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Running' I'm Dying To Live

Série : Grey's Anatomy
Création : 28.10.2009 à 19h10
Auteur : nanouee 
Statut : Terminée

« Ma première fiction sur le quartier :-) -Fiction complète en deux parties - Bonne lecture et n'oubliez pas de commenter! » nanouee 

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Bonjour :-)

J'inaugure ma première fiction sur le quartier et j'avoue que j'ai le trac^^

Ce sera une fiction complète en deux parties, la première est déjà achevée sur mon PC vous aurez donc une suite tous les jours, où tous les deux jours.
Pour la deuxième partie, je me permettrais de créer un deuxième épisode du même nom.

Bonne lecture à vous, n'oubliez pas de commenter et de me faire parvenir vos échos, je suis ouverte à tout...

Petit conseil avant de me lancer: Ecoutez les musiques que je vous fournirais en lien, elles correspondent aux scènes...

Merci à ma correctrice officielle: Atchoum49


nanouee  (28.10.2009 à 19:16)

Première Partie

 

 

 

Prologue : Le Cri Silencieux
« Le début d’une fin programmée»
Musique

 

En général c’est un quartier animé, mais en cette fin d’après midi, ce moment fragile ou le soleil et l’ombre se croise, j’ai le sentiment obscur que le silence est bien trop pesant pour être agréable. Je gare ma voiture devant la maison de Meredith, les volets sont étrangement clos, mais je ne m’en inquiète pas de suite, son travail l’éprouvait, et souvent elle s’octroyait une sieste, laissant la musique raisonner dans sa demeure ancestrale, un mélange de rock et de musique classique qui pouvait indisposer n’importe qui sauf elle. Je pouvais voir le courrier dépasser de sa boite au lettre, et instinctivement, comme je le faisait chez moi en rentrant le soir après mes gardes éprouvantes, je l’attrapais au vol, avant de m’engager dans l’allée.

Tout à coup, un bruit se fit entendre, du verre brisé, ou peut être bien un cri, infime, misérable dans le silence, et quand je vis l’homme sortir en courant, les mains couvertes de sang, je ne pu retenir un cri, je lâchais les enveloppes qui s’éparpillèrent sur le sol. Il s’immobilisa, son regard croisa le mien, je détaillais ses traits, je cherchais une empreinte dans ses yeux, et il reprit sa course, dévalant les marches, me poussant au passage, tachant ma robe, du sang rouge et chaud, je me rattrapait à la rampe et je hurlait, je criais si fort que quelques voisins écartèrent leur rideaux, mais ce fut tout, personne ne s’intéressa à mon cri, et il grimpa dans sa voiture noire, fenêtre teintée et moteur grondant, il la lança sur la route avec violence, et son visage jamais ne quitta mon subconscient…

Je restais prostrée, quelques secondes qui me semblèrent des heures, comme si j’étais dans un cauchemar, et je baissais les yeux vers le sang qui séchait sur ma robe, mes mains tremblantes tentait de l’effacer en vain. C’est alors que la musique retentit, ce mélange instable que personne ne supportait, et je l’appelai, je criai jusqu'à ce que ma voix se casse, dans un dernier souffle je me relevai, chancelante et j’entrai, je suivais les notes de musiques raisonnantes qui me menait vers son salon, au loin des sirènes hurlantes se rapprochait de moi et dans ce cauchemar qui venait soudain au monde elles s’imprimèrent en moi, dans ma mémoire, comme le visage de l’inconnu, comme le sang sur ma robe, comme le corps de ma meilleure amie, face contre terre près de la table basse, sa maison massacrée, ses souvenirs saccagées, et j’avançais sans y croire, sa main crispée était repliée sous son corps, et je pouvais voir qu’elle portait encore son uniforme, son insigne brillait dans le noir, et je me penchais, tremblante, les mains glacées, prête à découvrir son visage, à rechercher son souffle, à entendre battre son cœur, mais le néant m’accueillis, et sur son front je rencontrais la trace de la mort, elle non plus ne me quittera plus…

C’est ainsi qu’ils me trouvèrent en pénétrant les lieux, tous bardé d’uniforme identique à celui de Meredith, arme au poings, ils hurlaient, m’ordonnant de reculer, mais je ne pouvais que rester à genoux, mes yeux fixés au siens, terriblement mort, terriblement vitreux, et la foule afflua, je reconnue des visages et en oublia d’autres, ils me donnèrent une couverture et m’éloignèrent du cadavre. Seule dans la cuisine, frigorifié malgré la chaleur de juin, j’étais là, perdue dans un cauchemar qui n’aurait jamais du exister et ils me posèrent des tas de question, je leur parlais de l’homme, du visage que j’avais reconnue, du sang qui m’avait taché, et là ils se regardèrent, imperceptiblement, sûrement complice d’un secret qui me dépassait, mais que j’allais bientôt découvrir.

 

-C’est…fini ? Murmurais-je.

-Cela ne fait que commencer Madame Karev, nous aurons besoin de vous, de votre témoignage, il est capital.

-Je l’ai vu c’est tout, il m’a regardé, il s’est arrêté sur les marches et il est partit, comme dans un rêve, comme si il n’avait aucune essence, aucune existence.

-Votre mari est en route, ne bougez pas, fit l’un d’entre eux, le visage pâle en m’effleurant doucement l’épaule.

 

Je ne bougeais pas, j’avais une vue directe sur le salon, je les voyais retourner le corps, le cœur au bord des lèvres, le déposer religieusement dans un sac noire pour prendre la direction définitive de la mort, et l’odeur du sang à peine perceptible semblait m’envahir, personne n’avait prit la peine d’arrêter la stéréo et elle raisonnait dans ma tête, comme une bande originale, la séquence d’un film qui se jouait, et je chantais les notes, jusqu’au dernier credo, pour m’en souvenir ou pour oublier, sans que les larmes n’ait pu couler, jamais une telle méprise ne pouvait être possible, jamais je n’avais monté les marches pour la trouver baignant dans son sang, jamais je n’avais découvert son cadavre et croisé son meurtrier, jamais je n’avais été dans ce corps glacé et désarticulé, mais ce mirage s’éloigna au moment même où Alex pénétra dans la cuisine. Il courut vers moi, s’agenouilla sans jeter un coup d’œil au salon, scène de crime, scène de fin de vie, et il entoura mon visage pâle de ses mains, aussi tremblantes que les miennes dans un sens, il scruta le sang sur ma robe, et il m’attira contre son corps, mais sa chaleur ne pu me faire revivre, nous avions perdue une amie, nous avions assisté à la fin d’un monde, à la fin d’une vie, et la notre en sera bouleversée, la notre en sera brisée, c’est le credo qui nous est destiné…


nanouee  (28.10.2009 à 19:20)

Chapitre 1 : Le dernier Cri ; Les premières notes.
« Qui a dit que les amitiés étaient translucides, que les vérités semblaient universelles ? »
Musique

 

 

Je suis assise devant un miroir. Depuis des heures. Comme si j’attendais quelque chose, une ombre, une essence, un message dans l’immensité de mon reflet bouleversé, et je m’observais attentivement, la pâleur de mon image, la terreur dans mon regard, mes mains tremblantes pourtant sagement posées sur mes genoux, et parfois le reflet d’Alex pénètre l’antre qui me sépare de la réalité, il entre dans mon champ de vision, il essuie les traces de sang sur mon corps, fait passer ma robe par-dessus ma tête, il me réchauffe avec ses mains, et je l’observe, chaque geste, chaque soupirs, son visage n’est pas différent du mien, mais il ne guette rien dans le miroir, rien d’autre qu’une expression sur mon visage, un seul et unique soubresaut qui pourrait le soulager, lui prouver que je survivais…

La pénombre nous envahissait, maintenant le soleil nous avait quitté, et je pouvais voir et revoir le visage de l’homme qui nous avait bousculé, qui avait bousculé notre vie, notre avenir, je pouvais distinguer ses traits dans l’ombre et la moindre lueur me l’arrachait, je revoyais ses yeux sombres et vengeur, ses mains gantées pleines de sang, et j’étais persuadé qu’un seul regard, un seul et unique croisement me permettrait de le reconnaître, et la police n’en avait pas encore finit avec moi, j’étais leur unique témoin, la seule personne qui pouvait se targuer d’avoir eu sous les yeux l’image même de la déchéance, de la souffrance, mais les mots se bloquaient dans ma gorge, refusant de venir au monde, refusant d’exploser dans la réalité, car dans ma réalité rien d’aussi terrible ne pouvait avoir lieu, et je refusais d’y croire, pour le moment je restais dans l’ombre de l’inconscience et elle me protégeait.

 

-Izzie, lève toi, murmura Alex et comme un automate je m’exécutais, restant toujours dans ce miroir, mes yeux fixés à l’image que je renvoyais au monde.

 

Il passa un bras autour de mes épaules, et je soupirais, oubliant l’image de visage livide de Meredith, et les larmes commencèrent à couler le long de mes joues, terriblement silencieuses, terrifiante violence imperceptible, et je pu enfin sentir la chaleur de son corps contre le mien, la pression de ses mains sur ma peau, l’image que me renvoyait le miroir se brouilla et je rencontrais mes yeux inondés de larmes contenu, tous les visages de ces inconnus d’un jour se mélangeaient et je n’arrivais plus à distinguer la réalité dans cet enchevêtrement de mensonges, tous plus improbables, j’avais entendu les murmures des policiers, vengeance, erreur, méprise, filature, réseau, mais ils étaient tous dépourvu de sens pour moi…

Alex m’entraîna sur le lit, et je m’allongeais, quittant mon reflet pour observer le plafond, mais sur cette étendu blanche éclairé par la lune, le visage de notre méprise s’y dessinait à la perfection et je du fermer les yeux pour me soustraire à son regard brûlant. Il me couvrit jusqu’au menton et restait assis à mes cotés, les yeux dans le vide, notre vie ressemblera à cela mais nous le savions pas encore, vide, douleur, fuite, et les ténèbres déjà nous avaient envahis, la première note avait été joué par Meredith quelques heures avant sa mort, terrifiante de véracité, terrifiante de réalité…

 

 

* *

*

 

 

C’est étonnant de constater comme le temps se traîne, comme les minutes nous semblent juste interminables, surtout pour moi, et quand j’observe le ciel éclatant qui allait accompagner le jour de ses obsèques j’avais la sensation étrange que le monde se moquait de nous, chaleur, douceur, brise intense, pour notre adieu, image paradoxale qui attisait ma colère, premier stade d’une reconstruction pénible. J’enfilais ma robe noire sans un mot, et Alex m’aida à remonter la fermeture éclair dans un éclat sec et je sursautais, sa main se posa sur ma nuque et il l’arracha avant de poser une veste légère sur mes épaules, et comme il le faisait depuis trois jours il me prit le bras, accompagnant mes pas comme si je venais à peine d’apprendre à marcher, et je devais donner cette impression dans la terrifiante lueur de réalité qui allait me bousculer.

Alex gara la voiture dans un coin éloigné, et je pu voir la procession rejoindre le cimetière, j’avais du mal à imaginer son corps confiné dans cette atmosphère sans oxygène, privée de lueur alors que le soleil semblait nous envelopper. Cette fois-ci je marchais sans encombre, loin de l’étreinte d’Alex et il me suivit la tête basse vers le cercueil et tous ces visages qui me semblaient étrangers, ils connaissaient tous l’histoire maintenant, ils savaient que je représentais l’ultime lien avec la vérité, mais je détournais les yeux, et je me postais à coté de ses collègues qui me tapotèrent l’épaule comme si j’étais une simple enfant privée de friandise. Je fixais le cercueil de bois foncé qu’une croix éphémère habitait et quand le prêtre commença son éloge je vacillais, j’avais cette soudaine envie de replonger dans l’inconscience, dans ce reflet approximatif que me renvoyait le miroir, tout pour ne pas devoir observer ces derniers moments sur terre, ces derniers moments à la lumière, tout pour ne pas imaginer que ma dernière image, mon ultime image avait été bafoué par le sang, ce sang que j’avais eu tant de mal à effacer de ma robe, ce sang qui survivait dans mon esprit, et j’écoutais ces paroles si douces qui auraient du me réconforter, me convaincre que le Paradis s’offrait à elle, mais je ne pensais qu’à l’enfer qu’elle avait connu au creux de cette ultime seconde ou la vie lui échappait, la peur de l’autre coté du miroir, l’inconnu, l’improbable, le néant de la mort…

 

-La mort n'est rien, je suis seulement passé, dans la pièce à côté. Je suis moi. Vous êtes vous. Ce que j'étais pour vous, je le suis toujours. Donnez-moi le nom que vous m'avez toujours donné, parlez-moi comme vous l'avez toujours fait. N'employez pas un ton différent, ne prenez pas un air solennel ou triste. Continuez à rire de ce qui nous faisait rire ensemble…

 

Et j’oubliais le reste, je ne pouvais plus la voir, je ne pouvais plus la toucher, rire et pleurer avec elle, je ne pouvais plus prendre mon téléphone entre deux garde pour lui raconter toutes sortes d’histoires abracadabrantes, je ne pouvais plus sonner à sa porte et essayer vainement de couvrir le bruit assourdissant de sa musique folle, je ne pouvais plus prononcer son nom sans revoir sa dernière image, son dernier reflet, je ne pouvais plus parler de notre avenir, imaginer notre vie dans une petite dizaine d’année, je ne pouvais plus rien faire, le point finale de sa vie nous en a empêché, et même si je souffre, même si j’en veux à la terre entière, j’espère…j’espère qu’il existe ce Paradis, j’espère juste que ceux qui disparaissent, qui rejoigne l’ombre de nos mémoires nous attendent quelque part, qu’ils nous entendent, que le mur tendu entre la vie et la mort n’est pas infranchissable, j’espère juste, encore et encore, c’est la seule chose qui me raccroche à la réalité.

 

-Nous sommes tellement désolés, entendis-je au loin, et j’observais les visages les uns après les autres. C’est terrible, quelle histoire morbide…

 

Ils ne parlaient que de cela, des excuses partout et toujours pour ce que je ne pouvais pas changer, et le vide qu’elle laissait dans ma vie ne serait jamais comblé par toutes ces excuses, elle me manquera toujours, elle me manquera dans toutes mes larmes, dans tous mes vains sourires, elle me manquera tout simplement et j’avais épuisé toutes mes larmes, rien ne venait troubler la pâleur de mon teint, rien ne venait troubler cette expression neutre que je faisais apparaître sur mon visage au moment ou le cercueil rejoignit son antre définitif, rien ne transparaissait, rien ne vivait et pourtant à l’intérieur je tremblais, à l’intérieur je pleurais, et je serrais la main d’Alex comme si j’allais moi aussi tomber dans cette inconscience, la barrière entre nous avait été franchie, elle reposait sous terre et je restais au dessus, dans le terrifiant monde des vivants sans issue de secours, sans recours, perdue dans des histoires qui ne m’intéressaient pas, envahie par les visages de ses inconnus qui n’entreraient pas dans ma vie, et même si je devais lui dire adieu pour survivre je ne m’en sentais pas encore capable, je ne m’en sentirais jamais capable…

 

-La vie signifie tout ce qu'elle a toujours été. Le fil n'est pas coupé. Pourquoi serais-je hors de vos pensées, simplement parce que je suis hors de votre vue ? Je ne suis pas loin, juste de l'autre côté du chemin.

 

De l’autre coté du chemin, infranchissable, éternellement parallèle dans ma vie, dans mon avenir, deux vies qui ne pouvaient plus se rejoindre, et nous étions les derniers près de la tombe ouverte, ils commençaient à jeter leur pelletées de terre sans douceur, et j’avais peur qu’elle ne souffre de cet effrayant credo qui raisonnait, la fin n’a pas de mot, la fin n’a pas de lueur et avant qu’ils ne recouvrent totalement ce dernier moment je jetais une rose dans la tombe, ce n’était pas un adieu, juste un au revoir, un temps infini ou je devrais attendre, attendre le droit de franchir la rivière qui nous séparait, un jour peut être…

 

* *

*

 

 

Musique

 

Je restais de longues heures dans ma maison solitaire, lisant sans arrêt les mêmes pages d’un même livre, zappant d’une chaîne à une autre, cherchant les réponses à mes terrifiantes questions, et la police commençait son investigation, une longue et pénible enquête et je serai leur pion, seul et unique maître de leur finalité. J’allumais mon ordinateur et me connectais à ma boite email envahie par toutes sortes de pub insignifiante, et au milieu de tout cela il y avait un email qui attirait mon attention : « Urgent/  Exp.  Meredith Grey/ 6 juin 2009  13H45 »

J’inspirais profondément et ouvrais ce mail qui datait du jour de sa mort, qui serait ma dernière chance de la sentir présente, de l’imaginer au dessus de mon épaule, à rire de mes mimiques où de mes commentaires sur son style épuré, mais jamais je n’aurais pu imaginer que cet email allait tout changer.

 

« From : [email protected] 

To : [email protected] 

6 juin 2009 13H45

Object: Urgent!

Pièces jointes : Image 1/ Image 2/ Rapport/ Enregistrement/Retranscription/ Personnel

 

Ma chère Izzie,

 

Je ne voulais pas t’effrayer alors je me suis tue. Pendant touts ces mois j’ai retenue cette terrifiante vérité en moi pour vous épargner, t’épargner le tracas ultime de surveiller ta meilleure amie, mais je ne peux plus me permettre de rester silencieuse.

Tu trouveras en pièces jointes tout ce qu’il faut, c’est un dossier important, je n’ai pas eu le temps de te le remettre en main propre parce que je me suis senti menacé, c’est un sentiment terrifiant que je ne pouvais plus ignorer.

 

Pendant 1 an, je me suis infiltrée dans le réseau New Yorkais de la Mafia, mission dangereuse, limite suicidaire, mais en parfaite tête brûlée je n’ai pas pensé à refuser cette opportunité qui s’offrait à moi. Mes collègues ont bien menés la danse, à la perfection je dois dire car jamais je n’ai eu ce sentiment d’avoir été découverte, j’ai passé un temps infini à rechercher des preuves pour les faire tomber, c’est maintenant chose faite, et je te les offres, tu les remettras à la police dès que tu le pourras, je doute d’être encore là pour le faire.

Il y a quelques jours, je me suis trahie, j’ai tout tenté mais ils ont douté, et pour eux, une brebis galeuse est intolérable, qu’ils aient la preuve ultime ou non que je suis ce que l’on appel dans le métier « un agent double » leur importe peu, je suis l’ennemi à abattre. Mais je me défendrais, tu me connais, je ne laisserais personne m’achever sans avoir préparé un plan à tout épreuve, et tu es le dernier maillon de la chaîne Izzie. Je sais que ce que je te demande est bien plus qu’une preuve de ton amitié, je veux que tu fasses justice à ma place, j’ai l’impression d’être épiée, je ne dors plus, je ne mange plus, j’attends que le destin me sauve, ou que tout simplement ils payent pour tous leurs crimes et ils sont nombreux. Tu as entre tes mains de quoi faire tomber le réseau américain tout entier, c’est une chance et une malchance.

 

Fais attention à toi, fais toi couvrir, mais ne laisse pas cette histoire dans l’ombre, pour moi, pour nous, pour tout ce que nous avons vécu ensemble, depuis que nous avons décrété être les meilleures amies du monde, ce jour là est gravé dans ma mémoire, et même si cette vie là s’achève, même si notre amitié est mise à rude épreuve sache que ce ne sera jamais fini, rien ne prendra fin avec moi. J’ai peur mais je suis réaliste, et je sais que tu es forte, que tu as la tête sur les épaules, que tu peux vaincre là où j’ai échoué.

 

Sois courageuse.

 

Cet email n’est ni un adieu, ni un testament, mais au cas où je devrais renoncer à vivre, sache que cette mission doit avoir une belle finalité, un feu d’artifice et que tu peux lui offrir cela, nous l’offrir !

 

Pardonne moi d’avoir menti, d’avoir fais de ces derniers mois un mensonge permanent, mais je devais rester discrète, même vis-à-vis de ceux qui partagent ma vie, je ne voulais pas te mettre en danger, et maintenant qu’ils doivent imaginer le pire me concernant, je n’ai trouvé que cette solution pour les achever, tu es une inconnue pour eux, tu es une étrangère, jamais ils ne viendront chez toi rechercher les preuves de leur culpabilité.

 

Je te fais une confiance aveugle, et je sais que j’ai raison, tu es une survivante, je l’étais aussi, mais il faut croire que nous nous brûlons toujours les ailes un jour.

 

La première image me représente à coté du bras droit de l’organisation et la deuxième est le seul cliché que j’ai pu avoir du chef, étonnant parrain, très loin de l’image du célèbre film, ils ont déjà du ordonner mon exécution, et qui sait…Elle viendra peut être de leurs mains propres.

 

Etonnante fin n’est-ce pas Blondie ? Je l’avais imaginé différente, mais soit, je l’accepte…

A bientôt peut être…

Je t’aime…Je te l’ai déjà dis au moins ?

Meredith

 

PS : Embrasse ta chère moitié. »

 

 

Je tremblais, tout mon corps était secoué, mes mains étaient posées à plat sur le bureau, crispées, jusqu'à ce que leurs jointures blanchissent, et je regardais ces mots danser devant moi, ils prenaient des allures d’ultime moment, de dernières volontés, et la peur étreignait mes entrailles, les secrets semblaient rejoindre la surface, et sa crainte transparaissait entre les lignes, ses derniers mots avant l’exécution quelques heures plus tard. Je cliquais sur les pièces jointes et la première photographie éclaira mon écran.

 

 

J’essuyais les larmes qui coulaient, je regardais son visage si pure, son sourire fabriqué de toutes pièces mais éternellement authentique pour moi, et je passais au deuxième visage, il la dévorait des yeux, de yeux brillants et glacials en même temps, des yeux qui ne m’étaient pas inconnus, leur éclat violent l’interpella, et je le revis cette nuit là, me bousculant pour fuir son infamie et quand la porte d’entrée claqua je refermais brutalement le clapet de mon ordinateur, le souffle court, la scène se déroulait à nouveau sous mes yeux, je le revoyais quitter l’ombre pour tacher ma robe, les mains pleines de sang, sans un cri, sans un murmure pour la femme qu’il avait achevé.

 

-Quel temps de merde ! Lança Alex en rangeant son parapluie et je me composais un visage de circonstance.

-Je vois que je fais bien de déprimer ici, plaisantais-je sans force et il eut un sourire compatissant.

-En tout cas tu ne rates rien au Cedar la grève fait rage, les infirmières se rebelles c’est pratiquement impossible de passer les portes.

-Disons que moi aussi je fais la grève !

-Je la ferais bien aussi juste pour passer mes journées avec toi, murmura t-il et il passa une main dans mon cou vers ma poitrine. Qu’est-ce que tu faisais au fait ?

-Rien de spécial, je surfais sur le net pour m’occuper après avoir lu et relu « Les Hauts de Hurlevents » !

 

Et un bruit vint nous interrompre quelqu’un frappait à la porte, et Alex m’embrassa avant d’aller ouvrir. Je combattais les battements fous de mon cœur, je me sentais perdue, j’entendais ses dernières paroles raisonner en moi, de plus en plus fortes, de plus en plus violentes, je ne pouvais pas les ignorer.

Alex se dirigea vers la porte, et je repensais sans cesse aux photographies, au rapport, à tout ce qu’elle m’avait confié, comment pouvait-elle avoir cette confiance aveugle en moi alors que je doutais de ma capacité à garder la tête hors de l’eau ? Je secouais la tête et le rejoignis, nous trouvâmes sur le paillasson plusieurs journaux avec tous les mêmes gros titres aguicheurs, mais le pire était à venir…Une voiture noire quitta soudain son emplacement et s’élança sur la route, comme le fantôme de celle qui avait troué la sombre ambiance de la scène de crime affligeante…Son reflet violent, et quelque chose vacilla en moi, la peur peut être, l’appréhension, et l’horreur, celle de voir mon visage en gros plan sous les gros titres, je n’étais plus une inconnue ni un mystère, et les preuves accumulées par Meredith étaient en danger entre mes mains. Alex ramassa les journaux et sans un mot nous restâmes figés, sans faire attention aux allers et venus de la foule sur notre pelouse, ni aux flashs qui crépitaient, le silence venait de mourir…

 

 

« Le meurtre sauvage d’un agent de police ; un seul et unique témoin, un seul et unique murmure»

 

 

[...]


nanouee  (29.10.2009 à 09:12)

Chapitre 2 : Et au milieu, il y a le déni, la peur, la tristesse, la culpabilité ; sans acceptation.
« Et la mortelle symphonie du silence bafoué vint au monde… »
Musique

 

 

Il me semble que je passe plus de temps à écouter leurs paroles entremêlées qu’à m’exprimer, mais je les laisse résumer la situation, enfermée dans mon silence qui les intéresse si peu, car ce qui les préoccupent ici même à ce moment précis, 10H15, un lundi comme les autres, c’est de mettre ma vie en suspends dans le but ultime qu’elle ne s’achève pas dans un bain de sang. J’étais face à eux, tous les collègues de Meredith en souffrance, ayant perdu un maillon de leur chaîne, et je les regardais dans les yeux avec cette fervente prière, ce besoin ultime d’acceptation, mais c’était impossible, j’étais projetée dans une danse que j’aurais voulu éviter, une valse étrange qui ne pouvait pas me mener à la consécration et à mes côtés, toute ma vie suivait ces nouvelles notes, la police s’inquiétait de mon avenir, l’enquête progressait pourtant, et dans cette enchevêtrement j’étais le seul témoin, le seul œil capable de détailler les traits de cet homme, celui qui posait avec elle sur un cliché et qui était venu l’achever.

 

-La presse a tous les droits, où plutôt elle les prend. Nous ne pouvions rien faire pour empêcher ces publications, « le problème » qui se pose actuellement est que le réseau dans lequel Meredith officiait pour notre compte est certainement à la recherche de la seule personne capable de donner un visage à leur organisation.

-Et c’est moi, murmurais-je tandis qu’Alex se tordait les mains dans un coin, comme si il venait d’entrer dans un film noir sans finalité.

-La seule chose que nous pouvons faire tout au long de cette pénible enquête, c’est de vous mettre à l’abri, de poster des agents près de chez vous, de vous protéger au mieux, c'est-à-dire que vous ne pourrez plus travailler, vous ne pourrez plus sortir sans être escorté.

-Vous plaisantez ? Nous n’allons pas nous arrêter de vivre parce que des mafieux ont décidé de nous éliminer.

-En fait, éliminer est un mot trop fort pour le moment, n’entrons pas dans le mélodrame, commenta le chef de la section et j’observais les autres se racler la gorge.

-Soyons honnête ! Celui qui a tué Meredith a sûrement mis au courant ses supérieurs de la présence de ma femme sur les lieux, les journaux en font des gorges chaudes, ils ont ouvert la seule et unique brèche vers nous, nous ne sommes plus à l’abri nulle part…

-Calmes-toi Alex, fis-je dans un mouvement las de la main. Soit, je resterais enfermée chez moi, mais vous devez me garantir qu’une fois le suspect entre vos mains, ma vie ne s’arrêtera pas là, que je pourrais la reprendre et faire des projets, parce que je suis fatiguée, je suis lasse de survivre tous les jours.

-Il n’y a techniquement aucune garantie, le réseau est large…

 

Je baissais la tête, Alex marchait de long en large dans la pièce et je mis bout à bout les informations, j’étais probablement poursuivie par un réseau sans frontière m’ayant surpris sur les lieux d’une de leurs liquidations, je possédais des documents qui pour le moment dormaient chez moi, à l’abri de tous, même d’Alex, Meredith m’avait chargé d’une mission bien délicate, et dans ce mensonge quotidien, la colère semblait m’envahir, je la maudissais presque de m’avoir entraîné dans ses notes, de m’avoir forcé à connaître tous ces détails qui pouvaient mettre ma vie en danger, mais elle l’était déjà, depuis que j’avais croisé le regard de l’homme, depuis que j’avais vue sa voiture s’éloigner dans le spectre de la nuit, et que le sang avait taché ma robe, le sang avait taché ma vie, je me sentais prise au piège et l’air de la pièce devint irrespirable, ils continuaient leurs discours, tous plus affligeants les uns que les autres, garde du corps, protection rapproché, enfermement, identification…

 

-Quand nous aurons en notre possession des suspects potentiels je serais dans l’obligation de vous demander de venir les identifier au poste Madame Karev, bien sûre vous serez protégé, ils ne vous verront pas.

-Il m’a déjà vue, il m’a regardé, j’ai senti son regard posé sur moi.

-Nous le savons bien, soupira le chef et je l’épiais, les mains sur les genoux.

-Comment pouvez-vous me dire que je ne dormirais plus jamais en paix, que je ne serais plus jamais en sécurité chez moi, qu’il y aura toujours quelque chose ou quelqu’un pour briser ma fragile bulle, je ne peux pas changer d’identité, n’importe où sur cette foutue planète je suis en sursis, hurlais-je presque et Alex posa une main sur la mienne, fantôme dans ma symphonie.

-Je suis désolé d’être ce messager là, mais il faut les prendre au sérieux, maintenant vous êtes médiatisé, cette affaire passera à la télévision dans les jours à venir, ils vous téléphoneront, se posteront devant votre clôture, ce sont des vautours ils se fichent de notre malheur ou de la décence…Vous leur appartenez, ce n’est qu’une histoire croustillante de plus, une dangereux histoire. Je ne sais pas comment ils ont appris que Meredith était un agent « double », mais soit maintenant c’est trop tard, cela les amuse plus qu’autre chose.

-Comment allez-vous faire pour me protéger 24H/24H ? Pas de gorille dans ma chambre, fis-je dans une pointe d’humour triste sans sourire.

-Vous allez ressortir et rentrer chez vous normalement, mes hommes vous suivront à distance raisonnable, vous ne les verrez même pas, oubliez nous et surtout faite attention à vous, conclut le chef, et je me levais pour lui serrer la main.

 

Ses yeux noirs me scrutaient avec appréhension et il me tapota l’épaule avant de nous conduire vers la porte du commissariat, il me semblait que toutes les personnes s’arrêtaient de travailler pour lever la tête et nous observer, comme si nous étions devenue des curiosités, comme si je leur appartenais aussi, tout cela parce que j’avais eu le « privilège » d’assister à la mort de leur collègue, j’étais le pion à abattre, si ils le retrouvaient je serais obligé de témoigner au procès, la chute de leur empire était entre mes mains dans tous les sens du terme, mais je n’étais qu’une femme ordinaire, une femme parmi des millions qui voulait une vie ordinaire, sans horreurs, sans erreurs, une vie, comme les longs fleuves tranquilles qui ne croisent jamais les fureurs des rivières sauvages, une symphonie banale, sans mauvais échos, et me voilà propulsée dans un scénario de film noir sans romance, sans sourire, avec juste comme image les yeux inquiétant de l’inconnu qui voilait mes jours, qui hantait mes nuits, inlassablement, éternelles réminescences, jusqu'à à la fin de ma danse…

 

 

* *

*

 

J’attendais son départ pour une seule et unique raison, je voulais imprimer les documents de Meredith et m’y plonger, mais il restait à mes côtés tout ce temps, ignorant même le téléphone qui raisonnait entre nous. Comme si il pouvait me protéger avec son corps, comme si il pouvait me protéger avec un seul mot, un seul murmure et j’avais décidé de lui cacher l’existence des preuves accumulées par Meredith le plus longtemps possible, jusqu'à ce que je n’ai plus d’autre choix que de leur remettre et de disparaître.

 

-Pas question que je sorte et que je te laisse ici toute seule toute la sainte journée, s’exclama t-il dans une immobilité parfaite.

-J’ai mon armée de gorilles, personne n’a osé s’approcher de chez nous depuis une semaine, alors remballe ton arsenal superman et rends-toi au Cedar parce que tu vas finir par être renvoyé.

-Non mais comment avons-nous pu tomber là dedans ? Il n’y a jamais de mafieux psychopathe qui poursuit les gens normaux ! Pourquoi nous avoir mêlés a cela.

-Ce n’est pas de sa faute, fis-je en sentant les reproches affluer. Elle ne pouvait pas savoir que je serais présente le jour ou elle allait mourir !

-Tout de même ! Maintenant nous sommes piégés !

-C’est moi qu’ils recherchent avant tout ! C’est moi qui ne dors plus, qui ne mange plus, qui attends perpétuellement qu’ils mettent la main sur lui avec les descriptions que j’ai pu leur fournir ! C’est moi seule !

-Je ne dors pas quand je suis à tes côtés, je t’écoute respirer, j’épie les moindres craquement du planché, le moindre murmure du vent, les branches qui cognent contre notre vitre ou le hululement d’une chouette, je suis aux aguets toute la nuit, toute la journée, je ne t’abandonne pas un instant comme si tu pouvais tout à coup disparaître…

-Excuse-moi, fis-je dans un souffle et je passais une main sur mon visage avant de rejoindre ses bras. Je ne veux pas que tu restes enfermé ici avec moi, ce sera bientôt finie j’en suis certaine, alors vas-y et ne lui en veut pas je t’en prie, c’est une coïncidence, juste une coïncidence, c’était moi, ça aurait pu être n’importe qui d’autre…

-Je garderais mon portable sur moi toute la journée, je t’appellerais pendant ma pause, conclut-il et il m’embrassa avant de s’éloigner, et mon cœur manqua un battement.

 

La maison fut désertée, du moins en apparence, car à l’extérieur il y avait de quoi faire sauter le quartier, des policiers en civils un peu partout et d’autre un peu plus « habillés » pour dissuader les mauvaises âmes de venir m’ennuyer. Le téléphone sonnait tous les jours depuis que ma photographie avait éclairé la première page de leurs torchons. Les premiers jours, je répondais et je déclinais les offres de talk show et autre interview et puis je renonçais, je laissais la sonnerie raisonner avant de la couvrir par de la musique, apaisante ou non, j’avais l’impression de ne plus être seule dans ce cauchemar.

J’allumais mon ordinateur, et j’ouvris toutes les pièces jointes du précieux email de Meredith avant de les imprimer et de m’installer dans un coin de la pièce pour les consulter. Je laissais l’enregistrement pour plus tard, ouvert sur ma page Itunes, comme si je redoutais d’entendre sa voix, comme si je redoutais la douleur et dans un sens c’était le cas. La première photo, celle que j’avais entre aperçu à ma première visite fut mise de côté et la suivante représentait un homme de couleur, sérieux, assis derrière un bureau de chêne poli, étonnante image pour le chef de la Mafia. Après cela, je trouvais un rapport en bonne et due forme destiné à ses collègues et je le dépassais pour pendre le dernier feuillet, 5 pages qui m’étaient étrangement destiné. J’inspirais profondément, cette sorte de vie à travers la mort par tous ces écrits me brisait le cœur, comme si elle ne pouvait pas être en paix, et tant qu’elle ne l’était pas, je ne pouvais pas espérer l’être…

 

Musique

 

« New York ; 30 mai 2009, 

 

Izzie ;

 

Comme si j’allais m’arrêter à un simple rapport pour résumer cette année là, je délaye durant des paragraphes, tu le sais bien. Tu en feras ce que tu voudras, ce n’est pas un rapport officiel, c’est une confession officieuse.

 

A la base, j’étais pleine de bonne volonté, fixée sur mes objectifs, pas question de pencher du mauvais côté de la barrière, la meilleure façon d’entrer dans leur organisation résidait dans le seul pouvoir que pouvait posséder une femme, je devais charmer le bras droit du chef, alors je me suis juché sur des talons bien trop hauts pour moi, j’ai mis une robe plus que décolletée, trop échancrée pour moi, et je me suis crée un personnage, c’était un jeu plus qu’une fiction réaliste, et les premières notes semblaient prometteuses, mon rôle était parfait, je ne m’y perdais pas, quand je rentrais chez moi le soir, je redevenais Meredith la tête brûlée, je chargeais mon arme et je passais une nuit tranquille.

 

Seulement au fur et à mesure, la danse macabre m’a rattrapé, j’arrivais facilement à recueillir toutes sortes d’informations sur eux, mais je me perdais dans leur monde, dans leur océan de méprise, pire que cela j’en arrivais à me demander qui j’étais quand je rentrais le soir, je ne dormais plus, j’étais sur une autre planète, ma vie et la fausse empreinte c’était mélangée, c’est ce qui arrive le plus souvent quand nous jouons des rôles de composition trop dangereux pour notre fragile équilibre. Au départ, ils n’y voyaient que du feu, j’étais parfaite, même avec Derek, le bras droit de Richard, le chef ultime, je me félicitais de jouer si facilement avec ces deux hommes, seulement je rencontrais une difficulté légèrement imprévue, enfin pas tant que cela au final, tu as du t’en douter, le jeu s’est mélangé à la réalité et malgré ce que je savais de lui, ce que j’avais appris de son organisation je commençais à l’aimer ; Derek, celui qui figure sur la photographie à mes côtés…Je repoussais cette éventualité chaque jour, jusqu'à ce que ce ne soit plus possible, je devais me rendre à l’évidence, je m’étais fourvoyé dans ma propre partition, et à partir de cet instant je cherchais un moyen de quitter l’organisation sans éveiller de soupçons pour m’éloigner de lui pour faire taire ces sentiments, pour que l’étincelle s’éteigne, mais ce fut un échec, j’étais en danger, je me contrôlais à chaque minute, ce que je disais, ce que je laissais échapper dans mon sommeil lorsque je dormais à ses côtés. Après tout cela, le sentiment commun de culpabilité m’a étreint, trahison, trahison…

 

Et il l’a découvert…Il le savait, peut être le savait-il depuis quelques temps déjà, mais jamais il n’avait laissé échapper quoi que ce soit, je m’étais étrangement sentie en sécurité dans ses bras, avec lui, et je ne l’étais plus. Un jour, il m’a accueillis avec une arme et tu dois te demander pourquoi je suis encore vivante, je ne le sais pas moi-même, il a tiré en l’air et je me suis recroquevillé sur le sol prête à avouer, à tout endurer sachant mes preuves plus où moins à l’abri dans mon ordinateur, à ce moment précis vivre ou mourir m’importait, je ne voulais surtout pas que mes collègues sachent que je n’étais qu’une femme, un être humain qui avait cédé à ses pulsions malsaines et je l’écoutais parler, il détachait les mots avec emphase et ils raisonnaient en moi, trahison, trahison…

 

Je n’ai pas versé une larme, je ne pouvais pas m’expliquer, je ne pouvais rien faire, juste le regarder et il s’est penché vers moi, son visage avait perdu toute dureté, il a caressé mes cheveux, et mon visage avant de se mettre à ma hauteur et de m’embrasser comme jamais, il y avait quelque chose de sauvage là dedans, quelque chose de violent dans cette douceur apparente, et je savais que nous étions condamnée, quoi qu’il puisse advenir de moi au final. Alors il a monté un plan rocambolesque pour expliquer ma soudaine défection, je n’en connue jamais les détails mais du jour au lendemain j’étais libérée, il avait sûrement raconter une fable à Richard et celui-ci l’avait cru sans hésiter ou peut être justement qu’il avait hésité car je le vis débarquer une nuit chez moi, hier soir, dans la pénombre, m’annonçant violemment que le doute c’était installé, que mes jours étaient peut être comptés et il voulait que je parte avec lui, que je quitte tout pour un inconnu encore plus sombre. Mon côté impulsif aurait pu prendre cette décision si il n’y avait pas eu toute une vie autour de moi, une famille, des amis, quelque chose d’ancrés dans la réalité, et j’ai refusé, j’ai dis non aussi sûrement que j’aurais pu lui dire oui par amour.

 

Je vous ai tous trahis, en somme c’est ce que tu dois retenir de ma vie Izzie, tu as ma confession, ce n’est peut être que quelques feuilles de papiers mais quelque chose me dis que ce sont les dernières qui naîtront de ma plume. Il est partit comme un fou, il a déserté ma vie et ma maison sans un mot, sans un cri dans la nuit noire, avec juste ce dernier regard, ce regard qui clôturait cette espèce de scénario macabre à la Roméo et Juliette, et vu la fin de leur romance je commence à avoir peur. J’ai peur. C’est comme si je savais que le temps m’était compté, qu’une fois que Richard n’aurait plus aucun doute sur la vérité qui m’entourait je n’aurais pas le temps de m’expliquer, je n’aurais pas le temps de les supplier, je serais morte avant, et peut être même qu’il enverra Derek mettre fin à ma vie, l’amour et la haine sont des sœurs éternelles, et dans son esprit un seul et unique mot devait le hanter, trahison, trahison…

 

Je me confie à toi car tu es la seule personne à pouvoir m’aider où plutôt tu es la seule personne qui ne me jugera pas, et je n’ai besoin que de cela, que tu me lises, que tu fasses ton choix. Ce bout de papier dérisoire peut rester dans tes tiroirs jusqu'à la fin de ta vie, ou tu peux choisir de l’exposer mais quoi qu’il arrive j’ai une confiance aveugle en toi, et si je devais disparaître je te remettrais tout ce que je possède…

 

Je ne sais pas de quoi sera fait mes lendemains, mais quoi qu’il en soit, je rentre chez moi et je charge mon arme, seulement je ne passe plus aucunes nuits tranquilles, elles sont toutes hantés par son visage quand j’ai refusé de prendre sa main et de continuer sur le chemin de la trahison ultime, mes nuits sont hantées par tout ces moments que j’ai passé avec lui dans l’ombre, sans en souffler mot à personne, comme une clandestine, et je l’étais.

 

Je m’arrête là, je pense qu’il n’y a plus rien à ajouter, tu sais tout, mon secret est en ta possession, peut être que cette confession t’aidera un jour, peut être que tu y repenseras quand tu te sentiras mal mais tu me manques déjà boucle d’or, tu me manqueras toujours au final et tu m’as manqué pendant toute cette période sombre, j’aurais eu besoin de cette lumière, de ta lumière, pardonne moi pour cela aussi…

 

Je te laisserais mettre le point final à notre histoire.

 

Meredith. »

 

 

Et je pleurais. Les larmes coulaient sur mes joues, silencieuses elles aussi, terriblement silencieuses. J’étais bouleversé par ces mots, par tout ce qui se rattachait encore à elle, comme si je refusais de la laisser s’en aller, et je scrutais la photographie qui la représentait à côté de son amant, de l’homme qui l’avait tué, parce qu’il n’y avait aucun doute, je l’avais reconnu, son regard, son visage, il dégageait quelque chose d’attirant et de dangereux à la fois, et la haine avait pris le pas sur l’amour, irrémédiablement et jamais je ne saurais ce qui c’était passé ce 6 juin entre eux dans la pénombre mortelle de la nuit, jamais…Un mystère non élucidé, lui seul connaissait les derniers credo de leur danse commune et jamais il n’en perdrait un murmure.

 

Je coupais la stéréo et allumais la télévision pour me retrouver encore une fois face à mon image, le carillon de l’entrée retentit au moment même où les journalistes annonçaient la plus folle nouvelle ; un suspect avait été arrêté. Je me levais brusquement, les yeux toujours fixés à l’écran et j’ouvris le battant de la porte laissant apparaître le chef de la police, efflanqués de deux de ses acolytes.

 

-Madame Karev. Pouvons-nous entrer ?

-Je suis déjà au courant, la presse me l’a apprit avant vous, fis-je sur un ton de reproche, et je les laissais entrer.

 

J’avais essuyé les larmes sur mes joues, il n’y avait plus aucune traces des aveux de Meredith dans la pièce, j’avais tout caché sous mon ordinateur dans un coin de la pièce, même morte elle continuait à vivre et à me hanter à travers son histoire, et je les invitais poliment à s’asseoir, convaincue qu’ils allaient m’annoncer que mon cauchemar allait prendre fin.

 

-Comme vous le savez, nous avons trouvé des empreintes suffisamment nettes pour faire une recherche dans nos fichiers, et un suspect a aujourd’hui été arrêté. Seul. Il s’agit de Derek Sheperd, le bras droit de Richard Webber, vous le connaissez ? Où du moins cette identité vous parle-t-elle ?

-Pas du tout, fis-je en oubliant son nom, celui que Meredith citait comme son amant et son bourreau potentiel.

-Très bien, Richard Webber est « le Parrain » comme vous vous en doutiez, c’est lui qui a sûrement commandité tout cela, Sheperd n’était qu’un exécutant. Seulement nous ne pouvons pas arrêter Webber, nous n’avons aucune preuve réelle contre lui, juste les empreintes de Sheperd et des aveux qu’il ne nous fera jamais. Il n’a pas dit un mot depuis son arrestation d’ailleurs. Nous avons donc seulement besoin que vous l’identifiez pour mettre un terme aux recherches. Et après…Ce sera le procès, vous serez convoquée, conviée comme témoin oculaire. Pour cela nous devrons renforcer votre protection Madame…

-Attendez ! Que je résume bien. Vous avez un suspect de taille, je vais donc devoir vous suivre pour l’identifier mais aussi témoigner contre lui au procès, être encore plus exposée, encore plus médiatisée, jouer ma vie sur cet étale ? Autant aller à l’échafaud directement ! Et si je refuse…

-Vous ne pouvez pas, vous serez convoquée officiellement, ce serait enfreindre la loi que de vous taire.

-Et vous allez me protéger combien de temps ? Jusqu'à la fin de ma vie ?

-Si il le faut, nous le ferons, pas question de le laisser s’en tirer parce que vous avez peur.

-Bien sûre que j’ai peur, hurlais-je, est-ce vous qui êtes aux aguets sans cesse ? Est-ce vous qui passez des nuits cauchemardesques à vous demander si il n’est pas sous vos fenêtres ? Il a été arrêté, soit, mais qui va me protéger du reste de l’organisation si je le fais tomber ? Un seul mot et il finit ses jours en prison !

-Vous n’avez pas le choix, il faut mettre un terme à tout cela, Meredith n’a pas eu le temps de récolter les informations nécessaires pour les faire tomber, mais nous y arriverons un jour, conclut-il avec virulence et je me mordis la lèvre.

 

J’avais ce rapport en ma possession, cet enregistrement qui pouvait les aider, et pourtant je restais assise, les mains triturant mon pantalon dans une poste hermétique, pas question de leur remettre l’aveu de Meredith, il m’appartenait maintenant, et je lui offrirais l’ombre qu’il mérite, jamais personne ne connaîtra cette histoire à par moi, et l’homme qui en voulait à ma vie, jamais personne ne pourra entendre ces échos, je les enterrais avec Meredith pour toujours. Et je me levais sous leur regard perplexe, je fouillais dans ma paperasse et j’en ressortie le rapport officiel, dans un soupir je leur tendis et je me lançais dans un monologue qui me semblait à moi-même interminable.

 

-Elle m’a envoyé un email le jour de sa mort, quelques heures avant pour être exacte, mais je travaillais, je ne l’ai lu que quelques jours après ses funérailles. Elle m’expliquait tout, s’excusait de m’avoir menti et me confiait tout cela. Il y a un enregistrement sur ma base de donnée je vous l’enverrais par email plus tard. C’est tout ce qu’il me reste d’elle, elle n’a pas fait tout cela pour rien, elle a eu le temps de me confier ses recherches et à présent tout cela vous appartient. Je ne veux plus les voir devant mes yeux, ce n’était pas mon histoire, cela ne l’est toujours pas dans un sens, mais peut être qu’avec tout cela vous pourrez faire tomber le reste du réseau et si ce n’est pas le cas, cela vous aidera peut être avec Derek Sheperd.

-Merci beaucoup, fit le chef en me souriant et je soupirais, ce poids ne pesait plus sur mes épaules. Vous nous suivez ?

-Bien sûre, je prends mon manteau.

 

Et c’est ainsi que je m’engageais dans une nouvelle voie, une nouvelle route, et jusqu'à la fin je devais m’en souvenir, c’est à ce moment précis ou je pu reconnaître son visage et donner un nom à ses traits que l’histoire de Meredith devint la mienne…

 

[...]


nanouee  (30.10.2009 à 13:43)

Chapitre 3 : Les secondes sont des heures interminables, entre la vie et la mort imminente…
« Le choix de vivre semble évident, celui de feindre sa mort bien trop violent… »
Musique

 

 

Ils étaient tous immobiles derrière une vitre, je les voyais, mais leurs yeux ne pouvaient que m’imaginer derrière cet antre, et les uns après les autres ils s’avancèrent, quittant leur ombre latente pour la lueur profonde des néons. Je regardais leurs yeux avant d’analyser leurs visages, mais il ne me fallut pas longtemps pour le reconnaître et la terrible scène reprit vie devant moi, je me revis grimpant les marches pour le voir s’extraire de la maison de Meredith les mains pleines de sang à croire qu’il avait pris le temps de la toucher, de l’embrasser peut être. Je hochais la tête et je le désignais. Il resta impassible, les yeux sans vide, les prunelles éteintes et ses bras le long du corps dans une crispation discrète.

 

-Vous êtes sûre ? Demanda le chef, même si avec les empreintes il avait déjà une preuve, il en avait une autre maintenant ; ma parole.

-Je ne pourrais jamais oublier son visage, jamais.

-Bien emmenez-les et mettez-le 5 en cellule, ordonna t-il via un microphone au mur.

 

Il me semblait que le vide se faisait derrière moi et tout à coup la foule instable en mouvance laissa place à Alex, il courrait vers moi, le visage livide et je lui ouvris les bras, j’avais besoin de sa chaleur, de cette présence éternelle dans la souffrance et il comprit enfin ce qui se passait.

 

-J’ai eu si peur ! Ils m’ont téléphoné pour me dire que tu étais au commissariat ! Alors ?

-Je l’ai identifié, maintenant il nous faudra attendre le procès. Le pire est à venir fais-moi confiance, ils ne vont pas s’arrêter là.

-Je te protégerais, murmura t-il contre mes cheveux.

-Contre eux, tu ne peux rien superman.

 

Et nous quittâmes le petit cagibi sombre pour faire une déposition plus détaillée, à la télévision, les mêmes et mêmes gros titres, le meurtre semblait résolut pour les média alors que pour nous il restait cette parcelle plongé dans l’ombre, j’allais témoigner, faire éclater la vérité, le confronter à ses démons, au fantôme de Meredith, celle qu’il avait aimé et hait, et ils allaient me faire payer.

 

-Nous maintenons bien entendu la protection à votre domicile et lors de vos déplacements, mais nous allons les surveiller aussi, Webber doit mettre un plan au moins pour faire disculper son associé.

-Un plan ? Et quel plan ? Demanda Alex mais je le savais déjà.

-Eliminer le témoin, assena le chef et j’eu un sursaut de conscience.

-Je vous tuerais si il lui arrive quelque chose, vous m’avez bien entendu ? Hurla t-il et le chef le toisa avec mépris.

-D’abord vous allez baisser d’un ton et vous calmer, nous faisons tout ce qui est en notre pouvoir pour aider votre femme, vous aider, une fois le procès terminé nous mènerons une investigation avec les éléments que Meredith vous a fait parvenir avant son décès…

-Attendez de quoi parlez-vous ?

-Un email, murmurais-je en baissant la tête, mensonge sur mensonge, le début de la fin. Elle m’a envoyé un email avec son rapport…

-Elle nous a délibérément mis en danger, encore plus qu’auparavant ! Tu n’es plus qu’un simple témoin, tu as détenu tout un dossier sur eux ! A quoi pensait-elle ?

-J’étais son dernier espoir, sa dernière chance Alex ! Elle le savait, elle savait qu’elle allait mourir, qu’ils allaient lui faire payer sa trahison, alors une de plus qu’importe ? Je leur ai remis les documents, ils ne sont plus en ma possession, je t’en prie pourquoi lui en vouloir ? Elle ne peut plus se défendre maintenant…

-Je lui en veux de nous avoir embrigadé là dedans, de nous forcer à supporter ce procès et ses erreurs !

-Rentrons, je n’en peux plus, fis-je en me détachant de son étreinte.

 

Je fis un signe au garde du corps qui nous escortaient et nous sortîmes sans un mot, moi devant, Alex à l’arrière de la voiture, et quand nous arrivâmes devant notre maison, la pelouse était envahi de policiers, de voitures aux sirènes hurlantes, je pouvais voir la porte d’entrée défoncée, et les fenêtres explosées, je posais une main sur ma bouche pour étouffer un cri et à peine la voiture ralentie que je descendis, suivie par Alex qui essayait de me retenir, je poussais les barrières pour entrer dans le vestibule, les manteaux étaient au sol, les journaux et les livres qui habitaient jadis la bibliothèque près de la porte jonchaient le sol et partout des uniformes bloc notes à la main, personne ne semblait me remarquer et je me dirigeais vers le salon à la recherche de la seule chose qui m’importait, la confession de Meredith, ces derniers mots, ces dernières étincelles, j’en avais besoin, ils me les faillaient, et je rencontrais mon canapé retourné, ma stéréo déchiquetée, et la place vide de mon ordinateur me fit sursauter. Je m’agenouillais et ramassais les magasines et tout à coup au milieu de ce désastre j’aperçu le feuillet ultime qu’il ne me fallait surtout pas perdre, je le serrais contre moi avant de le plier en quatre et de le ranger dans mon sac à main ni vu ni connu. Des démineurs firent leur entrée et passèrent la maison au crible, le planché était invisible, brouillé sous des tonnes de bibelots brisés, et je vis Alex redresser le canapé et s’y laissé tomber, les mains sur le visage, la respiration lourde et violente. Je fermais les yeux, immobile au milieu de la pièce, il n’y aura pas de miracle dans cette histoire là, Meredith m’avait demandé de l’achever mais je n’avais pas ce pouvoir là, je ne l’avais plus, ils ont prit mon ordinateur, l’enregistrement et le rapport qui s’y trouvait, maintenant il savaient qui j’étais, ce que je représentais pour eux, un pion dérangeant sur un échiquier en mauvaise posture, pour récupérer son associé Richard Webber serait-il près à nous éliminer ?

Je rejoignis Alex et nos mains se nouèrent imperceptiblement quand le chef fit son apparition sans bloc note et qu’un de ces subordonnés lui confia un revolver dans une pochette en plastique.

 

-Je vais être obligé de vous déloger pour la durée de l’enquête, dans un hôtel bien entendu, commença t-il et nous n’avions plus la force de protester, nous avions la tête basse et les larmes au bord des yeux. Nous avions levé la surveillance quelques heures tout au plus, ils sont prêt à tout, où du moins ils sont prêt à vous faire peur pour que vous ne veniez pas au procès. Connaissez-vous ce revolver ?

-Nous n’avons pas de revolver Monsieur, répondit Alex, les yeux perdu dans le désastre de la pièce.

-C’est le revolver de Meredith, nous avons comparé son numéro de série, c’est le seul qui nous manquait, il n’était pas sur les lieux du crime, il avait donc pris la peine de l’emporter et de vous le rendre. C’est seulement une méthode d’intimidation, rien que cela, ils n’ont rien d’autre, ils se savent condamnés, Sheperd a été imprudent, nous avons ses empreintes et votre témoignage, le procès ne devrait pas être long à venir. 

-Ils ont mon ordinateur avec l’enregistrement… 

 

Le silence se fit et dans la pièce tout ceux qui recherchaient des empreintes, qui déblayaient les cadavres de ma maison s’immobilisèrent, sans enregistrement que faire ? La preuve ultime disparaissait pour faire tomber le réseau, un rapport se révélerait insuffisant devant le tribunal et tout ce que Meredith avait fait, ce pour quoi elle était morte n’avait plus lieu d’être.

Ils gagnaient… Quoi que je fasse, quoi que je dise devant le tribunal, ils gagnaient, ils avaient le pouvoir de faire de ma vie un enfer sur terre, de me pousser dans mes retranchements, de m’obliger à rompre les chaînes, à disparaître, à…Mourir.

 

-Je pense que vous êtes tous les deux en danger maintenant, nous avons retrouvé un couteau sur votre lit, bien en évidence, sans empreinte bien sûre, digne de l’immaculée conception, fit-il et Alex secoua la tête.

 

Je le mettais en danger lui aussi, toutes les personnes qui entraient et sortaient de ma vie, qui poursuivaient leur chemin à mes côtés, ils étaient tous susceptible de payer à ma place, et je me levais pour monter à l’étage, laissant le chef faire son discours affligeant à ma moitié malmenée. Au premier, les uniformes se bousculaient aussi, jusqu'à dans notre chambre qui avait été épargnée, étrangement calme et pure par rapport au reste de la maison. Plus aucune trace du couteau, mais je pouvais l’imaginer au centre de notre lit comme pour nous séparer, nous couper, nous tuer, et je restais immobile devant les penderies pleines avant de sortir nos valises et de les remplir lentement en silence, ce silence pesant qui n’est pas reposant, qui ne présage jamais un nouvel écho bienfaisant, et la brûlure des derniers aveux de Meredith dans la poche de mon manteau me bouleversa, j’en tremblais, les larmes s’échappaient et je réunis tous nos souvenirs comme si nous ne devions plus jamais remettre les pieds ici, et dans mon esprit une seule solution s’imposa, la fuite, une fuite organisée, quelque chose de spectaculaire qui leur fera perdre notre trace pour toujours, ma trace tout du moins, parce que la culpabilité d’entraîner Alex là dedans m’étreignit plus forte que jamais, il devait rester hors de la marche funèbre à tout prix….

Je clôturais les valises et descendis sans me retourner, la maison retrouvait peu à peu son calme et Alex vint me soulager d’une valise avant de passer une main sur mes épaules pour m’entraîner vers l’extérieur, les journalistes avaient déserté notre pelouse et le silence de la rue m’étonna, le même silence qui celui qui baignait la maison où le cadavre de Meredith avait dormi avant ma venue et le chef nous conduisit dans une voiture banalisée, tandis que je m’imaginais disparaître avant le procès, tandis que je m’imaginais fuir la confrontation, et quand la voiture démarra j’en vis une autre, aussi noire que les précédentes, descendre l’allée en sens inverse, ralentir à la vue de la maison explosée, et repartir sans un soupire, ils nous guettaient, jour et nuit, surveillance ou non, et j’étais condamnée…

 

 

* *

*

 

Musique

 

Ce matin là je me réveillais avec cette impression qui me suivait depuis des semaines, depuis que notre maison avait été saccagée et que le procès se rapprochait ; je marchais dans le vide, je respirais sans contenue, j’avançais sans but, et malgré la chaleur du corps d’Alex contre le mien j’avais froid, malgré ses bras qui m’entouraient toutes les nuits je me sentais seule, il ne me laissait pas un instant solitaire, et il s’accrochait à mon corps comme si je pouvais partir en fumée dans la seconde suivante, et je profitais de ces moments où j’étais contre lui, comme si il ne devait pas y avoir de fin à notre cauchemar, comme si le procès ne serait qu’un faire valoir sans récompense. Aucun événement à signaler, des semaines insipides, enfermés dans un hôtel excentré, à suivre les informations sur un petit écran et à attendre des nouvelles de l’enquête. Nous étions le 18 septembre 2009 et le procès s’ouvrait…Il s’ouvrait aujourd’hui, sous un ciel sombre et coléreux, 3 mois après la disparition de Meredith et il me semblait que hier encore je découvrais son corps et j’entrais dans sa danse macabre.

Les rayons du soleil n’avaient pas le pouvoir de nous sortir de notre torpeur aujourd’hui, et nous restâmes de longues minutes silencieux dans notre lit en batailles, accrochés l’un à l’autre pendant que les secondes défilaient, des secondes aussi rapide que des heures plongeant dans une mort imminente. Comme une automate je me levais, m’habillais, me maquillais légèrement tandis qu’il m’observait faire des allers et retours réguliers dans la pièce, pensif, avait-il lui aussi pensé à la fuite ? Son visage semblait si impassible face au mien, j’avais tant de mal à cacher mes sentiments, toutes mes étincelles prenaient vie au fond de mes prunelles et il me connaissait par cœur, il pouvait les déchiffrer comme personne, et il se leva pour fermer la glissière de ma robe noir de circonstance. Le miroir éclatant nous renvoya une image apeurée de deux visages flous et brouillés, et j’avais le sentiment que le fantôme de Meredith nous hantait, sa vie avait pris fin et elle vivait pourtant dans notre histoire, elle était dans chaque coin de mon esprit, dans chaque acte, dans chaque pensée, imperturbable, je pouvais me jouer sans arrêt la même scène pendant des heures, j’entendais sa confession raisonner en moi et je n’eu aucune pitié pour l’homme qui allait être condamné, aucune culpabilité à le dénoncer, juste cette peur ultime de recroiser son regard, d’y voir briller cet amour malsain qui l’avait poussé au crime, il nous guettait tous, notre côté sombre, celui qui pouvait ressurgir n’importe quand pour sauver ce qu’il restait de nos silences, et j’échafaudais toutes sortes de plan pendant qu’Alex dormait profondément, chaque nuit je voyais une fin différente se dessiner sans jamais que j’en sois satisfaite, il y avait toujours un défaut dans le dernier credo.

 

Nous arrivâmes devant le tribunal à l’heure précise, aucune méprise dans la partition et au moment même où je descendis je fus entouré par une foule de journalistes caméra au poings, les questions fusèrent et je les évitais, la police intervint et me conduisit hors de cette marrée humaine, Alex accroché à ma main, pris dans la mouvance de la foule jusqu’au parvis du tribunal où je croisais le regard brûlant de l’avocat de la défense, je me détournais alors et je me laissais entraîner dans le flot, j’oubliais le bruit, les crépitements des flash, j’entrais dans la cour aux côtés du procureur et m’installais sur les bancs entre deux policier en civil. Alex avait été relégué au fond, dans la partie « spectateur » et je cherchais sans cesse son regard pour me donner du courage, pour supporter ces heures pendant lesquelles je serais sur un sol instable, la peur de bafouiller, de me tromper ou d’éclater en sanglot m’étreignis et je croisais et décroisais mes jambes, tandis que mes mains s’agrippaient l’une à l’autre, terreur imperceptible tandis que le juge s’installait et entamait ce qui serait la plus longue journée de ma vie…

 

-Bonjour à tous, je me présente ; je suis le Juge Nolan et c’est moi qui vais présider cette séance et toutes les autres à venir. Levez-vous je vous prie.

 

La salle se redressa dans un même mouvement et je tanguais légèrement, regardant devant moi pour éviter de croiser les regards apitoyés de tous ceux qui étaient venus assister à ce procès. Et il entra. Encadré par deux policiers comme je l’étais, il fit cette apparition remarquée que j’attendais, il s’installa dans le box des accusés et son visage se tourna immédiatement vers moi, ses yeux brillants ne me quittèrent pas durant toute l’audience et aujourd’hui encore il me semble les apercevoir dans l’ombre les nuits où je ne trouve pas le sommeil.

 

-Bien, reprit le juge, l’affaire qui se joue ici oppose la partie civile représentée par Maître Eddson à l’accusé Derek Sheperd, mis en cause pour meurtre avec préméditation et défendu par Maître Loyld. Vous pouvez vous asseoir, dit-il et le même mouvement nous anima. Maître Loyld, que plaide votre client ?

-Non coupable, votre Honneur, s’exclama l’avocat et toute la salle murmura dans le silence.

-A vous Maître Eddson, ordonna le juge en s’adossant à son siège et je tremblais de plus en plus.

-Avant toute chose, c'est-à-dire avant d’appeler mon seul et unique témoin je voudrais présenter des preuves irréfutables à la cour. Tout d’abord, voici le rapport d’expertise de l’agent qui a passé la maison de Meredith Grey au crible, vous pourrez y trouver une représentation fidèle des empreintes de Monsieur Sheperd. Aucun doute n’est permis. De plus, je tenais à faire part d’un élément à la cour, l’agent Grey était à l’époque des faits en mission d’infiltration, ce qui représente le principale mobile pour la condamnation de Monsieur Sheperd qui l’ayant découvert aurait décidé de faire taire son témoin.

-Objection ! Lança Maître Loyld et Derek se tourna vers moi avec un petit sourire. Nous ne sommes pas là pour cela, nous voulons des preuves, des affirmations véridiques, savoir ce que l’agent Grey faisait à l’époque de sa si tragique fin ne fait pas partie de nos priorités.

-Bien sûre que si, contra notre procureur et l’échange ne présageait rien de bon. C’est le seul et unique mobile votre Honneur !

-Avez-vous des preuves ? Demanda le juge.

-Bien sûr, s’exclama t-il et il sortit de son dossier le rapport que je leur avais remis.

 

Le juge l’examina quelques secondes avant de le déposer sur le bureau et de scruter le condamné dans son box. Il fronça les sourcils et ce que je redoutais arriva.

 

-Pas d’autres preuves ? De vraies preuves ?

-Non votre Honneur, elles ont été subtilisées au domicile du témoin.

-Nous y reviendrons plus tard, assena t-il avant de se tourner vers Maître Loyld. Avez-vous des témoins vous-même ?

-Bien entendu, votre honneur. Monsieur Richard Webber, respecté homme d’affaire de cet état.

 

Et il entra alors, impassible, son visage ne laissait rien transparaître et il ne me jeta même pas un regard, tout le monde se regarda, le chef de la police dans un coin de la salle semblait prêt à bondir, et je passais d’un visage à l’autre, comment cet homme pouvait-il venir témoigner sans risquer sa peau ? Mais il avait l’air de se sentir pleinement en sécurité, il avait l’enregistrement, il avait tout, à côté nous étions si dérisoires, et voir son visage se dessiner et sa main se poser sur la bible pour jurer de dire la vérité me donna la nausée. Maître Loyld se leva d’un bon, un sourire aux lèvres et s’approcha de son si important témoin, les jurés étaient suspendus à ses lèvres et ce procès me faisait l’effet d’une blague, d’une mauvaise blague acceptée par tous.

 

-Vous venez de prêter serment, vous avez donc juré de dire toute la vérité et rien que la vérité. Quel est votre lien avec l’accusé ?

-C’est le bras droit de mon entreprise, un homme droit et travailleur, je me demande d’ailleurs ce qu’il fait ici, lança Richard et j’eu un sursaut de mépris.

-Aviez-vous un lien avec la victime ? La connaissiez-vous ?

-Uniquement parce qu’elle fréquentait Derek.

-Vous parlez d’une relation suivie ou d’un flirt ?

-Une relation suivie, assena t-il et je me mordis la lèvre, leur « vérité » allait voir le jour et la trahison n’en serait que plus difficile à accepter.

-Où étiez-vous le 6 juin ?

-Chez moi, je préparais une réception, Derek y était d’ailleurs convié.

-A quelle heure est-il arrivé chez vous ce soir là ?

-Vers 22H je dirais, je n’ai pas vraiment la notion du temps, fit-il avec un sourire charmeur.

-Que pensez-vous des empreintes retrouvées dans la maison de la victime ? Demanda l’avocat et je voyais le scénario défiler devant mes yeux encore une fois.

-Ils se voyaient régulièrement, ils ne pouvaient que laisser des empreintes chez elle, c’est d’une banalité affolante.

-Je suis tout à fait de votre avis, admit l’avocat avant de se tourner vers les jurés. Vous voyez ? Comment la défense peut-elle se baser sur des empreintes sur des meubles, sur le sol, sur les vêtements de la victime alors qu’ils y avaient entre eux apparemment plus qu’une simple amitié, ce sont des preuves stériles, un raisonnement stérile, rien ne tient debout, c’est un procès pour rien et je vous conseille de bien analyser tout ce que l’accusation vous présentera y compris le témoignage de leur seul et unique témoin, la vision d’un être humain peut si vite être malmenée.

 

Il retourna à sa place et Maître Eddson se leva à son tour dans un soupire, rien ne se passait comme prévue et au fur et à mesure de l’audience, le sourire de Derek s’élargit, ils étaient forts, peut être trop forts pour nous, pour moi, fragile témoin, seul et unique murmure d’une nuit maudite.

 

-Monsieur Webber, quelles sont vos réelles activités ?

-Objection Votre Honneur ! Cela n’apporte rien au débat !

-Objection accordée, veuillez être moins pragmatique Maître.

-Je propose donc une autre question ; comment pouvez-vous nous garantir l’heure à laquelle votre protégé s’est présenté à votre domicile ?

-Je ne peux malheureusement pas le garantir mais j’ai pu vous donner une heure approximative.

-Meredith Grey est décédée aux alentour de 20H cette nuit là, êtes-vous d’accord pour admettre que Monsieur Sheperd aurait eu tout son temps pour se changer et paraître pimpant à votre si distinguée réception ?

-Je suppose.

-Vous supposez ? L’admettez-vous ou pas ?

-Oui, fit-il posément, rien ne le perturbait.

-Ce sera tout pour le moment. Merci.

-D’autres questions Maîtres Loyld ? Demanda le Juge et l’autre secoua la tête.

-Pour le moment non, vous pouvez disposer Monsieur Webber, merci beaucoup.

 

Et il sortit de la salle comme il était entré, plein de lui-même, sans m’effleurer, sans jeter un regard à son acolyte, mais leur présence me faisait trembler, et quand le juge se tourna vers moi je compris que le moment était venu, ce jour serait peut-être le plus long de ma vie, mais il ne sera pas le seul, il y en aura d’autre, le procès serait interminable et chaque jour leurs discours raisonneraient en moi.

 

-Vous pouvez convier votre témoin Maître Eddson.

 

Les deux policiers ouvrirent la marche et je remontais l’allée vers le juge les mains moites, la bouche sèche, le cœur au bord des lèvres, le pupitre s’offrait à moi, et je jurais comme l’avait fait Richard Webber avant moi, je jurais de dire toute la vérité quoi qu’il arrive, sans jamais trahir l’Amérique, sans jamais trahir Meredith, du moins je l’espérais…

 

-Madame Karev, pouvez-vous raconter ce que vous avez vu cette nuit là ? Demanda le procureur en appuyant sur chaque mot.

-C’était une nuit comme les autres, commençais-je la voix tremblante, mais tout était trop calme, le silence était pesant, bien trop pesant pour être agréable, et j’ai garé ma voiture devant sa maison comme je le faisais si souvent. Cette fois-ci il y avait quelque chose d’étrange, les volets étaient clos, tous et pourtant il y avait une musique lancinante qui jouait entre les murs, presque obsédante. Je ramassais le courrier qu’elle avait laissé sur les marches et au moment où je voulais monter les marches un homme sortit de la maison arrachant la porte sur son passage, il me bouscula, tâcha ma robe de sang et pendant quelques secondes qui me paraissent aujourd’hui interminable nos regards se sont croisés. Je ne l’ai jamais oublié depuis. Ensuite je suis rentré, et elle était là…Morte. Le salon était sans dessus dessous, comme si elle s’était battue avec quelqu’un, je ne sais pas…

-Vous avez reconnu cet homme durant la confrontation au commissariat, il est à présent dans le box des accusés, êtes-vous sûre de ne pas vous être trompé ?

-Certaine, jamais je ne pourrais oublier son visage, jamais. C’est lui. Il avait les mains pleines de sang, les yeux brillants, même dans la pénombre je pouvais sentir la chaleur du sang frais sur ses mains.

-Merci à vous. Je sais combien c’est difficile de parler de cela devant tous ces inconnus.

-Non, le plus dure c’est de l’imaginer entrain de tuer Meredith, et cette image ne me quittera jamais, je vivrais avec pour toujours quoi qu’il arrive, je serais toujours liée à sa mort comme j’ai été liée à sa vie.

 

Maître Eddson hocha la tête et l’avocat de la défense prit sa place. Je me recroquevillais sur mon siège, cherchant l’image bienveillante d’Alex dans la foule, car je savais déjà qu’il allait s’employer à détruire tout mon témoignage, le rendre caduc, pire me faire douter de la véracité de mes dires. Il s’immobilisa quelques instants devant moi avant de soupirer.

 

-Je suis désolé pour votre amie, sincèrement Madame Karev, mais comment pouvez-vous être si certaine ? Comment pouvez-vous être sûr de l’heure à laquelle vous avez découvert le corps ? Ou même comment pouvez-vous être sûr que Derek Sheperd n’a pas seulement découvert le corps de sa maîtresse ?

-Je le sais c’est tout, murmurais-je et le juge fronça les sourcils.

-Vous avez juré de dire toute la vérité, rien que la vérité, dois-je vous le rappeler ?

-Non, Maître, fis-je sur un ton que je voulais calme. J’ai quitté ma garde au Cedar Sinai à 19H30, mes collègues peuvent en témoigner.

-Bien, et à quelle heure êtes-vous arrivé chez Meredith Grey ?

-Je ne sais pas exactement, 20H, peut-être.

-Les peut-être me dérange beaucoup.

-Je pensais à autre chose qu’à ma montre à ce moment là, vous en conviendrez.

-Certes ! Que savez-vous de la relation de Meredith Grey et Derek Sheperd ?

-Rien.

-Vous étiez sa meilleure amie et vous ne saviez rien ?

-Elle ne me confiait pas tout.

-Bref, vous êtes donc arrivé aux alentours de 20H et vous avez vu mon client quitter la maison de la victime, est-ce bien cela ?

-Oui, fis-je dans un souffle, et je pu voir le chef de la police secouer la tête et se passer une main sur le visage, dépité.

-Comment pouvez-vous être sûr qu’il est celui qui a mis fin à la vie de votre amie ?

-Il y a eu du bruit, du verre brisé, un cri peut-être…

-Tout cela me semble bien brouillon, Madame.

-Il y a eu du bruit, un cri, répétais-je en me revoyant grimper les marches de la maison avec crainte.

-Un cri féminin ?

-Oui !

-Et mon client est donc sorti tout à coup de la maison, les mains pleines de sang ?

-Oui !

-Il faisait sombre.

-Et alors ?

-Il faisait sombre, vous étiez fatiguée, une longue garde harassante, et vous croyez alors voir du sang !

-Objection Votre Honneur ! S’écria le procureur et le juge hocha la tête.

-Cela suffit Maître Loyld. Abrégez !

-Il me semble que j’ai fini. A vous de conclure cette affaire, lança t-il au jurés avant de s’asseoir et je restais tremblante sur mon siège.

 

Je ne bougeais pas, je fixais la salle qui m’épiait, chaque visage me semblait inconnu dans cette foule sauf celui d’Alex au fond qui avait les yeux clos. Il me fallut quelques secondes pour reprendre ma respiration, et je me levais, je marchais vers la sortie, s’en était finie du procès pour aujourd’hui, accompagné par mes ombres fantomatiques je quittais la salle avec Alex juste au moment où le juge abattit son maillet pour signifier la fin de la séance… Echec et mat.

 

A ce moment précis, la mort commença à s’insinuer dans mon esprit, fin acceptable en somme, elle gagnait du terrain au fur et à mesure des séances, procès cruellement interminable ou ils l’emportaient, et la peur s’installait, la peur grandissait, jusqu’au paroxysme, j’imaginais un scénario convenable où j’échappais au contrat qui pesait sur ma tête, dans une explosion gigantesque et tous mes rêves en furent la scène…

 

[...]


nanouee  (31.10.2009 à 13:06)

Chapitre 4 : À la veille de l’apocalypse, il n’y a rien, le néant se construit ; cruellement infini…
« Nous passons trop de temps à rêver notre vie, qu’en est-il quand nous passons trop de temps à rêver de notre infini ? »

Musique

 

 

-Vous devez m’aider à disparaître !

 

Et il m’épiait comme si j’étais devenue folle, comme si j’avais perdu la raison, mais en l’espace de deux mois, depuis que le procès avait commencé, toutes les preuves accumulées contre Derek Sheperd étaient descendues les unes après les autres par l’avocat de la défense. Nous étions dans une impasse, il avait toutes les chances d’être libéré, et si c’était le cas je ne serais plus jamais en sécurité, j’y avais pensé pendant des heures, et la conclusion s’était imposée, la seule manière de les faire renoncer, de me faire oublier était de feindre ma mort. En soit très cliché et très vieux film noir, mais je n’avais pas d’autre choix, aucun ne me semblait acceptable, ni la réclusion à vie dans un hôtel minable, ni la perceptive d’être surveillé tous les jours jusqu'à dans ma chambre par des uniformes ne me convenait, il était temps de briser la chaîne et de laisser cette vie là derrière moi, seule…

La nuit, je le regardais dormir paisiblement, parfois quelques soubresauts l’animaient et j’imaginais la mise en scène parfaite, si parfaite que personne ne pourrait mettre en doute ma fausse finalité, et je devais l’abandonner, je devais le laisser derrière moi le temps que l’enquête me soulage, qu’ils trouvent suffisamment de preuves pour faire tomber ce réseau car je n’étais plus qu’un simple témoin, j’étais la pièce maîtresse de leur jeu et sans moi le contrat imperceptible qui pesait sur ma tête mourrait. Dans mon esprit cette fausse mort n’était pas faite pour durer, quelques mois peut-être, un an tout au plus, le temps de démanteler le réseau et que l’ombre de mon visage retrouve les ténèbres de l’anonymat.

 

-J’y pense jour et nuit ! Ce n’est plus possible, la seule solution qui s’offre à moi c’est de feindre ma mort, de les laisser croire à ce subterfuge aussi longtemps que possible !

-Tu penses à votre famille ? A ton mari ? Tu devras le laisser sur le bas côté de la route Izzie, assena le chef qui avait prit l’habitude d’oublier le madame au profit de mon diminutif.

-Ce ne sera pas long n’est-ce pas ?

-Impossible à déterminer. Le juge devrait rendre son jugement dans deux semaines et je doute qu’il soit condamné, murmura t-il, si il sort, il reprendra sa place auprès de Webber et qui sait ce qui peut arriver.

-Vous avez le pouvoir de me faire disparaître, même si ce n’est que pour quelques mois, vous avez le pouvoir de m’effacer de l’état civil en un claquement de doigt fis-je en joignant le geste à la parole.

-Ce n’est pas si simple Izzie, il y a tout le reste, toute ta vie tu seras hanté par cela, et si un imprévue t’empêche de revenir que feras-tu ? Tu vivras dans ta fausse identité jusqu'à la fin cachant à la personne qui partage ta vie que tu respires encore ?

-Il souffre…Il souffre de cette situation, à chaque séance il souffre un peu plus, je l’ai entraîné là-dedans, j’ai souhaité protéger Meredith jusqu’au bout, j’ai fait un choix, je dois l’assumer. Peux-tu me proposer autre chose ? La seule façon serait qu’ils meurent tous, et c’est bien impossible de faire justice soit même.

-Je n’ai rien à te proposer, je n’ai en fait plus rien en stock depuis longtemps. Je peux te protéger comme j’ai voulu le faire avec Meredith, mais la machine est lancée, quoi qu’il advienne, ils ont bien dévalisé ta maison, ils ont bien menacé ta vie et celle de ton mari, jusqu’ou iront-ils ?

-Je ne veux pas attendre qu’ils me retrouvent et qu’ils me tuent, pire qu’ils nous tuent tous les deux, je préfère qu’il vive, même si pour cela je dois l’abandonner. Et j’en souffrirais tout le temps, ce temps maudit et je feindrais d’avoir expiré mais peu m’importe maintenant, c’est ma dernière alternative, aide-moi, quelques mois pas plus. Quand le jury rendra son verdict je devrais être loin, très loin…

-C’est dans deux semaines Izzie ! Comment veux-tu que j’organise ta mort en deux semaines ? Et tu as pensé à un scénario je parie ?

-L’explosion !

-Tu es folle !

-Le jour du verdict ! Quand le juge rendra son verdict je serais là, et je sortirais pour prendre ma voiture sans lui, il faudra que ce soit réglé au millimètre près, il me verra monter dans la voiture mais il ne me verra pas en sortir et vous ferez exploser ce qui reste !

-C’est de la folie !

-C’est faisable ou pas ?

-Eh bien oui, bien sûre nous pouvons monter un scénario qui ne laisse aucun doute, l’explosion c’est bien, mais il y a toujours des « restes »…

-Je te fais confiance, une confiance aveugle depuis le début, depuis que Meredith est morte et que je suis entrée là-dedans, maintenant c’est échec et mat et je dois gagner.

-Alex ne devra rien savoir Izzie, jamais…Nous te donnerons une nouvelle identité et tu quitteras les Etats-Unis. Où veux-tu aller ?

-En France !

-Parfait, je te concocterais un passeport tout ce qu’il y a de plus officiel…Je n’arrive pas à croire que nous parlons de cela, c’est une idée tordue !

-Non, c’est ma dernière chance.

-Tu l’abandonneras…

-Je reviendrais, murmurais-je et à cet instant j’en étais certaine.

-Nous continuons l’enquête, nous n’avons jamais arrêté, nous nous sommes basés sur le rapport de Meredith, sur les informations que nous avons déjà, tu ne veux pas attendre ?

-Attendre combien de temps ? Je n’en peux plus en fait j’étouffe, je ne me sens plus à l’aise nulle part, ma vie m’enchaîne, je dois m’en défaire, même si je dois souffrir mille morts et laisser Alex croire à ma mort. Peut-être qu’il ne me le pardonnera jamais, peut-être qu’il me haïra, mais je dois être égoïste, je nous fais souffrir encore plus en supportant cette situation, en étant sans cesse sur le qui-vive, attendre qu’ils exécutent le contrat qui pèse sur moi, et si Derek Sheperd est libéré, il se fera un plaisir de me tuer de ses mains comme il l’a fait avec Meredith…Si je meurt vraiment nous aurons tout perdu, il n’y aura pas de renaissance, alors que là je peux espérer l’oubli, je peux espérer que la justice me sauve, et quand ils seront sous les verrous, quand plus personne ne pourra se souvenir de moi je reviendrai… Mais j’ai tout prévue ne t’en fais, j’y pense depuis deux mois, je vais enregistrer une vidéo pour Alex que j’enfermerais dans un coffre à la banque sous un faux nom, je lui enverrais la clé quand le moment sera venu de renaître de mes cendres. Soyons mélodramatiques jusqu’au bout.

-Comment tu fais ? Comment tu fais pour ne pas craquer ?

-Tu te trompes, je ne vois pas le bout du tunnel, je fais bonne figure, c’est la seule chose qui marche encore de nos jours, prétendre aller bien vaut mieux que présenter au monde une tête d’enterrement et pourtant je voudrais pleurer, je voudrais crier ma colère, je voudrais vivre dans le déni et me nourrir de culpabilité mais je n’ai pas le temps, je n’ai plus le temps. Tu m’aideras n’est-ce pas ? Et tu ne diras rien à Alex ?

-Promis, murmura t-il et j’inspirais profondément avant de sourire.

-Je ne vous ferais pas l’honneur d’assister à mon propre enterrement, je préfère débarrasser le planché avant que les hommes de Webber ne fassent une petite enquête et qu’un doute germe dans leurs esprits malfaisants.

-J’ai l’impression que c’est une erreur Izzie, crois-moi plus rien ne sera comme avant si tu t’engages dans cette voie…

-Alex sera sauvé, ils se moquent de lui, il n’est pas important, quand j’aurais disparu de leur radar ils n’auront plus peur de leur propre chute. Mais vous y travaillerez dans l’ombre, je ne veux pas que Meredith soit morte pour rien, ni que je disparaisse pour toujours… Garde un œil sur Alex tout de même.

-Fais-moi confiance. Maintenant rentre chez toi, ta maison n’est plus un dépotoir alors profites-en pendant que tu le peux encore.

-J’y vais, il doit m’attendre d’ailleurs, fis-je en me levant et au lieu de sa petite tape habituel sur l’épaule j’eu droit à une étreinte, celle qui rapproche les êtres qui combattent côtes à côtes.

-Fais bien attention, je vais y travailler, il nous reste deux semaines…

-Les plus longues de toute ma vie…

 

Je lui tournais le dos, comme je tournerais le dos à tout le reste, je me sentais prise au piège, je n’avais pas d’autres choix, à part celui de sauter dans le vide et d’espérer que la chute soit douce. Je laissais le commissariat derrière moi et je montais dans ma voiture, toujours escorté par mes gardes du corps, qui roulaient à distance raisonnable pour ne pas bafouer mon intimité, mais je n’en avais plus, je devais les supporter jour et nuit et j’étais lasse, trop lasse pour continuer à me battre contre eux, la fuite me semblait bien plus douce, la mort beaucoup plus appréciable que cette guerre interminable entre ciel et terre, entre la parole de Meredith et les menaces de son ancien amant.

 

Je rejoignis Alex dans notre chambre, impassible, dans deux semaines je le quittais, dans deux semaines je m’abandonnais, mon existence et tout ce qui s’y rattachait serait mis entre parenthèse pour quelque temps en espérant pas pour toujours. Il était déjà endormi sous les couvertures et je me couchais à ses côtés, collant mon corps glacé contre le sien, faisant naître en moi des empreintes éternelles, pour ne surtout pas oublier, pour ne surtout pas me perdre dans ma prochaine vie, dans celle que je devrais supporter sans lui, pour qu’il vive, pour qu’il survive même avec ce poids sur les épaules, la mort n’est jamais anodine, la marque qu’elle laisse malgré l’absence est irréparable.

 

-Où étais-tu ? Je t’ai attendue toute la soirée, murmura t-il et il passa un bras autour de mes épaules nues.

-Au commissariat, comme d’habitude…

-Tu vas te rendre malade, arrête, c’est bientôt terminé…

-Oui, bientôt, fis-je et une larme imperceptible dû longer ma joue, il ne la vit pas et je nichais mon visage dans son cou.

-Et nous partirons, souffla t-il contre ma joue et je voulais qu’il m’étreigne, je voulais qu’il me sauve, qu’il m’aime jusqu'à la fin.

-Nous partirons…Nous serons libre, n’importe où dans le monde

-C’est une promesse ?

-C’est une promesse…N’importe où dans le monde, n’importe quand dans notre histoire, fis-je et je ravalais les larmes qui brouillaient ma vue.

 

Et cette nuit là fut différente de toutes les autres, ce n’était pas encore la dernière fois, ce n’était pas encore la dernière effluve, la dernière caresse et pourtant je la vivais ainsi, je laissais ce parfum d’ultime instant m’envahir, et je tombais dans la danse, je la vivais avec passion, presque avec violence, comme si je devais cesser de respirer, comme si je devais cesser d’exister et que je voulais faire de mes derniers moments des étincelles… L’éclat de la lune baignait la chambre et c’est dans cette image de félicité que je dus sourire pour la dernière fois, la souffrance venait au monde au creux de mon corps, elle s’installait pour toujours, elle pouvait brûler éternellement et ses mains parcouraient mon corps avec ferveur, son souffle semblait balayer les derniers mois de notre vie et j’oubliais l’issue prochaine de notre histoire, j’oubliais notre dernier credo, notre dernier pas de danse, car j’étais au creux de sa symphonie aussi sûrement que je lui laissais cette partie de mon cœur en partant, les larmes accompagnèrent cette fin là, ma décision était prise, plus que deux semaines pour survivre, plus que deux semaines pour profiter de l’empreinte de son corps et de la douceur de son cœur, temps misérable et vengeur, seconde après seconde vers l’apocalypse…

 

 

* *

*

 

Musique

 

Ils m’avaient aménagé une salle avec une caméra et je m’installais sur le siège agencé face à la table. J’avais l’impression d’être une condamnée qui avouait ses crimes, mais je voulais au moins laisser cette trace pour qu’il comprenne, qu’il ne me haïsse pas, je voulais que quand le moment serait venu il voit cette vidéo avant de croiser mon regard.

 

-Je te laisse la télécommande à portée de main, quand tu te sentiras prête tu pourras commencer, tu peux effacer la bande tant que tu veux jusqu'à ce que tu sois satisfaite, lança le chef que j’appellerai Jack dans un souci d’anonymat.

-Merci.

-Qu’as-tu prévue pour la suite alors ?

-Je vais l’enfermer dans un coffre fort à la banque sous un faux nom, j’emporterais la clé et quand le moment sera venu, quand je pourrais revenir sans crainte je lui ferais parvenir.

-Très ingénieux !

-Je sais, j’ai manqué ma vocation, ce n’était décidément pas la médecine, mais la police, plaisantais-je et il sourit avant de me laisser seule à seule avec la caméra.

 

J’inspirais profondément, ce matin il était déjà partit quand j’avais quitté la maison pour me rendre au commissariat je n’avais donc pas eu à lui donner d’explication, le verdict ne serait pas donné avant deux semaines, mais la presse en faisait déjà des gorges chaudes, la finalité semblait en suspend, pour le monde la question ultime était-il coupable ou non restait un mystère. Je passais une main dans mes cheveux pour re-discipliner les mèches comme si cela avait de l’importance et j’appuyais sur le bouton Rec.

 

-Avant tout, je voudrais que tu me fasses la promesse de regarder cette vidéo jusqu’au bout…Je te laisse donc quelques secondes de réflexion avant de continuer, fis-je les larmes aux yeux. Bien, puisque tu n’as pas éteint le magnétoscope, sache que ce fut la chose la plus difficile à faire, te parler ici alors que j’ai prévue de te quitter, de te mentir, de faire de ma « mort » un mensonge. Tout d’abord, je t’aime, et cela ne changera jamais, si j’ai mis ce plan au point c’était avant tout pour nous sauver, pour nous épargner une vie de fugitif et j’en suis devenue une dans un sens. Je me sentais prise au piège, alors je suis allé voir Jack, je lui ai demandé de me faire disparaître, de « m’assassiner » pour qu’ils m’oublient même si cela signifiait te laisser derrière moi pour un temps. Je ne sais pas combien temps cela durera, je ne sais pas si tu m’aimeras encore le jour ou nous nous retrouverons, mais ce sera encore plus dure pour moi de t’abandonner sans un mot, de laisser cette fausse mort nous voler nos derniers moments, voilà le but premier de cette vidéo, laisser quelque chose, tout simplement. Si tu la regarde, c’est que la police est venu à bout de Webber et de ses acolytes, si tu la regarde c’est que je vais bientôt pouvoir renaître, car je ne suis jamais morte, je n’ai jamais expiré dans cette explosion, c’était un leurre pour les tromper, et j’ai monté ce plan de toutes pièces, du début à la fin, sentant les jours défiler, me rapprocher de l’inévitable, les dernières heures auprès de toi. Tu dois m’en vouloir, je te connais trop bien pour ne pas tenter d’imaginer ton visage à ce moment précis où tu découvres que la personne la plus importante de ta vie t’a fait défaut, et pour toujours ce sera une souffrance, un poids à supporter, car quoi qu’il advienne, que je renaisse ou non dans ta vie j’en serais marquée et notre couple aussi, c’est le début de l’ère du mensonge et j’y mets fin en somme avec cette vidéo. Souviens-toi de ta promesse d’une nuit, n’importe où dans le monde, n’importe quand dans notre histoire, et je n’ai jamais été loin de toi, je prenais des nouvelles par Jack, je ne t’ai jamais réellement abandonné, comme je n’ai jamais abandonné cet espoir fou de vivre libre et heureux, fable impossible dans notre composition, nous étions emportés par le courant alors que nous aurions du rester sagement au bord. J’espère que tu ne perdras jamais espoir, que tu te relèveras, même si je sais déjà que tu en seras capable j’ai juste besoin de le dire, juste besoin que tu saches que je crois en toi, j’ai toujours cru en toi et il en sera ainsi jusqu'à la fin. Je pense que ma confession s’arrête là, j’ai l’impression d’être dans la peau de Meredith qui m’avait confié ses amours secrets avec celui qui a mis fin à sa vie, c’est étonnant de constater cette ressemblance, je te fais un aveu, comme elle l’a fait et j’espère qu’il ne nous sera pas fatale Alex, j’espère que tu n’auras pas oublié mon visage, que tu n’auras pas oublié tous nos souvenirs, tout ce qui nous définissait, car je n’aurais jamais pu mourir et t’abandonner de cette façon, je n’aurais jamais pu sans te dire ces mots…Et même si je pleure, même si je souffre de te laisser derrière moi pour ce si court laps de temps, je souffre encore plus d’imaginer qu’il n’y aura peut-être pas de suite à notre histoire… Je te dis à bientôt et n’oubli pas que je t’aime…

 

A la fin de ce triste monologue je ne tentais plus d’essuyer mes larmes, je les laissais couler, et en baissant la tête j’appuyais sur le bouton qui lui arrachera définitivement mon image.

Et je me levais, je sortis la cassette de la caméra et sans un mot je m’en fus du commissariat pour me rendre à la banque, j’avais tout planifié, personne ne connaîtrait l’existence de ce compte sous un faux nom, personne à part Jack bien sûre, qui sera mon contact, mon lien entre l’au-delà virtuel et la réalité.

 

J’entrais dans la banque et me dirigeais vers le guichet, mon trésor dans une enveloppe, il était inutile de faire durer le suspens plus longtemps, la machine était lancée et aussi terrifiante que serait sa fin je n’avais pas le choix, je ne pouvais plus reculer, l’infini m’attendait au creux de l’apocalypse, et cette métaphore me sembla étrangement prophétique.

 

-Puis-je vous aider Madame ? Demanda l’employé et j’avançais, fébrile.

-Je voudrais ouvrir un compte pour y déposer des effets personnels, s’il vous plait.

-Bien sûre, à quel nom ?

-Julia Stevens.

 

Et je la suivie dans des couloirs interminable jusqu'à une petite pièce emplis de coffre en tout genre, de toute tailles, contenant sûrement les secrets de dizaines d’inconnus, et elle me donna la clé ainsi qu’un double avant de s’en aller. J’avais signé tous les papiers et le coffre était payé pour un an renouvelable.

J’ouvris la petite boite et au moment où j’enfermais mon futur secret dans la pénombre je revis le visage ravagé de Meredith, elle me hantait, elle me poursuivait, tous ces secrets qu’elle m’avait confié, et cette cavale dans laquelle elle m’avait lancé, mais j’étais prête pour le prochain acte, je refermais le coffre, bientôt je serais loin, si loin que les traits de mon visage leur sembleront flous, si loin que je pouvais me perdre dans une autre vie comme Meredith et le paradoxe de nos existences parallèles s’installa, seulement j’allais l’emporter, quoi qu’il arrive, j’avais fait une promesse à Alex, n’importe où dans le monde et j’allais respirer malgré la fin de ma danse….

 

 [...]


nanouee  (02.11.2009 à 10:06)

Epilogue : Quand la fin se rapproche, nous fuyons ; et quand elle nous rattrape nous souffrons…
« Les fins ne sont que des recommencements potentiels, des ruines à demi réparées »

 Musique

 

Toute la salle retint son souffle, et moi aussi. J’étais en instance, ancrée dans mon dernier moment de réalité, ma dernière heure en tant qu’Izzie Karev, et je l’avais attendue comme une sourde délivrance, seulement maintenant la peur m’étreignait, la peur me donnait envie de reculer, même si cela voulait dire perdre la guerre et passer le reste de ma vie dans l’ombre de leurs uniformes courroucés. Il y avait deux scénarios pour mon histoire, mais à la base de tout cela Jack avait monté un plan sans anicroche, je devais sortir du tribunal seule, éviter les journalistes et monter dans ma voiture pour attendre Alex, à ce moment précis Jack donnera l’ordre et un camion passera devant ma voiture le temps que je ressorte de l’autre côté et l’explosion sera déclenchée, une petite bombe sous le capot réglée à distance, ingénieux jusqu’au bout des ongles, et j’avais l’impression d’être dans une sorte de film de gangster, où le héros leur échappait miraculeusement et aujourd’hui, j’étais cette image d’héroïne invincible. Dans une autre situation j’aurais pu en rire, mais je ne le pouvais plus, je ne riais plus depuis des mois, je ne savais plus sourire, l’étincelle s’était perdue dans le regard vide de Meredith, et immobile sur mon siège j’attendais le verdict qui condamnait ou libérait son assassin.

Alex était à mes côtés comme d’habitude, dans son impassibilité légendaire, ses mains accrochées aux miennes, peut-être pour la dernière fois, mais il ne pouvait pas le savoir. Ce matin j’avais mis deux fois plus de temps à me lever, j’avais regardé le ciel comme si la réponse y résidait, j’avais retenu son corps plus longtemps contre moi, rituel ridicule car le temps continuait sa course, irrémédiablement, jusqu'à cette seconde entre la mort imminente et la rédemption…

 

-Levez-vous s’il vous plait, ordonna le juge Nolan et dans un même mouvement la salle s’exécuta, Jack était derrière nous, près à me donner le signe du départ. Cette séance sera la dernière, car je vais demander aux jurés de nous donner leur verdict après deux semaines de délibérations apparemment houleuses. Je tenais à remercier Maître Eddson et Maître Loyld pour leurs plaidoiries, toutes les deux très convaincantes, malheureusement le sort de cette affaire est à présent joué et plus rien ne pourra en changer l’issue finale. Mesdames, messieurs les jurés ?

 

Le commis se leva pour récupérer l’enveloppe contenant la sentence, et je ne respirais plus, je retenais l’air dans mes poumons jusqu'à l’implosion, respirer me forcerait à vivre ce moment et je ne le voulais pas, c’était la conclusion de toute mon histoire présente et passé et les fins sont toujours terrifiantes même si il s’avère que je l’ai moi-même provoquée. Le juge reçue l’enveloppe comme un cadeau empoisonné, et personne n’osa bafouer le silence, pas même Derek Sheperd, qui hermétique semblait sur une autre planète, tout à coup indifférent au verdict.

 

-Vous avez déclaré l’accusé…Non coupable ! S’exclama le juge et il abattit son maillet dans la torpeur générale.

 

Mon cœur s’emballa, je relâchais l’air de mes poumons, et cette sensation étonnante d’étouffement me reprit, la foule s’épaissie, agitée et virulente, elle se dirigea d’un seule mouvement vers les portes, mais personne ne bougeait autour de moi, Alex était toujours assis, Jack avait la main posée sur mon épaule et le procureur se répandait en excuse, mais je ne les voyais pas, je ne les entendais pas, tout était flou à part la silhouette de Derek qui se dessinait devant moi, il était d’une liberté insolente, il avait gagné la guerre et toutes nos anciennes batailles, il avait abrégé la vie de Meredith sans être inquiété, et il respirait, il n’avait pas besoin de fuir pour être libre, la justice lui offrait, la justice le disculpait et enfin je me levais, raide sur mes jambes, comme emporté dans un courant invisible, bercé par le soudain silence de cette salle d’audience déserté, plusieurs minutes s’étaient écoulées depuis le verdict, des minutes qui me semblaient des secondes, des secondes qui me rapprochaient de la finalité de cette journée programmée, et Jack me fit un signe, imperceptible au final, qui déclencha une sorte de colère chez moi, une colère sourde qui me fit avancer de plus en plus vite, jusqu'à courir hors de la salle avec comme échos les appels désespérés d’Alex…

Il ne me rattrapa pas, la presse faisait son entrée, j’étais envahie par les images de mon propre visage défait sur les écrans, je les bousculais pour m’en défaire, hurlais jusqu'à ce que ma voix se brise et quand le parvis du tribunal s’offrit à moi, je dévalais les marches, sentant l’air fouetter mon visage, imaginant l’issue finale, et elle me semblait parfaite à présent qu’il était libre, qu’il pouvait reprendre sa vie alors que je décidais d’abréger virtuellement la mienne, derrière moi j’entendis des pas et je me retournai, je rencontrais le visage inquiet d’Alex, le regard bienfaisant de Jack et je traversais la route sans un mot pour leurs craintes, j’entrais dans ma voiture, j’avais 15 secondes à partir de maintenant, 15 secondes pour fuir l’explosion…

 

« Ne m’en veut pas trop Alex, pensais-je en le voyant arriver, courant entre les journalistes et les voitures qui lui barraient la route, je sais que cela ne durera pas, mais il est libre, maintenant c’est trop tard, si je ne fuis pas, si je ne meurt pas il nous achèvera lui-même, peut-être une nuit comme toutes les autres dans notre sommeil, peut-être au coin de notre rue, peut-être même à l’autre bout du pays, je nous sauve juste, où du moins j’essaye de m’en convaincre…Les fins ont toutes des recommencements, même si ceux-ci nous dépassent, même si ils sont hors de portée, les fins sont des ruines à demi réparées, des méprises à demi pardonné… »

 

Et je poussais la porte du côté passager au moment même où le camion barra le passage à Alex, je l’entendais m’appeler, et quand je posais un pied sur le macadam de l’autre côté et que je claquais la porte pour courir vers la voiture banalisée qui devait m’accueillir je pleurais, ce genre de sanglot silencieux qui laisse de sombre traces, et l’explosion rafla l’air, secouant la terre, soulevant de la poussière, charriant des flammes gigantesques, la carcasse flambait, le camion s’écartait et il tomba à genoux sur le sol chassant la chaleur des crépitements avec ses mains comme on chasse un mensonge, comme on chasse une souffrance et c’est ma dernière image de lui. L’homme qui conduisait la voiture qui m’emportait ; un inconnu qui le restera dans cette histoire ; m’emporta dans une autre direction, arrachant définitivement son visage à ma vue, mais il continuait à danser devant moi, je voyais la pâleur de ses traits, j’entendais le son rauque de sa voix, et le dernier cri qui effleura mes oreilles, c’est la fin d’un monde, la fin d’une symphonie, comme si son timbre déjà ne m’appartenait plus, comme si tout ce que j’avais été m’était brutalement arraché, et c’était le cas.

La clé du coffre vivait dans la poche de mon manteau, et la voiture se lança sur l’autoroute vers l’aéroport JFK sans que je ne puisse espérer respirer, sans que je ne puisse vraiment me rendre compte de l’infamie, j’étais morte, j’avais tué mon identité, ma vie, mon mariage pour fuir la réclusion, l’horreur et la pénombre, parce que j’en avais peur, parce que rien d’autre ne pouvait m’être offert, parce qu’en me condamnant je le condamnais, et ce mince sacrifice insensé me semblait plus acceptable à présent, quelques mois, juste quelque mois entre lui et moi, un rien comparé à ce qu’ils nous restaient à vivre, c’est la seule chose que je voulais retenir de toute cette comédie, je voulais oublier la souffrance, cette sensation d’irréalité, je voulais juste fermer les yeux et m’imaginer une fin heureuse, juste cela, quelques notes en solitaire avant le bouquet final…

Si j’avais su que la suite de notre histoire ne verrait le jour que 6 ans plus tard, peut être que je n’aurais pas choisie cette mort là…

 

 

[To Be Continued]

 

La suite sera postée dans une seconde partie, un nouvel épisode puisque la coupure entre les deux se devait d'être nette^^
Elle ne viendra pas de suite, je souhaite qu'elle soit le plus avancée possible avant de m'inscrire.

Merci encore à ceux qui ont prit le temps de lire où de commenter dans le topic, j'espère que cette "fausse" fin vous plaira, que j'aurais quelques échos et que vous serrez là pour la suite...

 


nanouee  (03.11.2009 à 15:56)

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