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Série : Cold Case
Création : 04.03.2009 à 18h44
Auteur : nala62
Statut : Terminée
« Première fic de mon cru ... Soyez indulgents ! Bonne lecture ... » nala62
Cette fanfic compte déjà 13 paragraphes
Aéroport de Philadelphie, 16 mai 1998, 23H35. Zone de traitement du fret, hangar 23.
•- Unité 4 à unité 6, rien dans le secteur. Tout semble ok . L'embarquement phase 3 peut commencer .....
•-Bien reçu ! nasilla une voix dans le talkie - walkie de l'officier des douanes chargé de la surveillance de la plate-forme en partance vers l'Europe.
•-Attendez ! Les chiens ont flairé quelque chose dans un des containers. Stoppez la phase 3 !
L'officier des douanes rejoignit les deux autres gardes et les chiens qui ne cessaient de tourner nerveusement autour d'eux.
•-Ouvrez le ! Je crois que celui-ci est bon pour rester ici .... Ordonna-t-il alors qu'il vérifiait la provenance, le contenu et les numéros d'enregistrement d'usage sur son registre.
•-Bon sang, cria l'un des gardes, regardez là !
Dans le halo de la lampe torche, ils aperçurent dans un coin, derrière de grosses palettes enrubannées de cellophane, un corps recroquevillé sur lui-même. L'officier s'approcha et chercha en vain le pouls sur le poignet d'un jeune homme âgé d'une vingtaine d'années. Ses vêtements blancs étaient maculés de traces rouges et son visage était tuméfié.
L'officier des douanes appela la brigade de police qui immédiatement prit possession des lieux pour condamner le secteur en attendant les inspecteurs des polices scientifique et criminelles.
Le jeune homme ne portait aucune pièce d'identité. Seules, une petite statuette en jade représentant un éléphant et une serviette en papier d'une des cafétérias de l'aéroport avec une inscription : Je le fais pour toi Sally, ne l'oublie jamais avaient été retrouvées dans sa poche.
L'enquête ne révéla rien de plus et l'affaire fut classée sans suite.
Chantier de rénovation de l'hôtel Westborough, Cherry street, 22 février 2008, 8 H 20.
•- Elle commence bien cette journée ...
Nick Véra essayait tant bien que mal de traverser le chemin de planches installé rapidement au-dessus du trou béant creusé pour les nouvelles fondations afin de rejoindre ses collègues de l'autre côté, là où les ossements avaient été dégagés.
•- La prochaine fois que des ouvriers nous appellent, demande-leur d'éviter de creuser des pièges anti-flic ! pesta Nick à l'intention de Lilly Rush qui esquissa un sourire. La jeune femme était arrivée quelques minutes auparavant avec l'inspecteur Miller qui discutait avec le responsable de la section scientifique. Vêtue de son tailleur gris perle, les cheveux relevés dans un chignon approximatif, l'inspecteur Rush se tenait accroupie dans le carré délimité par un ruban jaune, observant avec minutie une petite statuette verte en forme d'éléphant que les techniciens venaient de trouver dans la fosse mise au jour.
•-Les ouvriers ont trouvé le corps ce matin. La police scientifique nous indique qu'il se trouve là depuis au moins 30 ans, annonça Kat à Vera. Apparemment, ce serait le corps d'une femme. On en saura plus après l'autopsie.
•- Elle tenait la statuette dans sa main, le corps recroquevillé dessus, comme si elle voulait la protéger, lança Lilly perdue dans sa réflexion.
•-Qui voudrait protéger ce machin là ?! On peut en trouver à chaque coin de Chinatown ! demanda Véra de plus en plus de mauvaise humeur, maugréant après ses chaussures pleines de boue.
•- Quelqu'un pour qui cela avait une très grande valeur, au point d'y perdre la vie, conclut Lilly.
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 23 février 2008, 15 H 30.
Il régnait une atmosphère faussement calme dans le bureau. Les esprits étaient encore agités par les événements de la veille ; un témoin en avait agressé un autre au beau milieu de la grande salle, renversant bureaux, ordinateurs et dossiers, avant d'être maîtrisé par les deux gardes en faction. L'un des témoins avait reçu un coup de couteau, heureusement sans gravité. La sécurité avait, de ce fait, été renforcée, mais l'idée même d'un témoin armé dans les locaux soulevait beaucoup d'interrogations et de nervosité dans les étages.
Lilly était en train de consulter ce que Jeffries avait trouvé sur internet au sujet de la statuette. Il rapportait ce qu'il avait trouvé au lieutenant John Stillmann qui dirigeait l'équipe.
•-C'est une statuette représentant un éléphant albinos. Dans la religion bouddhiste, il apparaît comme le père de Bouddha, le fondateur de la religion. Cette statuette fait partie d'un ensemble bien précis, expliqua Will.
•- La représentation des esprits de la montagne, précisa Lilly qui regardait les photos de l'œuvre d'art sur l'écran de son ordinateur.
•- Cette série de quatre statuettes fait partie de la collection du musée d'art de Philadelphie. Elles avaient été volées en 1977. Deux d'entre elles ont été retrouvées peu de temps après lors d'une vente aux enchères d'art à Los Angeles. On ignore où sont passées les deux autres, poursuivit Will
•- Hé bien maintenant, on sait qui détenait la troisième ! annonça Kat qui venait d'arriver, un dossier à la main. Voilà le rapport du médecin légiste. L'examen dentaire nous apprend son identité : Brenda Johansonn. Disparue depuis le 15 juillet 1978. Résident auparavant à Chestnut hill, conservatrice de la section des antiquités asiatiques du musée d'art de Philadelphie. Divorcée de Vincent N'Nameen , un français d'origine cambodgienne, porté disparu en 1977. Un fils, Martin, disparu en 1998.
•-Ben on peut pas dire que côté famille, y'aura du monde à interroger, lança ironiquement Nick qui assis à son bureau, écoutait d'une oreille distraite le rapport de Kat.
•-Tous les membres de cette famille ont disparu ? s'étonna Lilly. Cela me paraît une coïncidence surprenante !
•- Cause de la mort inconnue, poursuivit Miller. Pas de trace de coups ou de blessures.
•-On peut déjà consulter alors le fichier des personnes disparues pour l'ex-mari et le fils, fit Stillmann à Véra. Et il faudrait aller chercher du côté du musée. Une conservatrice qui disparaît dans le même temps que des œuvres sous sa protection, cela reste suspect.
•- J'y vais avec Kat chef, déclara Lilly en se levant.
Tandis qu'elle s'apprêtait à mettre son manteau, John la suivit et lui demanda à part :
•- Vous avez eu des nouvelles de Scotty ?
•- Non, pas depuis l'enterrement, répondit-elle. Il m'avait dit qu'il passerait quelques temps chez son frère pour s'occuper de sa mère. Elle n'arrivait toujours pas à croire à la mort de son mari.
•- Ce fut brutal, en effet, dit-il.
•- Lilly acquiesça avec un demi sourire triste. Elle savait ce que pouvait ressentir son partenaire dans ces moments là. Il venait de perdre son père dans un accident de voiture. Elle, avait perdu sa mère l'année dernière. La douleur de cette perte étaient encore ancrée profondément, et elle savait qu'il faudrait du temps, à Scotty comme à elle d'ailleurs, pour faire son deuil.
Elle mit son manteau et lança à Kat :
•- Allons -y.
Musée d'art de Philadelphie, 23 février 2008, 16 H 40.
Après avoir obtenu rapidement un rendez-vous, Lilly et Kat se retrouvèrent dans le bureau du conservateur en chef du musée, le responsable des antiquités asiatiques actuellement en poste ne pouvant les recevoir
- Walt Sunmore. Je n'ai que peu de temps à vous consacrer, annonça-t-il sur un ton froid et distant qui se voulait supérieur.
- Inspecteurs Rush et Miller, police criminelle, répliqua Lilly. Nous aimerions avoir des informations sur Brenda Johansonn. Elle était conservatrice du département des antiquités asiatiques en 1977. Son corps a été retrouvé il y a deux jours enfoui dans une zone en chantier. Vous la connaissiez ?
- Brenda Johansonn ?! J'étais son supérieur ! releva le conservateur avec une pointe d'agacement que Lilly remarqua. Morte ? Elle avait disparu en même temps qu'une pièce importante de la collection du musée. On pensait donc ...
- Qu'elle avait dérobé ces objets, coupa Lilly.
- Avouez qu'il n'y a pas loin à aller chercher ! s'exclama Sunmore. Le département avait d'ailleurs demandé à ce qu'une enquête soit ouverte, suite à la plainte déposée. La police ne l'avait jamais retrouvée, ni elle, ni les statuettes !
- Ces statuettes représentaient donc une si grande valeur ? demanda innocemment Kat.
- Sachez que dans l'art Khmer, il est bien rare de trouver des figures divines sculptées dans un jade de cette qualité ! répondit Sunmore avec un ton professoral déplaisant. Le plus souvent, ce sont des grès ou des bronzes.
- Et au sujet de la famille de Brenda, vous saviez que son ex-mari avait disparu quelques temps auparavant ? questionna Lilly.
- Vincent N'Nameen. Oui, je l'avais appris.
- Vous le connaissiez donc ?
- C'était l'un des meilleurs spécialistes de l'art statutaire cambodgienne Khmer de l'époque d'Angkor au XIIIème siècle. C'est d'ailleurs pour cela qu'il avait dû fuir le pays où il était né quand le mouvement des Khmers rouges s'est développé et a pris le pouvoir. Bien qu'issu d'une mère française, on le considérait comme un intellectuel cambodgien. En cela, il était condamné à mort par le nouveau régime. Il avait alors réussi à avoir le statut de réfugié politique ici, aux Etats-Unis. Je connaissais sa réputation et quand j'ai appris qu'il vivait désormais à Philadelphie, je lui ai offert tout de suite un poste. C'est moi-même qui l'ai présenté à Brenda. Ils se sont mariés peu de temps après leur rencontre.
- Il travaillait donc pour vous ? demanda Kat
- Oui, mais en tant que consultant du musée. Il donnait des conférences aux étudiants en arts de la région. Il était très doué !
- Pourquoi a-t-il disparu à votre avis ?
- Hé bien je me souviens, un soir, lors d'une réception que je donnais, je l'avais surpris en train de se disputer avec Brenda dans le salon. C'était d'ailleurs peu de temps avant sa disparition ...
Flashback : maison de Walt Sunmore, 12 décembre 1976
- Tu m'avais promis Vincent que tu arrêtais ! Pourquoi faut-il que tu continues ainsi !
- Ecoute, je n'ai pas le choix ! Si je pouvais ...
- Mais tu as pensé à nous, au bébé ?! Je ne supporte plus cette pression ! Je ne peux plus continuer de vivre ainsi, dans la peur.
- Ne me demande pas de choisir Brenda. C'est impossible, ils me tiennent.
- Je suis désolée, Vincent, ...
- Brenda, si tu me lâches, le département me lâche aussi, et ça c'est impossible ! cria Vincent.
- Je suis désolée, je suis désolée, ....
Et elle quitta précipitamment la pièce et la soirée. Après ce soir là, Je n'ai plus jamais revu Vincent.
-Il avait suivi sa femme ? questionna Miller.
- Non, il est resté jusque la fin, mais je voyais que quelque chose n'allait pas. Il lançait des regards inquiets sans cesse dans tous les sens. Quand je lui ai demandé ce qu'il se passait, il m'a répondu que le bébé était malade, que la baby-sitter avait appelé et que Brenda avait dû partir en urgence. Je savais qu'il mentait.
- Merci Monsieur Sunmore. Si quelque chose d'autre vous revenez, appelez moi, fit-elle en tendant sa carte de visite.
En sortant du bureau, Lilly et Kat se mirent à discuter de leur interrogatoire.
- Un homme charmant , fit remarquer ironiquement Kat.
- Oui ! On ne peut pas dire qu'il portait Brenda dans son cœur apparemment. Son ex-mari non plus d'ailleurs. Elle le menace de demander le divorce, Vincent perd alors aussi la protection du musée, ce qu'il refuse à toux prix, ... dit Lilly.
- Cela fait un bon mobile pour disparaître et tuer sa femme ! répliqua Kat.
- Nous reste à savoir pourquoi il avait besoin que Brenda le couvre et qui le menaçait ainsi...
Lilly fit démarrer la voiture. Elle réfléchissait à ce qui aurait pu pousser Vincent N'Nameen à se sentir comme un bête traquée et à tuer sa femme. Et qu'était-il advenu du bébé jusqu'à sa disparition en 1998 ?
Kat la tira brutalement de ses pensées.
- Lil', le feu est vert ! Tu peux passer ...
- Oui, je réfléchissais ...
- Dis moi, Valens t'a appelé ? s'enquit-elle.
- Pas depuis l'enterrement. Il va rester un moment chez son frère. Et toi ?
- Non, rien non plus, répondit-elle. Je m'inquiète pour lui.
- Il a besoin d'être en famille. C'est un moment douloureux à passer. Je suis sûr qu'il fera face , fit Lilly.
Les mots résonnaient faux dans sa bouche. Elle était aussi inquiète que Kat. Scotty avait l'air si perdu le jour de l'enterrement, même s'il n'avait pas voulu pas le montrer. Lilly avait aperçu l'espace d'un instant dans son regard le même mélange de tristesse, de peur et d'angoisse qu'elle avait ressenti lors de la mort de sa mère. Elle aurait voulu le prendre dans ses bras, le serrer fort pour le réconforter, mais évidemment, elle n'avait pas osé.
Appartement de Lilly Rush, 23 février 2008, 22H10.
Lilly fouillait désespérément dans son sac, cherchant le trousseau de clés de sa maison. Quand elle l'eut trouvé et que le cliquetis de la serrure qui s'ouvrait se fit entendre, elle sentit en entrant dans la pièce deux boules poils se frotter contre ses jambes.
- Mais vous ne me laissez même plus le temps d'entrer maintenant ! Vous êtes donc si affamés que ça !! fit-elle en souriant malgré la fatigue de ces dernières heures au bureau.
En effet, après l'interrogatoire du conservateur, elle était retournée au bureau où Véra lui avait appris que Martin N'Nameen avait été placé en foyer, puis en famille d'accueil après la disparition de sa mère en 1978. Il avait alors deux ans. Preston et Candice Miller l'avait adopté et il avait grandi non loin d'ici, dans la ville de Camden, dans le New-Jersey. Elle ne pouvait s'empêcher de penser à ce petit garçon abandonné à deux ans par le destin.
Après avoir nourri ses deux fauves, Lilly jeta un œil sur son répondeur. Aucune lumière lui indiquant un message ne clignotait. Elle aurait bien voulu avoir des nouvelles de Scotty tout de même. L'enterrement avait eu lieu il y a 6 jours maintenant. Elle avait songé plusieurs fois à l'appeler sur son portable pour lui dire qu'elle était là s'il avait besoin de quoi que soit, mais elle ne l'avait pas fait et elle ne savait pas vraiment pourquoi.
La jeune femme se dirigea vers sa cuisine et sortit deux boîtes de carton contenant chacune un plat chinois qu'elle s'empressa de mettre dans le micro-onde pour les faire réchauffer. La cuisine n'avait jamais été le fort de Lilly, elle avait au moins ça en commun avec sa mère !
Allumant la télé, elle s'enfonça dans son canapé, ferma les yeux et essaya de faire le vide dans son esprit comme la psy lui avait conseillé de faire parfois, dans les moments où elle se sentait perdre pied. Olivia vint se coucher sur les genoux de la jeune femme qui ne bougea pas. Elle avait beau faire essayer d'oublier son boulot, de sentir les choses rassurantes de son environnement proche, elle se sentait comme au bord d'un gouffre. Elle était seule et ce soir ce sentiment de solitude l'envahissait plus qu'à l'accoutumée. Allait-elle réussir à le fuir ou les cauchemars hanteraient-ils encore cette nuit ?
Le téléphone résonna brusquement, la tirant de sa concentration. C'était Scotty.
- Hey ! Rush ?! C'est Scotty... Je ne voudrais pas te déranger.
- Scotty ! Fit-elle avec une voix qui trahissait un peu la joie de l'entendre.
- J'appelle tard ... Je ne savais pas si tu allais répondre ...
- Tu sais bien que tu peux m'appeler à n'importe quel moment. Comment te sens -tu ?
- Je ne sais pas. Mieux je pense. Il y a pas mal de choses à gérer tu sais. Mamma ... C'est très difficile pour elle.
- Comment va -t-elle ? demanda Lilly.
- Je crois que le choc est en train de passer. Pour le moment, on le la laisse pas trop seule. Cela lui fait du bien je pense d'être entourée des enfants aussi. Mike lui a proposé de rester un peu chez eux mais elle a refusé, c'est peut-être un bon signe ...
- Scotty... J'aurais voulu appelé tu sais mais ...
- Je sais que je pouvais t'appeler Lil', ne t'inquiète pas. Je sais sur qui je peux compter ...
- Je sais mais je m'en veux .
- N'en parlons plus veux tu ?! demanda-t-il avec insistance.
Un silence s'installa durant quelques secondes.
- Je reprends le boulot demain, c'est aussi ... pour ça que j'appelais. J'ai besoin de m'occuper l'esprit et savoir ce qui se passait au bureau, fit Scotty.
- On a une affaire assez difficile. Tu verras demain ...
Elle ne voulait pas lui demander s'il était sûr de vouloir reprendre si tôt. Elle respectait son choix.
- Je suis content de t'entendre Lil', ça fait du bien ...
- Moi aussi Scotty. Je suis heureuse de t'entendre ... Veux-tu que je passe demain te prendre ?
- Non, je rentre demain matin directement.
- D'accord, comme tu veux , répondit -elle doucement.
- Lil' ... je ne te l'ai jamais dit ... vraiment ... merci.
- A demain Scotty.
Elle raccrocha avec le sentiment d'un acte manqué. Pourquoi n'arrivait jamais-t-elle à dire les choses qu'elle voulait simplement ?
En soupirant, elle se leva pour aller chercher son repas qui avait refroidi dans le four. Elle mangea sans appétit et monta se coucher. Malgré toute sa bonne volonté, le sommeil ne la trouva qu'à une heure avancée de la nuit. Trop de questions venaient assaillir son esprit qui restait en alerte.
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 24 février 2008, 9 H 15.
Jeffries et Miller étaient déjà dans la salle des archives en train de chercher un dossier correspondant à Martin N'Nameen quand Lilly arriva, l'air maussade. La nuit avait été courte et le café de la cuisine en haut très léger. Kat avait remarqué son état mais n'en dit rien. Jeffries lui lança un regard à la fois étonné et inquiet, ce que Lilly ignora.
- Vous avez trouvé quelque chose, lança-t-elle à ses collègues, prenant un dossier au hasard parmi ceux étalés sur le sol.
- Hé bien, pas encore fit Kat. On a sorti les affaires entre 1998 et maintenant avec un homme entre vingt et trente ans assassiné.
- Ca fait pas mal d'affaires ça, fit Lilly avec une moue inhabituelle, elle qui mettait d'habitude plus d'enthousiasme que cela ...
Après une demi-heure de recherches, Will appela ses collègues.
- Je crois que j'ai quelque chose qui pourrait peut être correspondre : homme de race blanche, typé asiatique, entre vingt et vingt-cinq ans, retrouvé sans identité à l'aéroport de Philadelphie en 1998.
- Hum, ça pourrait en effet correspondre répondit Kat, sans même relever la tête du dossier qu'elle était en train de lire.
- Je crois que ça correspond, fit Lilly en fouillant dans le carton d'où Will avait tiré le dossier, regarde ce qui a été retrouvé sur lui.
Elle montrait une photo une statuette verte représentant un éléphant identique à celle trouvée à côté du corps de Brenda Johansonn.
- C'est la même statuette ! s'exclama Kat.
- Je crois qu'on vient de retrouver Martin N'Nameen, conclut Will. Une visite à ses parents adoptifs s'impose.
Les trois inspecteurs prirent l'ascenseur pour remonter dans le bureau. En passant devant le bureau de Stillmann, ils virent Scotty en train de discuter avec le chef. Lilly n'avait pas vu le temps passer. En regardant sa montre, elle se fit la réflexion que Scotty n'avait pas démarré non plus à l'heure, ce qui , vu les circonstances, n'était en soi pas un malheur.
Au bout de quelques minutes, le jeune flic sortit du bureau. Il vint à la rencontre de ses collègues tous installés autour du bureau de Lilly. Scotty les gratifia d'un « salut tout le monde » qu'il voulait plus joyeux qu'il ne le fit réellement. Will et Nick lui serrèrent chaleureusement la main, Kat l'embrassa et Lilly restée assise lui décocha un grand sourire qu'il lui retourna en lui faisant un clin d'œil.
- Alors, fit-il , le chef m'a informé de l'enquête en cours. Qu'est-ce qu'on a d'autre ?
Il prit le dossier posé sur le bureau devant Lilly.
- On vient de trouver que Martin N'Nameen avait été retrouvé mort en 1998 à l'aéroport avec dans ses poches une des statuettes de jade identiques à celle trouvée sur sa mère Brenda lui raconta Lilly.
- Ce qui veut dire que les 4 statuettes sont retrouvées fit Scotty.
- Oui, fit Kat.
- Ce Martin avait été adopté non ?! Peut être que ses parents adoptifs étaient au courant pour cette statuette ?
- Je ne sais pas, lui répondit Lilly. Mais on va vite le savoir. Il va falloir aller les prévenir e notre découverte.
- Je t'accompagne Lil' fit le jeune homme.
- Ok, mais je conduis.
Il n'eut pas l'envie de la contredire.
Ils descendirent les étages dans l'ascenseur bondé. A croire qu'aujourd'hui, flics, voyous et témoins s'étaient tous donnés rendez-vous pour passer d'un étage à l'autre du bâtiment de la police pensa Scotty. La vie grouillante continue. Lilly lui jeta un coup d'œil et esquissa un demi-sourire un peu gêné devant cette agitation.
Ils arrivèrent dans le parking et montèrent dans la voiture en silence. Lilly démarra toujours sans rien dire.
Au bout d'un moment, elle rompit le silence de l'habitacle.
- La famille adoptive de Martin habite toujours à Camden.
- OK, répondit Scotty en regardant les immeubles défiler à travers la vitre.
Lilly avait essayé d'entamer la conversation, en vain. Elle n'insista donc pas, voyant Scotty songeur et silencieux. Le nouveau silence pesant qui s'était installé l'embarrassait. Au bout de quelques minutes, Scotty sortit de sa torpeur et se rendit compte de la gêne produite. Il se mordit la lèvre.
- Je suis désolé ... Tu disais ? répliqua-t-il dans un sourire.
- Tu es sûr de toi Scot ? On va quand même leur annoncer une mauvaise nouvelle et je sais que ...
- C'est bon ! Si je suis là, c'est que je me sens prêt. C'est pas la meilleure partie du boulot, mais il faut la faire, alors ne perdons pas de temps veux-tu.
- Ok, c'est toi qui vois ! fit Lilly résignée.
- Tiens ça doit être par là. Gare toi ici doucement.
- Ca ne me manquait pas ça ....
- Quoi donc ? fit-il interrogateur.
- Quand tu joues au GPS avec moi Valens !
Il lui sourit. C'était une plaisanterie qui lui fit du bien.
Résidence de Preston et Candice Miller , Camdem, New-Jersey, 24 février 2008, 11H45.
Un homme en pantalon crème large et chemise de flanelle épaisse marron s'affairait à rentrer des rondins de bois taillés de manière identique dans le garage grand'ouvert. Il devait avoir une soixantaine d'années mais il avait l'air suffisamment alerte pour s'activer de la sorte.
- En voilà un qui veut vraiment attraper une pneumonie ! lança Scotty.
La température à cette époque ne s'élevait que de très peu au-dessus de zéro à cette heure-ci. Et en cette fin de matinée, un vent glacial venait fouetter les visages des deux inspecteurs.
- Monsieur Miller ? fit Lilly.
- Oui. C'est pour quoi ? répondit l'homme en se retournant vers eux.
- Inspecteurs Rush et Valens, criminelle annonça Lilly alors qu'ils présentaient tous deux leurs plaques respectives.
- Qu'est-ce que vous voulez ? leur demanda-t-il sur un ton entre l'indignation et la colère. L'homme avait gardé un très mauvais souvenir de la police lorsqu'il avait signalé la disparition de son fils adoptif il y a dix ans déjà. Il avait eu à l'époque la sensation de ne pas avoir été pris au sérieux et avait conservé beaucoup de rancune et de rancœur envers les forces de l'ordre.
- Nous venons vous parler de votre fils, Martin.
- Quoi ? Vous vous réveillez dix ans après ! Dix ans qu'il a disparu !
Puis se résignant.
- Vous l'avez retrouvé ? Vous avez retrouvé mon fils ?
- Pourrions - nous vous parler tranquillement à l'intérieur monsieur Miller ? demanda Valens.
L'homme les fit rentrer dans le salon et leur indiqua où s'asseoir.
- Preston, qui sont ces gens ? demanda discrètement un petit bout de femme aux cheveux manifestement teints dans une couleur trop sombre pour elle.
Lilly se leva et avança vers elle en tendant la main pour se présenter, elle et son coéquipier.
- Ils ont trouvé quelque chose sur Martin dit monsieur Miller à sa femme d'une voix mal assurée. Sans doute, imaginait-il déjà ce que Lilly allait leur dire.
- En effet, suite à une affaire en cours, nous avons retrouvé la trace de votre fils. Malheureusement, je dois vous annoncer qu'il est décédé aujourd'hui, dit Lilly.
Madame Miller s'assit, ferma les yeux et serra les poings sur ses genoux. Elle avait tant redouté ce moment, sachant qu'un jour il pourrait arriver mais refusant d'y croire néanmoins. Elle prit une grande inspiration et rouvrit les yeux. Son mari lui donna la main et demanda aux inspecteurs calmement :
- Il est mort ? Quand cela est-il arrivé ? Comment ?
- On l'a retrouvé à l'aéroport de Philadelphie, dans un container en partance pour l'Europe en mai 1998.
Madame Miller se mit à renifler mais aucune larme ne vint lui brouiller la vue.
- A-t-il été assassiné ? interrogea Preston Miller. Toute sa colère s'était évanouie pour faire place à un besoin de connaître la vérité, aussi dure soit-elle.
- Nous voulons faire la lumière sur son décès, monsieur. Nous avons aussi quelques questions à vous poser, fit Scotty.
- Très bien, nous vous écoutons fit Madame Miller.
- Votre fils, Martin avait été adopté. Connaissez-vous ces vrais parents ? questionna Lilly.
- Non. Du moins pas au début. L'agence d'adoption garde ce genre de renseignements confidentiels. En fait, nous avons appris qui étaient les vrais parents de Martin de manière plutôt brutale. Nous n'en avons jamais parlé car cela aurait été dangereux, expliqua -t-elle...
Flashback : devant l'école publique Fairview, Camden, New Jersey, 12 avril 1984.
- Tu n'oublieras pas de prendre ton sac de sport cet après-midi Martin, sinon, tu te feras encore disputé par la maîtresse !
- Promis !
- Et ce soir c'est papa qui vient te rechercher. On ira au magasin te prendre ces nouvelles baskets comme on avait dit.
- Celles avec les bandes qui clignotent sur le côté ?
- Ca on verra avec ton père !
- Allez, s'te plaît !
- J'ai dit on verra ! Allez ! Vite ! Tu vas être en retard !
- A t'à l'heure M'man !
- C'est un petit garçon charmant ... fit une voix d'homme très doucement dans le dos de la jeune femme.
- Oui ...Mais ...
- Ce serait bien dommage qu'il lui arrive un malheur.
- Comment ... Mais de quoi parlez -vous ? Qui êtes-vous ?
- Alors vous devriez me rendre gentiment la statuette de jade que Brenda Johansonn avait offerte à son fils.
- Brenda Johansonn ? C'est la mère biologique de Martin ? Martin n'a pas de statuette verte !
- Je vous conseillerai de ne pas faire d'histoires... Ni d'en avertir la police.
- Mais je ne sais vraiment pas de quoi vous voulez parler !
- Ecoutez, si vous m'apportez cette statuette, vous n'aurez rien à craindre. Dans le cas contraire ...
- Qu'avez-vous fait alors, demanda Scotty.
- J'ai fouillé dans les affaires qui nous avaient été remises quand nous avons accueilli Martin. Et j'ai bien trouvé une statuette d'éléphant verte. Je l'ai remise à cet homme le lendemain.
- Comment était -il ?
- Je ne saurais vous le dire, cela fait si longtemps, il portait des lunettes avec des verres fumés et un chapeau lui camouflant le visage. Après cela, je ne l'ai plus jamais revu. Pensez vous que ... que c'est cet homme qui en aurait voulu à Martin ? demanda la mère.
- Je ne sais pas madame, mais nous tâcherons de le savoir fit Lilly déterminée.
A ce moment là, une jeune femme entre trente et trente-cinq ans entra avec une fillette dans les bras.
- Je vous présente ma fille Sally et ma deuxième petite -fille Nora, fit monsieur Miller aux inspecteurs.
Lilly hocha rapidement la tête en lui serrant la main.
- Ces gens sont des inspecteurs. Ils sont venus nous parler de Martin., explique Madame Miller à sa fille.
- Ah bon ? fit Sally d'un air entre l'étonnement et l'hésitation.
- Nous allons vous laissez en famille. Nous vous remercions et nous ferons tout pour connaître la vérité dit Lilly.
- Nous vous remercions fit Monsieur Miller en les raccompagnant à la porte.
- Un homme recherchait donc activement cette statuette conclut Valens.
- Oui, et ça pourrait être bien le vrai père de Martin, répliqua Lilly.
- En tout cas, vu qu'il est dans la nature vivant ou non, ça ne nous avance pas beaucoup !
- Le nom de Sally ne te rappelle rien Scotty ?
- Ca figurait sur le papier retrouvé dans la poche de Martin, non ?
- Oui ! Il va falloir l'interroger au poste. Elle devait connaître l'existence de la statuette.
Scotty monta dans la voiture.
- Allez Rush, je commence à avoir vraiment très faim, je t'invite.
- T'es sérieux là ?
- Je n'ai pas eu le cœur à bien manger ces derniers temps. Alors là que la faim me tient, j'ai envie de partager un repas italien avec toi, qu'en penses-tu ?
- Ca marche répondit-elle avec un grand sourire, heureuse de voir son ami prendre cette initiative, surtout après un interrogatoire assez pénible.
Ils se retrouvèrent donc dans un restaurant de Little Venice où Scotty avait apparemment quelques habitudes se dit Lilly, vu l'accueil du patron. Elle se fit la réflexion que vraiment, elle était loin de connaître tous les côtés Scotty Valens et qu'il arrivait à l'étonner encore.
- Je suis heureux d'être là Rush, il faut profiter du temps que l'on a ! Il ne faut surtout pas le gâcher en discours inutile ...
Il avait parlé en la regardant droit dans les yeux. Sa main ne se tenait qu'à quelques centimètres de celle de Lilly posée sur la table.
Elle sentit en une fraction de seconde son visage s'empourprer et un trouble monter en elle. Elle détourna son regard... Scotty fit alors de même lorsque le serveur vint vers eux pour prendre leur commande.
Elle se sentait stupide et se traita intérieurement d'idiote pour avoir réagi comme une collégienne à son premier rendez-vous.
Elle profita de la diversion de la commande pour dévier la conversation sur l'affaire en cours. Voyant cela, Scotty se laissa embarqué avec elle dans des théories qu'ils allaient devoir vérifier s'ils voulaient résoudre ce dossier. Le reste du repas se poursuivit de la même manière. Ils retournèrent ensuite au Central.
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 24 février 2008, 17H43.
Le reste de la journée passa à une allure très lente pour l'équipe, entre la consignation des interrogatoires à mettre dans le dossier et la recherche d'un dossier concernant le disparu Vincent N'Nameen.
- Choux blanc sur toute la ligne ! fit Nick, la cravate défaite et le visage fatigué. Y'a rien en bas qui corresponde au profil de ce type.
- Rien non plus dans la base de données des autres états, ajouta Will.
-Je vais voir ce que ça donne côté témoin, fit Nick en se dirigeant vers la petite d'observation qui jouxtait la salle d'interrogatoire.
Il rejoignit Stillman et Valens qui se tenaient debout derrière la glace sans tain. Une jeune femme était assise dans l'autre pièce. Elle se tenait nerveusement les mains posées sous la table, sur ses genoux. Ces lunettes à grosse monture lui donnaient un air vieillot. Lilly enta, un dossier dans les mains.
- Merci d'avoir répondu si vite à notre appel, madame Baumann. Vos parents vous ont expliqué notre visite de ce matin.
- Oui, j'ai appris la nouvelle fit tristement Sally.
Elle ne semblait pourtant pas si étonné que ça remarqua Lilly.
- Vous étiez proche de votre frère ? questionna l'inspecteur en tournant autour de la table.
- Oui, très proche, même si Martin avait été adopté, je l'ai toujours considéré comme mon frère de sang. Nous avions peu d'années d'écart.
- Vous avait-il contacté avant sa disparition ?
- La dernière fois que je l'ai vu, c'était à la maison, la veille du jour où il a disparu. Le soir, nous fêtions l'anniversaire de mon père.
- Connaissez-vous l'existence de cette statuette ? interrogea Lilly en lui montrant la photo de l'éléphant de jade que le jeune homme avait sur lui.
- Non, je ne l'ai jamais vu. Qu'est-ce que c'est ?
- On l'a retrouvé dans la poche de la veste de votre frère avec ce mot.
Lilly posa sur la table la serviette en papier retrouvée sur le corps soigneusement conservée dans une pochette plastique.
- Avec cette inscription « Je le fais pour toi Sally, ne l'oublie jamais » , poursuivit Lilly.
Sally fixait le mot sur la table sans rien dire.
- Vous saviez que Martin avait volé cette statuette que votre mère avait donnée à un homme quand vous étiez enfants. Vous saviez la valeur qu'elle représentait. Une grande valeur marchande pour un collectionneur privé. Et vu l'état de votre situation à l'époque, mère célibataire, sans emploi, vivant encore aux crochets des parents, cela représentait une aubaine pour se faire un paquet de fric ! Vous avez demandé à Martin de vendre cette statuette. Mais que s'est-il passé ? Il a refusé ? Fit Lilly, en instant sur chaque mot.
- Vous n'y êtes pas du tout ! répondit Sally de plus en plus nerveuse.
- Quoi ? Il a dit non, et vous vous êtes emportée ? Votre petit copain de l'époque s'est occupé de lui, c'est ça ?! bouscula Lilly pour pousser la jeune femme dans ses derniers retranchements.
- Non ! Hurla-t-elle. Jamais je ne lui aurait fait de mal !
Lilly radoucit son ton.
- Mais vous saviez qu'il possédait cette statuette ?
- Je savais qu'il voulait la récupérer. Il avait retrouvé l'homme à qui ma mère l'avait remise. Le soir de l'anniversaire de papa, il m'a expliqué toute l'histoire.
Flashback : résidence des Miller, Camdem, New-Jersey, 15 mai 1998.
- Sally, chérie, je crois que Lorrain est réveillée ... fit Candice à sa fille.
- Je vais voir maman.
Sally entra dans sa chambre où sa fille s'était en effet réveillée.
- Oh oui, ma chérie ! dit-elle prenant sa fille dans ses bras. Tu as besoin d'être toute propre toi !
Martin entra dans la chambre.
- Sally, je peux te parler un instant ...
- Quoi ? Papa t'a encore secoué les puces au sujet de ton stage cet été ?
- Non, c'est sérieux. Je sais qui sont mes vrais parents lui dit-il tout bas.
- Quoi ? Qui te l'a dit ? fit Sally intriguée.
- Il y a cinq mois environ, un homme m'a accosté à la fac. Il s'est présenté comme mon père. Il s'appelle Vincent N'Nameen.
-Quoi ? Mais enfin c'est fou ça , chuchota Sally. Tu es sûr que c'était vraiment lui ?
- Au début, je ne l'ai pas cru. Mais il est revenu me voir à plusieurs reprises sur le campus. Je le prenais pour un dingue, j'ai même prévenu les flics. Mais il m'a présenté mon certificat de naissance. Sally, c'est vraiment mon père !
- Mais qu'est-ce qu'il te voulait ? Pourquoi se manifester maintenant, après toutes ces années ?
- Il m'a raconté qu'il avait baigné dans un trafic d'œuvres d'art asiatique pas très reluisant et qu'il avait été obligé de disparaître pour nous protéger, ma vraie mère et moi. Malheureusement, elle a disparu en 1978.
- Ta vraie mère ne t'a pas abandonnée comme le disait les parents ? fit Sally.
- Non. Vincent soupçonne celui pour qui il détournait les œuvres d'art d'avoir fait disparaitre ma mère. Elle travaillait au musée d'arts de Philadelphie. Elle savait que Vincent était impliqué dans un trafic mais ne savait pas qui en était à l'origine. Un grand ponte du musée apparemment.
- Mais c'est une histoire de dingues ça !
Sally s'était arrêtée de changer la petite allongée sur le lit et regardait son frère fixement.
- Et tu crois vraiment ce type sorti de je ne sais où ?!
- Il a une tumeur au cerveau, Sally. Ces jours sont comptés et cette fois, il ne veut plus fuir sa peur. Il pensait ne jamais me revoir, mais ... C'est sa seule chance de réparer tout le mal fait par le passé...
Un silence s'installa dans la pièce. La petite Lorrain s'était mise à gazouiller.
- Cela fait trois semaines que je n'ai plus de nouvelles de lui, reprit Martin. Mais il m'a donné le nom de celui qui était derrière tout cela, le gars à qui maman a donné ma statuette éléphant.
- Et alors ? Qu'est-ce que tu vas faire maintenant.
- Je vais la récupérer, fit dit avec un air grave. Demain. J'ai rendez-vous avec lui au parc Roosevelt au sud de Philly.
- Tu es devenu fou ! Ne te mêle pas de ces histoires Martin, je t'en prie. Il faut prévenir la police.
- Non, Je dois aller à ce rendez-vous. Il le faut Sally, je dois savoir la vérité. Ce type connaît bien mon père, il a travaillé avec lui. Il sait sûrement où je peux le retrouver.
- Tout va bien ici ?! Vous êtes bien longs !! Votre père va s'impatienter s'il n'ouvre pas ses cadeaux tout de suite, fit Candice en poussant la porte de la chambre.
- Voilà, on arrive ! s'empressa de répondre Sally.
- On n'a plus eu l'occasion d'en reparler ensuite. Je ne l'ai plus revu après son départ, mais je me suis douté que quelque chose de grave était arrivé.
- Pourquoi ne pas avoir prévenu la police à ce moment là ? questionna Lilly.
- Je ne sais pas. Je croyais que Martin avait réussi à récupérer cette maudite statuette et que ...
- Qui était cet homme qu'il devait retrouver le lendemain ?
- Je ne sais pas. Mais ce n'était pas son père en tous cas.
Derrière la vitre sans tain, Stillman fit à Scotty et Nick :
- Un grand ponte du musée, qui a travaillait avec N'Nameen et qui était au courant de la valeur des statuettes et de l'histoire du couple ...
- Je crois que Monsieur Sunmore va venir nous rendre visite... conclut Scotty.
Dans la pièce, Lilly termina de prendre ses notes, se tourna un instant vers la vitre, et se leva pour ouvrir la porte. Sally Baumann quitta rapidement la pièce et le service.
- Beau boulot, Lil' vint lui dire Nick.
Elle hocha la tête et retourna à son bureau pour finir de mettre en forme ses notes. Elle sentit glisser sur elle le regard de Scotty qui prit congé d'eux pour rentrer chez lui.
Elle décida de partir aussi relativement tôt aujourd'hui. L'affaire avait bien avancé mais elle ne pouvait plus rien faire d'autre pour le moment.
Appartement de Lilly Rush, 24 février 2008, 20H34.
Lilly s'était décidé ce soir à faire un peu de rangement dans la tonne de papiers et autres courriers « urgents » qu'elle avait laissé s'accumuler depuis plusieurs semaines. Après être passée au market du coin pour ravitailler son frigo en nourriture principalement sous vide, elle s'était fait couler un bain dans lequel elle avait traîné plus que de raison. Cela l'avait vraiment détendu et c'est d'humeur joyeuse qu'elle avait revêtu pour la soirée un joli petit ensemble de détente blanc et orange, ce qui détonait radicalement avec les ensembles traditionnellement stricts qu'elle portait au boulot.
Alors qu'elle réfléchissait à ce qu'elle allait bien pouvoir manger, on tambourina deux coups secs à la porte. Elle alla ouvrir. Scotty se trouvait sur le perron. Elle fut surprise de le voir et se demanda intérieurement ce qui se passait.
- Toc toc, fit-il avec un grand sourire.
- Hey ! Entre donc Scotty. Il ne fait pas bon traîner dans les rues avec ce froid le soir dis moi !
- Je sais ! répondit-il en se frottant les mains pour les réchauffer. Tu as mangé Lil' ?
- C'est une invitation ?
- Oui ! Que dirais-tu donc de sortir faire un tour ce soir ?!
- Hé bien, c'est inhabituel que tu me proposes ce genre de choses ! répondit-elle un peu désarçonnée.
- Tu avais prévu peut être autre chose pour ta soirée ?
- Non, pas particulièrement ! Mais j'avoue que ....
- Allez Lil ! fit-il sur ton qui se voulait entraînant. Quand as-tu vu pour la dernière fois un bon film hein ... ?
- Y'a longtemps c'est vrai, lui répondit-elle en s'asseyant sur le canapé. Ce qu'il fit également.
- Je pensais que ça te plairait de sortir un peu en dehors du boulot ! A part ça, qu'est-ce qu'on fait d'autre sinon ... remarqua-t-il.
- Je t'offre un café ... ou autre chose ? lui demanda -t-elle en se levant pour aller dans la cuisine.
- Alors ? fit-il, ignorant volontairement la tentative de Lilly d'esquiver sa proposition. Ca te tente ?
- Je pensais que, vu les circonstances, tu n'aurais pas forcément envie de sortir ainsi et ...
- Quoi Lilly ? s'explosa-t-il, on est vivants ! On bosse comme des fous toute la journée pour quoi ? Se retrouver seul le soir dans un appart' ? Pour se dire qu'il y a dehors des tas de tarés derrière lesquels on passera à courir toute la journée du lendemain ? Pour se rendre compte dans 15 ans qu'on a foutu une bonne partie de notre vie en l'air !!
Lilly resta à le regarder sans bouger. Jamais elle n'avait vu son ami dans un tel état, à part peut être quand Elisa était morte. Et même à ce moment là, il avait dissimulé au plus profond de lui tous ses doutes, ses peurs, ses interrogations. Mais voilà qu'aujourd'hui, elles ressurgissaient et qu'il n'arrivait pas à les contrôler.
Lilly vient s'asseoir doucement auprès de lui.
- Lilly, dis moi, à quoi ça sert de continuer ainsi, à faire semblant ?
Il la regardait droit dans les yeux. Les siens, habituellement si expressifs malgré leur couleur foncée, étaient embués de larmes naissantes.
Elle ne sut quoi lui répondre, elle-même gênée par ce qu'il venait de lui dire. Elle ressentait tellement fort aussi ces interrogations ; jamais elle n'aurait pensé qu'il aurait pu lui révéler les mêmes !
Pour toute réponse, elle posa sans réfléchir sa main sur la sienne. Il la serra doucement.
L'interrogeant du regard, elle lui caressa les cheveux et fit basculer sa tête sur son épaule. Scotty se laissa faire sans rien dire. Elle continua à l'enlacer et lui se nicha au creux de son cou. Un bien-être immense l'envahit en même temps qu'une chaleur diffuse se répandait dans son corps.
Scotty releva la tête. Leur regard se croisa et naturellement, elle vint déposer ses lèvres sur les siennes. L'espace d'un bref instant, ils se regardèrent et Scotty répondit plus promptement à son baiser.
Tout s'était passé comme si Lilly se sentait plus sa raison commander. L'idée de s'abandonner enfin totalement était plus forte.
Quand Scotty commença à lui caressait doucement les cheveux, puis la nuque, tout en constituant de l'embrasser, elle reprit soudain conscience de ce qui était en train d'arriver. Elle se dégagea de l'étreinte de son partenaire, regrettant déjà de l'avoir fait.
- Scotty, non attends ...
- Attends quoi, fit-il doucement, cherchant de nouveau à l'embrasser en lui caressant la joue du dos de sa main.
- Je ... Arrête. Là, je n'ai pas réfléchi. Ca ne peut pas arriver ... balbutia-t-elle.
Le jeune homme ne la lâchait pas du regard.
- Et si ... ça devait arriver, Rush, lui murmura-t-il à l'oreille. Qu'est-ce qu'il faudrait faire ? Si on n'essaie pas, comment savoir. Ca pourrait marcher... Depuis le temps qu'on se connaît. J'en ai envie et je sais que toi aussi non ?!
Elle ne nia pas, essayant de rassembler ses esprits. Elle le repoussa doucement mais fermement.
- Ecoute, c'est vraiment brusque et ... Ce n'est pas le moment...Comme ça, là , on ne peut pas.
Scotty soupira en la regardant. Il se rassit un peu plus loin sur le canapé et lui dit :
- Quand comprendras-tu qu'on ne peut pas se permettre de perdre du temps ?
- Et toi, quand comprendras-tu que c'est justement ce dont j'ai besoin Scotty ! fit-elle croisant les bras et se tenant debout face à lui.
- Très bien ! Je te laisse du temps donc. Disons que tu vas y songer... lui répondit-il sur un ton adouci.
Il se leva, remit son manteau et se dirigea vers la porte. Lilly n'avait pas bougé, ses yeux ne cessant de faire des va-et-vient entre le sol et Scotty.
- A demain Lil', fit-il en lui lança un regard neutre.
Après son départ, elle resta encore quelques minutes dans la même position. Elle repassait ce qui venait de se passer. Elle n'avait aucun regret : ni de fait qu'elle avait embrassé la première son coéquipier, ni le fait de l'avoir ensuite repoussé. Avoir été plus loin aurait été trahir ce qu'elle ressentait. Elle s'était sentie si bien à l'abri auprès de lui. Mais elle n'avait pas eu envie d'aller plus loin ... pourtant elle se surprit à s'avouer qu'elle y avait déjà songé. Une barrière, comme disait sa foutue psy, venait de lâcher ... laissant remonter à la surface de sa conscience des choses qu'elle croyait inimaginables.
Elle s'allongea dans le canapé, plus fatiguée qu'elle ne l'aurait cru par toute ces émotions qu'elle avait ressenties. Elle s'emmitoufla dans la couverture qui traînait et s'endormit sans s'en apercevoir.
Au bout d'un moment, elle senti une désagréable sensation de picotements sur sa main gauche. C'était la langue râpeuse d'un de ses chats. Lilly se réveilla brusquement. L'heure de la pendule dans la cuisine lui indiquait 8 H 30. Elle serait encore en retard ce matin ...
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 25 février 2008, 9 H 56.
Lilly Rush n'était vraiment pas de bonne humeur ce matin là. Nick en fit les frais quand elle lui lança un regard noir après qu'il lui eut demandé si elle avait réussi à choisir de quel pied se lever ce matin.
Kat lui apporta un café et calma le jeu :
- Tu le connais Lil', toujours prêt à te vanner, même quand il ne le faut pas, c'est toute sa subtilité !
La remarque de Kat ne la fit pas sourire. Elle la remercia, but une gorgée du café tiède et soupira devant les dossiers sur son bureau. Elle s'attendait à ce que le lieutenant vienne la voir ou qu'il ouvre la porte de son bureau pour vérifier sa présence - non qu'il la surveillait, mais il voulait s'assurer que tout allait bien.
- Où est le chef, demanda-telle à Kat.
- Il interroge Sunmore avec Scotty, répondit-elle négligemment.
- Merde ! fit bruyamment Lilly en se dirigeant précipitamment vers la salle d'observation.
Elle s'approcha de la glace et vit Valens qui menait l'interrogatoire. Sunmore se tenait droit comme un i sur sa chaise, les mains croisées et posées calmement sur le table devant lui. Elle le voyait dodelinait de la tête régulièrement à mesure que Scotty parlait.
- Un témoin nous a donc précisé que vous aviez rendez-vous avec Martin N'Nameen ce jour là au parc Roosevelt.
- Avec qui dites vous ? demanda-t'il toujours d'un air supérieur.
- Ne jouez pas au plus fin avec nous, Walt, coupa sèchement Stillman. Vous saviez qui était ce gamin, vous saviez chez qui il vivait. Vous aviez réussi à récupérer la statuette en sa possession lorsqu'il était enfant. Mais cela ne vous a pas suffit ! Quand Il est venu vous trouver, vous vous êtes débarrassé de lui, n'est-ce pas ?! Vous l'avez battu jusqu'à ce qu'il meurt ! fit froidement John, pesant chacun de ces mots.
- C'est faux, se défendit Sunmore, je ne l'ai jamais tué ce gamin !
- Vous l'avez donc bien rencontré ce jour là ! renchérit Scotty. Ne mentez plus Sunmore, vous êtes coincé. Nous savons pour le trafic d'objets d'art !
Le conservateur leva brusquement la tête vers Scotty, le fixa et baissa les yeux.
Lilly remarqua que Sunmore commençait à perdre de sa superbe.
- Je n'ai pas tué ce gosse, répéta-t-il ... Je l'ai vu ce jour là, mais je ne l'ai pas tué ... Ca faillit être plutôt le contraire ...
Flashback : Parc Roosevelt, au sud de Philadelphie, 16 mai 1998.
Assis sur un banc, un jeune homme en sweat-shirt et pantalon blanc regarde un groupe de jeunes enfants qui joue au ballon avec leur chien. Le soleil juste en face l'éblouissait. Une ombre se plante soudain devant lui. Le jeune homme se lève et se met à marcher. L'homme le suit à ses côtés.
- Tu as bien changé depuis la dernière fois que je t'ai vu mais tu es toujours resté un gringalet, fit l'homme d'un air menaçant.
- Je sais qui vous êtes et ce que vous faites, monsieur Sunmore.
- Vraiment ?! Et qui donc aurait eu l'amabilité de t'informer de mes loisirs ? demanda -t-il en se moquant.
- C'est mon père, Vincent N'Namenn. Cela vous dit quelque chose.
Sunmore eut du mal a caché son étonnement.
- Tu as vu ton père ?! Récemment ?
- Il est venu me voir et m'a tout raconte : votre trafic, vos pressions, vos menaces, fit Martin sur un ton plus que déterminé.
- Et tu as cru un type qui vient te voir en prétendant être ton père disparu depuis des années. Un homme qui t'a lâchement abandonné quand tu étais enfant, lança le conservateur d'une manière ironique.
- Je sais que vous l'avez utilisé pour voler des objets d'art dans votre propre musée en faisant pression sur lui et sa qualité de réfugié politique. Je sais que vous avez de nombreuses influences mais j'ai des preuves contre vous.
- Des preuves, mon garçon, mais quelles preuves ? fit Sunmore sûr de lui.
- Celle-ci.
Il sortit de sa poche la petite statuette verte qu'il avait eut autrefois.
- Ce n'est pas prudent de laisser traîner ce genre de choses dans sa bibliothèque, monsieur, lui dit le garçon avec un sourire aux lèvres.
- Comment, c'est donc toi qui es responsable de l'effraction de la nuit dernière ? répondit Sunnmore qui commençait à sentir la panique l'envahir.
- Difficile d'aller trouver les flics pour leur signaler le vol d'un objet qui ne devrait pas être chez vous...
- Qu'est-ce que tu veux ? lui demanda -t-il. Il sentait la sueur coule dans son dos.
- Je veux que vous alliez en taule, vous avez tout mis en place pour détruire la famille que j'avais dit Martin, une lueur de rage dans les yeux.
- Personne ne te croira. Les flics t'arrêteront pour cambriolage lança Walt, jetant sa dernière carte.
- Je prends le risque !
Tout en discutant, ils s'étaient rapprochés de la sortie du par et se tenaient maintenant à l'écart, près des bâtiments où les employés municipaux rangeaient leur matériel d'entretien.
Walt Sunmore sentit que tout était perdu.
Il se mit à hurler :
- Tu ne t'en sortiras pas comme ça !
Il bouscula Martin et lui assainit une série de coup de poing au ventre et à la tête. Le jeune homme ne s'attendait pas à cette réaction en force de l'homme bedonnant. Il s'écroula à terre et eut juste le temps d'esquiver un coup de pied au visage. S'en suivit une courte bagarre ...
- Au moment où il allait définitivement m'assommer, un des agents d'entretien du parc est arrivé et l'a ceinturé. Il s'est débattu et il s'enfuit en me laissant là, gisant à terre dans mon sang.
Sunmore regardait fixement le mur en face de lui par-dessus l'épaule de Scotty.
- C'est la stricte vérité, fit le conservateur, le regard implorant tourné vers Stillman.
- On va vérifier tout ça, rassurez-vous lui répondit le chef avec calme et détermination.
- Allez, debout !
Scotty lui passa les menottes. Il fallait le conduire au quatrième étage pour que la brigade chargée des vols et attaques puisse faire une déposition avec ses aveux.
Dans le grand bureau, il croisa Lilly qui sortait de la petite salle, l'air songeur. Elle s'arrêta et le suivit des yeux jusqu'à ce qu'il quitte la pièce.
- Chef ... fit-elle à Stillman.
- Si N'Nameen s'est enfuit, c'est que Sunmore n'était pas le dernier à le voir en vie.
Lilly acquiesça en silence.
- Il nous faut confirmer ses dires. Dites à Véra et à Miller de rechercher cet agent d'entretien.
- Très bien chef.
Lilly traversa le bureau d'un pas rapide et alla se servir un café dans la petite cuisine qui faisait aussi office de salle de repos. Elle s'assit et soupira. Elle s'en voulait d'avoir raté cet interrogatoire. C'était décidément une mauvaise journée !
Kat entra dans la pièce et tenta d'entamer une conversation pendant qu'elle se versait un café.
- Ce cher Walt a craché le morceau, lui demanda-telle ?
- Il a bien rencontré le gamin ... Ils se sont battus mais Martin s'est enfui... Un agent du parc les a séparés. Il va falloir aller l'interroger.
- Ok . Tu veux y aller maintenant ? questionna Kat, voyant que Lilly avait peu d'enthousiasme.
- Je te laisse y aller avec Nick ...
- Hum ... Je me disais aussi que cette journée avait trop bien commencée ... Il va plus me lâcher jusqu'à ce que je lui rende les 10 dollars qu'il m'a prêtés hier !
Lilly ne releva pas la plaisanterie. Elle restait le regard dans le vague.
- T'as l'air en forme aujourd'hui Lil' ? fit Kat plus doucement en s'asseyant près de la jeune femme.
-Y'a des jours comme ça répondit-elle évasivement.
De loin, Miller aperçut Nick qui avançait vers la cuisine. Elle s'empressa de dire à Lilly :
- Ecoute, ce soir Veronica dort chez ma mère. C'est l'occasion de sortir un peu entre filles. Et pas question de refuser, ajouta-t-elle sans laisser le temps à Lilly de dire quoi que soit.
Elle sortit de la cuisine et attrapa Véra par la manche avant que celui-ci n'entre dans la pièce.
- Viens par ici, on a du boulot ...
- Tu plaisantes ... J'ai même pas pris mon petit-déjeuner ... râla Véra, bien forcé de faire demi tour et de suivre Kat.
Lilly retourna à son bureau, s'assit et observa les dossiers étalés devant elle, finissant de boire son café par petites gorgées. Vraiment, quelque chose la chiffonnait dans cette histoire ...
Elle posa sa tasse et décida qu'il était vraiment temps de se mettre au travail. Elle consulta de nouveau les dossiers. Au bout de quelques minutes, elle sortit un document qu'elle se mit à lire avec intérêt.
- T'as trouvé quelque chose fit Scotty.
Elle sursauta. Perdue dans sa lecture, elle ne l'avait pas vu revenir. Valens ne lui fit aucune remarque.
- C'est un relevé téléphonique de portable au nom de Martin N'Nameen qui date du mois de sa disparition. Le dernier appel passé date du jour où il a disparu.
- Et on n'a pas pris en compte cet élément dans l'enquête ? s'interrogea Scotty.
- On n'a pas retrouvé de portable avec le corps. On n'a donc pas cherché plus loin ... avança Lilly.
Elle prit son téléphona et contacta le service qui gérait les abonnés téléphoniques.
Alors qu'elle patientait, John sortit de son bureau et appela Scotty qui était en train de lie le document que Lilly avait trouvé.
- Valens, dans mon bureau ...
Il regarda Lilly et suivit Stillman.
- Quoi chef ... ?
- Votre frère a appelé. Votre mère vient de faire un malaise cardiaque. Elle a été transportée à l'hôpital Fairhill. Allez-y Scotty.
- Quoi ! ... Euh oui !
Valens sortit précipitamment, le téléphone à l'oreille, appelant son frère. Il disparu en trombe dans les escaliers de l'immeuble. Lilly avait eut juste le temps de le voir prendre sa veste.
Elle raccrocha et vint voir Stillmann, l'interrogeant du regard.
Celui-ci lui répondit :
- Sa mère vient d'avoir un problème cardiaque. Elle est prise en charge à l'hôpital.
Lilly ne répondit pas, se contentant d'écarquiller les yeux.
- Vous avez trouvé autre chose, fit-il en regardant ce qu'elle tenait dans les mains.
- Euh... Le relevé téléphonique du portable de N'Nameen indique qu'il a passé son dernier coup de fil le jour de sa mort à sa sœur.
- Je croyais qu'elle ne l'avait plus revu depuis la veille ...
- C'est ce qu'elle nous a dit ... et elle mentait.
- Allez la chercher avec Jeffries ... Elle doit nous dire la vérité, ordonna-t-il.
La jeune femme sortit du bureau l'air soucieux. L'affaire prenait une autre dimension mais semblait soudain lointaine. Elle pensait à Scotty.
Parc Roosevelt, Sud de Philadelphie, 25 février 2008, 12 H 00.
Véra et Miller venaient de se garer le long d'une entrée du parc. Ils avaient trouvé le nom de l'employé qui avait surpris la bagarre avec Sunmore en consultant les archives du personnel municipal. Harry Moore travaillait toujours à l'entretien des massifs du parc.
Ils allèrent au dépôt d'outils où on leur indiqua l'endroit où Moore finissait de tailler des buissons. Ils durent traverser une zone boisée du parc sous une pluie fine.
- Payé une misère pour patauger dans la boue ... râla Vera en regardant ses chaussures maculées de terre.
- Y'en a qui paye cher pour s'en tartiner ! releva malicieusement Kat ... Tu devrais essayer, ça donne bonne mine il paraît ...
- Ouais ben là ma mine elle aurait besoin d'être au sec là ! Mais il est où ce type ?!
Ils avancèrent encore un peu et aperçurent de dos un homme en combinaison bleue qui rangeait son matériel.
- Harry Moore ? Fit Miller .
L'homme pivota vers eux.
- Ouais. Vous voulez ?
- Brigade criminelle. Nous recherchons des informations sur une bagarre que vous avez interrompue il y a dix ans entre deux hommes ici même dans le parc ...
- Humm, réfléchit l'employé, ça fait un bail ça ... !
- Un homme jeune en train de castagner un type plus âgé style costard - cravate près de la réserve là-bas. Ca ne vous dit rien ?! renchérit Véra.
- Humm mouais, je me rappelle... Un type bedonnant dans votre genre fit Moore en désignant Véra qui allait répondre.
- Racontez nous ce qui s'est passé coupa vivement Kat.
Flashback : Parc Roosevelt, au sud de Philadelphie, 16 mai 1998.
- Donne moi cette foutue statuette ...
Sunmore se jeta une dernière fois sur le jeune homme qui esquiva une nouvelle fois l'attaque et profita pour lui donner un coup de coude sur la tête. Le conservateur s'écroula, le visage ensanglanté. Martin allait lui décocher un coup de pied au visage quand l'employé l'attrapa à la taille et le fit tomber à son tour.
- Sale fouineur comme ta mère, je devrais t'éliminer aussi !! hurla Sunmore dans un accès de fureur voyant le jeune homme s'enfuir sans qu'il ait pu récupérer la statuette.
**********
- Sunmore aurait donc éliminé la mère de Martin ! nota Kat.
- Ce gros type était pas clair, fit Moore. Il s'est relevé tant bien que mal et il repartit aussi sec sans même me regarder !
- Et le jeune homme ? demanda Véra.
- Je lui ai pas cavalé après si ce que vous voulez savoir ! J'suis pas flic, c'est votre boulot non ?! Il est passé par là-bas, la sortie qui donne sur l'aéroport répondit-il en prenant un air offusqué.
- C'est bon, on vous remercie Monsieur Moore conclut Kat
- C'est tout ?! fit l'employé
- Bah oui, z'êtes pas flic ... non ! fit remarquer Véra agacé.
Dans la voiture, Véra lança :
- Si Sunmore a zigouillé la mère de Martin, il a peut-être fait passer le même sale quart d'heure à son ex ?
- Possible, fit Miller.
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 25 février 2008, 13 h 18.
- Où est-elle ? fit Stillmann à Lilly qui venait chercher le dossier qu'elle avait laissé sur son bureau.
- Jeffries est avec elle en interrogatoire. ... Des nouvelles de Scotty chef ?
- Aucune. Je vous suis.
Ils rejoignirent Will qui avait commencé à interroger Sally Baumann.
- Vous ne nous avez pas tout dit la dernière fois ...
- Je vous le répète, je vous ai raconté tout ce que je savais. Ecoutez, il faut que je retrouve mes filles, répondit nerveusement Sally.
- Vous nous avez menti, fit Lilly en durcissant le ton. Vous nous aviez raconté que vous n'aviez plus revu votre frère après le soir de l'anniversaire de votre père. C'est faux.
- Comment ...
- Il vous a appelé depuis son portable le jour même de sa disparition.
- Non ce ... Sally respirait de pus en plus vite, sentant son pouls s'accélérait.
- Le relevé téléphonique indique que c'est vous qu'il a appelé Sally, coupa sèchement Lilly. Dites nous ce qu'il vous a dit !
Sally attendit que le sang qui lui battait les oreilles ne la lance plus. Rien n'y faisait...
- Je ... commença-t-elle. Je ne savais pas quoi faire. Il m'a effectivement appelé ce jour là. Martin avait vu ce type avec qui il s'était battu. Il avait réussi à s'enfuir en gardant la statuette mais il était très mal en point.
- Il se trouvait à l'aéroport ? demanda Jeffries.
- Oui fit Sally en reniflant. Il m'a demandé de venir le rejoindre pour lui apporter passeport. Il voulait tout quitter, il était bouleversé par ce que cet homme avait dit. Il criait sans cesse dans le téléphone !
- Et vous y êtes donc allée ... repris Lilly.
- Oui, j'ai porté les enfants chez ma mère. J'en ai profité pour prendre le passeport de Martin ... et je l'ai rejoint dans l'un des terminaux de l'aéroport. Il se sentait traqué par ce type raconta-telle dans un sanglot...
Flashback: aéroport de Philadelphie, 16 mai 1998.
Sally prend son téléphone une fois arrivée à l'aéroport et appelle son frère.
- Martin. Où es -tu ?
- Sally ... Je suis dans le hall, sur le terminal D ...
- Ne bouges pas, j'arrive....
Quelques minutes s'écoulent. Sally arrive dans le hall du terminal et aperçoit son frère. Elle le serre dans ses bras et constate qu'il est blessé au visage.
- Mon dieu, Martin, Qu'est-ce qui s'est passé ?!
- Ca va ... On s'est battu ... Ecoute, il me suit, il faut que je parte le plus vite possible. Tu as apporté mon passeport ?
- Oui, mais tu ne peux pas partir comme ça Martin ... Il faut aller voir la police, tout leur raconter.
- Je sais, mais c'est impossible. Ce type ... Il a le bras très long et il sait où vous trouver... Ecoute, prends le téléphone et la statuette. Garde là précieusement. Si on la trouve à l'embarquement je suis fichu.
Tout en parlant, Martin se met à avancer. Sa sœur le suit. Ils montent vers le comptoir d'enregistrement. Elle lui prend le téléphone des mains mais pas la statuette.
- Non, pas ça, je refuse ! Martin, je t'en supplie ! Tu ne peux pas partir comme ça !! Tu as pensé à nous, à notre famille ! Il faut que tu reste ! Tout ça, c'est de l'histoire ancienne, ça n'a plus d'importance !!
Elle s'accroche alors à lui pour l'empêcher d'avancer.
- C'est ce que tu penses Sally ! Plus d'importance ! On a tué ma vraie famille ... et ...
- C'est nous ta vraie famille Martin !
- Tu me lâches toi ! C'est fini !
Martin essaie de se défaire de l'emprise de sa sœur, il recule, se dégage et se met à courir dans les couloirs. Sa sœur le poursuit sur quelques mètres. Il emprunte un couloir interdit en franchissant une corde, cours à perdre haleine, se retourne pour voir si sa sœur est derrière. Il poursuit sa course et arrive brutalement au bord du sas d'embarquement ouvert où une passerelle menant à l'avion se tient habituellement. Martin perd l'équilibre et tombe. Des agents de sécurité arrivent au bord à leur tour.
**************
- Il avait disparu. Il était tombé mais il n'était pas sur le sol. Il s'était relevé et il était parti fit Sally le regard dans le vague.
La police de l'air a cherché à le retrouver ... J'ai laissé tomber mon frère ! Je n'ai jamais dit à la police qui il était. Je suis partie de l'aéroport ... J'ai pensé à mes enfants...
Flashback : on voit Martin qui se relève difficilement. Il se met à courir en direction des hangars. L'un deux est grand'ouvert, sans surveillance particulière. Il attends quelques instants que les employés s'éloignent, entre et se cache dans un container que l'on est en train de charger. Dans un dernier effort, il grimpe sur les palettes et s'écroule derrière l'une d'elle.
- Il avait choisi la vérité à sa famille d'adoption ... conclut Lilly doucement.
Will ouvrit la porte et sortit suivi de Stillmann qui avait suivit la scène silencieusement.
Sally Baumann n'était pas responsable de la mort accidentelle de son frère mais elle devait continuer de vivre le reste de sa vie avec ses regrets et le regard de sa famille. Elle sortit accompagnée de Lilly qui allait finir de prendre sa déposition à son bureau.
La mort de Martin N'Nameen avait été résolue : il avait était victime d'histoire du passé qui l'avait rattrapé. Le passé vous rattrape toujours songea Lilly en rangeant tous les éléments du dossier dans le carton, avant d'y noter la date de l'affaire désormais close. Alors qu'elle déposait la boîte dans un emplacement encore libre, Kat, qui l'accompagnait, vit un jeune homme sans sourire qui la regardait, puis qui se mit à monter les escaliers menant aux archives avant de disparaître, une statuette d'éléphant en jade dans la main.
Restaurant Connely's, east avenue, Philadelphie, 25 février 2008, 20 h 35.
Lilly regardait le liquide rouge brillant tourner dans le verre qu'elle agitait machinalement. Kat s'était absentée un instant, le temps de passer un coup de fil à sa mère au sujet de Veronica qui l'avait contacté par sms. Elle revint quelques minutes plus tard. Lilly était toujours plongée dans ses pensées.
- Je suis désolée ... Veronica me dit que je suis toujours sur son dos, et dès qu'elle me quitte, elle ne veut plus me lâcher ...
Lilly sourit machinalement. La relation entre Kat et sa fille lui rappelait que celle avec sa mère n'avait jamais été complice de cette façon.
- Crois-moi, élever une fille qui devient ado, c'est pire que de traverser une rivière infestée de crocodiles !
- C'est pas toujours la meilleure période mais on s'en sort, fit Lilly dans un demi-sourire.
Kat et elle n'étaient jamais encore sorties ensemble sans toute l'équipe derrière eux. Aussi, quand elle lui avait proposé de passer la prendre le soir, Lilly avait d'abord songé à trouver une excuse, puis s'était ravisée, pensant qu'il fallait profiter de l'occasion pour se connaître mieux en dehors du boulot.
- Dure journée, fit Miller après avoir commandé un autre verre de vin français.
- Oui ... mais on a quand même bouclé une affaire...
- C'est vrai ... D'ailleurs, la prochaine fois que tu me demandes un service, ne mets plus Véra dans le coup !
- Tes 10 dollars ? interrogea Lilly dans un sourire.
- Il m'en a parlé durant tout le trajet ... aller ET retour ! déclara Kat en riant.
Elles discutèrent de choses et d'autres entre des éclats de rire. Lily se détendait enfin et se rendit compte qu'elle et Kat avait pas mal de choses en commun !
- Je suis heureuse de voir que tu profites de la soirée ... Et je pense que tu pourrais en profiter encore plus ...fit Kat malicieusement.
- Comment ça ?! répondit Lilly étonnée.
- Regarde ce type là-bas, au bar, il ne t'a pas lâché des yeux depuis qu'il est entré.
- Mon célèbre charme irrésistible fit Lilly en se passant une main dans les cheveux de manière sensuelle, geste qu'elle accompagna d'un grand éclat de rire. Ce n'était pas dans ses habitudes de réagir ainsi, mais la soirée avec Kat la libérait de la pression de ces derniers jours.
Son portable se mit à vibrer. Elle le regarda le numéro qui s'affichait.
- C'est Scotty, fit -elle en sursautant légèrement.
Elle décrocha.
- Lil', c'est Scotty fit la voix.
- Scotty ... Tu as eu mon message ... Le chef m'a dit ce qui était arrivé à ta mère ...
- Elle va bien ... Plus de peur que de mal. Je tenais à te prévenir et à te remercier de ton appel. Elle a fait un malaise cardiaque heureusement sans gravité chez Mike. Elle est encore en observation pour la nuit. Elle devrait rentrer demain chez mon frère.
- Et toi, comment vas-tu ?
- Ca peut aller. Je vais rester chez Mike cette nuit. Le chef m'a laissé de repos demain.
- D'accord. Si tu as besoin de ...
- Je sais Lil'.
- Très bien...
- Je dois y aller, Isabella m'attend avec les enfants.
- Bon, alors ... Elle regarda Kat, cherchant quoi dire ... A demain.
- A demain Lilly.
Lilly expliqua l'état de santé de la mère de Scotty à Kat.
- Et lui, il va comment ? demanda-t-elle.
- Bien apparemment...
Un silence s'en suivit. Lilly n'avait pas trop envie de parler de son coéquipier, même si elle pensait qu'il vivait de moments difficiles. Elle se rappela la façon dont il avait fendu sa carapace chez elle.
- C'est pas toujours évident de supporter ça ? fit Kat ... mais Scotty est un gars solide.
Lilly ne répondit pas. Elle entraperçut à cet instant ce qu'il représentait réellement pour elle, mais elle chassa cette pensée de son esprit. Les plats commandés arrivèrent. Leur soirée s'acheva plus calmement.
Kat raccompagna Lilly jusque chez elle. Dès la porte passée, un de ses deux chats vint l'accueillir en venant ronronner bruyamment. Elle prit la chatte dans ses bras et monta directement à l'étage. Elle ne savait pas pourquoi ce soir, elle ne se sentait plus la même que ce matin. L'effet de malaise, de mal être qu'elle avait ressenti tout au long de la journée s'était envolé. Comment ? Pourquoi ? Elle ne saurait le dire.
Elle entra dans sa chambre et déposa Trois-Pattes sur le lit, Olivia, son autre chat, suivait de près.
Lilly fit rouler sa tête d'un côté et de l'autre et s'étira. Elle se retrouva devant le miroir et contempla longuement son reflet sans bouger. Elle sentit tout son environnement disparaître pour se mesurer seule face à elle-même. Quelle étrange sensation : elle y voyait une étrangère qui avait des réactions automatisées pour se refermer sur elle-même, ne pas montrer ses failles, rester debout, quoiqu'il en coûte. Non, la vraie Lilly Rush, ce n'était pas cela. Elle la vit arriver peu à peu ... comme si une transformation s'opérait sous ses yeux : son vrai « elle » se donner le droit d'être faible, d'échouer, d'avoir besoin une aide extérieure, ce qu'elle s'était toujours refusé. Ill fallait arrêter ce cercle de destruction lente dans lequel elle s'était engouffrée déjà depuis trop longtemps et qui s'était accentué après avoir frôlée la mort lors de la fusillade. Elle ne pouvait plus porter ces pierres de souffrance... pour aider les autres, elle devait d'abord être aidée. Cette pensée, cette sensation, cette émotion qui lui fit venir les larmes aux yeux, furent libératrices.
Elle savait maintenant. Elle venait d'entamer le chemin de la paix et de la sérénité, enfin.