche… Ils ne s’étaient même pas embrassés depuis le baiser qu’il lui avait volé… Même pas un ridicule bisou ! Cela allait le rendre dingue ! C’était comme la version gay du supplice de Tantale. Le plus beau cul qu’il ait jamais vu était à sa portée, mais dès qu’il s’en approchait, l’objet de son désir s’éloignait… Il devait se discipliner ! Justin lui revenait doucement. Il lui fallait juste être patient.

La porte de la salle de bain s’ouvrit et ses bonnes résolutions lui parurent totalement irréalistes. Il portait un jogging informe et un vieux tee-shirt délavé, pourtant il était sexy en diable. Ses cheveux étaient humides et légèrement en bataille. Il avait dû les sécher rapidement avec une serviette. À trente ans, il avait toujours l’air d’un adolescent.

- Bonjour, fit Justin d’une voix timide.

Il était tellement beau… Le regard de Brian s’attarda sur les gouttes d’eau qui perlaient sur son visage… Le haut de son tee-shirt était aussi un peu mouillé… Un Justin mouillé était encore plus excitant qu’un Justin sec.

- Tu aurais dû m’attendre pour prendre ta douche, ne put-il s’empêcher de dire.

- Je… j’étais vraiment… balbutiait Justin en rougissant.

Depuis quand rougissait-il face à ses sous-entendus à peine coquins ?

- Tu as fait un super boulot hier soir, reprit-il pour mettre fin à cette gêne dont il espérait s’être débarrassé. Tu es meilleur que mon directeur artistique.

- Ne dis pas de bêtises ! répondit Justin plus à l’aise.

- Sérieusement… Tu sais que tu n’as plus rien à prouver professionnellement. Tu fais un travail extrêmement éprouvant et personne ne te reprochera d’avoir envie de passer à autre chose. Tu sais que Kinnetik est en partie à toi…

- Quoi ?

- Je sais que tu ne voulais pas de ces parts, mais on était convenu que c’était une sécurité pour Tornade. Quoi qu’il en soit, si tu voulais travailler à Kinnetik, je ne serais pas vraiment ton patron.

- Tu voudrais que je travaille pour toi ?

- Évidemment que je le voudrais ! Tu as toujours été plus créatif que la plupart des crétins qui bossent pour moi ! Tu as toujours préféré faire ton chemin sans moi, et je le comprends. Mais si tu changes d’avis et que ton travail est trop pesant, tu sais que ce ne sera pas par bonté d’âme que je t’engagerai mais parce que tu es le meilleur.

Justin se mordit la lèvre d’un air gêné.

- Merci, c’est gentil…

- Non, je ne suis pas gentil. Je suis un homme d’affaires et je sais où est mon intérêt. Je ne te demande pas de réponse tout de suite, mais je voudrais que tu y réfléchisses vraiment. Tu as fait ton chemin sans moi, tu n’as plus rien à prouver. Si travailler pour Kinnetik t’intéresse, ne t’en prive pas pour une histoire de fierté mal placée…

- De fierté mal placée ? ironisa Justin. C’est l’hôpital qui se fout de la charité.

- Qui se ressemble s’assemble, répondit-il en fixant ses yeux clairs.

Bon sang, qu’il avait envie de le renverser sur le lit pour l’embrasser et lui arracher ses affreuses frusques ! Il n’allait pas supporter longtemps une telle frustration ! Pourquoi leur fille ne surgissait-elle pas pour une fois ? Comme si un esprit bienveillant avait eu pitié de lui, ses pensées furent interrompues par le bruit d’une sonnerie de téléphone. Il se jeta dessus pour éviter de se jeter sur Justin.

- J’espère que tu n’as pas oublié que tu déjeunais à la maison, crétin ! le tança une voix féminine bien connue. Je compte sur toi pour nous amener Sunshine ! Ce petit con a fait le mort toute la semaine et Ted a eu la présence d’esprit de me dire qu’il n’était pas bien juste hier ! Tu aurais pu m’en parler, abruti ! Et j’attends Kayla évidemment !

Ce flot de récrimination et cet attrayant programme avaient au moins eu l’intérêt de le détourner de son désir.

- Je vais me préparer, dit-il en se levant. On déjeune chez Debbie.

 


kaori78  (23.02.2015 à 22:04)

Comme tout ce que Justin avait vécu depuis qu’il avait basculé dans cet univers, le déjeuner avec Debbie lui avait semblé surréaliste. Debbie avait tancé Brian pour ne pas lui avoir dit qu’il était souffrant et avait collé une taloche à celui-ci quand il avait dit qu’il avait veillé à protéger Justin de l’ouragan Novotny. Il avait revu Michael, Ben – qui avait un peu maigri mais semblait toujours en forme –, Emmett avec un nouveau petit-ami et Ted et Blake avec une petite fille du nom de Violetta, à peu près du même âge que Tornade. Il aurait été bien en peine de deviner s’ils l’avaient adoptée ou eue par une mère porteuse, mais il ne pouvait guère poser la question. Quoi qu’il en soit, elle et Tornade s’entendaient comme larrons en foire et ils avaient eu toutes les peines du monde à les canaliser le temps du repas.

Justin n’avait plus vu tous ces gens depuis plus de six ans, mais il s’était senti en famille. Cela avait ravivé sa culpabilité. Six ans plus tôt, il avait tiré un trait radical et définitif sur sa vie à Pittsburgh et surtout sur Liberty Avenue. Croiser le regard compatissant des amis de Brian aurait été l’humiliation de trop. Il avait trop souvent ressenti leur pitié. Il n’avait pu se reconstruire qu’en les faisant disparaître de sa vie… Pourtant en voyant Debbie traiter Tornade comme sa propre petite-fille, il avait réalisé qu’il avait été d’une ingratitude crasse envers cette femme qui l’avait accueilli comme un fils quand ses parents ne voulaient plus de lui. Il se sentait tellement minable… L’autre Justin était sans doute différent de lui et c’était pour cela que Brian l’avait gardé.

Son regard se posa sur le profil de l’homme qui fixait la route… Il lui semblait que son cœur battait plus fort rien qu’en le regardant. Brian était si beau… Brian avait toujours été et serait toujours le plus bel homme qu’il ait jamais vu. Mais il n’était pas celui que Brian aimait.

Tornade était assoupie dans son rehausseur… C’était peut-être l’occasion de parler à Brian sans risquer de se retrouver avec sa langue dans sa bouche, voire sa bite dans son cul.

- Tu ne regrettes pas que je sois revenu de New York ? demanda-t-il d’une voix faible.

- C’est quoi cette question débile ?

- Je sais bien que tu es heureux qu’on soit ensemble, reprit Justin. Mais tu ne regrettes pas que je n’aie pas conquis New York ? Tu étais tellement fier de moi. Tu espérais que je devienne une célébrité. Tu n’es pas déçu de voir que je ne suis qu’un artiste raté.

Brian tressaillit. Ses doigts se crispèrent sur le volant. Ses yeux restaient fixés sous la route quand il fit une embardée et se gara assez grossièrement sur le bas côté.

- Ne dis pas des conneries pareilles ! gronda Brian en se tournant vers lui. Tu n’es pas un artiste raté ! Tu es le peintre le plus talentueux que j’ai jamais rencontré ! Je t’interdis d’en douter !

Un éclat furieux brûlait dans ses prunelles devenues presque noires.

- Tu es bien charitable, répondit-il posément. Mais mes toiles ne valent pas grand-chose, et si j’en vends deux par an, c’est une bonne année ! Je n’ai même pas réussi à avoir une expo dans mon propre pays.

- Et alors, ça prouve quoi ? Van Gogh n’a jamais vendu une seule peinture de son vivant ! Le talent ne se mesure pas au succès sur un marché aussi versatile que celui de l’art, et tu le sais aussi bien que moi !

- Le succès ne gâte rien. Tu as construit toute ta vie dessus. Pourquoi as-tu des standards moins élevés pour moi ?

- Tu te fous de moi ? Je n’ai pas besoin d’avoir des standards élevés avec toi ! Je ne connais personne de plus exigeant avec lui-même ! Si tu te contentais du succès, tu serais riche. Mais ta valeur dépasse de loin mon dernier bilan comptable, pourtant bien fourni. Tu as préféré un travail exigeant et mal payé plutôt que le succès facile. Je ne pourrais pas être plus fier de toi que je ne le suis.

- J’ai du mal à te comprendre. Tu ne disais pas qu’il n’y avait rien de noble à être pauvre ?

- Petit con, c’est pourtant toi qui m’as appris qu’il pouvait y avoir de la noblesse dans la pauvreté.

Il se mordit la lèvre et reprit plus doucement :

- Tu te souviens que tu étais avec ce violoneux et qu’il hésitait à accepter ce contrat qui l’avait remis dans le placard ? Comme tu sais, je l’avais vu pour le convaincre d’accepter. Il m’a dit que j’aurais été capable de jouer de la musique pour des nazis. Je lui ai répondu que je n’aurais pas hésité si cela m’avait permis de rester en vie. La suite a prouvé qu’il était aussi ce type d’homme… Mais toi, tu es différent ! Tu n’aurais jamais joué pour des nazis, même pour sauver ta vie ! Tu serais mort debout plutôt que de survivre à genoux… Cela a même failli te coûter la vie.

L’émotion brute de Brian était si bouleversante qu’elle effaça un instant ses années de solitude. Il était à nouveau l’amant de cet homme incroyable.

- Tu ne lui as pas dit toute la vérité, répondit-il avec douceur. Tu aurais joué pour des nazis mais uniquement pour avoir le temps et l’opportunité d’organiser une révolte. Tu es l’homme le plus intègre que j’ai jamais rencontré.

Les lèvres de Brian s’écrasèrent sur les siennes. Ce baiser était fougueux mais empreint de tendresse et même de dévotion… Dans le tourbillon d’émotions qui l’emportait, Justin savait obscurément qu’il n’était plus l’homme que Brian aimait… mais il voulait de plus en plus le redevenir. Ce Justin était resté droit et intègre. Dans cette vie, il pourrait être à nouveau cet homme que Brian admirait.

Quand leurs lèvres se séparèrent, un grand vide le saisit. Mais Brian était toujours là, posant délicatement son front contre le sien et le caressant de son regard.

- Je t’aime.

Seigneur, il n’allait pas survivre à cette conversation. Son cœur allait éclater face à cet amour…

- Je n’aurais jamais honte de toi, tu m’entends ! Jamais ! Tu es devenu le meilleur homosexuel que tu pouvais être. Tu es le meilleur artiste et surtout le meilleur homme que j’ai connu dans ma vie.

 

Justin était profondément endormi, mais Brian ne trouvait pas le sommeil. La soirée s’était très bien passée. Justin était de moins en moins tendu en sa présence, même s’il avait bien senti quand ils s’étaient retrouvés dans la chambre qu’il n’était pas encore prêt à lui retomber dans les bras… Bon Dieu, mais que pouvait-il se passer dans sa petite tête blonde ? Plus que son abstinence, leur conversation au retour de chez Debbie ne cessait de le perturber. Il n’avait plus aucun doute sur les sentiments de Justin… Ses mots, son regard si chargé de dévotion, ses mots si pleins d’admiration… Justin l’aimait toujours. Il voyait encore en lui l’homme qu’il rêvait d’être… Mais Justin ne s’aimait pas… ne s’aimait plus. Cela le rendait dingue ! Qu’est-ce qui avait pu entraver sa confiance en lui ? Était-ce un début de dépression ? Comment un homme aussi brillant pouvait-il se dévaloriser ainsi ? À part après son agression, Justin avait toujours eu une très bonne image de lui-même… Brian était perdu. À certains moments, il lui semblait que Justin était devenu un étranger… ou plutôt que Justin était devenu étranger à lui-même. Il devait l’aider à se retrouver…

 


kaori78  (14.03.2015 à 02:11)

Brian s’éveilla avec une sensation familière et un sourire se dessina imperceptiblement sur ses lèvres… Justin s’était endormi de son côté du lit, mais le sommeil l’avait ramené dans ses bras. Il entrouvrit les yeux. Dans la pénombre de la chambre, des cheveux d’or chatouillaient son épaule, un souffle régulier caressait sa poitrine et une main était glissée dans la sienne… Une chaleur montait en lui… Dieu qu’il aimait cet homme ! Une semaine dans ce lit vide lui avait semblé une éternité… Éternité d’autant plus insupportable que l’objet de son désir n’était qu’à quelques mètres de lui… Qu’il était bon de le retrouver dans son lit et dans ses bras… Si Justin avait été moins vêtu, Brian aurait pu se croire au paradis… Justin habillé dans un lit ! Quelle hérésie ! À part les quelques jours où il ne supportait pas d’être touché après son agression, Justin n’avait jamais eu plus qu’un caleçon dans son lit. Les nuits d’hiver pouvaient être froides dans une grande demeure comme Britin, mais ils avaient toujours préféré s’engloutir sous des kilos de couvertures plutôt que de souffrir le moindre tissu entre leurs deux corps. De toute façon, collés l’un contre l’autre, ils n’avaient jamais froid. Mais la veille, tout comme la nuit précédente, Justin avait ostensiblement gardé un tee-shirt et une espèce de jogging immonde qui lui servait de pyjama… Justin en pyjama ! Et malgré cela, Brian sentait son corps s’éveiller au contact de celui trop couvert de Justin. Même avec une robe de bure, ce mec le ferait bander !

Merde… En mettant des vêtements, Justin lui avait clairement signifié que s’il était de retour dans leur lit, il n’était pas prêt à l’accueillir dans son cul… Cela l’aurait pourtant détendu avant sa présentation face à Evan Raynes. Mais il devait justement rester concentré et une dispute avec Justin serait catastrophique à tout point de vue… Malheureusement, son sexe était assez peu sensible à ce type d’argument. Il ne pensait qu’à une chose : le corps de Justin. Et Brian ne pouvait guère l’en blâmer. Pourquoi penser à Evan Raynes et ses millions quand l’homme le plus sexy du monde était dans ses bras ?

Ses doigts caressaient machinalement la main qui s’était réfugiée dans la sienne, et imperceptiblement, il la porta à ses lèvres. C’était ridiculement chaste, mais ses lèvres avaient besoin de toucher un bout de Justin… Ces doigts lui semblaient différents. Il se surprit à les renifler… Quelque chose était étrange… et cela le frappa comme une claque. Ces doigts n’avaient absolument aucune odeur. Justin avait beau se laver soigneusement les mains plusieurs fois par jour, il y avait toujours une odeur résiduelle sur ses ongles… un mélange indistinct d’huile de lin, d’essence de térébenthine et de charbon qu’il avait appris à aimer… Il n’y avait rien… Les images des jours passés défilaient sous ses yeux. Justin n’avait pas mis le pied une seule fois dans son atelier. Il ne l’avait même pas vu une seule fois prendre un crayon et esquisser le dessin le plus basique du monde… Cette révélation acheva de le convaincre. Il devait prendre les choses en main.

En prenant soin de ne pas réveiller le jeune homme endormi, il se leva et s’engouffra sous la douche. La journée serait longue.

 

Brian n’était plus au lit quand il s’était réveillé… et étrangement, il n’en avait pas été soulagé. Il l’avait retrouvé dans la cuisine, terminant de préparer le petit-déjeuner. Ils avaient réveillé Tornade et jeté un dernier coup d’œil à la présentation à Evan Raynes. Justin ne se faisait aucun souci. Il avait su orienter la campagne de façon à répondre exactement aux désirs du milliardaire new-yorkais. Ajouté au talent naturel de Brian, il était certain d’obtenir le contrat.

- Je serai obligé de déjeuner avec cet emmerdeur pour fêter la signature, déclara Brian. Mais je viendrai te rejoindre après et on ira tous les deux chercher Tornade à l’école.

La petite fille manifesta aussitôt son enthousiasme… Et Justin se surprit à le ressentir également. La vie de famille commençait à lui plaire. Alors que la semaine précédente, il avait attendu le retour de Brian avec appréhension, ce jour-là, il débordait d’impatience. Après ces quelques jours côte à côte, Brian lui manquait… Bon sang, dire qu’il avait vécu plus d’une demi-décennie sans le voir !

Les heures lui parurent interminables jusqu’à ce que la voiture de Brian apparaisse. En explorant, la bibliothèque, il découvrit plusieurs albums de photos. Il passa sa matinée plongé dans les clichés de sa fille dans son berceau, faisant ses premiers pas, construisant une barricade de carton, à la fête de fin d’année… et Brian… Brian qui semblait si amoureux… qui semblait si heureux… Une part de lui savait que ce n’était pas vraiment sa vie, pourtant tout le reste de son être ne voulait plus écouter. Cette vie était telle que sa vie devrait être. Tout lui semblait juste et bon… Rien à voir avec la fausseté de sa vie à New York. Ici, il se sentait à sa place… dans les bras de Brian.

Quand il entendit le vrombissement de la voiture de Brian dans l’allée, il bondit comme un ressort. Il le rejoignit à la voiture sans même prendre le temps de ranger. Mais quelle ne fut pas sa surprise quand après avoir été rejoints par leur petite fille, Brian ne reprit pas la route de Britin, mais s’engouffra sur l’autoroute.

- Brian, ce n’est pas le bon chemin…

- Si, je t’assure, répondit son compagnon sans quitter la route. C’est bien la route de Toronto.

- Toron…

Il n’eut même pas le temps d’entamer sa phrase que Tornade poussait un cri de joie.

- On va voir Gus et Becka !

- Oui, tu vas même dormir chez eux toute la semaine !

Les hurlements de joie de la petite fille résonnèrent dans l’habitacle.

- Brian, qu’est-ce que ça veut dire ?

- Ça veut dire, Sunshine, qu’on prend une semaine de vacances ! Lindsay et Mélanie sont d’accord pour prendre Tornade jusqu’à dimanche ! Son frère et sa sœur sont ravis de la revoir et elle peut bien manquer quelques jours d’école à son âge. Tu ne travailles pas cette semaine ni moi non plus. Après la semaine que je leur ai fait passer, les employés de Kinnetik auraient été prêts à se cotiser pour me payer une semaine de vacances. Mais vu le contrat mirifique que je viens de signer avec la société Raynes, je n’aurai pas besoin de leur subside !

Son cœur se gonfla de fierté à l’idée d’avoir contribué au succès de Brian. Pourtant, il aurait dû être furieux. Brian venait de le kidnapper pour la semaine… et si Tornade était chez Lindsay et Mélanie, cela signifiait qu’ils seraient seuls tous les deux… Plus de Tornade pour servir de paratonnerre à la passion qui menaçait de l’engloutir… Il détestait pourtant que l’on contrôle sa vie. Brian l’avait fait une fois et cela l’avait détruit. Il aurait dû être furieux… Pourquoi ne l’était-il pas ?

- On peut donc se permettre une semaine de vacances.

- C’est génial, mais tu aurais pu me prévenir, objecta Justin. Je n’ai même pas une brosse à dents ou un caleçon de rechange…

- Tu seras obligé de passer la semaine tout nu… Je plaisante !... Même si ça ne me dérangerait pas. Je t’ai pris des vêtements de rechange, une brosse à dents neuve et même un pyjama. J’ai tout préparé pendant que tu dormais.

- C’est un kidnapping, tu le sais ? gronda-t-il en essayant vainement de réprimer un sourire.

- Tu es mon mari, répliqua Brian. J’ai légalement le droit de te kidnapper.

- Je ne crois pas qu’un mariage – qui en plus n’est pas reconnu dans l’État de Pennsylvanie – te donne ce genre de droit !

- Tu es sûr ? fit Brian avec un ton faussement soucieux. Je dois donc me dépêcher de traverser la frontière !

- Ne t’inquiète pas trop. Je suis sûr que tes captifs souffriront vite du syndrome de Stockholm.

- J’y compte bien !

Alors que Tornade et Justin s’étaient endormis bercés par le roulement de la voiture, Brian songeait que Justin avait très bien pris son petit kidnapping. Il se trouvait quelque peu pathétique de se réjouir quand Justin ne semblait plus horrifié de passer quelques jours seul avec lui. Mais cela ne faisait que le conforter dans son idée. Ils avaient tous les deux besoin de ces vacances ensemble… Et pas simplement pour être seuls ensemble. Il aurait pu l’emmener dans le Vermont ou à New York et laisser Tornade à Daphné et à sa grand-mère. Mais outre le fait que Tornade était toujours ravie de passer du temps avec son frère et sa sœur, les tableaux de Justin étaient à Toronto… et un en particulier… Un dont Brian avait eu toutes les peines du monde à se séparer, même pour une expo de trois mois.

Justin travaillait à l’hôpital depuis un peu plus d’un an, quand il était devenu soudain taciturne et irritable. À Britin, il s’enfermait des heures dans son atelier. Quand il était avec eux, il griffonnait des croquis qu’il finissait par jeter rageusement. Même sa libido commençait à en souffrir ! « Je travaille sur un tableau et je n’y arrive pas, avait-il fini par confier à un Brian au bord de la crise de nerfs. Je sens que ça peut être vraiment bien, mais ça m’échappe. Tu sais comme c’est agaçant d’avoir un mot sur le bout de la langue et de ne pas le trouver. C’est ce qui m’arrive : ce tableau est sur le bout de mes doigts et je n’arrive pas à l’en faire sortir. Il est tout près, mais il ne cesse de m’échapper. » Brian n’avait alors rien compris à ces explications. Les artistes étaient décidément des êtres incompréhensibles, mais fort heureusement pas impénétrables. Il avait donc eu la seule attitude raisonnable : il avait épinglé Justin sur le matelas et l’avait baisé pendant des heures. Cela avait dû être efficace, car quelques jours plus tard, Justin lui avait annoncé avec un soleil rayonnant qu’il avait réussi son tableau. Quand il s’était trouvé devant le chevalet, Brian avait eu comme un coup au cœur. Jamais il ne s’était attendu à cela… Il aurait voulu parler, mais aucun mot n’avait pu franchir la boule d’émotion qui obstruait sa gorge et il avait senti un picotement étrange dans ses yeux… Pourtant, il n’avait ressenti aucune tristesse. Bien au contraire ! Une immense chaleur enveloppait son être refermant des cicatrices qu’il croyait inguérissables. Il avait besoin de retrouver cela. À l’époque, Justin n’avait même pas soupçonné ce qu’il avait « sur le bout des doigts ». Il ne savait alors pas qu’il avait la preuve que rien n’était jamais perdu.


kaori78  (23.04.2015 à 20:53)

S’il n’avait été si tard quand ils arrivèrent à Toronto, Brian serait tout de suite allé à la galerie d’art. Elle était déjà fermée et ils étaient recrus de fatigue. Ils s’écroulèrent presque aussitôt dans la chambre d’amis de Lindsay et Mélanie tandis que Tornade, qui avait dormi depuis Pittsburgh, jouait avec JR sous le regard de Gus… Étant la sœur qu’ils ne devaient pas supporter au quotidien, ils l’adoraient tous les deux, même s’ils veillaient à cacher tous les objets fragiles quand elle venait.

Mais après le petit-déjeuner, Brian entraîna Justin au centre de Toronto.

- Il est temps que tu te rappelles que tu n’es pas un artiste raté ! déclara-t-il en poussant la porte vitrée.

- Brian, tu prends tout ça trop à cœur… J’ai eu un petit coup de…

Justin ne put achever sa phrase. Une sensation de chaleur indéfinissable venait de l’envahir. Ses yeux écarquillés, son regard balayait les tableaux qui l’entouraient… C’était lui qui avait fait ça ?... C’était… Comment… À New York, il passait des heures à agencer ses expositions et il avait toujours ce sentiment de médiocrité et d’insatisfaction… Tandis que là… C’était juste parfait… Chaque tableau était à sa place s’intégrant parfaitement dans l’espace, résonnant avec les autres… Mais ce n’était pas l’agencement qui donnait cette sensation de chaleur, c’étaient les tableaux eux-mêmes. C’était comme s’ils rayonnaient de joie, d’optimisme et de bonheur… Ils étaient simples, rien à voir avec ces œuvres absconses qu'on fixait des heures sans comprendre en prenant un air inspiré pour ne pas passer pour un inculte… Rien à voir avec ce que lui faisait… Il n’y avait pourtant aucune mièvrerie dans ces peintures… Bon sang, il aurait tout donné pour avoir le talent qui s’étalait sur les murs. Ses tableaux se vendaient à prix d’or et ils étaient bien plus sophistiqués, donnant à celui qui le regardait – et surtout à celui qui l’achetait – l'impression qu'il était un féru d'art abstrait, mais ils étaient froids, prétentieux et vides… La marque « Justin Taylor » était très élevée sur le marché new-yorkais, mais il était un peintre médiocre… Mais l’autre lui… Seigneur, il était vraiment bon… Pas étonnant que Brian ait sauté au plafond quand il l’avait qualifié de peintre raté… Ce Justin était un peintre accompli. Malgré sa renommée et sa fortune, il était le vrai peintre raté… Pourtant, le bonheur qui irradiait toute la pièce était tel qu’il ne ressentait aucune amertume face à ce constat. Bien au contraire, c’était comme si son alter ego lui montrait l’artiste qu’il pouvait devenir… l’artiste qui était toujours en lui s’il savait le chercher.

- Justin ! Brian ! Quelle bonne surprise !

Une petite brune vêtue d’un tailleur chic les accueillait avec un sourire radieux.

- Bonjour, Barbara ! Vous êtes toujours aussi sexy ! répondit Brian en embrassant la jeune femme.

- Allons, Brian ! répliqua-t-elle d’un air narquois. Pas devant Justin ! Je ne voudrais pas qu’il me retire son expo en apprenant notre aventure. Vous êtes un des hommes les plus séduisants du monde, mais s’il me faut choisir entre votre sex-appeal et les tableaux de Justin, vous savez que vous n’aurez pas ma préférence.

- C’est dommage, car nous venions justement les reprendre, plaisanta Brian.

- Il n’en est pas question. Ils m’appartiennent encore un mois… Tous sans exception ! insista-t-elle en fixant Brian.

- Profitez-en bien, car vous savez que ce n’est que provisoire.

- Il y en a deux que je garderais de toute façon, mais vous savez que ce ne sont pas ceux que j’espérais.

- Je sais, mais il ne sera jamais à vendre.

- À mon grand désespoir ! Enfin, je l’ai pour trois mois. C’est mieux que rien… Je suppose que vous voulez le voir.

- Vous lisez en moi comme en un livre ouvert, Barbara.

Brian l’entraîna dans une autre pièce au bout de la galerie. La pièce était petite et il n’y avait qu’un seul tableau sur le mur, mais il occupait tout l’espace. La toile était quasiment toute bleue, pourtant c’était un bleu chaud qui n’avait rien à envier aux rouges, ocres et autres oranges. Son regard était comme hypnotisé par les deux silhouettes qui se dessinaient comme en ombres chinoises… S’ils n’avaient été vêtus, Justin aurait pu croire qu’ils faisaient l’amour tant leur intimité était évidente… Ils s’embrassaient. Le bras du plus grand homme entourait la taille du plus petit dont une des jambes était enroulée autour de celle de son compagnon… Ils dansaient… Ils faisaient plus que danser… Ils fusionnaient l’un avec l’autre… L’autre Justin n’aurait pas pu mieux figurer l’amour qu’il partageait avec son mari… Car il n’y avait aucun doute : c’étaient eux. Avaient-ils dansé ainsi le jour de ce mariage auquel il n’avait jamais eu droit ? Peut-être… Pourtant, Justin ressentait une étrange familiarité… Ce tableau résonnait en lui comme une obscure réminiscence. Il sentait la plénitude et l’amour infini qui se dégageaient de la toile… Mais c’était comme si ces sentiments étaient déjà en lui… Comme s’ils n’attendaient que d’être éveillés par le talent de son alter ego… Il remarqua alors les mots marqués sous la toile… Bal de promo.

Son regard se tourna vers Brian, dont les yeux étaient étrangement brillants, et il n’eut plus aucun doute… Ce tableau était à lui… Un autre lui-même l’avait peut-être peint, mais c’était de lui qu’il venait… C’était son histoire… son passé disparu et retrouvé… Il ne se souvenait toujours pas des détails de cette soirée, mais les émotions qui inondaient son être ne le trompaient pas. Il sentait l’amour, la fierté, le désir... Il ressentait à nouveau l’amour de Brian… Il savait que ce soir-là, Brian l’avait tenu dans ses bras comme s’il était la chose la plus précieuse au monde… Il n’avait pas oublié… Il n’avait pas de souvenirs, mais ces émotions ne l’avaient jamais quitté. Elles étaient juste verrouillées dans un coin de son cerveau… ou de son cœur. Maintenant que la porte était ouverte, tout déferlait en lui… Pas simplement le bonheur de cette soirée dont il avait tant voulu se souvenir, mais aussi ses six années d’amour qu’il avait tenté en vain d’oublier… C’était comme un torrent furieux qui menaçait de l’engloutir… Il s’accrocha donc au seul point d’ancrage dont il avait besoin. Il plongea dans les bras de Brian, écrasant ses lèvres contre les siennes.

Brian n’aurait su dire ce qu’il avait espéré en ramenant Justin face à ce tableau si ce n’était qu’il avait senti obscurément que c’était ce dont ils avaient besoin tous les deux… et la réaction de Justin dépassait ses espoirs les plus fous… Cette fougue, cette passion, cet abandon… Il ne les avait plus vus depuis cette étrange matinée où l’on aurait dit qu’un étranger avait pris la place de son Justin. Il avait retrouvé son homme… Il le pressa davantage contre lui, sentant son désir s’éveiller contre sa cuisse… un désir auquel il était tout à fait prêt à répondre. Comme à regret, ses lèvres délicieusement charnues s’écartèrent des siennes pour reprendre leur souffle, mais Justin ne rompit pas leur étreinte.

- Ne me fais plus jamais partir, balbutia le jeune homme… Plus jamais…

De quoi parlait-il ? Depuis son retour de New York, il ne l’avait jamais lâché… Des larmes coulaient de ses yeux que Brian n’avait jamais vus aussi bleus et aussi déchirés… Sans réellement comprendre, lui qui ne faisait jamais de serment à la légère s’entendit répondre :

- Jamais…

Comme pour sceller cette incompréhensible promesse, il l’embrassa à nouveau.

- Je te veux en moi… souffla Justin quand ils se séparèrent à nouveau.

Il n’y avait rien qu’il voulait plus au monde, mais une légère toux rompit la bulle qui les avait enveloppés.

- Je vous adore, mais vous ne pourriez pas faire ça à l’hôtel plutôt que dans ma galerie, fit Barbara en les regardant d’un air embarrassé.

Brian se félicita alors d’avoir réservé une chambre à moins de cinq minutes de la galerie. Sans plus de manière, il attrapa la main de Justin et l’entraîna à sa suite… Ils avaient perdu bien trop de temps ! Ils avaient plus d’une semaine de sexe à rattraper !

 


kaori78  (18.05.2015 à 17:04)

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CastleBeck, 02.06.2026 à 11:38

Bannières et thème en vote, si vous avez 30 secondes pour cliquer. Merci.

choup37, Avant-hier à 12:26

Nouveaux sondages sur kaamelott et Doctor Who

ShanInXYZ, Hier à 02:07

Nouveau sondage sur le quartier Cat's Eyes, pas besoin de connaître la série

Luna25, Hier à 08:58

Nouveau mois sur les quartiers Legends of Tomorrow, Reign et Supernatural, n'hésitez pas à passer !

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