HypnoFanfics

Interdit aux moins de 18 ans

Lonely angels

Série : Doctor Who (2005)
Création : 04.02.2017 à 00h44
Auteur : choup37 
Statut : Terminée

« Rien ne préméditait Jack et le Doc à devenir amis. L'un s'est perdu dans les ténèbres, alors que l'autre demeure brisé par la perte des siens. Et pourtant.. » choup37 

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WARNING: ce chapitre contient une grande violence graphique. L'esclavage de Kosh est décrit assez précisément, certaines images sont choquantes. Ce n'est pas par simple sadisme, il y a une raison, néanmoins un avertissement est nécessaire.

 

*

Chapitre 10

 

«Les esclaves sont parqués dans un grand bâtiment comportant trois étages et un sous-sol. Le rez-de-chaussée et les deux premiers étages sont dédiés aux logements et l'arrivée de la marchandise, le troisième à son entrainement. Le sous-sol semble être la zone des horreurs: punitions, examen médical, tri des nouveaux lots.. J'enregistre depuis la chambre qu'on m'a donnée. Ce sera mon témoignage s'il m'arrive quelque chose. Je ne suis pas sûr de réussir à ne pas tuer tout le monde.

Il y a toutes sortes d'espèces ici: basiquement, pensez à une race et vous la trouverez. Kosh fait très fort: en disposant d'un nombre de races aussi variées, il est certain de pouvoir satisfaire tous ses clients potentiels. »

 

***

 

Jack sentait la nausée le gagner au fur et à mesure qu'il découvrait l'étendue de l'empire du trafiquant. Les deux bâtiments étaient gigantesques, permettant d'accueillir les lots quotidiens de nouveaux esclaves. Ces derniers étaient emmenés dans des grands camions qui se garaient dans la cour intérieure, dans laquelle un premier tri était effectué.

-Mineurs, femelles ou mâles, expliqua Kosh. Ils vont être emmenés pour un examen médical, qui permettra de déterminer leur espèce et leur état sexuel. Les mineurs et les vierges disposent de zones à part, bien sûr.

-Je m'en doute.. Ils doivent te rapporter beaucoup d'argent, murmura Jack en luttant pour conserver son calme.

Il fallait qu'il fasse appel à tout son entrainement reçu à l'Agence, ainsi que dans ses ressources personnelles pour ne pas massacrer Kosh en public immédiatement. La pensée était fort attrayante, et le brulait dans tout le corps.

-Ce sont mes produits phares, oui !, protesta le trafiquant. Et je tiens à les garder en parfait état !

 

***

«Ses produits, comme il les appelle, sont formés pour deux tâches : la domesticité et le plaisir sexuel. Je ne vais pas m'attarder sur la première, complètement commune. C'est la seconde qui m'a le plus intéressé, tristement, parce que Kosh a bâti autour une organisation d'une grande complexité et parfaitement structurée, ce qui est, à mes yeux, la raison de son succès. Docteur, je vous conseille de faire sortir Rose de la pièce. Oui, Rosie, vous, qui roulez des yeux et m'insultez avec votre charmant accent. Vous n'êtes pas de taille à encaisser ce que je vais raconter. Si vous souhaitez rester, ne blâmez personne d'autre que vous.

Hum.

À la réflexion, Goon, vous devriez sortir aussi. Après tout, votre sœur est potentiellement concernée. Oui, je sais, autant pour la diplomatie, Docteur.

Il y a quatre groupes de putes dans le bâtiment. Vous connaissez déjà les traditionnels : majeurs, virginité déjà perdue, lancés dans le circuit aussitôt arrivés. Leur sort est glauque, mais ce n'est rien comparé à celui des mineurs et des vierges. Soyez conscient qu'un produit peut faire partie de ces deux catégories.»

 

***

-Comment cela fonctionne ? Tu sembles dire que tous tes vierges n'auront pas le même rôle.

Il ne voulait pas savoir. Il ne voulait vraiment, vraiment pas savoir. Mais il devait demander. Il fallait qu'il en apprenne le plus possible sur l'organisation de cette horreur pour mieux retrouver la gamine.

Kosh sourit, visiblement ravi de sa question.

-Oh, c'est à la fois très simple et complexe. Le but est de pouvoir satisfaire tous les besoins, tu l'as compris. Tous mes clients n'ont pas les mêmes envies : certains veulent juste une pute, d'autres recherchent de la jeunesse.. Cela m'a pris du temps, mais je peux maintenant proposer trois types de vierges.

 

***

«Le vierge vendu ou loué tel quel est le plus courant. Mais certains d'entre eux sont aussi en partie formés pour être capables de procurer un certain niveau de plaisir à leur client, comprenez sexe oral et caresses. Certains pervers aiment le mélange d'innocence et début d'expérience que ces pauvres gosses peuvent leur fournir. Et puis il y a ceux qui préfèrent les former eux-mêmes, c'est le troisième groupe. En fonction du service demandé, un produit précédemment vierge peut changer de groupe et devenir 'produit expérimenté'.»

 

***

Comment pouvait-il parler si calmement ? Comment faisait-il pour décrire un trafic ignoble comme s'il parlait de la pluie et du beau temps ? Produits. Création. Entretien. Rentabilité. Des termes d'entreprise. D'homme d'affaires.

-C'est vraiment une usine, hein? se murmura-t-il à lui-même, mais Kosh l'entendit.

-C'est exactement cela, Yeux-bleus. Tu vois, c'est la différence entre moi et un trafiquant de base. Je suis un homme d'affaires. Je crée. J'investis. Je trouve un nouveau marché et je l'attaque. Et tu sais pourquoi je réussis ? Parce que je sais me diversifier et m'adapter aux demandes.

Ne lui met pas ton poing dans la gueule. Ne lui met pas ton poing dans la gueule. Jack s'assura que son masque était toujours parfaitement posé et sa voix sous contrôle lorsqu'il demanda :

-Qui s'occupe de la formation ?

-Encore une autre bonne question. Moi et mes employés. C'est le seul moyen pour obtenir la qualité désirée. Certains de nos clients payent très cher pour le luxe offert, on se doit d'être à la hauteur, répondit Kosh en examinant un humanoide au visage de panthère. Joli, commenta-t-il en découvrant un pendentif bleu qu'il arracha de son cou. Ce sera encore plus joli au cou de No'lia.

-Tu as les tiens ?

Quelle question stupide, qu'il regretta aussitôt qu'il l'eut posée.

-Evidemment. Quel serait l'intérêt de créer des produits si ce n'est pas pour en profiter? sourit Kosh avant de l'embrasser. Tu verras. Tu les aimeras.

 

***

«Pour s'assurer de leur qualité, il les forme lui-même, avec ses employés. Il en ressort de parfaits esclaves sexuels, modelés et manipulés, si possible dès le plus jeune âge afin de détruire toute tentative de pensée personnelle. Je n'ai pas demandé à partir de quel âge étaient formés les plus petits. Probablement au début de l'adolescence. Je ne sais pas. Je n'ai pas assez de réserves d'alcool pour m'encaisser la réponse.

Les esclaves sont logés par trois dans de toutes petites cellules ne comportant qu'une paillasse et couverture par personne. Lorsqu'ils sont dans le bâtiment, ils ne sont vêtus que d'un simple pagne, afin d'entrainer leur résistance au climat et détruire toute pudeur. Tous ont un numéro de série tatoué sur la nuque afin de permettre leur identification et marquer leur appartenance à Kosh. Ils portent également un collier de cuir avec un anneau où est écrit leur prénom.

Les journées sont ritualisées, là encore pour empêcher toute prise d'initiative : chaque lot est réveillé à heure fixe, plus ou moins matinale selon l'âge et les besoins. Il est ensuite emmené aux sanitaires, avant d'aller manger. Puis viennent le travail ou l'entrainement. Ils y apprennent tout ce qu'ils ont besoin de savoir pour satisfaire leurs clients, selon leur groupe. Les .. cours.. peuvent être dispensés en grand nombre, mais la plupart se déroulent pendant ce qu'on pourrait appeler des ateliers, dirigés par des esclaves plus âgés. C'est un des points les plus pervers : plus vous avez de l'expérience, plus vous montez en grade et améliorez ainsi votre vie quotidienne. Cela encourage l'obéissance et la débauche.

C'est une véritable usine à putes : les esclaves sont repérés, capturés, triés, entrainés et entretenus. Après chaque mission, ils ont l'obligation de subir un examen médical. Dans le cas où ils ont été trop abimés, ils sont immédiatement réinjectés dans la basse prostitution locale. Rien ne se perd, tout se recycle.»

 

***

 

Quand il parlait d'usine, Jack pensait aussi à l'apparence du bâtiment: tout était propre et lumineux. On était bien loin de l'image du bouiboui humide et froid, et c'était peut-être l'un des aspects les plus horribles de ce trafic : tout était si blanc, si clair, si organisé. On aurait pu se croire dans une usine de production de vêtements, si les corps à moitié nus avaient cessé de défiler.

-J'ai des clients sur Taclos, bien sûr, mais je fournis aussi beaucoup d'autres planètes, expliqua Kosh en tendant son verre à l'esclave présent.

Ils étaient assis dans son bureau, autour d'une petite table. C'était le début d'après-midi et le soleil brillait par la fenêtre ; pourtant, le cœur de Jack était froid. Aussi froid que les bâtiments qu'il avait en partie visité plus tôt. Aussi froid que son visage qui n'avait rien à envier à une statue. Aussi froid que le poignard qu'il rêvait d'enfoncer dans la gorge du monstre qui lui faisait face.

-La plupart achète sans regarder la source. Ils s'en foutent, tant que la qualité est là. Cela m'a permis d'étendre mon commerce dans tout le quadrant. Le plus amusant, quand on y pense, c'est leur identité : on pense tout de suite aux ripoux, mais il y a aussi les riches, les banquiers qui veulent des jouets pour se reposer, les armées à la recherche de putes pour détendre leurs hommes... Tout ce joli petit monde paye sans rien demander, trop heureux d'avoir de jolis corps soumis à leur disposition, renifla le trafiquant avec un mépris évident. Je ne m'en plains pas, remarque : cela m'assure des connexions multiples et une large impunité.

 

***

«C'est un système d'esclavage caché qui se base sur la misère : ses putes, ce sont des restes de guerre, comme des orphelins ou des réfugiés, en plus des traditionnels prisonniers dont on ne sait pas quoi faire. La pauvreté est aussi un levier très efficace: Goon n'est pas le seul proche endetté qui a perdu un membre de sa famille aux mains de ce réseau. Certains les vendent même, en particulier les enfants, cherchant à se débarrasser d'un poids trop grand ou rêvant d'un meilleur avenir pour eux, manipulés par de fausses promesses. Des déshérités, que personne ou presque ne regrette et ne cherche.

Basiquement, Kosh nettoie derrière les puissants : il ramasse les restes, fait disparaître les témoins gênants, le tout gratuitement et en leur fournissant en échange des produits de qualité. C'est la femme de ménage des politiciens, leur aspirateur silencieux. Pourquoi se sentirait-il en danger? Il est soutenu par les dirigeants qui ont bien trop besoin de lui.»

 

***

Jack appuya sur un bouton de son bracelet, coupant l'enregistrement avant de fermer les yeux, luttant contre la nausée. Celle-ci menaçait de le submerger depuis sa visite. C'était pire que tout ce qu'il avait pu imaginer. Kosh avait étendu sa toile partout ; il était pratiquement invincible. Jack n'avait aucune idée de cela à l'époque de sa mission avec Hart, et, s'il était honnête avec lui-même, il s'en foutait : son but était de retrouver un enregistrement gênant sur l'Agence du temps, et c'était tout. Il ne s'était jamais demandé d'où venaient les délicieuses créatures que lui fournissait son nouvel amant, profitant simplement de leur bouche talentueuse et leur désir de le satisfaire.

Un nouvel assaut de nausée le saisit, le forçant à courir dans la salle de bain, juste à temps pour vomir dans le lavabo. Il n'avait pas tout dit dans l'enregistrement. Il n'avait pas parlé des examens médicaux, dignes de bétail. Il n'avait pas raconté les familles séparées, les enfants emmenés à part à qui on racontait que leurs parents les avaient abandonnés pour s'enfuir. Il n'avait pas non plus mentionné les punitions. Il n'avait même pas voulu penser aux stérilisations – hors de question d'avoir des bouches en plus à nourrir. Oh, ces bâtards n'avaient rien à envier aux plus grands bourreaux, et Jack savait de quoi il parlait.

Il avait vu et fait des choses atroces lui-même, des choses qui lui vaudraient la peine de mort sur un nombre incalculable de planètes, mais ce qu'il venait de découvrir était une des pires: un commerce fondé sur la pauvreté et la misère d'autrui, enrichi par les puissants et nantis et ceux sensés assurer la sécurité des plus faibles.

Était-ce ce qu'avait vécu Paulo ? Gray avait-il atterri dans un commerce de ce type ? Cette simple pensée lui fit rendre la fin de son repas. C'était le souvenir de son petit frère qui l'avait poussé dans cette folie. Le lien fraternel l'avait frappé de plein fouet, le désespoir de Goon le poussant à agir. Il n'avait pas supporté de rester sans rien faire alors qu'il pouvait l'aider, même si pour cela il lui avait fallu replonger dans l'enfer. Une partie inconscience de son esprit semblait aussi espérer être capable d'ainsi compenser pour sa faiblesse qui lui avait coûté Gray.

À présent qu'il avait découvert l'étendue des dégâts, cependant, il n'était pas certain de réussir à mener sa mission avec la neutralité nécessaire. Il ne pourrait pas les sauver, il le savait : cette vérité horrible tournait en rond dans son cerveau depuis qu'il était entré dans la cour, le torturant sans pitié. Il ne pouvait pas les sauver, ni même apaiser leurs souffrances. Tout ce qu'il pouvait faire était retrouver Taya et s'enfuir le plus vite possible sans jamais regarder derrière lui.

 


choup37  (17.04.2017 à 23:39)

WARNING: un peu identique au chapitre précédent, tout est dans le détail.. On quitte bientôt la planète, promis :)

*

Chapitre 11

 

-Tu es certain de ne pas vouloir d'un serviteur ? Interrogea Kosh alors qu'ils se dirigeaient vers l'entrepôt. Je suis sûr qu'on peut t'en trouver un jeune et à ton goût.

C'était la fin d'après-midi : Kosh l'avait rejoint après avoir fini ses affaires de la journée, et lui avait proposé d'aller faire son choix pour ses petits plaisirs du soir. Jack secoua la tête :

-Qu'est-ce que j'en ferais ? Je suis toujours en fuite, je ne peux pas me permettre un poids lourd qui pourrait en plus donner des indices sur mon emplacement. Sauf si bien sûr tu m'en trouves un télépathe... Je n'aurai guère de mal à manipuler son esprit.

-Encore plus si formé très jeune ? Interrogea le criminel avec un fin sourire.

-Exactement, répliqua l'humain en lui rendant son sourire mauvais.

Il lui fallut lutter contre ses instincts les plus primaux pour n'égorger personne lorsqu'ils entrèrent dans le bâtiment. Celui-ci fourmillait d'une activité incessante, empli de tous types d'espèces à vous en faire tourner la tête. Jack avait appris à reconnaître les employés, vêtus d'un uniforme à képi noir, et armés d'une longue canne de bois et de ce qui ressemblait suspicieusement à l'équivalent d'un taser humain.

Chacun, lui avait-on expliqué, appartenait à une équipe assignée à un rôle précis : on trouvait des conducteurs de fourgons, du personnel de ménage, des cuisiniers, en plus des gardiens et médecins. L'accueil des nouveaux lots requéraient également plusieurs types d'employés : il fallait trier, puis opérer un diagnostic médical afin d'établir une fiche d'identité avant de poser le tatouage et le collier.

-C'est une véritable entreprise, murmura Jack, qui ne savait plus s'il devait fermer les yeux ou regarder partout.

-Je te l'ai dit, je suis un homme d'affaires, fit Kosh en l'entrainant au premier étage. Dis-moi tout ! Qu'est-ce que tu veux ? Expérience ou virginité ?

-Pour ce soir, expérience, répliqua-t-il en tentant de garder une expression neutre.

-Alors on est au bon étage ! Le trafiquant sortit une mini-tablette de sa poche : il tapota sur quelques boutons, et un catalogue -Jack ne pouvait penser à aucun autre mot- apparut sur l'écran. Expérience et exotisme, donc. Tout dépend de ce que tu entends par exotisme : ailes ? Couleur de peau ? Corne ? Nombre de bouches ? Absence de bouches ? Taille ? Muet ? Assez pratique quand on n'aime pas les bavards, les muets. J'en prends souvent le soir après une longue journée. Ça me change des bavardages de mes fournisseurs. Tu n'imagines pas à quel point ils peuvent causer.

-Tu as une section hybride ? Nota Jack en haussant un sourcil, le doigt tendu vers une catégorie.

-Ma petite fierté personnelle. Certains sont nés de la guerre, d'autres d'amours interdits. La plupart naissent stériles, ce qui est pratique, vu mon commerce.

-Tu as conscience de parler comme un véritable psychopathe ?

-C'est ce qui me rend si bon dans les négociations, Yeux-bleus ! Tiens, regarde un peu le catalogue, je vais aller inspecter les cellules.

Jack sentit la tension dans ses épaules diminuer en regardant Kosh s'éloigner : sa présence le rendait malade, faisant naitre en lui des envies de meurtre et torture. Il savait depuis longtemps que c'était une ordure, mais le découvrir dans tous les détails rendaient ses poings brûlants de rage. Comment pouvait-on se montrer si froid et détaché sur un tel sujet ? Kosh parlait d'esclavage sexuel comme on discute de la pluie et du beau temps. C'en était terrifiant. Jack se demanda une nouvelle fois ce qui avait pu l'amener à agir ainsi. On ne devenait pas une enflure de trafiquant sans cœur du jour au lendemain : il existait forcément un passif. Et celui de Kosh devait être bien lourd pour se montrer si cruel et blasé.

Le catalogue était à son image : froid, clinique, organisé par races, avec leur description physique, qualités propres et avantages. La fiche comportait également plusieurs photos d'exemplaires et les différents prix selon les activités souhaitées.

-Tu trouves ton bonheur ? Demanda le criminel en revenant vers lui, quelques minutes plus tard.

-Je pense bien... Les Catio, télépathes ET métamorphes. C'est exactement ce que je cherche, répondit-il de sa même voix impassible.

-On aime le luxe, sourit Kosh. Tu veux aller en chercher maintenant ?

-En fait, j'aurai bien aimé me promener un peu, histoire de mieux connaître les lieux. Ton organisation me fascine, répliqua Jack avec un sourire insolent.

-Flatteur.. Fais-toi plaisir, mes employés sont au courant de ta présence. Tu peux aller partout, mais rappelle-toi, aucun contact physique avec les vierges.

-Oui, m'sieur, ironisa-t-il en le saluant de la main.

Comme si j'allais les toucher, pensa-t-il sombrement en s'éloignant.

Tu vas bien jouer avec certaines ce soir, répliqua sa conscience.

C'est pour l'enquête. Il faut que je gagne sa confiance pour retrouver Taya.

Ça n'en demeure pas moins dégueulasse.

Je sais !

Ce ne fut pas difficile de trouver la zone qu'il cherchait : l'étage était fléché, lui permettant de se rendre rapidement dans la section dédiée aux Catio. Il haussa un sourcil en entendant des cris et insultes : ce n'était pas ce à quoi il s'attendait en arrivant ici. Accélérant le pas, il tourna à droite à la nouvelle intersection pour déboucher dans une petite pièce. Son sang ne fit qu'un tour en apercevant un groupe de gardiens entourant deux jeunes femmes clairement terrifiées.

-Et pourquoi on ne pourrait pas ? Personne ne saura ! On a bien le droit de s'amuser ! S'exclama l'un d'eux, son regard avide remontant le long des corps offerts à la vue.

-Elles ne sont pas à toi ! Tu n'as pas le droit de les toucher! Riposta un autre en se plaçant entre son collègue et les esclaves.

-Dégage, Kim ! Si tu es trop lâche pour prendre ta part, ce n'est pas notre cas !

-Tu n'es vraiment qu'un pervers.. La tienne ne te suffit pas, il faut que tu en violes d'autres !

Le coup de poing partit sans avertissement, s'écrasant sur le jeune gardien qui gronda et riposta avec sa canne. Son adversaire poussa un cri de douleur, et saisit son taser … pour se figer en entendant le son d'une sécurité retirée.

-Je ne tenterai pas cela, si j'étais toi, murmura Jack, son visage devenu l'incarnation de l'ours polaire.

Le groupe recula précipitamment devant l'arme du capitaine qui avança lentement, ses yeux rivés sur l'enflure.

-Vous n'avez rien à faire là, protesta celui-ci.

Jack esquissa un sourire froid, qui fit frissonner les autres.

-Violeur et débile.. rien pour te sauver, murmura-t-il avant d'appuyer sur la détente.

L'homme s'effondra en criant sur le sol, ses mains agrippant instinctivement son ventre d'où coulait un épais liquide rouge. Il poussa un autre hurlement lorsque la botte de Jack vint frapper en plein dans son torse, l'envoyant voler en arrière. Sa tête frappa le mur, l'assommant en partie. Le sourire de Jack s'agrandit, et il vint enfoncer son talon dans la blessure.

-Ça fait mal, hein? Et ce n'est que le début, expliqua-t-il d'un ton badin en faisant tourner le talon. Ton sang va continuer à couler sans que tu ne puisses rien y faire, recouvrant le sol et se glissant sous tes jambes. Ta tête va commencer à tourner, jusqu'à ce que ta vision soit parsemée de petits points noirs, et ce alors que ton corps va s'affaiblir, jusqu'à ce que tes muscles cessent de fonctionner. Tu vas vouloir appeler à l'aide, bien sûr, mais tu vas bientôt découvrir que ta voix ne t'obéit plus. C'est le souci avec une commotion, elle commence légèrement mais si elle n'est pas soignée, les conséquences peuvent être dramatiques. Si évidemment on y ajoute une importante perte de sang.. Et toi, murmura-t-il d'une voix douce en s'accroupissant devant lui, toi tu vas en perdre beaucoup … Et souffrir lentement, très lentement... Et personne, non personne ne viendra te sauver, chuchota-t-il en souriant avant de lui décocher une droite dans le menton, faisant de nouveau valser sa tête qui s'écrasa une nouvelle fois contre le mur. Quelques autres coups avec la crosse et son visage était en lambeaux. Tu vas t'étouffer dans ton propre sang.. Ce sera la dernière chose que tu sentiras avant de t'enfoncer dans les ténèbres. J'espère qu'elles te feront souffrir. Une mort douce est bien trop gentille pour un enfoiré comme toi.

Sans plus lui prêter attention, Jack saisit son taser et se releva, rangeant ses deux armes à sa ceinture. Puis il se tourna vers les autres gardiens, qui avaient assisté horrifiés à la scène.

-Quelqu'un veut partager son sort ? Interrogea-t-il avec un fin sourire en tirant sur ses manches.

Ce fut le signal pour s'enfuir. En quelques instants, la pièce s'était vidée de la plupart de ses occupants, en dehors de Jack, les deux jeunes femmes et le gardien les ayant défendues. Celui-ci détourna les yeux sous le regard brûlant du capitaine.

-Qu'est-ce que tu fous encore là? Interrogea froidement ce dernier en s'avançant vers les esclaves qui se recroquevillèrent. Hé, doucement, je ne vais pas vous faire de mal.., murmura-t-il gentiment en levant les mains. Je veux juste vérifier si vous allez bien, ok ? tenta-t-il de les rassurer.

-Elles ne vous comprennent pas.., expliqua Kim. Elles ne parlent pas votre langue.

-Vraiment ? Comment faites-vous pour communiquer, alors ?

-Ils ont un traducteur intégré.. mais elles viennent d'arriver, on ne leur a pas encore installé, expliqua l'homme avant d'avancer, puis de se stopper devant l'expression de Jack. Je veux m'assurer qu'elles n'ont rien.. C'est tout...

-Drôle d'idée de la part d'un gardien, répliqua le Capitaine qui ajouta, en fronçant les sourcils : Pourquoi? Et pourquoi les as-tu protégées ?

L'homme baissa la tête sans répondre, avant de faire un geste de la main à la Catio la plus proche. Celle-ci dut le comprendre, car elle le laissa l'approcher et l'examiner. Jack l'imita en silence, attendant patiemment sa réponse. Finalement, l'inconnu murmura :

-Je ne fais pas ce job pour les voir être violées.

-C'est pourtant ce à quoi elles servent, riposta aussi bas l'humain.

-Ça ne veut pas dire que je suis d'accord.. Je.. Il se figea. Je n'aurai pas dû dire ça... La panique se lut sur son visage. Oubliez, s'il vous plait, je..

-Pourquoi es-tu là, alors ? L'interrogea sèchement Jack sans lui laisser le temps de finir, son mépris évident dans sa voix.

-Je .. Un soupir. Je n'ai pas le choix.. J'ai une famille à nourrir... Et la paye est bonne. Il faut bien vivre.

-Sur le dos d'esclaves.

-C'est comme ça que fonctionne Taclos.. La loi du plus fort. Kosh nous paye bien et nous protège, il est toujours présent si on a des emmerdes et besoin d'aide. Pourquoi voulez-vous savoir ça, de toute manière ? Se renferma le gardien.

-Curiosité, murmura Jack en le fixant avec intensité, comme s'il le voyait réellement pour la première fois. Je pensais que tous ceux qui travaillaient ici étaient des enflures.. Ce n'est pas si noir et blanc, finalement.

Un bruit de course empêcha son interlocuteur de répondre. Un groupe de gardiens débarqua dans la salle, cannes en main. La tension soudaine de Kim n'échappa pas à Jack, qui se redressa de toute sa taille et grogna en fixant les nouveaux venus :

-C'est un peu tard pour cela.. J'ai déjà réglé le compte du bâtard.

-Qui êtes-vous ? Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Interrogea sèchement celui que Jack reconnut comme le chef à son col doré.

-Je pense que c'est assez évident. Le fils de pute a voulu toucher à ce qui ne lui appartenait pas. Quant à votre première question, je vous la retourne. Je ne connais que très peu de personnes qui osent me parler sur ce ton. La plupart termine comme votre ami.

La froideur et le dédain avec lesquelles lui répondit Jack éveillèrent un signal d'alarme chez le responsable qui le dévisagea longuement, avant que son expression ne se tende et qu'il ne murmure :

-Vous êtes l'invité de Monsieur Kosh.

-Enfin un être intelligent dans la pièce, renifla l'intéressé. Vous voudrez bien vous charger du cadavre. Il tâche le sol. Se tournant vers les deux jeunes femmes, il saisit les laisses posées sur une table et les accrocha aux colliers. Vous serez gentil de prévenir Kosh que j'ai fait mon choix dans ses produits. Que l'on m'indique où effectuer mon achat et j'irai le régler. Oh, ajouta-t-il en se tournant vers Kim, éberlué de voir son chef se faire traiter ainsi, j'aimerai également une série de vêtements pour mes nouvelles acquisitions. Je n'aime pas lorsque des pervers reluquent ce qui est mien.

 

***

Tout était prêt à son retour dans ses appartements : les vêtements attendaient, pliés avec soin sur la commode, et un large repas était posé sur la petite table de bois. Jack referma la porte à clé derrière lui, avant de remonter sa manche, révélant son bracelet de cuir. Il en tourna un bouton jusqu'à ce qu'il trouve la fréquence désirée, puis sourit aux deux jeunes femmes.

--Voilà. Maintenant, nous pourrons parler sans que personne ne nous comprenne.

Se dirigeant vers la table, il saisit une grappe de raisin doré et commença à les manger avec appétit: l'autre imbécile lui avait donné faim. Il haussa un sourcil en constatant que les Catio étaient restées figées à l'entrée de la pièce. Un soupir lui échappa. Cela allait être difficile.

-Je ne vais pas vous manger.. Les vêtements sont pour vous, comme le repas, expliqua-t-il en désignant du menton les plats dont émanaient des odeurs délicieuses.

Le duo hésita quelques instants encore, sa crainte évidente, mais la faim et le froid prirent finalement le dessus sur tout autre instinct, les poussant à s'emparer avec hâte des habits chauds. Jack se détourna volontairement, leur reconnaissant silencieusement leur pudeur. Il ne leur refit face que lorsqu'il entendit les sandales être lacées : un sourire éclaira son visage en les découvrant vêtues de robes bleu ciel pour l'une et verte pomme pour la seconde. Elles avaient toutes deux pris une apparence humaine, leurs cheveux châtain tombant en cascade dans leur dos. Leurs yeux, néanmoins, demeuraient rivés sur le sol : une double paire de pupilles vertes et noisettes, releva-t-il.

-Mangez, insista Jack. Nous parlerons après.

Il lui fallut quelques instants pour comprendre qu'aucune n'oserait s'approcher de la table tant qu'il se tiendrait à côté. Le capitaine recula donc lentement, prenant soin de garder les mains levées bien en évidence. Il s'assit sur le lit, sa grappe et une tasse en main. Un roulement de yeux lui échappa lorsque robe-bleue saisit le pichet et se dirigea vers lui.

-J'ai dit : mange, ordonna-t-il sèchement. Je peux me servir moi-même.

La jeune femme sursauta, et baissa précipitamment la tête. Jack poussa un soupir, et se frotta le front.

-Pardon. Je ne voulais pas te faire peur. S'il te plait... fais-moi plaisir, mange. Mange à ta faim avec ton amie, c'est tout ce que je veux pour le moment.

L'esclave le fixa quelques instants, avant de sembler comprendre qu'il pensait ce qu'il disait et se diriger avec hâte vers le buffet. Le cœur du jeune homme se serra en les voyant toutes les deux agir : on aurait dit deux petits animaux blessés et terrifiés, mangeant autant qu'ils le pouvaient sans savoir quand ils seraient punis pour le faire. Elles ne cessaient de lui jeter des petits coups d'oeil, attendant clairement une attaque quelconque. À leur taille et apparence, Jack leur donnait la vingtaine, pas davantage.

Il lui fallut attendre plusieurs minutes avant que ses petits oiseaux, comme il les appelait intérieurement, n'épanchent correctement leur faim et soif. Quand ce fut le cas, elles échangèrent un regard hésitant, ne sachant clairement pas le comportement qui était attendu d'elles. Jack tapota gentiment le lit.

-Asseyez-vous.

Elles obéirent en silence, l'entourant avant de tendre les mains vers lui. Jack les figea d'un geste.

-On va tout de suite mettre une chose au clair : la seule raison pour laquelle je vous ai achetées, c'était pour vous protéger. Je n'ai aucun doute que ces fils de pute seraient revenus se venger sur vous dans le dos de leur responsable. Ici, vous êtes en sécurité. Il fronça les sourcils devant leur expression incrédule. Je ne veux pas que vous agissiez en prostituées, ok ? Ni en esclaves. Ni en rien du tout. Je ne vous toucherai pas, et je ne vous frapperai pas. Je ne suis ni un violeur ni un sadique.

L'incrédulité se transforma en confusion.

-Mais vous..., murmura Robe-verte, avant de se taire précipitamment.

-Je ? Silence. Termine ta phrase, demanda-t-il doucement. Je te l'ai dit, je ne te punirai pas.

-Vous... Elle se mordilla la lèvre. Vous êtes son ami.

Ah.

-Kosh ? Il grogna devant le frisson de terreur qui les parcourut en entendant son nom. Non. Jamais. On ne l'a jamais été. J'ai couché avec lui avant, et je le refais là, mais ça ne veut pas dire que je ne veux pas l'égorger à la première occasion. Ses yeux flamboyaient lorsqu'il gronda : C'est un batard, un monstre, et je lui ferais volontiers sa fête si je le pouvais.

Il se passa les mains sur le visage, soudainement fatigué.

-Je n'ai pas le choix.. Je dois maintenir les apparences. Je joue le rôle de l'amant froid, alors que je rêve de sa mort. Et tu sais que je dis la vérité, parce que je te laisse gratter mon esprit depuis les dernières cinq minutes. Il sourit en la voyant sursauter. Vous n'êtes pas les seules télépathes dans la pièce.. Alors, dis-moi, qu'y vois-tu ? Tolia ? Si c'est ton vrai prénom, indiqua-t-il en montrant son collier.

Celle-ci baissa la tête.

-Que vous dîtes la vérité. Que.. vous.. vous n'allez pas nous...

Un tremblement violent la saisit.

-Chuuut... Tout va bien, murmura-t-il en l'enveloppant de ses bras. C'est normal d'avoir peur, mais il ne faut plus. Tu es en sécurité ici. Toi et ton amie, ajouta-t-il en lançant un regard doux à celle-ci. Je ne les laisserai pas vous toucher. Vous ne sortirez plus de cette pièce si vous ne voulez pas. Ce n'est pas un problème. Je peux travailler seul.

-P... pourquoi ? Sanglota Tolia. Pourquoi vous faites ça ?

-Tu as dû tellement souffrir, petite perle, pour ne pas reconnaître de la compassion... Que t'est-il arrivé, toi qui devais être une princesse dans ta ville, si j'en crois tes magnifiques yeux ? Les jeunes femmes tressaillirent. Et toi, aux grands yeux verts, qui lutte depuis plusieurs minutes pour maintenir cette apparence quand tu es clairement épuisée... Mar'ya, c'est ça ? Depuis combien de temps n'avez-vous pas mangé de vrai tis'h ?

-Que.. comment.. hoqueta Mar'ya.

-Je suis psychique, la taquina-t-il avant de redemander avec sérieux : Longtemps, hein ?

Elles hochèrent faiblement la tête.

-Est-ce qu'il y en avait dans le repas ?

-Un peu, murmura Tolia. Mais pas assez. Je lui ai laissé le principal.

-Pourquoi ? s'étonna-t-il.

-Tu n'aurais pas dû... Tu vas encore t'affaiblir, protesta Mar'ya.

-Il vaut mieux que ce soit moi, répliqua l'autre en haussant les épaules.

Jack observa l'interaction, les sourcils froncés, avant qu'une lumière ne s'allume dans son esprit.

-Vous n'êtes pas amies. Vous êtes sœurs. Et tu la protèges parce que c'est ton rôle... Tu as les yeux noisette..

La jeune femme releva le menton avec fierté, et pendant quelques instants, Jack vit ces grands yeux brûler d'une lueur ardente. Instinctivement, il baissa quelques secondes les siens ; il sut qu'il avait eu raison quand il vit son expression s'adoucir.

-Vous avez les yeux bleus... Et pourtant, vous vous occupez de nous comme le ferait un noble. Vous nous avez nourries et vêtues, sans aucune autre raison que votre bonté.. Vous êtes surprenant, monsieur.

-Et vous n'avez encore rien vu... Je suis loin d'être innocent, rétorqua-t-il en le fixant avec mutinerie.

Tolia ne peut contenir un sourire. Il était minuscule, faible, et à peine osé, mais il éclaira la pièce davantage que tous les néons qui s'y trouvaient.

-Vous semblez connaître beaucoup de choses sur notre peuple... Qui êtes-vous ?

-Un ami, fit-il doucement en lui rendant son sourire. Et je pense que c'est ce dont vous avez besoin en cet instant. Quelqu'un pour vous aider, ajouta-t-il alors que les mots du Docteur lui revenaient à l'esprit.

Le Docteur. Il lui semblait si loin en cet instant. Les heures passées à bord du TARDIS lui apparaissaient irréelles alors qu'il se débattait dans cet enfer. Seuls lui restaient à l'esprit des yeux aussi bleus que l'univers et une jeune blonde au sourire plus blanc que la neige. Son cœur se serra à ce souvenir : est-ce qu'il les reverrait un jour ? Il les avait quittés hier, ou était-ce ce matin ? Et pourtant, il avait la sensation que c'était il y a des mois.

-Je suis à la recherche d'une autre Catio, avoua-t-il soudain. Une adolescente, qui s'appelle Taya. Elle n'a pas fini sa transformation, ses yeux sont toujours bleu marine. La dernière fois qu'elle a été vue, elle avait la peau bleu ciel et de longs cheveux noirs. J'ai promis à son frère de la ramener... Il secoua la tête. Peu importe. Vous êtes épuisées, ce n'est pas le moment d'en parler. Reposez-vous... Dormez, vous en avez besoin. Surtout toi, commenta-t-il en regardant Mar'y, tendant instinctivement la main vers sa joue avant de se figer. Pardon.

À sa grande surprise, celle-ci saisit sa main avant d'en embrasser doucement la paume. Jack ferma les yeux, assailli par des dizaines d'émotions qui n'étaient pas les siennes. Ses doigts retournèrent caresser sa joue, en même temps qu'il se penchait pour embrasser son front.

-Dors, ordonna-t-il gentiment. Tu ne sais pas ce que tu fais.

Il la guida jusqu'au centre du lit, et s'assura qu'elle était confortablement installée avant de remonter la couverture jusqu'à son cou. La jeune femme s'endormit immédiatement, sa respiration profonde résonnant dans la pièce. Les doigts de Jack s'attardèrent sur ses boucles, devenues vertes foncées.

-C'est sa vraie couleur de cheveux, murmura sa sœur, surprise. Il faut qu'elle se sente vraiment en confiance pour agir ainsi.

-Tu ne peux pas en être certaine ? interrogea Jack, dont le cœur avait fait un bond devant la remarque.

La jeune Catio secoua tristement la tête.

-Notre lien est rompu.. Je l'ai fermé par sécurité. Je ne l'entends plus.

-Cela risque de te rendre folle, murmura-t-il, bouleversé. Rouvre-le... même juste pour la nuit.

-Je ne peux pas.. Je ne veux pas qu'elle voit...

Sa voix se brisa.

-Tu peux choisir ce que tu veux lui montrer... Tu fais partie des plus puissants... Tu es plus résiliente, chuchota Jack en l'entourant de ses bras.

Elle blottit son visage dans son cou.

-Pourquoi est-ce que je vous fais ainsi confiance ? Murmura-t-elle. Pourquoi je... je ressens tout cela ? Toutes ces.. choses.. Je ne vous connais pas..

-Ce ne serait pas la première fois qu'une jeune fille en détresse tombe amoureuse de son sauveur, sourit Jack, s'attirant une tape sur le bras. Par contre, elle n'a pas l'habitude de le frapper, d'habitude, rit-il.

-Tais-toi et embrasse-moi, grogna-t-elle en se rapprochant dangereusement, mais il la stoppa en saisissant son visage en coupe.

-Non... Tu n'es pas toi-même toi non plus... Tu es choquée, et perdue... Tu verras les choses très différemment demain, et je me détesterais de profiter de ta faiblesse... votre faiblesse, corrigea-t-il avant de la pousser à son tour vers un oreiller. Dors. Nous parlerons demain.

 


choup37  (18.04.2017 à 00:09)

Chapitre 12


La place grouillait de monde à leur arrivée : le marché hebdomadaire de la ville était très attendu par la population qui y voyait à la fois un moyen pour fournir ses besoins et se divertir. Sans surprise, la zone préférée était celle de la vente des esclaves. Comme tous les autres trafiquants, Kosh y possédait un large stand : en temps ordinaire, il laissait ses hommes se charger des transactions, mais la présence de Jack l'avait poussé à y emmener celui-ci.

Son invité assista écoeuré aux ventes : la seule différence entre les esclaves et du bétail était leur nature, mais le traitement était identique. Quelque soit l'endroit où il posait les yeux, il ne voyait que chaines, colliers et cages de métal.

-Tu es bien silencieux, releva Kosh.

-Pensif, corrigea Jack plus sèchement qu'il ne l'aurait voulu.

-Je connais ce ton. Qu'est-ce qui te dérange ? Et ne me dis pas le contraire, je vois la manière dont tes narines frémissent.

L'espion secoua la tête, avant d'admettre :

-Je ne pensais pas que vous vendiez les enfants. Et qu'ils pouvaient être séparés.

-Ce n'est pas non plus ma tasse de thé... mais ils sont demandés, alors je fournis. Oh, ne boude pas, le taquina le criminel en lui donnant une tape sur le bras. J'ai entendu que tu te fais bien plaisir toi-même. Deux d'un coup, hein ? Elles te satisfont ?

Un petit sourire apparut sur les lèvres du jeune homme avant qu'il n'ait pu se retenir. Le souvenir de Tolia et Mar'y apaisait légèrement sa fureur : il s'était réveillé ce matin entouré de leur chaleur, chacune s'étant blotties instinctivement contre lui dans leur sommeil. Celui-ci était paisible, leur visage détendu pour ce qui devait être la première fois depuis des semaines. Il avait déjeuné en les contemplant, se faisant la promesse de les sortir de ce bourdier comme Taya. Les jeunes femmes dormaient toujours quand il était parti, clairement épuisées.

-Beaucoup, murmura-t-il alors qu'ils passaient à coté d'un lot d'adolescents à la peau dorée zébrée de rouge. Mais je me rends compte que l'innocence me manque. J'en aimerai bien une autre pure.

-On se fait son stock, hein ? Brave homme. Toujours profiter des bonnes choses, approuva Kosh.

Jack esquissa un sourire mauvais que le trafiquant interpréta comme salace, ne devinant pas ses pensées meurtrières.

-Tu en as ?

-Évidemment. Pour qui tu me prends ? Par contre, je te préviens, le prix n'est pas le même.

-Ça ne m'a jamais posé problème.

-Tu veux en prendre ici ou aller directement à l'entrepot ?

-Montre-moi ce que tu as ici, demanda Jack en espérant que Taya ne faisait pas partie des produits du jour.

À son grand soulagement, ce n'était pas le cas : aucun des esclaves vierges n'avait ce prénom d'inscrit sur leur collier. Il secoua donc la tête, faisant semblant de faire la moue. Lui et Kosh firent demi-tour, retournant vers le bâtiment au moment où commençait la vente aux enchères.

***



Les adolescentes étaient alignées contre le mur, rangées en ordre alphabétique. Jack se sentait comme un violeur en puissance alors qu'il remontait le rang, son visage impassible examinant chacune d'elles. Il aurait aimé accélérer le processus, mais il lui fallait maintenir la crédibilité, aussi se força-t-il à toucher des visages et prodiguer quelques caresses.

-Si jeunes... murmura-t-il. Vire-moi celles qui ont moins de quatorze ans, veux-tu, je ne suis pas pervers à ce point.

-Comme tu le désires, fit Kosh en claquant des doigts.

Aussitôt, les gardiens s'avancèrent pour effectuer le tri, ne laissant qu'une dizaine de personnes. Kosh fronça les sourcils, désignant une Catio à la peau multicolore.

-Qu'est-ce qu'elle fait là ? interrogea-t-il.

-Vous avez demandé toutes les vierges, monsieur, répondit le responsable.

-Pas elle, enfin ! Tu sais que son frère me doit toujours de l'argent. La date n'est pas expirée.

Jack tourna vivement la tête, n'osant croire à sa chance. Remontant le groupe en quelques foulées, il s'immobilisa devant l'objet d'attention.

-Taya, murmura-t-il en touchant son collier, son expression se faisant intense alors qu'il l'examinait sous toutes les coutures. Incroyable...

-Elle n'est pas disponible, désolé. Mon employé a fait une erreur.

-Elle est magnifique, souffla-t-il. Ses yeux.. Ils sont si bleus..

-Comme les tiens ? se moqua Kosh.

-Flatte mon orgueil.. mais j'aime accorder mes affaires. Elle serait parfaite dans mon lot.

-Et je te la vendrai avec plaisir, mais c'est impossible. Je le regrette, crois-moi, mais j'ai donné ma parole à son frère. Il a encore deux jours pour me rembourser. Après cela, elle sera insérée au catalogue.

-Tu as promis d'attendre, releva Jack, pas de la rendre intacte... Tu ne briseras pas ta parole si je l'emprunte. Laisse-la moi jusqu'à après-demain, ça fera une bonne leçon à son frère, affirma-t-il en caressant les épaules de Taya, un sourire mauvais rivé sur son visage.

Kosh ne répondit pas tout de suite, l'observant alors que Jack se plaçait derrière l'adolescente, son désir émanant de tous ses pores.

-J'imagine.. que ce ne serait pas aller contre ma promesse, sourit-il finalement.

-Excellent … Si cela peut te consoler, je peux toujours l'entrainer, commenta l'humain en enroulant un bras possessif autour de la taille de Taya dont les tremblement augmentèrent. Cela t'économisera du temps si tu dois ensuite la préparer.

-Toujours aussi pragmatique, répliqua Kosh, amusé. Elle est tienne. Fais-toi plaisir. Oh, et je compte bien la voir ce soir au repas.

-C'est une évidence, commenta Jack en attachant la laisse tendue par un employée. Ne m'attend pas avant cet après-midi.


***



Jack avait espéré qu'une fois dans sa chambre, Taya cesserait de trembler et se débattre. Il s'était battu avec elle une partie du trajet, la jeune fille tirant sur la laisse et le griffant à tout-va. Il avait été forcé d'employer les menottes fournies avec chaque esclave, attachant ses mains avant de la fesser pour la bonne mesure. Il s'en serait aisément passé, mais ils se trouvaient dans un couloir public et il lui fallait assumer son rôle de maitre.

La jeune fille était demeurée silencieuse tout le reste du trajet, mais à peine entrée dans la chambre, elle tira avec force sur la laisse, sifflant et criant quelque chose que Jack ne comprenait pas mais dont le sens n'était pas moins clair.

-Arrête ! Tu vas te faire mal ! s'exclama-t-il en attrapant son bras.

Il poussa un cri quand les dents de l'adolescente s'enfoncèrent dans sa main, le forçant à la relâcher un instant. Ce fut suffisant pour permettre à la jeune fille de courir à l'autre bout de la pièce.

-Amo ! Kjif !

La voix de Tolia s'était élevée, sèche et autoritaire. Jack haussa un sourcil en la voyant avancer jusqu'à Taya qui s'était figée, la surprise se mêlant à sa terreur.

-Ouma... Moush es, murmura doucement la plus âgée avant de poser sa main sur sa tempe.

-Phala, gémit doucement la cadette en se rapprochant automatiquement.

La tension disparut lentement du corps de Taya alors qu'elle fermait les yeux, acceptant l'échange mental auquel s'ajouta également Mar'y. Jack régla lentement son bracelet, sans les quitter des yeux. Il grimaça, secouant sa main pour tenter de faire partir la douleur. Damn. Mais elle lui avait fait mal. La digne sœur d'un policier, tiens.

-Non.. Je n'y crois pas, murmura celle-ci en rouvrant les yeux avant de reculer, paniquée. Ce n'est pas possible. Ils sont tous les mêmes !

-Pas lui, affirma Mar'y. Il nous a sauvées, tu l'as vu !

-Ça ne veut rien dire ! Il m'a achetée ! Et tripotée!

-Oh, crois-moi, chérie, le jour où tu le seras, tu le sauras, répliqua Jack en s'avançant.

L'adolescence hoqueta, avant de reculer précipitamment.

-Comment..

-Traducteur, expliqua Jack en levant le bras. On peut parler sans que personne ne nous comprenne.

-Qui êtes-vous ?!

-Un ami de ton frère. Je suis là pour te sauver. Ce qui sera bien plus facile si tu évites de me mordre à tout bout champ, merci bien. Non pas que je n'aime pas les morsures, mais tu es bien trop jeune pour me les donner de cette manière.

La peau de Taya prit une teinte verte – sa façon de rougir, devina-t-il.

-Ce n'est pas l'ami de Kosh, Taya, murmura Tolia. Il s'est infiltré pour te retrouver. Je l'ai vu dans son esprit.

-Même si c'est vrai, cela ne veut pas dire qu'il est envoyé par Paul, murmura sa sœur.

-Goon n'a pas eu le choix. J'ai décidé seul de venir te chercher, commenta l'humain en examinant les robes restantes. Il retira toutes celles trop dévergondées pour en choisir une blanche aux manches longues. Met celle-là, ordonna-t-il en la lui tendant. Et mange. J'entends ton ventre gronder d'ici.

Il ne put retenir un rire devant son expression.

-Les filles ont eu le même regard hier. Et elles ont aussi fini par s'habiller décemment et manger.

Tolia poussa gentiment la plus jeune, lui indiquant de lui obéir. Que ce soit à cause de sa faim ou de son instinct naturel d'écouter un Catio aux yeux noisettes, Taya finit par avancer et accepter la robe. Elle frémit quand Jack posa sa main sur son poignet.

-Je sais que tu as peur, murmura ce dernier. Et c'est normal. Ce que tu as vécu... personne ne devrait subir ça. Tu n'as aucune raison de me croire.. mais tu peux faire confiance au jugement de Tolia. Tu l'aurais écoutée sur Catio, fais-le ici.

C'était un coup bas, il en était conscient, mais en cas de situation désespérée, on accepte toute l'aide possible. Taya était bien trop terrifiée pour l'écouter lui, mais elle obéirait automatiquement à une membre d'un clan social supérieur. Pour une fois, les traditions avaient du bon.

-Vous connaissez nos coutumes, souffla l'adolescente en enroulant ses bras autour d'elle, un frisson lui échappant. Comment c'est possible ?

-Ton frère, expliqua-t-il simplement. Il a fallu qu'il nous donne quelques informations à moi et mes amis pour qu'on le croit. Tiens, fit-il en lui tendant un bol de soupe avant de poser une couverture sur ses épaules. Bordel, tu es gelée, s'inquiéta-t-il. À quelle température sont chauffées les cellules ?

-Pas assez chaud pour des Catio, soupira Mar'y. Taya, qu'est-ce qui arrive à ton don ? murmura-t-elle. Il a l'air totalement détraqué, constata-t-elle devant l'arc-en-ciel constant de couleur de sa peau.

-Elle est en phase de transition, expliqua sa sœur. Son don se développe, mais sans aucune aide ni contrôle.. Et le manque de tis'h empire les choses.

-C'est dangereux ? demanda Jack.

-Elle risque de tomber malade, autant physiquement que mentalement... Sur le long terme, son esprit peut s'endommager gravement.

-Au point de devoir bloquer ses capacités ?

Un petit cri horrifié se fit entendre.

-Je ne veux pas qu'on me les ôte !

-S'ils ne sont pas contrôlés, on n'aura pas le choix, murmura tristement Tolia. Tu connais la règle. Un Catio hors de contrôle est un danger pour tout le monde.

-Mais je ne veux pas ! pleura la jeune fille. Ce n'est pas ma faute !

-Je sais bien, soupira son interlocutrice. Je ne peux rien te promettre, Taya. Pas tant qu'on est ici. Viens là, murmura-t-elle doucement en ouvrant ses bras.

L'effet fut immédiat : la plus jeune se jeta contre elle, s'agrippant à sa robe, son visage blotti dans le creux de son épaule.

-Phala, pleura-t-elle. Phala, s'il vous plait..

Jack sentit son ventre se tordre. Le désespoir de Taya était déchirant. Tolia avait renfermé ses bras autour d'elle, caressant son dos de sa main tout en murmurant doucement. Il était incroyable de constater son changement d'attitude depuis l'entrée de la jeune fille. Malgré sa peur et sa fatigue, ses instincts la poussaient clairement à rassurer et protéger la cadette, et ce sans la connaître.

-C'est vraiment biologique, murmura-t-il sans réfléchir.

-Quoi ? Interrogea Mar'y sur le même ton, ses yeux aussi posés sur le duo.

-Ce besoin de protéger... ou de suivre les ordres de ceux qui ont les yeux noisette. Je pensais que c'était une habitude sociale.

-Ça l'est devenu avec le temps.. Mais à la base, c'est un instinct primaire.

-Goon disait la même chose... Il n'a pas pu s'empêcher de se montrer très respectueux de mon amie Rose, juste parce que ses pupilles sont marron.

-C'est un teb'h ?

-Teb'h ? répéta-t-il sans comprendre.

-Yeux verts.. pardon, c'est si évident pour moi, traduisit Mar'y.

-Pas de souci, la rassura-t-il en lui faisant signe de s'assoir sur le canapé avec lui. Oui, il a les yeux verts. Comme toi. Chaque couleur de yeux a un nom ? C'est un peu primitif comme manière de pensée, sans vouloir t'offenser.

-Oh, mais je suis d'accord, rétorqua-t-elle. Mais ce n'est pas comme si on avait le choix : les Anciens tenaient à leurs traditions, aussi stupides pouvaient-elles être, marmonna-t-elle.

Le fait qu'elle baisse la voix n'échappa pas à Jack.

-Qu'est-ce que tu veux dire ?

Elle secoua la tête.

-Il y a des choses qui sont instinctives, et s'y opposer est particulièrement difficile. Je peux me disputer avec ma sœur, lui dire qu'elle a tort, mais au final, si elle veut faire quelque chose, il lui suffira de me fixer froidement et mon estomac me dira de me taire. Et aussi furieuse puis-je être, ce sera très dur de continuer à argumenter. Parce que c'est une Phala. Et mon cerveau refusera de lui désobéir. Mais il y a des choses.. Il n'y a aucune raison logique d'agir ainsi. C'est juste de la peur, et de la superstition.

-Les Yeux-gris ? Interrogea très doucement le capitaine.

Elle sursauta.

-Qu'est-ce que Goon a dit exactement ? Personne ne parle de ça.

-Lui non plus.. Il a refusé catégoriquement d'expliquer ce que c'était. C'était dans la base de données du vaisseau, expliqua-t-il.

-Une base de données bien puissante... Ce détail n'a jamais quitté la planète.

-Tout comme votre fonctionnement social... Mais le conducteur du vaisseau appartient à un peuple têtu d'observateurs, sourit Jack. Qui sont les yeux-gris ? demanda-t-il sérieusement. La base de données disait que cette couleur provoquait l'opprobre.

Il aurait été impossible de ne pas noter la tension soudaine qui envahit la pièce. Mar'y se mordait les lèvres, ses yeux soudainement fixés sur une zone très intéressante du plancher alors que sa sœur la fusillait du regard.

-Quoi ? C'est si sale que ça ?

-Nous ne parlons pas de ça, répliqua la Phala d'un ton catégorique.

Jack fronça les sourcils, agacé, et se leva brusquement, posant son verre brutalement sur la table.

-Ne joue pas la supérieure avec moi. Je ne suis pas soumis aux mêmes instincts que vous. Mes yeux sont peut-être bleus, mais chez ma race, c'est tout ce qu'ils sont : bleus. Cela ne provoque aucune peur ni instinct d'obéissance en moi en ta présence. J'apprécie grandement ton aide pour rassurer la petite, mais cela ne veut pas dire que tu es en charge.

Ils se défièrent du regard de longues secondes, avant que Tolia ne grogne finalement :

-Personne ne m'a jamais parlé ainsi.

-Il y a une première à tout, commenta Jack d'un ton faussement léger. Je ne pense pas offenser vos coutumes en posant une question. Si tu ne veux pas y répondre, soit. C'est ton droit. Mais n'agis pas comme une morveuse de princesse. Sans moi, tu ne pourrais plus t'assoir.

Le sang quitta le visage de la brune. Jack ferma les yeux, écoeuré de lui-même.

Bravo, Jack, murmura-t-il. Bien joué. Ah, bravo.

Se détournant, il appuya ses mains contre le mur, cherchant à regagner le contrôle de lui-même. Ce n'était pas lui. Il n'agissait pas ainsi. C'était la fatigue, et le stress. La pression qu'il subissait était si grande, les nerfs de tout le monde finiraient par craquer.

C'était quand même digne d'un salaud.
Conscience de merde. Il n'avait pas besoin qu'elle se rappelle à lui.

-Je suis désolé, chuchota-t-il faiblement sans oser la regarder. Je ne sais pas ce qui m'a pris. Je n'agis pas ainsi normalement.

Seul le silence lui répondit. Se forçant à inspirer profondément, il se redressa, et ajouta d'une voix sans émotion :

-Kosh m'a invité à déjeuner ce midi. Il s'attend à voir Taya. Nul doute qu'il voudra que je joue avec.

Des cris horrifiés se firent entendre.

-Elle n'y ira pas !

-Je n'ai jamais dit qu'elle y irait, grogna-t-il en se retournant pour leur faire face. C'est hors de question. C'est une enfant, bordel ! Elle ne quittera pas cette chambre tant que tout ne sera pas prêt. Il commença à faire les cent pas. Mais il me faut quand même quelqu'un, quelqu'un qui peut prendre et conserver son apparence.

-Je peux, répliqua Tolia.

-Tu n'as pas pris de tis'h depuis trop longtemps, réfuta Jack. Tes dons..

-… sont les plus puissants dans cette pièce. Je peux maintenir une apparence suffisamment longtemps pour satisfaire Kosh.

-Tolia … tu n'as pas compris.. Kosh, il s'attend à ce que j'agisse avec toi comme avec une esclave. Nul doute que je devrais donner un petit show.

L'expression de la Phala devint impénétrable.

-Hé bien, à vous de vous assurer que les choses ne vous échappent pas, murmura-t-elle.

 


choup37  (23.04.2017 à 19:55)

Chapitre 13

 

  • Je n'en peux plus, je n'ai plus de place, gémit Jack en reposant sa fourchette. Où est-ce que tu as débauché ton cuisinier ? Je veux le même !

  • N'essaye même pas de l'acheter dans mon dos ! Il m'est loyal à la mort, sourit Kosh en terminant son propre plat. C'est l'heure du dessert, ajouta-t-il en louchant sur celle qu'il pensait être Taya.

Tolia avait reproduit son apparence à l'identique, allant jusqu'à créer de fausses marques de suçons et autres traces rouges. Elle portait la même robe que l'adolescente, et était pour le moment assise à la gauche de Jack dont elle avait partagé le repas. Celui-ci pouffa et enveloppa la jeune femme de son bras, l'attirant à lui pour l'embrasser sur le front.

  • Je ne partage pas, Kosh. Tu as bien assez de ton harem, commenta-t-il en désignant avec mépris le trio qui entourait le maitre des lieux.

Celui-ci avait assuré le service, se montrant d'une rare efficacité, ce qui n'était pas surprenant quand on connaissait l'identité de leur propriétaire. L'un d'eux, un jeune homme à la couleur peau panthère, attendait à la droite de Kosh qu'on ait besoin de lui. Les deux autres, des jumelles vénusiennes, étaient assises aux pieds de leur maitre. Tous n'étaient vêtues que du pagne traditionnel. Kosh renifla.

  • Dommage. Je n'aurai pas été contre un jeu tous ensemble.

  • Autant de fois que tu le désires, tant que ça n'implique pas mes filles.

  • Possessif, hein ? Je peux comprendre. Ce sont des perles.

  • Je te l'ai dit, j'ai l'intention de m'amuser, répliqua son invité en caressant la joue de Tolia qui baissa les yeux, jouant son rôle à la perfection.

  • Elle était bien moins obéissante quand tu l'as emmenée, constata Kosh.

  • Je sais m'y prendre, sourit Jack avant de serrer brusquement la nuque de la jeune fille, qui gémit.

  • Je vois ça.. Tu pourrais donner des leçons à mes hommes, murmura le trafiquant, pensif, en attirant une de ses filles sur ses genoux.

Celle-ci plongea immédiatement son visage dans son cou, alors que ses mains glissaient vers le bas. Il était clair qu'elle savait parfaitement ce qui était attendu d'elle.

  • Je le pense sérieusement, Yeux-bleus. Personne ne te retrouvera ici. La planète est protégée contre toute attaque.

  • J'avais remarqué, répondit Jack en faisant signe à son 'esclave' de se placer derrière sa chaise, lui enjoignant mentalement de masser ses épaules. Comment est-ce possible ? Vous échappez aux Judoons depuis des lustres. Je ne te dis pas la galère pour atterrir ici sans tomber à la place dans le cosmos.

  • Je ne suis pas surpris.. Le système de défense est très complexe et efficace.

  • Même du temps de l'Agence, j'ai peiné à traverser les écrans. Il nous a fallu nous y mettre à deux pour les percer, râla-t-il, faisant semblant d'être vexé.

Comme prévu, l'orgueil de Kosh se réveilla. Ce dernier expliqua, ses mains caressant le dos de son esclave :

  • C'est normal. Vous cherchiez un seul écran, mais il y en existe plusieurs, qui produisent tous des signaux uniques qui se coupent et rejoignent.

  • Bien pensé.. Un signal par écran.. Cela provoque une brouille chez les capteurs qui ne parviennent pas à localiser de source unique, puisqu'il n'y en a pas.

  • Exactement, sourit Kosh sans pour autant lui indiquer l'emplacement des écrans. Hum, grogna-t-il de plaisir avant d'attraper la Vénusienne par la nuque et l'attirer à lui pour un baiser féroce.

  • Je ne vais pas te déranger plus longtemps, nota Jack que le spectacle écoeurait.

  • Certain ? Je peux te les prêter, tu sais. J'ai du travail cet après-midi, de nouveaux lots à examiner et trier.

  • Malgré toute la générosité de cette offre, je me dois de la refuser, se força à sourire l'espion en se relevant. J'ai moi-même de charmantes jeunes femmes qui demandent toute mon attention, expliqua-t-il en enroulant un bras possessif autour de la taille de Tolia qui ne put retenir un sursaut, s'attirant une tape sur la jambe. Mon travail est loin d'être terminé avec certaines, ironisa-t-il.

  • Comment pourrais-je t'empêcher de réaliser tes devoirs ? commenta son hôte. Je te vois ce soir.

  • Avec plaisir.

Au secours.

***

 

  • Je suis désolé... Je devais rendre ça convaincant, murmura le jeune homme une fois de retour dans leur chambre.

Il s'était assis à l'opposé de la Catio, ne parvenant pas à la regarder dans les yeux.

  • Ce n'est pas votre faute. Vous devez assumer votre rôle, répondit doucement Tolia.

  • Ça demeure dégueulasse ! Devoir agir ainsi, comme si tu n'étais qu'un objet à plaisir, ça me rend malade. Je ne sais pas si j'y arriverai encore longtemps, avoua-t-il en se prenant la tête entre les mains.

  • Il le faut ! Si vous montrez le moindre signe de faiblesse, le bâtard aura des doutes.

  • Comment tu peux te montrer si calme ? s'insurgea Jack. On parle d'esclavage sexuel ! J'ai réussi à limiter mes touchers pour le moment, mais qui sait ce à quoi il va me faire participer ? Qu'est-ce que je ferai s'il organise une orgie ? Et ce n'est même pas que toi, ce sont tous les autres, ses esclaves, et ceux dans les cellules, ceux qu'il vend au marché comme des animaux ! Ce qu'il leur fait, la manière dont il les entraine comme des robots !

Il s'était levé, furieux, et faisait à présent les cent pas. Ses barrières commençaient à craquer, laissant remonter sa fureur et son dégout.

  • Ce n'est pas votre faute, murmura Mar'y.

  • Si! Tu ne comprends pas ! Je suis déjà venu ici! J'ai profité de ces gens, sans me poser de questions sur leur origine. J'avais bien des doutes sur leur consentement, mais ça ne m'a pas empêché de les accepter sans sourciller. J'avais les moyens d'arrêter tout ce trafic, à l'époque, et je ne l'ai pas fait. Je suis aussi coupable qu'eux, lâcha finalement l'ancien Agent, en se laissant glisser contre un mur, la tête basse.

C'était le pire pour lui, et ce encore plus que ce commerce ignoble: sa propre inaction passée l'écoeurait, l'empêchant de se regarder dans le miroir depuis son arrivée.

  • C'est pour ça que vous êtes là ? Pour vous faire pardonner ? Interrogea Taya en haussant un sourcil.

Il secoua la tête.

  • J'ai promis à ton frère de te ramener saine et sauve avant de connaître l'étendue de cette horreur. Je pensais que c'était un trafic local, le type qu'on rencontre partout si on cherche un peu... Je n'imaginais pas cela.. Son regard se perdit dans le vide. J'ai acheté les filles pour les protéger, sans réfléchir. Ça a été instinctif. Je ne pouvais pas les laisser là-bas. Ce qu'on leur aurait fait..

  • .. est ce qui est fait à tous les autres, termina Tolia à sa place.

  • J'en suis conscient, crois-moi.. J'en ai vu plus que toi et ta sœur ne pouvez imaginer. Vous avez échappé à l'entrainement.. Il ferma les yeux, bloquant ses souvenirs. Je ne sais pas si je veux me faire pardonner... je n'en sais rien.. peut-être bien... J'ai fait beaucoup de mal. Je ne suis pas un homme bien, Taya.

  • Vous nous avez sauvées, répliqua Mar'y. Cela fait de vous un homme bien pour moi.

Jack esquissa un sourire faible.

  • Une autre qui croit en moi... ça en fait deux en moins d'une semaine, un record.

  • Qui est l'autre ?

  • Une beauté blonde aux pupilles marron.. Elle a un tempérament de feu, tu t'entendrais bien avec, Tolia.

La jeune femme fronça les sourcils, ne comprenant clairement pas l'expression.

  • C'était un compliment ?

  • Oui, rit doucement Jack. Oh oui, crois-moi.

  • Hé bien, il va falloir être digne d'elle et ma sœur... Vous ne devez pas repérer le système de défense qui fait fonctionner ces foutus écrans?

  • Aussi directrice qu'elle.. Saleté de Phala, grommela-t-il en faisant semblant de bouder, s'attirant une tape gentille. Je te l'ai dit, ce n'est pas en me tapant que tu finiras dans mon lit.

  • Tant de délicatesse, ironisa sa cible. Elle vous perdra. Je viens avec vous, il faut quelqu'un pour vous aider à ne pas tomber sous le poids de votre orgueil.

  • C'est une proposition ? sourit Jack.

  • Ça vous plairait, hein ? répliqua-t-elle. Tournez-vous.

  • Quoi ?

  • Je viens avec ma vraie identité. Je dois changer de robe. Tournez-vous.

  • C'est vraiment nécessaire ? se plaignit-il de bon cœur tout en obéissant.

  • Si vous voulez éviter que ma sœur ne vous arrache les yeux, oui.

  • Jalouse, Mar'y ? J'ai de la place pour deux, tu sais.

  • Vous êtes toujours comme ça ? râla celle-ci, mais Jack entendait son sourire.

  • Et encore, je suis calme. La faute à cette situation de merde.

  • Vivement qu'on soit parti, alors, roucoula Tolia en venant se placer à ses cotés.

Le capitaine contint un sifflement devant l'apparition : Tolia avait pris l'apparence d'une jeune grecque, sa peau dorée contrastant joliment avec ses deux pupilles noisettes. Ses cheveux noirs étaient remontés en un chignon dont retombaient des mèches sauvages. Jack sentit sa bouche saliver.

  • Comment sais-tu que j'aime les Terriennes grecques ?

  • Je suis psychique, répliqua l'intéressée avec une expression mutine, s'attirant un grognement.

  • Si je n'avais pas du travail... Son expression se refit sérieuse lorsqu'il se tourna vers les deux autres Catio. Celles-ci arboraient une expression étrange. Interdiction de sortir. Sans moi, dehors, vous êtes des proies offertes sur un plateau d'or.

S'il s'était attardé davantage dans la chambre, il aurait entendu les jeunes femmes murmurer quelque chose sur les rites de séduction de leur planète.

 

***

 

  • On va chez Kosh ? paniqua Tolia en reconnaissant le chemin.

  • Ce type est le gars le plus puissant de la ville. Si quelqu'un a un système de protection intégrée à sa maison, c'est lui. Et où le mettre en dehors de ses appartements ? répondit Jack également télépathiquement.

  • Mais il risque d'y avoir du monde !

  • En dehors de ses esclaves, je ne pense pas. Sa porte est fermée par un code électronique qu'il m'a donné. Il ne fait pas confiance seulement à des agents de sécurité pour garder ses quartiers. Ce que je peux comprendre, vu leur niveau.

  • Et si on nous voit ?

  • Kosh m'a invité en public à profiter de ses beautés, ironisa Jack en prenant le premier couloir de gauche. Ça ne surprendra personne qu'on s'y rende. Mais ça ne t'empêche pas de faire le guet grâce à tes dons. Ce que tu peux faire grâce à eux est hallucinant.

  • Tu n'as aucune idée..

Ils échangèrent un sourire avant que Jack ne débloque la porte et l'entraine dans la pièce. Il retira rapidement le salon et la chambre de sa liste de recherche. Trop de monde possible. Non, le bureau était une zone bien plus stratégique. L'ancien Agent régla son bracelet sur la recherche de technologie émettant des ondes : après quelques minutes, il finit par détecter un signal puissant. Il fronça les sourcils en constatant qu'en effet, celui-ci semblait bloquer les ondes émises en dehors de la planète. Cela expliquait les tentatives veines d'utiliser les radars, ou tout autre type de moyen de localisation.

  • Pourquoi toujours dans le bureau ou les combles ? Murmura-t-il. C'est tellement évident. Les méchants ne regardent jamais la télévision ?

  • Vous trouvez quelque chose ? interrogea Tolia.

  • Je ne sais pas.. Il y a un signal, mais il vient de partout et nulle part à la fois. Je suis certain que sa source est bien dans cette pièce, pourtant. Oh, tant que j'y pense, tu peux cesser de me vouvoyer ? Je pense qu'on a largement passé ce stade.

  • Et comment je suis sensée vous.. t'appeler ? Je ne connais pas ton prénom.

  • Très juste. Appelle-moi Jack, répondit-il en passant son bracelet le long d'un mur.

  • Jack, répéta-t-elle, testant le nom sur sa langue. Ça vient d'où ?

  • Terre. XXème siècle, murmura-t-il, les yeux dans le vague. Ah! Trouvé ! Les petits malins ! Ils ont intégré le système dans le mur ! Tu m'étonnes que je n'arrivais pas à le trouver.. Malin, très malin, Kosh, souffla-t-il en examinant ses données.

  • C'est moi ou tu admires cette ordure ?

  • Je reconnais l'intelligence du procédé, corrigea-t-il.

Cela ne sembla pas satisfaire la Catio, qui continua de le regarder comme un être à trois têtes. Jack se surprit à penser que le Docteur aurait partagé son enthousiasme. Étrangement, l'alien lui manquait. Il était insupportable la plupart du temps, mais son regard était plus ouvert que la majorité des gens ; Jack avait rarement rencontré quelqu'un si enthousiaste devant les beautés de l'univers.

Il lui fallut encore de longues minutes avant de finalement détecter un panneau de bois à la teinte légèrement différente des autres. Il contint un juron en constatant que celui-ci était protégé par une alarme. Bien sûr. Ce ne serait pas drôle sinon. Et comment il faisait pour désactiver cela ? On s'avoue vaincu ? interrogea la voix moqueuse du Seigneur du temps.

Allez vous faire voir, râla-t-il silencieusement.

Tu parles d'un Agent du temps, ironisa à son tour Hart. Même pas capable de désactiver une alarme. Tu m'étonnes qu'ils t'aient retconné.

Ta gueule !

Oh, on est susceptible ? Fais ton job, alors. Réfléchis.

  • Je ne sais pas comment faire ! S'exclama-t-il en tapant du poing contre le mur.

  • Tu ne sais pas quoi ? s'inquiéta Tolia.

Jack sursauta en entendant sa voix. Il avait oublié sa présence, perdu dans son combat intérieur entre ses deux entités.

  • L'alarme.. Elle protège le panneau... Elle est aussi intégrée au mur. Ce n'est pas comme un bouton sur lequel on appuie, elle est partout.

  • Un système électrique intégré ?

  • Exactem... Système électrique, répéta-t-il, le souffle court. Je sais comment faire ! Tolia, tu es géniale !

  • Quoi? rit sa compagne sans comprendre.

  • Recule ! ordonna-t-il en levant son bracelet. Ça risque de péter.

  • Qu'est-ce que tu fais ?! S'inquiéta-t-elle alors qu'une vibration commençait à s'élever du panneau.

  • Je crée un second circuit électrique interne.. qui se dirige dans le sens opposé du premier... Si j'ai bien retenu mes cours, cela devrait créer un...

Spiiiiiiiiiiiiiiitch !

  • court-circuit, termina-t-il en souriant devant les étincelles qui sortaient du panneau.

Se rapprochant, Jack sortit de sa poche une paire de gants qu'il enfila, avant de saisir avec précaution le panneau, prenant garde à ne pas se brûler en le retirant.

Bravo, garçon ! S'exclama le Docteur en assommant Hart.

Le sourire du capitaine augmenta, avant qu'il ne se reconcentre.

  • Il faut faire vite... Je ne sais pas du tout s'il y a un autre système de surveillance qui y est relié et ferait sonner l'alarme.

  • Tu ne t'es pas posé la question avant? s'insurgea Tolia.

  • Ce n'est pas comme si j'ai le choix ! pesta le jeune homme en attrapant plusieurs fils stratégiques qu'il brisa. Voilà... De cette manière, les écrans qui protègent ce bâtiment vont diminuer un temps. Espérons que ce sera suffisant pour que le Doc puisse nous retrouver...

 


choup37  (23.05.2017 à 19:18)

Chapitre 14

 

  • Docteur ! Docteur vite ! Docteur !

  • J'essaye !

  • Ce n'est pas assez ! Téléportez-nous !

  • Je ne peux pas ! Le signal est trop faible, il n'arrête pas de sauter ! Il faut que vous trouviez un endroit plus calme ! hurla le Seigneur du temps en tapant frénétiquement sur les boutons de la console.

Un flot de jurons en multi-langues émergea des hauts-parleurs. Étrangement, le TARDIS refusa de les traduire, pour le plus grand soulagement du Docteur dont la pointe des oreilles était devenue rouge.

  • C'est la meilleure ! Ça pète des bombes de partout ! On dirait Nagasaki revisité en 3D ! Et je dois trouver un endroit calme ?!

  • Harkness, cessez de gueuler et bougez votre cu, bon sang !

  • Je fais ce que je peux, espèce de...

L'équipage du TARDIS n'eut jamais l'occasion de savoir à quelle nouvelle espèce Jack comptait comparer le Docteur, car la communication se mit à grésiller violemment, avant de stopper brutalement.

  • Non ! Non non non non ! s'exclama le Gallifreyen en tentant désespéramment de rétablir le contact.

 

***

 

  • Doc ? Doc ! Bordel! Abruti de Gallifreyen ! hurla Jack depuis la ruelle où le petit groupe s'était réfugié.

Le son de la pluie de bombes était assourdissant. Chaque parcelle d'air était couvert de poussière, le rendant irrespirable. Le ciel n'était que noirceur, empli de vaisseaux à en recouvrir le double Soleil de la planète.

Les Judoons.

Il avait été si stupide. Il aurait dû savoir que le Docteur n'était le seul à surveiller les écrans protecteurs. Taclos était le centre de tous les commerces sales et illégaux du quadrant. Elle devait être étudiée constamment, dans la vaine attente d'une faille des systèmes de défense.

Il la leur avait donnée.

Les bombes avait commencé à tomber alors que Kosh était en pleine discussion -comprenez, hurlements- avec son chef de la sécurité : le trafiquant savait que quelqu'un avait piraté les écrans, et il était bien décidé à se faire sa tête. Ceci, après avoir restauré le système, évidemment. Sauf que la police de l'espace ne lui en avait pas laissé le temps, attaquant à peine trente minutes après la découverte des fils arrachés. La panique qui avait suivi avait permis à Jack de s'enfuir, lui qui commençait à trouver l'air ambiant un peu trop oppressant à son goût.

Il avait retrouvées les filles terrorisées dans leur chambre, cachées sous le lit et la table. Taya, en particulier, semblait hors de contrôle : son apparence changeait constamment, sa teinte de peau variant d'une seconde à l'autre alors que son visage muait encore et encore. En cas de panique, le Catio peut perdre le contrôle sur ses transformations. Les mots du Docteur lui étaient revenus en mémoire alors qu'il attrapait sa main, l'entrainant avec lui. Le jeune homme se dirigeait vers la porte principale lorsque l'adolescente le tira en arrière.

  • Qu'est-ce que tu fous ? Il faut partir !

  • Il faut libérer les autres !

  • Quoi ?! Non ! On n'a pas le temps !

  • On ne peut pas les laisser mourir !

  • Taya …

  • Elle a raison, protesta également Tolia. Il faut les sortir de là !

  • Cela nous tuera !

  • Je ne peux pas les laisser enfermés ! Ils ne méritent pas ça ! cria la Phala, furieuse, avant de partir en trombe dans un autre couloir, suivie de près par sa sœur et Taya qui avait lâché la main de Jack.

Celui-ci poussa un juron, avant de partir à leur poursuite. Fichues Catio et leur empathie surdéveloppée. Elles allaient tous les tuer. Les couloirs étaient emplis de poussière et cris, chacun tentant de s'abriter en vain. Les murs tremblaient, prêts à s'écrouler à tout instant. Il leur fallut le double du temps habituel pour arriver à l'entrepôt, et ce alors que le groupe s'y était dirigé en ligne droite.

Un désordre indescriptible régnait dans le bâtiment à leur arrivée. Les gardiens couraient dans tous les sens, paniqués. Certains esclaves avaient réussi à s'enfuir, et se cachaient sous les tables dans les pièces environnantes.

  • Attention ! Hurla Jack en poussant sur le coté Mar'y.

Un hurlement lui échappa lorsqu'un large morceau du plafond tomba sur son épaule droite, l'envoyant voler au sol. Il y resta immobile, à moitié assommé par la douleur.

  • Jack !

Tolia avait fait demi-tour, l'attrapant par le bras et le forçant à se relever.

  • Mar'y, aide-moi ! appela-t-elle en enveloppant l'épaule blessée.

  • Oh...

  • Allez Jack, sers les dents, tu peux le faire, murmura-t-elle alors que Mar'y le soutenait de l'autre côté.

  • Je vais bien, grogna ce dernier en secouant la tête, les dents serrées. Continuez d'avancer. On y est presque.

  • Qui se fait directif, maintenant ?

Seul un sifflement de douleur lui répondit. Le capitaine les mena jusqu'à l'étage, nettoyant le chemin sur leur passage, et ce malgré sa blessure. Les cadavres jonchaient le sol, leurs visages figés s'incrustant dans leur rétine. Les Catio se forcèrent à ne pas les regarder, mais elles peinaient à bloquer les flux d'émotions violentes les entourant. Peur. Rage. Incompréhension. Panique. Douleur. Tout se combinait en elles, les faisant vaciller.

Enfin, ils parvinrent au premier étage. Taya se jeta immédiatement sur la première cellule, tirant en vain sur la poignée.

  • Ça ne marchera pas, il faut un code, pesta Jack.

  • Donne-le-moi !

  • Je ne le connais pas ! Je ne suis pas Dieu le père, putain ! hurla l'humain en envoyant voler un autre garde.

  • Moi si !

Les fuyards se retournèrent dans un même élan pour faire face à Kim : le visage de ce dernier était noir de poussière, et son uniforme totalement déchiré laissait apercevoir plusieurs blessures à l'apparence plus qu'inquiétante, mais il se tenait debout.

  • Kim ?!

L'interpellé ne répondit pas, préférant se jeter sur la borne de contrôle la plus proche et taper frénétiquement sur les boutons. Quelques instants plus tard, un déclic se faisait entendre, et les portes des cellules s'ouvraient.

  • Dehors ! Vite ! hurla-t-il, alors que les esclaves émergeaient, terrifiés.

  • Par ici ! S'exclama Jack en se retournant... pour faire face à un groupe de gardiens très en colère mené par Kosh.

Merde. Merde merde merde.

  • Je le savais ! On ne pouvait pas te faire confiance ! Siffla-t-il. J'aurai dû te tuer après t'avoir sauté. Et toi ! Sale traitre ! grogna-t-il en regardant Kim.

    Jack eut à peine le temps de repousser le jeune gardien avant que le coup de feu n'explose.

Kim s'écroula sur le sol, alors que Jack se jetait sur Kosh. Le criminel lui décocha un violent coup de poing dans la mâchoire, s'attirant un direct de la part de l'humain qui le frappa ensuite de sa botte dans le ventre, le repoussant en arrière.

  • Putain ! Je rêve de faire ça depuis que je suis arrivé, siffla-t-il avant de lui sauter dessus, poignard en main.

  • Bâtard ! Tu n'as pas changé ! Toujours des coups dans le dos !

  • Non.. Je n'ai jamais été aussi honnête de toute ma vie. Et tu sais quoi ? Ça fait du bien d'être du coté des gentils pour une fois.

Les esclaves s'étaient terrés dans les cellules, terrifiés par les combats. Kim et les gardiens gravitaient autour du duo, échangeant coups de feu et autres banalités. Le jeune homme se battait avec férocité, semblant se défouler après des années de hargne sous contrôle. Il était seul contre tout le groupe, mais cela ne l'empêchait pas de les descendre les uns après les autres.

  • Tu es sûr que tu es juste gardien ? cria Jack en esquissant le poignard de Kosh avant de l'attraper par les épaules pour le jeter contre le mur.

  • Lui? siffla le trafiquant en se redressant. Ah ! C'est le responsable de l'entrainement au combat ! Le meilleur ! Petit fils de pute ! Ta tête me fera un joli tabouret !

Jack haussa un sourcil alors qu'ils reprenaient leur combat de lames.

  • Responsable, hein ? Remarque, j'étais bien commandant à l'Agence. On a tous nos squelettes dans le placard. Ça ne change pas que tu – il plongea en avant- demeures – un coup de manche dans le visage- le pire -la lame s'enfonça dans son ventre- de toutes les ordures – elle déchira son visage- que j'ai rencontrées.

Kosh tomba à genoux, le sang giclant de sa gorge ouverte.

  • Fum…

  • Ta gueule.

Jack lui balança un coup de pied dans le visage, le faisant tomber sur le dos.

  • Tu salis le couloir.

Se penchant, il cracha sur le cadavre, avant de se tourner lentement vers les gardiens qui semblaient s'être métamorphosés en statues. Sa voix n'était qu'un filet lorsqu'il murmura :

  • Je vous donnerai bien une chance de fuir … mais je ne suis pas le Docteur.

Parmi les gardiens du départ, il n'en restait qu'un tout petit groupe encore debout, mais d'autres étaient entretemps arrivés en renfort. Aucun ne fut de taille lorsque le capitaine commença à tirer, les abattant un par un consciencieusement. De lui ou Kim, c'était un concours pour savoir lequel ferait le plus de victimes avec le moins de balles. Jack sentit un sourire sinistre étirer ses lèvres alors qu'ils se faisaient descendre comme des lapins. Les enflures ne méritaient pas mieux.

  • Zone claire ! Hurla Kim en se redressant depuis la cellule où il s'était réfugié pour mieux viser.

  • Vite vite vite ! cria son partenaire en l'imitant. On n'a pas beaucoup de temps ! Il faut partir avant que le bâtiment ne s'effondre !

Message clair et entendu. Les esclaves affluèrent dans le couloir, se dirigeant à toute vitesse vers l'escalier qui menait au rez-de-chaussée. Jack allait les suivre, quand il se rendit compte de l'absence de Kim.

  • Qu'est-ce que tu fous ? hurla-t-il en se tournant vers lui. Kim ! Le jeune gardien était tombé au sol, sa main libre agrippant son ventre. Non non non ! Relève-toi, vite ! ordonna-t-il en courant vers lui.

Il se laissa tomber à ses côtés, et glissa sa main dans son dos, cherchant à le pousser vers l'avant, mais le gardien secoua faiblement la tête. Ses doigts étaient rouges du sang qui s'écoulaient à toute vitesse de sa plaie ouverte. Jack pressa sa main sur celle-ci, tentant de stopper le flot, mais déjà, le regard de l'autre homme se faisait vitreux.

  • Trop tard.. Je n'y arriverai pas..

  • Ne sois pas débile ! Lève-toi !

  • Mes jambes ne marchent plus... Kosh m'a eu eu au ventre.. Ironie du sort, souffla Kim avec un faible sourire.

  • Lève-toi ! hurla Jack en l'attrapant par les épaules.

  • Laisse tomber.. Sauve ceux qui peuvent encore l'être.. qui le méritent..

  • Tu le mérites !

  • Je suis un gardien.. une enflure.. et pire que ça, un lâche. J'ai profité d'un système sans oser le fuir, parce que j'avais peur pour ma vie..

  • Tu t'es racheté, pleura Jack en caressant son visage.

  • Toi aussi.. Tu vas les sauver.. Fais ce que je ne peux pas.. Sois un homme bien.

  • Kim ! hurla l'humain en le secouant. Kim ! Répond-moi! Non! sanglota-t-il en le serrant contre lui, alors que le plafond commençait à s'effondrer.

  • Jack ! Jack !

Une paire de mains le saisit, tentant de le relever en vain. Il se dégagea violemment, pressant davantage contre lui le corps du jeune homme.

  • Jack ! Il faut y aller ! Tu ne peux plus rien faire pour lui...

  • Tais-toi ! hurla-t-il en fixant furieux Tolia, qui le dévisageait avec tristesse.

Il la détesta pour cela. Cela ne l'aidait pas. Cela n'allait pas sauver Kim.

  • Il est mort, Jack..., murmura la Catio en le saisissant par les épaules. Je suis désolée.. Mais nous on vit et on a besoin de toi! l'implora-t-elle. Tu es le seul à pouvoir nous sauver !

Le jeune homme ferma les yeux. Avec douceur, il souleva le cadavre, avant de se hâter de le déposer dans la pièce la plus proche. Il plaça une table par dessus lui, cherchant à le protéger comme il le pouvait. Ses yeux s'attardèrent sur le regard sans vie du gardien. Se penchant, il déposa un doux baiser sur son front, avant de fermer ses paupières.

  • Allons-y, murmura-t-il d'une voix sans émotion en se redressant.

 


choup37  (23.05.2017 à 19:22)

Chapitre 15

 

Le reste du trajet se fit sans un mot de sa part. Son expression demeura dure et concentrée alors que le groupe avançait vers la sortie, Jack abattant consciencieusement toute personne tentant de leur bloquer le passage. Un groupe de gardiens eut le malheur de se penser supérieur à cause de son nombre : il découvrit rapidement son erreur quand les corps commencèrent à voler et le sang à gicler. Jack n'était pas d'humeur à faire dans la dentelle. Mode Robocop activé. Tout le long du chemin, le jeune homme tenta en vain d'établir un contact avec le Docteur, mais les bombes coupaient toute transmission. Il n'essayait même pas d'appeler les Judoons : on ne discutait pas avec une tête de rhinocéros qui aimait les bonbons à la terre.

Sa peur augmentait au fur et à mesure que les minutes s'égrenaient : le groupe n'avait aucune chance de s'en sortir sans vaisseau. Ils avaient déjà perdu de nombreux esclaves, tués par une chute de plafond ou abattus par un gardien. Jack ne savait pas combien de temps il parviendrait à protéger les survivants : comme si ce n'était pas suffisant, son épaule le brûlait, rendant ses mouvements difficiles et sa vision trouble.

Le ciel était rouge quand ils parvinrent enfin à s'extraire de l'entrepôt. Tout autour d'eux, les bombes et les coups de feu fusaient, rendant leur avancée quasiment plus dangereuse que dans le bâtiment. La fumée attaqua instantanément leurs poumons, les faisant tousser et se frotter les yeux.

  • Protégez-vous avec votre bras ! cria le capitaine, mais il n'était pas certain d'avoir été entendu au milieu des explosions ambiantes.

Plusieurs esclaves tombèrent à terre lorsqu'une valve de coups de feu sortit de nulle part, les abattant sans pitié. Ils eurent à peine le temps de se réfugier dans une ruelle avant d'être tué à leur tour.

Paulo.

Le visage de l'adolescent apparut dans son esprit, ses traits si jeunes lui souriant. Est-ce qu'il était là dessous, lui aussi ? Avait-il pu se réfugier quelque part? Ou était-il déjà mort, comme Kim ?

Un crissement le tira de ses pensées morbides. Une voix faible s'éleva, difficilement percevable.

  • Harkness ?

  • Doc ? hurla-t-il en posant le bracelet devant sa bouche.

  • Jack ! entendit-il Rose appeler.

  • Doc, sortez-nous d'ici !

  • J'essaye ! Mais le signal n'arrête pas de sauter !

Ce qui les ramenait à leur situation actuelle. Trouver un endroit calme. Incroyable comme le Docteur réussissait à faire de l'humour malgré la situation.

  • Par ici ! cria Taya en poussant la porte d'une maison.

Celle-ci tenait à peine debout, mais le son y était étouffé, leur permettant d'instaurer une conversation plus aisée.

  • Harkness !

  • Doc ! Bordel de merde, sortez-nous de là !

  • J'essaye ! Qu'est-ce que vous croyez, que je joue au loto ?

  • J'apprécierai grandement si vous misiez sur la combinaison gagnante, là tout de suite !

Il eut à peine le temps de s'abriter sous une table avant que la nouvelle secousse ne les frappe. Très utiles, les tables, pendant un bombardement, nota-t-il avec absence alors que Taya se blottissait contre lui. Ce n'était pas la fonction qu'il leur connaissait d'habitude, mais il retenait celle-ci.

  • Jack ! Jack, j'ai peur, pleura la jeune fille.

  • Je sais, ma puce, murmura-t-il en la serrant contre lui.

  • Je veux partir !

  • Je sais. Le Docteur va nous sauver.

  • Il n'est pas là !

Jack ne répondit pas : il se tourna vers Tolia, réfugiée à coté d'eux, et lui fit un signe de tête vers la plus jeune. La Phala comprit malgré son silence, et posa ses doigts sur les tempes de l'adolescente qui se crispa, avant de tomber inanimée contre l'humain.

 

***

  • Je l'ai ! S'exclama le Docteur en poussant un levier à fond, avant de tourner deux boutons.

Le TARDIS atterrit brutalement, faisant vaciller le trio qui se précipita vers la porte pour l'ouvrir à la volée. Ils toussèrent violemment lorsque la poussière les assaillit à leur tour, les empêchant de voir à plus d'un mètre.

  • Harkness !

  • Taya !

  • Jack !

  • Taya ! cria son frère en se précipitant vers la table. Qu'est-ce qu'elle a ? paniqua-t-il en la découvrant inanimée.

Jack ne répondit pas, émergeant avec peine de son abri relatif, imitée par les deux sœurs. Tous étaient couverts de poussière et sang de la tête aux pieds, leurs habits déchirés de partout ne les protégeant guère. Même la tenue de combat de Jack avait souffert, déchiquetée au genou droit ainsi qu'à divers autres endroits. Mais le pire demeurait son épaule, qu'il parvenait à peine à bouger.

  • Par ici ! Ici! Cria le Docteur en prenant les choses en main.

Le groupe entra en trombe dans le vaisseau, Rose refermant la porte d'un coup de pied alors que le Docteur courait vers les commandes, envoyant le TARDIS dans le vortex. Jack avait suivi sans un mot, son regard vide. Il se laissa tomber sur les escaliers, ses mains toujours rivées fermement sur l'adolescente qu'il enveloppait de son corps.

  • Taya ? appela Goon en s'accroupissant à coté d'eux.

Il tendit la main vers sa sœur, mais Jack recula précipitamment, son regard glacé le dominant.

  • Thigh url ! hurla-t-il, replongeant sans s'en rendre compte dans sa langue natale.

  • Jack ! s'exclama Rose en se dirigeant vers lui, mais le Docteur la stoppa d'un geste de la main.

  • Il est en état de choc, expliqua-t-il. Vous risquez juste de vous faire agresser.

  • Jack ? murmura Tolia en posant sa main sur son bras. Jack, c'est fini. On est à l'abri.

Elle continua à l'appeler doucement, jusqu'à ce que l'humain tourne la tête vers elle, son expression perdue.

  • Tolia ?

  • Tout va bien, Jack, insista-t-elle en le prenant à son tour dans ses bras.

Il laissa tomber son visage contre son épaule, fermant les yeux alors que la douce musique du TARDIS commençait à résonner dans son esprit. Lentement, très lentement, il relâcha sa prise sur l'adolescente, et laissa le Docteur la soulever pour l'emmener à l'infirmerie.

  • Qu'est-ce qu'elle a ? paniqua une nouvelle fois Goon.

  • Elle va bien.. On l'a endormie exprès, souffla Tolia. Elle menaçait de perdre tout contrôle. Elle se réveillera bientôt.

Elle avait gardé ses bras autour de Jack, qui n'avait pas davantage bougé. Mar'y les rejoignit, prodiguant à son tour réconfort et douceur. Rose fronça les sourcils, notant leurs colliers.

  • Qui êtes-vous ? interrogea-t-elle.

  • Tolia, et c'est ma sœur Mar'y... Jack nous a sauvées de Kosh, expliqua faiblement la Catio.

  • Sauvé ? Oh, comprit-elle en faisant le lien avec les colliers.

Elle tressaillit, incapable de dissimuler sa réaction.

  • Vous êtes Rose ? Jack nous a parlé de vous, murmura Mar'y en frottant le dos de celui-ci.

  • Ah bon ? Qu'est-ce qu'il... On en parlera plus tard, décida l'humaine devant l'état léthargique de son ami.

Avec son aide, toutes trois parvinrent à emmener celui-ci jusqu'à l'infirmerie, dans laquelle le Docteur s'occupait déjà de Taya. Elles réussirent à installer Jack dans un lit, mais le capitaine poussa un juron de douleur lorsque son épaule toucha le matelas.

  • Il est blessé ? s'inquiéta Rose.

  • Il a reçu un morceau de plafond, pesta Mar'y. Et au lieu de faire attention, il a continué à employer son bras.

  • Il fallait bien que quelqu'un protège vos jolies fesses, répliqua faiblement l'intéressé.

Il tendit la main vers elle, son expression impénétrable.

  • Si belle, si douce... mais intouchable … Et toi, aussi féroce et fière qu'une panthère, chuchota-t-il en regardant sa sœur.

  • Jack..., murmura Talia en prenant sa main. Repose-toi.

  • Oui, madame.. tout pour ma petite perle.., répondit-il en fermant les yeux, épuisé. Si belle.. et si loin... Un regard..

  • Il délire, nota le Docteur en touchant son front brûlant.

  • Doc ? Doc, c'est vous ? Qu'est-ce que vous faites là?

  • Il faut qu'il dorme, grommela le Seigneur du temps en saisissant une seringue, avant de lui injecter avec douceur dans son bras intact.

  • Avec vous ? Avec vouuuuuus, rit Jack en secouant la tête dans tous les sens. Une telle paire de fesses... Qu'est-ce qu'on ne ferait pas pour... ♫P-p-pour, chantonna-t-il.

  • La ferme, Harkness, soupira sa cible, avant de sourire devant le pouffement du malade.

  • Tellement directif... Vous feriez un duo de tonnerre avec Talia... J'ai hâte de vous avoir tous les deux dans mon lit...

  • Il délire, c'est confirmé, commenta d'un ton plat le Docteur en sortant son tournevis sonique.

  • Qu'est-ce que vous faites ? s'inquiéta Mar'y.

  • Il s'en sert pour connaître ses blessures, expliqua Rose. Je l'ai vu faire plein de fois.

  • Fièvre, épaule foulée et perte de sang... Pas étonnant qu'il tourne de l'oeil, grommela le dit médecin.

  • Si sexy quand vous prenez ce ton.. j'adore..

Le Docteur ferma les yeux, et inspira profondément, alors qu'autour de lui résonnaient des rires étouffés.

  • Ce n'est pas drôle, affirma-t-il.

  • Ah mais si ! répliqua sa campagne. Le grand Docteur dragué par un Capitaine Harkness qui délire, c'est grandiose !

  • Au lieu d'énoncer des âneries propres à votre race, allez me chercher un sédatif.

  • Oui, m'sieur, fit-elle en lui tirant la langue.

  • Et vous, asseyez-vous, vous êtes pâle comme un mort, on dirait des Veuves blanches, ronchonna-t-il à l'intention des deux sœurs qui obéirent sans broncher, intimidées devant cet inconnu qui dirigeait clairement cet étrange vaisseau.

 


choup37  (23.05.2017 à 19:24)

Chapitre 16

 

La première chose que sentit Jack en émergeant des bras de Morphée fut la chaleur du lit où il se trouvait: une chaleur cajolante, tendre et qui faisait fondre les dernières gouttes de sueur existantes. Puis vinrent la douceur des draps et l'épaisseur des oreillers. Un humement familier résonnait tranquillement, berçant gentiment son esprit reposé. Il sourit, et enfonça davantage la tête dans l'oreiller.

  • Il se réveille, entendit-il une voix murmurer.

  • Il serait temps, en bougonna une autre.

Jack grogna, arraché des dernières limbes du sommeil dans lesquelles il vapotait, et entreprit d'ouvrir laborieusement ses paupières. Il cligna des yeux, gêné par la lumière, et posa sa main sur son visage.

  • Baissez-moi ça, râla-t-il.

  • Doc, la lumière.

Jack poussa un soupir de soulagement quand la lumière blanche diminua, lui permettant d'ouvrir les yeux. Un visage rose entouré de jaune apparut dans son champ de vision, lui arrachant un sourire.

  • Rose..

  • Jack! S'exclama-t-elle en lui sautant dessus.

  • Rose, laissez le pauvre garçon tranquille, il se réveille à peine, fit le Docteur en se rapprochant, amusé.

  • Ça ne me gêne pas, sourit Jack en rendant le câlin.

  • Pourquoi ça ne m'étonne pas? répliqua le Seigneur du temps en l'examinant avec son tournevis sonique. Vous avez dormi toute la journée et une partie de la nuit, impossible de ne pas récupérer ses capacités mentales avec un tel tour d'horloge.

  • Doc, le gronda sa compagne, mais Jack secoua la tête.

  • Il est jaloux parce qu'il n'a pas eu son câlin, murmura-t-il comme on parlerait d'un enfant boudeur.

  • Oy !

  • Un problème qui peut être résolu tout de suite, Doc.

  • Non, merci, grogna l'autre. Vous êtes en parfaite santé physique, à l'exception de votre épaule qui aura besoin de quelques jours encore – il indiqua la zone bandée- mais je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle.

Le capitaine roula des yeux, avant de froncer des sourcils.

  • Je suis à l'infirmerie ? Comment je suis arrivé là ?

  • Vous ne vous souvenez pas ?

  • J'étais réfugié sous une table avec les filles... Tout s'effondrait autour de nous.. Vous ne répondiez pas à mes appels. Rien d'autre, murmura-t-il.

  • Le choc peut faire ça, soupira le Docteur. Disons qu'on a finalement pu vous localiser, et vous ramener tous les trois à bord du TARDIS.

  • C'est l'infirmerie du TARDIS ? C'est pour ça qu'elle hume dans ma tête ? sourit le jeune homme.

  • Vous l'entendez ? C'est qu'elle est vraiment contente de vous savoir guéri, commenta son pilote en examinant son patient comme il ferait face à une énigme.

  • Les filles... Comment..

  • Elles vont bien, le rassura immédiatement Rose. Elles ont été soignées, elles aussi, et elles ont pu se changer et se reposer.

  • Elles ne garderont aucune blessure physique, ajouta le Docteur. Un profond traumatisme, et une grande fragilité mentale, très certainement, mais le corps ira bien, soupira-t-il. Elles sont dans la bibliothèque.

Jack hocha la tête, ne sachant pas s'il devait se sentir soulagé ou inquiet.

  • Et vous, Jack ? demanda Rose.

  • Quoi, moi ?

  • Comment vous allez ?

  • Bien.

  • Menteur. Ne me répondez pas ce que vous pensez que je veux entendre.

  • Je .. Un soupir. Je ne sais pas. Ce sera juste d'autres mauvais souvenirs à enfermer, ce n'est ni la première ni la dernière fois.

Rose fit la moue, dubitative mais n'insista pas,

  • Vous avez faim ? On a gardé des choses au chaud.

Le patient accepta la nourriture avec gratitude : il dévora son plat, mais malgré tous ses efforts, il ne put toucher à la viande rouge.

  • Je suis désolé, murmura-t-il en repoussant son assiette. Je ne peux pas..

  • Ce n'est pas grave, le rassura Rose en prenant le plateau. Je vais déposer ça dans la cuisine, et puis j'irai prévenir les autres que vous êtes réveillé.

Les deux hommes la regardèrent partir en souriant. Dès qu'elle fut sortie, cependant, Jack sentit ses épaules s'effondrer et ses yeux se fermer. Une main se posa gentiment sur son épaule. Il rouvrit les yeux pour rencontrer le regard trop bleu du Docteur. Ce dernier le fixait avec une compréhension presque douloureuse.

  • Je ne peux pas, Doc.., murmura-t-il finalement. Je ne peux pas les voir. J'ai trop honte.. Je suis si sale.. J'ai dû faire des choses, là-bas, pour être crédible... Elles me dégoutent.. Je me supporte à peine.

  • Vous êtes trop dur avec vous-même, Harkness. Les filles nous ont raconté comment vous les avez sauvées. Toutes.

  • À quel prix ? Ça ne change pas la couleur de mes mains. Il inspira profondément avant d'oser poser sa question. Est-ce que.. Il n'osa pas le fixer. Est-ce que vous avez reçu mon enregistrement ? Je vous l'ai envoyé pendant l'attaque.

  • Oui.

La voix du Seigneur du temps était devenue aussi tendue qu'une corde sur le point de rompre. Jack était certain que s'il le regardait à cet instant précis, il découvrirait une expression impassible.

  • Seul, si c'est votre question.

  • Merci, souffla-t-il, soulagé. Je n'aurai pas supporté que.. Goon.. Rose..

  • Ce n'est pas pour leurs oreilles, confirma le Docteur. Je verrai ce que je vais en faire. Si je le rajoute à la base de données du TARDIS. Si c'est le type de souvenirs dont on veut …

  • Les Judoons.. Ils.. Ils ont tout rasé. Ce n'était pas une question, et le Docteur ne nia pas. Il n'y a pas de survivants, hein ?

  • Non, murmura le plus âgé.

  • Les enflures.. Ils ont tout détruit sans trier... Ces gens étaient innocents! Comment.. J'ai été si con, putain ! Comment j'ai pu oublier qu'ils surveillaient aussi la planète? Je n'ai pas réfléchi.. Je ne vaux vraiment pas grand-chose, se maudit-il.

  • Faux. Vous avez sauvé trois personnes, s'opposa le Docteur.

  • Ce n'est pas assez ! hurla Jack en tapant de son poing sur le lit. Il y en avait d'autres.. Je.. je n'ai rien pu faire.. Il avait dix-sept ans, Docteur, pleura-t-il. Dix-sept ans, et déjà si brisé.. mais seulement dix-sept... C'était un enfant.. Il laissa tomber son visage entre ses mains, cherchant à oublier les deux visages qui le hantaient. Et Kim... C'est grâce à lui qu'on a pu s'enfuir.. Et il est mort comme un chien sans que je ne puisse l'aider... Dites-moi à quoi j'ai servi si je n'ai pas pu les sauver eux !

  • Je suis désolé, souffla faiblement le Seigneur du temps. On ne peut pas toujours sauver tout le monde. Ce n'est pas à moi que vous l'apprendrez.

Le jeune homme ferma les yeux, avant de se rouler en boule sur le côté, cherchant en vain à oublier son échec. Le Docteur le regarda faire en silence, désemparé devant sa souffrance à laquelle il avait lui-même fait face trop de fois.

  • Qu'est-ce que vous avez comme alcool ?

  • Surement pas, Harkness, pesta-t-il.

  • Doc, grogna Jack en le fixant avec hargne, je vais boire dans tous les cas, que vous le vouliez ou non. Autant le faire ensemble.

L'arrivée du reste du groupe empêcha la conversation de s'envenimer. Des cris de joie se firent entendre, et plusieurs paires de bras saisirent le patient qui grogna.

  • Oh, ne fais pas le sauvage ! On attend depuis hier !

  • Tolia, laisse-le respirer, il va devenir aussi rouge que ta robe.

  • Tu es jalouse, grommela l'intéressée en rajustant sa prise sur sa cible.

  • Je vois que vous êtes en forme, constata le pauvre homme en se redressant légèrement.

  • Grâce à vous ! Et puis le Docteur, il nous a soignées, et il nous a données ces pilules pour être en forme.

  • Je vois, répondit Jack.

Taya se tenait légèrement en arrière, à côté de son frère qui ne semblait plus la quitter d'une semelle. Leurs visages étaient fatigués mais heureux. Les métamorphoses de l'adolescente semblaient avoir été reprises en main, pour son plus grand soulagement. Il peinait néanmoins à rendre les sourires, son regard fuyant sans cesse le leur, et choisit lâchement de se laisser être rehappé par le sommeil qui voletait autour de son cerveau.

 

***

 

L'infirmerie était vide à son réveil : Jack se hâta de se lever pour la quitter et se rendre dans sa chambre. Il y demeura la journée entière, peu désireux de croiser quiconque. Il demeura allongé sur son lit, les yeux dans le vide, son esprit rejouant encore et encore les derniers jours et cherchant ce qu'il aurait pu faire pour être plus efficace.

Un tambourinement à la porte le tira de ses pensées sombres. Il grimaça, avant de se tourner sur le coté, ignorant ostensiblement l'intrus, qui qu'il soit.

  • Putain, Jack! entendit-il crier avant que les poings ne soient remplacés par des pieds.

La porte s'ouvrit à la volée, révélant une roussette aux yeux noisette vêtue d'une robe blanche coupée court. Celle-ci s'engouffra immédiatement dans la pièce, ses boucles volant autour de son visage.

  • Combien de temps encore tu vas nous fuir ?! pesta-t-elle en se dirigeant vers lui.

Il lui tourna le dos.

  • Je ne t'ai pas permis d'entrer, murmura-t-il d'un ton monocorde.

  • Je ne t'ai pas demandé ton avis, répliqua-t-elle en l'attrapant par le bras, mais il la repoussa instantanément, avant de reculer.

  • Ne me touche pas, murmura-t-il. Je .. je ne..

  • Jack, murmura-t-elle en attrapant doucement son visage. Regarde-moi. Il lui lança un regard confus. Le cœur de la Catio se serra devant les traces de larmes et débuts de cernes. Jack... Je sais que tu nous fuis.. Mais tu ne devrais pas avoir honte. Tu nous a sauvées, toutes les trois. Tu n'es pas un monstre, tu es un héros.

  • Kim était un héros.. Je suis juste sale. Je me dégoute.

  • Arrête de te torturer ainsi ! Personne ne t'en veut sauf toi. On est libre et en vie, et on va pouvoir rejoindre une colonie avec d'autres Catio, et tout ça parce que toi, tu nous a toutes sauvées plusieurs fois. On est là grâce à toi, murmura-t-elle en lui caressant la joue.

Il frémit au toucher, et voulut reculer, mais elle le força à lui faire face.

  • Jack, tu ne joues plus notre maitre, tu ne l'as jamais été ... Tu es mon ami. Ne me fuis pas.

L'humain ferma les yeux, sentant ses résistances tomber une à une. Des lèvres douces se posèrent une nouvelle fois sur sa joue, puis sa mâchoire.

  • Tolia..

  • Chuuut.. murmura-t-elle en l'embrassant.

Il gémit doucement devant la douce chaleur, ses lèvres rendant le baiser avant qu'il n'ait eu le temps de réfléchir. Les mains de Tolia se posèrent sur sa joue et dans ses cheveux, l'attirant davantage vers elle. Les larmes coulaient à flot sur les joues du jeune homme, mais il la laissa faire, incapable de dénier plus longtemps la beauté face à lui. Il soupira en sentant une autre paire de bras familière l'envelopper par derrière.

  • Mar'y...


choup37  (25.06.2017 à 15:08)

Chapitre 17

 

La colonie sur laquelle le Docteur devait déposer le groupe était une petite planète aux températures élevées, qui avaient permis le développement de paysages verdoyants. Le peuple de métamorphes qui l'habitait avait accepté avec plaisir la venue d'un autre peuple semblable, et avait mis à la disposition des nouveaux venus leurs médecins afin de les aider à guérir dans la mesure du possible leurs esprits. Goon, Taya et les deux sœurs allaient rejoindre un groupe d'une dizaine de survivants, réfugiés dans une Cité-Etat du nom de Vulc'. Rose n'avait pas pu s'empêcher de faire la comparaison avec un autre peuple de télépathes fictifs mais célèbres.

Le trio avait observé avec fascination les Catio interagir : la plupart des survivants étaient des Teb'h, mais il y avait aussi un amo aux yeux bleus et un phala plus âgé que Tolia. Celle-ci lui avait clairement transmis la direction du groupe, serrant longuement ses mains avant de le laisser tracer son front de son doigt. Les visiteurs avaient noté la présence d'un membre aux yeux gris : le jeune être se tenait légèrement à l'écart des autres, mais ne semblait pas être rejeté, à leur grand soulagement.

Mar'y avait fini par expliquer la nature de cette couleur à Jack, qui l'avait ensuite raconté au Docteur et Rose : le Seigneur du temps avait marmonné un 'J'aurai dû m'en douter' en entendant son récit. Les Yeux-Gris étaient des Catio qui n'avaient pas développé de dons, à cause d'une absence naturelle du tis'h dans leur corps. Une forme d'albinos à la Catio. Dans une telle société, c'était une cause de rejet et d'exclusion, et de honte chez les familles.

  • Mais ils sont parfaitement normaux! avait protesté Rose. Ils sont juste.. comme nous !, s'était-elle énervée en faisant un grand geste de la main.

  • Je sais, mais chez eux, c'est considéré comme un handicap. Sans dons, pas de télépathie avec le clan, et pas de possibilité de séduire quelqu'un, avait répondu Jack.

  • Séduire ?

  • C'est comme une forme de cour à l'ancienne : pour séduire un partenaire potentiel, on se métamorphose jusqu'à trouver une forme qui lui plait. Si on veut épouser l'autre, on doit être capable de reconnaître sa vraie apparence. Une façon de voir s'il sait qui on est vraiment.

  • Mais sans don, on ne peut pas faire ça..

  • Non, on demeure exclu, rejeté.

  • C'est dégueulasse.

  • Mar'y et Goon sont bien d'accord, mais il est difficile de changer les mentalités.

  • Est-ce que Tolia a voulu que vous retrouviez sa vraie forme ?

Jack n'avait pu retenir un sourire devant son expression coquine.

  • Non, elle et Mar'y savaient ce qui me plaisait.

  • Les deux ? Don Juan! s'était-elle exclamée en le frappant une énième fois.

 

***

 

Comme Jack l'avait craint, les séparations furent difficiles. Le Docteur avait fouillé tous les recoins de l'univers qu'il connaissait pour fournir des réserves de tis'h aux réfugiés, qui les acceptèrent avec gratitude. Pendant qu'ils discutaient sur leur installation, Goon s'approcha de l'humain, sa crinière verte attachée en queue de cheval soulignant sa peau chocolat au lait.

  • Je n'ai toujours pas pu te remercier.

  • Tu n'as pas à le faire, répondit Jack.

  • Les filles m'ont dit que tu as honte.. Jack, qu'est-ce que je dois dire ? Ce que j'ai fait, aux yeux de mon peuple, c'est punissable de mort. Et pourtant, je l'ai fait parce que je n'avais pas le choix. Pour moi et ma sœur. Et je le referais cent fois si c'était à refaire, parce que je l'aime, et aucune loi ni morale ne pourront changer cela.Tu as fait pareil. Nos mains sont aussi sales. Je ne serai pas puni, alors pourquoi tu le serais ?

  • J'ai fait pire que me métamorphoser pour voler un peu de nourriture..

  • Tu savais ce que tu risquais en descendant là-bas : je sais que tu nous caches quasiment tout, et je le comprends.. Merci pour cela, d'ailleurs, fit Goon en serrant gentiment son bras. Aucun de nous n'est prêt. Mais tu ne dois pas te détester. Tu as sauvé trois innocentes. C'est tout ce qui compte. Tu n'es pas responsable de la mort des autres. Les trafiquants et les Judoon le sont.

Jack détourna les yeux.

  • Tu n'y es pour rien, insista Goon. Tu n'aurais rien pu faire. Le TARDIS ne pouvait pas atterrir, et c'est la seule chose qui aurait permis d'accueillir autant de monde. Tu aurais vu l'état du Docteur.. Il hurlait si fort, je pense qu'il a insulté les Judoons à peu près dans toutes les langues.

  • Je ne suis pas surpris, marmonna le jeune homme.

  • Il s'en veut autant que toi, et pourtant vous n'y êtes pour rien. Vous vous ressemblez bien sur ce point. Sois heureux, Jack, ajouta-t-il en lui serrant la main.

  • Toi aussi, Goon. Veille sur ta morveuse de sœur, j'ai assez galéré à la sortir de ce trou, plaisanta l'humain.

  • Elle s'en souvient, crois-moi.

Son ami se dirigea ensuite vers Rose et le Docteur, laissant Jack aux mains des deux sœurs qui avaient attendu leur tour en rongeant leur frein.

  • Venez ici, murmura-t-il en ouvrant les bras.

Les jeunes femmes ne se le firent pas répéter deux fois, se jetant contre lui pour mieux s'agripper à son tee-short.

  • Tu vas nous manquer, pleura Mar'y.

  • Toi aussi, petite perle, souffla-t-il en embrassant ses boucles bleues.

  • Je ne veux pas te laisser... Pourquoi tu ne restes pas ?

  • Ce n'est pas mon peuple, et ma vie. Je ne reste jamais nulle part, sourit-il.

  • Tu n'as pas de chez toi ?

Il haussa les épaules.

  • Tu as le Docteur et Rose, maintenant, protesta Tolia. Ils peuvent être ta famille.

  • Un jour, peut-être, commenta-t-il avant de couper court à leur réponse en les entrainant dans le petit bois à l'écart.

Ses mains et sa bouche y furent bien plus libres qu'en public, lui permettant de leur montrer à chacune exactement combien elles allaient lui manquer. Et à leurs réactions, il sut que le sentiment était partagé.

  • Merci, murmura-t-il, alors que ses doigts caressaient les cheveux de Mar'y, son autre main posée dans le bas des reins de sa sœur. Pour m'avoir pardonné.

  • Jack, il n'y a rien à pardonner, répéta Tolia en l'embrassant.

  • Je ne sais pas ce que je dois faire maintenant..

  • Suis ton cœur, fit la Teb'h, reste avec ces gens, ils t'aideront.

     

***

  • Vous tenez le coup ? demanda le Docteur.

Tous deux étaient assis dans la salle des commandes, le Docteur sur son fauteuil de pilote et Jack sur la rambarde. Ce dernier fit tourner sa bière dans sa main, la fixant pensivement, avant d'en boire une nouvelle gorgée.

  • Je ne sais pas, avoua-t-il. Je .. je ne pensais pas.. Il inspira un bon coup, avant de recommencer. Quand j'ai proposé d'y aller, je savais que ça serait rude. Je n'étais pas naif. Je connais cette planète depuis longtemps. Je savais que j'allais me salir les mains, mais je ne pensais pas que ce serait..

  • .. de cette manière ?

  • Non.

Une nouvelle gorgée.

  • Et maintenant ..

  • Et maintenant j'ai des centaines de morts sur la conscience.

  • Je crois que Rose dirait que dans ce cas, je devrais vous traiter d'abruti consanguin dégénéré d'humain du 51ème siècle.

Les lèvres du Seigneur du temps s'étirèrent pour former un sourire moqueur devant l'expression de l'intéressé.

  • Vous vous pensez suffisamment important, vraiment, pour croire que vous êtes le responsable de cette horreur ? Apprenez, Harkness, que les vrais monstres étaient les trafiquants. Et les Judoons. Jamais, jamais je n'aurai pu penser que leur police réagirait ainsi... J'aurai dû m'en douter, pourtant. On ne fait pas confiance à des rhinocéros.

Jack ne put retenir un pouffement.

  • Vous avez une drôle de manière de remonter le moral.

  • Elle marche ?

  • Je ne sais pas.. J'aurai pu sauver Paulo et Kim.

  • Kim était blessé mortellement.. Avec le TARDIS, j'aurai peut-être eu une chance, mais parfois, il y a des choses que même moi, je ne peux pas empêcher.. Vous n'auriez rien pu faire sans équipement. Vous l'avez soutenu dans ses derniers instants, c'est le plus important. Il n'est pas mort seul.

  • Mais Paulo, si...

  • Vous ne pouvez pas savoir.. C'est le plus cruel, n'est-ce pas? murmura pensif le Docteur en faisant tourner sa propre boisson. Ne pas savoir..

  • J'aurai dû l'emmener avec moi chez Kosh, se fustigea Jack.

  • Et quoi, Kosh aurait tout de suite vérifié son tatouage et il aurait hurlé à l'espionnage en voyant qu'il n'était pas à lui. Le gosse aurait été tué dans la journée grand maximum. Peut-être devant vous. Et vous n'auriez pas pu le laisser à l'abri dans votre chambre, parce qu'il y aurait au moins eu un petit malin qui aurait voulu s'y infiltrer dans votre dos.

  • Personne n'a osé avec les filles, gronda le capitaine.

  • Elles étaient officiellement à vous. Paulo aurait véhiculé l'image 'jouet de transition' sur son passage, et je sais que c'est faux, se défendit le Docteur en levant la main devant l'expression furieuse de Jack. Mais tout ce qui compte, c'est ce qu'auraient pensé les trafiquants.

  • Donc, ce que vous dîtes, c'est que quoi que j'aurai tenté, le petit serait mort.

  • Peut-être pas.. Mais il y avait de grandes chances. Je ne sais pas, Harkness, je ne suis pas un devin, mais ce que je sais, c'est que vous n'êtes pas un dieu. Personne ne l'est. Vous avez sauvé trois personnes, ça fait de vous quelqu'un d'honorable.

  • Est-ce qu'un Seigneur du temps vient de faire un compliment à un ex-Agent du temps ?

  • Ingrat, grommela le Docteur. On essaye de lui remonter le moral et il vous attaque.

  • Vous le pensez vraiment.. Jack semblait surpris. Comme lui.. et elles..

  • Qui ? demanda le Docteur, intrigué.

  • Les filles.. et... et Kim.. Ils m'ont dit que.. que j'étais quelqu'un de bien.. Mais je n'en suis pas un, Docteur.

Le jeune homme apparaissait clairement perdu. Il voulait visiblement croire ce que tout le monde lui répétait, mais sa propre vision de lui-même était si pourrie que le message peinait à passer.

  • Est-ce que vous pensez que je suis un homme bien, Harkness ?

  • Quoi? s'étouffa celui-ci en avalant une gorgée de sa bière. Je.. je ne sais pas, finit-il par avouer.

  • Voilà. Moi non plus. Mais pour Rose, oui, et c'est tout ce qui compte ici: dans ce genre de cas, ce qui est important, c'est comment on nous voit et non pas ce que nous on voit. Ces gens vous considèrent comme un héros : je suis certain que ce jeune Paulo vous aurait suivi partout, parce que vous êtes le seul dans sa vie d'esclave à lui avoir montré douceur et compassion. Je ne sais pas si vous êtes un homme bien, Harkness, mais vous pouvez essayer d'être au niveau de ce que voient ces gens … tous ces gens, insista-t-il doucement. Se battre pour être ce qu'ils voyaient en vous, et se souvenir d'eux tels qu'ils étaient, rendra leurs souvenirs davantage supportables, et avec le temps, peut-être même agréables.

Jack fixait de nouveau sa bière, comme s'il voulait y disparaître. Ses yeux étaient rouges, et il luttait clairement pour garder ses émotions sous clé.

  • Vous pouvez commencer en finissant cette bière et en me racontant à quoi ressemblait ce petit Paulo. Vous n'avez même pas ramené de photo.

Les yeux de l'humain se mirent à briller comme un phare au milieu de la tempête. La seconde d'après, il terminait sa boisson, sa main déjà posée sur la suivante.

  • Il s'appelait Paulo. Il avait une peau aussi dorée que le soleil et des yeux marron à en faire pâmer un empereur romain..


choup37  (19.07.2017 à 11:32)

Chapitre 18

 

Jack se réveilla en sursaut, la sueur au front. Il regarda autour de lui, paniqué, mais la pièce dans laquelle il se trouvait n'avait rien à voir avec la chambre qu'il occupait chez Kosh : celle-ci était plus petite, mais bien plus chaleureuse. En fait, elle avait été créée spécialement pour lui. Par le TARDIS. Il se laissa retomber sur son lit en soupirant, et ferma un instant les yeux. Il le regretta immédiatement lorsqu'un flot d'images qu'il aurait préférées oublier apparut devant lui.

Poussant un juron, le jeune homme se leva, quittant son lit. Inutile de chercher à dormir. C'était l'échec assuré. Il faisait frais sur le vaisseau à cette heure (artificielle, on était dans l'espace) de la nuit, aussi enfila-t-il un jogging avant de sortir dans le couloir. Un humement le mena jusqu'à la salle de contrôle, dans laquelle le Docteur était occupé à réparer sa belle. Celle-ci avait souffert lors de son atterrissage sur Taclos, et avait besoin de nombreuses réparations : le Docteur l'avait donc envoyée dans le vortex, le temps de pouvoir les effectuer.

La tête de l'alien émergea de la machinerie, le visage couvert de suie et les yeux protégés par une énorme paire de lunettes. Il haussa un sourcil en apercevant le nouveau venu, son regard s'attardant un instant sur son torse musclé.

  • Problème de sommeil ?

  • Mmm, murmura Jack en venant s'accouder à la barrière.

  • Mauvais rêves, hein ? Je connais.

  • J'imagine ..

Le silence retomba quelques minutes, le Docteur continuant à réparer ses moteurs en sifflotant. Finalement, Jack n'y tint plus.

  • Comment vous faites ?

  • Hum ?

  • Pour vivre avec ça ? Ces images ? Ces souvenirs ? Ce que vous avez fait ? Vous avez dit que vous essayez d'être ce que les gens voient, mais comment vous faites ?

L'interpellé soupira et reposa ses outils, avant de saisir un chiffon pour s'essuyer les mains. Il avait senti venir cette conversation. Retirant ses lunettes, il monta l'escalier, revenant dans la pièce principale pour faire face au plus jeune.

  • Je vois l'univers à travers leurs yeux, expliqua-t-il. Vous y voyagez depuis des années, vous savez ce qu'il se passe: au bout d'un temps, on oublie sa beauté. On voit tout d'un œil scientifique, froid, neutre. On analyse et on dissèque mais on oublie de regarder. Mais eux, ils voient tout d'un œil neuf. Ils s'émerveillent de tout, constamment. Tout est frais et beau et étincelant, sourit le Gallifreyien.

  • Vous pensez à Rose.., devina Jack.

  • À elle, mais pas seulement..

  • Il y en a eu d'autres ?

  • Beaucoup, beaucoup d'autres, murmura le Docteur, son regard soudainement perdu dans des souvenirs qui n'appartenaient qu'à lui.

  • Et il y en aura d'autres.. Nous ne sommes que de passage.

  • Cela dépend de vous.. de ce que vous voulez.

  • Je veux.. Jack ferma les yeux, avant de les rouvrir aussitôt, sa colonne vertébrale secouée d'un frisson. Je veux retrouver cette innocence. Cette naiveté. Je voyage depuis si longtemps, j'ai vu et fait tant de choses.. Je ne suis pas fier de la plupart.. J'ai les mains sales, Doc, plus que vous ne pouvez l'imaginer. Je ne suis pas certain d'être digne d'être ici.

  • Hum. Je vois, murmura celui-ci en l'examinant longuement, avant de se diriger vers le tableau de bord. Il y fit quelques manipulations, avant de sourire et tendre la main vers la porte. Ouvrez la porte.

  • Quoi ?

  • Ouvrez la porte, répéta-t-il.

Jack haussa un sourcil, mais obéit. Il hoqueta en découvrant le spectacle qui se déroulait devant lui: des millions de roches de toute taille tourbillonnaient à toute vitesse autour d'un amas noir difforme, éclairée par un soleil violet toujours bien jeune, s'il en jugeait son éclat encore clignotant. Des flashs et explosions secouaient l'ensemble, le rendant encore plus instable.

  • La naissance d'une étoile, expliqua le Docteur derrière lui. Elle est toute jeune, à peine quelques milliers d'années. Elle n'a pas encore de nom, ni évidemment d'habitants, mais la vie commence déjà à s'y développer sous la forme de bactéries.

  • C'est magnifique, souffla le jeune homme.

  • Asseyez-vous, admirez-la, proposa le Docteur avant de rire devant son expression. Non, vous ne craignez rien, je ne vous aurais pas laissé ouvrir la porte ainsi sinon.

  • Comment vous faites? interrogea l'humain en s'asseyant, laissant ses jambes s'ébattre dans le vide.

  • Champ protecteur du TARDIS, expliqua l'alien en l'imitant.

  • C'est génial ! Elle le crée elle-même ou c'est technologique ?

  • Un mélange des deux, fit le Docteur en souriant devant son enthousiasme.

  • Expliquez-moi !

Le sourire du Docteur s'élargit : il n'y avait rien qu'il n'aimait davantage que de pouvoir partager ses connaissances.

  • Vous n'avez pas peur que je fasse mon monsieur je-sais-tout ?

Jack lui décocha une tape amicale.

  • Alors, prof prof? On est timide ?

Le sourire du Docteur se fit taquin, une petite onde de plaisir le parcourant devant le vieux surnom. Jack l'écouta une partie de la nuit, fasciné une nouvelle fois par ses connaissances et son engouement à les partager. Le Docteur lui expliqua le fonctionnement du TARDIS, de leur naissance sur Gallifrey à leur transformation successive dans le temps. Il lui décrivit la naissance de l'univers, et la manière dont le système solaire s'était formé. Il lui raconta d'anciens voyages dans le temps et l'espace, à la rencontre de peuples et planètes inconnus du jeune homme.

Les yeux de celui-ci brillaient presque aussi fort que l'étoile naissante devant ces récits merveilleux: tous ces lieux, tous ces gens que le Docteur avait visités et rencontrés.. Il voulait vivre la même chose. Ressentir les mêmes émotions. Partager ces découvertes. Tant de rêve, d'espoir, de rires. Il voulait connaître de nouveau ces sentiments. Peut-être réussirait-il aux côtés du Doc et de Rose.

  • Je me souviens de cette planète couverte de mandragores, sourit-il. Il faut y vivre avec des cache-oreilles constamment ou on devient sourd.

  • Je n'y crois pas, rit le Docteur.

  • Je vous jure ! J'ai passé trois jours avec des cache-oreilles roses, parce que c'est tout ce que j'avais en réserve ! Une honte vestimentaire !

  • Évidemment, c'est tout ce qui vous a marqué, ironisa le Gallifreyien.

  • Rose ! Doc ! Rose ! Au secours ! Bleu, passe encore, mais rose !

  • Vous avez un souci avec le bleu? demanda le Docteur en fronçant les sourcils.

  • Heuuuuuu, étant donné qu'il recouvre ce vaisseau, et vos yeux, non, répondit Jack avec son sourire charmeur.

  • Ce n'est pas ainsi que vous m'aurez dans votre lit, grommela le Docteur d'un ton faussement sévère.

  • Aaaah, laissez-moi tenter, Doc, susurra Jack en se rapprochant.

  • Couché, garçon, sourit ce dernier en le stoppant d'un doigt sur son torse.

  • Avec vous ?

  • Au secours.. Et il ne délire plus..

  • Pardon ? Je vous ai dragué quand j'étais malade ?

  • Pour mon plus grand malheur, soupira d'un ton mélodramatique son interlocuteur.

  • Dommage que je ne m'en souvienne pas, murmura le jeune homme en posant sa tête sur sa jambe.

  • Oy!

Le Docteur eut beau bougonner, Jack ne bougea pas. L'humain avait fermé les yeux, son souffle s'apaisant lentement mais surement alors qu'il trouvait enfin le sommeil. Un soupir s'échappa des lèvres de son matelas forcé: il semblerait qu'il était condamné à passer une partie de la nuit sur le pas de sa porte. Il se résigna donc à s'installer plus confortablement, et s'appuya en arrière sur ses coudes, ses yeux se posant sur le panorama féerique qui se déroulait devant ses yeux.

Un petit ronflement lui fit baisser le regard : un sourire étira ses lèvres devant l'expression angélique du jeune homme qui occupait ses genoux. Tant d'innocence en lui. Tant de rêves et de générosité, brisées par le cauchemar de sa vie. La discussion que tous deux venaient de partager lui prouvait qu'il existait encore de l'espoir pour l'ancien agent. Tout ce qu'il avait à faire était de lui montrer la voie.


choup37  (02.08.2017 à 23:03)

Chapitre 19

 

Le Docteur révisa cette pensée docte le lendemain matin, dès le petit-déjeuner, lorsque sa main plongea dans le paquet de cornflakes à la banane pour le trouver vide. Il jeta un regard noir à Jack, qui dévorait avec énergie son bol. Saleté de singe sans poil. Oser terminer ses cornflakes privés. Bougonnant, il se servit un thé, se demandant dans quel vortex il devrait jeter l'impudent. Inconscient du crime qu'il avait commis, Jack accueillit Rose avec un large sourire lorsque celle-ci entra dans la cuisine en bondissant. Ses yeux détaillèrent avec intérêt sa mini-jupe en jean et son tee-short blanc rayé de rouge.

  • Quel enthousiasme ! Qu'est-ce qui vous met de si bonne humeur ?

  • J'ai eu une idée! Une super idée! s'exclama la jeune fille en embrassant le Docteur sur la joue. Bonjour vous ! Et vous aussi! rit-elle en répétant le geste sur la joue de Jack qui boudait.

Ce dernier eut un sourire étincelant.

  • Etre embrassé dès le matin par une beauté pareille, qu'est-ce qui pourrait être meilleur que cela?

  • Danser, répliqua Rose en le tapant gentiment sur le bras.

  • Danser ? répéta-t-il en jouant de ses sourcils, un sourire taquin aux lèvres.

  • Danser, répéta-t-elle à son tour, sa langue jouant entre ses dents. C'est le remède parfait contre la morosité et les pensées sombres. Ma meilleure amie m'emmenait toujours danser quand je déprimais.

  • Danser, murmura-t-il, pensif. J'adore ! Depuis combien de temps je n'ai pas vraiment dansé?

  • Vous n'avez pas dansé à Londres ?

  • Heu, on n'avait pas vraiment le temps avec les attaques constantes des Allemands. Les civils réussissaient parfois à organiser une soirée, mais les officiers ne pouvaient jamais s'y rendre, soupira Jack, clairement déçu à ce souvenir. Dommage. J'aimais la musique de cette époque, et leur manière de danser. Ils avaient d'excellents jazzmen en ce temps.

  • Vous aimez le jazz ? s'étonna le Docteur.

  • Bien sûr! Vous avez déjà écouté un chanteur de jazz? Leur ton grave? Ce mélange de joie et douleur dans leur voix ? Cet espoir constant dans les paroles ? Qui n'aimerait pas le jazz ?

Rose cligna des yeux. Elle n'avait jamais vu cette musique sous cet angle : cela lui était toujours apparu comme une danse barbante du passé.

  • On pourrait aller en boite de nuit, suggéra-t-elle. Il y a toujours de la musique pour tous les goûts.

  • En quoi? demanda Jack, confus.

  • En boite de nuit, répéta la blonde. Vous ne savez pas ce que c'est? s'étonna-t-elle.

  • En boite de danse, traduisit le Docteur, amusé.

  • Oh ! Oui ! Ce serait génial !

  • Boite de danse? répéta Rose, perdue.

  • Pourquoi se limiter à la nuit? expliqua Jack. Il n'y a plus de boite de nuit depuis des siècles.

  • Oh, souffla-t-elle.

C'était le genre de détails qui lui rappelait que Jack ne venait pas de son époque. Secouant la tête, elle demanda :

  • Un endroit précis où aller ? J'imagine que les boites de nuit du XXIème siècle sont trop limitées.

  • Hum, sans offense, mais oui, Rosie.. Sérieusement, la musique du XXIème siècle est une catastrophe, grimaça Jack. Il y a quelques noms qui sont restés -Céline Dion, Maé, ACDC, Calogero, Michael Jackson, mais dans l'ensemble, c'est un siècle à raser.

  • Je vous trouve sévère, commenta le Docteur depuis son comptoir. J'Maestro avait une voix notable. Il a marqué les années 2050.

  • Vous rigolez ? On aurait dit un poisson hors de l'eau !

  • Et Madonna ? Justin Timberlake ? Britney Spears? protesta Rose, blessée.

  • De la musique classique, au secours, gémit Jack.

  • Je suis sûr que vous êtes un fan des Beatles, se moqua le Docteur.

  • Aow, surtout de John Lennon, cet homme avait une de ces voix.. et sa présence.. Incroyable. Il savait mener un concert.

  • Qu'est-ce que vous en savez? demanda Rose, les bras croisés, toujours vexée.

  • Je suis allé le voir, répliqua Jack comme si c'était une évidence. On ne travaillait pas tous les jours à l'Agence.

  • Vous avez vu John Lennon? s'écria-t-elle de sa voix aigue.

  • Harkness, je vous déteste, il va falloir que je l'emmène maintenant, sourit le Docteur.

  • Vous avez intérêt !

  • Je vous emmènerai si vous voulez, rit le jeune homme. Après la boite de danse, évidemment.

  • Je vous tiens à votre mot, grogna Rose en le tapant sur le bras. Où va-t-on, du coup ?

  • J'ai un endroit en tête, je suis certain que vous l'adorerez, Rosie !

  • Où? demanda le Docteur, en haussant un sourcil.

Jack prononça un nom incompréhensible pour l'humaine.

  • Evidemment, il faut que vous choisissiez cet endroit, soupira l'alien.

  • Quoi ? Où est-ce que c'est ?

  • Le meilleur endroit pour danser dans le système d'Orion !

  • Une planète entière de boites de danse et autres bals, compléta le Docteur, blasé. Créée pour les ouvriers et autres travailleurs du Quadrant de Gamma. Totalement artificielle, mais constamment couverte de monde.

  • Une planète entière pour danser ? Oh c'est génial !

  • Je vous l'avais dit, fit Jack avec son sourire grivois. Allez vous préparer !

  • Elle est très bien ainsi, protesta le Docteur.

  • Vous rigolez? s'exclama Rose. Cette tenue est parfaite pour me promener, mais pas pour danser ! Oh, il faut que j'aille fouiller dans la garde-robe du TARDIS !

  • Il y a une garde-robe? s'étouffa Jack dans son verre.

  • Et comment! Debout, moussaillon, il faut aussi vous trouver une tenue ! Vous aussi, Docteur!

  • Nah.. Je suis trop vieux pour ce genre de choses, moi.. J'irai me promener.

  • Rabat-joie, bougonna Rose.

  • Il y a une superbe usine de bouchons à oreilles soniques sur cette planète, j'irai y faire un tour, répliqua l'alien avant de les chasser des mains. Ouste ! Sortez de ma cuisine !

Le duo s'enfuit en riant, main dans la main, pépaillant déjà à propos de leurs vêtements. Le Docteur les regarda faire, un petit sourire aux lèvres. Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas vu Rose si enthousiaste à propos d'une sortie aussi banale. Cet Harkness lui faisait définitivement du bien.

 

***

 

La penderie était envahie de vêtements de tout genre: des chemises s'étalaient sur les fauteuils, le canapé croulait sous les multiples tops de différentes formes et couleurs, et le sol était recouvert d'une quantité hallucinante de jupes et robes. Des mini-jupes de cuir, jean ou autres substances inconnues du bataillon rosien s'empilaient à perte de vue, imitées par des robes plus ou moins longues, certaines à la coupe sage, d'autres clairement affriolantes. Une série de chaussures et autres accessoires complétaient ce tableau désastreux.

Un large sourire aux lèvres, Jack errait au milieu de ce digne bazar, attendant que Rose ait fini d'essayer sa nouvelle tenue. Cela faisait près d'une heure que tous deux fouillaient l'énorme penderie du Docteur, retournant les tiroirs et ouvrant des armoires depuis longtemps oubliées. Il ne s'était pas autant amusé depuis des siècles. Se penchant, le jeune homme ramassa un pantalon de cuir rouge: son sourire se fit grivois alors qu'il imaginait une autre paire de fesses recouverte du tissu. Le Docteur serait magnifique là-dedans. Dommage qu'il soit si coincé. Ce n'était certainement pas le cas de Rose, qui lui faisait une démonstration de son espièglerie depuis le début de leur séance d'essayage.

Jack n'était pas naif, il savait reconnaître de la drague quand il en voyait. Il était tout de même maitre dans ce domaine. Et il répondait avec égale mesure à la jeune fille, laissant trainer ses yeux sans vergogne et commentant sur le tour de sa taille comme on parlerait météo. C'était aussi naturel à ses yeux que de respirer. Il l'avait certainement fait s'étouffer un certain nombre de fois se faisant, mais il s'en fichait : il n'allait pas changer de caractère pour elle, et il savait qu'elle aimait son attitude. Il avait compris, au cours de leur discussion, que sa relation avec Mickey était de plus en plus distante, et qu'elle ne se privait pas de tester ce qui l'entourait. C'était tout à fait sa vision du monde, et il le lui avait fait comprendre en examinant plusieurs de ses tenues, ses mains glissant doucement sur ses hanches alors qu'il ajustait le tissu. Jack l'avait sentie plusieurs fois frissonner, et légèrement rougir, l'amusant sans commune mesure. Il se demandait ce qu'il se passerait s'il insistait : est-ce qu'elle le repousserait ? Ou bien céderait-elle ?

Le jeune homme fut interrompu dans ses pensées lorsque la porte s'ouvrit: un long sifflement lui échappa en découvrant sa compagne. Cette dernière était vêtue d'une mini-robe noire coupée quelques centimètres au début de ses cuisses, mettant ainsi en valeur de façon scandaleuse la longue paire de jambes parfaitement sculptées de la blonde, juchée sur une paire de talons aiguilles. Une petite ouverture ronde par dessus sa poitrine révélait la courbe de ses seins. La blonde pivota sur elle-même, révélant une coupe dos nu jusqu'au milieu de sa taille.

  • Alors? demanda Rose, une main posée sur sa hanche.

Jack se mordilla la lèvre: elle était à tomber. Il n'était pas certain de pouvoir se contrôler si elle continuait à le provoquer ainsi.

  • Vous .. Tu es magnifique, murmura-t-il. Ils vont tous vouloir te manger.

  • Je vais prendre ça comme un compliment, rit la blonde, faisant sauter une nouvelle fois le cœur du jeune homme.

  • Tiens, souffla-t-il en attrapant un long trenchcoat de cuir noir, agrémenté d'une ceinture à boucle. Met ça.

La jeune fille obéit, ajustant le manteau avant de rejeter machinalement ses cheveux en arrière. Elle lança un regard appréciateur à son camarade, vêtu pour sa part d'un jean noir et d'une chemise bleue marine, le tout complété par ses habituelles bottes.

  • Très saillant. C'est parfait.

  • Je peux en dire autant, commenta Jack en la détaillant avec un désir évident, regrettant déjà de ne plus pouvoir admirer ses courbes.

La jeune fille lui décocha un sourire taquin.

  • Cesse de mater et laisse-moi passer, il faut que je me peigne.

  • Je peux t'aider, suggéra-t-il.

  • Je ne pense pas, rit-elle, avant de sortir de la pièce.

Ils se rejoignirent une vingtaine de minutes plus tard dans la salle de contrôle: Jack avait opté pour une veste de cuir noir courte, en miroir à sa compagne. Elle était fourrée à l'intérieur, le protégeant du froid qui régnerait certainement quand il sortirait tard dans la nuit de l'établissement. Un bruit de pas lui fit tourner la tête : un sourire grivois s'étala sur son visage lorsqu'il découvrit Rose délicatement maquillée, ses cheveux bouclés tombant en cascade sur ses épaules, une mèche recouvrant une partie de son visage. Un bracelet argenté agrémentait son poignet droit.

  • Tu es magnifique !

  • On se tutoie, maintenant? commenta le Docteur en remontant les escaliers, avant de sourire à son tour devant l'apparition. Vous êtes superbe, murmura-t-il.

  • Merci, murmura la jeune fille, une rougeur charmante s'étalant sur ses joues face au poids de leur regard. Jack aussi.

  • Aow, tu réchauffes mon cœur, Rosie, la taquina Jack en glissant son bras autour du sien. Je ne suis pas certain de t'emmener, néanmoins : tout le monde va vouloir te voler!

  • Tu me protégeras, rit-elle en lui décochant son sourire étincelant, sa langue jouant entre ses dents.

  • Rose, vous prendrez soin de lui, n'est-ce pas? interrogea d'un ton sérieux le Docteur. Vous nous le ramènerez en vie ?

  • Oy !

  • Hum, pas sure que ce soit possible vu le charme qui en émane. Je pense que la foule voudra le garder, commenta la jeune fille d'un ton docte. Peut-être bien que je vais le laisser ici, finalement.

  • Hors de question que tu te rendes là-bas sans moi, répliqua l'intéressé en l'attrapant par la taille. Qui te sauverait des méchants ?

  • Deux gosses, soupira le Docteur en levant les yeux au ciel. Un petit boum leur indiqua qu'ils étaient arrivés à destination. Amusez-vous bien, sourit-il finalement. Et soyez rentrés demain matin.. ou du moins essayez.

  • Pas certain, ça, rétorqua Jack en entrainant Rose vers la sortie.


choup37  (02.08.2017 à 23:09)

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