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Série : Supernatural
Création : 12.03.2008 à 18h16
Auteur : socrate
Statut : Terminée
« une première pour moi, alors soyez indulgents. cette fic est complète et je l'écris seule pour l'instant. merci » socrate
Cette fanfic compte déjà 50 paragraphes
Jill s’interrompt. Il fait nuit, c’est vrai. Mais la lune éclaire bien la pièce. Elle se penche un peu et scrute attentivement les yeux de Dean. Pourtant ils ont l’air normaux. Elle tend alors sa main devant son visage.
Jill : « Combien j’ai de doigts ? »
Dean : « Si tu n’as rien perdu dans l’explosion, je dirais cinq à chaque main. »
Il tente un sourire qui se finit en grimace. Jill, quant à elle, est inquiète. Il n’a pas cillé quand elle a approché sa main de ses yeux. Elle avait d’ailleurs replié son pouce, ne lui présentant que quatre doigts.
Jill : « Dean… Je crois qu’on a … »
Dean : « … un problème, je sais. Je sens ton parfum, ton souffle sur mon visage et tes cheveux me chatouillent délicieusement les tempes mais je suis incapable de discerner ton visage. Rassure-moi : j’ai encore des yeux ? Non, parce que sinon, je vais être bien moins sexy ! »
Jill rit doucement : « Tes yeux sont là, t’es toujours aussi craquant ! Seulement, le choc a dû endommager la mécanique derrière. J’espère juste que ça n’a pas trop atteint ton cerveau. Parce que sexy et débile, c’est quand même moins intéressant que sexy et intelligent ! »
Dean : « Ha, ha ! Très drôle. Rappelle-moi de ne plus faire d’humour avec toi quand je ne suis pas en forme. »
Dean refait une tentative pour se redresser. Il passe difficilement à genoux, son souffle est rauque, court. La douleur est insupportable, il blêmit sous l’effort mais insiste en serrant les dents. Jill le soutient.
Jill : « Dean. Tu devrais rester allongé. T’es quand même assez mal en point. »
Dean : « Nous ne sommes pas arrivés là tout seul. Crois-moi, il vaut mieux être debout pour affronter ce qui ne va pas manquer de revenir. Hey ! Qu’est-ce que tu fais ? T’as pas honte d’abuser d’un pauvre aveugle !?! »
Jill : « Désolée, j’ai glissé sur… Je crois que c’est une chaîne… »
Dean : « Ouais, c’est ça. Bon, remets la réalisation de tes fantasmes à plus tard. Maintenant, il va falloir que tu sois mes yeux. Décris moi la pièce. »
Jill sourit, au moins il n’a pas perdu de sa répartie: « Très bien. Nous sommes au centre d’une grande pièce qui doit bien faire 20 m sur 15 m, je dirais, avec une hauteur sous plafond d’au moins 6 m. A ta gauche et derrière toi, le mur est percé de larges lucarnes vitrées mais elles sont inaccessibles. A ta droite, le mur est plein, je ne vois pas de porte. En face, il y a un grand portail, fermé. Tout autour de nous, il y a des chaînes qui traînent et des poteaux en béton tous les 5 m qui soutiennent le plafond. Au vu de l’architecture, je dirais qu’on est dans un ancien entrepôt de filature datant des années 40. »
Dean : « Ok, Madame l’Architecte. Commençons par ce portail. »
Sam conduit dangereusement, zigzagant entre les véhicules, dérapant à chaque virage. S’il le voyait, Dean lui passerait un savon sur sa façon de traiter sa princesse. Mais Sam ne s’en soucie pas. Il ne cesse de grogner, jurer, s’énerver sur le volant. Il s’en veut tellement. Il aurait dû savoir, il aurait dû écouter son frère.
Après l’exorcisme, ils avaient été obligés de conduire le chauffeur de taxi à l’hôpital. En état de choc, les yeux hagards, il n’avait pu répondre à aucune de leurs questions. Dean insistait mais Sam avait fini par le convaincre de cesser son interrogatoire pensant qu’ils n’arriveraient à rien. Naïvement, il croyait que le démon disparu, Jill et les jumeaux étaient en sécurité. Quel idiot ! Evidemment, les choses ne pouvaient pas être aussi simples. Et Dean l’avait bien senti, sinon il n’aurait pas accepté de rester et de prendre en main l’entraînement de Jill. Quel imbécile ! Il s’était laissé bercer par cette fausse tranquillité. Et maintenant, Dean et Jill payaient le prix de son inattention.
Il étudie toutes les possibilités, tous les scénarios. En y repensant, il se rend compte que quelque chose cloche. Bien sûr, il sait que retrouver Dean et Jill équivaut à se jeter dans la gueule du loup. C’est un piège, c’est évident. Dean et Jill servent d’appâts. Mais quelque chose le chiffonne. Il n’arrive pas à mettre le doigt dessus. Il lui manque au moins une pièce du puzzle et il espère que le chauffeur pourra l’éclairer.
A ses côtés, Matt et Anna restent silencieux. Depuis quelques minutes seulement, ils perçoivent à nouveau la connexion avec l’esprit de leur sœur. Le soulagement de la savoir en vie fait rapidement place à l’inquiétude et l’attitude tendue de Sam ne les aide pas. Etrangers à cette vie de chasse et de danger, ils subissent chaque événement sans en cerner l’importance, les conséquences et surtout sans être capables d’analyser sereinement la situation. Alors ils s’accrochent à ce que l’instant présent leur apporte : la certitude que Jill est en vie, leur foi en elle et en son tempérament de battante, l’espoir que Dean soit auprès d’elle, la présence de Sam et de son expérience.
Après un bref arrêt au motel pour récupérer l’identité et l’adresse du chauffeur, les trois jeunes se rendent directement au domicile de cet Eric Mendès, espérant obtenir des réponses.
C’est Eric lui-même qui leur ouvre la porte. Nullement surpris de les voir, il les fait directement entrer dans son salon.
Eric : « Je savais que vous viendrez un jour. J’ai essayé de me convaincre que tout ça n’était qu’un mauvais rêve, mais puisque vous êtes là… »
Sam : « Ils ont enlevé mon frère et leur sœur. Nous avons besoin de savoir tout ce dont vous vous souvenez, de ce que vous avez entendu ou vu pendant que le démon vous possédait. »
Contrairement à son habitude, Sam ne prend pas de gant. Il aimerait secouer cet homme, le prendre à parti, déverser sur lui son angoisse, sa colère, sa frustration. Il a beau savoir que le pauvre Eric n’y est pour rien, il lui en veut de tout ce qui leur arrive. Anna, sentant cette impatience, pose délicatement sa main sur son bras pour le calmer et lui lance un regard de reproche. Sam se tait immédiatement.
Eric : « Je… C’est assez flou… Je n’arrive pas à me souvenir de tout. Je me mélange… Je ne sais plus trop si c’est vraiment arrivé ou pas. »
Anna : « Dites-nous tout ce que vous croyez vous souvenir. Nous ferons le tri. »
Eric : « D’accord… Je ne saurais pas dire quand ça a commencé. Je me vois agenouillé devant un homme, plutôt un démon, avec une grande cape, comme un prêtre. Je l’appelle Maître. Je lui dois obéissance et respect. D’ailleurs, j’ai le vague souvenir d’un sentiment d’admiration. »
Sam : « Il a un nom ? »
Eric : « Je ne sais pas, je l’appelle Maître. Il doit avoir de grands pouvoirs. Il en impose beaucoup. »
Matt : « Quels pouvoirs ? »
Eric : « Je crois, je ne suis plus très sûr, mais je crois qu’il voit l’avenir ou quelque chose comme ça. Il regarde l’intérieur de sa main, comme s’il y avait un écran de télé dedans et il prend alors ses décisions. Je sais que ça paraît bizarre mais c’est ce dont je me souviens. »
Matt : « Ok. Il voit le futur. Et alors quoi ? Qu’est-ce qu’il nous veut ? Pourquoi vous avez attaqué Jill ? »
Eric prend le temps de répondre. De cette partie, il se souvient assez bien mais il ne sait pas si ces jeunes gens sont prêts à entendre ses explications. Ne devrait-il pas plutôt leurs dire que Jill est morte, qu’ils feraient mieux de fuir tant qu’il est temps ? Leurs mentir pour leur laisser une chance ? Pourtant, quand il regarde leurs yeux, il sait qu’ils n’abandonneront pas, surtout Sam. Il a compris que lui attendait des réponses et qu’il avait intérêt à les lui apporter…
Eric : « Vous représentez une menace pour lui. Vous pourriez l’empêcher d’atteindre son but. »
Anna : « Comment ça, quel but ? Et comment on aurait pu l’empêcher ? On ne savait même pas qu’il existait ? »
C’est Sam qui répond, même s’il n’avait pas prévu l’existence du Maître, il sait pourquoi les jumeaux sont recherchés.
Sam : « Il veut devenir le chef et contrôler l’armée libérée par Azazel. Vous ne le connaissez pas mais d’autres démons auraient pu vous trouver avant lui et vous former pour que vous endossiez ce rôle. »
Anna : « Endosser ce rôle ? Mais enfin, Sam, c’est ridicule ! Pourquoi est-ce qu’on voudrait de cette place de chef ? Nous sommes humains. Comment pourrait-on devenir chef de démons ! »
Sam reste silencieux. Il ne peut quand même pas leur parler du sang d’Azazel, de la part de mal qu’ils ont en eux alors qu’ils ne le soupçonnent même pas. Lui-même a déjà eu du mal à encaisser ça alors que c’est le monde dans lequel il vit, alors eux… Cela les bouleverserait encore plus.
Matt : « Mais, si c’est après nous qu’il en a, pourquoi vous avez attaqué Jill ? »
Eric : « Parce qu’elle représente une menace encore plus grande. »
Matt : « Je ne comprend plus rien. Un coup, c’est nous, un coup, c’est elle. Qu’est-ce qu’elle a qui menace ce démon ? »
Eric : « Son amour pour vous. »
Alors là, les jumeaux sont complètement perdus. Son amour ? Oui, elle les aime, comme eux l’aiment, et alors ? Qu’est-ce que cela a à voir avec cette armée, ce rôle de chef ?
Pourtant, pour Sam, les choses s’éclairent. La force de Jill, la force de Dean, le parallèle entre les deux est vite fait, et il a compris de quoi son frère était capable pour lui.
Sam : « C’est logique… » Les autres le regardent, surpris. « Elle nous l’a dit. Elle ferait n’importe quoi pour vous. Elle est aussi celle qui a reformé votre famille. Sans elle, vous seriez encore séparés, elle est le ciment qui vous lie les uns aux autres. Si le démon vous tue, il la rend folle de rage. Elle a un sacré caractère. Votre mort ne l’anéantira pas, en faisant ça, le démon sèmera les graines de la vengeance dans son cœur, elle lui fera payer et il l’a compris. Par contre, s’il la tue en premier, il vous affaiblit, vous perdez vos repères, vos certitudes et il peut plus facilement vous atteindre. Il a juste procédé par ordre. »
Eric : « C’est exact. Il a vu sa chute dans votre sœur, alors il a voulu l’écarter de son chemin avant de s’en prendre à vous. »
Sam : « Il n’a pas dû apprécier notre intervention. »
Eric : « Encore exact. Il était furieux qu’elle se soit échappée. Mais il n’a pas saisi votre importance à ce moment-là, sinon il ne m’aurait pas envoyé seul à votre motel. »
Sam : « Mais maintenant, il sait. Et il doit savoir qui nous sommes, qui je suis. Voilà pourquoi il les a enlevés sans les tuer. Il me veut mort autant que Matt et Anna mais il sait que s’il tue mon frère, il court à sa perte alors que le retenir vivant me fera venir à lui aussi sûrement qu’un chien à son os. »
Eric : « C’est possible. Je ne peux rien vous confirmer pourtant. Vous m’avez sauvé avant tout ça. Je vous ai dit tout ce que je sais. »
Sam : « Encore une chose. Est-ce que vous vous souvenez d’un lieu ? Dans ma vision, j’avais vu un vieil entrepôt mais je ne sais pas où il se trouve. Vous avez une idée ? »
Eric : « Vous avez des visions ? Cela explique sans doute pourquoi le Maître n’a pas prévu votre venue. Il ne peut voir ce genre de phénomènes, juste les suites logiques, les enchaînements de situation, les réactions face aux émotions. Vous avez peut-être une chance finalement, si vous arrivez à le surprendre. »
Et sur ces paroles presque encourageantes, il leur indique le quartier des anciennes filatures de Los Angeles.
A tâtons, à moitié porté par Jill, trébuchant à chaque pas, Dean fait le tour de la grande salle. Il serre les dents pour ne pas gémir de douleur devant elle. L’effort que lui demande le simple fait de se tenir debout est énorme mais il refuse de se rallonger, il doit vérifier les lieux et se préparer. La seule issue accessible, le portail, est bloquée de l’extérieur. Ils ont eu beau essayer, alliant leurs forces (ou plutôt celle de Jill au peu qu’il reste à Dean) pour dégonder un des battants du portail, celui-ci n’a pas bougé d’un centimètre.
Aucune plainte ne sort des lèvres de Dean malgré la souffrance apparente qu’il endure. Voyant ce courage et cette détermination, Jill prend sur elle pour ne pas craquer. Le découragement la gagne même si la présence de Dean la rassure un peu. Il ne cesse de lui soumettre des idées pour tenter de sortir d’ici mais Jill est obligée de les rejeter les unes après les autres.
- Utiliser les chaînes pour forcer sur le portail : celui-ci s’ouvrant dans l’autre sens, il n’y a aucune prise où accrocher les chaînes.
- Enfoncer le portail : avec quoi ? et puis Dean n’est certainement pas en état et Jill n’est pas assez costaud pour ça.
- Briser une lucarne pour s’échapper : ok pour briser la lucarne mais après ? Elles sont trop hautes, il faudrait qu’ils se fassent la courte échelle mais 1 – Dean ne supporterait pas le poids de Jill et elle refuse de le laisser seul dans cet état et 2 – Dean refuse catégoriquement d’être celui qui s’échappe, alors forcément…
Les solutions et les idées s’amenuisant, Dean finit par admettre que leur situation ne s’annonce pas radieuse. Pourtant, plutôt que de se reposer, il choisit de ne surtout pas rester inactif. Ils sont prisonniers, c’est vrai, mais pour lui, tant qu’ils peuvent se défendre, ils peuvent s’en sortir. Toujours soutenu par Jill, Dean s’organise.
Utiliser les chaînes qui traînent comme fronde pour projeter tout débris qui leur tombe sous la main, tendre des pièges entre les poteaux, se familiariser avec la configuration des lieux pour être sûr de ne pas se faire acculer dans un coin sans échappatoire. Dean tente de penser à tout et de préparer Jill à ce qui pourrait bien se passer. Malgré ses yeux inutiles, il se repère très bien dans l’espace. Aidé par Jill, il visualise la pièce dans ses moindres détails et s’il n’avait pas besoin d’elle pour le supporter, il se déplacerait facilement dans l’entrepôt sans se cogner ni trébucher.
Une fois les préparatifs terminés, Dean s’adosse à un poteau, épuisé. Chaque inspiration lui brûle les poumons, sans doute endommagés par les fumées inhalées. Il lutte à chaque respiration pour ne pas déclencher une quinte de toux, qui vu l’état de ses côtes, ne ferait qu’augmenter la douleur ressentie. Son seuil de tolérance à la douleur étant déjà largement atteint, il n’a pas intérêt à en rajouter. Pourtant, ça ne l’empêche pas d’être optimiste ou en tout cas, d’essayer de le paraître.
Dean : « Bon. Ca pourrait être pire comme situation ! »
Jill, sarcastique : « Vraiment ? Je ne suis pas sûre de vouloir savoir comment ! »
Dean, surpris de son attitude : « Hey ! Tu pourrais être avec Sam, plutôt qu’avec moi ! Tu vois, ça pourrait être pire ! »
Jill, désabusée : « Ne le prend pas mal Dean, mais je crois qu’entre ton frère et toi, c’est toi le plus cinglé des deux. Je me demande même si tu ne prends pas plaisir à te retrouver dans des situations pareilles ! Pour moi, là, maintenant, je ne vois pas de quoi plaisanter : tu ne vois rien, tu es en mille morceaux, à peine capable de te tenir debout, je suis novice en matière de bataille, nous n’avons pas d’arme et nous n’avons aucune idée du nombre de démons qui va nous tomber dessus ni quand ils vont le faire. Alors, excuse-moi, mais franchement, dans ce cas précis, toi ou ton frère, je ne suis pas sûre de voir une différence ! »
Dean, bougon : « Je suis quand même vachement plus beau que lui… »
Il est embarrassé. Jusqu’à présent, Jill a tenu bon, elle l’a aidé, elle a agit comme il lui a demandé d’agir et jamais elle ne s’est plaint ou n’a pleuré. Il aura suffit d’une de ses blagues idiotes pour qu’elle ait le moral qui flanche. Il a encore perdu une occasion de se taire.
Evidemment, s’il avait pu se servir de ses yeux, il aurait vu le scepticisme, le doute puis le désespoir s’insinuer petit à petit en elle. Il s’apprête à lui répondre, histoire de lui montrer qu’il comprend ses craintes mais qu’elle ne doit pas laisser la peur l’envahir, qu’il la protègera malgré son état, qu’il cache de nombreuses ressources qu’elle ne devine pas, que sa vie de chasseurs l’a entraîné à survivre à des combats bien plus désespérés que celui qui les attend.
Il voudrait lui insuffler sa force mais s’interrompt aussitôt. Il a senti quelque chose, son instinct lui signale un changement dans l’air ambiant. Tout son corps se tend, ses muscles se raidissent, prêts à réagir au moindre signal de son cerveau.
Jill, qui a remarqué son changement d’attitude, se redresse aussitôt.
Jill : « Qu’est-ce qu’il y a ? »
Dean : « Ils approchent. Tiens toi prête. »
Concentré sur ses sensations et son ouïe, Dean a senti la température baisser et entendu du bruit derrière le portail. Il ne doute pas une seconde qu’ils vont bientôt faire la connaissance de celui ou ceux qui les a amenés là. Il a alors une pensée furtive pour son frère. Il aimerait l’avoir près de lui dans cette bataille qui s’annonce.
De son côté, Jill n’a rien entendu ni senti. Faisant confiance à Dean, elle reste sur ses gardes, surveillant le portail. Elle aussi pense à son frère et à sa sœur. Mais à l’inverse de Dean, elle est heureuse qu’ils ne soient pas là. Elle préfère les savoir en sécurité avec Sam.