Entrez dans la grande bibliothèque d'Hypnoweb. De très nombreuses fanfics vous attendent. Bonne lecture ! - Inscris-toi gratuitement et surfe sans pub !
Série : Supernatural
Création : 10.07.2008 à 17h30
Auteur : winsister
Statut : Terminée
« Voici ma nouvelle fic. Il s'agit de la suite directe de "Frères ennemis". J'écris cette fic seule, merci de ne pas intervenir. Bonne lecture ^^ » winsister
Cette fanfic compte déjà 50 paragraphes
Quelques instants plus tard, ils arrivent au motel. Ils vont d’abord se restaurer avant de rejoindre leur chambre, le tout dans un silence de mort. Chacun fait une toilette rapide puis se couche, s’endormant rapidement. Dean se réveille quelque temps après, étonné de voir que son frère dort encore. Peut-être ce dernier allait-il enfin passer une nuit complète à dormir. Mais cette fois, c’est lui qui n’arrive pas à retrouver le sommeil. Il repense aux dernières paroles de Déborah. Un danger bien plus grand. Si vous n’en trouvait pas la source, il mourra. Qu’est-ce que ça pouvait bien encore être. Est-ce que ça avait un lien avec les sautes d’humeur de son frère ? Avec ses crises ? Et cette source, qu’elle était-elle ?
Un gémissement plaintif et une brusque agitation dans le lit voisin le tirent de ses pensées. Par reflexe, il se lève et s’assied sur le lit de son frère, lui parlant doucement pour le rassurer. Mais rien n’y fait. Sam ne se réveille pas et s’agite de plus en plus. Puis il est soudain pris de convulsions, ses bras s’écartent de son corps, laissant apparaitre une boule incandescente dans chacune de ses mains. Dean est comme figé sur place, ne sachant que faire. Il appelle donc son frère pour le réveiller.
-Sam ! Sam !! Réveilles-toi ! Sam !!!
Pour toute réponse, le corps de son frère se cambre vers l’arrière, sa tête s’enfonçant plus profondément dans l’oreiller. Sam pousse un cri de douleur et au même moment, Dean se retrouve projeté contre le mur. Après un atterrissage brutal sur le carrelage, il regarde son frère qui hurle toujours. Il se relève et se dirige vers lui, en proie à de multiples sentiments. L’inquiétude en voyant son frère souffrir autant. La détresse à chacun de ses cris déchirants. L’angoisse de voir son frère sombrer de nouveau. La colère envers lui-même d’être aussi impuissant face à ça. Et la peur. Cette peur viscérale de voir son frère mourir. De le voir disparaitre sans que lui ne puisse rien faire. Au fur et à mesure qu’il approche du lit, les convulsions de son frère se calment mais pas ses gémissements. Il s’est attrapé la tête et semble livrer une bataille contre un adversaire invisible.
-Non ! Nooon !! Tais-toi !! Laisses-moi tranquille !!! hurle-t-il.
Dean pose une main sur son épaule et tente de le calmer. Mais avant qu’il ne puisse prononcer un mot, Sam se lève brusquement et, sans tenir compte de la présence de son frère, se précipite vers son sac. C’est avec effroi que Dean le voit en sortir son arme et retirer le cran de sûreté. Il se jette sur lui alors que ce dernier pose le canon sous sa mâchoire. Il a tout juste le temps d’écarter sa main avant que le coup ne parte. Sam ne semble pas avoir réagit à la présence de son frère. Il continu de s’agiter et Dean est obligé de l’encercler de ses bras pour le maintenir.
-Sammy, calme-toi. Sammy !!
Malgré sa force, il a du mal à l’immobiliser et ses bras deviennent rapidement douloureux. Pourtant, à force de lui parler, Sam semble se calmer et fini par ne plus bouger. Mais avant que Dean ne réagisse, son cadet s’effondre, l’entrainant avec lui. Il se retrouve donc assit contre le mur, tenant toujours son frère inconscient dans ses bras. Le seul mouvement de sa part qu’il perçoit en dehors de celui de sa respiration, c’est un léger tremblement qui parcourt tout son corps. Après encore quelques minutes, tout s’arrête et Sam semble dormir paisiblement. Dean n’ose pas bouger de peur de le réveiller. Même si la position est assez inconfortable, les 1m94 de Sam faisant quand même leur poids, il s’apprête à passer le reste de la nuit comme ça. Il se dit qu’il y a peu de chance que lui-même s’endorme, trop de questions se bousculant dans sa tête, trop d’émotions suite à ce qui venait de se passer. Pourtant, moins de vingt minutes plus tard, il fini par s’endormir à son tour, la tête posée contre l’épaule de son frère…
Sam se réveille en premier. Il se rend compte assez rapidement qu’il est couché par terre, dans une position plutôt inconfortable. Quelques bribes de la nuit passée lui reviennent en mémoire. Il se revoit ouvrant les yeux et se retrouvant face à Dean. Se rappelle l’envie de le tuer qui l’avait saisi à ce moment là. Enfin, il se revoit une arme à la main. Un sentiment de panique s’empare de lui. Sentiment qui s’intensifie quand, en se relevant, il aperçoit son frère étendu sur le sol, une arme près de lui. Il se jette sur lui, craignant le pire.
-Dean !! cri-t-il en le secouant.
-Hein ?! Quoi ?! bafouille l’ainé, se relevant d’un bond et manquant au passage mettre un coup de tête à son frère. Putain Sam ! On n’a pas idée de réveiller les gens comme ça !
-Je… Je croyais… commence à bégayer Sam en tremblant.
-Hey, ça va, le rassure Dean devant cette réaction inattendue. Tout va bien, d’accord ? Comment tu te sens ?
Mais Sam ne répond pas. Il s’est recroquevillé sur lui-même, enserrant ses genoux avec ses bras, le regard vide. En le voyant ainsi, Dean sent son cœur se serrer. Il l’attrape par les épaules pour le calmer.
-Sam, calme-toi. Dis-moi ce qui s’est passé cette nuit, laisse-moi t’aider.
-Tu… Tu peux pas m’aider. Personne le peut. Personne… finit-il dans un murmure.
-Sam…
-Non, je dois mourir, c’est la seule solution pour moi.
-Arrête de dire des conneries ! Si tu crois que j’vais te laisser faire, tu t’fous l’doigt dans l’œil. Ya forcément une solution et on la trouvera tu m’entends ?!
-Des solutions y’en a pas, pas cette fois ! cri Sam en se relevant. C’est soit je meurs, soit je deviens un monstre.
-Tu dis n’importe quoi, répond Deanen se levant à son tour. Te suicider est bien trop facile, ça te ressemble pas ! Alors dis-moi c’qui va pas au lieu de te comporter comme un idiot !
-Ecoute, laisse-moi tranquille d’accord ?!
-Ha non, pas cette fois. J’vais pas t’lâcher tant que tu m’auras pas tout dit, menace Dean. Alors tu pose ton cul et tu me dis ce que c’était que tout ces… -faisant des grands gestes avec les bras- enfin tout ça quoi.
Sam le regarde avec de grands yeux, ignorant visiblement de quoi son frère lui parle. Dean réalise alors qu’il ne s’est pas rendu compte des manifestations de son pouvoir au cours de ses crises.
-De quoi tu parles là ? demande Sam.
-Dis-moi exactement de quoi tu te rappelles au sujet de cette nuit.
-Je t’ai dit que ça servait à rien alors arrête de me prendre la tête avec ça, okay ?
-Hors de question, rétorque Dean, le plus sérieusement du monde.
La discussion se poursuit encore quelques minutes, aucun ne voulant céder, l’un voulant savoir, l’autre ne voulant rien dire. Chacun s’énerve et la tension monte encore. Dean cri tout en faisant les cents pas dans la pièce, ordonnant à son frère de lui parler, le menaçant même de le frapper s’il ne se décide pas. Sam lui est toujours assis, silencieux. De grosses gouttes de sueur perlent sur son front, ses poings sont serrés. L’ainé est tellement occuper avec son monologue qu’il ne se rend pas compte de ce qui se passe. Sam est en proie à un conflit intérieur, le même que celui qui l’a poussé à commettre ses actes. De nouveau, il entend cette voix dans sa tête. Sa propre voix qui lui semble pourtant si différente, si étrangère.
"Il n’a pas le droit de te parler comme ça. Pour qui il se prend ! Il mérite pas de vivre. Tue-le ! Tue-le !! Fais-toi plaisir et débarrasse-toi de lui !!"
Et plus Dean s’énerve après lui, plus la voix se fait insistante, jusqu’au moment où Sam rompt enfin son silence.
-Stop !!! Ca suffit !!! hurle-t-il en s’attrapant la tête. Tais-toi, tais-toi !!
Dean le regarde médusé. L’attitude de son frère l’inquiète mais aussi l’effraie un peu. Il ne l’avait jamais vu dans un tel état.
-Sam… -Va-t-en Dean ! Va-t-en avant qu’il soit trop tard, l’implore son cadet.
-Trop tard pour quoi ?
-Si tu continu, je vais… Je vais te tuer alors va-t-en, éloigne-toi de moi !!
-Tu me tueras pas Sam…
-Alors laisse-moi mourir !!
-Jamais. Aucun de nous ne mourra aujourd’hui t’as compris ?
Sam se masse les tempes, espérant faire disparaitre la voix.
"Il se moque de toi, il croit que t’en n’es pas capable. Regarde-le, il se croit tellement meilleur que toi alors qu’il ne vaut rien sans toi. Tu dois le tuer. Tue-le !"
-Dean tu dois partir… le supplie-t-il.
-Je t’ai dit non.
Tue-le !
-Dean…-les yeux remplis de larmes- va-t-en…
-Sam ? Qu’est-ce qu’il y a ?
Tue-le !!
-Fiche le camp !!
-Sam ?
Tue-le !!!
Sam n’en peut plus, il n’a plus la force de résister. Dean s’approche de lui mais sans qu’il ait pu s’y attendre, il se retrouve propulsé contre le mur. Le choc est si violent qu’il se retrouve au sol, à moitié sonné. Sam avance vers lui, menaçant. Puis son visage change soudain d’expression. La colère laisse place à la peur, la détresse. Les yeux embués de larmes, il recule sans quitter son frère des yeux.
-Je… Je veux pas te tuer Dean, alors… reste loin de moi, murmure-t-il avant de quitter la chambre.
Dean se relève pour lui courir après mais ce simple effort suffit à le faire tanguer sur ses jambes. Il se maintient au mur le temps de retrouver son équilibre. Cinq bonnes minutes plus tard, il quitte la chambre à son tour, se maudissant de s’être fait surprendre. Malheureusement, Sam n’est déjà plus là et il ignore où le chercher…
Après avoir quitté la chambre, Sam s’est dirigé dans la ruelle adjacente au motel. Il sait exactement où il va. Un lieu qu’il a repéré à leur arrivée. Un lieu où il espère obtenir un peu de repos, un peu de paix et pourquoi pas des réponses aux questions qu’il se pose. Quelques minutes plus tard, il se retrouve assis sur un des bancs en bois de l’église. Il est là à fixer l’énorme croix où se trouve le Christ lorsqu’il sent une main se poser sur son épaule. Il se retourne et se trouve face à un prêtre. Celui-ci pose sur lui un regard à la fois doux et compatissant, puis s’assied près de lui.
-Vous m’avez l’air perdu jeune homme. Vous voulez en parler ? demande-t-il à Sam.
Sam évite son regard, se demandant s’il peut vraiment se confier à lui. Puis il se dit qu’après tout, quitte à passer pour un fou, autant que ce soit devant un homme d’église, au moins il ne finira pas dans un asile.
-Vous croyez en Dieu mon père ? demande-t-il timidement.
-Je pense que si ça n’était pas le cas, je ne serais pas là, répond le prêtre avec un léger sourire. Et vous, y croyez-vous ?
-J’y ai cru à une époque. J’avais même espéré qu’un ange veillait sur moi, qu’il pourrait me sauver.
-Vous sauver de quoi ?
-De ce que je suis, répond Sam en le regardant, les yeux pleins de larmes. Du monstre que je suis. De ma destinée.
-Vous n’avez rien d’un monstre…
-Vous croyez à l’Enfer et aux démons ? le coupe Sam.
-On ne peut pas croire en Dieu sans croire à son opposé.
-Et bien c’est ça mon destin. L’Enfer, le mal. Je suis démoniaque et rien ne changera ça. Personne ne pourra me sauver de ça.
-Pourquoi dites-vous cela ? Le destin n’est pas une chose immuable. Chacun peut y apporter sa contribution.
-Pas dans mon cas. Le mal est en moi, il grandit chaque jour. Il me pousse à faire des choses horribles et… Ca devient si dur de résister, de ne pas céder.
-Comment se manifeste-t-il ? Que veut-il que vous fassiez ?lui demande-t-il en l’encourageant du regard.
-Je le vois dans mes rêves, quand je dors ou même quand je suis réveillé. Je tue des gens… tellement de gens… Mais le pire, c’est que… C’est que je ressens du plaisir à le faire, finit-il dans un sanglot. Et… Et il y a cette voix incessante qui me dit de tuer… De le tuer.
-Qui ? Qui veut-elle que vous tuiez ? demande le prêtre.
-Pourquoi Dieu laisse-t-il faire ce genre de chose ? Pourquoi il ne m’aide pas ?!
-Les voies du Seigneur sont impénétrables. Dieu sème nos chemins d’embûches pour que l’on ressorte plus fort de ces épreuves.
-Alors Dieu est une belle ordure ! s’emporte Sam en se levant d’un bond. Il m’a déjà pris ma mère, mon père et ma p’tite amie ! Pourquoi il me fout pas un peu la paix ?! Pourquoi il veut aussi que je lui donne mon frère ?!!
-Pourquoi devriez-vous le faire ?
-Chaque fois que je le vois j’ai envie de… Et cette voix dans ma tête… Elle veut que je le fasse et j’arrive pas à la faire taire ! J’ai essayé… J’ai essayé de mourir pour plus l’entendre mais lui… Lui il a fallut qu’il m’en empêche ! Il a fallut qu’il intervienne ! Mais moi j’veux pas, j’préfère mourir que… que de…
-Que quoi ? Dites-le, le pousse-t-il à continuer.
-Le tuer ! Elle veut que je tue mon frère !! hurle-t-il avant de se rassoir en s’attrapant la tête et de pleurer. Je veux pas… Je peux pas faire ça… Si Dieu ou les anges existaient, ils veilleraient sur moi, ils m’aideraient, finit-il d’une voix lasse.
-Pourquoi tu veux un ange alors que moi j’suis là ? demande une voix derrière lui.
Sam se retourne en entendant la voix de son frère. Il est surpris de le trouver là mais surtout par son regard. Un regard à la fois triste et en colère…
-Dean ? Comment tu m’as trouvé ?demande Sam, étonné.
-J’en sais rien, disons que ta « lubie » des anges m’a fait penser que peut-être tu s’rais venu ici, répond-t-il un peu sèchement.
Dean, malgré sa colère, a du mal à soutenir le regard de son frère. La détresse qu’il y lit est si grande qu’il ne supporte pas de le voir ainsi. Pourtant, le fait que son frère se confie à un étranger plutôt qu’à lui l’a blessé et il a du mal à garder son calme. Le prêtre, sentant que les garçons avaient besoin d’être seuls, se lève et se dirige vers une petite pièce, non loin de l’autel.
-Sam… Pourquoi tu m’en n’as pas parlé à moi, hein ? Je suis ton frère merde ! cri-t-il en cognant contre le dossier du banc. Tu crois quoi, que j’aurai pas compris ? Que je t’aurai rejeté si j’avais su tout ça ?
Sam le regarde avant d’émettre un rire nerveux. Il se lève et commence à arpenter l’allée.
-Parce que tu crois que c’est facile pour moi ?! Tu me vois te dire « Hey mec, chaque fois que j’t’e vois j’ai envie d’te tuer ! »
-Si tu m’en avais parlé avant, on aurait pu chercher une solution ! Mais non, au lieu de ça, t’as préféré me cacher tout ça et essayé de te foutre en l’air ! répond Dean en appuyant bien sur les derniers mots.
Sam s’arrête et plante son regard dans celui de son frère. Cette fois, Dean peut y lire de la colère, accentuée par le visage crispé du cadet.
-Alors vas-y ! Qu’est-ce que t’as à proposer comme solution, hein ? Comment tu vas faire pour m’empêcher de tuer des gens, de te tuer ? en le pointant du doigt. Parce que c’est c’qui va arriver figures-toi, je l’ai vu. J’ai vu mes mains pleines de sang, des cadavres tout autour de moi ! cri Sam en écartant ses bras de son corps. Et le plaisir que ça pouvait procurer… je l’ai senti aussi. Tout à l’heure, j’étais tellement à bout que j’en ai utilisé mon pouvoir contre toi ! Des semaines que je fais tout pour le bloquer et en quelques minutes, j’ai tout foutu en l’air en l’utilisant !
-Sammy…
-Non, ya pas de Sammy qui tienne ! Je suis fatigué, vidé. J’en peux plus tu comprends ça ? dit-il en se rasseyant. C’était la première fois que j’utilisais mon pouvoir et maintenant, j’ai peur de… De plus pouvoir le contrôler, de devenir ce monstre que je vois dans mes visions !
-Ecoute Sam, je te l’ai déjà dit, tu n’es pas un monstre. Laisse-moi finir, dit-il en voyant son frère ouvrir la bouche. Toutes ces choses, tes visions, cette voix… tout ça n’est pas normal ! Déborah m’a dit que tu étais en grand danger, que si j’en trouvais pas la source, tu allais mourir. Et je commence sérieusement à la croire. Je suis persuadé que tout est lié, que ces visions ne sont pas réelles, que rien de ce que tu vois n’arriveras. Mais si ya une chose dont je suis sûr par contre, c’est que c’est pas la première fois que tes pouvoirs se manifestent.
Au fur et à mesure que Dean parle, le visage de Sam affiche un air sceptique puis étonné. Mais en entendant ses dernières paroles, son visage pâlit.
-Qu… Quoi ? Non, non, non, j’m’en suis jamais servi avant aujourd’hui, pas depuis Denver en tout cas, reprend Sam, l’air paniqué.
-J’ai pas dit que tu l’avais fait volontairement, le rassure Dean. Juste que je les ai déjà vu se manifester
-Quand alors ? Si j’avais utilisé mes pouvoirs, je m’en souviendrais quand même ! se défend Sam.
-Pendant tes deux dernières crises, celle de cette nuit et celle d’hier.
Sam se passe la main dans les cheveux et se lève. Il s’agite, l’air de plus en plus inquiet.
-Est-ce que… est-ce que je m’en suis pris à toi ? s’enquit-il.
-Et bien… disons que le mur et moi on s’est beaucoup rapprochés, dit l’ainé en se massant le cou. Mais au moins t’as pas mis le feu à la chambre, c’est déjà ça.
Tout en parlant, il s’était rapproché de son frère et avait posé une main sur son épaule pour le calmer mais aussi lui montrer qu’il était là, qu’il ne l’abandonnait pas.
-Sam ? Depuis combien de temps tu as… Enfin, cette voix, depuis quand elle te demande de me tuer ? finit-il par lui demander.
-Ca va faire presqu’un mois déjà, mais ces derniers temps, elle est de plus en plus insistante.
-C’est elle qui t’a dit de… de te suicider ? demande-t-il hésitant.
Sam baisse la tête, il ne veut pas croiser son regard pour lui répondre. Il ne veut pas lire la déception dans les yeux de son frère.
-Non, c’était mon choix, avoue-t-il.
-Mais pourquoi ? Pourquoi t’as fait ça ? insiste Dean.
Sam lève la tête et son regard se perd dans la contemplation des fresques qui ornent le plafond de l’église.
-C’est la seule solution que j’ai trouvé pour pas lui céder, mais… Mais ya pas que ça, admet-il. Tous ces cauchemars, ces chasses, cette épée de Damoclès au dessus de ma tête… J’en peux plus Dean. Je suis fatigué de tout ça, fatigué de toujours avoir peur pour toi ou les gens que j’aime. Je voulais y mettre un terme, confesse-t-il. Je voulais vraiment en finir avec cette vie merdique.
Dean n’avait pas quitté son frère des yeux pendant qu’il parlait. Une boule s’était formée dans sa gorge, chaque mot prononcé avait eu l’effet d’une bombe sur lui. Son p’tit frère voulait mourir et lui n’avait rien vu. Trop occupé qu’il était à profiter de la nouvelle chance que la vie lui avait offerte, il ne s’était pas rendu compte que son frère souffrait. Et maintenant qu’il savait ce que Sam endurait, il ne pouvait s’empêcher de s’en vouloir. Il se sentait coupable de l’avoir abandonné, coupable de ne pas avoir été là pour lui. Il était envahit par la peine et la culpabilité. Mais un autre sentiment commençait à germer en lui. Un sentiment de colère qui grandissait à chaque minute qui passait. Quelqu’un ou quelque chose torturait son frère, le poussait à bout. Quelqu’un ou quelque chose menaçait sa vie. Et cette personne, quelle qu’elle soit, allait maintenant devoir faire avec lui. Il allait aider son frère, veiller sur lui à nouveau et le sortir de là. C’était sa mission, ça l’avait toujours été…
Un silence pesant commençait à s’installer entre eux. Dean ne savait pas quoi répondre à son frère et Sam se perdait dans ses pensées. C’est finalement lui qui parla en premier.
-Tu comptais m’en parler quand ? demande-t-il la voix teintée de reproche.
-De quoi tu parles ?
-De ce que Déborah t’as dit à mon sujet. Que quelqu’un en avait après moi. Que quelqu’un voulait me voir mort ! haussant le ton à chaque parole.
-J’voulais pas t’inquiéter avec ça, répond Dean en baissant la tête.
-M’inquiéter ?! Ca fait des semaines que j’panique à la simple idée de m’endormir et toi… Toi tu m’caches la seule info qui aurait pu m’expliquer ce qui m’arrive et tout c’que tu trouves à dire c’est « j’voulais pas t’inquiéter » ?! s’emporte-t-il. Tu t’fous de moi ou quoi ?
-J’te rappelle que tu fais l’huître depuis des semaines, à te renfermer sur toi-même, rétorque l’ainé en se levant brusquement. Sans parler du fait que t’avais quand même tenté d’te tuer quelques jours avant ! Et les rares fois où on se parle, on finit toujours par s’engueuler ! Alors oui j’voulais pas t’inquiéter et finalement, après ce que j’viens d’apprendre sur tes envies meurtrières à mon sujet, j’ai bien fait ! finit-il par crier.
Sam se lève à son tour, posant ses deux mains sur sa tête et lâchant un soupir pour se calmer. Dean ne lâche pas du regard le visage crispé de son frère, se demandant ce qui pouvait se passer dans sa petite tête à ce moment. Avait-il envie de le tuer ? Allait-il encore utiliser son pouvoir contre lui ? Il regrette aussitôt de douter de son frère, surtout qu’il sait que ce dernier n’y est pour rien. Il s’aperçoit alors que son frère fronce les sourcils, semblant réfléchir. Puis lentement, un sourire se dessine sur ses lèvres, d’abord timidement pour finalement finir en un sourire franc. Il n’y avait plus de colère dans son regard mais plutôt un mélange de surprise et d’allégresse.
-Quoi ? Qu’est-ce que t’as à sourire comme un demeuré ? lui demande Dean en arquant un sourcil.
-Je l’entends pas, souriant de plus en plus. Je l’entends pas !
-Mais encore ? Non parce que là tu m’excuse mais j’te suis pas, écartant ses mains devant lui en signe d’incompréhension.
-La voix ! Depuis tout à l’heure on parle, on s’engueule et je viens de réaliser que pas une fois je l’ai entendue ! s’enthousiasme-t-il. J’ai pas envie de te tuer !
-Tu m’en vois ravi. Tu vois j’ai pas très envie que tu me tues non plus, répond Dean sur un ton ironique.
-Non tu comprends pas. Quelque soit la chose qui s’en prend à moi, elle n’a pas d’emprise ici, explique Sam en écartant ses mains pour désigner l’église.
-Qui dit église dit sol consacré, mais oui ! réalise son frère. Donc tant que tu restes là tu risques rien.
-Pardon ? Attends, il est hors de question que j’reste là. J’te rappelle qu’on a une chasse et j’vais pas te laisser te démerder tout seul.
-Et moi j’vais pas t’laisser aux mains d’un taré qui veut ta peau ! s’énerve Dean. Faut que j’trouve rapidement ce fumier comme ça tu seras tranquille pour de bon.
-On l’trouvera mais ensemble. Et si vraiment je sens que j’arrive plus à garder le contrôle, je reviendrais ici. Mais j’te laisse pas tout seul, soutient Sam d’un ton plus que déterminé.
Dean se passe une main sur le visage. L’idée que son frère soit la proie d’un quelconque démon ne lui plait guère mais il sait qu’il ne pourra pas le garder ici contre son grès. Tout le monde sait qu’il n’y a pas plus tête de mule qu’un Winchester et Sam était champion dans cette catégorie.
-Très bien, c’est d’accord. Mais je te jure que si tu m’envois encore contre un mur, je te ramène ici par la peau du cul et je t’attache à un banc, compris ?en prenant l’air le plus sérieux dont il est capable.
-Oui papa, répond Sam en riant.
-Bitch.
-Jerk.
Les regards se croisent et chacun peut lire la détermination dans les yeux de l’autre. La confiance était revenue et chacun savait qu’il pouvait mettre sa vie entre les mains de l’autre.
-Bon allez amènes-toi, on a du boulot qui nous attend, reprend Dean en se dirigeant vers la sortie.
Sam va pour le suivre quand il sent une présence derrière lui. Il se retourne et se retrouve face au prêtre.
-Mon père, merci de m’avoir écouté tout à l’heure, lui dit Sam.
-Je suis là pour ça, répond doucement le prêtre. Vous savez, je pense que vous ne devriez pas vous inquiéter. Vous avez un ange-gardien et je pense même que vous l’avez toujours eu, dit-il en suivant Dean du regard.
-Je viens de le comprendre oui. Encore merci pour tout, conclut-il avant de suivre son frère.
Le prêtre le regarde s’éloigner avec un léger sourire. Il n’a pas dit à Sam qu’il avait entendu leur discussion et que, même s’il n’avait pas tout compris, certains mots l’avaient frappé.
-Bonne chance mes enfants, que Dieu vous garde…
Les garçons rejoignent leur motel, récupèrent la liste comprenant le nom des jeunes filles et montent dans l’Impala dans le but de commencer les visites aux domiciles de ces dernières.
-Euh, une fois qu’on y sera, on va leur dire quoi ? demande Sam, plutôt sceptique.
-Etant donné qu’on n’a peu de chance de trouver la bonne, on va faire en sorte que le maximum d’entre elles ne sorte pas ce soir.
-Okay et on fait ça comment ?
-Grâce à mon charme naturel voyons, répond Dean en affichant un sourire digne d’une pub pour un dentifrice.
-Ben voyons… répond Sam, légèrement blasé par l’attitude de son frère. Bon, la première habite ici, dit-il en désignant une petite maison. On va voir si ton charme est aussi efficace que tu l’dis.
Dean jette un regard faussement vexé à son frère et gare la voiture le long du trottoir. Après avoir pris de faux badges de police dans la boite à gants, tout deux se dirigent vers la porte d’entrée…
Non loin de là, un homme fait les cents pas dans son salon. Il est assez énervé et parle à voix haute, même s’il est seul.
-Tu crois vraiment m’échapper grâce à une église ? fulmine-t-il. Je sens bien que tu as parlé à ton frère, que tu lui as révélé ton petit secret mais c’est pas ça qui te sauvera. Je pensais pouvoir l’éloigner ou mieux encore, j’avais espéré que tu le tues mais bon, sa présence ne sera pas vraiment un problème finalement. Tu es si affaibli que t’éliminer sera un jeu d’enfant, dit-il en affichant un sourire de satisfaction. Et cet incube a été une véritable aubaine pour moi. Cette chasse finira de toute façon par vous séparer, que vous le vouliez ou non…
Il s’approche d’un grand miroir et y observe son reflet. Il tend ses mains devant lui, paumes vers le haut et, prenant une grande inspiration, fait apparaitre une boule incandescente dans chacune. Ce qu’il ressent à ce moment n’est plus de la satisfaction mais bien de la jouissance. Il a réussi là où tant d’autres ont échoués, là où Azazel lui-même a échoué. Non seulement il a récupéré les pouvoirs de Sam mais en plus, il parvient désormais à les maitriser parfaitement.
-Plus tu t’affaiblissais et plus mon pouvoir grandissait, dit-il en augmentant et diminuant les sphères enflammées à sa guise. Dommage quand même que tes tentatives de suicide aient échouées, ça m’aurait épargné de faire le travail moi-même. Et puis ça aurait eu des conséquences assez sympathiques, il faut bien l’avouer. Tout le monde sait où finissent les âmes des suicidés, ricane-t-il. T’avoir en enfer aurait été un tel plaisir…
Il referme ses mains brutalement, faisant ainsi disparaitre les flammes qui s’y tenaient et retourne s’assoir sur son fauteuil. Mais cette fois, pas de concentration, pas d’attaque à son encontre. Il prévoit juste de se reposer afin d’être en forme pour le combat. Mais avant, il doit juste faire une petite vérification dans l’esprit de Sam. Etre sûr que ce dernier est encore en train de lutter pour contenir son pouvoir, que ses angoisses et sa peur sont toujours là. Un sourire carnassier s’étend alors sur ses lèvres. L’état d’esprit de Sam est encore plus désemparé que ce qu’il espérait. Ses défenses psychiques sont quasiment nulles et sa force physique n’est pas des plus brillantes non plus. Une fois les frères séparés, ce sera un vrai jeu d’enfant de l’éliminer. Savourant d’avance sa victoire proche, il ferme les yeux et s’assoupit…
Après plus de deux heures à tourner en ville, les frères avaient déjà vues une bonne quinzaine de jeunes filles. La plupart avaient prit leur avertissement au sérieux mais pour les autres, le charme de Dean semblait ne pas avoir opéré. Ni celui de Sam car finalement, c’était lui qui avait réussi à convaincre les autres.
-On est plutôt mal barrés, soupire Sam. Sur les quinze qu’on a vues, on en a déjà six qui veulent rien entendre. Et encore, sans parler de toutes celles qu’on n’ira pas voir et qui restent des victimes potentielles pour le violeur.
-Je sais mais Déborah a dit qu’on devait absolument retrouver celle que l’incube recherche.
-Et pourquoi on devrait lui faire confiance d’abord ? C’est vrai, on sait même pas qui elle est, rétorque Sam.
-C’est pas que je lui fasse confiance mais elle a quand même été victime de l’incube et son nom apparait dans le journal de papa.
-Tu m’l’avais pas dit, proteste le cadet. Ya encore des choses que tu m’caches ?
-Hey du calme Rambo, tu évites de t’énerver d’accord ? le calme Dean. C’est seulement que j’ai pas vraiment eu l’occasion de t’en parler. Mais le fait qu’elle soit dans le journal ne nous dit pas qui elle est.
-T’as demandé à Bobby s’il la connaissait ?
-Oui, et à Ellen aussi mais ils n’en ont entendu parler ni l’un ni l’autre, soupire l’ainé. La seule façon de savoir qui elle est serait qu’elle nous le dise elle-même.
-Ouais bah j’ai pas très envie de lui servir encore de transistor. Faut toujours qu’ça tombe sur moi ces conneries.
-Et oui que veux-tu, les femmes veulent toutes ton corps, se moque-t-il.
-C’est pas drôle !
Joignant le geste à la parole, il donne un coup de poing dans l’épaule de son frère qui continu malgré tout de rire, bientôt suivi par son cadet. Dean finit par se calmer et regarde son frère avec une étincelle dans les yeux.
-Quoi ? demande Sam.
-Ca fait du bien de te voir rire Sammy.
Pour toute réponse, il affiche un sourire timide avant de reporter son regard par la vitre. Il est heureux de retrouver cette complicité avec son frère mais il se demande combien de temps s’écoulera avant que la voix ne revienne, avant qu’il lui cède. Sans même s’en rendre compte, il finit par s’endormir, trop épuisé moralement pour lutter contre la fatigue. Cela n’échappe pas à Dean qui se retient de ne pas lui ébouriffer les cheveux, comme quand ils étaient gosses. Mais il sait que Sam doit se reposer et il ne veut pas prendre le risque de le réveiller. Il continu donc sa route dans le but de rendre visite aux jeunes filles suivantes sur la liste. Il continu ainsi jusqu’à ce que son estomac réclame son dû. Un bref regard sur sa montre et il s’aperçoit qu’il est déjà 15 heures. Sam dort toujours et il lui reste plus de la moitié de la liste à faire. Mais un Dean Winchester affamé est un Dean Winchester qui n’avance pas. Cette fois, hors de question de laisser son frère tout seul, il se rend donc à un driving pas très loin de l’endroit où il se trouve. Le temps qu’il passe sa commande, Sam émerge difficilement et fait un bond en arrière en se retrouvant face à un gros clown en plastic.
-Hey du calme mec, le vieux Ronald n’a jamais mangé personne, ironise l’ainé devant son air effaré.
-Non mais tu pouvais pas t’arrêter ailleurs aussi ?!
-Non, c’est le seul driving du coin et j’allais pas commettre une nouvelle fois l’erreur de te laisser tout seul, se justifie-t-il. Et puis merde Sam, à ton âge avoir encore peur des clowns, ça craint mec.
-J’ai pas peur… J’les aime pas, c’est tout, ronchonne-t-il. -Ben voyons. T’as faim, tu veux quelque chose ? Un Happy Meal ? se moque-t-il.
Sam lève les yeux au ciel, sans lui répondre et attrape la liste, vérifiant le nombre de noms barrés.
-Il nous en reste encore pas mal, on aura jamais le temps de toutes les voir d’ici ce soir, soupire-t-il.
-Peut-être qu’avec de la chance, il la trouvera pas non plus, répond l’ainé en haussant les sourcils mais sans vraiment y croire.
-J’parierai pas la dessus. Je pense que si Déborah s’est manifestée, c’est qu’il doit approcher du but, non ? D’après les rapports du médecin légiste, elle a été la première victime et elle n’a pas été violée, donc c’est bien lui qui l’a tuée, expose-t-il. La question est de savoir pourquoi elle se manifeste que maintenant, et par mon intermédiaire qui plus est.
-Quand j’lui ai demandé, elle a pas été très coopérative. Et on peut pas dire que ses infos nous aient été d’un grand secours jusque là.
-On sait quand même qu’on doit trouver une fille qui apparemment a un don et, accessoirement, que quelqu’un a prévu de se débarrasser de moi.
-C’est pas faux, admit Dean. Mais si elle avait été plus explicite, ça aurait pas été plus mal. Bien joli de dire que tu peux la trouver mais si elle avait donné le mode d’emploi, on l’aurait peut-être déjà localisée.
-Peut-être qu’on peut l’appeler.
-Qui, la fille ?
-Mais non, Déborah abruti.
-Hééé, respect pour ton ainé tu veux ?
-Après tout, si elle arrive à entrer en contact avec nous, peut-être qu’on peut en faire autant ? propose Sam sans tenir compte de la remarque de son frère.
-Et tu comptes faire ça comment Einstein ?
-La ruelle. Elle m’y a conduit deux fois et c’est là bas qu’elle s’est manifestée. Peut-être que… -semblant réfléchir- Qu’elle est liée à cet endroit ?
-Tu crois quoi, qu’il suffit d’aller là bas et de l’appeler peut-être ? demande l’ainé, sceptique.
-Au point où on en est, ça nous coûte rien d’essayer. Et si elle se montre, arrange-toi pour avoir le plus d’info possible cette fois.
-Hey ! C’est pas d’ma faute si elle a pas voulu en dire plus okay ? Tu voulais quoi, que j’te cogne dessus pour la faire parler ?
-Non mais t’aurais pu insister un peu plus, réplique Sam.
Dean ouvre la bouche pour répondre mais s’abstient, se rendant compte que la discussion glisse doucement vers une dispute. Et après les révélations de son frère, il préfère éviter d’en arriver là. Il lève donc une main résignée, faisant ainsi comprendre à Sam qu’il abdiquait. Une fois sa commande récupérée et réglée, il se remet en route direction la ruelle, conduisant tout en s’empiffrant sous le regard dégoûté de son frère. Déjà parce qu’après toutes ces années, il ne comprend toujours pas comment Dean peut enfourner une telle quantité de nourriture dans sa bouche, mais surtout parce la simple vue de celle-ci lui lève le cœur. Il finit par ouvrir sa vitre, espérant évacuer l’odeur et stopper la nausée qui l’envahit de plus en plus. Mais plus ils approchent de la ruelle, plus il se sent mal et avant même qu’il puisse demander à son frère de s’arrêter, il se retrouve plié en deux, déversant le contenu de son estomac sur le tapis de sol, sous le regard horrifié de Dean. Ce dernier écrase la pédale de frein, envoyant ainsi le front de son frère embrasser la boite à gant, non sans une certaine violence. Regardant l’immonde flaque qui souille son bébé, il ne peut retenir un cri de colère.
-Putain Sam, tu pouvais pas prévenir avant ?!!
Il se tourne vers son frère mais dès qu’il le voit, son attitude passe radicalement de la colère à l’inquiétude. Son front est orné d’une belle entaille d’où s’échappe un mince filet de sang, contrastant avec la pâleur extrême de son visage, et son regard montre bien que le cadet est assez sonné. -Merde, lâche Dean avant de sortir de la voiture et d’en faire le tour. Il ouvre la portière de son frère et s’accroupit à sa hauteur.
-Sammy ! Hey Sammy tu m’entends ? s’inquiète-t-il en lui attrapant le visage.
-Dean… Qu’est… Suis désolé… Voulais pas pourrir ta caisse….
-T’inquiètes pas pour ça. Dis-moi combien j’ai de doigts ? lui demande-t-il en lui en montrant quatre.
Sam répond correctement mais a visiblement du mal à fixer son attention. Dean regarde la plaie de son front tout en l’empêchant de mettre les mains dessus.
-Bon, ça a pas l’air trop grave mais tu vas avoir une sacré bosse. J’suis désolé mec, j’ai réagit un peu brutalement, s’excuse-t-il. Comme si t’étais déjà pas assez mal comme ça…
-Pas grave… pas ta faute…, gémit-il.
-Ecoutes, on va attendre un petit peu et si dans cinq minutes ça va pas mieux, j’te conduis à l’hosto, d’accord ?
-Non… on doit y aller… proteste Sam. On doit voir Déborah… plus le temps d’attendre.
-Sammy…
-Non, on y va… S’il-te-plait, en offrant involontairement un regard de cocker auquel Dean ne peut pas résister.
-J’trouve pas ça très raisonnable mais en même temps t’as pas tord, se résigne-t-il. Mais si jamais ça va pas mieux quand on arrive là bas, hors de question qu’on l’appelle. T’avais pas la grande forme la dernière fois, après qu’elle soit partie et vu ton état actuel, ça risque d’être plutôt dur pour toi.
Sam se contente de lever un pouce en l’air, signifiant ainsi son accord. Dean se relève et va chercher un vieux chiffon dans son coffre. Après avoir nettoyé grossièrement le tapis, manquant en remettre lui-même une couche, il jette le chiffon et referme la porte le plus doucement possible, se doutant bien que la tête de son frère doit déjà pas mal résonner. Il reprend place derrière son volant et reprend la direction de la ruelle…
Assis sur son fauteuil, il sourit en ressentant ce nouvel état de faiblesse chez le jeune chasseur. Il ne sait ni pourquoi ni comment il a pu s’affaiblir autant et aussi subitement, mais il ne s’en plaindra sûrement pas. Il repense alors à un évènement de la veille. Pendant un long moment, il avait perdu la connexion avec l’esprit de Sam, et cela à deux reprises. Et il avait senti un autre flux à la place. Et quand il avait pu se reconnecter à lui, il avait remarqué qu’il était un peu plus fatigué qu’avant de perdre le contact. Peu importe qui était la personne qui générait un tel flux d’énergie, pour lui l’essentiel était qu’elle servait ses desseins. Le chasseur perdait en puissance alors que la sienne augmentait sans même qu’il ait à intervenir. Mais il devait quand même se tenir sur ses gardes. Il ne devait pas perdre de vue son objectif principal, à savoir séparer les frères pour mieux attaquer le cadet. Il avait mis son plan au point dès l’apparition de l’incube. Le fait que ce dernier n’agissait pas comme ceux qu’il avait déjà pu croiser ne le préoccupait nullement. A vrai dire, il s’en fichait comme de sa première possession. Mais il avait vu là une opportunité pour piéger les chasseurs. Et quoi de mieux pour les séparer que d’avoir des attaques simultanées à deux endroits différents. Il n’avait eu aucun mal à trouver un jeune paumé à l’esprit dérangé pour mettre son plan en marche. Il lui avait expliqué ce qu’il devait faire à ses victimes une fois qu’elles étaient mortes et même, c’était bien souvent lui qui lui fournissait ses proies. Une fois ce petit détail réglé, il lui avait suffit de faire savoir au monde des chasseurs qu’un incube sévissait dans la petite ville de Fairview, et les Winchester étant les chasseurs les plus actifs, il savait que les chances pour que ce soit eux qui interviennent étaient grandes. Et il ne s’était pas trompé, ils étaient venus. Et si tout continuait à se passer comme il l’espérait, ce soir il pourra enfin atteindre son but, tuer Sam Winchester et prendre l’entière possession de ses pouvoirs…
Il n’aura fallut que dix minutes à Dean pour atteindre la ruelle, mais une fois sur place, il est soulagé de voir que son frère a repris clairement ses esprit, même s’il est toujours aussi pâle. Ils n’avaient pas échangé un mot, chacun s’en voulant pour quelque chose. Sam pour avoir commis le sacrilège suprême, à savoir vomir dans la voiture de son frère, Dean pour avoir pratiquement assommé son cadet alors qu’il est censé le protéger.
-T’as pas changé d’avis ? finit par demander l’ainé.
-Non, on y va et on l’appelle.
-Okay. T’es sûr que ça va aller quand même ? J’te trouve encore assez blanc, s’inquiète-t-il.
-T’inquiètes pas pour ça, et de toute façon, on n’a pas vraiment le choix.
Ils quittent tous deux la voiture, Sam se dépêchant avant que son frère ne fasse le tour pour l’aider, ce qui lui vaut un nouveau vertige qu’il parvient malgré tout à dissimuler. Une fois son frère près de lui, il lui tape sur l’épaule, lui signifiant que tout va bien et s’engouffre dans la ruelle. Son malaise ne le quitte pas et il se demande si cela vient de l’endroit par lui-même ou si c’est du à sa connexion avec Déborah. Dean s’arrête et tourne sur lui-même, écartant les bras en signe d’incompréhension.
-Comment on fait pour l’appeler ?
-Je vois qu’vous n’l’avez toujours pas trouvée, j’me trompe ?
En entendant cette phrase et surtout l’intonation bizarre dans la voix de son frère quand il l’a prononcée, il comprend qu’il n’aura pas besoin d’appeler qui que ce soit. Pourtant, il y a quelque chose de différent par rapport à la dernière fois.
-Vous n’êtes pas Déborah n’est-ce pas ? demande-t-il en lançant un regard méfiant.
En effet, contrairement aux intonations calmes et posées de Déborah, la personne qui lui parlait donnait plutôt l’impression de parler comme une ado.
-Non c’est vrai, Déborah peut pas rev’nir, donc cette fois, c’est moi qui m’y colle, dit-elle en souriant. Et j’suis pas déçue de c’que j’vois, ajoute-t-elle en le dévisageant.
-Ouais bah arrêtes ça de suite, ordonne Dean. Me faire reluquer par mon frère c’est pas vraiment dans mes fantasmes. Où est Déborah ? Pourquoi c’est pas elle qui est là ?
-Aucune de nous n’est assez puissante pour se présenter plus d’une fois et pour ton information, je suis déjà la troisième à intervenir.
-Ton nom c’est quoi ?
-On peut pas dire que tu fasses dans la finesse toi.
-Ton nom ! s’énerve-t-il.
-Thiphany, t’es content ? L’incompréhension peut se lire sur le visage de Dean quand il réalise que de nouveau, il a affaire à une des victimes de l’incube.
-Qui était la première ? Et quand est-elle intervenue ?
-La première fois que ton frère a atterri ici c’est Jenny qui l’a guidé. Mais elle n’a pas pu faire plus.
-Jenny Carlson, cinquième victime de l’incube, et toi tu étais la troisième c’est ça ?
-Mais c’est qu’il a appris sa leçon par cœur, c’est bien ça, ironise-t-elle. Mais si t’avais pu trouver la fille, ça aurait été mieux. Déborah ne t’a pas dit que Sam pouvait la trouver ?
-Ho mais si elle me l’a dit mais si elle m’avait expliqué comment il est censé faire, ça nous aurait bien aidé !
-Vous montrer ? Comment ça vous montrer ? Ton frère est pas foutu d’se servir de ses pouvoirs ou quoi, il lui faut un mode d’emploi ?demande-t-elle affichant un air totalement ahuri.
-Que… Comment vous êtes au courant de ça d’abord ? Et qui êtes vous merde ! Vous êtes censées être mortes, pas en train de parler à travers mon frère ! Et d’ailleurs, pourquoi vous avez besoin de lui, vous pouvez pas apparaitre toute seule comme tous les esprits ?! s’emporte-t-il.
-Qui te dit qu’on est des esprits? Tu vois, on connait les Winchester et Déborah a même travaillé avec ton père, mais je crois vraiment que votre réputation est surfaite. Il n’avait pas fallut deux heures à ton père pour mener une enquête et connaitre tout ce qu’il y a à savoir sur nous, dit-elle sur un ton hautain. Pour ton info, on n’est pas des esprits, on est bien mortes mais disons juste que nos flux d’énergie sont encore là. On s’en sert pour te parler et c’est pour ça qu’on a besoin de ton frère. Il semble qu’il soit très réceptif, pas comme toi, conclut-elle.
Dean ne trouve rien à répondre, quelque peu vexé de s’être fait remettre en place par un « flux d’énergie ».
-Bon j’ai plus beaucoup de temps alors si t’as une question, c’est l’moment, s’impatiente-t-elle.
-Est-ce qu’on peut trouver la fille sans que Sam utilise ses pouvoirs ? -Vous n’avez pratiquement aucune chance. Il doit le faire.
-Qu’est-ce qu’elle a de si important cette fille qui nécessite que mon frère prenne un tel risque ?
-Elle a un don, comme ton frère, comme nous toutes. Quoique les nôtres sont différents des leurs. Nous on n’a pas eu besoin d’un démon pour les avoir.
-Mais je croyais qu’il ne restait que Sam, que tous les autres étaient morts.
-Erreur, elle, elle n’a pas été envoyée avec les autres, elle était bien trop précieuse pour Azazel. Son don est assez particulier.
-C'est-à-dire ? s’enquit-il.
-Si l’incube la féconde, la créature qui naitra sera bien plus puissante que celles que tu as déjà croisées. C’est ça son don, décupler les pouvoirs des enfants qu’elle portera. Si elle tombe enceinte d’un humain, son enfant aura un QI assez élevé et de bonnes aptitudes physiques. Mais si c’est un démon ou une autre créature du même genre, je te laisse imaginer ce que ça peut donner.