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Série : Cold Case
Création : 19.07.2009 à 11h40
Auteur : nala62
Statut : Terminée
« Cross-over Cold Case / FBI Portés Disparus » nala62
Cette fanfic compte déjà 43 paragraphes
Bureau fédéral des personnes disparues, siège du FBI, New York, 28 février 2008, 07 h 20.
Jarrod Jones, disparu depuis 17 H 50. Kat Miller, disparue depuis 13 H 20.
Jeffries était assis au bureau qu’occupait normalement Martin. Il avait contacté les stups de Philly qui lui avaient appris l’arrestation du chef du gang des MP23. Le service lui avait faxé le dossier complet sur ce gang et Jones. S’adossant dans le fauteuil, il prit son café qui avait refroidi et en but une gorgée en grimaçant. Vivian vint le voir pour prendre des nouvelles sur l’étude du dossier. Elle l’aborda d’une manière glaciale.
- Les stups de Philadelphie ont Maluzzi… C’est le chef des MP23 lui répondit laconiquement Will.
- Bien lui fit-elle.
Will se leva et lui tourna le dos.
- Je n’ai pas demandé à ce que tu viennes…En fait, je ne m’attendais pas à te revoir ! entama froidement Vivian. Alors, Soyons, le plus professionnel possible.
Will se retourna :
- Professionnel. Oui, tu as raison…. Je ne savais pas que tu avais ainsi un tel poste dans le bureau reprit Jeffries.
- Pourquoi ? se défendit-elle , Tu m’en croyais incapable ? Il est vrai qu’à l’époque, je n’étais qu’une gamine sortant de l’école de police…
L’inspecteur ne répondit pas. De revoir ainsi celle qui avait failli mettre sa vie en l’air ne le réjouissait pas particulièrement.
- Ton fils …
- Mon fils et mon mari vont bien si tu veux tout savoir. .. Will. Elle le regardait l'air déterminé à en finir cette conversation. Mais elle avait besoin de savoir … Elle rajouta :
- Et Janice ?
Il se figea.
- Elle est morte il y a 12 ans. …
Vivian le regarda surpris. Elle ignorait cela.
- Will, Je suis désolée. … Je …
Comment pouvait-il lui en vouloir ? Comment pouvait-elle le savoir ? Il avait soigneusement mis de côté cette erreur durant toutes ces années. Pourquoi, pourquoi alors, qu’il adorait sa femme avait-il été attiré par cette jeune femme pétillante, la fille d’un ami de surcroît il y a tant d’années ?
Cela n’avait pas dépassé le simple flirt durant quelques semaines, mais Vivian montrait qu’elle voulait plus s’engager. .. Il avait mis cela sur le compte du passage à la quarantaine. Quand un choix s’était imposé à lui, sa femme était l’évidence même… Vivian en avait ressenti une grande trahison. Lorsque son père avait appris leur brève relation, il avait coupé toute amitié avec celui qu’il considérait désormais comme un traître. Il n’avait plus jamais eu de nouvelles, hormis quand il l’avait revue de loin à l’enterrement de son père et ancien ami.
Jeffries sortit de sa courte torpeur et se reprenant :
- Vivian… C’est une histoire ancienne qui t’a fait souffrir, je le sais… Je ne peux pas changer le passé, … Je veux tout faire pour résoudre cette disparition. Peut-on …
- Oui, mettons ça de côté… Il y a si longtemps. Vivian pinça les lèvres et traversa le bureau pour rejoindre le sien. Elle pensait à son fils et à Marcus son mari. Elle avait tellement de chance de les avoir. Sa sérénité qui venait d’être bousculée se remettait peu à peu en place.
Au bout de quelques instants, elle reçu un appel, c’était Jack. Il lui demanda si tout allait bien. Répondant par une affirmation, elle lui fit un point rapide des avancées. Elle attendait que Matheson soit interrogé.
Commissariat du district 35, Jersey City, 28 février 2008, 8 H 10 .
Jarrod Jones, disparu depuis 18 H 40. Kat Miller, disparue depuis 14 H 10.
Scotty se posta devant la cellule où se tenait Matheson. Elena resta en retrait. Allongé sur sa couchette, celui –ci ne daigna bouger que lorsque le flic évoqua le nom de Jones.
- Jones … J’connais pas fit-il en haussant les épaules.
- Joue pas à l’abruti avec moi … Tu veux qu’on arrange ça en privé… vu que tu m’as raté hier chez toi... Moi je ne te raterai pas …
Scotty avait lâché cela sur un ton menaçant. La colère de s’être fait tiré dessus était encore très présente.
A ces mots, Matheson se leva et vint planter son regard dans celui de Scotty. Il jaugea ainsi le jeune flic un instant, puis souffla :
- J’connais pas de Jones …
- Ok mon gars, on te collera en plus tentative de meurtre avec préméditation sur le dos … T’as joué au con pendant ta liberté sous caution … T’es bon là pour ne jamais sortir de taule, fit Scotty sans le relâcher des yeux.
- Et Miller ? reprit-il, pourquoi l’as-tu appelée ?
Matheson haussa un sourcil quand il entendit le nom de Kat mais resta silencieux, se contentant de fixer le flic.
- Qui t’a demandé de l’enlever ? C’est toi le chef derrière tout ça pendant que le boss est en taule … Il va te faire passer un sale moment quand il saura que tu l’as doublé sur son terrain …
- …….
- Et Jones ? Il est passé où le paquet de fric qu’il devait ? … T’as tout détourné pour ton compte Timmy …
- Quel fric ? J’ai jamais rien pris ! se défendit Matheson.
- Le fric qu’il devait à Duroy… Tu t’en es chargé hein ! bluffa Scotty.
- Il devait pas d’argent à Duroy … C’est quoi ça ! s’agita le prisonnier.
- Maintenant tu le connais ?! … Tu te fous de qui ?! Qui s’est chargé de Miller ? Qui !! cria l’inspecteur. … Tu faisais taire Jones en menaçant son ex, hein Timmy ! Tu savais pour Jones, ce qu’il préparait …
- Ce fumier ! Il … fulmina Matheson.
- Vous a trahi hein … Scotty avait presque murmuré.
- Valens !
Elena l’avait rappelé à l’ordre. Scotty l’ignora.
- Il fallait trouver le moyen de le faire taire… Mais il fallait t’assurer qu’il n’y aurait pas de fuite … T’as eu aussi son ex … Parce que les MP23 te l’ont demandé… t’es qu’un petit toutou, Timmy… provoqua Scotty.
L’autre, n’y tenant plus répliqua :
- Ces connards ! Me prendre pour leur chien ! Ils se sont pas bougés pour faire le boulot …
- Qui ?! Rugit l’inspecteur … Qui t’as envoyé ?!!
- J’veux négocier …
- Qui ?! répéta Valens. T’auras rien si tu ne me dis pas qui maintenant !! Je te pourrirai la vie si tu ne réponds pas…
- Fisher … C’est Fisher qui s’en est chargé ! lança Matheson après un instant de réflexion.
- Où sont-ils ? Jones et Miller ? Réponds !
- ……
- Réponds !!!!
Elena était au téléphone avec Danny, lui annonçant que l’inspecteur de Philadelphie avait dévoilé la couverture de Jones. Elle faisait les cent pas, le téléphone collé à l’oreille.
- J’en sais rien … J’sais pas où il a emmené cette flic. Fisher devait voir les MP23 avait de s’en occuper. J’ai pas eu de nouvelles depuis.
- Tu mens … T’es foutu mon gars …
Alors qu’il tournait les talons, Matheson le rappela :
- J’sais pas où elle est, fit-il en hurlant.
Scotty se retourna. Il revint sur ses pas en s’approchant très près du prisonnier. Il demanda tout bas :
- Et Jones ?
- Fisher lui a réglé son compte …
- Où ?
- Sur les docks… Garden pier …
Scotty lui tourna le dos et passa devant Elena avant de pousser la porte de sortie brutalement. Elle le suivit et raccrocha aussitôt. Il se retourna alors brusquement sur elle, l’air furieux.
- Ne me refaites plus jamais ça ! fit-il accusateur.
- Vous avez grillé la couverture de Jones ! C’est vous qui avez fait n’importe quoi !! répondit-elle en haussant le ton.
La poitrine de Scotty se gonfla de colère et il eut un mal fou à freiner son envie de …. De ….
- Jones n’en n’aura plus besoin, fit-il.
- Que voulez-vous dire ? fit-elle en fronçant les sourcils.
- Ils l’ont eu … Vous pouvez rappelez vos patrons pour leur dire …
Bâtiment de la brigade des stupéfiants de Philadelphie, 28 février 2008, 8 H 47 .
Jarrod Jones, disparu depuis 19 H 17. Kat Miller, disparue depuis 14 H 47.
Manny Fernandez, le chef des stups, avait accueilli l’inspecteur Rush, l’agent spécial Malone et l’agent spécial Fitzgerald avant d’aller interroger Enzo Maluzzi, le chef des MP23 arrêté peu de temps avant. La descente au QG du gang n’avait rien donné, hormis quelques armes de poing illicites. Maluzzi protestait sur un ton ironique au sujet de son arrestation arbitraire :
- Pourquoi je suis là Manny dis-moi ? T’as amené la cavalerie ce coup ci … Il décocha un large sourire et un clin d’œil à Lilly.
- Duroy .. tu connais ? fit Malone…
Maluzzi le regarda l’œil rond.
- Ma maman m’a appris à ne pas parler aux inconnus …
- Moi, elle m’a appris à punir les vilains garçons répondit Jack dans un demi sourire crispé.
- On connaît tes liens avec les BBB, Enzo … Et on sait que tu risques de plonger avec eux … ajouta Manny.
- J’suis pas au courant…
- Sans blague… Y’a des langues qui se sont déliées tu sais … Va pas falloir jouer au plus fin avec nous si tu veux sortir un peu la tête hors de l’eau tu sais … continua le chef des stups.
Lilly sortit de la pièce, son téléphone venait de sonner. Scotty lui apprit que Matheson avait été arrêté. Il avait accusé Steven Fisher, le patron de Jones, d’avoir enlevé Kat avec l’aide du gang des MP23. Lilly lui répondit qu’ils étaient justement en train de l’interroger.
- Lil’ … Y’a autre chose … Fisher aurait tué Jones …
Un silence bref se fit à Philadelphie. Lilly pensa immédiatement à Veronica… Comment allait-elle vivre cela …Et Kat … Quel sort pouvait-on alors lui réserver ?
- Quoi ?! fit-elle enfin.
- On est en en route sur le lieu que nous a indiqué Matheson. Fisher serait toujours sur Phillye.
- Bien Scotty … Appelle le chef … Il faut trouver Fisher à tout prix. Je te rappelle.
Lilly raccrocha et entra dans la pièce. Maluzzi commençait à perdre réellement patience et devenait maussade face aux accusations. Elle jeta un œil plus que déterminé à Malone et Fitzgerald.
Elle s’approcha de Maluzzi :
- Steven Fisher ? lui fit-elle.
- Quoi ?!
- Il vous a contacté y’a peu de temps … Il est dans les parages pour faire le sale boulot, non ?! … Matheson a tout balancé …
- Vous avez que dalle … fit effrontément le chef de gang.
Soudain, Jack se leva brusquement et poussa du pied la chaise où se balançait le prévenu, le faisant tomber à terre et le prenant par le col. Manny s’approche de lui, laissant faire, alors qu’il était maintenu à terre par Jack. Maluzzi essaya de se défendre mais Malone le serrait de près.
Lilly poursuivit :
- Vous aviez besoin de vous débarrasser de l’inspecteur Miller … Vous vous rappelez d’elle … Vous n’avez toujours pas digéré le fait qu’elle ait infiltré le gang … Vous avez manqué de peu de tomber avec votre chef de l’époque à cause d’elle… Autant lui faire payer puisque l’occasion se présentait...
A mesure que Lilly parlait, Jack resserrait son étreinte. Manny prit Maluzzi par le col, forçant Jack à le lâcher un peu et à le plaquer sur sa chaise. Malone ne savait pas ce que Lilly avait appris, mais il sentait qu’il devait agir pour ne pas laisser échapper le contrôle de la situation qu’il pensait avoir.
- Fisher est venu vous voir pour organiser tout cela … Vous vous vengez et les MP23 n’ont pas de sang sur les mains… Mais voyez-vous, Matheson est prêt à témoigner contre vous …
- J’sais rien moi ! Mais putain lâchez moi sale flic …
Jack allait lui décocher un coup de poing quand Martin le retint par le bras.
- On ne joue plus … De toute façon vous plongez, soit à New York, soit ici … On pourra peut être s’arranger si vous vous montrez coopératif fit Lilly en se dominant.
Persuadée de l’implication de Maluzzi dans l’enlèvement de Kat, elle aurait bien laissé Malone lui faire la peau. Le chef des MP23 essaya de regagner un peu de prestance en se remettant droit sur sa chaise et en relevant le col de sa chemise.
- Quand Fisher est-il venu te voir Enzo ? Réponds ! intima Manny.
L’autre jeta un regard noir à Jack et Lilly. Dans une dernière provocation il lança à Martin :
- Hé ! Blanc bec, note que ce que je vais dire me vaudra un gros service …
Martin le regarda, posa son carnet sur la table et croisa les bras sans répondre.
- Déballe tout maintenant, on voit après. Ca marche seulement comme ça ajouta Manny.
- Les flics … répondit Maluzzi en souriant… Fisher voulait deux hommes avec lui.
- Pour faire quoi ? fit Lilly en essayant de garder son calme. Ce n’était pas le moment de perdre les pédales et de le mettre sur les nerfs.
- Ils voulaient récupérer une fille … Ca nous aurait garanti que Jones la boucle.
- Où est Miller ? reprit Lilly.
- J’en sais rien … Mais ce n’est pas elle que voulait Fisher…
- Quoi ?! firent Rush et Malone ensemble.
- C’est la fille de Jones qu’ils voulaient …
Le sang de Lilly ne fit qu’un tour… Veronica, c’est Veronica qu’ils visaient… Mon dieu …Elle était donc encore en danger. Elle sortit précipitamment de la pièce, appelant Véra qui devait être maintenant chez la mère de Kat. Elle tournait nerveusement, écoutant les sonneries qui s’égrenaient trop lentement à son goût.
- Allez, Véra …
- Véra ! fit la voix éraillée de son collègue.
- Nick, c’est Lilly. Ecoute bien, c’est Veronica qui était la vraie cible de l’enlèvement. Elle est encore en danger. Il faut la mettre en lieu sûr. Où est-elle ?
- On vient de partir de chez sa grand-mère. Tout allait bien Lil’.
- Mettez-les sous protection policière complète. On peut chercher aussi à l’enlever … ou pire.
- T’inquiète pas Lilly, on est repartis.
Nick et l‘ADA Bell qui l’avait accompagné avait déjà fait demi tour en voiture et filaient de nouveau vers la maison de Madame Miller. Nick resta en ligne jusqu’à ce qu’il se trouve sur le perron pour assurer à Lily que tout allait bien. La grand-mère de Veronica fut étonnée de revoir le policier. Véra lui exposa le problème et appela le Central pour que deux patrouilles s’installent devant la maison. Lilly se retourna prête à revenir dans la salle d’interrogatoire quand elle vit Malone et Fitzgerald qui en sortaient.
- Quoi ? fit-elle. Où est-ce que vous allez ?
- Il ne nous dira plus rien fit Jack. Il n’a plus eu de contact ni avec Fisher ni avec ses hommes depuis hier.
- Et pour la fille de Jones ? demanda Martin.
- Elle va bien … Véra et Bell sont avec elle chez sa grand-mère. On va mettre en place une protection 24 heures sur 24 fit-elle.
Manny sortit au même moment alors que deux policiers en uniforme passaient les menottes à Maluzzi. Celui passa devant eux sans un regard.
- On n’en saura pas plus avec lui. On va creuser du côté des hommes de mains de Maluzzi fit-il. L’un deux a une famille qui vit dans Kensington.
Manny les salua et fila organiser la recherche des hommes des MP23.
Retournant à la voiture, Lilly s’interrogeait sur les motivations de l’enlèvement de Veronica.
- C’était une monnaie d’échange, une garantie pour Duroy… S’ils la tenaient, ils menaçaient de la tuer si Jones témoignait … réfléchit Martin.
- Jones … Jones est mort selon les dires de Matheson.
- Quoi !! fit Jack …
- Valens m’a appelé pour me prévenir tout à l’heure. Fisher l’aurait tué.
Jack regarda son portable. Aucun message ! Mais qu’est-ce qu’ils avaient foutu au bureau ! Pourquoi ne l’avait-il pas prévenu ?!
- Si Jones a été tué avant que Fisher ne vienne ici, pourquoi enlever Veronica puisqu’il avait supprimé son père. Finalement, on ne sait pas qu’elle importance elle avait pour lui … Pour ce qu’il s’était occupé d’elle, c’était plutôt un étranger !
Rush fusilla du regard Martin qui venait de faire cette réflexion. Il la regarda avec un air étonné, ne comprenant pas pourquoi elle le détaillait ainsi.
- C’est qu’il y avait autre chose … Matheson avait appelé Kat en lui disant de faire ce qui était convenu. Elle devait être au courant de quelque chose… conclut la jeune femme.
Rush pressa le pas pour arriver à la voiture. Elle prit le volant et démarra une fois les deux agents installés.
- Je vous dépose au central… Je dois aller voir Veronica fit-elle déterminée.
Sur le chemin, Jack appela Vivian au bureau. Elle lui confirma que Jones était bien mort. Valens et Delgado l’avaient retrouvé sur le port les mains et les pieds liés, deux balles dans le cœur et une dans un genou… c’était la marque des BBB. Lilly accéléra de rage.
Port fluvial de New York, quai 47, Garden Pier, 28 février 2008, 10 H 00.
Plusieurs voitures de la police de New York étaient garées autour du hangar. Les flics et la police des affaires maritimes allaient et venaient en tous sens. Le ruban jaune avec l’inscription « crime scene » avait été déroulé autour de la zone où le corps sans vie de Jones avait été trouvé. Les légistes s’affairaient déjà autour de lui. Les agents de la police scientifique continuaient leur collecte d’indices.
- A l’avenir, vous ne nous doublez plus comme ça, agent Valens… Ce témoin était capital et révéler sa couverture ainsi n’était pas le plus intelligent à faire… Vivian s’adressait à Scotty.
Celui-ci se justifia par le caractère exceptionnel de la situation. Et puis, il avait eu des informations… que pouvait faire Matheson derrière les barreaux pour prévenir les autres ? Le jeune homme maugréa encore.
- Scotty … fit Will, arrêtons là ! Valens était dans son bon droit … Il soutenait le regard Vivian qui finalement se détourna.
Elena était restée les bras croisés en retrait une fois de plus de la scène. Scotty passa devant elle, lui indiquant que la prochaine fois qu’elle aurait à lui reprocher quelque chose, il fallait qu’elle le fasse elle-même et non faire appelle au chef pour venir le sermonner comme à l’école primaire. Elle ne répondit pas et se détourna de lui.
Scotty entendit qu’on l’appelait dans son dos.
- Hey ! Hey ! Valens !!
Il se retourna et vit Danny Taylor qui le suivait.
- Hey ! Je crois qu’il faut qu’on soit clair …
Scotty fronça les sourcils ne sachant de quoi Danny voulait parler.
- Nous sommes tous responsables ici de notre boulot … Et nous devons assumer nos choix. Le respect de chacun est dont de mise. Par contre, les attaques personnelles sont inacceptables, sachez le bien !
Scotty le fixait :
- En quoi cela vous regarde ! Il tourna les talons.
- Ca me regarde ! fit Danny.
- Très bien ! Je n’ai émise aucune attaque personnelle … Et puis quoi … Vous êtes collé à elle pour que vous débarquiez dès qu’on l’égratigne un peu ! C’est ça !
Scotty commençait à être hors de lui. Il ne supportait pas que le FBI vienne mettre son boulot en cause comme ceci. Il comprenait la réticence de Will à leur égard maintenant !
- Ca, ça ne vous regarde pas ! Danny commençait à perdre patience également.
Scotty s’arrêta net, interprétant cette réponse comme un aveu.
- C’est pas vrai … Ok, Laissez tomber alors… Je suis désolé si ça peut vous faire plaisir…fit Scotty d’un ton désinvolte.
Son téléphone portable sonna. Tournant le dos à Danny qui s’éloigna d’un pas rapide, il décrocha. C’était Stillman, son chef qui venait aux nouvelles. Scotty lui fit un bref résumé de ce qu’ils avaient trouvé.
Un peu plus loin, Samantha discutait avec Hanson, le chef des Stups de la police de New York. Grand, blond, d’allure sportive, il se tenait à côté des médecins légistes qui avaient allongé le corps de Jones sur une civière. Il regarda Sam derrière ses verres fumés qu’il quittait rarement avec un grand sourire. Il était évident que la jeune femme ne le laissait pas indifférent.
- Regardez, fit-il en soulevant la housse de protection qui recouvrait le corps. Regardez le positionnement des balles.
- C’est la marque du gang des BBB, l’agent Deveaux nous l’a indiqué tout à l’heure.
- Dans le genou droit, oui, c’est la signature de Duroy. Tous ses lieutenants l’imitent. Mais là, on a visé le genou gauche. C’est la marque de fabrique d’un seul gars de la bande ça …
- Vous savez qui ? Fit-elle.
- Oui, ma belle, c’est l’œuvre de Tim Matheson ça ! On avait failli le coffrer pour le meurtre de la jeune Anna White, mais son avocat a réussi à le faire libérer pour vices de procédure. Deux balles dans le cœur, une dans le genou gauche.
- Très bien fit Sam. Nous l’avons déjà sous les verrous. Mais sans témoin, on v avoir du mal à l’avoir.
- On va tout faire pour que cette pourriture ne s’échappe pas cette fois-ci. Dites, quand est-ce que vous allez accepter de venir dîner avec moi ? fit-il du ton le plus charmeur qu’il puisse avoir.
- J’ai … Je vous ai déjà dit que je ne pouvais pas… C’est …Ce n’est pas le moment, fit-elle cherchant à être la plus assurée qui soit.
- Ok, j’attendrai alors…
Il fit signe à l’ambulancier qu’il pouvait refermer la housse et emporter le corps. Sam alla trouver Vivian qui coordonnait le tout et lui fit part de la remarque de Hanson. Will souligna :
- Si Matheson a tué Jones, il l’a fait sans respecter le contrat passé avec Fisher. Il voulait s’assurer que personne ne parlerai au procès.
- Il connaît forcément ce que doit faire Fisher s’il l’a envoyé à Philadelphie alors, ajouta Vivian. Il faut l’interroger de nouveau. Elle jeta un œil à Scotty qui préféra ne rien laisser transparaitre sur son visage.
Danny et l’inspecteur Jeffries s’en chargeront conclut –elle.
Dans une scierie désaffectée, à l’écart d’une ville, adresse inconnue, 28 février 2008, 10H00 .
Kat Miller, disparue depuis 15H30.
Allongée sur le dos, toujours attachée, l’inspecteur Miller était à l’affut du moindre bruit reconnaissable. Elle avait perçut tout à l’heure un bruit de moteur au loin. Cela devait être un gros van ou un camion pensa-t-elle.
Elle bougea un peu. Son dos la faisait affreusement souffrir, tout comme son visage. Elle sentait que certaines mèches de ses cheveux étaient collées par le sang séché sur sa tempe. Elle avait pensé dans un premier temps que sa mâchoire était brisée, mais elle avait pu ouvrir et fermer la bouche presque normalement quand il lui avait retiré le sparadrap sur la bouche. Elle n’avait pas hurlé, cela n’aurait fait qu’attiser l’énervement et la colère de ceux qui la retenaient ici.
Cet homme… Elle ne le connaissait pas. Il lui avait donné à boire quand il était venu la voir il y a quelques heures maintenant. Ce n’était pas le même que celui qui l’avait frappé…L’autre avait une voix différente, plus rauque, plus âgée. Ils étaient donc deux, peut-être plus. Ce qui affolait Kat, c’est qu’il ne s’était pas caché de lui montrer son visage, à la différence du premier homme. Elle avait eu le temps d’y réfléchir. Cela ne présageait rien de bon s’il n’avait pas peur de se montrer ainsi. Pourquoi l’autre avait –il masqué son visage sous une cagoule ? Elle devait donc le connaître.
Un cliquetis de serrure résonna dans la pièce constamment éclairée. Les deux hommes entrèrent. Kat ne vit que leurs chaussures : l’un portait des baskets blanches montantes ; l’autre des chaussures noires à semelles compensées … cela faisait penser à des chaussures orthopédiques spéciales.
Le type à visage nu, un jeune black d’une vingtaine d’années, lui colla de nouveau un sparadrap sur la bouche. Puis, il la prit sous les épaules et la traîna sur le sol jusque le mur d’en face où il l’adossa. Kat se mit à gémir. C’était son épaule qui la faisait le plus souffrir. Le deuxième homme encagoulé la regardait, les bras croisés. Il portait un pull et un pantalon noir qui ne laissait rien dévoiler. Elle remarqua qu’il portait également de fins gants noirs.
Le jeune lui retira le collant d’un coup sec.
- Maintenant vous allez répondre à nos questions fit-il dans aucune menace dans la voix.
- Que voulez-vous que je vous dise ! Je ne sais même pas qui vous êtes... Ce que vous voulez…
- Nous allons vous le dire ce que nous voulons … reprit-il calmement. Vous n’avez pas respecté vos engagements inspecteur …
- Mes engagements ? Quels engagements ? De quoi me parlez –vous ?
- Oh, vous ne comprenez pas… Vous une femme si intelligente, un flic brillant, une mère dévouée mais… très possessive. Le jeune homme parlait d’une voix très assurée et posée, ce qui détonait avec son visage encore poupin.
- De quoi me parlez-vous ? Où voulez –vous en venir ? fit Kat, essayant de ne pas montrer sa peur grandissante.
- Vous séparez un père et sa fille … Ce n’est pas comme cela qu’elle pourra grandir correctement…
A l’évocation de sa fille, Kat sentit des sueurs froides perler dans son dos. Elle voulait garder son calme, mais elle ne put pas retenir sa colère.
- Qu’avez-vous fait à Veronica… ? Où est-elle ? demanda-t-elle paniquée.
L’autre l’ignora.
- Veronica… Un si joli prénom pour une si jolie petite fille… Elle doit tenir de vous pour sa jolie petite gueule … ou de son papa …
- Répondez-moi ! Où est-elle ? S’il vous plaît répondez-moi … !
- Souvent les petites filles ressemblent plus à leur maman qu’à leur papa… Elle ne doit pas le voir souvent son papa d’ailleurs, non ?!
- Pourquoi me dites vous çà ?! Où est-elle, je vous en prie….
Kat n’en pouvait plus. Il ne fallait pas qu’elle craque mais elle sentait que les larmes lui montaient aux yeux.
- Elle est chez sa grand-mère … enfin pour le moment encore. ..
- Qu’est-ce que vous voulez à la fin ? fit Kat étouffant un sanglot.
- Juste vous dire que vous n’avez pas respecté vos engagements … Elle aurait du voir son papa plus souvent …
- Jarrod… C’est Jarrod qui vous envoie, c’est ça…
- Maintenant, les choses vont rentrer dans l’ordre… Elle va pouvoir vivre comme elle aurait du …
- Qu’est-ce qu’…..
Un bruit sec venait de remplir la pièce. Un troisième homme venait de pousser violemment la porte qui avait claqué contre le mur en béton. Il entra d’un pas rapide et s’arrêta au milieu de la pièce. Kat ne le reconnut pas non plus. Les deux autres se retournèrent sur lui. Petit, sec, nerveux, sa mâchoire était crispée. On voyait à sa respiration forcée qu’il essayait de contenir sa colère.
- Dehors ! ordonna-t-il avec une voix étranglée.
Le jeune s’approcha de Kat et la bâillonna une nouvelle fois. Celle-ci tenta de se débattre en vain. Les deux hommes sortirent l’un derrière l’autre, jetant un coup d’œil rapide en passant devant celui qui les faisait partir. Ce dernier regarda Kat quelques secondes et quitta la pièce, refermant soigneusement la porte derrière lui à clé.
Les deux autres l’attendaient dans une pièce adjacente qui était en fait l’atelier de la scierie. De grosses machines avec des lames dentelées rouillées occupaient la majorité de l’espace. L’endroit avait du connaître une grande activité à une certaine époque.
- Qu’est-ce qui vous prends ? Vous êtes devenus fous ou quoi ?! aboya le plus petit.
- Hé bien quoi, on peut s’amuser un peu non.
Celui qui venait de parler avait retiré sa cagoule, laissant apparaître un visage taillé au couteau, des petits yeux clairs et des cheveux noirs hirsutes. Il retira également ses gants, dévoilant sur la main gauche la fin d’un tatouage qui semblait courir sur tout le bras.
- Il en est hors de question ! répondit-il froidement. Vous n’êtes pas là pour régler vos comptes !!
Le jeune noir se défendit.
- Snake a dit qu’on pouvait y aller avec cette garce. On l’a juste fait un peu flipper c’est tout dit-il en désignant son compagnon.
- Vous ne faites rien !! Les flics ont investi la maison de la grand-mère. .. Impossible d’approcher du quartier maintenant. Il va falloir trouver un autre plan pour la récupérer. On peut avoir besoin de sa mère pour l’avoir.
Le type avait jeté un regard mauvais aux deux autres qui partirent de leur côté pour aller s’asseoir autour d’une petite table en bois bancale à l’autre bout de l’atelier.
- Marre de ce connard fit Snake tout bas. C’est pas un petit coq de New York qui va continuer à nous donner des ordres … Je lui taillerai un grand sourire dès que je pourrai.
Il avait accompagné sa remarque d’un geste avec son couteau de part et d’autre de son cou. Le jeune noir eut un petit sourire sadique.
Résidence de Dina Miller, Jefferson Road, 28 février 2008, 10H00 .
Lilly se gara à proximité de la maison de la mère de Kat. Elle avait remarqué en passant une voiture postée à l’entrée de la rue avec deux silhouettes à l’intérieur qui attendaient. Elle ne s’appesantit pas cependant sur ce détail, trop pressée de descendre rejoindre Véra et Bell.
Dina Miller lui ouvrit la porte et vit la mine très inquiète de l’inspectrice. Elle la fit entrer et l’accompagna dans le salon où et Veronica était en train de regarder un film à la télé, sirotant un verre de lait. Curtis était assis sur le canapé à côté un verre également à la main. Lilly ne put s’empêcher de sourire en les voyant ainsi tout les deux, à la fois par l’apaisement de voir la fillette lui rendre son sourire et la situation peu commune de voir un assistant du procureur qui reposait son verre achevé, une fine moustache blanche au bord des lèvres. Veronica en rit de bon cœur, se moquant gentiment de lui.
Véra s’était levé de la chaise et avait fait signe à sa collègue de venir lui parler dans la cuisine. Elle le regarda, l’interrogeant du regard en hochant la tête. Nick se voulait rassurant :
- On a une équipe en patrouille dans le quartier. Manny Fernandez nous a envoyé une équipe en civil. Ils planquent pas loin.
Lilly repensa à la voiture banalisée avec ses occupants.
- Pour eux, les MP23 sont mêlés et tant qu’à faire, s’ils peuvent en plus faire un joli coup de filet, ils ne vont pas se gêner ajouta Nick.
Lilly tiqua. Pas tant pas le fait de surveiller la maison, mais par le fait de mettre en danger supplémentaire la petite fille et sa grand-mère au cœur de règlements de comptes entre trafiquants de narcotiques et policiers. Elle en fit part à son coéquipier qui acquiesça. Malheureusement, toutes les possibilités pour arrêter Fisher devaient être mises en œuvre.
- Dites moi Lilly, avait demandé tout doucement Dina à Lilly, avez-vous trouvé cet homme ?
- Nous le cherchons toujours Madame Miller, tout est sur pied pour l’attraper lui répondit elle.
La vieille femme n’avait pourtant l’air guère rassurée. Veronica entra, tirant par la manche Curtis qui leur fit un petit sourire gêné. Elle avait décrété qu’il était l’heure pour lui de montrer ce tour de magie qu’il avait promis de lui apprendre. La jeune femme se fit la réflexion qu’il avait l’air très proches, ou du moins de bien s’entendre. Nick les regarda quitter la pièce avec bouteilles et verres nécessaires d’un œil malicieux, jetant un coup de menton en direction de l’inspectrice.
- Elle apprécie beaucoup Curtis vous savez … souligna Dina. Il est vraiment très gentil avec elle. Cela lui fait un peu oublier la situation.
Lilly hocha la tête. Un silence s’installa.
- Dina … Je cherche à savoir si vous avez remarqué des choses inhabituelles concernant Kat ou Veronica. Des choses qu’elle vous aurait dites ou que vous auriez vues …
- Non, je ne vois pas vraiment répondit Madame Miller après une courte pause.
- Aurait-elle reçu des messages, du courrier menaçant ou particulier ?
- Non … à part …
- Oui ? encouragea Lilly.
- Hé bien, cela n’a peut –être pas grand’ importance mais il y a je dirai dix jours, je suis passée prendre Veronica à l’école. Nous étions chez elle. J’avais besoin de téléphoner. En décrochant, le dernier numéro d’appel est apparu avec l’indicatif du New Jersey. J’ai vécu 15 ans à Bloomsfield (ville de l’état du New Jersey) ajouta-t-elle en se tournant vers Vera qui notait consciencieusement sur son carnet les éléments précisés.. Ce qui m’a marqué, c’est que dans la fin d’après-midi, le téléphone a sonné et on m’a vivement raccroché au nez. J’ai consulté le journal d’appel qui m’indiquait encore ce numéro.
- Vous vous en rappelez ? demanda l’inspecteur.
- Hé bien 201 – 78 … je ne sais plus vraiment.
- C’est déjà précieux ce que vous nous donnez Dina… On va faire tout notre possible indiqua Lilly dans un demi sourire.
- Je file au bureau demander une recherche de numéro correspond fit Véra. Il attendait que la jeune femme le suive.
- Je vais rester un peu Nick précisa-t-elle. Dina lui serra la main reconnaissante. Appelle –moi dès que tu as quelque chose.
Nick quitta la pièce. Les deux femmes le suivirent pour s’installer au salon où les questions de la fillette fusaient. Lilly regarda partir son collègue à travers la fenêtre, scrutant discrètement les alentours qui paraissaient tranquilles.
Quartier général de la police criminelle de Philadelphie, 28 février 2008, 11 H 35 .
Kat Miller, disparue depuis 17H05.
Nick consultait le relevé informatisé des numéros du New Jersey quand les agents spéciaux Malone et Fitzgerald firent leur entrée. Ils avaient profité tous les deux de ce court moment pour passer à leur hôtel réservé deux heures auparavant afin de se rafraîchir et de se changer.
Jack avait eu connaissance plus tôt ce matin de la macabre découverte dans le port de New York par le rapport détaillé de Vivian. Avec la mort de Jones s’envolaient les espoirs de faire coffrer Duroy, Matheson et une partie des MP23 de Philadelphie. Cette nouvelle ne l’avait pas vraiment mis de bonne humeur. Son enquête en Pennsylvanie s’achevait donc.
Cependant, il avait réfléchi à l’idée que Kat Miller puisse avoir des informations qui pourraient être exploitées. Jones avait bien gardé contact avec elle. Mais il ne connaissait pas la nature de leurs rapports. Le message sur le répondeur indiquait bien son implication. Et même si Maluzzi avait indiquait que c’était sa fille que l’on visait, Jack pensait toujours que Miller n’avait pas été enlevée par accident. Cette affaire le concernait toujours. Il avait donc décidé de rester avec Martin.
Ils s’approchèrent du bureau de Nick qui venait d’imprimer la fiche nominative qui correspondait au numéro relevé. Martin le salua. Nick pivota sur sa chaise, s’appuya sur son dossier et fronça les sourcils en détaillant la cravate du new-yorkais … « Trop parfaite …. » se laissa-t-il penser un court instant. Martin le regarda et secoua légèrement la tête.
- Vous avez trouvé quelque chose fit Jack.
- Peut-être, … la mère de Kat nous a donné un début de numéro téléphonique dans le New Jersey qui a appelé plusieurs fois Miller il y a une dizaine de jours. C’est pas le même que celui de New York. Pas de message laissé à chaque fois.
- Ca pourrait être n’importe qui reprit Malone.
- Dans les relevés téléphoniques de Miller, ce numéro n’apparaît pas en dehors de cette période. Et ce n’est pas n’importe qui… fit-il mettant la feuille sous le nez du chef de la de cellule des personnes disparues.
- Une scierie à Newark … Ce sera plus simple d’y envoyer une équipe de New York.
Véra se fit la remarque que pour les fédéraux, tout était plus facile, pas de juridiction à respecter, ils pouvaient aller où bon leur semblait.
- Où est le lieutenant Stillman ? demanda Martin.
- Il est parti voir comment la fille de Kat va.
- Très bien … Martin, rejoins les. Je préviens le bureau pour qu’il y envoie quelqu’un. C’est du bon boulot inspecteur …
Véra n’avait pas répondu, se contentant d’acquiescer de la tête et de pincer les lèvres. C’était bien la première fois qu’un type du FBI le félicitait… Il préférait afficher un détachement certain face à Malone mais il en profitait intérieurement.
Le téléphone sonna de nouveau. Le coup de fil de Manny Fernandez informa Nick que deux brigades des stups se préparaient à faire quelques descentes dans les familles des hommes de main désignés par Maluzzi pour aider Steven Fisher. Manny et Nick avait trouvé une excellente raison de s’entendre de coopérer de la sorte : retrouver le plus vite possible Kat vivante.
- Très bien, j’arrive fit l’inspecteur de sa voix éraillée.
Jack lui demanda des précisions alors que Véra raccrochait et prenait son manteau.
- Je viens avec vous, imposa-t-il pendant que les portes de l’ascenseur se refermaient derrière eux.
Commissariat du district 35, Jersey City, 28 février 2008, 13 h 10 .
Kat Miller, disparue depuis 18H40.
L’agent spécial Danny Taylor se tenait adossé au mur de la salle d’interrogatoire mal éclairée, observant l’inspecteur Jeffries debout, penché vers le prévenu en face, les deux mains posées sur la table. Will fixait Matheson le visage fermé. Ce dernier essayait tant bien que mal de garder la superbe et la froideur qu’il avait affichées jusqu’alors, narguant les flics qu’ils avaient accueillis de mauvaise humeur.
- La police scientifique a trouvé ton ADN sur les vêtements de Jones … Tu sais, les preuves sont irréfutables contre toi. On a de quoi de coincer maintenant.
Will continuait de faire monter la pression sur Matheson, rappelant sans cesse ce qu’ils avaient contre lui. Le premier « lieutenant » des BBB n’avait d’abord pas répondu aux attaques, refusant de parler sans son avocat. Danny s’était un peu énervé. Will avait repris l’interrogatoire afin de calmer les esprits.
L’avocat en question venait d’arriver. Un jeune loup fraîchement sorti du barreau mais qui avait déjà la réputation d’exceller dans la défense des pourris en tout genre. Il fut reçu par Matheson avec un grand sourire et une grande tape dans le dos. Cependant, la confiance des deux hommes retomba vite à l’énonciation des charges et preuves retenues dans les deux affaires où Matheson était accusé. Après un petit moment de réflexion entre l’avocat et son client, il fut convenu de passer un accord pour limiter les effets d’une condamnation très lourde.
Vivian, qui entre temps avait été contactée, indiqua qu’ils acceptaient le marché avec l’accord du procureur. Une remise de peine négociée délia la langue de Matheson.
- Très bien, … Matheson. .. fit Danny, installé à côté de l’assistant du procureur de New York dépêché sur place.
Matheson regarda donc son avocat et lança :
- Que voulez vous savoir. ? ….
- Vous vous êtes débarrassé de Jarrod Jones …. Ce n’était pas dans le contrat au départ. Vous aviez convenu de le garder en vie avec Fisher. Nous savons que vous avez envoyé ce dernier pour enlever la fille de Jones. Pourquoi vouloir la kidnapper ?
- Ce salopard a vraiment joué sur tous les plans répondit Matheson d’un air narquois. Jones n’avait qu’une idée fixe en tête … récupérer sa fille par tous les moyens. Fisher m’a raconté qu’il n’arrêtait pas de les saouler avec ça au boulot. Son truc était de partir avec elle au Canada. Quand Fisher l’a recruté pour faire la liaison avec les MP23, le deal était de l’aider à la reprendre à sa mère … une flic ! Vous voyez ça !! …. Quand les stup’ ont coffré Duroy, il a paniqué …Il se voyait retourner en taule… Il voulait tout balancer aux flics si on ne l’aidait pas maintenant. J’ai envoyé Fisher là-bas pour le calmer.
- Mais quoi … Il ne s’est pas calmé c’est ça … pourquoi l’avoir supprimer ? …
Matheson hésita à répondre à la question de Dany, mais il n’avait plus le choix. Là, c’était lui l’objet du deal avec les flics.
- Il avait tout balancé depuis longtemps … Il nous avait tous bien doublé … Matheson esquissa un demi-sourire Il fallait qu’il paye … la loi de la jungle … Quand Fisher est parti, on s’est chargé de lui …
- Pourquoi laisser Fisher enlever la fille de Jones si vous saviez qu’il allait y passer ? fit Will calmement.
- On s’assure qu’il n’y aura aucune fuite … Qu’est-ce que Jones a pu raconter à son ex flic sur notre petit trafic ?…. On prend pas de risque nous ici ….
- Où est Fisher ? reprit Jeffries sur un ton déterminé.
- Ca … J’en sais rien … Ce type est vraiment taré…Il se croit supérieur à nous … Il veut le fric mais ne veut pas se salir les mains ! C’est qu’un petit merdeux tout juste bon à faire le coursier. J’ai pas eu de nouvelles de lui depuis qu’il est parti. Une erreur de l’avoir envoyé là-bas… Pas foutu de faire correctement le boulot …
Will essayait de contenir une vague de colère grandissante.
- Pourquoi lui confier ce rôle alors ?
- Je ne sais pas pourquoi mais Jones avait confiance en lui… entre minables, on doit se comprendre …
Will et Danny sortirent de la pièce, laissant l’avocat et le procureur qui avait tout consigné de l’interrogatoire discuter de procédures alors qu’on passait les menottes à Matheson pour le transférer à la prison centrale de New York.
- On ne sait rien de plus sur l’endroit où se trouve Fisher …Ce type peut se trouver n’importe où ! fit Will sombre. Ils étaient sortis du bâtiment et se dirigeaient vers le parking.
- La chance qui nous reste, c’est que les stups de Phillie trouvent quelque chose conclut Danny en montant dans la voiture pour retourner au bureau.
Il s’était assis sur le siège passager et essaya une nouvelle fois de joindre le portable d’Elena. Encore la messagerie. Il aurait aimé savoir comment cela se passait avec Valens qui l’avait accompagné à l’adresse de la scierie trouvée à Philadelphie par Jack. Il raccrocha pendant que Will démarrait.
Highway 95,entre New- York et Philadelphie, à la hauteur de Newark, véhicule de Elena Delgado, 28 février 2008, 12 H 20.
Elena avait tenu à garder le volant. Au moins, elle pouvait se concentrer sur quelque chose qui l’aider à ne pas s’énerver mentalement après l’inspecteur Valens. Pour qui se prenait-il celui-ci, avec son air de gars à qui rien ne résiste … Un prétentieux de la pire espère, pensa-telle. Comme il avait été agaçant et désobligeant avec les réflexions qu’il lui avait faites … Elle n’avait toujours pas digéré cela. Pourtant, elle se pensait être une fille compréhensive et raisonnée… Mais ce type avait eut dès les premiers instants le don de la mettre hors d’elle. Aussi, quand Vivian lui avait demandé qu’il l’accompagne à Newark pour rechercher celui à qui appartenait le numéro indiqué par Dina Miller, elle n’avait pas sauté de joie.
Scotty lui restait étonnamment silencieux. Il sentit son portable vibrer et sonner. Il décrocha et raccrocha aussi promptement.
- Vous avez une vie sociale très riche avec tous ces coups de téléphone se moqua Elena.
- On ne se refait pas fit-il , essayant de faire bonne figure alors que les coups de fils anonymes s’enchaînaient toujours.
Depuis peu, à chaque fois, la voix métallique lui soufflait une phrase tirée d’une vieille chanson cubaine… Celle que lui chantait sa mère quand il était enfant pour les endormir, lui et son frère Mike. Scotty avait beaucoup de mal à chasser ces intrusions qui le mettaient sur les nerfs. Il commençait à être sérieusement à cran en partie aussi pour cela.
- Nous ne sommes plus très loin fit remarquer Elena.
Scotty essaya de se reconcentrer sur l’affaire en faisant abstraction du jugement négatif qu’il avait eu au départ sur Elena. En fait, il avait reconnu durant le trajet que finalement, elle avait peut-être aussi des raisons d’avoir les nerfs à vif …L’agent Taylor lui avait avoué à demi-mot ce qu’elle représenter pour lui. Entamer une relation avec son partenaire au boulot … Voilà une situation qui devait être tout de même compliquée à gérer parfois. Franchement, lui ne se voyait pas faire cela avec Lilly… Comment aurait-il pu !
Elena prit la sortie menant à une zone industrielle au sud de la ville. Elle nota que nombre d’usines avaient plutôt l’air abandonné, les entreprises se développant plutôt maintenant à l’Est de la ville. Scotty lui rappela l’adresse. Ils cherchèrent un bon moment et se garèrent devant un portail métallique rouillé qui barrait l’accès à une zone grillagée au milieu de laquelle deux bâtiments gris semblaient trôner. « Génial ! » pensa Elena « Il va falloir faire de l’escalade pour entrer la dedans … »
Ils descendirent de voiture. L’endroit était vraiment désert. Scotty tenta de faire coulisser le portail sur les rails tout aussi rouillés et à sa grande surprise, réussit à l’ouvrir. Aucun signe de vie à l’horizon. Ils avancèrent donc vers ce qui semblait être le bâtiment principal. Les vitres sales dont plusieurs étaient brisées indiquaient la vétusté de l’atelier.
Scotty sortit son arme par réflexe. Cet endroit était censé révéler toute de même une certaine activité … une ligne téléphonique en fonction témoignait de la présence ici de passage. Le fait de ne voir pas âme qui vive dans ce lieu apparaissait comme très suspect. Elena l’imita, dégageant sa veste et empoignant à deux mains son arme de service. Ils se mirent à chercher une entrée possible. Scotty regarda par un des carreaux cassés. Il vit à l’intérieur de grosses machines, des planches et pièces de bois traînant un peu partout.
Les deux flics s’étaient instinctivement rapprochés pour se couvrir mutuellement. Ils firent le tour du bâtiment par la gauche et tombèrent sur une petite porte métallique. Aucun cadenas. Scotty se prépara à entrer en mettant en joue son arme tandis qu’Elena avait la main sur la poignée. Elle se préparait à l’ouvrir à la volée quand des coups de feu retentirent derrière eux. Les deux flics s’accroupirent. Les balles ricochaient autour d’eux et faisaient volaient des éclats de ciment. Elena ouvrit précipitamment la porte et roula à l’intérieur pour se mettre à couvert. Scotty la suivit alors que le flot de tirs s’était interrompu. Le jeune homme sentait son cœur cogner contre sa poitrine et il regardait Elena le souffle court… Elle n’avait rien. Elle, elle le regardait effarée. Il ressentit une violente vague de chaleur, immédiatement suivi d’une douleur pénétrante entre les omoplates et dans l’épaule droite. La dernière image que son cerveau grava dans sa mémoire était le visage d’Elena qui criait son nom.
Résidence de Dina Miller, Jefferson Road, 28 février 2008, 12H30 .
Kat Miller, disparue depuis 18H00.
- Votre patron est un homme charmant fit Dina à Lilly, alors que celle –ci l’aider à rapporter en cuisine les verres qu’ils venaient de prendre tous au salon.
La jeune femme lui sourit. Charmant, n’aurait pas été le terme qu’elle aurait choisi pour qualifier le chef de prime abords… Elle voyait en lui surtout la rigueur policière, l’écoute et le soutien quasi paternel et bienveillant de son supérieur…Pas seulement que pour elle d’ailleurs car en passant prendre des nouvelles de la famille de Kat, il montrait qu’il portait une attention particulière à son équipe et leurs proches. Mais effectivement, il devait avoir au-delà un côté charmant …
Elles retournèrent au salon. L’agent spécial Fitzgerald était arrivé depuis peu, croisant quelques instants Stillman qui repartait. Curtis Bell, lui, empoigna son manteau et se résolut à partir, prétextant à regret des dossiers en attente au bureau. Il avait tenu en effet à s’occuper de la mise en examen des principaux suspects de l’affaire, ce qu’il avait réussit à obtenir du substitut et des autorités qui s’occupaient de la juridiction. Après avoir embrassé Veronica et salué les deux policiers, Curtis serra la main de Dina chaleureusement lui promettant de revenir très vite. Il fit un clin d’œil à Lilly à qui il avait demandé d’être tenu au courant de toutes les évolutions de l’enquête. Il devait d’ailleurs repasser au Central de la brigade criminelle le soir même.
Lilly se fit la réflexion en le regardant partir qu’il était étonnant ! Elle avait eu le loisir de discuter un peu avec lui, tout d’abord de manière gênée, mais une fois qu’il avait abordé sa relation avec Kat (pourquoi s’en cacher maintenant, ce serait comme savoir la véritable couleur de Mickaël Jackson avait-il rétorqué sérieusement… Ca ne sert plus à rien ! C’était aussi ça, l’ADA Bell …), il avait été honnête avec elle. Cela faisait quatre mois qu’ils se voyaient régulièrement. Il avoua bizarrement que c’était lui qui avait voulu garder pour le moment cela secret, … Un assistant du proc’ chez les flics, cela risquait de mal passer ! (un peu comme un chat invité à une surboum de souris … Encore une autre boutade de Bell qui l’avait fait rire …).
Si cette réflexion à demi avouée avait fait aussi beaucoup sourire Lilly, c’est qu’elle se rappelait le temps où elle-même était sortie avec le substitut du procureur Kite. Elle avait tourné la page maintenant. La jeune femme avait été un peu déçue que Kat ne lui ait pas fait part de cet événement heureux dans sa vie, mais elle comprenait, avec les explications de Curtis certaines allusions et sourires qui perdaient ici de leur ambiguïté.
Martin s’était levé également pour prendre congé de Dina. Lilly, tirée de sa pensée, en profita pour elle-même partir. Sur le perron de la maison, ils saluèrent donc la mère de Kat. Lilly lui promit de la rappeler dans la soirée, la rassurant une dernière fois sur leur bonne sécurité.
Ils se dirigèrent vers leurs voitures respectives garées un peu plus loin.
- Vous êtes toujours comme ça ? Martin avait posé la question en souriant.
- Comme quoi, répondit l’inspectrice sur un ton étonné.
- Toujours à vous préoccuper des autres de la meilleure manière qui soit ?
- Je ne sais pas si c’est de la meilleure manière … C’est mon boulot.
Elle se retourna pour lui faire face.
- Voilà pourquoi je me sentais observée fit-elle assez durement.
- Ecoutez, je voulais vous dire que … j’avais eu l’impression de vous avoir choqué au sujet des relations de Jones et de sa fille ce matin. Je ne savais pas que vous étiez liée à ce niveau avec elle. Je regrette vraiment d’avoir eu cette réflexion devant vous et , …
- J’accepte vos excuses agent Fitzgerald.
- Bien … Dans ce cas, vous pourriez peut-être m’indiquer où manger quelque chose de sain et de nourrissant dans le coin. Je meurs de faim, pas vous ?
- Vous pouvez essayer le Gillian’s T Bones sur Market Street … Ce n’est pas très loin du central.
- Dans ce cas, vous m’accompagnez ? fit Martin.
Lilly ne s’attendait pas à une invitation de sa part.
- Les agents du FBI se nourrissent vous savez. Pas vous, inspecteur Rush ? De quoi recharger vos batteries…
Elle réfléchit un court instant et se dit que oui, il fallait qu’elle fasse une vraie pause … La fatigue se faisait sentir et il ne fallait faiblir alors que rien n’était fait. D’ailleurs, pour le moment, il ne pouvait rien faire de plus.
- Très bien… nous passerons au central avant …
- Comme vous voudrez.
Ils démarrèrent leur voiture respective et prirent la direction du centre ville de Philadelphie.