Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Grey's Anatomy
Création : 15.02.2010 à 22h54
Auteur : nanouee
Statut : Abandonnée
« Deuxieme parte - Bonne lecture à tous et n'oubliez pas de commenter ;-) » nanouee
Cette fanfic compte déjà 8 paragraphes
Prologue : 6 ans d’errance
« Et le temps se charge d’arracher à notre mémoire ses dernières réminiscences… »
6 ans, des centaines de jours, des milliers de minutes en instance ; sursis improbable d’une mort bien trop instable. 6 ans de mensonges et de méprises impardonnables, et chaque jours au moment où la lumière transcende l’ombre, j’y pense…Je pense à ma fausse identité, à ma fausse vie, à ma fausse finalité, tous ces revers en toc qui ont investi ma danse pourtant achevée dans l’état civile, quelque part de l’autre côté de l’Atlantique. Si le temps me sépare du moment ultime de l’explosion, les kilomètres m’éloignent encore plus de mes dernières réminiscences, j’oublis qui je suis, qui j’ai été et ce que j’ai abandonné, j’oublis le timbre de sa voix, le visage torturé de Meredith, j’oublis même jusqu'à la résonance de mon propre nom maintenant qu’il n’a plus lieu d’être, et plus les jours passent, plus je me détache, c’est inévitable, j’ai marché vers une sorte de mort provisoire qui s’est éternisée, tout cela parce que la justice n’a pas pu mettre un terme aux anciennes méprises de l’histoire de Meredith, tout cela parce que j’ai pu assister à sa fin et que la mienne en a été bouleversé.
Ici, personne n’a jamais entendu parlé de meurtre, personne n’a jamais vu mon visage à la télévision, personne n’a pu déceler cette ombre qui habite mon regard à longueur de journée, parce que j’ai changé, parce que j’ai abandonné mes chaînes, contrainte et forcée de continuer à respirer, contrainte et forcée d’entrer dans cette nouvelle partition sous un autre nom ; dans le nouveau monde que je me suis crée, je ne suis plus médecin, je ne suis plus Izzie Karev, je suis simplement Julia Stevens, artiste peintre, vivant au dernière étage d’un immeuble quelque part dans le tourbillon parisien, paradoxe étonnant, reconversion surprise, comme si je voulais seulement arrêter de penser, comme si je voulais dédoubler mes deux existences, en tuer une et faire vivre l’autre malgré le manque. Et c’est ce que j’ai fais ; j’ai installé les nouvelles notes et je les ai jouées, je suis une anonyme dans le monde, je suis juste une énigme pour moi-même, une étincelle pour ceux qui ont cru à ma mort et tant qu’il vivait, tant que le meurtrier de Meredith et ses complices pouvaient se promener nonchalamment dans les rues de New York, je me cacherais, et à ce moment précis, perdu dans mon ancienne histoire, 6 ans jours pour jours, ma deuxième vie me sembla terriblement infinie…
Il y a de nouvelles vies qui se sont liées à la mienne tandis que d’autres m’échappaient ; Jack avec qui je gardais un contact étroit, qui m’apprenait tous les petits détails au travers de mon au-delà virtuel avait cessé de m’écrire il y a deux ans, et j’ai du faire une sorte de deuil fictif, la fin de ma correspondance avec lui signait aussi la fin de mes espoirs, je perdais la trace d’Alex dans ce monde qui semblait bien trop grand pour nous permettre un jour de nous retrouver. Et la nouvelle Julia Stevens qui avait abandonné sa blouse de Médecin urgentiste pour l’art enseignait dans un collège huppé de la capitale française tout en continuant à peindre des sortes de paradis inaccessibles de flammes rougeoyantes et des au-delà virtuels, une sorte de thérapie, juste pour me convaincre que j’avais pris la bonne décision, et dans mes nuits blanches, quand le vent soufflait, quand la terre se déchaînait j’y voyais une sorte de punition emplie de murmures, les murmures d’un passé apparemment révolus qui pourtant vivait encore, et dans certains de mes rêves, Meredith souriait, Meredith riait et j’étais à ses côtés, je ne les avais pas abandonné, je n’avais pas feint ma mort pour me sauver, je n’avais pas laissé Alex sur le côté de la route pour qu’il puisse survivre, dans mes rêves je revenais en arrière et je changeais tout…
Parfois les rêves peuvent devenir une réalité, mais ce rêve là connaîtra une toute autre finalité, bientôt le voile se lèvera, bientôt il n’y aura plus de secret, juste les ombres impatientes, les anciennes flammes et ces méprises à demi réparées, à demi pardonnées…Peut être.

Chapitre 1 : Un seul et unique murmure pour réunir tous nos souvenirs… Le fil de la vie.
« Si l’on pouvait seulement résumer toute notre vie avec un mot…Unique et inaltérable »
Chère Julia,
Je t’annonce que tu es officiellement morte dans cette explosion. Les conclusions de l’enquête sont formelles, bienvenue dans le monde des fantômes, j’espère juste que tu n’y prendras pas goût et que tu ne nous abandonneras pas pour cette espèce d’éternité que la fuite t’offre. Le plus dur, tu t’en douteras, a été de croiser le regard de ton mari le jour de ton oraison funèbre sans corps, avec juste un cercueil vide qui remplira une tombe caduc. J’évite ses prunelles, et la douleur qui les animent, j’évite d’aller le voir, même pour lui faire part des dernières conclusions des enquêtes en cours contre Webber et Sheperd, j’évite simplement de croiser son chemin tellement j’ai honte, j’ai honte Miss Stevens de vous avoir tuée, de vous avoir effacé de l’état civil alors qu’il souffre simplement d’imaginer que votre cœur ne bas plus !
Le vouvoiement n’est qu’un effet, je ne veux pas rendre cette lettre trop sérieuse, je me suis perdu dans les dédales de notre film noir des années 20, et il faut avouer que notre scénario à fait mouche, personne ne te recherche, personne ne te traque, tu es libre…Mais quelque chose me dis que tu ne te sens pas mieux ? Je suis passé sur la tombe de Meredith à la fin de tes funérailles et ce sentiment horrible d’impuissance m’a encore une fois étreint, je n’ai rien pu faire pour elle, et voilà que je ne peux pas te sauver non plus.
Je préfère te dire à bientôt puisque tu peux encore espérer vivre et respirer, je te dis à bientôt car je compte t’écrire aussi souvent que possible, je compte te donner des nouvelles d’Alex sans me faire découvrir, et même si pour le moment il m’est impossible de le voir sans éprouver de la culpabilité, je ne l’abandonne pas, je t’aiderais à renaître.
En espérant que Paris soit à ton goût Miss Stevens.
Ton dévoué serviteur et ami,
Jack.
* *
*
Cher Jack,
Je ne me sens pas mieux, je ne fais que voir et revoir les flammes s’élever, la douleur sur les traits d’Alex, le dernier cri qui m’a animé, et j’essaye de m’imaginer dans un coin de l’église pour des funérailles mystiques, étonnant mirage que cette mort programmée jusqu’au cimetière, jusqu'à la tombe non loin de celle de Meredith, quelle méprise que ce sentiment d’être morte tout en continuant à respirer.
Paris n’est pas un mirage par contre, je me suis installé dans un petit trois pièces sous les combles, totalement vide et je passe mes journées sur le balcon, la ville à mes pieds dans un silence permanent, j’attends le déclic, le moment ultime où j’aurais le courage de sortir, j’ai été si souvent brimée, si souvent enfermée que ce souffle de liberté me semble tout à coup maudit. J’ai laissé ma blouse dans mes bagages, ma vocation n’existe plus, je ne suis plus la même femme, et durant ces semaines et ces mois en tant que morte vivante je compte bien revenir à mes premiers amours, un chevalet, de la peinture, une sorte d’œuvre hors du temps, sans réel talent peut-être, mais le miroir de mes émotions.
Ne le laisse pas dans l’ombre, je le connais, il se détruira, il fera de sa vie un enfer sur terre pour oublier que je ne suis plus à ses côtés, sauve-le, comme tu m’as sauvée, car dans un sens, la mort à un seul et unique avantage dans mon cas, je ne suis plus la proie d’une arme, je ne suis plus la proie de la violence, je suis juste hors de portée, fantôme imperceptible qui continue à faire partie de leur vie et j’espère que cette correspondance me maintiendra en vie, j’espère que ces petits détails de sa vie m’aideront à surmonter le vide et la culpabilité, je ne suis plus rien et j’ai besoin de reconstruire mes méprises, j’ai besoin d’un temps certain pour marcher sur mes ruines et les relever, seule…
Merci de ne pas abandonner l’enquête sur Sheperd et Webber, je ne sais pas si cela en vaut vraiment la peine, je ne sais pas si un jour je serais libérée de leur emprise mais tu es mon seul espoir, ma seule lumière dans l’obscurité, la seule personne à qui je peux dire qu’il me manque…
Ton fantôme et amie,
Julia.
Et dans la boite sous mon lit il y en avait des dizaines d’autres, je les sortais à chaque jour anniversaire de ma « mort », je les lisais, les relisais, juste pour garder une empreinte, quelque chose de vivace que l’au-delà n’avait pas encore emporté. Assise dans le salon illuminé, avec pour spectacle le soleil au zenith, je défis les autres liasses de missives classées par année, la première pleine de tristesse et de culpabilité, la deuxième source de colère et de frustration, la troisième fruit du déni et de l’acceptation mélangée, et la dernière à l’image usée de l’enquête sans fin.
Chère Julia,
1 an. 1 an dans l’au-delà, c’est long, très long. Je ne te demande plus comment tu vas, c’est devenue une question inutile, et je m’excuse à chaque lettre de ne pas t’apporter d’heureuses nouvelles. Tout d’abord parlons enquête ; elle stagne bien entendu, les éléments que tu nous as remis ne peuvent pas nous aider, ils se méfient de nous, et plus personne ne pourra les infiltrer, nous devons jouer serrer, les traquer jusqu'à la faille, jusqu'à l’erreur qui les fera plonger, mais le temps se traine, les minutes me semblent des heures, alors que tu n’attends au final qu’une chose, que je te donne le droit de revivre, et cela me brise le cœur de te le refuser encore…Je me sens de plus en plus coupable, tant envers toi qu’envers Alex.
Il était complètement saoul quand je l’ai emmené au cimetière pour cette foutue date anniversaire, il tanguait comme si la mer l’emportait et j’ai du le tenir, le retenir tout en sachant la vérité, j’ai du regarder ton nom inscrit sur la pierre, j’ai du déposer une rose comme d’habitude en ressassant sans cesse l’explosion, j’ai l’impression que tout cela n’est qu’une grosse blague, et je me retiens de rire en lisant la date de ta mort supposée.
Depuis qu’il a cessé d’aller au Cedar, il n’est plus qu’une ombre. Je l’avais cru capable de tout surmonter au départ, quand j’étais sûr que la comédie ne durerait que quelques mois, et finalement il a tout abandonné, son travail, sa vie, ses amis, et cette foutue culpabilité ne me quitte pas un instant, cent fois j’ai été tenté de lui avouer la vérité, cent fois j’ai été tenté de crever le silence mais je ne l’ai pas fait, et je te fais une promesse aujourd’hui, 1 an jour pour jour, je finirais par venir à bout de Webber et de sa clique…Bientôt !
J’ai prévue de l’emmener consulter un psychologue mais surtout de le conduire à une réunion des alcooliques anonymes ! Il me maudira, hurlera et se servira un autre verre en attendant mais je préfère qu’il me haïsse vraiment si cela lui permet de remonter la pente, je sens que ton retour ne sera pas aussi simple Miss Stevens, quelque chose s’est brisé en lui, et la faute à demi avouée risque de ne pas être pardonnée…
A bientôt,
Jack.
* *
*
Cher Jack,
Je ne sais pas part ou commencer… Les mots me manquent, j’ai tout à coup cette terrible crainte de la page blanche, c’est inévitable, je le détruis, même si je suis loin de lui et c’est insupportable, c’est inacceptable. Je sais que tu veilles sur lui, mais je n’arrive pas à me faire à cette mort prolongée, même si je suis sortie de chez moi, même si j’ai repris une vie quasi normale avec ma nouvelle identité, je ne cesse de me dire que plus le temps passe et plus cette méprise sera difficile à réparer, impossible à pardonner, gravée dans notre histoire pour toujours. Il fait son deuil, bientôt il sera à nouveau heureux, bientôt il sera à nouveau désireux de vivre et quand il ira sur ma tombe il sourira, c’est ainsi que tout s’enchaîne, alors je t’en prie sauve-le, rien que pour moi, rien que pour je me sente un peu mieux dans mon antre du bout du monde.
Presque 2 ans. C’est encore plus difficile de l’écrire puisque je n’en parle jamais, 2 ans c’est une éternité dans ma vie et dans la sienne, et pourtant ce n’est qu’une poussière dans celles des autres, je me sens à part, déconnectée de la réalité du monde, il n’y a que tes lettres qui m’y ramène, qui m’en rapproche, et je m’y accroche comme à mon dernier souffle, je les attends avec impatience, c’est la seule chose qui puisse me rappeler tout ce que j’ai oublié, le son de sa voix, la chaleur de son corps, les battements de son cœur, et parfois même son visage devient flou, malgré les photographies que j’ai volées il y a une sorte de vide, ses traits s’effacent dans ma mémoire comme les miens disparaissent de la sienne, c’est un deuil paradoxale, il renonce à moi parce que l’état civil a décidé de ma mort, je renonce à lui parce que le temps se traine et que les mois m’arrachent son image, c’est inévitable, alors fais vite, je sens qu’il m’oublie, je sens qu’il m’oubliera bientôt avec une autre, alors que moi je ne le peux pas. Quand je marche dans la rue, les hommes qui croisent mon chemin n’éveillent rien en moi, ni étincelle ni désir physique, je suis morte à l’intérieur, je suis en instance dans ma propre vie, en instance d’amour et de rédemption.
Dans un sens, et par égoïsme, le fait qu’il ne puisse pas m’effacer de sa mémoire si vite me rassure, j’imagine nos retrouvailles, j’imagine le premier regard que je pourrais poser sur lui, j’imagine tout cela chaque jours, quand je peins où quand je regarde la ville qui s’étend à mes pieds, dans mon imaginaire nous ne nous perdons jamais vraiment, dans mon imaginaire je ne mourrais pas pour lui et le moment ultime de la renaissance m’apparaissait.
Et pourtant il y a ce doute qui persiste, je le connais si bien que l’issue finale pourrait en être bouleversée, la colère, la trahison, la tristesse, tout cela sans acceptation, et il pourrait me haïr, il pourrait refuser de me revoir, alors ne me laisse pas dans l’ombre trop longtemps, j’étouffe, cela ne se voit peut-être pas, mais le temps se charge de me le rappeler, la mémoire est sélective, elle réécrit chaque jours des moments de nos histoires, et dans son esprit un jour il y mettra un point finale, ce jour là j’aurais cessé d’exister définitivement…
Tu peux entretenir mon souvenir…
Julia.
Et je relevais la tête en entendant la sonnerie stridente de l’entrée ; je rangeais les lettres dans leur carton avec un soupire, repoussais tout cela dans un coin et me levais pour aller ouvrir.
-Julia Julia ! Il est 14H et tu es encore en pyjama ! Non mais c’est impossible ! Lança Addison et je fus obligé de sourire et de la laisser entrer.
Addison. Ma seule et unique amie. Une drôle d’amitié d’ailleurs, je l’avais rencontré à une exposition, elle critiquait un tableau que j’aimais beaucoup et nous nous étions affrontées là dessus des heures durant avant de décider de prendre un café ensemble. C’était il y a 4 ans, et aujourd’hui elle continuait à courir les galeries d’art et à critiquer des œuvres splendides seulement pour me mettre hors de moi. Elle s’installa sur le canapé, repoussa les magasines et alluma la télévision, comme chez elle en somme, et je lui apportais une tasse de café, un sourire au coin des lèvres.
-Que me vaut ta visite ? Une nouvelle exposition où tu me traîneras pour remettre en cause mes vagues talents artistiques ?
-Non du tout ! Je venais juste prendre de tes nouvelles, tu vis comme un Hermite ces derniers jours.
-Je sais, fis-je en me rappelant la date qui me plongeait dans cet état.
-Tous les ans à la même période d’ailleurs ! Je commence à me poser des questions, moi ton amie fidèle et dévouée je ne connaîtrais peut-être pas tous les secrets de Miss Stevens ! Sacrilège !
-Je n’ai pas de secret, je suis aussi transparente que les pages d’un livre !
-Foutaises ! Bien que cela ne me regarde pas, je dois te dire que ta chasteté est déroutante. Voilà 4 ans que j’essaye de te trouver l’homme parfait, tous ces français sont si mystérieux, c’est un comble qu’aucun ne puisse te convenir, dit-elle en souriant, les jambes croisées sa tasse de café brûlante à ses côtés.
-Il est inutile de tenter de me caser, ma vie me convient parfaitement Add’, et d’ailleurs je te l’ai dis et répété cent fois.
-Oui, bien entendu, fit-elle avec un sourire, ta peinture te convient très bien, tes élèves fils et filles de bourgeois impertinents sont ta fierté et tu ne recherches rien d’autre, pas d’homme, pas de mari, ni d’enfant.
-Non ! Et toi alors ?
-Moi je m’amuse, plaisanta-t-elle, mais je compte bien chercher l’homme idéal quand le besoin se fera sentir, où quand mon horloge biologique me le rappellera.
Elle attrapa la télécommande et je me penchais pour ramasser mon carton de lettres oubliées pour les remettre à leur juste place, sous mon lit, dans la poussière du souvenir, mais je m’immobilisais sur le seuil avant de me retourner vers l’écran, Addison regardait la CNN avec intérêt et quand les premiers échos m’atteignirent je laissais tomber le carton à mes pieds, les lettres s’éparpillèrent et je me revoyais mourir…
-L’unité criminelle de la police de New York a enfin pu mettre fin au réseau mafieux qui sévissait depuis des années sur la côte est. Nous venons d’apprendre la mort du chef de l’organisation, Richard Webber, tué par un officier de police lors de la perquisition d’un de leur nombreux locaux et l’arrestation de son bras droit Dereck Sheperd, déjà accusé il y a 6 ans de meurtre mais acquitté faute de preuves. Le réseau démantelé avec succès regroupait une quinzaine de membres actifs à New York même, et une centaine sur toute la côte est. Dereck Sheperd se verra donc jugé pour association de malfaiteur et homicide volontaire, étant donné que l’affaire de meurtre classé 6 ans plus tôt devrait être ré ouvert. Souvenez-vous de cette affaire morbide, un officier de police, Meredith Grey, découverte assassinée après avoir infiltré le réseau, un seul témoin dont la mort mystérieuse a défrayée la chronique, les dessous de cette affaire refont surface, le procès devrait être expéditif étant donné que l’accusé semble vouloir plaider coupable…
Et là, je me retournais doucement pour voir le visage de Meredith à l’écran, elle semblait aussi souriante que dans mon souvenir, d’autres images de l’enquête s’entremêlaient et Addison se tourna vers moi, son visage était livide et pour cause, maintenant mon image et celui de Meredith s’entrechoquaient, ces 6 années n’avaient rien changé, je restais toujours la même, et l’explosion me rattrapa, la mort me quittait doucement, je me revoyais, comme si j’avais un autre reflet qui vivait une autre vie tout simplement. Je me penchais pour ramasser les lettres et je rapportais le tout dans le salon. Elle me regarda étrangement, cherchant la ressemblance entre le témoin mort, Izzie Karev, et l’amie qu’elle croyait connaître depuis 4 ans, Julia Stevens. Elle porta une main à son visage et je m’installais à ses côtés sans oser respirer, je ne le voulais plus, la fin de mon cauchemar me semblait dérisoire, la mort de Webber, l’accusation portée contre Sheperd, cela ne voulait pas dire que j’étais en sécurité, cela ne signifiait pas la fin de ma cavale, juste un espoir, une petite lueur au bout du tunnel.

Et je le vis… Alex. La caméra se braqua sur son visage alors qu’il sortait de notre maison, la tête basse pour entrer dans sa voiture, ma première image depuis 6 ans, la trace du temps ne l’avait pas atteint, et les questions des journalistes fusèrent sans qu’il n’y fasse attention, la presse le présenta comme l’époux éploré du témoin assassiné et son regard croisa un instant la caméra, un ultime instant où je pu voir ses yeux embués, il restait quelque chose, une étincelle qui n’avait pas disparue avec les années et les larmes durent couler sur mes joues sans que je ne m’en rende compte car Addison me les essuya avec douceur sans que je n’ose la regarder, et à nouveau l’image d’Alex me fut arrachée, mon cœur manqua un battement et ce fut fini, quelques instants pour me rappeler qui j’étais et ce que j’avais abandonné, quelques instants pour souffrir et pleurer avant que l’écran ne devint noir et que l’actualité du jour fut oubliée…
[...]
Chapitre 2 : L’abandon est un mot ; simpliste et complexe ; absence impardonnable, rédemption impossible…
« Une sorte de rivière sans écart, vie instable et indéfinissable qu’un seul mot peut briser ; qu’un seul mot peut bousculer »
Immobile dans l’ombre, je me faisais l’effet d’un fantôme, face à la baie vitrée qui m’offrait une vue panoramique, j’observais la ville comme si je n’en faisais déjà plus partie, comme si mon essence, cette sorte d’âme factice que j’avais inventée m’avait quitté, et dans un sens c’était le cas ; j’avais perdue ma nouvelle âme et je me sentais terriblement seule dans ce monde où personne ne pouvait percevoir mon souffle.
A mes pieds le carton contenant les dernières lettres de Jack trônait, et la musique de fond donnait une sorte d’image noire à ce scénario surfait, cliché total de la fille en quête d’identité, et je me penchais pour prendre la liasse de ma quatrième année de mensonge, elle était plus mince que les autres et pour cause, nos échanges s’étaient littéralement évanouies dans l’atlantique, quatre ans d’instance, un lien, une attache avec mon ancienne vie puis le néant. 2 ans de néant sans lettre, sans effluves, sans musique, deux ans où j’ai arrêté de vivre et d’espérer reprendre ma place.
Ma chère Julia,
Je commence à me demander combien de lettre je vais encore t’envoyer, si ce cauchemar prendra fin un jour où pas. Je ne les ai pas comptés au final peu importe. Tout le monde semble avoir oublié, où du moins c’est l’impression que j’ai, comme si ton image et celle de Meredith s’était effacée avec les années. 4 ans c’est long, trop long pour certaines personnes, et même si il ne faut pas vivre dans le passé, c’est impossible pour moi d’oublier que tu n’as pas expiré. Bien sûr je suis le seul à détenir la clé de ce secret, enfin le seul avec ta fameuse vidéo, tu t’en souviens encore ? Pourquoi ne pas lui envoyer la clé Stevens ? Il faut prendre le destin à son propre jeu, il est peut-être temps de mettre fin à cette mascarade, elle n’a que trop durée. Je deviens peut-être fataliste en vieillissant et dans une autre lettre je te tiendrais peut-être un tout autre discours, mais je commence à me demander si nous n’aurions pas du nous battre plus longtemps, la brigade semble avoir abandonnée l’enquête, impossible de trouver quoi que ce soit sur eux, pas même un écart, une empreinte, ils sont protégés, alibi sur alibi, inextricable en définitive.
Alex est sortit de sa cure de désintoxication il y a trois mois. Je suis passé le voir la semaine dernière ; rien à signaler, ta maison est à peu près rangée, mais chose étrange, il a fait enlever toutes les photos de toi qui y trônaient, comme si elles lui étaient trop pénibles. Il ne me demande jamais de précision sur le réseau, ne se préoccupe plus de leur arrestation comme avant, comme si il avait accepté ce que le destin lui avait alloué comme vie, où plutôt celle que nous lui avions offerte. Calme et fatalité ; terrifiante combinaison, celle de l’abandon en fait, il abandonne, comme tu l’as en quelque sorte abandonné. Pourquoi se battre pour faire vivre un fantôme ? Pourquoi continuer à entretenir un souvenir douloureux, flamme, explosion, souffrance…
J’espère que tu es en paix Izzie. Je n’ai jamais trop aimé ton nouveau nom alors je préfère retourner aux origines. Je vais reprendre l’enquête, c’est une promesse, donc ne t’étonne pas si tu reçois moins de lettre, je te ferais un rapport en direct quand ils seront derrière les barreaux et que tu seras libre de respirer.
Prends soin de toi.
Ton fidèle chevalier.
Jack.
Il n’y eu jamais de rapport, plus jamais d’autre lettre, rien que ce néant silencieux, interminable de doutes et de douleurs, rien que le vide pour m’accompagner, et voilà qu’ils venaient de mettre un terme à mon sursis sans que la voix de Jack ne puisse raisonner, sans que je ne puisse m’imaginer regagner les Etats-Unis, mirage lointain devenu inaccessible et je coupais la musique quand j’entendis toquer. Addison probablement. Depuis une semaine elle inondait mon répondeur de message, et je les ignorais, mon univers de pénombre et de souvenirs me retenait, j’avais besoin de m’en affranchir avant d’aller ouvrir la porte à la prochaine lumière ou à la prochaine épreuve. Et je la laissais entrer sans un mot, elle alluma toutes les lampes, ouvrit les rideaux et nous servis deux cafés tout cela en un tourbillon qui m’échappait, j’étais trop apathique pour suivre ses effluves, pour reconnaître ses échos, et dans le silence sa voix raisonna comme une rédemption impossible ; « Mais réveille-toi Julia ; Izzie où qui que tu sois ! »
Je m’avançais vers le canapé et allumais la télévision, tandis qu’elle continuait son monologue ; « Tu ne vas pas rester enfermée ici toute ta vie, d’abord je veux savoir ce qui t’es arrivée, je veux connaître tous les détails, tu ne peux pas me laisser ainsi, une semaine sans nouvelles, j’ai cru devenir folle ; je suis là, tu m’entends ? Tu me vois ? Et je ne compte pas m’en aller ; un mot un seul me suffira »
-Je suis un monstre.
-Il y en a quatre, c’est donc plus que ce que j’espérais.
-Tu ne peux pas imaginer comme c’est horrible, fis-je et elle me tendit une tasse de café qu’elle agrémenta d’une lichette de whisky.
-C’est pour cela que j’ai apporté une liqueur suffisamment puissante pour te faire parler. Je ne plaisante plus maintenant. Je ne sais plus quel nom je dois te donner. J’ai suivie les informations sur la CNN toute la semaine, merci au satellite d’ailleurs et je n’en reviens pas. Ce témoin assassiné c’est toi et pourtant tu es là à mes côtés ; tu sembles avoir eu une toute autre vie avant, un mari, un métier, une maison, il ne manquait plus que le labrador et la barrière blanche.
-Je ne suis plus aussi parfaite. Un jour comme les autres a tout bouleversé, j’ai retrouvé le cadavre de ma meilleure amie et ma vie s’est arrêtée.
-J’ai suivie l’histoire, murmura-t-elle en avalant une lampée de son cocktail café alcool.
-Son assassin allait être libéré, leur satané organisation criminelle me poursuivait alors je suis morte en croyant que ce ne serait que provisoire, que quelques semaines suffirait à la brigade qui les traquait pour me ramener à la vie. 6 ans ont passé et je suis toujours dans les limbes, une sorte d’au-delà qui me colle à la peau, de l’autre côté de l’Atlantique, je suis une tombe dans un cimetière, ici je suis une anonyme transparente qui ne le sera bientôt plus. Mon image s’est installée sur tous les écrans.
-Tu as abandonné ton mari et ton métier, toute ta vie ?
-Je n’avais pas le choix, je croyais qu’il suffirait d’y croire, que la justice ne pouvait pas m’abandonner mais il a été déclaré non coupable, ma voiture a explosé et j’ai décollé le jour même pour Paris. Au lieu de cela mon sursis s’est prolongé, je suis toujours là, dans cette fausse vie alors que la mienne continue à se dessiner, Alex n’attends plus mon retour, il m’a enterrée maintenant, c’est fini.
-Julia…Izzie, pourquoi ne pas l’avoir contacté tout de suite ?
-Je ne sais pas ! Cela me rend dingue. Dans ses dernières lettres, Jack me disait de mettre fin à la mascarade, c’était il y a deux ans. Depuis plus aucune nouvelle, je ne sais pas ce qu’il est devenu, ce qu’Alex est devenu, je ne sais pas si je vis toujours dans une partie de son cœur, tout est perdu, je n’aurais plus le courage de repartir, je n’aurais plus le courage de l’affronter après 6 ans d’absence, je l’ai fais souffrir, je l’ai plongé dans la pénombre, tout cela parce que j’ai eu le malheur d’assister à la mort de Meredith ; sa mort a signé la mienne, la notre. Il ne me pardonnera jamais, je ferais mieux de rester dans mon trou, de laisser ma tombe vivre au cimetière et de me taire.
-Non ! Réveille-toi bon sang ! Tu ne peux pas les laisser vivre sans toi une seconde de plus. Tout est fini, ils sont derrière les barreaux…
-Tu crois que c’est facile de me faire renaître ? La coupais-je dans un cri, l’état civil m’a enterré, le monde m’a enterré, Alex a pleuré sur une tombe vide ! C’est une ignominie, c’est impardonnable, il ne sera pas heureux de me voir réapparaître dans sa vie maintenant !
-Tu te trompes Blondie. Il te haïra, mais au fond il doit encore t’aimer, 6 ans c’est interminable pour ceux qui espèrent comme toi, mais il a du avoir une toute autre vision de ce temps, il t’a juste rangé dans une partie inaccessible, reviens donc à la vie ; plus personne ne peut te détruire, tu es forte maintenant, tu es invincible Miss Stevens, je l’ai toujours su, et encore plus aujourd’hui, ils sont au fond d’une cellule alors respire, l’air est pure par ici, il l’est encore plus chez toi, tu ne veux pas être la martyre qui a explosée toute ta vie n’est-ce pas ?
-Il est trop tard pour revenir en arrière Addison.
-Je rêve que la mort ne soit qu’une mascarade pour tous ceux que j’ai perdu, et si ils revenaient tout à coup je ne pourrais pas les repousser…J’ai souvent imaginé que c’était une erreur du destin, une sorte de blague, la véritable mort est irrémédiable, c’est la seule absence irréparable, alors répare ton erreur, ta fausse mort ne doit pas te définir !
-Je n’arrive pas à croire que je parle de cela avec toi, alors que je me suis tue toutes ces années.
-Pourquoi ? J’aurais pu t’aider, j’aurais pu comprendre, être un appuie solide, laisse-moi l’être aujourd’hui, je ferais de mon mieux…
-Je ne voulais pas que les gens sachent à quel point mon fond était sombre. Je lui ai laissé quelque chose, fis-je soudain en changeant de sujet ; j’ai enregistré une vidéo avant la mascarade finale, une vidéo qui est caché dans un coffre fort à la banque de New York sous ce faux nom que je porte depuis 6 ans. La clé est toujours en ma possession, je paye les échéances tous les ans.
-Tu as eu mille vies avant celle-ci Miss Stevens. Ah ; je suppose que ce n’est pas ton vrai nom ? Demanda-t-elle avec une grimace.
-C’était le nom de jeune fille de ma mère.
-Donc il t’appartient bien. Enfin une vérité dans ta mer de mensonge. Envoi-lui cette clé.
-Non !
-Pourquoi ? Au moins il saura, il pourra prendre une décision, celle de te revoir ou non, de te pardonner ou non…Tu ne perds plus rien, tu n’as déjà plus rien, acheva-t-elle et je relevais la tête.
Elle avait raison, je n’avais plus rien, plus rien qui ne vaille la peine, juste cette clé détentrice d’une vérité explosive, et je n’avais qu’une chose à faire pour briser la chaîne, la faire parvenir à la seule personne qui continuait à hanter mes nuits, qui continuaient à me manquer, indéfiniment. Je me levais et plongeais les mains dans la boite qui regroupait les lettres de Jack, tout au fond dans une pochette à bulle se trouvait les reçus des paiements du coffre qui m’étaient envoyés avec la petite clé en argent qui enfermait ma voix, mon témoignage. Je pouvais choisir de libérer mes échos ou non à présent, je pouvais choisir d’ouvrir le cadenas et de laisser la vérité voguer vers Alex, vers son cœur en espérant qu’il ne soit pas dur et glacé, qu’il ne me soit pas fermé pour toujours.
Quand elle referma la porte de mon appartement, après avoir lancé ces dernières phrases d’encouragement, je m’étais précipité dans ma chambre, à la recherche de la clé du coffre fort, que j’avais également enfermée dans un coffre fort plus petit, comme si j’avais peur qu’elle ne disparaisse ; ridicule en somme.
J’attrapais une enveloppe brune, et quelques minutes durant je l’observais, stylo à la main, incapable d’écrire mon adresse, celle qui menait à la maison de mes souvenirs, ces pièces qui hantaient mes nuits et me rappelaient à quel point j’avais été égoïste et quand je glissais la clé dans l’ombre vers une destination plus que familière, quelque chose céda en moi, une sorte de plénitude, je me laissais tomber au sol, adossé aux pieds de mon lit, un soupire puis un autre, brisant le silence final ; je ne me tairais plus jamais.
Je m’arrêtais devant la première boite au lettre essoufflée par ma course folle à travers les rues de Paris et immobile la lettre dans les mains j’attendais le signe ultime, celui qui me ferais avancer ou reculer, je scrutais le ciel, les passants, j’écoutais les sons, à la recherche perpétuelle de sa voix dans ce brouhaha, dans les méandres de mon imaginaire et je pu voir la dernière scène se dérouler devant mes yeux, une autre course folle pour quitter l’oppressante salle d’audience, le cœur battant, l’explosion imminente, et la mort violente d’un espoir, d’une partie de moi à jamais inanimée et je fermais les yeux, un cri transperça mon souvenir, toutes ces petites choses qui créent notre essence, un bruit, une futile caresse et à ce moment je pu redessiner ses traits à la perfection ; et il méritait mieux que cette lettre sans mots, que ces baisers sans traces, il méritait mieux que cette vidéo dérisoire pour habiller ces 6 années de doutes. Je fis demi tour la tête basse la lettre perdue dans la poche de mon manteau et tandis que la pluie illustrait ma balade je me dirigeais vers la galerie d’art ou j’exposais mes peintures, elles reflétaient toutes quelque chose d’insaisissable pour le reste du monde ; je mourrais encore dans mon mensonge, j’avais été engloutie et la porte de la rédemption s’entrouvrait, un filet de lumière m’y conduisais ; je prenais congé de mon agent pour une durée indéterminée, je prenais congé de mes élèves sans réel sursis ; une autre pièce m’attendais de l’autre côté de l’Atlantique et les premières notes s’étaient malheureusement jouées sans moi…
[...]
Chapitre 3 : Et les reconstructions sont toutes pénibles, elles recèlent de mensonges, s’abreuvent de demi vérités…
« Ruines insolentes ; que l’amour construit que la haine détruit… »
Je posais les pieds sur le sol Américain une semaine plus tard. Comme si je n’avais déjà pas assez perdu de temps j’avais repoussé l’échéance, discuté avec Addison qui avait même proposé de m’accompagner, mais je devais accomplir cette chose seule. Je quittais l’aéroport lunettes noires sur les yeux pour prendre un taxi direction le centre ville de New York. Un hôtel ferait l’affaire pour ce court lapse de temps où je serais face à face avec mon mensonge, la fuite me tenaillait, je me sentais mal à l’aise, empruntée, dans une ville qui n’était plus la mienne, à la recherche d’un nom qui ne m’appartenait plus. Mais j’avais besoin de faire une chose avant de sortir la clé de l’ombre et de faire revivre mes derniers moments ; je voulais visiter la tombe de Meredith et aussi morbide que soit cette envie irrépressible, je voulais aussi voir la mienne pour replonger dans ma réalité aussi dure et terrifiante qu’aux premiers jours.
Je déposais valises et toutes choses encombrantes à l’hôtel, appelais Addison quelques minutes pour la rassurer et je repartis, en me demandant soudain ce que je faisais là, ce que j’espérais de cette escapade ; certainement pas faire le guet devant ma maison et attendre de voir Alex sortir, comme si je pouvais avoir le courage d’affronter ma méprise. Le taxi me déposa à quelques rues du cimetière et je marchais alors, laissant les souvenirs m’envahir, imaginant ma propre oraison, mon propre adieu, terrifiant silence après l’explosion, maintenu par les cris intérieurs et la douleur palpable de familiers et d’inconnus. Je passais les portes et je me revis prendre le même chemin pour accompagner Meredith à sa dernière demeure supposée, parce que dans mon esprit la mort était un leurre, ils fuyaient tous comme j’avais fuis, dans un autre monde, dans une autre réalité, plus agréable, moins perfide et ce fantasme me rassurait, pour Meredith la fin violente de sa vie ne serait pas sa dernière image, il y avait son après et le nôtre. Je suivais l’allée, sans fleurs à la main, scrutant les anges au-dessus de leurs tombes de granit, perpétuellement heureux d’habiter ces lieux et je retirais mes lunettes de soleil quand je pu déchiffrer son nom sur la pierre dure et glacée.
-Tu es sans doute surprise de me voir, où plutôt de me revoir, fis-je dans un murmure et le vent l’emporta. J’ai encore peur, je regarde autour de moi, je sens les flammes, je respire les cendres et la souffrance ne s’est pas éteinte, le temps n’a rien pu faire, il s’est enfui tout simplement, et 6 ans se sont écoulés en quelques secondes.
Je me baissais pour toucher la pierre et les yeux clos j’essayais de fouiller ma mémoire, de retrouver des images que j’aurais pu oublier, de jolies clichés d’elle, des moments importants, des yeux brillants et des éclats de rire, c’est ce dont je voulais me souvenir, et c’est ce qui s’efface le plus vite, comme le son d’une voix, des mots prononcés, quelque chose d’imperceptible que la mort arrache inévitablement, et je me sens seule devant cette tombe, j’ai appris à me sentir seule à parler dans le vent en espérant qu’il conduise mes paroles dans leur propre au-delà, sans conviction pourtant, sans assurance avec la peur instable que la mort soit juste définitive, sans suite, finalité absurde qui ne retient aucun souvenir et qui laisse les vivants dans le brouillard, toute une vie avec une absence, toute une vie avec l’espoir de pouvoir juste un instant frôler leurs mains et entendre leurs murmures. C’est la seule chose qui a pu naître de ma mort incandescente ; j’ai toujours peur de la fin, de toutes les fins.
Et quand je me relève quelque chose m’attire, une tombe qui porte mon nom, éternellement fleurie, prisonnière d’un souvenir faussé, quelques allées plus loin, un homme s’installe sur le banc face à face avec ce silence marbré, et il ne me faut que quelques secondes pour entrevoir son visage, que quelques secondes pour reconnaître sa voix, un instant pour fuir, faire demi tour et courir entre les tombes, mes lunettes noires brouillant ma vue, un moment ultime où je l’ai entendu prononcer les mots qui allaient mettre fin à notre danse dans l’ombre « Aujourd’hui, je dois te dire Adieu Isabel… »
* *
*
« Il n’y a jamais eu de procès aussi expéditif dans l’Histoire. Quand l’accusé se détruit lui-même, il n’y a plus rien à dire, plus rien à défendre. Derek Sheperd vient d’être interné à la prison fédérale de New York après son jugement ; condamné à la prison à perpétuité pour association de malfaiteurs et meurtre au premier degré d’un officier de police respecté, il purgera sa peine sans remords apparent… »
Et je coupais la télévision qui me renvoyait sans cesse les mêmes images, le visage de l’assassin, le mien, les paroles d’Alex au cimetière, des bruits qui se mélangeaient, des rêves qui s’égaraient, et au milieu, il y avait l’ombre de ma vie, vouée à la solitude de la mort annoncée. J’étais passée dans un supermarché en sortant du cimetière et j’avais acheté de quoi cacher ma chevelure trop blonde, un noir intense pour effacer ma ressemblance avec cet ancien moi qui ne devait pas reparaître si vite.
Quand je rinçais la mixture dans le lavabo et que je m’observais dans le miroir brisé il ne restait plus rien, plus que cette vague ressemble, la démarche peut-être, le parfum sans doute, mais rien qui pourrait me trahir, Julia Stevens existait encore, je ne l’avais pas détruite, et tant que j’aurais besoin d’être elle, j’aurais mon exutoire, ma force tranquille, et alors je m’installais pour revoir les mêmes et mêmes images sur mon écran misérable, quelque chose résistait au temps, ce besoin d’exister, ce besoin de vengeance et demain, au creux de cette nouvelle journée de morte vivante je pourrais affronter mon passé, je pourrais lui faire face et espérer réparer quelques une de ses erreurs.
* *
*
La prison semblait presque inaccessible, et je restais en bas quelques secondes, observant sa façade, ses barreaux et ses visages qui semblaient chercher la lumière au travers de leur ombre latente, étrange image que l’emprisonnement, que cette condamnation à une mort certaine sans oxygène, et je baissais la tête en pénétrant l’antre, je venais accomplir une sorte de pèlerinage, une thérapie ou peut-être une sorte de vengeance sans contenu, car il devrait vivre avec les réminiscences de mon visage toute sa vie, comme il devait vivre avec le dernier cri de Meredith.
Un gardien me demanda mon nom, l’inscrivit sur un registre et sans même me regarder il me conduisit le long de couloirs interminables vers une petite pièce où je patientais. J’attendis dix longues minutes dans un silence parfait, tournant le dos à la porte qui s’ouvrit enfin, laissant entrer un homme que je n’aurais jamais cru revoir, et il devait se demander ce que signifiait cette mascarade, qui était cette femme qu’il ne semblait pas connaître et quand il s’assit je me retournais pour voir ses traits tirés, ses cheveux grisés et surtout l’éclat violent de ses prunelles quand il les posa sur mon visage, souvenir imperturbable de la fin de Meredith Grey, de la fin d’Izzie Karev ; de sa propre fin.
-Vous…Je ne vous connais pas.
-Vous me connaissez, fis-je sans le quitter des yeux et je m’installais à l’autre bout de la table, d’apparence imperturbable, mais pourtant tremblante.
-Qu’est-ce que…Pourquoi ? J’ai vu la voiture exploser, j’ai cru que Richard vous avait eu.
-Richard ne m’a pas tuée, personne n’en a eu le courage. Et je ne viens pas vous hanter.
-Que voulez-vous ?
-Ma vie !
Il se tut, inspira profondément et put enfin soutenir mon regard. Il n’y avait plus rien à chercher, plus rien à détruire en lui, et j’étais persuadée qu’il vivait avec l’image vivace de Meredith agonisante devant ses yeux, le temps avait écrit sa vengeance, je n’avais pas besoin d’être sa flamme, pour une fois je pouvais affirmer que l’œuvre s’était achevée, plus rien ne vivait entre ses murs, plus rien ne vivait dans son cœur et pourtant je devais savoir, je voulais savoir, connaître la vraie histoire, celle que les emails ne m’avaient pas dévoilé, je voulais voir l’envers de ce décors maudit où j’avais été entraînée.
-Impossible. 6 ans c’est long, trop long. Comme tout le reste de ma vie, acheva t-il dans un murmure.
-Je ne pourrais jamais vous plaindre, je ne pourrais jamais vous pardonner d’avoir existé, d’avoir fait de ma vie un enfer, mais je veux connaître la vérité, toute la vérité sur Meredith…Sur vous et Meredith.
-Je ne veux plus jamais en parler, se déroba t-il.
-Il le faudra bien. J’ai perdu 6 ans de ma vie parce qu’elle n’a pas pu se sauver elle-même, j’ai perdu bien plus et j’ai besoin de tout savoir, c’est important. Quelque part, hors de cette prison, le monde tourne, un homme vient sur ma tombe pour me dire adieu, je ne veux pas laisser passer une nouvelle année. Mais avant tout…Où est Jack ?
-Le capitaine ? Demanda t-il d’une voix sans timbre.
-Oui. Il m’a couverte, a organisé cette mort et il a disparu…2 ans sans nouvelle.
-Il… Il est au cimetière avec Meredith, et avec votre fausse tombe, marmonna t-il et je sursautais.
Comme si je le savais, comme si depuis deux ans je me voilais la face, cette coupure nette, ce néant ne pouvait qu’être l’œuvre de la mort, et une larme, unique et solitaire coula le long de ma joue, sans que je ne l’essuie, elle résumait toutes les autres qui ne couleraient jamais plus.
-Comment ?
-Richard l’a eu, comme il a cru vous avoir.
-Vous n’étiez qu’un pantin, seulement cela, et vous voilà en prison.
-Lui est déjà en enfer !
-C’est ce qui vous attends.
-J’y suis déjà, ne vous y méprenez pas, qui que vous soyez en fait pour l’état civil je m’en moque, mais cette prison est mon enfer, et il est amplement mérité. Rien au monde ne pourrait m’absoudre et je ne le demande pas non plus, je veux juste continuer à respirer avec mes remords, jusqu'à ce que je décide d’y mettre fin.
-Pourquoi Jack ? Demandais-je, et j’avais l’impression de m’enfoncer dans un nouveau cauchemar, inextricable.
-Il était sur notre chemin tout simplement. Mais jamais nous n’avons douté de votre mort, et il suffisait d’observer votre mari éploré pour en être convaincu.
-Vous l’avez surveillé ?
-Il le fallait, il pouvait être dangereux, mais heureusement pour nous il est devenu alcoolique, fit-il avec un sourire condescendant.
-Vous n’êtes qu’un monstre sans cœur pour moi, et je ne suis pas là pour vous, je suis là pour Meredith, pour Jack, pour Alex, pour moi aussi dans un sens. Pourquoi avez-vous appuyé sur la détente ?
-Elle a sorti son revolver, je ne pouvais pas mourir pour elle !
-Vous mentez ?
-Vous croyez ? Alors partez tout de suite si vous n’êtes pas disposée à entendre la suite.
-Je ne fuis plus !
-Non, une fois cela vous a apparemment suffit. Et à moi aussi, je n’aime pas voir les morts refaire surface, il faut les laisser à leur place, en marge ; sinon comment avancer ? Il vous a dit adieu au cimetière ? Il a eu raison, il doit vous dire adieu pour survivre. Maintenant que voulez-vous de plus ? J’ai aimé Meredith, j’ai eu confiance en elle, je la voulais, elle était devenue une sorte d’étoile inaccessible, et le monde nous a séparé, la barrière entre l’amour et la violence n’est qu’infime, je l’ai franchie, j’ai fui et je suis ici. C’est tout, fin de l’histoire.
-Pourquoi l’avoir tuée, ce n’était pas plus simple de renoncer ?
-Je suis allé la voir ce soir là, je lui ait dit que je savais tout, elle m’a regardé, elle ne m’a même pas suppliée, elle a tout avoué, comment elle était entrée dans l’organisation, comment elle m’avait berné et comment elle était tombée amoureuse de moi, et je l’ai écouté, je me suis laissé bercer par sa voix, comme une longue mélodie, j’avais besoin de la sentir m’envahir, et quand elle eut fini nous nous sommes regardés, un instant j’ai pensé à notre fuite commune, je nous ai vu perdu dans le monde, morts pour l’humanité, et elle a sorti son arme, l’a pointé sur moi, et je n’ai pas réfléchi, j’ai hurlé, je lui ai reproché d’être une menteuse, de m’avoir manipulé, d’avoir fait de toute notre histoire une méprise et j’ai tiré, les yeux fermés, trop horrifié par ce que j’étais entrain de faire, et ensuite je me suis penché, j’ai recueilli son dernier souffle et j’ai pris son arme…Le chargeur était vide.
Je fermais les yeux pour ne pas imaginer la scène tragique qui avait précédée ma venue, et pourtant je la voyais, je sentais le dernier battement de son cœur, je pouvais capter la dernière effluve de la vie dans le chaos, et mon regard se posa sur lui, ses mains déliées posées sur la table, ses yeux brillants, son corps tendu, le chargeur était vide, mais pas le sien, et il avait tiré, il l’avait tuée, sans que jamais Meredith ne puisse lui avouer qu’au final, au creux de cette apparente tragédie, il restait l’amour…Ou une sorte de haine mélangée.

-En admettant que ce soit vrai, commençais-je, pourquoi m’avoir traquée ? Pourquoi avoir montré cette froideur à l’audience…Pourquoi n’avez-vous pas ôté le masque ?
-Parce que si je l’avais fait Richard m’aurait fait descendre tout simplement, alors je vous ai suivis, j’ai dérobé votre ordinateur, j’ai mis ce couteau sur votre lit, et j’ai fait ce qu’il attendait de moi, la façade n’a pas eu le temps de se briser vous êtes morte avant. Et une question me taraude au final…Si Richard savait qu’il ne vous avait pas tué comment pouvait-il croire à votre disparition…Ridicule en somme.
Ridicule. Peut-être que tout ce temps où je m’étais cru en sécurité n’était qu’un leurre, peut-être qu’au final, ils avaient juste décidé de me rayer de leurs vies sans chercher à savoir qui avait appuyé sur le détonateur. Et j’écoutais cet homme me raconter la vie d’Alex, un autre miroir que les lettres de Jack, Jack qui avait fini par succomber au venin lui aussi, nous étions tous destiné à tomber, et pourtant j’étais encore là et je devais réparer ma dernière méprise.
-Il allait au cimetière tous les jours. Saoul. Je me cachais dans l’entrée et je l’épiais, il titubait entre les tombes et Jack le maintenait. Comment aurais-je pu douter de cette mascarade apparente en le voyant ainsi ? Mais…Il ne sait pas n’est-ce pas ?
-Il ne sait rien. Il n’est pas un acteur dans cette scène là, juste un figurant. Et je suis revenu pour le voir, pour découvrir ce qu’est devenue sa vie sans moi, pour être sûre d’y avoir encore une place.
-6 ans…Beaucoup de choses changent, et si il vous a dit adieu au cimetière c’est pour une raison, alors le temps presse, faite votre pèlerinage si vous en avez besoin, mais si il est à nouveau heureux pourquoi le bousculer avec votre fantôme ?
-Pour ma propre tranquillité d’esprit.
-Vous n’existez plus. C’est difficile à admettre, c’est un peu comme moi, je vis mais ce n’est qu’une image, je suis enfermé ici, aux prises de la non existence que je mérite, alors ne vous torturez plus, agissez.
-Je me demande ce que Meredith penserait de notre rencontre, fis-je pensive et il eut une sorte de sourire nostalgique.
-Elle vous traiterait certainement d’idiote et vous demanderait de quitter sur le champ ma compagnie. Et je vais vous le dire aussi.
Il se pencha sur le registre, griffonna une signature tremblante aux bords incertains et scruta le nom qui restait le mien. Il eut un sourire en coin, hocha la tête et je le vis se lever pour regagner la porte qui allait nous séparer, mais je connaissais l’histoire maintenant, ou du moins une partie de l’histoire et cela me suffisait.
-Au revoir Julia Stevens. Ne laissez pas les fantômes vivrent trop longtemps.
-Meredith n’aurait jamais tiré, fis-je et il se détourna sans un mot, emporté par ses gardes dans cette fin de vie prochaine.
[...]
Chapitre 4 : L’image latente du bonheur retrouvé, de l’amour remplacé…
« L’amour unique est un mensonge, l’amour d’une vie la vérité de chacun… »
Il m’a fallut de longues heures avant de me décider à emprunter cette route, anciennement commune, et pourtant terriblement étrangère à présent ; des heures pour avoir le courage de me garer devant ma maison pour l’observer, et toutes les différences que je remarquais accentuaient mon malaise, je suivais le conseil d’un assassin, je me postais devant le reflet de mon ancienne vie pour découvrir si mes anciens amours se languissaient toujours de moi, je m’apprêtais à connaître les dessous de cet inconnu que j’avais pourtant épousé et qui avait assisté à mes funérailles 6 ans auparavant. Et quand il sortit de la maison, les clés de sa voiture à la main, je retins mon souffle, remontant discrètement la vitre teintée pour qu’il ne m’aperçoive pas, et avant que je ne puisse faire quoi que ce soit, me présenter à lui, le supplier de me reprendre, de réapprendre à m’aimer ; une femme sortie à son tour, légèrement vêtu pour lui lancer son portefeuille. Il couru le récupérer et l’embrassa avant de s’enfuir, le sourire aux lèvres, ancré dans son apparente nouvelle histoire, dans son apparent nouvel amour ; voilà pourquoi il s’était rendu au cimetière, 6 ans jours pour jours, pour me dire adieu et construire quelque chose avec cette autre femme. Elle resta sur le palier pour le regarder s’en aller, lui fit un signe, et referma la porte de ma maison sur un rire silencieux.
Et je me lançais à sa poursuite comme si je pouvais rattraper mes 6 années d’errance, comme si je pouvais revenir en arrière et être à nouveau la femme qu’il quitte le matin, et qu’il retrouve au crépuscule, comme si je pouvais claquer des doigts et reprendre ma place, et cette filature ridicule ne fit que me ramener au SGH. Il descendit de sa voiture tandis que je ralentissais pour m’immobiliser sur le bas côté. Il claqua la portière, et retrouva ses collègues sur le parvis, des visages inconnus mêlés à d’anciennes images et c’est quand les larmes atteignirent mes mains recroquevillées sur mes genoux que je me rendis compte que je pleurais, il n’avait plus besoin de moi, plus personne n’avait besoin de moi, je n’étais plus Isabel Karev, je n’étais déjà plus tout à fait Julia Stevens, je n’étais plus personne, comme Derek Sheperd et ses fantômes. Je le vis rire et sourire, et quand il se tourna tout à coup vers moi je demeurais immobile, comme si un simple mouvement aurait pu tout bousculer, mais il ne pouvait pas me voir, juste m’apercevoir, et je ne ressemblais plus à sa femme, j’étais juste une inconnue qui portait la même senteur, et il ne s’attarda pas ; il s’en fut, souvenir instable devant mes yeux embués, pénétra dans l’hôpital et m’arracha sa dernière image, je restais sur un sourire et sur des larmes…
Dans mon sac, j’attrapais l’enveloppe brune qui contenait la clé, et la serrais dans mes mains tremblantes. Je devais me battre contre le temps et voilà qu’un autre ennemi s’ajoutait à la liste, une femme inconnue qui partageait son lit. Je n’avais pas trouvé d’autres moyens pour lui faire parvenir la clé, pas d’autre moyen que de pénétrer les murs de mon ancien lieu de travail, déguisée, les cheveux teint dans cette ridicule course dont la fin m’apparaissait déjà ; il avait trouvé la paix, il avait retrouvé le bonheur, et l’ancien amour avait été remplacé, l’amour unique est un leurre, l’amour d’une vie ma propre vérité. Je sortis de la voiture, et la tête basse je m’avançais vers les portes battantes, je ne scrutais aucun visage, je n’épiais aucune note, je faisais mon devoir, ou plutôt j’essayais de m’en convaincre, parce que la meilleure solution aurait été de tourner les talons et de retrouver Paris, mais j’étais bien trop égoïste pour le laisser croire à ma mort jusqu'à la fin de sa vie, je m’apprêtais à bouleverser son nouvel équilibre, je m’apprêtais à renaître de la pire façon qui soit, levant le mensonge parce que je ne me sentais pas capable de renoncer à lui, même avec l’image de cette femme qui m’avait remplacée. Au fond j’espérais juste que le manque l’emporterait, qu’il restait quelque chose pour moi dans ce chaos, au milieu du cimetière des rêves écroulés, j’espérais que la haine et l’amour pourrait se rejoindre, et que je n’étais pas perdue dans sa mémoire…
-Bonjour. Pouvez–vous remettre cette lettre au Docteur Karev s’il vous plait ?
La standardiste me regarda un instant, scrutant mes traits, puis elle me prit la lettre des mains en haussant les épaules.
-Bien sûr Madame. Qui dois-je annoncer ?
-Personne, tout est à l’intérieur.
Elle fronça les sourcils mais avant qu’elle ne puisse dire un mot je tournais les talons, rejoignant ma voiture sous la pluie, et j’attrapais mon téléphone, fébrile, la machine était lancée, je ne pouvais plus revenir en arrière.
-Add’ ! Maintenant il faut que tu m’aides ! J’ai besoin de toi. Fis-je et la voix familière de mon double raisonna.
-Je prends le premier avion.
* *
*
Quand j’ouvris la porte de ma chambre et que je la trouvais sur le seuil, je fondis en larmes. Elle m’enlaça et referma le battant derrière nous, recueillant toutes les larmes que j’avais retenue, celles qui n’avaient pas coulées au cimetière devant ma tombe, ou bien les vagues brisures devant la nouvelle vie d’Alex, une sorte de puits intarissable pour tout ce que je ne pouvais plus changer, et la clé qui devait dormir dans sa main, prête à libérer ma voix et mon image enfermée depuis 6 ans.
Et je m’écroulais sur le lit tandis qu’à son habitude elle ouvrit les rideaux clos, alluma la télévision et occupait le silence avec sa voix si tendre, je ne me sentais plus seule, je ne le serais pas quand la confrontation aura lieu, et elle aura lieu, c’était inévitable maintenant, bientôt…
-Pourquoi as-tu teint tes cheveux en noir ? Le roux c’est beaucoup plus attrayant, lança-t-elle et je du sourire.
-Je n’y ai pas réfléchie, je voulais juste me cacher !
-C’est réussi ! J’ai mis deux heures à trouver ton hôtel dans le trou du monde ! Qu’est-ce que tu as fais ? Tu l’as vue ?
-Je l’ai vu.
Et je n’en dis pas davantage, elle resta debout les poings sur les hanches attendant la suite de l’histoire, mais j’étais comme pétrifiée, si je mettais des mots sur mes méprises elles deviendraient réelles et je le redoutais plus que tout, j’avais quitté la quiétude de la mort, la tranquillité du silence pour les cris et je me sentais épiée à nouveau, je me sentais prise au piège dans mes anciens souvenirs, chaque lieux évoquaient un souvenir, et j’étais passé près du tribunal en revenant de l’hôpital, rien n’avait changé et je cherchais au sol la trace de ma brûlure sans succès, tout avait été effacée comme si rien n’avait mis fin au cour de nos vies, comme si rien n’avait explosé dans mon cœur.
-Je l’ai vu avec une autre femme.
-Il fallait t’y préparer Izzie, ne perds pas de temps, pourquoi n’es-tu pas devant chez lui ?
-J’ai eu peur alors j’ai joué la facilité, j’ai déposé l’enveloppe à l’hôpital et je me suis enfuie.
-Et tu attends qu’il vienne à toi ? Grossière erreur !
-Je suis allé voir l’assassin de ma meilleure amie et tu sais ce que j’ai appris ? Que l’on ne revient jamais vraiment en arrière, il est avec une autre femme, je lui ai fais vivre un enfer il y a 6 ans et maintenant me voilà près de chez lui, vivante, en attente d’une rédemption impossible ! J’aurais tout simplement dû repartir, j’aurais dû faire demi tour, lui dire adieu et survivre de mon côté du monde ! Aujourd’hui je lui offre une clé qui contient la vidéo de mon mensonge ! Jack est mort pour tenter de les arrêter, toutes les vies autour de la mienne ont été bouleversées et je voudrais avoir toujours la même place dans son cœur, je voudrais qu’il se rende compte que c’est moi et non celle qui m’a remplacée et c’est impossible. Je ne sais plus quoi faire, je reste enfermée ici et j’attends ! Je l’attends…Même si c’est pour entendre ses cris, je suis prête, je suis prête pour la haine, car la haine et l’amour sont indissociables…
-Qu’attendais-tu d’un homme qui a tué la femme qu’il aimait de sang froid ?
-La vérité de la vie…Rien se s’écrit comme prévu au final. Si Meredith ne l’avait pas aimé, si elle s’était contentée d’être la bonne espionne qu’elle devait être rien ne serait arrivée, rien n’aurait changé le cours de l’histoire, et je serais toujours à ma place.
-Ce n’est pas une nouveauté…Le plus important c’est de réparer. Et je suis venue t’aider, j’ai abandonné Paris pour visiter New York et apprendre enfin à connaître la vraie Izzie, je veux voir le monde à travers tes yeux.
Et je l’emmenais aux origines. Nous quittâmes la chambre et je pris le chemin de l’ancienne maison de Meredith. La rue calme, la musique sourde raisonnant toujours entre moi et le silence, et quand je me garais je pu voir des enfants jouer sur la pelouse tandis qu’une femme les rappelait à l’ordre depuis la véranda. Les volets n’étaient plus fermés comme au lendemain de l’enquête, l’air n’était plus chargé d’horreur, le sang avait été nettoyé et la vie s’était installée. 6 ans et aucun détail ne m’échappait et Addison scruta l’entrée comme si elle pouvait voir Derek Sheperd quitter les lieux les mains ensanglantées, comme si elle pouvait me voir le rencontrer, le bousculer et précipiter ma vie dans le néant. Ensuite, je me rendis au tribunal, et je me garais à l’exacte place de l’explosion, revivant chaque instant et l’image d’Alex s’imposa, son visage au travers des flammes, et le son de sa voix, son dernier cri dans ma mémoire, son dernier murmure dans mes entrailles, quelque chose de violent et de doux à la fois, un instant que je maudissais pour son existence, et je quittais les lieux comme dans une procession qui m’entraîna vers le cimetière. Addison descendit de la voiture et se dirigea vers l’entrée tandis que le cœur battant je scrutais les lieux, j’avais encore plus peur maintenant que la clé était entre ses mains, la violence de l’amour avait tué Meredith, la violence de la haine pouvait me tuer…
-Je n’arrive pas à croire que vous ayez pu monter un plan pareil sans que personne jamais ne se doute du subterfuge, dit-elle quand je fus à ses côtés.
-Richard Webber a dû avoir des doutes sur la personne qui avait descendu sa proie mais jamais il n’a remit en cause ma mort.
-Et Alex ? Que sais-tu de sa vie ?
-Ce que Jack m’a avoué et ce que Sheperd m’a raconté, autrement dit pas grand-chose. Il était surveillé au cas où il connaîtrait des détails scabreux, mais jamais je ne lui avais réellement parlé des emails et des pièces à convictions que Meredith avait pris soin de m’envoyer avant sa mort. Je les avais lu, gravés dans mon esprit et le réseau a volé mon ordinateur, tout a disparu. Il y a 4 ans j’ai cessé de recevoir les comptes rendu de Jack et quand je suis allé à la prison j’ai appris sa mort, une de plus…
Et je laissais Addison fixer mon tombeau pour parcourir le cimetière à la recherche de celle de Jack, et je la découvris au bout de l’allée près de celle de Meredith, fleurie et entretenue, les dates concordaient, le silence de la mort m’avait privé de sa voix, des nouvelles du vrai monde, et la colère que j’avais nourrie contre lui sans savoir s’envola, inévitable et irréparable absence de la vie.
-Je vais mettre fin au mensonge qu’en dis-tu ? Je passe mon temps au cimetière, et je déteste encore plus cet endroit aujourd’hui. J’y viens pour une raison obscure, pour Meredith, pour moi, pour toi, pour raconter mes souvenirs à Addison. Je suis allée à la prison et j’ai découvert une obscure histoire d’amour volé, quelque chose qu’il aurait peut-être fallu laisser dormir, car maintenant je sais où tout cela peut nous mener, le désespoir peut briser tant de vies. Je lui ai laissé la clé, et c’est tout, aucun indice pour me retrouver, je ne savais pas quoi lui dire de plus, je ne pouvais pas lui demander de me rejoindre quelque part, j’ai autant peur qu’il me trouve que le contraire…Et si il ne cherchait pas la vérité ? Elle dormirait pour l’éternité et je pourrais repartir en espérant un jour prendre la main d’un autre homme, aimer un autre être qui deviendrait plus important que tous les autres, mais au fond de moi je sais bien que c’est impossible, je me mentirais d’espérer encore…Je vais attendre quelques jours et peut-être qu’alors j’irais le voir, peut-être que j’aurais le courage de briser le temps de fracasser les années et de le retrouver.
Et je l’abandonnais là, dans son pseudo paradis si il existait, enfermé dans son silence, impossible à distinguer dans la brume qui entourait le monde des vivants et je sortis avec Addison qui ne disait plus un mot, entraînée dans mon histoire elle s’y perdait comme je m’y perdais et je l’amenais à la banque, dernière étape avant le dénouement.
-Izzie…Ecoute, je crois qu’il est temps, qu’est-ce que tu attends ? Gare-toi devant cette foutue maison et libère-toi.
-J’attends de savoir.
Je me dirigeais vers le guichet et tendis à l’employée un double des reçus de paiement du coffre, je devais savoir si il était venu chercher mon message, si la vidéo était en sa possession, si j’étais libre, sauvée…
-Le coffre a-t-il été vidé ?
-Ce matin Madame Stevens, dit-elle avec hésitation.
-Parfait. Y a-t-il un message, quelque chose… ?
-Non rien. L’homme qui vidé le coffre est partit sans un mot.
-Merci, murmurais-je et libérais un soupire tremblant.
Addison passa un bras autour de mes épaules et nous quittâmes la banque, maintenant il n’y avait plus de secret, plus de doux mensonge dans le vent, il savait, il devait regarder mon visage envahir l’écran, il devait me maudire ou continuer à m’aimer et peut-être que je n’en aurais jamais connaissance, peut-être que je resterais dans la pénombre pour toujours. Je l’imaginais quitter sa maison pour venir rendre visite à la tombe qu’il savait à présent vide, et au fond de moi quelque chose palpita, l’espoir peut-être, l’amour sans doute, un sentiment que j’avais occulté, la culpabilité, terrible poids qui me faisait reculer, et quand je rentrais à l’hôtel je découvris un message de la réception sous ma porte.
« La prison Saint John souhaiterait vous remettre les effets personnels de Monsieur Sheperd qui vous avait récemment désigné comme seule personne à prévenir, il a mit fin à ses jours ce matin… Mes condoléances. »
Le papier glissa de mes mains et Addison le ramassa, la presse devait déjà relater l’événement et je refusais donc d’allumer le poste, j’en avais fini avec tout cela, l’histoire de Derek et Meredith ne m’avait jamais appartenue, la fin de leur histoire commune non plus, ils étaient morts et leur tragique méprise aussi. Et pourtant, je me retrouvais une nouvelle fois aux prises avec ce qui subsistait, je me promis de récupérer ce qu’il avait abandonné et de l’enterrer avec lui dans mon imaginaire...
[...]
Chapitre 5 : De l’autre coté du miroir il y a un monde ; sacré entre l’évidence et la dissimulation.
« Echos d’une haine impénétrable ; terrifiante vérité de l’amour trahit ; conclusion d’une lente descente aux enfers. »
Je me sentais une nouvelle fois aveuglée par les flashs, bousculée par la foule mouvante qui me poursuivait depuis que j’avais mis un pied hors de ma voiture devant la prison ; étonnant souvenir d’autres coups, d’autres douleurs et je ne les regardais pas, je marchais comme une somnambule vers l’entrée principale, Addison à mes côtés, éternelle forteresse à laquelle je restais accrochée. Le directeur ouvrit la porte et les gardiens me poussèrent vers l’intérieur où je fus accueillis par un silence troublant, prise de vertige je m’adossais au mur glacial pendant qu’ils me parlaient de la mort de l’assassin de ma meilleure amie. J’étais dans un nouveau couloir sans fin et la vérité venait d’éclater au grand jour, les journaux ressortaient les vieux clichés du témoin explosé en parfaite santé, légèrement moins boucle d’or mais mon visage avait du être exposé sur des dizaines de pellicules en quelques secondes, j’étais démasquée et le lendemain aux informations du jour je devrais voir s’afficher sur l’écran la supercherie qui avait détruit notre monde ; Alex ne vivra plus dans l’ombre du mensonge et j’attendrais alors son absolution bienveillante ou non.
-Vous comprenez, entendis-je soudain, c’est assez difficile pour nous de vous protéger, ou du moins de tenter de le faire. Je vous conseille de régler ce qu’il vous reste ici et de vous en aller ; c’est impossible de réveiller les morts.
-Seulement il n’y a pas prescription, c’est après 10 années d’absence qu’une personne est déclarée décédée, or ce n’est pas le cas, fit Addison et tous les hommes présents se mordirent la lèvre.
-Il faut dire que nous sommes encore dans l’illégalité ; Jack et son équipe ont mal agis, il aurait suffit d’attendre encore et…
-Excusez-moi messieurs, mais j’aimerais éviter d’en parler, je veux juste récupérer ce qu’il a laissé et m’en aller, j’étouffe dans cette prison.
-Vous étoufferez encore bien plus dehors ; toute la ville est à présent au courant…
Et les murs se mirent à trembler, à se rapprocher, à s’éloigner tandis que je plaquais mes mains tremblantes sur mon visage ; les notes étaient faussées depuis le départ, rien n’aurait du filtrer, j’aurais du jouer mon rôle de fantôme et attendre la résurrection dans l’ombre, maintenant le scandale se répandait comme une traînée de poudre et il me suffit de jeter un coup d’œil à la télévision dans le bureau du gardien pour m’en rendre compte, la voix brûlante qui me parvint annonça ma nouvelle naissance, subterfuge du témoin éliminé, procès bâclé, assassin pendu ; 6 années revisitées en quelques minutes et je sombrais dans ce passé que j’aurais aimé oublier, je revivais tout tandis que je marchais le long du couloir, ignorant les visages interloqués qui se tournaient vers moi, les voix qui grésillaient dans les interphones et le directeur me poussa vers son bureau quand je l’entendis ; un appel plus qu’un cri, teinté d’une sorte de colère contenue ; mais c’était sa voix et je me retournais.
La main d’Addison se pressa sur mon bras, l’air ne quittait plus mes poumons je ne pouvais que regarder ce visage si souvent rêvé, si souvent imaginé et il resta immobile, le battant de la porte claqua derrière lui arrachant les flashs et les visages inconnus à ce tableau improbable. Un long couloir et deux êtres humains qui se jaugeaient, qui se jugeaient d’un bout à l’autre d’un monde coupé en deux, d’une vie démembrée ; et j’avais peur de découvrir dans ses yeux qu’il n’y avait plus rien à sauver, pas même ce souffle qui survivait entre nous même au-delà de cette mort que je lui avait imposé, et le silence me bouffait de l’intérieur, ce silence parfois bienfaisant qui nous emporte, celui-ci semblait pesant, les lendemains d’une explosion ou l’air encore chargé de cendre tournoie lentement ; aucun mot pour décrire cette mort, aucune mort pour rattraper la vie et je fis un pas en avant ; un pas tremblant. Ses poings serrés le long du corps il me défiait de l’approcher, de franchir la limite qui séparait l’au-delà du monde terrifiant, criant de vérité, des vivants laissés à leur sort mais je ne pouvais plus ; j’avais fais un seul pas et tout se brouilla, à nouveau l’air se fit irrespirable et une nouvelle fois la porte s’ouvrit, laissant passer la femme que j’avais vu sur le seuil de ma maison, elle se tenait derrière lui, s’approchant jusqu'à frôler sa main et il l’enlaça dans ce qui me semblait être un air de défis. L’inconnue me regardait comme une ombre, comme si j’étais transparente et je devais l’être à ses yeux, photographie fanée de l’ancienne vie de son amant, ancien amour ; nouvelle flamme.
-Tu ne dis rien, murmurais-je en doutant pour que les mots l’atteignent mais il déglutit péniblement avant d’ouvrir la bouche ; mais aucun son n’en sortit. Tu ne cries pas ? Pourquoi tu ne cries pas ? Pourquoi tu ne me frappes pas ? Tu ne me maudis pas ?
Et ce fut tout, ma voix se cassa et il tourna les talons, il poussa la porte avec une telle force qu’elle s’abattit contre le mur et l’air fut envahi par les cris tandis que le regard voilé de cette inconnue, de ma remplaçante s’attardait sur mon visage comme si elle avait du vivre avec mon fantôme un long moment, comme si il l’avait toujours regardé en me voyant, comme si j’avais toujours existé dans chaque vision de son existence, en marge mais trop vivante pour s’y installer vraiment.
-Il fait encore des cauchemars, dit-elle et sa voix tremblante me fit reculer ; quel monstre êtes-vous ?
-Et vous ? Qui êtes-vous ?
-Une sorte de rédemption, assena-t-elle et elle s’en fut.
Elle devint une sorte d’image volée, inconscience totale ; méprise sur le monde et j’aurais voulu pouvoir l’oublier, ne pas graver ses traits dans ma mémoire, car elle ne me ressemblait pas ; elle était l’exact opposé de ce que j’avais été. Addison me pressa le bras et le directeur de la prison ouvrit une porte donnant sur un minuscule bureau, plus un cagibi à fenêtre unique, étouffant au possible où je me glissais sans dire un mot, comme si je ne touchais plus le sol, je me laissais tomber dans l’un des deux fauteuil et le visage instable d’Alex m’apparut à nouveau, son visage torturé devant l’explosion, l’éclat brûlant de ses yeux il y a quelques instants, deux images mélangées ; deux rêves abandonnés et bientôt je ne pu plus les distinguer, mes 6 années d’errances s’étaient envolées, inexistantes dans l’histoire, irréelles pour le monde, gravées dans le marbre pour lui.
-Il n’y a pas grand-chose vous vous en doutez, mais c’est la procédure alors je ne pouvais y déroger ; même si je me demande toujours pourquoi vous…marmonna le directeur en étalant tous les objets sur la table devant moi.
-Parce que je suis le dernier pion…La dernière pièce du puzzle.
Il haussa les épaules et je passais en revu une chaîne en or et son pendentifs vieillis, une liasse de papiers reliés, sorte de manuscrit poussiéreux, des vêtements qui finiraient aux bonnes œuvres et tout un tas de choses inutiles, toute une vie réunis sur cette table, tout ce qu’il pouvait rester après l’amour, après le meurtre, après la mort.
J’attrapais le feuillet et parcourut les différentes pages ; une sorte de mémoire.
-Qu’est-ce qu’un assassin aurait bien pu raconter? Lança l’homme et je ne relevais même pas la tête ; à cet instant je revoyais Meredith meurtrie, en sang, une balle dans la tête.
-Peu importe, fis-je soudain et je me relevais, emportant tout ce qui se trouvait sur le bureau. Merci beaucoup monsieur, je ne compte pas m’attarder.
-Où vont les morts d’habitude ? Lança t-il alors que je franchissais le seuil avec Addison qui me suivait comme une ombre, terriblement fantomatique.
-L’enfer ou le paradis…A moi de choisir maintenant !
Et je ne voyais même plus la foule, je ne sentais même plus leur emprise, la lumière brûlante ne m’atteignait plus, je marchais, je longeais la route, elle ne m’était pas inconnue, elle ne l’était plus à présent et je serrais contre moi ce foutu manuscrit, comme si ils ne pouvaient pas juste se taire et dormir pour l’éternité, maudits sentiments étalés, mots blessants calqués sur la réalité, je ne voulais pas lire, je voulais juste disparaître, faire disparaître le remord, la culpabilité, l’amour, la passion, le meurtre, l’odeur malsaine du sang, et je ralentis le pas ; Addison toujours sur mes talons, silencieuse ; et je lui en était reconnaissante, je ne voulais entendre raisonner aucune voix, je voulais juste me taire, fermer la porte à nos cauchemars et avancer. Les journalistes nous avaient abandonnés, et je respirais cet air que je connaissais, ces effluves que je reconnaissais, et nous marchâmes ainsi tête basse, jusqu'à ce que je m’immobilise pour me laisser tomber sur le premier banc venu ; avec sur les genoux l’aveu brûlant de l’assassin de ma vie…
-Fais-moi disparaître cette couleur, le noir corbeau ne vas pas à tout le monde, lança t’elle soudain et je sursautais.
-Je m’y sens bien, je m’y sens en sécurité.
-Tu n’en as plus besoin, le secret est mort.
-Comme moi, conclus-je et je du sourire les larmes aux yeux. Il me hait…Et pourtant il n’a pas crié, il n’a pas hurlé, ce fut une confrontation vide, sans essence, sans amour ; je ne sais pas ce que j’attendais mais au final rien ne pouvait me préparer à cela. Je recherchais les petites rides sur son visage, les changements qui avaient pu s’opérer en lui et son image actuelle se mélangeait sans cesse avec celle que j’avais gardée de lui...
-Tu ne vas pas apprécier mais il faut que je te le dise. Tu ne peux pas repartir comme cela et je pense qu’il est temps de tuer définitivement Julia Stevens, elle a fait son temps ; tu dois abandonner ton fantôme et ne pas te contenter de cet intermède, quelques secondes pour rattraper 6 années de méprise c’est un peu léger.
-Il y a une autre femme.
-Il y a toujours d’autres femmes, il y en aura toujours ; il ne pouvait pas attendre une morte, il ne pouvait pas t’attendre…La voiture a explosé sous ses yeux, de toi il ne restait rien, pas un doute, pas un minime espoir ; il ne t’a pas remplacé ; juste rangée dans une boite mais cela il en avait le droit.
-Qu’est-ce que je dois faire ? Demandais-je et elle baissa la tête vers le manuscrit que je tenais serré entre mes mains et je compris instantanément. Non pas question de le lire ; je ne veux pas savoir ; Meredith m’a déjà laissé des lettres, des dizaines d’aveux, des centaines de jours à y penser sans cesse. C’est fini ; je les enterre, je le dois si je veux me sauver.
-Mais si tu veux sauver Alex tu dois le lire.
Les feuilles n’étaient pas dans l’ordre, un brouillon de vie en somme et je hochais finalement la tête, peut-être qu’à travers cela je saurais enfin ce que j’avais manqué ; me perdre pour l’aider me semblait plus qu’honnête. Après, il ne me resterait plus qu’à le regarder vivre sa vie avec sa toute nouvelle rédemption. Et ce n’était pas moi.
[...]
Chapitre 6 : L’amour trace son chemin et, quand les poussières de la vie l’emporte ; le chemin se meurt…
« Un instant au milieu de la fournaise ; revers en toc et lancinante mélodie du bonheur inachevé… »
Quelle prétention que celle de me croire encore pur pour le paradis.
Je ne suis jamais seul ; il y a toujours mon fantôme pour me tenir compagnie, pour hurler dans ma tête, pour me ramener à ce moment ultime ou j’ai appuyé sur la gâchette, c’est indéfinissable comme culpabilité, celle d’être enchaîné, contraint à respirer, à vivre en sentant l’air confiné d’une cellule et toutes mes nuits sont peuplés de visages, des inconnus, des réminiscences et dernièrement l’un d’eux est venu me rendre visite, hors de mes songes sanglants, dans une réalité frappante, devant moi, à quelques centimètres, palpable, terriblement vivant, souffle après souffle, battement de cœur ininterrompu, et pourtant dans mon imaginaire elle vivait au cimetière avec les autres. Certains l’appellent encore le témoin assassiné pour éviter de prononcer son nom, mais je n’ai pas peur ; je n’ai pas peur de faire marche arrière, je vis déjà dans le passé et voir son visage livide, ses yeux habités me faire face sans sourciller m’a ramené à une ancienne détermination, une ancienne colère, Meredith… Mais ce n’était pas elle, celle qui m’épiait dans l’ombre de cette pièce confinée, assise les mains sur les genoux avec une noblesse étonnante ne pouvait pas être la femme que j’avais assassiné, seulement son reflet, l’autre coté du miroir, la peur ne pouvait plus naître dans ses prunelles, morte pour la société et pour moi, elle revivait, le témoin assassiné ; la meilleure amie de ma victime.
Et pendant des années, même après sa mort explosive, j’ai épié sa maison, suivit celui qui la pleurait avec une détermination malsaine ; je savais ce qu’il faisait dans sa maison, ce qu’il disait au cimetière quand il le parcourait saoul entre les allées ; et la morte vivante qui restait muette me ramenait à ce procès, ce premier procès qui avait scellé notre destinée ; l’explosion d’une voiture, la détresse d’un homme, la liberté d’un monstre. J’ai une image de moi teintée de mensonges et de demi vérité, et la femme qui me fusillait de sa colère contenue me renvoya l’étincelle du monstre, celui qui avait mis fin à un amour autant qu’à une vie, qui avait poursuivit ceux qui vivait dans son cercle, qui avait poussé une âme à la mort organisée, à l’abandon, la tristesse et l’impossible pardon, l’impossible absolution et quand elle parla enfin, je su qu’elle n’était pas vraiment là pour me voir ; juste pour en apprendre plus sur son amour fané, sur l’homme qu’elle avait laissé sur l’asphalte 6 ans auparavant derrière ce rideau de flamme infranchissable et je lui parlais, je lui donnais des détails, des détails qu’elle avait attendu 6 années malgré les lettres du Capitaine, mort lui aussi dans nos dédales, et je vis défiler toutes sortes d’émotions sur son visage pâle entouré de cheveux noir corbeau dépareillé, l’amour, le désespoir, la tristesse et la douleur de toute fin de vie, qu’il s’agisse d’un dernier souffle ou d’une dernière lueur, d’un mot imprononçable ou d’une faute inavouable.
Quand je me levais pour la quitter, elle leva sur moi un étrange sourire lasse ; j’ai rêvé de l’abattre, de la faire taire, de ne plus voir son visage, d’effacer tous les souvenirs qu’elle gardait de Meredith et pourtant à cet instant je pouvais presque supplier Alex Karev de revenir en arrière, de continuer à aimer cette femme qui avait le courage d’affronter l’assassin de sa vie, de pardonner à cet être perdu, emporté dans des remous qui ne lui était pas destiné et qui gardait la tête hors de l’eau, cherchant les effluves d’une autre vie. Quand la porte se referma et qu’elle m’arracha son image, je su que je n’aurais plus besoin de respirer, je n’avais pas contribué à une autre mort, peut-être à une naissance indirecte et plus personne n’avait plus besoin de ma voix, de mes échos, revers en toc de ma mélodie du bonheur inachevé…
Je repoussais les feuilles sur le lit et je m’allongeais, la musique grondait, inlassablement, de la première note au dernier coda je la respirais, je la sentais, courage ou pas, je ne pouvais pas l’admirer, mais je ne pouvais plus le détester… Il ira sans doute rejoindre son propre cimetière ou ses fantômes déjà reposaient ; éternel sommeil qui m’avait tant arraché, qui m’avait privé de tant de mélodies dont je ne pouvais plus me souvenir car déjà j’avais oublié les voix, déjà les images me semblaient flous, le fossé s’était creusé et il était impossible à combler, impossible à traverser et de la dernière page de ce qui semblait être une simple conclusion glissa une photographie, celle que Meredith m’avait envoyé par Email avec son aveu criant de vérité sur ce qu’elle avait été, sur ce qu’elle aurait aimé abandonner par amour ; le même éclat dans leurs yeux, le même sourire sur leurs lèvres et toutes ces années il avait vécu avec elle dans ses mots terrifiants qu’il avait couché là sans certitude qu’un jour quelqu’un prendrait le temps de les lire, je laissais échapper une larme et sursautais ; quelqu’un tambourinait sauvagement à la porte. Je me levais pour ouvrir et la pénombre du couloir m’empêcha d’abord de voir et les effluves de l’alcool me parvinrent alors…
-Je suis venu rendre visite à ma femme ; je suis allé au cimetière mais la tombe est de toute manière vide, je ne sais pas pourquoi j’y allais si souvent et ce que j’y recherchais, peut-être une sorte d’espoir qu’il y avait un ailleurs, un autre monde ou je pourrais peut-être un jour te revoir, je ne pensais pas que tu ferais à nouveau irruption dans le mien…Isabel !
-Tu as bu, tu sens l’alcool, fis-je dans un murmure et il me bouscula pour entrer dans la chambre sans répondre. Je ne sais plus quoi te dire.
-Déjà ? Tu es déjà à cours d’argument, tu avais plus de répartie quand je t’ai épousé, il y avait quelque chose de différent chez toi, et ce quelque chose est mort avec ta carcasse dans cette voiture, cette maudite voiture ! Je ne suis pas venu pour parler je suis venu pour divorcer !
-Quoi ? Hurlais-je et il tomba sur le lit, poussa les feuilles et le cliché sans y jeter un coup d’œil.
-Et bien oui mon cher fantôme ; nous sommes encore mariés et cela me pose problème !
-Tu avais fait une cure, pourquoi bois-tu ?
-Que sais-tu de moi à présent ? Que sais-tu de ma vie ? Rien ! Oui j’ai fais une cure à cause de toi, pour ton putain de souvenir, et voilà que tu me le renvoi en pleine face, c’est tout ce que j’ai trouvé dans ma maison pour me soulager, alors j’ai pris la voiture et je suis arrivé jusqu’ici ; je t’ai trouvé, c’est moi qui t’ai trouvé, ou plutôt j’ai suivi la horde de journaliste qui te mitraille, madame la toute nouvelle star !
-Je ne suis plus personne, murmurais-je en fermant la porte pour lui faire face et son visage livide contrastait avec ses yeux brillants.
-Exactement, tu n’es rien ni personne pour moi ici ! Je ne reconnais pas ma femme, je l’ai enterré, je suis resté au bord du trou et j’ai attendu que tu y descendes, je me suis mis à prier, à croire en Dieu, je l’ai supplié de ne pas me laisser vivre trop longtemps, parce que ce temps interminable sans toi me paraissait une terrible punition, une punition que je ne méritais pas ! Tu reviens en me croyant capable de quoi au juste ? Pardonner ? Oublier ? Te jeter sur ce lit et arracher tes vêtements ? Tu ne me connais plus, ou du moins tu ne connais pas celui que je suis devenu, et même si ce n’est pas exactement un reflet sans défaut il me convient, et cela grâce à cette femme qui ne m’a pas menti qui n’est pas morte pour sauver sa peau et perdre la mienne !
-Cela ne devait durer que quelques mois, un an au plus…Mais Jack…
-Ah Jack, s’écria t-il en me coupant et je restais tremblante devant lui ; dans la combine lui aussi, un traître qui m’accompagnait au cimetière, qui me cherchait dans les bars, qui m’a amené dans ce centre de désintoxication bien comme il faut, que des mensonges, 6 ans de mensonges !
-Je ne peux que te demander de comprendre, dis-je et il se mit à rire.
-Tu n’as même pas le droit de me demander cela Izzie, tu ne peux rien me demander, et j’ai vu ta vidéo, tu m’as brisé le cœur, tu as fait de moi un ivrogne, un moins que rien, j’ai failli perdre mon droit d’exercer, j’ai failli devenir fou et me pendre comme ton nouvel ami qui te laisse des manuscrits inutiles !
Il ramassa les feuilles et les déchira. Je sursautais mais le silence s’abattit sur nous et il se leva, titubant vers moi, les yeux toujours accrochés aux miens, je voulais reculer tant la colère qui dansait dans ses prunelles me faisait peur mais il anticipa mon geste et m’attrapa le bras pour m’attirer encore plus près, son souffle empestait l’alcool et ses mains si fortes qui entravaient mes mouvements commencèrent à trembler. J’aurais voulu trouver les mots justes, pouvoir dire quelque chose qui le sauverait, qui nous sauverait mais je n’en avais pas le courage, je pouvais affronter le regard de l’assassin de Meredith mais pas celui de cet homme dont j’avais malmené la vie et il approcha son visage du mien, juste quelques secondes, avant de s’éloigner, de s’arracher à ma chaleur, à mes bras, et je le laissais partir, je le laissais me quitter car il en avait le droit, il me tourna le dos et redressa ses épaules affaissées.
-Il n’y a pas d’avenir pour nous.
-Je n’ai jamais cessé d’espérer, je voulais me retrouver et te retrouver en même temps, mais c’était sans doute trop demander… murmurais-je.
-Quoi qu’il puisse advenir de toi maintenant, je veux être libre Isabel ; je n’ai pas cessé d’y penser, je ne peux pas croire que tu sois vivante, et pour mon bien, pour le notre il vaut mieux que tu restes dans ton au-delà virtuel pour l’instant, pour toujours peut-être. Je suis bien avec elle, je vais l’épouser dans 3 mois, assena t-il et les larmes que je m’étais interdit de verser coulèrent.
-Félicitations, fis-je la voix cassée et il se retourna, éloigné des vapeurs de l’alcool, plus sain d’esprit que jamais, déterminé à vivre heureux maintenant sans moi.
-Je ne veux pas renier tous les efforts que j’ai fais jusqu'à présent pour vivre sans toi, pour espérer une rédemption, ne me tue pas une seconde fois Izzie, je t’en prie.
Et la colère quitta ses traits, des larmes coulèrent sur sa joue et je m’approchais doucement tant j’avais peur de la colère, de la violence de la haine et de l’amour mélangé ; mais il ne me repoussa pas et je les essuyais tandis qu’il fermait les yeux, les souvenirs de ces temps heureux, bénis, que nous avions connu me revinrent en mémoire et partirent en cendres en quelques secondes, il dira bientôt oui à une autre et je m’envolerais vers d’autres horizons toujours morte dans son monde.
-J’ai tant espéré que ce ne soit qu’une erreur de Dieu, tant j’étais persuadé que rien ne pouvait entraver notre vie, et j’ai du me rendre à l’évidence, plus jamais je ne pourrais te toucher, plus jamais je ne pourrais t’embrasser ou sentir ton parfum, plus jamais je ne pourrais entendre ta voix et ton rire ; j’ai abandonné tous mes espoirs et je t’ai dis au revoir, je ne peux plus revenir en arrière, aide moi juste à oublier.
-Je ne peux pas, fis-je et il sourit étrangement, un sourire doux que je n’aurais jamais cru revoir. J’ai passé 6 ans à me demander ce que tu devenais, Jack me parlait de toi et je vivais sur ce souvenir, je vivais sur ces cendres, sur cette dernière explosion, la dernière fois où j’ai vu ton visage, l’ultime mot que tu as prononcé, la dernière fois que tu m’as touché, la dernière fois où tu m’as aimé, car je savais qu’à partir du moment où tu reverrais mon visage tu ne pourrais plus m’aimer.
-Je n’aime pas la couleur de tes cheveux, dit-il, je n’aime pas la lueur dans tes yeux, je n’aime pas ce que tu me fais ressentir, je n’aime pas cette tombe qui porte ton nom au cimetière, je n’aime pas les revenants, je n’aime pas ton soudain besoin de connaître les pensées d’un assassin, mais toi je t’aime, je continue à t’aimer malgré ce jour maudit où tu as décidé de me sacrifier, et je t’aimerais encore dans cette église où je jurerais fidélité à une autre, mais les dés sont jetés, c’est terminé, tout est terminé.
Et il s’en fut aussi vite qu’il le pu, me laissant un sentiment intense de solitude, de fin inachevée et je ne me retournais même pas quand la porte claqua, j’écoutais juste ses pas décroître dans le couloir et je ramassais calmement les feuilles qu’il n’avait pas déchirées et le cliché que je déposais ensuite sur ma table de chevet. J’avais enfin ma réponse ; je ne lui étais plus indispensable, je n’étais plus exceptionnelle à ses yeux, juste une sombre réminiscence, un ancien amour qu’il ne souhaitait pas revoir, et la stéréo se remit à gronder quand j’appuyais sur le bouton, m’emportant dans une autre dimension où jamais il n’y avait eu d’explosion où jamais il n’y avait eu de meurtre et je repris le manuscrit de Derek Sheperd entre mes mains, soudain avide d’en connaître la conclusion.
L’amour se détruit lui-même, le malheur se construit d’indifférence et de violence, et je ne me crois plus capable d’aimer qui que ce soit si ce n’est le souvenir de Meredith que je ne retrouverais sans doute pas dans son paradis ; j’avais violé ses derniers instants sur terre, je l’avais empêché de respirer et aucune mort ne sera jamais ma rédemption. Je ne laisse rien, juste une fournaise à en devenir, effluve inerte de ce que j’aurais voulu être et de ce que je suis devenu, des personnes qui sont entrées dans ma vie, de celles qui l’ont quitté et de cet unique instant dans mon existence où j’aurais du choisir l’amour à la haine…
Cet unique instant dans ma vie où j’aurais du choisir la vérité au mensonge…
[...]
Bonjour,
Cette fiction n'est pas terminée mais elle va être archivée car l'auteur na plus le temps de la continuer. Elle sera re-ouverte dès que l'auteur pourra la continuer.
A bientôt