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Série : Supernatural
Création : 01.07.2008 à 19h59
Auteur : winsister
Statut : Terminée
« Série d'OS que j'ai fait pour des concours ou sur commande. Merci de ne rien ajouter d'autre et bonne lecture!! » winsister
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MON FRERE
Mon frère ? Voyons, qu’est-ce que je pourrais vous dire sur lui…
En fait, ça n’est pas vraiment mon frère, enfin pas seulement. Je le considère comme bien plus que ça. Il est ce que j’aimerais être. On me dit souvent que je suis tout le contraire de lui, et c’est assez vrai, enfin sur certains points en tout cas. Pourtant, il est ce que j’aimerais être.
Si j’étais aussi endurci que lui, je ne lui aurais certainement pas créé autant d’ennuis. Si j’étais aussi tête brûlée, il n’aurait pas à passer son temps à me protéger. Et il sait aussi faire preuve d’une grande détermination et d’un altruisme sans borne, il me l’a prouvé en passant ce pacte. Si j’étais comme lui, j’aurais déjà fait ce qu’il faut pour que ce pacte soit rompu. Seulement voilà, c’est une tête de mule et moi aussi, au moins un point commun. Je refuse de le laisser tomber, il refuse d’être sauvé, ou plutôt, il refuse de me voir mourir. C’est ce genre de choses qui font que j’admire mon frère. Que j’aimerais être ce qu’il est.
Depuis toujours, il a été comme un père et une mère pour moi. Depuis que j’ai l’âge de comprendre la vie, il a été un modèle pour moi. Bon pas dans tous les domaines non plus hein… Il peut pas croiser une fille sans la draguer, et le pire c’est qu’elles sont toutes folles de lui, allez comprendre… Et il y a son humour… Toujours à caser une vanne pourrie au moment le moins approprié. Ha oui, une autre chose qui m’énerve chez lui, c’est qu’il m’appelle Sammy. Oui bon, en fait ça m’énerve pas vraiment, même si j’aime lui laisser croire le contraire. Parce que je sais que quand il m’appelle Sammy, c’est qu’il s’inquiète pour moi et que j’ai mon grand frère en face de moi, et pas le chasseur.
Il est le seul à savoir comment faire avec moi. Il n’y a que lui qui arrive à me faire croire que tout va bien quand le doute m’envahit, à me rassurer quand je fais des cauchemars. Il a toujours été là pour moi et j’aimerais en faire autant pour lui. Mais avec lui, j’ai toujours l’impression de me retrouver face à un roc, un mur. Un mur qui ne laisse rien paraitre de ses émotions, ou du moins très rarement. La seule chose qu’il laisse filtrer, c’est sa colère, et dans ces cas là, même moi j’évite de l’affronter, même si je n’ai pas toujours le choix. Mais des que cela touche les sentiments, alors là vous pouvez être sûr que son humour graveleux revient au triple galop. Il se cache derrière ça. Il cache ses peurs mais aussi ce qu’il ressent pour les autres et je trouve ça triste. Mais malgré tout ça, j’aimerais être comme lui.
J’aimerais pouvoir donner autant que lui. Si j’étais comme lui, je pourrais lui rendre tout ce qu’il a donné pour moi. Si je suis là aujourd’hui, à vous parler de mon frère, c’est grâce à lui. Il n’a pas hésité à se sacrifier pour moi, malgré ce que cela lui a coûté. Il a vendu son âme, sa vie pour que la mort me renvoie à ses côtés. Mais ça me bouffe de voir qu’il a une aussi faible estime de sa vie. Il pense que ma vie vaut plus que la sienne mais il se trompe. Sa vie est importante, elle est précieuse. En tout cas elle l’est pour moi. J’ai besoin de lui, de sa force. Sans lui, qu’est-ce que je deviendrai ?
C’est son soutien sans relâche et sa foi en moi qui m’ont mené là où je suis aujourd’hui. Le jour où il est venu me chercher, j’ai su à quel point tout ça m’avait manqué. J’ai su à quel point IL m’avait manqué. J’ai réalisé que sans mon frère, ma vie était vide de sens. J’avais Jessica avec moi mais elle n’arrivait pas à combler ce vide en moi. Je n’avais pas la fantaisie de mon frère. Je n’avais pas l’étincelle de vie qu’il a en lui. Cette facilité à me faire que tout peut s’arranger, que tout va aller bien. Il a toujours veillé sur moi, il a toujours été là pour moi.
Aujourd’hui, c’est à moi d’être là pour lui. A moi de tout faire pour l’aider. De tout faire pour être comme cet être hors du commun que j’admire et qui est tout pour moi. Il est ma conscience, mon ange-gardien, mon ami. Il est mon grand frère et bein plus que ça. Il est Dean, tout simplement…
CASANOVA.
Assis sur un banc, il attend de recevoir le message lui signifiant qu’il peut regagner son appartement. Jessica organise une fête pour son anniversaire et bien que cela ne l’enchante pas vraiment, il n’avait pas pu lui refuser ce plaisir. Cette journée, généralement joyeuse pour quiconque fêtait son anniversaire, avait un goût amer pour lui. Cela lui rappelait encore plus douloureusement l’absence des siens. Le souvenir des anniversaires passés auprès de son père et de son frère le harcelaient depuis qu’il s’était levé. Non pas qu’on ait eu pour habitude de fêter les anniversaires chez les Winchester, mais au moins ils étaient ensembles, lui et son frère. Ce dernier ne manquait jamais de lui faire un cadeau. Généralement un truc complètement inutile mais cette attention lui manquait. Au moins lui n’avait jamais oublié la date. Mais depuis qu’il les avait quittés suite à ce coup de colère face à son père, il vivait ce jour assez difficilement. L’année précédente, il était seul et avait préféré rester enfermé dans sa chambre à boire pour tenter de combler le vide qui lui tiraillait l’estomac. Mais aujourd’hui, il y avait Jess. Et quand elle avait proposé d’organiser une fête costumée pour ses 21 ans, il n’avait pas pu lui dire non. Une petite sonnerie lui fait savoir que le message est arrivé. Il prend son téléphone pour pouvoir lire les « instructions » de Jess.
« Passe chez Zack pour te changer puis rejoins nous. Bisous. Je t’aime, Jess ».
Il lâche un soupir résigné puis se lève, se trainant plus qu’il n’avance vers le bâtiment. Durant le court trajet, il ne peut s’empêcher de penser à son frère, se demandant ce qu’il faisait, s’il pensait à lui de temps en temps. Il aurait bien aimé l’avoir à ses côtés aujourd’hui mais ça, c’était impossible. En entrant dans la chambre de Zack, il affiche une grimace en apercevant la boite qui trône sur le fauteuil. Dieu qu’il détestait devoir porter un costume. Mais en ouvrant la boite, il soupire de soulagement. Il y découvre un jeans et une chemise. Au moins Jess ne l’oblige pas à se sentir ridicule et mal à l’aise, c’est déjà ça. Une fois changé, il regagne son appartement.
A peine franchit-il la porte qu’une furieuse envie de s’enfuir le saisit. Au moins vingt-cinq personnes chantent « happy birthday » dans la plus complète cacophonie et le fait de ne pas voir les visages sous les masques le met mal à l’aise. Les gens s’approche tour à tour de lui et lui donne une accolade ou une petite étreinte pour les filles. Il n’a pas d’autre choix que de leur faire un petit discours de remerciement pour leur présence, bla bla bla… bref, le minimum de politesse exigée étant donné qu’il aurait préféré être partout ailleurs qu’ici. Puis de nouveau des accolades de la part des derniers arrivants. L’un d’entre eux pourtant a une attitude différente. Il prend Sam dans ses bras et l’étreint assez fort. Bizarrement, ce geste l’emplit de chaleur et il ressent moins brutalement cette boule à l’estomac qui ne l’a pas lâché de la journée. Il observe le jeune homme dans son costume de Casanova, dont le visage est caché par un masque. Il s’est assis sur un coin de la commode et Sam pourrait jurer qu’il ne le quitte pas des yeux. Il s’approche de lui, tout en attrapant deux bières au passage.
-On s’connait ? lui demande-t-il.
-Euh… Non je crois pas, lui répond Casanova. Je suis juste venu accompagner un ami.
Sa voix était déformée par la présence du masque mais Sam pouvait y déceler une note de tristesse. Et surtout, elle lui faisait du bien. Pourquoi, il ne pouvait pas se l’expliquer mais elle lui rappelait celle de son frère.
-Désolé pour tout à l’heure, finit par dire Casanova. Je me suis un peu laissé emporter.
-Ho t’inquiètes pas pour ça, c’est rien. Tu es du campus ?
-Non je suis juste de passage, je repars bientôt.
-Ton nom c’est quoi ? veut-il savoir en portant sa bière à ses lèvres.
-Pour aujourd’hui, je suis Casanova, répond-t-il en soulevant légèrement le masque pour l’imiter. Alors dis-moi, ça te plait la vie ici ?
-C’est plutôt sympa. J’ai des amis comme tu peux voir, même plus que je n’en connais, dit-il en riant. Une petite amie merveilleuse… Ouais, ça m’plait bien.
-Et… et ta famille ?
A cette question, Sam se raidit. Il n’a jamais abordé le sujet depuis qu’il est ici, pas même avec Jess. Pourtant, il a envie d’être franc avec Casanova, de lui dire ce qu’il ressent, comme s’il avait son frère en face de lui.
-Ma famille me manque, même si je leur avouerai jamais. Et aujourd’hui, j’aurais vraiment aimé que mon frère soit là, finit-il en baissant la tête. J’aurai voulu qu’il voit ce que je suis devenu, qu’il soit fier de moi.
-Je suis sûr qu’il l’est, affirme Casanova en lui posant une main rassurante sur l’épaule. Voir son petit frère prendre son envol et réussir pleinement sa vie et ses études… Ton frère est certainement très fier de toi.
-J’aimerai tellement y croire, murmure Sam.
Une voix parvient à couvrir le son de la musique. C’est Jess qui appelle Sam en l’informant que la distribution de cadeau va commencer. Il se tourne vers Casanova et lève les yeux au ciel.
-J’ai horreur des fêtes, dit-il en s’éloignant de lui.
-Je sais, répond Casanova une fois Sam trop loin pour l’entendre.
Sam s’assied sur le canapé et les invités viennent tous en même temps déposer leur cadeau devant lui, ce qui fait qu’il n’a pas le temps de voir qui offre quoi et ni de les remercier qu’ils sont déjà tous retournés discuter et s’amuser. Il ouvre les premiers paquets, se retrouvant vite avec trois I-Pod, une gourmette et autre choses du même genre quand un paquet retient son attention. Il est tout cabossé et emballé avec du papier journal. Dessus, il arrive cependant à lire un mot : Casanova, ne laissant aucun doute sur celui qui l’offre. Sam l’ouvre et son cœur manque faire un bond en découvrant ce qu’il contient. Deux objets et une carte. Deux objets complètement inutiles mais qui ont bien plus de valeur à ses yeux que tous les I-Pod de la Terre. Et sur la carte, les mots les plus chaleureux à son cœur : Bon anniversaire Sammy.
A l’extérieur, une Impala noire quitte le campus avec à son bord un jeune Casanova aux yeux brillants de larmes…
Memories…
Il est là, debout dans cette pièce, face à ce miroir. Pourtant l’image que ce dernier reflète lui est complètement étrangère. Il ne se reconnait pas dedans. Ses traits, son regard, son expression… Tout ça n’a plus rien à voir avec ce qu’il était avant. Avant… Si proche et si lointain à la fois. Si présent et si dérisoire… Pourtant il n’a pas oublié. Il se souvient encore de ce qu’il était avant que tout bascule. Il se souvient de comment tout a commencé…
Au tout début, du plus loin qu’il se rappelle, il avait cette impression de ne pas être à sa place dans sa famille, même s’il était très proche de son frère. Cette impression était renforcée par ses disputes incessantes avec son père, et il les avait même quittés une fois, pour y mettre un terme. Il avait tenté de changer de vie, de trouver sa voie. Il menait à bien ses études, avait une petite amie. Mais son malaise ne s’était pas calmé pour autant, il persistait inlassablement. Même là, il ne se sentait pas à sa place…
Puis les cauchemars avaient commencés. Mais était-ce vraiment le début ? A bien y réfléchir, il avait toujours fait d’horribles cauchemars, mettant en scène la mort d’inconnus. Mais là, il ne s’agissait pas d’un inconnu, non. Il s’agissait de sa petite amie. Il la voyait mourir tout comme sa mère était morte. Mais il n’en avait pas tenu compte. Ou plutôt, il n’avait pas voulu en tenir compte. Les premières fois, il s’était réveillé paniqué, se demandant s’il était normal de faire ce genre de rêve d’une personne que l’on aime. Il s’était demandé si cela risquait d’arriver réellement ou s’il ne s’agissait que d’un banal cauchemar, avec un sous-entendu quelconque. Puis à la longue, la panique avait fait place à l’habitude, puis à l’indifférence. Car il savait au fond de lui que c’était inévitable, que tout cela arriverait…
Et il y a eu le jour où son frère est venu le chercher. Il avait hésité, sachant que rien de bon n’en ressortirait mais il avait fini par accepter, pour Dean. Le seul pour qui il aurait fait n’importe quoi. De là, Jess était morte, comme il l’avait rêvé et il en avait souffert. Il avait repris la chasse, replongeant dans ce monde qu’il avait voulu fuir. Ce monde dont il savait qu’il le guiderait vers un destin funeste…
Le temps avait passé, il avait retrouvé la complicité qu’il avait avec son frère et le malaise d’antan s’était dissipé, ou du moins s’était endormi quelque part au fond de lui. Ensemble, ils avaient chassé bon nombre de créatures et sauvé de nombreuses vies. Mais il ne s’en sentait pas fier, il ne pensait qu’à celles qui ne l’ont pas été. Les rêves avaient continués, se révélant être des visions. Pourquoi en avait-il, il l’ignorait mais autant cela l’inquiétait, autant cela lui donnait une impression de pouvoir. Oui, grâce à ça, il avait le pouvoir de sauver quelques personnes de plus. Mais cela lui avait aussi permis de savoir qu’il n’était pas le seul. Il y avait eu Max, qui s’était avéré être un monstre en quelque sorte. Serait-il lui aussi un monstre ? Dean semblait croire le contraire et cela lui avait suffit…
Puis ils avaient retrouvé leur père et par la même occasion, le démon qui avait tuée leur mère. Mais quand ce dernier avait possédé son père, il n’avait pas pu tirer. Pour épargner son père ? Pas vraiment, ou du moins, pas uniquement. Parce qu’en croisant ce regard jaune, il avait senti une force étrange au fond de lui. Une force dont il ignorait l’origine mais dont il était sûr qu’elle était liée au démon. Cette force l’attirait mais il avait su y résister à ce moment, la vie de son frère passant largement avant. Puis son père était mort, échangeant sa vie contre celle de Dean. Il avait ressenti de la peine face à cette perte mais ce n’était rien face au bonheur de retrouver son frère…
La chasse avait continuée, ses visions aussi mais l’attitude de Dean avait changée. Il était plus acharné à vouloir le protéger. Puis il y avait eu Croatoan et son immunité face au virus démoniaque. Suite à ça, Dean avait fini par lui dire la vérité. Son don venait d’un démon. Du démon qui avait tué leurs parents. Du démon dont il avait croisé le regard jaune. Alors c’était pour ça qu’il n’avait pas pu tirer ce jour là ? Son destin était lié à celui du démon, mais comment, dans quel but ? Il n’avait pas eu besoin de se creuser la cervelle pour savoir que tout ça finirait mal. Puis ils avaient appris les projets du démon. Il voulait monter une armée et il lui fallait un chef. Le temps d’un instant, il avait espéré être ce chef, mais cette idée n’avait fait qu’effleurer son esprit. Il devait la rejeter, pour Dean. Pour ne pas perdre la seule personne qui comptait pour lui…
Et il était mort, tué par l’un de ses « semblables ». Dean avait vendu son âme pour le ramener et quand il s’est réveillé, il s’était senti différent. Moins humain ? Ou peut-être était-ce juste le contre coup du « voyage ». Pourtant, quand il avait tué Jake, il y avait pris plaisir. Il l’avait exécuté de sang froid, sans sourcillé, sans remords. Et à son tour, le démon qui avait changé sa vie était mort. Depuis ce jour, les choses avaient changées. Son frère allait mourir dans moins d’un an et lui n’avait plus le temps de faire dans la sensiblerie avec les créatures qu’il chassait. Fini le temps où il ne tuait pas un démon pour protéger son hôte. Fini le temps où il se demandait si la créature face à lui pouvait changer, comme Lénore avait changé. Depuis la mort du démon, il n’avait plus eu de vision, mais la force qu’il avait sentie au fond de lui ne cessait de croitre, de le ronger un peu plus chaque jour. Il savait que c’était là au fond de lui, même s’il refusait de se l’avouer. Les chasses se sont enchainées, Dean a refusé son aide et son malaise est revenu. Il ne se sentait plus à sa place dans ce monde d’incertitudes. Il voulait rejoindre ce monde qui l’attirait mais il continuait de s’y refuser, pour Dean. Pour ne pas que son frère se soit sacrifié pour rien. Quand Dean enfin avait émis le désir de vivre, il avait espéré pouvoir refouler cette envie de fuir. Mais il n’a pas pu le sauver. Il n’a pas pu rompre le pacte et Dean est mort, là, devant lui et son impuissance à lui éviter de souffrir. Dean l’avait quitté pour rejoindre l’Enfer. Il se retrouvait seul, comme un enfant abandonné. Désormais, il n’y avait plus personne pour veiller sur lui, pour l’empêcher de céder à ce désir brûlant de laisser sortir cette force, cette puissance qui ne demandait qu’à s’exprimer. Alors il l’a laissé faire. Il a laissé le don que le démon lui avait fait, prendre le dessus. Sa puissance était lâchée, une puissance telle que même Lilith n’avait rien pu faire contre lui. Après avoir pleuré son frère, il lui avait offert des funérailles et s’en était allé loin de ce monde qui l’étouffait. Il avait traquée Lilith et l’avait tuée. Une fois cet acte de vengeance accompli, il avait fait son choix et le malaise avait complètement disparut de sa vie même s’il n’avait toujours pas trouvé sa place...
Et aujourd’hui, si longtemps après, il est là devant ce miroir à regarder son reflet. Son visage n’a pas réellement changé, il est juste plus dur, ne reflétant aucune émotion. Il ferme les yeux et se concentre, puis finalement les rouvre. Il est dans un tout autre décor. Un décor fait de peur, de chair et de sang. Un décor dans lequel il ne ressent ni malaise ni bien-être. Il se retourne et regarde son armée, cherchant quelqu’un du regard. Une pression sur son épaule. Un quart de tour sur lui-même et le voilà face à celui pour qui il ferait n’importe quoi. Pour lui il a accepté son destin. Pour lui il a accepté de diriger cette armée de démon. Parce qu’il ne supportait pas l’idée d’être responsable. Parce qu’il ne pouvait pas le ramener. Et aujourd’hui, près d’un siècle après l’échéance de ce fameux pacte, il croise ses pupilles, aussi noires que les siennes et pour la première fois depuis longtemps, il ressent quelque chose. Il se sent à sa place…
Dernier souffle…
La douleur… Il l’avait ressentie, cuisante, dévorante. Une douleur inouïe dans son dos, comme si on tentait de le sectionner en deux. Elle avait irradié son corps et avait embrumé son esprit. Ses jambes ne le tenaient plus. Ses bras ne répondaient plus non plus. Il avait du mal à tenir sa tête pourtant il savait qu’il n’était pas couché sur le sol. On le tenait fermement et on lui parlait…
La peur… Elle avait envahit son cœur, glaciale, viscérale. Il avait l’impression que chaque particule de son être n’était que peur. Peur de décevoir son frère. Peur de mourir. Peur de partir à jamais. Il entendait la voix de son frère, à la fois angoissée et rassurante. Il lui disait que ça n’était rien, lui répétait que tout irait bien. Alors il s’était laissé aller. Ignorant s'il les rouvrirait jamais sur ce monde, il avait fermé les yeux...
Il n’était pas mort mais il n’était plus vraiment vivant non plus. Pourquoi ? Parce qu’il voyait son frère tenant son corps dans ses bras, le serrant comme jamais il ne l’avait serré, étouffant ses larmes. Mais cette scène était assez irréaliste. Tout se passait au ralenti, comme s’il était hors du temps, hors de la vie. Il voulait aller vers son ainé, lui dire que tout allait bien pour lui, qu’il était en paix mais il savait que ce dernier ne l’entendrait pas, ne le sentirait pas. C’est alors qu’il lui est apparu, sous une forme qu’il ne connaissait pas. Il lui est apparu et alors il avait compris. Cette masse informe et noire où se détachaient deux prunelles jaunes. Le démon aux yeux jaunes venait de le rejoindre sous sa forme originelle. Son frère ne le voyait pas et quelque part il en était soulagé. Alors le démon lui avait parlé. Il lui avait dit que même s’il n’avait pas survécu, il le voulait lui comme chef. Que même si Jake avait remporté le « match », c’était lui et lui seul qu’il voulait. Devait-il accepter ? Oui il le devait, pas par envie mais parce qu’il ne voulait pas voir son frère mourir à son tour sous ses yeux. Il acceptait et son frère vivrait. Le pacte était scellé et il avait fermé les yeux…
Depuis combien de temps le regardai-t-il ainsi ? Depuis combien de temps lui parlai-t-il, espérant encore le voir s’éveiller et lui répondre ? Il ne savait pas. Il ne savait plus. Des heures, des jours… La vision de ce corps inerte lui était insupportable mais il ne pouvait se résoudre à en détacher son regard. Trop de temps avait passé et il devait accepter le fait qu’il ne pouvait rien faire. Il avait tenté de conclure un pacte pour le ramener mais le cross road demon lui avait ri au nez, lui assurant qu’ils n’avaient aucune raison d’accepter ce pacte vu qu’ils avaient enfin obtenu ce qu’ils souhaitaient. Ce refus avait fini de l’achever. Sam était mort et lui était brisé à jamais. Son âme était morte en même temps que son frère. Mais maintenant il ne pouvait plus attendre, il devait offrir une sépulture à son cadet. Cette seule idée lui faisait mal, alors il avait fermé les yeux…
Le silence… C’était la première chose qu’il avait remarqué. Il n’entendait plus la voix de son frère. Il n’entendait aucun des sons spécifiques à la nuit. Le hibou qui hulule, le renard qui court dans les bois. Il n’entendrait plus jamais les bons vieux rocks qu’il avait appris à apprécier. Il n’entendrait plus jamais le ronronnement du moteur qui l’avait toujours bercé…
L’obscurité… C’était la seule chose qu’il voyait depuis qu’il avait rouvert les yeux. Partout où ses yeux se posaient, tout était noir. Aucune forme, aucun paysage. Il ne voyait même pas sa main qu’il tendait devant lui. Il ne verrait plus jamais les levers de soleil. Il ne verrait plus jamais les couleurs chatoyantes de l’automne. Il ne verrait plus jamais le moindre visage…
L’absence de sensation… C’était ce qu’il avait remarqué ensuite. Il n’avait ni chaud ni froid. Il n’avait ni faim ni soif. Il ne se sentait pas bien mais il ne se sentait pas mal non plus. Il ne goûterait plus jamais la douce chaleur des rayons du soleil sur son visage. Il ne goûterait plus jamais au plaisir de la bonne chair. Il ne goûterait plus jamais au plaisir du contact de sa peau contre celle d’une femme…
L’absence de sentiments… C’était ce qu’il avait remarqué en dernier. Il n’était ni heureux ni triste. Il n’était ni confiant ni effrayé. Plus jamais il ne ressentirait la culpabilité de ses actes. Plus jamais il ne ressentirait la satisfaction de sauver une vie. Plus jamais il ne ressentirait la peur, cette peur qui vous prouvait que vous étiez vivant…
L’évidence… Elle venait de le frapper de plein fouet. Il venait de réaliser la chose qui lui aurait déchiré le cœur en temps normal. Plus jamais il ne le verrait. Plus jamais il ne croiserait son regard. Plus jamais il n’entendrait sa voix. Mais il ne se rappelait pas de son visage. Il ne se rappelait pas de son regard. Il ne se rappelait pas de sa voix. Il avait oublié… Qui était-ce déjà ?
Alors c’était ça la mort ? Se retrouver seul, sourd, aveugle et muet ? Ne plus rien sentir ni ressentir ? Pourtant il continu de penser mais est-ce que ça allait durer ? Il pense à sa vie. Oui il a eu une vie. Une vie chaotique et douloureuse mais une vie quand même. Et il n’était pas seul, il avait quelqu’un auprès de lui. Pourquoi devait-il perdre tout ça ? Il se posait la question mais cela ne lui apportait ni colère ni peine. Rien du tout. Il était mort. Alors il avait fermé les yeux…
Avec les mêmes gestes précautionneux qu’il avait utilisés pour son père, il avait enveloppé le corps de son frère avec des draps blancs. Ses yeux s’étaient attardés une dernière fois sur ce visage qui lui manquait déjà cruellement avant de le recouvrir à son tour. Refoulant ses larmes, il était sorti de la maison et s’était dirigé vers l’immense tas de bois. Il les avait empilés et dressés de manière à en faire une couche, puis était retourné à l’intérieur chercher le corps de son frère. Il l’avait déposé délicatement dessus et avait attendu, le regardant fixement pendant de longues minutes encore. Puis il avait pris une grande inspiration et avait fini par allumer le bûcher qui s’était embrasé aussitôt.
-Sammy… Je… Pardonne-moi…
Et pour chasser son désespoir, il avait fermé les yeux…
La lumière… Il commençait à la voir au loin, se rapprochant petit à petit, lui offrant une nouvelle vision de ce qui l’entourait…
La chaleur… Il la sentait sur son visage et elle lui faisait du bien…
Les cris… Il commençait à les entendre au loin, résonnant dans ses oreilles comme les bourdons des cathédrales…
La peur… Elle commençait à s’insinuer en lui au fur et à mesure que son environnement se modifiait, se faisant glaciale, viscérale…
La douleur… Elle avait démarré du milieu de son dos et s’était propagée dans chaque parcelle de son être, se faisant plus intense, plus dévorante…
L’évidence… Elle l’avait frappé plus violemment encore. Il était là, ébloui par les flammes, suffoquant sous la chaleur, les oreilles vrillées par les cris perçants. Son corps n’était que douleur et sa peur était sans limite. Il était en Enfer…
-Dean… Je… Pardonne-moi…
Mais il avait beau faire, il ne pouvait pas fermer les yeux…
OS écrit à l'occasion des fêtes de Noël pour un membre.
Pour ELLE
Il colla ses mains sur ses oreilles pour ne plus les entendre. Mais quand allaient-ils arrêter ? Quand allaient-ils se décider à lui foutre la paix ?! Il n’avait jamais pu supporter les chants de Noël, ces chorales qui viennent squatter devant vos portes en vous torturant les tympans avec un grand sourire hypocrite. S’il ne les avait pas envoyés chier toutes ces années, c’était parce qu’Elle aimait ça. Parce qu’Elle chantait avec eux et que le timbre de sa voix était plus mélodieux que la plus douce des musiques. Mais aujourd’hui il ne les supportait plus parce qu’Elle n’était plus là. Il prenait sur lui pour ne pas sortir, s’accrochant au goulot de sa bouteille comme à une bouée. S’il y allait, il serait capable d’en tuer un, juste pour leur faire comprendre à quel point un John Winchester à bout de nerfs pouvait être dangereux. Pourquoi ne le laissaient-ils pas en paix ? Tous ici savaient ce qu’il venait de traverser. Tous ici connaissaient le chagrin qu’était le sien depuis plus d’un mois déjà. Alors pourquoi ne le laissaient-ils pas pleurer sa femme en paix… Excédé, il avala une longue gorgée de whisky et se dirigea vers la porte d’entrée. Au même moment les chants stoppèrent et il en fit de même. Ils partaient. Ils lui donnaient enfin le silence auquel il aspirait. Mais le mal était fait…
Ces chants avaient ravivé la douleur qui le rongeait. Le souvenir de Mary revenait plus violemment encore à son esprit. Non pas qu’il l’avait déjà oubliée non, ça ça n’arriverait jamais. Même s’il buvait plus que de raison, les souvenirs ne s’estompaient pas, seule la douleur en était atténuée. Comment l’oublier ? Tout ici lui rappelait Mary. Chaque recoin de la maison, chaque objet. Sans oublier les rares sourires de Sam, les yeux de Dean. Des yeux si tristes que croiser le regard de son ainé lui était insupportable. Comment oublier qu’Elle avait été celle qui lui avait fait comprendre la signification du mot « aimer ». Comment oublier qu’Elle avait été celle qui avait changé sa vie de façon si radicale. Avant Mary, il n’avait rien. Il n’était qu’un pauvre type qui n’avait jamais connu la chaleur et l’amour d’une famille, tiraillé entre une mère absente et un père violent. Qu’un pauvre soldat au corps et au coeur brisés par une guerre qui n’était pas la sienne, hanté par la mort de ceux qui avaient été pour lui ce qui se rapprochait le plus d’une famille pendant trois ans. Avec Mary, il avait découvert qu’il pouvait aimer et surtout, être aimé en retour. Aimé pour ce qu’il était. Avec Mary, les cauchemars avaient disparus, laissant la place à des rêves d’avenir. Avec Mary, il avait enfin trouvé l’amour et la chaleur d’une famille. SA famille…
En la perdant, il avait perdu bien plus que la femme qu’il aimait. Il avait perdu tout ce qui faisait son existence. Il avait perdu sa raison de vivre, sa raison d’être. Cette fois, c’était son âme qui s’était brisée, torturée par le souvenir de cette nuit. La seule chose qu’il lui restait d’Elle, c’était ses enfants. Mais que pouvait-il leur apporter ? Sans Elle, il n’était rien. Depuis sa mort, il n’avait pas réussi à les prendre dans ses bras. Il n’avait pas réussi à consoler son ainé qui n’avait pas émis le moindre son depuis le drame. Il n’avait pas pris une seule fois son cadet pour calmer ses pleurs lorsqu’il réclamait sa mère. Il avait laissé cette tâche peser sur les épaules de Dean. Il ne pouvait plus, il ne voulait plus assumer le rôle de père qu’Elle lui avait offert. Sans Elle, à quoi bon…
Pourtant, ça n’était pas ça que les chants de Noël lui avaient si douloureusement rappelé. Non, ce qui lui faisait le plus mal, c’était de se souvenir à quel point Elle aimait la vie. A quel point Elle les aimait, lui et ses enfants. Et putain ça faisait un mal de chien, parce qu’il était là comme une loque, à picoler et à pleurer sur son sort et qu’en faisant ça, il bafouait l’amour qu’Elle lui avait porté et que lui lui porterait toujours. Il porta une nouvelle fois la bouteille à sa bouche puis interrompit son mouvement. Il ne devait plus, il fallait qu’il arrête. Dans deux jours ce sera Noël, une fête qu’Elle aimait par-dessus tout. Et s’il voulait honorer sa mémoire, il devait faire vivre tout ce qui faisait qu’Elle était Elle. Tout ce qui faisait qu’ils étaient une famille. Parce que même s’il avait perdu le pilier central de sa vie, il lui restait encore ses enfants. Et pour eux, il devait faire vivre la mémoire de Mary…
Deux jours plus tard, les hommes de la famille Winchester étaient sur le perron de leur maison. John tenait son cadet dans ses bras, ce dernier mâchouillant la longue oreille d’un lapin en peluche, et Dean debout près de lui, le regard toujours aussi triste. Ils écoutaient le chant de la chorale sans vraiment l’entendre. Parce que les deux plus vieux n’entendaient pas les voix de la dizaine de personnes debouts devant eux. Non, la seule voix qui résonnait dans leurs têtes avait quelque chose de merveilleux et de douloureux à la fois. Ils n’entendaient que sa voix à Elle. John se promit qu’à partir de ce jour, il reprendrait le cours de sa vie avec ses fils.
Comment pouvait-il savoir que la réponse à la question qui lui torturait l’esprit au sujet de l’étrange mort de sa femme allait changer tout ça? Comment pouvait-il savoir qu’ils allaient bientôt plonger dans un monde qui leur était complètement inconnu? Qu’ils allaient affronter l’enfer. Pour Elle…
OS écrit pour mon amie Dineka38 à l'occasion des fêtes de Noël.
Aujourd'hui, c'est Noël...
-Maman, mon p’tit frère aussi il va avoir un cadeau ?
Elle le regarde en affichant un grand sourire. Machinalement, elle passe une main sur son ventre qui s’arrondit doucement.
-Pas encore Dean, pour ça, il faut d’abord qu’il naisse. Mais l’année prochaine, le Père Noël aura aussi des cadeaux pour lui.
Souriant toujours, elle lui passe tendrement une main dans les cheveux. Il ferme les yeux. Il se sent bien. Si bien… Puis le froid l’envahit, tout comme ce vide qui s’installe violemment en lui. Il rouvre les yeux et se retrouve à l’extérieur de la maison, Sam dans les bras. Il entend son hurlement. Elle se meurt et quelque chose se brise à jamais en lui. Puis plus un bruit jusqu’à l’explosion de la fenêtre… Il voudrait crier, hurler mais rien ne sort. Plus rien ne sortira pendant des mois…
Le même rêve, tous les ans à la même période. Il revit son dernier Noël avec sa mère avant la naissance de Sam. Avant le drame… Comme chaque année, il se réveille le cœur serré et les larmes aux yeux. Déjà dix ans et pourtant, la douleur est toujours là. Moins intense mais toujours terriblement présente. Il a appris à vivre avec mais pour rien au monde il ne la laissera disparaitre. Cette douleur lui est indispensable, voire vitale. Parce que c’est elle qui lui permet de ne pas l’oublier. C’est grâce à elle si les traits de sa mère sont toujours intacts dans sa mémoire, si le timbre de son rire résonne toujours à ses oreilles. Mais c’est aussi cette douleur qui le fait avancer chaque jour, qui le rend fort pour son frère. Même si à l’intérieur il est toujours ce petit garçon brisé par la mort de sa mère, il n’en montre rien parce qu’il veut épargner son frère. Il ne veut pas que son cadet connaisse ce qu’il ressent parce qu’il sait qu’il en souffrira. Et c’est son rôle de grand frère d’empêcher ça. Alors il a créé un mur autour de lui. Un mur qui l’empêche de s’attacher aux gens, qui l’empêche d’aimer. Qui l’empêche de souffrir d’avantage. Il se cache derrière son humour d’adolescent inconscient et tête brulée. Pourtant malgré ses efforts, il souffre un peu plus chaque jour. Depuis ce jour où Sam a appris la vérité sur leur vie, leur désespoir…
Ce jour là, Sam avait trouvé la faille dans le mur que Dean avait bâti et il avait eu un aperçu de la douleur de son ainé. Ce jour là, il avait perdu l’innocence que son frère avait tenté de préserver au maximum. Ce jour là, il avait appris l’existence d’un petit garçon brisé à jamais, caché derrière un mur fait de colère et de ressentiment… Pourtant lui aussi connaissait la douleur. Une douleur différente de celle de Dean mais qui faisait tout aussi mal. Elle a toujours été là, tout comme ce vide en lui qui l’accompagne depuis toujours. Il sait que c’est dû à son absence, même s’il ne l’a pas vraiment connue. Et c’est ça qui lui fait mal. Le fait de n’avoir aucun souvenir d’elle. Il s’était imaginé une vie avec elle, son rire, la chaleur de ses bras. Et tout ça avait volé en éclat le jour où il avait appris la vérité. La douleur avait augmenté avec violence et ne l’avait plus quitté depuis. Mais contrairement à Dean, il espère qu’elle disparaitra un jour. En attendant, il vit avec, tentant au mieux d’ignorer ses attaques. Il sait pourtant qu’une partie de cette douleur ne disparaitra pas tant que son frère souffrira. Tant qu’il aura toute cette colère en lui. C’est peut-être ça qui lui est le plus pénible. Voir son frère s’isoler des autres, se cloitrer dans sa peine tout en faisant comme si tout allait bien. Mais il sait aussi que Dean n’est pas encore prêt à évacuer tout ça, que son frère n’a pas encore fait son deuil et qu’il ne le fera peut-être jamais.
Aujourd’hui c’est Noël. Un jour de joie dans tous les foyers, un jour triste pour les frères Winchester. Chacun pense à ce jour de manière différente mais en tire la même conclusion : ce jour leur fait plus mal qu’autre chose parce que chacun à sa manière revit la mort de leur mère. Pour eux, pas de sapin, pas de cadeaux. Juste une journée comme les autres, où ils s’entraineront à tirer pour éliminer le plus de fils de putes surnaturels possible. Pas parce que ça leur plait, pas parce qu’ils l’ont choisi. Non, ils le font pour une seule et unique raison. Ils le font pour elle…
OS écrit pour mon pote Samoht à l'occasion des fêtes de Noël.
Mon plus beau cadeau...
Ca faisait près d’une demi-heure qu’il était là à regarder sa feuille blanche et son journal. Dean lui avait dit le matin même que s’il voulait avoir des cadeaux pour Noël, il devait faire une lettre au Père Noël. Sam, du haut de ses quatre ans, affichait tout de même un air sceptique. Premièrement, il ne savait pas écrire, donc faire une lettre allait s’avérer compliqué. Les seuls mots qu’il était capable d’écrire, c’était « Dean », « papa » et « Sam ». Plutôt limite pour le coup. Deuxièmement, son frère lui avait donné un catalogue de jouets et une paire de ciseaux. Seulement papa avait interdit que Sam touche aux ciseaux. Tout ça parce qu’une fois, il avait voulu couper ses cils pour voir si ça repoussait comme les cheveux. Ca devait sûrement être quelque chose de grave parce que papa était très en colère après ça et il avait interdit à Sam de s’approcher à moins d’un mètre d’une paire de ciseaux. Toujours est-il qu’il se retrouvait bien embêté. Soit il se servait des ciseaux et ce serait la punition assurée si papa le voyait, soit il déchirait les pages qui l’intéressaient et il se retrouverait avec une lettre toute moche. Et il était sûr que s’il envoyait une lettre avec des images toutes chiffonnées, le Père Noël penserait qu’il était vilain et qu’il mettrait sa lettre à la poubelle.
Ce qui nous amenait au troisièmement, la question principale que Sam se posait : comment le Père Noël pouvait-il recevoir sa lettre étant donné que personne ne savait où il habitait ? C’était ce que lui avait dit Timmy à l’école la veille, et Timmy le tenait lui-même de son grand frère. Personne dans le monde entier ne savait où le Père Noël habitait. Et Sam l’avait cru parce que les grands frères ne mentaient jamais. Dean lui disait toujours la vérité sur tout. C’était Dean qui lui avait dit que papa s’absentait souvent parce qu’il travaillait pour une grande entreprise qui l’envoyait souvent très loin. C’était Dean qui lui avait expliqué que les clowns étaient de méchants hommes déguisés qui enlevaient les enfants désobéissants. Une fois, il lui avait même raconté comment il avait vu la petite souris repartir avec sa dent dans un balluchon après l’avoir échangée contre une pièce de 25 cents ! Oui, Dean ne lui mentait jamais, donc il en était certainement de même pour tous les grands frères de la Terre.
Tout en réfléchissant à la manière de régler son problème, il tournait les pages du catalogue. Après les avoir toutes regardées en long, en large et en travers, il dut bien se rendre à l’évidence : rien ne l’intéressait vraiment à part les bandes dessinées, et comme il ne savait pas lire… Il se décida finalement et prit un jouet au hasard. Pas parce qu’il lui plaisait non, mais pour faire plaisir à Dean. Parce que quand son frère lui avait demandé de faire sa lettre, il avait un sourire jusqu’aux oreilles. Le même que celui qu’il avait quand papa revenait après une longue absence. Et si Dean était content de le voir faire une lettre pour le Père Noël, il n’allait sûrement pas lui faire de la peine en faisant n’importe quoi. Il regarda donc autour de lui pour être sûr que personne ne le voyait, et surtout pas papa qui faisait une sieste sur le canapé, et s’empara rapidement des ciseaux. Concentré sur sa tâche, la langue ressortant à la commissure des lèvres, les sourcils froncés, il découpa au mieux la photo d’un gros camion de chantier équipé d’une grue. Il le trouvait vraiment très moche et se demandait comment on pouvait jouer avec un truc aussi inintéressant mais il ferait comme si c’était pour lui la plus belle chose au monde. Parce que faire plaisir à Dean, c’était plus important que d’avoir un beau jouet non ? Il attrapa le tube de colle sur la table et se mit à en tartiner le camion avant de le plaquer contre la feuille. Il prit ensuite un stylo et écrivit consciencieusement son prénom à côté. Puis il repensa à ce que Dean lui avait dit en lui donnant le catalogue.
« Tu peux demander ce que tu veux, le Père Noël te l’amènera, tu verras. »
Il se mit donc à réfléchir. Est-ce qu’on pouvait demander un cadeau pour plusieurs personnes ? Sûrement que oui si les personnes en question avaient été sages non ? Il y avait bien quelque chose qui lui ferait plaisir. Quelque chose qu’il aimerait par-dessus tout, et cette chose là était vraiment la plus belle chose au monde. Et il savait que ça ferait aussi très plaisir à papa et à Dean. Il se leva et quitta discrètement le salon pour se rendre dans la chambre. Il fouilla rapidement le sac de papa, sans se faire voir parce que c’était interdit, et une fois trouvé ce qu’il cherchait, il retourna à sa place. En regardant sa feuille, il s’aperçut qu’il avait collé son camion du mauvais côté, mais il s’en fichait. Parce qu’il voulait quelque chose de beaucoup mieux qu’un camion tout pourri. Cette fois, il fit attention à mettre la colle du bon côté et appliqua l’image dérobée par-dessus la précédente. Près de son prénom, il écrivit les deux seuls autres mots qu’il savait écrire puis plia délicatement sa lettre en deux. Il croisa les bras sur la table et posa son menton dessus, pensant au moment où il recevrait son cadeau. Leur cadeau. Comme il serait content. Et Dean et papa, ils auraient enfin le sourire, pour toujours. Perdu dans ses pensées, il finit par s’endormir, plongeant dans le pays des rêves…
John se réveilla doucement. La pièce était calme et cela le surprit un peu. Les garçons avaient plutôt tendance à être turbulents d’habitude, même lorsqu’il dormait. Il s’étira pour détendre ses muscles endoloris puis se redressa en grimaçant. Décidément, le canapé ne valait pas son lit. Il le savait pourtant mais la fatigue lui était tombée dessus sans prévenir. Sa dernière chasse avait été plutôt difficile et il avait fait plusieurs nuits blanches. Et aujourd’hui son corps réclamait les heures de sommeil manquées. Il se passa une main sur le visage pour en évacuer les dernières traces de fatigue puis se leva. Il put apercevoir Dean assis devant la télé. Ce dernier se retourna en l’entendant et lui offrit un beau sourire. John y répondit. Il fut tenté d’aller ébouriffer les cheveux trop longs de son fils mais se retint. Il savait que Dean n’aimait pas ces marques d’affection. Plus depuis le drame. Il se contenta juste de lui faire remarquer qu’un tour chez le coiffeur ne serait pas du luxe, chose que Dean confirma d’un bref hochement de tête. John soupira doucement puis décida d’aller voir ce que Sam faisait. Lorsqu’il le vit couché sur la table, il afficha un sourire affectueux. Mais quand il aperçut les ciseaux à quelques centimètres de lui, son sourire disparut. Il n’avait pas oublié que quelques semaines plus tôt, il avait trouvé son cadet, ciseaux en main, à deux doigts de se crever un œil parce que monsieur s’était mis en tête de se couper les cils. Ce qu’il ressentait face à un loup-garou ou un esprit en colère n’était rien face à la peur qui l’avait saisi à ce moment là. Instinctivement, il parcourut la distance qui le séparait de Sam en trois longues enjambées, de peur que son cadet n’ait tenté une nouvelle expérience avec les ciseaux. Mais une fois près de lui, il constata que son fils dormait comme un bienheureux, avec un grand sourire sur les lèvres.
Il lui passa une main sur la tête quand il aperçut le coin d’une feuille de papier dépasser sous son coude. Doucement, il tira dessus, en prenant bien garde de ne pas la déchirer. Voyant le catalogue découpé à proximité, il en déduisit que Sam avait fait son courrier pour le Père Noël. Dean lui en avait vaguement parlé peu de temps avant qu’il ne s’endorme. Il ouvrit la lettre, curieux de savoir quel jouet étonnant son fils avait bien pu commander. Mais ce qu’il vit lui arracha le cœur. Sur la feuille il pouvait lire les prénoms de ses enfants ainsi que le mot « papa ». Les destinataires du cadeau certainement. Et quel cadeau. A la fois le plus beau auquel il puisse rêver mais aussi le plus douloureux parce qu’impossible à obtenir. Sur la feuille, Sam avait collé une photo de Mary. Sam voulait tout simplement avoir sa maman. Et il la voulait pour eux trois. Mais comment expliquer à un enfant de quatre ans que ce qu’il désirait le plus au monde était impossible ? Que sa maman était morte et que rien ni personne ne pouvait la lui rendre, surtout pas un Père Noël qui n’existait que dans l’imaginaire des enfants. John sentit les larmes prendre possession de ses yeux. Parce qu’il avait mal. La douleur avait toujours été là depuis la mort de Mary. Il savait que Dean aussi le ressentait. Mais il s’était imaginé que Sam vivait mieux son absence. Qu’elle ne lui manquait pas comme à eux parce qu’il ne l’avait pas connue. Et là, il réalisait pleinement qu’il s’était trompé. Un mouvement à ses côtés l’informa que Sam était en train de se réveiller. Il ravala ses larmes et replia la lettre du petit garçon. John ne voulait pas lui gâcher son plaisir, alors il ne dit rien concernant le fait qu’il ne recevrait jamais ce qu’il a demandé.
En ouvrant les yeux, la première chose qu’il remarqua, c’était que papa était à côté de lui et qu’il tenait sa lettre. Un instant il craignit de se faire gronder pour avoir pris la photo, ou plus grave encore, pour avoir utilisé les ciseaux. Mais papa ne disait rien, il souriait. Sam trouva malgré tout que son sourire était triste. Il se mit à penser que quand maman serait là, papa ne serait plus jamais triste et cette idée le remplit de joie. Pourtant une chose gâchait son plaisir : l’adresse du Père Noël. En voyant sa mine soucieuse, John lui demanda ce qui n’allait pas et quand Sam lui répondit, il dut prendre sur lui pour ne pas exploser de rire. Il décida donc de jouer le jeu et offrit à Sam une réponse inespérée. En l’entendant, ce dernier ouvrit de grands yeux et sa mâchoire tomba si bas qu’on aurait pu croire qu’elle allait se décrocher. Quand il allait dire ça à Timmy… Son grand frère avait tort. Quelqu’un connaissait l’adresse, et ce quelqu’un, c’était son papa ! Le Père Noël recevrait sa lettre et le 25 Décembre, il aurait sa maman…
Le soir même, n’y tenant plus, Sam révéla à son frère ce qu’il avait « commandé ». Le sourire curieux de Dean s’effaça aussitôt pour laisser place à un regard triste. Comme il aimerait pouvoir partager cette innocence avec son frère. Comme il aimerait pouvoir y croire lui aussi. Seulement lui savait que quand on était mort, on le restait. Que rien ne pouvait changer ça, pas même l’amour d’un petit garçon. Pourtant, lui non plus ne dit rien à Sam. Il faisait toujours tout pour le protéger, même s’il lui arrivait de mentir pour donner un côté réaliste aux choses qui se passaient autour d’eux. Mais là, c’était au dessus de ses forces. Il ne voulait pas être celui qui briserait le cœur de son petit frère. Pourtant, à cet instant précis, une part de lui se mit à souhaiter que le Père Noël existe et qu’il exauce le vœu de Sam…
Les jours étaient passés et Noël était arrivé. Les Winchester passèrent le réveillon dans une nouvelle chambre de motel. Les garçons étaient contents car cette année, leur père avait pu être avec eux. Chacun repensait à la lettre de Sam. L’un espérait tandis que les deux autres en souffraient. Parce que demain matin, ils allaient devoir expliquer pourquoi elle n’était pas là. Les heures s’égrenèrent doucement, et malgré tout, l’ambiance était chaleureuse, comme dans n’importe quel foyer. Le père et les enfants discutaient et riaient. Doucement, la discussion avait glissé sur les Noël qui avaient précédé le drame. Dean raconta tout ce dont il se souvenait comme si cela avait eu lieu la veille. Du nombre de cadeaux aux vêtements que portait maman. Il parla de son parfum, de son rire, de la tendresse de ses bras. A son tour, John raconta son tout premier Noël avec elle, l’amour qu’il ressentait, les projets qu’ils avaient fait. La soirée se déroula ainsi, entrecoupée entre éclats de rire et anecdotes autour de Mary, devant les yeux émerveillés de Sam. Puis John décida qu’il était temps d’aller se coucher sans quoi, le Père Noël ne passerait pas. Sam se précipita dans son lit tandis que Dean avait plutôt tendance à traîner. Il appréhendait le moment où il faudrait annoncer la triste vérité à Sam. Pourtant, le sommeil finit par le gagner lui aussi.
Le lendemain, Sam se leva et se précipita vers le petit sapin que Dean avait installé deux jours plus tôt. Il y avait deux petits paquets, à son nom et celui de Dean. Il alla chercher son frère et une fois ce dernier debout, ils les ouvrirent. Chacun avait reçu une bande dessinée. John les rejoignit, étonné de ne pas entendre Sam réclamer sa maman. Pourtant le petit garçon n’avait pas l’air déçu du tout, bien au contraire. Alors Dean se décida à lui demander s’il n’était pas triste de ne pas avoir eu maman. Et la réponse de Sam les étonna tous les deux.
-Elle était là… Hier soir, c’était comme si elle était là, affirma-t-il avec un grand sourire.
John et Dean échangèrent un regard humide. Peut-être que le Père Noël existait finalement…
OS écrit en réponse à une proposition de mon amie Liam.
Référence: Lia10
Titre : ... Starring: Sam- Dean & others.
Idée: Après un énième changement d’école, c’est la rentrée pour les frères Winchester.
Author's Note: Je veux qu’on sente bien qu’ils ne sont pas à l’aise. Et que le fait d’être nouveaux avec un tel secret (la chasse) n’est pas facile pour se faire des amis. Vous pouvez le faire avec les frères peu âgé ou au contraire dans les dernières années d’école de Dean.
Nouvelle rentrée
Quand il avait quitté son lit ce matin là, le réveil n’avait pas encore sonné. Il avait fait sa toilette sans faire de bruit et après s’être habillé, s’était rassis sur son lit. Son regard avait fait des va-et-vient incessants, allant du réveil jusqu’à son frère qui dormait toujours. Il avait eu du mal à réfréner l’envie de lui sauter dessus pour le réveiller. Mais le souvenir de la dernière fois où il s’était laissé aller l’y avait beaucoup aidé : réveiller Dean avant l’heure égal douche froide tout habillé. De quoi vous faire passer l’envie de recommencer… enfin surtout à lui car Dean s’était bien amusé lui en voyant son frère se débattre sous le jet d’eau froide. Il avait donc dû patienter bien sagement que le réveil sonne. Son regard était passé de son frère aux murs, puis au plafond. Il avait soupiré, croisant et décroisant ses jambes, entortillant ses doigts. Qu’est-ce que ça allait être long deux heures à attendre…
Quand son frère s’était levé, il s’était aussitôt réveillé mais n’avait pas bougé. Il savait que si Sam s’en était aperçu, il ne l’aurait plus lâché. Et l’école par ci, et l’école par là… Pour ce que ça l’intéressait lui. S’il y allait, c’était bien parce que c’était pour lui la seule façon de surveiller et protéger son frère. Il comprenait que Sam puisse aimer ça, c’était une vraie éponge à connaissance, posant sans cesse des questions sur tout et sur rien. Alors que lui, la seule chose qu’il enregistrait sans difficulté et avec intérêt, c’était tout ce que lui enseignait son père sur la chasse. Parce que ça c’était important. Ca n’était pas avec le théorème de Pythagore ou une autre connerie du même genre qu’il allait se débarrasser d’un esprit en colère ou d’un loup-garou. Non, pour lui, le seul intérêt de l’école, c’était vraiment de pouvoir garder un œil sur Sam. Et accessoirement sur une quantité non négligeable de jolies filles. Certes il n’avait que 14 ans, mais il avait déjà remarqué que beaucoup de ces charmantes créatures n’étaient pas indifférentes à son charme. Bref, ça allait être une rentrée comme les autres : excitante pour Sam, emmerdante pour lui…
Sur le chemin jusqu’à l’école, chacun s’était mis à penser à ce qui l’attendait. Pour Sam, c’était de nouvelles matières en perspective vu qu’il passait dans la classe supérieure, tout comme son frère d’ailleurs. Il allait apprendre de nouvelles choses, rencontrer des enfants de son âge. Des enfants qui avaient une vie normale. Il aimait l’école mais pas seulement à cause de tout ce qu’il pouvait y apprendre. Non, il aimait ça parce que c’était le seul endroit où il n’entendait parler ni de chasse ni de vengeance. Pour lui c’était une sorte de sanctuaire où il pouvait enfin vivre un semblant de normalité, être un petit garçon de 10 ans comme les autres ou presque. Il aimait le fait de pouvoir échapper aux ordres de son père pendant quelques heures, de se soustraire au regard surprotecteur de son frère, même si sa présence dans l’établissement le rassurait. Quand il était à l’école, il avait enfin l’impression de vivre, et pas seulement survivre…
Pour Dean, c’était très différent. Ca faisait longtemps qu’il avait perdu l’innocence des jeunes de son âge. Il ne les comprenait pas et eux le comprenaient encore moins. Il restait en général dans son coin, gardant toujours un œil sur Sam sans pour autant lui imposer sa présence. Le voir heureux, s’amuser, avoir des amis… C’était la seule chose dont il avait besoin. Lui n’avait pas d’amis, il ne cherchait même pas à en avoir d’ailleurs. A quoi bon s’attacher aux gens si c’était pour les quitter peu de temps après. Mais il n’y avait pas que ça. La vérité c’était qu’il ne voulait pas les connaître, les entendre parler de leur vie d’adolescent. Il ne voulait pas s’imprégner de cette vie qui lui avait été arraché à la mort de sa mère et que quelque part au fond de lui il enviait. Pourtant il aimait sa vie, il aimait être sur les routes avec son frère et son père, il aimait chasser toutes les pourritures qui se cachaient dans l’ombre. Mais une part de lui, celle qui le rattachait au souvenir de sa mère aurait aimé connaître cette vie si différente, si sécurisante. Si normale… Alors il fuyait les autres, s’attirant par la même occasion bon nombre d’ennuis. Parce que ces autres justement ignoraient ce que pouvait être sa vie. Ces autres qui se plaignaient constamment pour des broutilles sans importance, sans savoir la chance qu’ils avaient, ne voyaient en lui qu’un rebelle au regard empli de colère. Il y avait ceux qui l’ignoraient tout simplement, ceux qui tentaient une approche avant d’abandonner et ceux qui se liguaient contre lui pour lui rappeler qu’il n’était pas des leurs, qu’il était bien trop différent d’eux. Alors il subissait en silence, encaissant les railleries, parfois les coups. Mais quand certains se permettaient de parler de sa famille ou de s’en prendre à son petit frère, alors là c’était lui qui donnait les coups. Ceux qui les prenaient le craignaient mais ils revenaient toujours, plus nombreux, plus agressifs. Les bagarres s’enchaînaient jusqu’à ce que la menace de renvoi arrive. Et là Dean finissait toujours par capituler. Pas parce qu’il avait peur que ça fasse mauvais effet sur son carnet scolaire, non ça il s’en foutait autant que possible. Non s’il acceptait de prendre sur lui et d’encaisser, c’était uniquement pour Sam. Parce qu’il ne voulait pas, ne pouvait pas le laisser seul…
Il avait tourné la tête vers lui et les regards s’étaient croisés. Sam n’avait pas besoin de mots pour savoir ce qui se passait dans la tête de son aîné, il le connaissait suffisamment pour ça. Il savait ce que son frère vivait dans chaque nouvelle école qu’ils fréquentaient. Parce que lui vivait la même chose, même s’il faisait tout pour le cacher. Ca ne faisait pas longtemps qu’il connaissait l’existence de toutes ces choses que son père chassait, mais cela avait changé son regard sur la vie qui l’entourait. Il avait perdu l’innocence qui était sienne, même s’il ne le montrait pas. Il voyait les autres différemment maintenant et cela avait entraîné un changement dans leur attitude envers lui. Avant, il avait des amis à la pelle, se liait avec tout le monde. Mais depuis qu’il savait, il avait l’impression que les autres le regardaient autrement. Comme s’il était différent. Et il l’était même s’il refusait de l’accepter. Il l’était parce que depuis qu’il savait, il avait mûri, il s’était endurci. Et il y avait ce sentiment qui faisait surface chaque fois qu’il croisait des enfants. Cette colère qu’il n’arrivait pas encore à maîtriser. Et depuis il avait du mal à se lier avec les autres. Ou plutôt, les autres avaient du mal à se lier avec lui. Il avait commencé à entendre des moqueries, des insultes mais aussi des remarques blessantes sur lui ou sur Dean. Il avait eu envie de les frapper mais n’avait pas bougé. Il n’avait pas voulu que son frère sache qu’il rencontrait les mêmes problèmes que lui. Pourtant malgré tout ça, il voulait encore continuer de croire que lui aussi pourrait un jour avoir une vie normale et chaque jour il se promettait d’y arriver. Il ferait tout pour ça. Alors il encaissait sans broncher, simulant un bonheur qu’il ne ressentait pas vraiment, s’accrochant à la seule chose qui lui donnerait cette vie. Parce que pour lui, les études étaient importantes, elles étaient son tremplin pour la normalité. Il avait toujours aimé ça mais depuis qu’il savait, c’était devenu encore plus important pour lui. Peu importaient ses difficultés d’acceptation, peu importait la dureté de sa vie, il se battrait, non pas avec ses poings comme son frère mais en leur montrant que même s’il était différent, il pouvait avoir la même vie qu’eux.
Contrairement à ce que Sam pensait, Dean était au courant de ses problèmes. Il avait toujours su que ça arriverait dès que Sam saurait la vérité. Il aurait aimé que cela arrive le plus tard possible mais la vie en avait décidé autrement. Et c’était pour ça qu’il faisait tout pour ne pas se faire renvoyer. Pour garder un œil sur lui, lui apporter son soutien face à tout ça. Parce que même si leur vie était dure, même si le monde dans lequel ils évoluaient était cruel, ça n’était rien en comparaison de cette vie à laquelle ils aspiraient tant et qui pourtant les rejetait avec violence… Ils étaient arrivés, se tenant devant cet immense portail en fer. Des dizaines d’enfants d’âges divers grouillaient tout autour d’eux, ne semblant pas les remarquer. Dean avait baissé le regard sur son cadet avant de poser une main sur son épaule. Sam avait alors affiché un sourire rassuré, comme si ce simple contact lui avait donné l’énergie suffisante pour affronter la journée qui s’annonçait difficile. D’un même mouvement, ils tournèrent la tête vers le bâtiment. Il ressemblait à toutes les écoles qu’ils avaient déjà vues. Mais pour eux, c’était une fois de plus un pas vers l’inconnu. Et ça avait quelque chose d’effrayant. Prenez n’importe quel enfant, mettez-le dans une école et il se sentira à l’aise, comme chez lui, même s’il n’aime pas étudier. Mettez-le ensuite face à un esprit et il se mettra à hurler et à pleurer sa mère. Pour les Winchester, c’était différent. Ils faisaient preuve d’un sang-froid qui aurait choqué n’importe quel adulte face à une situation dangereuse, mais se sentaient perdus et en danger au milieu de tous ces enfants. Un seul mot de trop, un seul geste de travers et ils risquaient gros. Ils devaient cacher tout ce qui faisait leur vie, mentir sur leur identité, les activités de leur père, la mort de leur mère…
Un dernier regard, un dernier sourire et chacun rejoignit sa salle de classe. Ne pas penser à toutes ces raisons qui leur donnaient envie de fuir cet endroit. Se dire que c’était juste une nouvelle journée. Juste une nouvelle rentrée…
OS écrit pour un concours, en réponse au sujet de Dexterine.
Idée: J'aimerai juste entendre Sam parler de leur père. De préférence après qu'il soit mort. Que quelqu'un lui pose une question ou que pour une raison X ou Y, Sam doive expliquer sa relation avec son paternel a quelqu'un (ça peut être avec Dean évidemment)
Sam avance, le cœur lourd. L’endroit est calme et apaisant. De la verdure, des arbres, le silence… Tout pour susciter la sérénité des visiteurs. C’est la première fois qu’il vient ici. Que va-t-il lui dire ? Il s’était déjà imaginé la scène plus d’une fois. Il lui disait à quel point elle lui manquait, à quel point il avait besoin d’elle. A quel point il l’aimait… Mais aujourd’hui, c’était différent. Tout était différent… Il aurait aimé que Dean soit à ses côtés, mais en même temps, il était soulagé d’être seul. Comment va-t-il réagir ? Il ressent tellement de chose à cet instant. Tristesse, colère, frustration… le tout formant un grand vide au creux de son ventre. Comme un trou noir qui avait englouti tous ces sentiments qui rendent les gens heureux, ne laissant derrière lui que le malheur.
Il plonge sa main dans sa poche, cherchant l’objet qu’il y a dissimulé. C’est étrange comme le contact du métal contre sa paume peut lui faire du bien. Plus il approche et plus ses craintes s’envolent. Comme s’il était là, à ses côtés, alors qu’il avait passé son temps à le fuir… Ces petites plaques en métal, c’est pour elles qu’il est là. Pour réunir ceux que la vie avait séparés.
Il la voit enfin. Imposante, froide, cruelle... Il inspire un grand coup et franchit les quelques mètres qui les séparent sans même prendre le temps d’évacuer l’air qui emplit ses poumons, comme si le fait de respirer pouvait le faire rebrousser chemin. Face à elle, il a l’impression de redevenir l’enfant qu’il était, rongé malgré lui par son absence. Absence qu’il ressent doublement aujourd’hui. Il s’accroupit pour se mettre à hauteur du marbre poli, regardant l’inscription en lettres dorées sans vraiment la voir. A quoi bon… Ses yeux distinguent parfaitement le nom qui est écrit, mais dans son cœur, ce sont deux noms à l’unisson qui le font souffrir aujourd’hui.
-Bonjour Maman, murmure-t-il en remettant les fleurs en place. Je pense… Je pense que Papa aurait voulu que tu ais ceci.
Tout en parlant, il sort les plaques militaires de John. Machinalement, il passe son pouce sur les inscriptions, affichant un sourire triste. Il n’a pas besoin de les lire, il les connait par cœur. Elles ne l’ont pas quitté depuis que son père…
-Lui et moi, ça a pas toujours été facile tu sais. Je crois même que ça l’a jamais été… J’avais l’impression qu’on n’existait pas pour le grand John Winchester. La chasse, la vengeance… C’était la seule chose qui l’intéressait. Les autres se plaignaient que leurs parents les étouffaient, qu’ils étaient trop après eux, mais moi… Moi je me serai damné pour avoir ne serait-ce que le quart de l’intérêt qu’on leur accordait…
Il se tourne et jette un œil en direction de la voiture. Dean n’est plus à côté. Il finit par l’apercevoir au loin, près d’un arbre mort.
-Dean a du mal avec la mort de Papa, je sais qu’il ne s’en remet pas. Il était plus proche de Papa que moi… Moi j’étais toujours à l’affût d’une occasion de le contredire ou d’un reproche à lui faire. Les entrainements, les armes, les chasses… Cette vie là j’en voulais pas alors je le lui faisais payer à lui. Quand j’ai été accepté à Stanford, je pensais que ça allait changer, qu’il allait être content pour moi et qu’il m’encouragerait à poursuivre ma voie… Je suppose que tu sais comment ça a fini. Il m’a dit de ne plus revenir et pour la première fois de ma vie, j’ai obéit à un de ses ordres sans broncher.
Il laisse affiche un sourire en coin, à la fois triste et ironique.
-Le pire, c’est que j’avais espéré qu’il ait cette réaction, que ce soit lui qui me dise de partir… La fac au fond, j’en avais rien à foutre, je voulais juste quitter cette vie… Et en même temps, ça m’a fait mal parce qu’une fois de plus, je le décevais…
Il lève la tête, le regard se perdant dans le bleu du ciel.
-Quelques temps avant de mourir, il m’a dit qu’il était fier de moi… Cette phrase, je l’ai attendue toute ma vie... Moi je lui ai jamais dit à quel point j’étais fier de lui. De tout ce qu’il faisait. De toute ces vies qu’il a sauvées. Et tu sais pourquoi ?
Il ramène son regard sur la pierre tombale, comme s’il en attendait une quelconque réaction.
-Parce que j’étais trop occupé à le détester. Parce que lui reprocher cette vie de merde qu’on avait, me persuader qu’on était des étrangers l’un pour l’autre, c’était plus facile que de lui montrer que je l’aimais…
Il passe la main sur son visage pour en effacer les larmes qui y coulaient. C’est à ce moment qu’il la ressent. Cette douleur dans son autre main. En parlant, il avait serré les poings tellement forts que les plaques avaient entaillée sa paume. Après avoir pris une grande inspiration, il sort un petit couteau de sa poche. Il creuse un petit trou, détachant un monticule d’herbe et de terre, puis y dépose les plaques.
-Je me rends compte qu’au fond, lui et moi on était pareil. Quand on se disputait, on voulait toujours avoir le dernier mot. Je crois que si Dean n’avait pas été là, on en serait venus aux mains plus d’une fois… Parfois il arrivait à ressembler à ce père auquel je rêvais. Présent, souriant, affectueux… En général, c’était quand Dean ou moi on se faisait amocher au cours d’une chasse ou qu’on était malades, mais ces moments étaient uniques pour moi. J’arrivais alors à avoir un aperçu de l’homme qu’il était avant tout ça et je me disais que j’aimerai ressembler à cet homme là.
Sam se relève sans quitter la tombe des yeux après avoir recouvert ce qui restait de son père.
-Aujourd’hui je sais qu’il a toujours été cet homme. Ce père que j’ai toujours voulu avoir. Même s’il agissait plus comme un sergent instructeur que comme un père, il l’a toujours fait dans notre intérêt, pour nous protéger. Aujourd’hui je comprends sa colère le jour de mon départ pour la fac, je comprends ce qui le poussait dans sa croisade. Il n’avait jamais souhaité cette vie, tout comme je ne l’ai jamais souhaité. Mais il a fait ce qu’il avait à faire, il a mené son combat jour après jour, sans jamais se plaindre, sans jamais baisser les bras… Tu sais, reprend-t-il en se rebaissant, même si lui et moi on se ressemble, je serai jamais totalement comme lui, mais je ferai toujours tout pour qu’il soit fier de moi autant que je suis fier de lui.
Il a l’impression que son cœur est moins lourd, que le trou noir qui lui dévorait le ventre a diminué. Peut-être en avait-il besoin ? Peut-être que parler de son père était indispensable pour qu’il aille mieux... C’était peut-être même ça qui l’avait poussé à venir voir sa mère. En parler avec Dean lui aurait été impossible, c’était encore trop tôt pour ce dernier.
-Je t’aime Maman. Il s’éloigne de quelques pas puis se tourne à nouveau vers la tombe.
-Je t’aime Papa…
OS écrit pour un magazine virtuel consacré à la série.
Sujet : Un os sur Dean ou Sam, avec comme thème leurs pensées par rapport à la disparition de leur père au cours de la saison 1.
Il jette un regard sur le lit voisin, espérant croiser le regard de son frère, en vain. Ce dernier dort paisiblement, une main sous l’oreiller. Sûrement pour sentir le contact froid de la lame qu’il y cache… Est-ce que lui aussi se pose des questions sur la disparition de leur père ? A peine la question finit-elle de lui traverser l’esprit qu’il se sent ridicule de l’avoir ne serait-ce que formulée. Bien sûr que Dean s’inquiète et qu’il se pose des questions ! Et lui, s’inquiète-t-il vraiment ?
Comme il l’a dit à son ainé, ça n’est pas la première fois qu’il disparait et il finit toujours par revenir. Depuis sa plus tendre enfance, Sam a été habitué aux absences répétées de son père. Il y avait toujours un travail qui l’envoyait à un bout ou l’autre du pays. Il se souvient que jusqu’à ses neuf ans, ça le rendait triste, mais pas trop. Parce que Dean était là, avec lui. Et que rester seul avec Dean, c’était vachement plus cool que quand papa était là. Quand Dean lui demandait quelque chose, il n’avait qu’à lui faire ce petit regard qu’il maniait si bien et l’ainé cédait toujours. Alors que son père…
Puis il y a eu ce fameux jour où il a appris ce que faisait réellement son père et ça a cassé quelque chose en lui. Il a perdu cette innocence qui habite chaque enfant. Il a compris ce jour là d’où venait cette lueur étrange dans le regard de son frère, d’où venait cette absence de chaleur humaine de la part de son père. Il chassait des monstres parce que l’un d’eux avait tué sa mère. A tout juste neuf ans, il venait de comprendre beaucoup de choses mais ne les acceptait pas. Depuis lors, quand son père s’absentait, il en ressentait un certain soulagement. Il n’avait plus sous les yeux celui qui lui avait menti, qui avait posé une lourde responsabilité sur les épaules de son ainé pendant près de neuf ans. Il n’avait plus sous les yeux le reflet de ce que serait son avenir. Parce qu’une autre chose qu’il a compris ce jour là, c’est que sa vie ne serait jamais celle à laquelle il pourrait rêver. Alors quand son père s’absentait, il ne s’inquiétait pas… ou peu. Il se contentait juste de maudire son absence. Tout comme il maudissait sa présence d’ailleurs… Parce que quand Sam avait besoin de lui, il n’était pas là, et quand il était là, Sam se sentait ignoré. Rien de ce qu’il pouvait faire ne trouvait pas grâce aux yeux de son père, comme s’il ne passait son temps qu’à le décevoir. Sam détestait ce sentiment, cette frustration, et il en était venu à maudire la présence de son père. Alors quand son père partait, il se sentait bien, apaisé. Et Dean était là lui, présent et confiant, alors pourquoi s’inquiéter…
Est-ce différent aujourd’hui ? Oui parce que son absence l’a forcé à reprendre la chasse et qu’à cause de ça, sa petite amie a perdu la vie. Oui parce que c’est la chose qui a tué leur mère qui a aussi pris cette vie là. C’est différent parce qu’aujourd’hui, il a besoin de son père pour l’aider à apaiser cette haine qui bout en lui. Ce qui n’est pas différent en revanche, c’est le fait qu’il le maudisse. Son père n’a jamais été là quand il avait besoin de lui, même quand il était présent, et cette fois encore, il ne déroge pas à la règle. Cette colère qu’il traine contre son père depuis qu’il sait la vérité ne l’a jamais quitté.
Aujourd’hui elle gronde encore dans son cœur, s’unissant à la haine, à l’envie de vengeance. Mais aussi à cet autre sentiment qui lui vrille les trippes quand cette question heurte son esprit : est-il mort ? Ce sentiment qu’il a ressenti pour son frère pendant tout le temps qu’il était à Stanford, il le ressent aujourd’hui pour son père. C’est assez rare pour qu’il en vienne à se demander pourquoi…
Dean… Dean qui a toujours considéré son père comme un héros invincible, Dean qui a toujours été ce brave petit soldat sans faille, Dean qui a toujours été là pour lui malgré toutes les difficultés, Dean qu’il a un jour abandonné pour vivre sa vie… Dean est inquiet. Il est venu le chercher, a mis sa fierté de côté et est venu implorer son aide. Leur père a toujours été le héros de Dean, son modèle, son mentor. Il a toujours eu une confiance aveugle en lui, obéissant sans discuter, ayant foi en tout ce qu’il faisait. Sam a souvent jalousé cette relation, mais s’est aussi souvent demandé si Dean aimait cette façon de vivre… Toujours est-il que cette relation était à double sens. John a toujours gardé le contact avec Dean, d’une manière ou d’une autre. Et l’ainé était sans nouvelle depuis trop longtemps maintenant. Et pour que Dean s’inquiète, c’est que la situation n’avait rien d’encourageante.
Alors oui, aujourd’hui Sam s’inquiète pour son père. Pourquoi ne donne-t-il pas signe de vie ? Il avait certainement prévu son absence au vu du message de sa boite vocale. Mais pourquoi ? Pourquoi ce silence envers eux ? Est-il mort ? Cette simple pensée lui noue l’estomac. La dernière fois qu’il a vu son père, c’était le jour de son départ pour Stanford et la séparation avait été plutôt violente. Il redoute les retrouvailles, il craint de le décevoir encore une fois. Mais malgré toutes leurs divergences, leurs disputes, il sait qu’il ne pourrait pas supporter sa mort. Que Dean la supporterait encore moins. S’inquiète-t-il plus pour son père ou pour son frère… Il l’ignore, mais il espère le retrouver rapidement, et vivant. Parce que même si aujourd’hui encore, c’est vachement plus cool d’être avec Dean qu’avec John, il sait que s’il lui arrive encore de maudire son père, il ne pourra jamais nier qu’il l’aime. Que même s’il n’a pas la vie dont il avait rêvé, il ne veut plus perdre un seul membre de sa famille.