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Série : Supernatural
Création : 10.07.2008 à 17h30
Auteur : winsister
Statut : Terminée
« Voici ma nouvelle fic. Il s'agit de la suite directe de "Frères ennemis". J'écris cette fic seule, merci de ne pas intervenir. Bonne lecture ^^ » winsister
Cette fanfic compte déjà 50 paragraphes
Quelque part aux abords du Mississippi.
Une voiture noire roule sur une route pratiquement déserte. Le temps se gâte et le ciel se fait orageux, sans pour autant déverser son trop plein d’humidité. Le conducteur a les traits tirés par la fatigue et décide de s’arrêter un instant, histoire de se dégourdir. Son passager quant à lui dort d’un sommeil léger mais paisible. Il gare son véhicule sur un parking en bordure de route, non loin du fleuve Mississippi et en sort sans faire de bruit, ne voulant pas réveiller son frère. Il aperçoit un banc non loin de là, offrant une vue imprenable sur cette immense étendue d’eau et décide de s’y installer pour se reposer. Il conduit depuis déjà plusieurs heures mais pour rien au monde il n’aurait laissé sa place à son cadet. Non pas qu’il n’ait pas confiance en lui, mais conduire faisait partie de ces choses qu’il appréciait encore plus qu’avant depuis quelques semaines. Depuis que son pacte avait été rompu. Depuis qu’il avait, sans le vouloir, évité l’enfer. Le bruit de l’eau qui suit tranquillement son cours, l’odeur âcre de l’orage qui approche, la tranquillité environnante, tout ça le fait se sentir plus vivant que jamais. Beaucoup de choses renforçaient ce sentiment, avec en tête de liste bien sûr le fait de conduire son bébé. Il était vivant et allait pouvoir continuer de chasser les êtres maléfiques mais surtout, il allait pouvoir continuer à veiller sur son frère et tenir la promesse qu’il s’était faite. Celle de ne jamais le laisser devenir un monstre. Un claquement de porte derrière lui, lui fait d’ailleurs savoir que ce dernier s’est réveillé. Il se demande si son frère arrivera un jour à dormir plus d’une heure à la suite, ses nuits étant plutôt courtes depuis longtemps déjà. Il ferme les yeux et laisse échapper un soupir. Il aurait tellement aimé que le crucifix soit aussi efficace sur son frère, qu’il le sauve de sa destinée. Mais à croire que le sort s’acharnait sur lui. Les évènements récents en étaient encore la preuve.
- Hey mec, j’croyais que tu dormais ?
- J’ai assez dormi pour l’instant, répond Sam d’un ton bourru.
- A peine vingt minutes, ça c’est du repos ! rétorque l’ainé d’un ton sarcastique.
- Dean…
Son frère se lève et se tient face à lui. Puis il le regarde, tentant au maximum de garder son calme.
-Sammy, ça peut pas continuer comme ça.
-Ecoute-sur un ton excédé- j’ai pas envie de parler d’ça okay ? Alors s’il te plait ne lance pas le sujet.
-Faudra pourtant qu’on en parle à un moment ou un autre. T’as une tête de déterré, tu manges plus… Et j’te lâcherais pas tant que tu m’auras pas expliqué pourquoi tu…
- STOP ! Ca suffit Dean, t’entends ?! J’ai pas envie d’me prendre la tête, pas maintenant, okay ?
Pour bien appuyer ses dires, il laisse son frère et se dirige vers le fleuve, sous le regard inquiet de son ainé. Il ne le quitte pas des yeux, chose qu’il fait depuis déjà une semaine. Il n’a pas oublié ce qui s’est passé. Comment pourrait-il l’oublier d’ailleurs. Les images défilent encore régulièrement dans sa tête. La peur et l’incompréhension qu’il avait ressenties à ce moment là sont toujours aussi présentes. Comment son frère en était-il arrivé là ? D’où lui venait cette soudaine attitude ? Et lui, pourquoi n’avait-il rien vu ? Il se sent coupable. Coupable de ce qui s’est passé mais aussi de ce qui aurait pu se passer si… Il préfère ne pas y penser. Il doit surveiller son frère, veiller sur lui, c’est tout ce qui compte. Pourtant, tout ça ne va pas lui faciliter la tâche. Comment peut-il protéger son frère s’il doit aussi le protéger de lui-même ? Il aimerait que Sam lui parle de ce qui le ronge, même s’il en a une vague idée. Mais il sait que le brusquer ne servirait rien, bien au contraire. Il doit attendre qu’il se décide à se confier, même si cela doit prendre du temps…
Après une demi-heure de pause, il l’appelle et tous deux rejoignent la voiture sans échanger un mot. Le trajet se passe dans un silence pesant que même Dean ne tente pas de briser en mettant sa musique. Il se contente de conduire, jetant des regards furtifs en direction de son frère. Sam, lui, regarde le paysage défiler par la fenêtre. Il ressasse toujours les mêmes pensées, celles qui le relient à cette affaire à Denver il y a près de trois mois. Celles qui hantent ses journées mais aussi ses nuits. Celles qui l’avaient poussé à commettre sa folie. Il sait qu’il devrait parler de tout ça à Dean mais, pour l’instant, il ne préfère pas. Il ne sait pas vraiment comment aborder le sujet et surtout, il sait que son frère ne comprendrait pas, n’accepterait pas. Quand il repense à Denver, il se dit que la seule chose de positive qui soit sorti de cette affaire, c’est le fait que le pacte de son frère ait été annulé sans pour autant entrainer sa propre mort. Ou peut-être est-ce seulement le fait que Dean s’en soit sorti. Après tout, sa mort à lui aurait pu être positive aussi. Au moins, il serait libéré de son fardeau, de sa conscience qui lui rappelle sans cesse qu’il a tué deux humains et qu’il y a prit plaisir. Qui lui rappelle ce qu’il a été durant cette période et qu’il risque de devenir encore… Pourquoi Dean était-il intervenu ? Sans lui, tout serait réglé depuis une semaine. A croire que le destin en avait vraiment après lui. La vie de son frère était sauve mais qu’allait-il en être de la sienne maintenant ? Il n’y avait pas beaucoup d’options qui s’offraient à lui et il avait déjà décidé pour laquelle opter. Mais la prochaine fois, il fera en sorte que Dean ne puisse pas intervenir. Il recommencera et il réussira, quel qu’en soit le prix… Après plusieurs heures de route, ils arrivent enfin à destination, Fairview dans l’Utah. La nuit est déjà bien avancée et l’orage a fini par éclater ici. Ils s’arrêtent au premier motel qu’ils trouvent. Tandis que Sam va réserver une chambre, Dean s’occupe de sortir leurs affaires du coffre, le tout sous une pluie battante. Il rejoint son frère dans la chambre qui, malgré l’aspect vétuste extérieur, s’avère équipée du plus grand confort. Seul bémol au tableau, il n’y a qu’un grand lit. Mais ils sont tellement épuisés par leur voyage qu’ils s’écroulent sans prendre le temps de se disputer pour savoir qui dormira de quel côté…
Moins d’une heure plus tard, Sam ouvre les yeux brusquement. Son cœur bat la chamade et sa respiration est saccadée. Il s’est habitué à ces réveils nocturnes, mais pour une fois, il se félicite de ne pas avoir crié. Un bref regard vers son frère et il sait qu’il ne pas l’a pas réveillé, ce qui change aussi de d’habitude. A croire que son corps a adopté le rythme de ses cauchemars et qu’il se réveille avant le moment fatidique. Moment où la douleur s’empare de lui, de sa tête, où tout devient si réel qu’il ne sait toujours pas si ce qu’il voit est un simple cauchemar ou la vision d’un futur proche. Tout ça l’effraie pourtant il n’arrive pas à en parler à son frère. Mais il n’ya pas que ce qu’il voit qui le bloque, il y a aussi cette sensation étrange qui accompagne ces images. Cette sensation qui le prend aux trippes, qui lui fait sentir que cette fois, il ne gagnera pas la bataille. N’ayant pas envie de se torturer d’avantage l’esprit avec tout ça, il décide de se lever et de commencer les recherches concernant leur affaire. Il quitte le lit en faisant le moins de gestes brusques possible pour ne pas réveiller son ainé et va s’installer au petit bureau pour travailler sur son ordinateur. Malgré sa fatigue il réussit à cumuler pas mal d’informations. Au petit matin, l’orage s’est enfin arrêté. Il ferme son PC et quitte la chambre sans bruit.
Quand Dean se réveille, il n’a pas besoin de tourner la tête pour savoir que son frère est déjà debout. C’est son quotidien depuis déjà de nombreuses semaines. Sam ne dort plus, et quand il y arrive, il se réveille en hurlant. Il sait qu’il n’a que très peu dormi encore cette nuit car, même s’il ne l’a pas réveillé en hurlant, Dean s’est réveillé quand même. C’est devenu systématique, il se réveille toute les nuits à peu près une heure après s’être endormi, au même rythme que Sam. Les premiers temps, il tentait de le faire parler de son cauchemar, comme il le faisait dans le temps. Mais les choses avaient tellement changées. Sam refusait constamment de se confier à lui alors il avait finit par jeter l’éponge et ne posait plus de questions, ne faisait même plus savoir à son frère à quel point il s’inquiétait pour lui. Sauf quand la colère montait en lui, comme la veille au bord du fleuve. Mais même dans ces cas là, Sam se braquait et restait muet sur le sujet. Malgré tout, le fait qu’il ne soit pas dans la chambre ne le rassure pas. Il a peur de ce qui pourrait lui passer par la tête. Et s’il avait recommencé ? Non, il le saurait… il le sentirait comme il l’avait senti la première fois. Il décide de se lever et d’aller se doucher en attendant le retour de son frère. Quand il ressort de la salle de bain, une bonne odeur de café lui chatouille les narines. Il aperçoit également un sac taché de gras posé près du journal.
-Mmm, beignets ? Demande-t-il en affichant un sourire gourmand.
-Yep, y’avait plus de croissant. T’as bien dormi ?
-Mieux que toi j’suis sûr. Je suppose que tu t’es pas rendormi ? Demande-t-il sur un ton assez inquiet tout en mordant à pleine dent dans un beignet.
-Disons que j’ai dormi suffisamment avant d’être réveillé. Bon, j’ai fait des recherches sur notre affaire, s’empresse-t-il d’ajouter pour éviter LA discussion.
-Okay, comprenant la manœuvre de son frère. Alors on a quoi pour commencer ?
-Plusieurs agressions. Des femmes plutôt jeunes et jolies, pas de lien entre elles que ce soit professionnel, relationnel, familial ou religieux. Le seul point commun c’est que ce sont des femmes, en moyenne de 25 ans et comme je l’ai dit, plutôt jeunes et jolies.
-Que disent les journaux et la police ?s’informe Dean en attaquant un deuxième beignet.
-C’est là que c’est intéressant. Ils parlent d’un violeur en série. Apparemment les victimes sont violées avant d’être éventrées. Sans oublier le détail qui tue-en regardant son ainé avec un sourire en coin- les viscères délicatement déposées à côté du corps.
A ces mots, le visage de Dean affiche un air de dégout et il repose amèrement le beignet qui venait tout juste de franchir ses lèvres. Il jette un regard noir vers son frère, ce dernier semblant assez satisfait de ce qu’il venait d’accomplir.
-Bon, ben je mangerais mieux plus tard. Merci pour ce détail si… détaillé. Bon, et en quoi ça nous concerne ?
Sam le regarde, totalement incrédule.
-Bah oui, les violeurs en série n’ont rien de surnaturel que je sache. C’est juste des humains complètement tarés, C’est pas comme s’ils avaient du sang de démon dans…
Il se tait alors et ferme les yeux, réalisant l’énormité qu’il est en train de dire. Se tournant vers son frère, il croise son regard dans lequel il peut voir de la déception mais surtout de la colère.
-Alors c’est comme ça que tu m’vois ? Demande Sam en tentant de se contenir. Comme un violeur ou un tueur potentiel ?
-Sam, je… Je suis désolé, c’est pas…
-Non, c’est pas c’que tu voulais dire mais c’est pourtant ce que tu as dit, le coupe Sam d’une voix sèche.
La remarque qu’avait faite Dean lui a fait aussi mal qu’un coup de poignard en plein cœur. Comment avait-il pu croire que son frère avait oublié Denver, qu’il l’avait pardonné ? Visiblement, Dean le considérait plus comme un criminel en puissance que comme un être humain.
-Ecoute Sammy, c’est juste qu’avec les démons…
-Ya des règles et les humains sont justes tarés, je sais. C’est juste que j’aurais préféré que tu utilises un autre argument tu vois.
Dean se passe la main sur le visage. Comment a-t-il pu être aussi con ?! Des semaines qu’il tente de faire parler son frère et en moins d’une minute, il a trouvé le moyen d’aggraver la situation. Mais surtout il a blessé son frère et ça, c’était pire que tout.
-Sam…
-Le sujet est clos revenons à l’affaire si tu veux bien, lui répond t-il sèchement. Je disais donc- prenant une grande inspiration pour se calmer- la police pense à un violeur en série mais d’après Bobby, c’est l’œuvre d’un incube.
-Depuis quand les incubes tuent leurs victimes ? Je pensais que leur but était de les féconder, pas de les tuer.
-Exact mais apparemment Bobby en a chassé un assez particulier il y a deux ans, qui lui a malheureusement échappé. Un incube qui recherchait la femme parfaite et comme chacune de ses victimes ne lui convenait pas, il les éventrait et déposait les viscères auprès du corps.
-Mais si elle ne lui convenait pas, pourquoi les violer ? demande Dean de plus en plus incrédule.
-Il n’en a jamais violé aucune et c’est là qu’est notre problème.
Dean commence à arpenter la chambre, réfléchissant à la dernière phrase de son frère.
-Attends, tu essais de me dire… Qu’on n’a pas un mais deux agresseurs dans cette histoire?
-Absolument. Je pense que certaines de ces victimes nous concernent et que les autres concernent la police. Elle a bel et bien un violeur en série sur les bras mais qui, apparemment, utilise le mode opératoire de notre incube pour tuer ses victimes.
-Génial, il nous manquait qu’ça. Bon, va falloir commencer par aller voir les rapports du légiste pour savoir lesquelles ont été violées et lesquelles ne l’ont pas été. On a combien de victime jusque là ?
-On en est déjà à dix-huit, à raison de trois par nuit, une nuit sur deux depuis douze jours.
-Ben on peut dire qu’ils chôment pas. Donc les prochaines agressions sont pour demain soir. Ca nous laisse deux jours pour trouver notre incube.
-Et si on tombe sur le violeur ?
Dean s’attendait plus ou moins à la question, se l’étant lui-même posée. Si ça ne tenait qu’à lui, il s’en débarrasserait volontiers mais il y avait peu de chance que Sam soit d’accord avec ça.
-Et bien on emmènera ce cher ange chez les flics, ça te va ? d’un ton des plus sarcastiques.
-Tu sais très bien qu’on peut pas le tuer, c’est un être humain.
-Je sais mais… Tu m’as dit un jour que notre job était de tuer les créatures néfastes et pas les êtres surnaturels en général. C’est ce que tu m’as dit pour Lénore et je t’ai écouté. Elle n’avait rien d’humain mais n’était pas néfaste alors je l’ai laissée vivre. Cet homme est peut-être tout ce qu’il y a de plus humain, mais crois moi, il est plus que néfaste et je doute vraiment qu’il mérite de vivre.
-Je suis d’accord avec ça mais… Tuer un humain… Non… Non je m’y refuse… Je…
Dean se rend compte que plus son frère parle, plus il pâlit.
-Sam ? Ca va ?
-Oui… Excuse-moi c’est juste que… Si on commence à tuer des humains, on vaudra pas mieux que ce qu’on chasse, et…
-Sammy-se radoucit Dean, comprenant l’origine du trouble de son frère- Tu vaux bien mieux que tous ces démons ou même que la plupart des humains. Ce qui s’est passé…
-Stop ! Le coupe Sam. Je t’ai dit que j’voulais pas en parler, okay ?! Alors fous-moi la paix avec ta psycho de bas étage !
Il a du mal à contenir sa colère. Pourtant, celle-ci n’est pas dirigée contre son frère mais contre lui-même. Il aurait du empêcher ça, il aurait du lutter pour que rien de tout cela n’arrive. S’il avait lutté avec plus de hargne, il n’aurait pas sombré. Il n’aurait jamais tué deux personnes. Même si elles étaient loin d’être angéliques, elles ne méritaient pas de mourir, pas de ses mains, pas des mains d’un… d’un démon…
Le temps que Dean finisse son café, Sam va dans la salle de bain. Après s’être suffisamment détendu sous le jet d’eau chaude, il sort de la douche, se sèche et s’habille. Mais au moment où il fait un pas vers la porte, il est pris d’un vertige, suivi d’un violent mal de tête. En moins de deux secondes, sous l’intensité de la douleur, il se retrouve à genou, encerclant sa tête de ses bras. Il serre les dents pour ne pas crier et alerter son frère. Ca n’est pas la première fois que ça lui arrive mais en général, cela le prend quand il parvient à trouver le sommeil. Depuis maintenant un mois, toutes les nuits, c’est une crise identique qui le réveille. Il y avait échappé cette nuit et il pensait avoir gagné un répit jusqu’à la suivante. Mais à croire que cela prenait le même chemin que pour ses visions, que cela allait aussi le prendre en pleine journée. Et comme pour ses crises nocturnes, elle est accompagnée du même cauchemar, si intense, si réel. La seule différence, c’est la douleur, bien plus fulgurante, bien plus violente. Après cinq longues minutes de souffrance, son calvaire prend enfin fin. Prenant appui sur le lavabo, il se redresse péniblement et croise son reflet dans le miroir. Il voit alors que son visage est baigné de larmes et que ses gencives saignent, tellement il a serré les dents sous la douleur. Il attend un peu pour reprendre un minimum de contenance puis se rince la bouche et le visage avant de rejoindre son frère. Seulement il se sent complètement vidé et anéanti, comme chaque fois qu’il se réveille la nuit. Il en ignore encore la cause mais il sait que c’est lié à ce qui s’est passé à Denver. Ces morts qu’il a sur la conscience et qui reviennent le hanter. Mais ça n’est pas tout, et c’est surtout le reste qui lui fait peur, qui lui donne envie de mettre un terme à tout ça. Envie d’en finir. Envie de mourir…
Lorsqu’il rejoint son frère, ce dernier ne manque pas de voir le visage éreinté de son cadet. Mais il préfère se taire sachant que s’il commence à poser des questions, cela dégénèrera en dispute, surtout après la boulette qu’il avait faite plus tôt. Ils quittent l’hôtel pour rejoindre la morgue, vérifier les rapports d’autopsie pour déterminer combien de victimes ont été tuées par l’incube. . Il leur faut moins d’une heure pour y arriver mais pour Dean, le trajet parait une éternité. Il semble que son frère ait décidé de ne pas lui adresser la parole. N’y pouvant plus, il décide de rompre le silence.
-Tu comptes faire la gueule toute la journée ? -N’obtenant aucune réponse- Sam !
-J’fais pas la gueule, répond-il d’un ton morne.
-Ha bon ? Ben qu’est-ce que ça s’rait si tu la faisais alors, ironise Dean.
-J’ai pas envie de parler, c’est tout.
-Ecoute Sammy, si c’est à cause de ce que j’ai dit tout à l’heure…
-Ca n’a rien à voir, le coupe Sam en soupirant. C’est juste que…
-Que quoi ? Parles-moi bon sang ! Ca fait des semaines que tu vas pas bien ! Tu dors plus, tu te renfermes, tu prends la mouche à la moindre remarque.
-Quoi ? Je prends la mouche ?! C’est toi qu’est toujours en train de me prendre la tête ! S’emporte-t-il.
-Ha ben tu vois, tu recommences !
-Arrête Dean ! Arrête ça de suite ! Rétorque Sam. Tu crois vraiment que c’est avec ce genre de remarque à la con que je…
Il serre les mâchoires, ce qui réveille la douleur de ses gencives. Il ferme les yeux et pose sa tête contre la vitre, espérant que son frère ne relancera pas la discussion. Dean, lui, ne sait comment réagir, mélangé entre colère et inquiétude. Il veut que son frère lui parle de ce qui le mine autant, de ce qui le détruit à petit feu. Mais visiblement, il ne s’y prend pas de la bonne manière avec lui. Le silence reprend alors possession de l’habitacle jusqu’à ce qu’ils arrivent à la morgue. Avant d’y pénétrer, Dean sort deux cartes d’étudiants en médecine, se doutant qu’il y aura certainement déjà des fédéraux sur place. Même si Hendricksen a eu le temps de signaler leur mort avant l’explosion qui a entrainé la sienne, il ne veut pas prendre le risque de se trouver confronté à eux. Toujours énervé, il tend une des cartes à son frère mais ce dernier ne semble pas réagir. Dean se rend compte que son cadet s’est endormi. Sa colère s’envole alors et il le couvre d’un regard protecteur, mêlé d’impuissance face à ce qu’il endure. Il décide de le laisser dormir, n’ignorant pas combien ses nuits sont courtes, et quitte la voiture le plus discrètement possible. Après un dernier coup d’œil vers le siège passager, il se dirige vers l’entrée du bâtiment.
Comme il l’avait prévu, l’endroit grouille d’agents fédéraux qu’il arrive malgré tout à éviter. Après avoir longé de nombreux couloirs, il parvient jusqu’à la morgue. Le hasard et la chance semblent lui sourire car la pièce est déserte. Il jette un regard vers les compartiments frigorifiés en réprimant un frisson. Mais voir les corps n’étant pas indispensable à son enquête, il se dirige directement vers le secrétaire qui trône au fond de la pièce. Seulement après avoir fouillé tous les tiroirs, il n’a pas trouvé un seul des dossiers qui l’intéressent. Il peste intérieurement tout en faisant un tour d’horizon de la pièce quand son regard s’arrête sur une pile de dossier posée sur le bureau. Il se maudit de ne pas avoir démarré par là et commence à les lire rapidement un par un, cherchant et notant les informations qui l’intéressent. Des bruits de pas dans le couloir lui font comprendre qu’il doit se dépêcher. Après avoir noté les renseignements du dernier dossier, il se faufile à nouveau dans les couloirs et quitte le bâtiment. Une fois à l’extérieur, il laisse échapper un soupir de soulagement et vérifie qu’il n’a pas perdu ses notes en route. Il se dirige vers sa voiture, à moitié cachée par un fourgon. Sans se l’expliquer, il est pris d’un mauvais pressentiment et presse le pas, jetant régulièrement des regards furtifs derrière lui. Il ouvre sa portière et s’installe derrière son volant mais se rend aussitôt compte que son frère n’est plus là.
-Merde c’est pas vrai !
Un mélange de colère et d’inquiétude s’empare de lui.
-Sam c’est vraiment pas l’moment d’jouer à cache-cache, se murmure-t-il à lui-même.
Il ressort de l’Impala et scrute les alentours, espérant apercevoir Sam. Rien. Pas le moindre signe de son frère. La colère s’atténue, laissant de plus en plus de place à la panique. Refermant sa voiture à clé, il décide d’arpenter les rues. A peine a-t-il fait quelques pas qu’une évidence le frappe de plein fouet.
-Non mais quel con, pourquoi j’y ai pas pensé avant, peste-t-il.
Il enfouit sa main dans sa poche et en sort son téléphone. Rapidement, il compose le numéro de son frère, espérant obtenir une réponse. Il n’obtient malheureusement que l’écho étouffé de la sonnerie qui provient de l’intérieur de la voiture. Il referme son cellulaire dans un mouvement de colère et reprend rapidement son ascension de la première rue, jetant des regards angoissés vers chaque magasin et chaque bar qu’il croise. Il scrute ainsi chacune des rues alentours. Plus il en fouille, plus son angoisse augmente. Plusieurs questions se bousculent dans sa tête. Son frère a-t-il décidé de partir ? A-t-il été enlevé par un démon ou autre ? Allait-il retenter de… Non. Pas ça. Quand enfin il s’engouffre dans la dernière ruelle, il se fige littéralement sur place. A quelques mètres, derrière une poubelle, il aperçoit une paire de jambe qui dépasse. Son angoisse monte d’un cran quand il reconnait les chaussures de son frère. Il se précipite alors vers lui et le découvre allongé sur le sol, inconscient.
-Sam ! Sammy !!
Malgré ses appels, Sam reste sans réaction. De plus en plus inquiet, il cherche alors son pouls, qu’il finit par trouver, lent et régulier. Il tente une nouvelle fois de le réveiller, accompagnant ses appels de petites claques sur la joue. Après plusieurs minutes, Sam revient à lui.
-Dean ? Où… Où est-ce qu’on est ? demande-t-il le regard perdu.
-Dans une ruelle. Comment t’es arrivé là ? J’t’avais laissé en train de dormir dans la voiture !
-Je… J’en sais rien…
-Tu t’souviens de quoi au juste ? questionne l’ainé.
-Euh… On s’est engueulés dans la voiture puis plus rien.
Dean se gratte l’arrière de la tête, tentant de trouver une explication. N’arrivant à aucune conclusion, il aide son frère à se relever. Ce dernier est un peu chancelant et nauséeux, mais avec l’aide de son ainé, il parvient à rejoindre la voiture. Une fois installés, ils reprennent la direction du motel. Durant le trajet, Dean remarque que son frère a toujours le regard un peu perdu et que son teint est assez pâle.
-Sam, ça va ? Sam ?!
-Hein, quoi ?
-T’es sûr que ça va mec ? S’inquiète Dean.
-J’en sais rien. J’me sens bizarre.
-Comment ça bizarre ? Tu t’sens pas bien ? Tu vas pas gerber au moins ?
-Non, t’inquiète pas. C’est juste que…,je sais pas.
-Mouais, en même temps ça change pas de d’habitude. T’es une bizarrerie à toi tout seul, ricane Dean.
-Ha ha ha, regarde, je rie, ironise Sam.
-Je sais, je fais souvent cet effet là, répond l’ainé avec fierté.
Cette dernière remarque a au moins le mérite d’arracher un sourire à son frère, ce qui n’était pas arrivé depuis longtemps. Pourtant, même s’il n’en laisse rien paraitre, cette étrange disparition, même temporaire, inquiète beaucoup Dean. Il se demande ce qui a bien pu arriver à son frère. Il ne l’a laissé seul dans la voiture qu’une vingtaine de minute, endormi de surcroit, et il le retrouve inconscient dans une ruelle. Qu’est-ce que ça pouvait bien encore vouloir dire ? Somnambulisme ? Après tout pourquoi pas, Sam dormait si peu que ça pourrait être possible. Ne voulant pas gâcher le semblant de bonne humeur qui vient de s’emparer de son frère, il préfère ne pas revenir sur le sujet pour l’instant…
Arrivés à l’hôtel, Dean entreprend de faire un topo sur ses trouvailles.
-Bon, j’ai eu le temps de contrôler le dossier d’autopsie de chacune des victimes.
-Alors, demande Sam. Combien ont été violées ?
-Et bien notre violeur est très actif figures-toi. Douze des victimes sont de lui. Notre incube n’en a tué que six.
-Mouais, soupire Sam, il semble qu’il ait un admirateur qui s’offre un p’tit bonus en passant. Sinon, t’as trouvé autre chose d’intéressant ?
-Je crois mais il faut d’abord que je vérifie quelque chose, répond Dean en allant ramasser le journal de leur père.
-Pendant ce temps je vais rappeler Bobby, voir s’il n’y aurait pas un détail qu’il aurait oublié de nous signaler.
-Okay mais tu restes à portée de vue.
-Oui Papa.
-Je suis sérieux Sam.
-Mais moi aussi Dean. Arrêtes de te comporter comme une mère poule tu veux ? Je vais bien-insistant sur ces derniers mots.
-Très bien mais c’est pas demain la veille que j’arrêterais de m’inquiéter pour toi.
-J’ai plus quatre ans tu sais, je peux très bien m’occuper de moi tout seul, répond Sam en soupirant.
-Ho oui, j’ai pu voir ça la semaine dernière ! ironise Dean.
-Et c’est reparti ! s’emporte Sam. Tu vas pas m’lâcher avec cette histoire ?!
-Certainement pas ! Mais qu’est-ce qui t’est passé par la tête bon sang ?!
Sam a de plus en plus de mal à contenir la colère qui monte en lui. Mais il sait que s’il la laisse trop enfler, il risque de perdre le contrôle et il ne le souhaite à aucun prix. Il prend sur lui pour rester le plus calme possible.
-Tu comprendrais pas… répond Sam dans un murmure. T’as jamais compris de toute façon.
-Je comprendrais pas ? S’offusque Dean. Ben peut-être qui si tu faisais l’effort de m’en parler…
-Va t’faire foutre Dean, répond sèchement Sam avant d’attraper son blouson et de se diriger vers la porte.
Mais Dean ne l’entend pas de cette oreille. Non, cette fois, son frère n’allait pas s’en tirer à si bon compte. Il se lève et se poste devant la porte, déterminé à empêcher son cadet de quitter la chambre.
-Hooo non, tu bougeras pas d’ici tant que tu m’auras pas parlé Sam, écartant les bras pour accentuer ses dires.
-Dean dégage de là, me pousse pas à bout ! Le menace Sam.
-Ha ? Et tu vas faire quoi, me casser la gueule ?
-Dean…
-Vas-y si ça peut te faire du bien ! Cogne-moi ! Hurle-t-il pour faire réagir son frère. Allez !!
Sam fait un pas en arrière, serrant les poings, ce qui fait penser à son frère qu’il va l’attaquer. Mais contre toute attente, il commence à chanceler, s’attrapant la tête et affichant une grimace de douleur. Une nouvelle crise vient de s’emparer de lui, sous les yeux médusés de Dean. Sa colère laisse immédiatement place à l’inquiétude alors que Sam s’écroule, se recroquevillant sur lui-même, serrant les dents pour ne pas hurler. Mais malgré ses efforts, il ne peut contenir ses cris plus longtemps, la douleur étant beaucoup plus intense, plus aigüe que pour la crise précédente. Dean attrape son frère par les épaules, le serrant dans ses bras pour calmer les spasmes qui viennent de le saisir.
-Sammy… Sammy je suis là… Ca va aller…
Mais que pouvait-il bien lui arriver encore ? Pourquoi le sort s’acharnait-il ainsi sur son frère ? Sam lui est toujours prisonnier de sa douleur et de ses horribles visions, inconscient des mouvements de son corps. Il ignore que Dean est en train d’assister à une scène qu’il aurait préféré ne jamais voir. Pendant sa crise, les yeux de Sam se sont ouverts, laissant apparaitre deux pupilles d’un noir absolu. Ses mains s’étaient mises à briller, laissant entrevoir de petites boules de feu qui se formaient.
-Mais qu’est-ce que…
Sans s’en rendre compte, Dean a un léger mouvement de recul. Il pense immédiatement que son frère est possédé et que cela se passe mal. Il prend alors la fiole d’eau bénite qu’il a en permanence dans sa poche et en vide sur son frère. Malheureusement, cela ne provoque aucune réaction, pas de fumée, pas de hurlement supplémentaire. Ce sont bel et bien les yeux de Sam qu’il vient de voir. Comment ? Pourquoi ? Les questions se bousculent dans sa tête, aucune ne trouvant de réponse immédiate. Il réalise alors que les spasmes qui secouent son frère sont en train de se calmer, laissant ce dernier inconscient. Dean peut voir du sang s’écouler de son nez et de sa bouche. Il se reprend, tentant de calmer l’angoisse qui le tenaille, et porte au mieux son frère jusque sur son lit. Il va chercher un gant humide dans la salle de bain et nettoie le sang qui commence à sécher sur le visage maintenant serein de son cadet. Pourtant l’image de ce qu’il a vu quelques instants plus tôt ne le quitte pas. Son frère serait-il en train de sombrer de nouveau du côté du mal ? Est-il rattrapé par sa destiné ?
-Non… Non non non non dis-moi que c’est pas ça… Sammy j’t’en prie, pas ça…
Les pièces du puzzle commencent à se mettre en place dans sa tête. Si Sam s’est aperçut de tout ça, peut-être que ça expliquait ce qui s’était passé ce jour là…
Assis au chevet de son frère, il se remémore ce jour. Ce jour où il était rentré au motel plus tôt que prévu. Où pour la deuxième fois, il avait cru perdre son frère. Il se rappelait dans les moindres détails les heures d’attente dans ce couloir puis dans la chambre. La peur qui lui serrait le ventre, qui lui nouait la gorge. Il n’avait pas compris pourquoi… Il n’avait pas eu d’explication. Même aujourd’hui, il se contente de formuler une hypothèse. Il repense à l’attitude de son frère ensuite, sa colère, ses reproches. Et il y avait aussi ces silences, ces coups de colère, ces insomnies qui duraient depuis déjà presqu’un mois, depuis que lui-même avait échappé à son funeste sort. Et aujourd’hui, ça ! Voir son frère avec les yeux noirs d’un démon alors qu’il n’est pas possédé l’a un peu retourné mais il essaie de se persuader que Sam ne va pas de nouveau sombrer vers le mal. Mais il ne peut pas s’empêcher d’y penser et de se demander si tout ça est lié ou pas. Quand est-ce que ça avait vraiment commencé ?
Un mouvement de son frère le ramène à la réalité. Ce dernier est en train de se réveiller mais Dean devine facilement à l’expression de son visage que la douleur est encore présente.
-Sammy ? Tu m’entends ?
-Dean…
-Hey j’suis là bonhomme. Comment tu te sens ?
-J’en sais rien… Qu’est-ce qui s’est passé ? interroge Sam d’une voix faible, se massant les tempes.
-Tu t’en souviens pas ? s’étonne l’ainé.
-Je… J’étais devant la porte, je voulais partir puis… Après tout est noir…
-T’as eu comme une espèce de crise, tu t’es mis à hurler et à gesticuler dans tous les sens avant de t’évanouir.
-Oh… merde. Je suppose que c’est pour ça que j’ai autant mal au crâne.
-Tu veux une aspirine ?
-Non, ça ira mieux dans deux minutes, j’ai l’hab…
Il ne finit pas sa phrase, ne voulant pas engager cette discussion qu’il repousse depuis déjà longtemps. Mais il se rend bien compte qu’il en a déjà trop dit. Et surtout que cette fois, Dean ne lâchera pas l’affaire.
-Ca t’est déjà arrivé ? demande Dean, espérant que son frère lui en parle.
-Non… enfin… si… mais jamais comme ça.
-C’est à cause de ça que tu te réveilles toutes les nuits ?
-Oui, soupire Sam.
-Qu’est-ce que tu vois ?
-Dean…
-Réponds-moi s’il te plait.
-Tu veux savoir quoi, hein ? Si j’ai des visions, si je fais des cauchemars ? La réponse est oui, satisfait ? Répond-il sur un ton plus agressif qu’il ne l’aurait voulu.
Dean repense alors à la théorie qu’il formulait avant le réveil de son frère.
-C’est à cause de ça que… que tu as voulu te suicider ? demande-t-il en déglutissant difficilement.
-Dean…
-Je veux savoir Sam, alors cette fois réponds-moi franchement.
Sam détourne la tête, ne voulant pas croiser le regard de son ainé. Pourquoi veut-il absolument qu’il lui raconte tout ça ? Pourquoi lui faire revivre encore une fois? Il n’en serait pas là aujourd’hui s’il n’était pas intervenu la dernière fois. Il serait enfin libéré de tout ça, il serait enfin en paix. Mais non, il avait fallut que Dean le sauve, encore une fois. Il avait fallut qu’il lui refuse ce repos auquel il aspirait tant. Il sait que son frère veut l’aider mais lui, en a-t-il vraiment envie ? Non, il veut que tout cela cesse, une bonne fois pour toute. Il n’en peut plus de cette peur qui le tenaille en permanence, de cette sensation de vide qui l’habite. Mais surtout, il est effrayé par ces pulsions qui le prennent sans prévenir et qu’il a de plus en plus de mal à contenir. Il sait que Dean va tenter de le pousser dans ses retranchements pour le faire parler mais il sait surtout qu’il ne doit en aucun cas révéler leur existence. Il ne supporterait pas que le regard que son frère lui porte change. Qu’il le regarde comme ce qu’il est vraiment, comme un monstre. Toujours sans le regarder, il lui répond sur un ton qui en dit beaucoup sur son état d’esprit.
-Je suis fatigué Dean. Fatigué de cette vie, de tout ça. Ces cauchemars qui me rappellent sans cesse que j’ai tué en y prenant plaisir. Cette menace permanente de devenir un monstre.
-Ca n’arrivera pas Sammy, répond Dean, ne sachant s’il voulait convaincre son frère ou lui-même. Je ferais…
-Ca arrivera Dean ! le coupe Sam. Que tu le veuilles ou non, ça arrivera ! Je le sais-baissant la voix-je l’ai vu…
Les regards se croisent enfin et Dean découvre une détresse sans borne dans les yeux de son frère. Une détresse qu’il ne lui avait encore jamais vue. Une détresse qu’il aurait aimé ne jamais voir chez son frère.
-Pourquoi… Pourquoi tu m’en as pas parlé avant ? Pourquoi tu as préféré tenter de te tuer ?!
-En parler ne changera rien. Et si j’ai fait ça, c’est parce que TOI tu n’as pas voulu faire ce qu’il fallait quand tu en avais l’occasion ! se défend Sam.
-Il est hors de question que j’te laisse mourir Sam, tu m’entends ?! répond Dean, tentant de réfréner sa colère. Que ce soit de ma main ou de la tienne !
-Dean…
-Non !! Je t’ai promis de toujours tout faire pour te sortir de là et cette promesse là, j’ai bien l’intention de la tenir !
-Tu m’avais promis que tu me tuerais ! s’emporte Sam.
-T’étais bourré merde !! hurle l’ainé. C’est la seule chose que je pouvais dire pour te calmer ! Si tu m’avais demandé la même chose à jeun, crois-moi, je t’aurais cassé la gueule plutôt que de te promettre un truc pareil ! Alors excuses-moi, mais pour moi, c’est comme si cette promesse n’avait jamais été faite !!
-Très bien !! lance Sam, en proie à son tour à la colère. Alors laissons ce brave Sammy devenir un monstre, c’est ça l’plan ?!
Dean ne répond pas, repensant à ce qu’il a vu pendant que Sam faisait sa crise. Ses yeux, ses mains… Il préfère ne pas en parler pour ne pas confirmer les doutes de son frère. Pourtant il sait ce qu’il a vu. L’espace d’un instant, ce n’était plus son frère qui était là mais bien un être démoniaque, en apparence du moins.
-Tu ne deviendras pas un monstre, j’te l’promets, dit-il avec détermination.
-Ne fais pas des promesses que tu ne peux pas tenir Dean. Tu pourrais le regretter.
-Une menace ?
-Non, un conseil. Tu n’peux pas empêcher l’inévitable.
-Et bien c’est ce qu’on verra. En attendant, tu vas te reposer.
-Dean…
-Jusqu’à preuve du contraire c’est moi l’ainé et tu es encore mon frère. Alors tu te reposes. J’te rappelle qu’on est en chasse et qu’il faut qu’on soit en forme, ce qui n’est pas vraiment ton cas.
-Et toi ?
-J’ai encore un truc ou deux à vérifier et après, j’te réveillerais pour aller manger un bout.
Sam pousse un lourd soupir puis se retourne sur son lit, maugréant un « ouais chef ». En peu de temps, il s’endort sous le regard anxieux de son frère.
La respiration de son frère étant calme et régulière, Dean s’installe sur son lit avec l’ordinateur de son cadet. Tant bien que mal, il parvient à trouver un plan de la ville et y fait apparaitre de deux couleurs différentes les lieux des meurtres, séparant ainsi ceux du violeur et ceux de l’incube. Une fois fait, il tente de les relier entre eux, voir si cela peut faire apparaitre un quelconque symbole ou même l’orienter vers une quelconque piste. Malheureusement, il fait choux blanc dans les deux cas. Il reprend alors le journal de son père, fixant la page de garde. Quand il a regardé les rapports d’autopsie à la morgue, un nom l’avait frappé plus que les autres. Un nom qu’il avait déjà vu. Et c’était précisément sur la page de garde du précieux journal, juste en dessous du nom d’Helkins. Déborah Browman. Pour que son nom soit mentionné ici, c’est qu’elle avait sûrement un lien avec le monde de la chasse. Le tout était de découvrir lequel, même si cela ne les aiderait probablement pas. Il prend son téléphone dans le but d’appeler Bobby au cas où il aurait des renseignements à lui fournir. Malheureusement, le vieux chasseur ne peut rien lui apprendre et Helen encore moins. Cela ne lui a rien apporté de plus à part un certain malaise. Ses amis lui ont demandé des nouvelles de Sam et il leur avait menti. Il n’avait pas pu se résoudre à leur parler des crises de son frère, de son attitude de ces dernières semaines et encore moins de sa tentative de suicide. Il ne voulait pas leur parler de quelque chose que lui-même avait du mal à comprendre. Pour éviter de repenser à ça, il reporte son attention sur la carte qu’il a sur son écran. Rien ne lui permet de déterminer l’endroit où peut se cacher l’incube, ni même l’endroit où il frappera à nouveau. Les agressions sont éparpillées un peu partout en ville, sans aucune logique, aucun schéma. Et aucune chance évidemment de deviner qui sera la prochaine victime puisqu’il semble qu’elles soient choisies au hasard. Il se passe la main sur le visage, las. La matinée a été plutôt éprouvante alors que leur chasse n’a même pas encore vraiment commencé. Dean se demande comment il va s’en sortir. En plus de tout ça, il va devoir surveiller son frère de très près, persuadé qu’il n’hésitera pas une seconde à attenter de nouveau à sa vie s’il le laisse seul.
Un gargouillis lui fait comprendre que son estomac réclame sa dose journalière de victuailles. Le snack le plus proche se trouvant juste en face du motel, il se dit qu’il ne risque rien à laisser son frère seul une dizaine de minutes. En plus, en se rapprochant un peu plus de ce dernier, il perçoit un léger ronflement, lui confirmant que son frère ne risque pas de se réveiller dans l’immédiat. Il lui a promis de le réveiller pour manger mais il y avait tellement longtemps qu’il ne l’avait pas vu dormir aussi bien qu’il préfère le laisser se reposer encore. Après une dernière hésitation, et surtout une première crampe à l’estomac, il se décide et enfile son blouson pour sortir. Par précaution, il préfère fermer la porte de la chambre à clé, ne voulant pas voir son frère disparaitre à nouveau. Il se dirige donc vers le snack, bien décidé à ne pas penser ni à la chasse ni à son frère pendant les cinq minutes à venir. Une fois sur place, il passe sa commande et, sans s’en rendre compte, engage la discussion avec la serveuse. Au bout d’un moment, son regard se pose sur l’horloge murale et il s’aperçoit qu’il est là depuis presque trente minutes. Il ramasse vite fait ses paquets et quitte les lieux pour rejoindre sa chambre. Mais plus il s’en approche, plus il est tiraillé par un mauvais pressentiment. Il accélère le pas, courant presque. Son malaise s’amplifie tellement qu’en arrivant près de la porte, il jette ses paquets dans la poubelle. D’une main il prend l’arme qu’il garde en permanence dans son dos, de l’autre il attrape les clés dans sa poche et ouvre la porte. Il s’aperçoit alors que celle-ci n’est plus verrouillée et la panique s’empare de lui. Il l’ouvre et étouffe un juron en voyant que son frère n’est plus dans son lit. La salle de bain étant grande ouverte, il en déduit qu’il n’y est pas non plus, même s’il va quand même y jeter un coup d’œil. Il se passe nerveusement la main dans les cheveux, partagé entre inquiétude, colère et culpabilité. Il savait que son frère n’allait pas bien et il l’a pourtant laissé seul. Et maintenant, à cause de lui, Sam était Dieu sait où. Laissant courir son regard dans la pièce, il se rend compte d’une chose étrange. En plus de son blouson et de son téléphone qui traine sur la table, son frère est parti sans prendre le temps de mettre ses chaussures. Il commence à se demander comment Sam a pu déverrouiller la chambre alors qu’ils n’ont qu’une seule clé et qu’il était parti avec. Et si… Il revoit alors la scène à laquelle il avait assisté quelques heures plus tôt. Les yeux de son frère, ses mains… Sam avait-il retrouvé ses pouvoirs ? Les avait-il jamais perdus d’ailleurs ? Non, non, non… Il refusait cette éventualité. C’était forcément autre chose. Son instinct lui disait qu’il était arrivé quelque chose à son frère. Il décide de quitter la chambre pour partir à sa recherche. En premier lieu, il arpente toutes les rues aux alentours du motel, sans aucun résultat. Sans se laisser abattre, il prend sa voiture et se dirige vers le centre ville. Toujours poussé par son instinct, il retourne dans le quartier où se situe la morgue. Une fois garé, il commence à fouiller chaque rue. Au bout de la troisième, une idée lui vient à l’esprit, ou plutôt, une intuition. Il retourne jusqu’au carrefour en courant puis se rend dans la rue où il avait retrouvé son frère plus tôt. De nouveau il reçoit un choc en voyant son cadet debout au milieu de la ruelle. Il court jusqu’à lui et découvre un visage fermé, le regard vide. Pourtant, Dean fait un pas en arrière. Ce regard, ces yeux… Ce ne sont pas ceux de son frère. Ces yeux sont d’un vert presque translucide, rien à voir avec le regard bleu de Sam.
-Vous devez la trouver, dit Sam.
Dean reconnait difficilement la voix de son frère. Le timbre en est différent et il ne retrouve pas les intonations propres à son cadet.
-Qui êtes-vous ? Sortez de mon frère immédiatement ! ordonne-t-il.
-Je ne le possède pas. Il me sert juste d’intermédiaire avec le monde des vivants-Puis tournant la tête vers lui-Je m’appelle Déborah.
-Déborah Browman ?demande Dean en ouvrant de grands yeux. Mais comment…
-Ne vous occupez pas de ça. Vous devez la trouver avant lui.
-Trouver qui et avant qui ?
-La fille, vous devez la trouver avant qu’il ne la féconde. S’il y réussit, ça serait dramatique.
-Et pourquoi ?
-Cessez vos questions et cherchez-la, s’énerve-t-elle.
-Mais bien sûr, répond Dean, ironique. Et on est censés la chercher où ? On n’a aucune piste donc si vous avez un indice, je suis preneur !
-Votre frère peut la trouver.
-Sam ? Mais comment ?
-Tout comme il a trouvé les autres avant.
-Wow wow wow, on se calme là. Quels autres ? De quoi vous parlez ?
-Trouvez-la et… sauvez-la, implore-t-elle.
Dean regarde son frère, dubitatif. Pourquoi fallait-il toujours que ça tombe sur lui ? Comme si son frère n’avait pas assez de soucis comme ça, il fallait en plus qu’une femme, décédée de surcroit, le prenne pour un hygiaphone. Il commence à faire les cents pas, se passant nerveusement la main sur le visage.
-Dean, j’ignore pourquoi votre frère a essayé de se suicider mais…
-Mais quoi ? Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-il soudain inquiet en voyant qu’elle est au courant de ça.
-Je n’sais pas mais… Votre frère court un danger.
-Oui bah vous ne m’apprenait rien là ! Mon frère a pas vraiment les idées claires en ce moment. Il est un danger pour lui-même.
-Non, il s’agit d’autre chose. D’un danger bien plus grand. Si vous n’en trouvez pas la source, il mourra.
En entendant ces mots, une énorme boule se forme dans sa gorge et son estomac. Il aimerait en savoir plus mais au moment où il ouvre la bouche pour poser une question, il voit le corps de son frère vaciller. Il le rattrape avant qu’il ne s’écroule et s’accroupit pour l’aider à s’assoir contre le mur.
-Dean ? -Regardant autour de lui- Que… Qu’est-ce qu’on fout encore ici ? Et comment…
-Hey Sammy, calme-toi, okay ? Allez, debout.
Il passe un bras sous celui de son frère pour l’aider à se remettre sur ses pieds. Tout comme la première fois qu’il s’était retrouvé dans cette ruelle, Sam est un peu chancelant. Aussi attendent-ils quelques minutes avant de rejoindre la voiture.
-Sam, tu te rappelles comment t’es arrivé là ?
-Euh non. Tu m’as dit de me reposer et je crois que je me suis assez vite endormi en fait.
-Bon viens, j’te ramènes au motel. Je crois que tu vas adorer ce que je vais te raconter, ironise Dean.
-Dean…
-Mmm quoi ?
-J’ai pas mes chaussures, dit le cadet sur un air enfantin.
Dean se retourne vers son frère. L’air tout penaud de ce dernier face à la situation lui arrache un sourire.
-Elles sont dans la voiture-puis affichant son plus beau sourire- heureusement que tu t’es pas endormi en caleçon, t’aurais eu l’air malin !
-C’est pas drôle.
-Si tu voyais ta tête, crois-moi, tu trouverais ça drôle aussi. Allez, amènes-toi.
Tout en riant, il accompagne son frère jusqu’à la voiture. Pourtant, son sourire disparait assez vite en repensant à la menace qui pèse sur Sam.
Quelques instants plus tard, ils sont de nouveau dans leur chambre. Dean raconte à son frère les derniers évènements. Sam semble sceptique quand il lui parle du fait qu’il a servi d’intermédiaire pour un esprit, et une femme en plus. Il s’attend à une raillerie de son ainé, du même genre que celles qu’il lui avait faite après sa possession par Meg. Mais visiblement, Dean n’a pas le cœur à rire et Sam se demande s’il lui a vraiment tout raconter.
-Donc cette Déborah veut qu’on retrouve une fille. Et cette fille serait la femme parfaite que l’incube recherche ?demande-t-il pour avoir confirmation.
-Voilà. Et d’après elle, tu as la possibilité de la trouver.
-Bah voyons. Et j’suis censé faire ça comment ?
-D’après elle, tu la retrouveras de la même manière que tu as retrouvé les autres. Mais là, j’avoue que je vois pas de quoi elle parle, soupire Dean.
Sam, assit sur son lit, ferme les yeux et se pince l’arrête du nez, réfléchissant aux paroles de Déborah. Puis il redresse la tête vivement en rouvrant les yeux, comme s’il venait d’avoir une idée. Ce mouvement n’échappe pas à son frère.
-Sam ?
-Et si… Et si elle parlait des enfants comme moi ? D’Andy, de Max, propose Sam. C’est peut-être eux les autres.
-Quoi, tu crois que cette fille a aussi un don ?
-Pourquoi pas ? C’est peut-être ça qui la rend parfaite pour notre incube.
-Alors elle doit vraiment avoir un don particulier.
-Mais je vois pas comment je peux la trouver. J’ai pas eu de vision la concernant, déplore Sam.
-Faut qu’on trouve un autre moyen de la trouver alors. Tu finiras peut-être par en avoir une, dit l’ainé avec espoir.
-Mouais, peut-être, répond Sam, sans trop y croire.
D’ailleurs, comment pourrait-il y croire alors qu’il lutte depuis plus d’un mois pour réfréner toute manifestation de son pouvoir. Il ne compte plus le nombre de fois où il avait ressenti ces sensations, si propre à la manifestation de ses « dons ». Après Denver, il avait apprit à les reconnaitre. Même si son frère l’avait ramené sur le bon chemin, tout ça n’avait pas disparu. Il avait même plutôt l’impression que ça s’amplifiait. Il a encore en mémoire cette chasse, quelques semaines avant l’échéance de Dean. Ils chassaient un vampire près de la frontière canadienne, et s’étaient retrouvés enfermés dans un vieil entrepôt. Dean avait encaissé pas mal de coup et était inconscient. Le plafond était à moitié écroulé et le froid de la nuit avait commencé à leur glacer les os. Il avait souhaité pouvoir faire un bon feu pour réchauffer son frère et éviter qu’il ne tombe malade en plus de ses blessures. Et sans qu’il se l’explique, une boule de feu était apparue dans sa main. C’est à ce moment qu’il avait compris. Rien n’avait changé. Il était toujours une menace potentielle pour son entourage. Et de là, tout avait empiré.
-Sam ?
-Mmm ? Quoi ?
-T’es sûr que ça va ? T’as l’air complètement à l’ouest.
-Je, euh… je réfléchissais, c’est tout, ment-il.
-Alors, t’as trouvé une idée pour trouver cette perle rare ?
-La seule que je vois dans l’immédiat, c’est d’aller voir les administrations et de noter le nom de toutes les jeunes filles ayant le même âge que moi, puis d’aller les interroger.
-T’es pas sérieux là ?s’insurge Dean.
-T’as une autre alternative ? Si t’as mieux à proposer te gènes pas surtout ! insiste le cadet.
-Très bien… très bien ! J’espère juste qu’on l’aura trouvée avant demain soir. Il nous reste moins de trente six heures pour ça, alors j’espère qu’elles sont pas trop nombreuses à être concernées par la recherche.
-Allez, au boulot ! décrète Sam. Au fait…
-Quoi ?
-Elle t’a rien dit de plus ? Elle t’a juste parlé de cette fille ?
-Non, rien de plus que ce que je t’ai dit, ment Dean, ne voulant pas angoisser d’avantage son frère.
Puis sans laisser à Sam le temps de poser une autre question, il se dirige vers la porte et quitte la chambre, aussitôt suivi par le plus jeune.
Dans une petite maison du village voisin.
Un homme est assis sur son fauteuil. Ses yeux sont fermés et son visage est détendu. En le voyant, on aurait pu croire qu’il dormait, mais il n’en était rien. C’était là sa façon à lui de se concentrer. Cela faisait bientôt trois mois qu’il passait le plus clair de son temps ainsi. Les deux premiers mois, il avait eu plus de mal à rester impassible durant cet exercice. Mais il commençait à mieux maitriser ce pouvoir qui, à l’origine, n’était pas sien. De nouveau, il se retrouve installé confortablement, fixant son attention sur ce jeune homme qui occupe son esprit depuis qu’il a croisé sa route à Denver. Rencontre qui avait d’ailleurs faillit mal finir pour lui mais qui, finalement, avait tournée à son avantage. Son association avec Sam Winchester ne s’était pas tout à fait passée comme il l’avait espéré mais il était malgré tout parvenu à ses fins. Il se remémore ce jour où les chasseurs ont débarqué dans le bar, suivit par Dean et un autre homme. Sur le coup, il s’était éclipsé, espérant que Sam tuerait tout le monde, ce qui augmenterait encore ses pouvoirs. Mais le jeune Winchester ne s’en était pas sorti aussi bien qu’il espérait. Malgré tout, cela lui avait offert une opportunité qu’il n’avait pas laissée passer. Sam avait été blessé, son sang avait coulé. Il n’était peut-être pas mort, mais cela serait déjà bien suffisant pour pouvoir commencer ce qu’il avait entreprit. Il avait donc profité du fait que Dean était à terre et que la seule autre personne encore debout ne regardait pas en direction de Sam pour s’en approcher. Il s’était entaillé la main et avait mêlé le sang de ce dernier au sien. Il en avait aussitôt ressenti la brûlure cuisante, juste avant de s’éclipser de nouveau. Et aujourd’hui, après deux mois passés à tenter de maitriser ses nouveaux pouvoirs, il y arrivait parfaitement. Aujourd’hui il approchait à grands pas de son but. Tuer Sam Winchester et ainsi prendre la place qu’Azazel réservait à cet humain. Ca n’avait pas été compliqué pour lui d’accéder aux pensées de Sam. Il avait pu y lire sa peur de devenir un monstre, sa culpabilité pour les morts qu’il avait occasionnées, son angoisse lorsqu’il avait découvert qu’il possédait toujours la totalité de ses pouvoirs. Il lui avait alors suffit d’intervenir au cours de ses nuits, de lui insuffler les visions qu’il fallait, de lui montrer un avenir des plus sombres le concernant. Depuis ce matin, il a décidé d’attaquer aussi la journée, surtout après s’être aperçut que Sam luttait de plus en plus pour faire abstraction de ses pouvoirs. Cela l’affaiblissait bien plus et quand le face à face viendrait, il sera alors bien plus fort que lui. Sauf bien sûr si ce pauvre humain finissait par se tuer lui-même, ce qui au fond, arrangerait bien ses affaires aussi. Mais pour pouvoir lui régler définitivement son compte, il devait avant tout l’éloigner de son frère. Et vu l’attitude que Sam avait avec son ainé, cela ne devrait plus tarder. Assis sur son fauteuil, les yeux fermés et le visage détendu, il sourit à sa victoire proche…
Les garçons utilisent le reste de l’après midi pour passer au peigne fin les registres de la Mairie. Ils y trouvent pas moins de 255 jeunes femmes correspondant à la tranche d’âge des victimes, dont 74 ayant le même âge que Sam. Devant l’importance de la liste et le peu de temps qu’il leur reste, ils quittent les lieux pour rentrer à leur motel. Sam n’adresse pas un mot à son frère. L’attitude hyper protectrice de ce dernier commence à l’énerver. Il ne le lâchait pas d’une semelle et avait même été jusqu’à monter la garde devant la porte des toilettes. Cela renforçait l’hypothèse de Sam selon laquelle son ainé lui cachait quelque chose. Mais il préférait ne pas poser de questions. Il avait déjà bien assez de problème sans en plus y ajouter la parano de son frère. Et en l’occurrence, ses problèmes n’allaient pas en s’améliorant. Pendant qu’ils étaient à la Mairie, un homme était arrivé et avait commencé à faire un esclandre au sujet d’un problème de cadastre et Sam avait alors entendu cette petite voix dans sa tête. Cette voix qui lui répétait « T’as envie d’le tuer hein ? Pourquoi tu l’fais pas ? Tu sais pourtant à quel point t’aimes ça… ». Cette voix contre laquelle il luttait depuis près d’un mois. Qui l’avait harcelé toute une journée durant en l’incitant à tuer son frère. Cette voix qu’il avait tenté de faire taire en avalant ce tube de somnifère, sachant que s’il ne faisait rien, il risquait au mieux de devenir fou, au pire de faire ce qu’elle lui demandait, tuer Dean. Rien que le fait de penser qu’il avait faillit lui céder le remplit de dégout envers lui-même. Il n’en a pas parlé à Dean lors de leur discussion. Comment lui dire que chaque fois qu’ils se disputent, l’envie de le tuer le prend ? Que cette envie devient de plus en plus forte et que lutter contre elle s’avère de plus en plus difficile ? C’est cette peur de céder qui l’a poussé à vouloir mourir et qui le maintenait dans sa détermination à recommencer son geste. Mais cette fois, il ferait en sorte que Dean ne puisse pas intervenir…
Il est tellement plongé dans ses pensées lugubres qu’il n’entend pas que son frère lui parle. Il aura fallut que ce dernier lui pince le bras pour qu’il réagisse.
-Aïe, cri-t-il, mais ça va pas non ?!
-Attends, ça fait trois fois que j’t’appelle et tu m’demandes si ça va ? Reviens sur Terre mec, on a du boulot !
-Ouais ben tu m’apprends rien, ronchonne-t-il. Bon, on fait quoi ? On leur rend visite à toutes ?
-Ca en fait pas mal.
-En se partageant la liste et en se séparant, ça ira assez vite.
-Hors de question. Tu restes avec moi, ordonne Dean.
-Pourquoi ? On n’aura pas assez de la journée de demain si on doit les voir une par une. Ya quelque chose que je devrais savoir et que j’ignore ?
-Non, c’est juste que… Si cette Déborah revient, j’préfère être près de toi. J’ai pas envie de courir à travers la ville pour te retrouver, se défend l’ainé.
-Très bien, alors on reste ensemble et on s’les tape une par une ! s’emporte Sam.
-Les interroger devrait suffire, répond Dean en affichant un air sérieux. Quoi que si elles sont mignonnes…
-Que… Dean !!
-Quoi ? Hey, c’est ta faute ! T’as qu’à faire gaffe à ce que tu dis, reprend-t-il en arquant les sourcils.
Se tournant vers son frère, son air ahuri disparait aussitôt face au visage tendu de celui-ci. Il ignore tout du conflit qui se déroule dans la tête de Sam mais l’animosité qu’il peut lire dans son regard lui suffit pour que les questions et les doutes emplissent de nouveau son esprit. Il préfère clore la conversation et ainsi éviter tout risque de débordement de la part de son cadet.
-Bon, on rentre au motel et demain à l’aube, on s’occupe de visiter tout ce beau monde, dit-il d’une voix qu’il veut calme mais ferme.
-Bien.
-Bien.