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Série : Supernatural
Création : 10.07.2008 à 17h30
Auteur : winsister
Statut : Terminée
« Voici ma nouvelle fic. Il s'agit de la suite directe de "Frères ennemis". J'écris cette fic seule, merci de ne pas intervenir. Bonne lecture ^^ » winsister
Cette fanfic compte déjà 50 paragraphes
Dean se passe une main dans les cheveux, tentant de digérer l’information. Il comprend maintenant pourquoi la retrouver est si important. Mais l’idée de demander à Sam de se servir de ses pouvoirs ne l’enchante pas. Et d’ailleurs, il doute que celui-ci accepte.
-Si on décide de la chercher en utilisant les dons de mon frère, comment doit-il s’y prendre ? s’informe-t-il. Et comment être sûr qu’il ne va pas basculer de l’autre côté ?
-J’peux rien t’garantir à ce sujet. J’suis pas Yoda et encore moins une experte de la force, ricane-t-elle.
-Continus à te foutre de moi et j’tejure que…
-Que quoi ? Tu vas m’cogner ? Bah vas-y te gènes pas mais pas dit que ton frère apprécie. D’ailleurs j’peux te dire qu’il a pas l’air au mieux d’sa forme. Et ça, ça va pas vraiment jouer en sa faveur, surtout avec la menace qui plane au dessus d’sa tête. J’ignore qui en a après lui exactement mais je peux te dire qu’il est puissant, presqu’autant que ton frère, révèle-t-elle d’un ton bien plus sérieux.
-Sam… Il a tant de pouvoir que ça ? demande Dean, hésitant comme s’il avait peur de la réponse.
-Bien plus qu’il ne l’imagine mais comme il refuse de les utiliser, ils seront sa perte et aussi la tienne par la même occasion, dit-elle d’un ton solennel.
Dean va pour poser une autre question quand il voit le corps de son frère chanceler. Il a tout juste le temps de le rattraper avant qu’il ne s’écroule. Sam est inconscient et cette fois, Dean ne parvient pas à le réveiller.
-Dis-moi qu’j’vais pas être obligé de porter ta carcasse jusqu’à la voiture, se plaint-il.
Passant un bras de Sam autour de son coup et le tenant par sa ceinture, il avance péniblement pour quitter la ruelle.
-Comment tu peux être aussi lourd alors que tu bouffes jamais rien, rouspète l’ainé.
Une fois arrivé à l’impala, il l’installe du mieux qu’il peut sur la banquette arrière, puis prend place à son tour derrière son volant. Après un dernier regard sur son frère, il reprend la direction du motel…
Il vient enfin de reprendre contact avec l’esprit du jeune chasseur. Le flux d’énergie a finalement disparu pour laisser à la place une grande faiblesse chez le jeune homme. Décidemment, la chance ne lui aura jamais autant sourit. Du coup, savoir ce qui interrompt sa connexion mentale ne l’intéresse plus. La seule chose qu’il voit, c’est que Sam en ressort une fois de plus bien plus faible et vulnérable. Doit-il encore attaquer son esprit ? Il n’en sait encore rien. Après tout, s’il n’a plus la force de se défendre ne serait-ce qu’un tout petit peu au moment du combat, où sera le plaisir ? Il préfère donc attendre et voir comment les choses évoluent sans son intervention…
Une fois arrivés au motel, Sam ne s’est toujours pas réveillé. Après hésitation, Dean tente de le secouer mais sans résultat. -T’as vraiment besoin d’repos tu sais, murmure-t-il. Mais tu serais quand même mieux sur ton lit. Après une dernière tentative tout aussi infructueuse pour le réveiller, il tente tant bien que mal de l’extraire de la voiture. Une fois installé son frère sur son lit, il réfléchit aux paroles de Thiphany. S’ils doivent faire appel aux pouvoirs de Sam, ça risque de compliquer beaucoup de chose. De plus, la santé de ce dernier commence vraiment à l’inquiéter. Il ne l’avait jamais vu dans un tel état d’épuisement. Sauf peut-être lorsqu’il avait eu à affronter l’envoyée d’Hécate mais même là, il n’était pas au même niveau de fatigue qu’aujourd’hui. Il jette un œil à sa montre. Presque 17 heures. Rendre visite aux filles restant sur la liste est pratiquement inutile. Ils n’ont aucune chance de la trouver comme ça. Il n’a pas d’autre choix que d’attendre que son frère se réveille pour lui expliquer la situation et ce que les premières victimes de l’incube attendent de lui. Il continu néanmoins à se poser des questions sur elles. Thiphany a dit qu’elles avaient aussi un don et a confirmé le fait que son père connaissait Déborah. Il décide donc de reprendre le journal de son père pour voir s’il peut y trouver des informations et pourquoi pas, une réponse à ses questions. Près d’une heure plus tard, Sam émerge finalement mais difficilement.
-Alors la belle au bois dormant, on s’réveille ? le charrie Dean. Comment tu te sens ? demande-t-il plus sérieux en voyant le visage de son frère.
Ce dernier a d’horribles cernes noirs sous les yeux qui tranchent terriblement avec la pâleur de son visage.
-Pâteux, répond le cadet. Et j’ai l’impression que ma tête va exploser.
Dean se lève et lui tend un verre d’eau et une boite d’aspirine qu’il avait préparés en vue de son réveil. Le cadet affiche un sourire en coin face à l’attention de son ainé, mais ce sourire s’évapore vite en voyant son air préoccupé.
-Comment ça s’est passé avec Déborah ? demande-t-il en se redressant sur son lit.
-Et bien pour commencer c’était pas Déborah mais Thiphany Schwarz, la troisième victime de l’incube, annonce-t-il. Et d’après ce qu’elle m’a dit, la toute première fois où tu t’es retrouvé là bas, c’est la cinquième victime, Jenny Carlson qui t’y a conduit.
-Qu’est-ce que ça veut dire ? l’interroge Sam. Comment des esprits peuvent faire ça ?
-Pas des esprits Sammy, des flux d’énergie, réplique l’ainé en hochant la tête. D’après Thiphany, elles ont toutes un don, les six victimes de notre pourri, précise-t-il. Et j’ai eu confirmation comme quoi Déborah avait bien travaillé avec papa donc j’ai regardé un peu mieux sont journal, et devine quoi ? Cette fille était une sorcière, ou un truc dans ce genre et je mettrais ma main à couper que les cinq autres aussi.
-Tu crois que c’est à cause de ça qu’il les a attaquées ? demande-t-il en se passant une main dans les cheveux, réfléchissant lui-même à la question.
-Ya de fortes chances oui, surtout que la fille qu’il recherche a aussi un don et pas n’importe lequel, marmonne-t-il. -
Et c’est ? insiste Sam.
Dean lui ressort donc l’explication que Thiphany lui a fournit, évitant cependant de parler de l’utilisation des pouvoirs de son frère. Dans la ruelle, cela lui avait semblé être la seule option mais en voyant l’état dans lequel Sam s’était trouvé après la « communication », il était pour lui hors de question d’en arriver là. Sam lui, est étonné d’apprendre qu’il y a encore une personne ayant un lien avec le démon aux yeux jaunes en dehors de lui. Il pensait être le seul survivant et sans qu’il se l’explique, cela le réconfortait un peu. Il se sentait un peu moins seul et moins différent. Mais il remarque aussi que son frère n’a pas évoqué la manière de la trouver et il ne sait pas s’il doit s’en réjouir ou s’en inquiéter.
-Et qu’est-ce qu’elle t’a dit d’autre ? finit-il par demander. Est-ce qu’elle a reparlé du fait que… Enfin… que je pouvais la trouver ?
Devant le silence de son frère et surtout l’inquiétude qu’il peut lire dans son regard, il comprend qu’il a vu juste.
-Dean ?
-Oui elle en a reparlé et elle maintient que c’est la seule solution pour la retrouver, répond-t-il.
-Mais… Mais peut-être qu’elle se trompe, peut-être qu’il ya d’autres moyens, peut-être…
-Non Sam, le coupe-t-il, ça serait apparemment la seule façon.
-Dean, je… Je peux pas… Je veux pas revivre ça, ce qui s’est passé à Denver, l’implore-t-il.
-Sammy, dit-il en posant une main sur son épaule, ça n’arrivera pas okay ? De toute façon tu peux pas les contrôler donc explique-moi comment tu pourrais la retrouver ? demande-t-il.
A cette remarque, la réaction de Sam ne se fait pas attendre. Il détourne la tête pour éviter le regard de son frère et affiche un air à la fois coupable et honteux.
-Sam ? Tu peux pas les contrôler n’est-ce pas ? insiste-t-il, la voix teintée d’appréhension.
Il repense soudain à la façon dont il l’avait envoyé contre le mur au cour de leur dernière dispute alors qu’il était pleinement conscient de ses actes, mais aussi à cette phrase prononcée dans l’église. « Des semaines que je fais tout pour les bloquer.. » Sans qu’il puisse vraiment s’en empêcher, un sentiment de colère commence à l’envahir et il s’assied sur l’autre lit, face à lui.
-Sam, est-ce que tu peux les contrôler oui ou non ? s’énerve-t-il.
-J’en sais rien ! J’arrive à les bloquer oui, mais pour ce qui est de les contrôler, j’en sais foutre rien ! s’emporte-t-il à son tour. La seule fois où je m’en suis servi, c’est ce matin… contre toi. Je… j’ai peur qu’en les utilisant, je redevienne ce monstre mais en même temps…
Il ne termine pas sa phrase, en proie à trop de questions. S’il ne fait rien, qu’adviendra-t-il de la fille ? Comment la sauver ? Et s’il le fait et qu’il perd le contrôle de lui-même, s’il devait sombrer de nouveau ? Quel choix devait-il faire, où était la priorité ? Dean se passe une main sur le visage, tentant de réfléchir à la situation. Même si l’enjeu est important, il se refuse à cette option, les risques pour son frère étant bien trop élevés à son goût. Mais ce qui le préoccupe surtout, c’est qu’à aucun moment, il n’avait envisagé que son frère puisse gérer ses dons et les contrôler et il avait l’impression que du coup, la situation lui échappait.
-De toute façon, on prendra pas le risque de vérifier vu que tu l’feras pas, déclare-t-il.
« Haa c’est lui qui décide pour toi maintenant ? »
-Quoi ?s’étonne Sam. Si c’est la seule solution…
-J’ai dit non Sam ! Même s’il l’attrape, on sait très bien qu’il la tuera pas donc on continu les recherches comme on a fait jusqu’à maintenant.
« Comme ça il pourra te le reprocher après et ça sera ta faute, pas la sienne. »
-Oui et si on la retrouve pas, tu viendras me reprocher de pas avoir essayé ! réplique Sam d’un ton sec.
-Quoi ?? C’est quoi encore que cette connerie ?! s’emporte Dean à son tour. Si j’veux pas que tu l’fasses c’est que j’ai d’bonnes raisons, okay !
« Il a pas confiance en toi, il te considère comme un monstre, susurre-t-il sournoisement dans sa tête. Il est persuadé que t’en es pas capable, que t’es trop faible pour y arriver ».
Sam sent son mal de tête revenir au triple galop. Il n’arrive plus à faire le tri dans ses pensées. D’un côté, il ne veut pas utiliser ses dons, il ne veut pas risquer de devenir le monstre qu’il était à Denver. De l’autre, il se dit que si c’est le seul moyen de sauver la fille, il doit quand même tenter le tout pour le tout. Mais il y a ces autres pensées qui s’insinuent dans son esprit. Son frère doute de lui, de ses capacités à réussir et il le considère comme un monstre.
-Je vois, oui je vois très bien c’que tu veux dire, répond-t-il d’un air méprisant. Pour toi je suis qu’un pauvre incapable ! T’as pas confiance en moi, c’est ça ?
-Ca n’a rien à voir, réplique Dean, inquiet de la réaction excessive de son frère. Tu ferais mieux de te calmer un peu, si j’veux pas que tu le fasses, ça n’a rien à voir avec ça !
« Il te ment, ne l’écoute pas ! Il n’a jamais eu confiance en toi, il s’est toujours cru meilleur que toi ! Prouves lui que tu vaux bien mieux que lui ! »
-Je sais que la situation peut m’échapper en le tentant mais si ça peut la sauver, je dois le faire, cri-t-il. Tu n’es pas papa, j’ai pas à t’obéir comme un chiot obéissant ! C’est pas toi qui décideras à ma place !
Finissant sa phrase, il se lève un peu trop brusquement, occasionnant un tournis qui l’oblige à se rassoir. Cela n’échappe évidemment pas à l’ainé qui est plus déterminé que jamais à empêcher son frère de faire une chose aussi insensé.
-Tu sais quoi ? J’vais pas me casser l’cul à essayer de te dire que tu fais fausse route, dit-il en tentant de garder son calme, parce que franchement, je sais pas ce qui est en train de te passer par la tête. Mais une chose est sûre, c’est qu’il est hors de question que tu tentes quoi que ce soit, t’es pas en état pour ça.
«C’est faux, il s’en fout de ton état. La seule chose qu’il voit, c’est qu’il va être obligé de te tuer. Il le fera à la première occasion maintenant qu’il sait ».
Sam s’attrape la tête et commence à se masser les tempes, espérant ainsi faire disparaitre la douleur mais aussi cet horrible doute qui s’est installé en lui.
-T’as peur d’avoir à me tuer maintenant que tu sais que je suis toujours le même monstre ? demande-t-il méprisant.
-Non, répond doucement Dean, j’ai peur que tu y laisses ta vie.
Cette simple phrase fait son petit bonhomme de chemin dans la tête de Sam. Son frère le protégeait, il veillait sur lui. Jamais il ne douterait de lui.
« Il essaie de t’endormir, tues-le ! Tues-le ! Tues-le ! Tues-le !»
Dean remarque aussitôt le visage crispé de douleur de son frère. Et le fait que ce dernier tente de se boucher les oreilles lui fait craindre le pire.
-Sam ? C’est la voix, c’est ça ? s’inquiète-t-il.
« Tues-le ! Tues-le ! Tues-le ! Tues-le ! Tues-le ! »
-Noooooon !!! hurle Sam avant de repousser violemment son frère.
Malgré le vertige qui l’assaille, il se dirige rapidement vers la porte mais avant de pouvoir toucher la poignée, il sent la main de son frère le tirer en arrière.
-Sam, attends ! Tu dois lutter tu m’entends ?! Tu dois pas l’écouter !
« Tues-le ! Tues-le !! Tues-le !! Tues-le !!! Tues-le !!! »
Chaque nouvel ordre est accompagné d’une violente douleur à la tête, et Sam sent qu’il a de plus en plus de mal à ne pas céder. Lentement, il pose la paume de sa main contre le torse de Dean.
-Pardonne-moi… murmure-t-il.
Avant même de pouvoir réagir, Dean se retrouve projeté contre le mur opposé, perdant connaissance sous la violence du choc.
« Tues-le ! Ne le laisse pas s’en sortir sinon, c’est lui qui te tuera ! Tues-le ! Maintenant !! »
Sam s’avance lentement vers le corps inerte de son frère, une lumière vive grandissante au creux de sa main. Mais au moment où la voix lui ordonne de frapper, il referme sa main d’un coup sec, éteignant ainsi le feu naissant et se précipite vers la porte. Une fois à l’extérieur, il tente de remettre ses idées en place mais la voix étant toujours là, il ne voit qu’une seule solution s’offrir à lui : l’église. Une main sur la tête et l’autre appuyée au mur, il progresse difficilement jusqu’à l’édifice. Mais une fois la porte franchie, la voix stoppe aussitôt. Il fait deux pas à l’intérieur avant de tomber à genoux…
Cela fait cinq minutes qu’il est là, à genoux, la tête entre les mains. Il tente de reprendre son souffle au fur et à mesure que la douleur disparait. Une fois celle-ci apaisée, un sentiment de rage l’envahit, une colère sans nom, une colère contre lui-même. Trop fatigué par les évènements récents, il ne s’était pas aperçu de suite que la voix s’était mêlée à ses pensées, qu’elle diffusait ses paroles empoisonnées. Et lui avait bues ces paroles comme si elles étaient pure vérité. A cause de sa stupidité, il avait faillit commettre l’irréparable, il avait faillit tuer son frère. S’il n’avait pas eu cet éclair de lucidité quand elle lui a ordonné de l’achever, Dean serait mort à l’heure qu’il est, tué de ses propres mains. Mais au moment où il s’apprêtait à le faire, la dernière phrase de son frère avait alors percuté son esprit de plein fouet. Dean avait peur pour sa vie et le ton désespéré de sa voix en disant cela avait suffit à le convaincre que c’était bien là la réelle motivation de son refus. Dean ne l’avait jamais considéré comme un monstre et il avait confiance en lui. Oui, son frère ne l’avait jamais abandonné ni renié depuis qu’il connaissait l’existence de ses dons. Mais lui, était-il encore digne de cette confiance ? Par deux fois aujourd’hui, il avait volontairement utilisé ses pouvoirs contre la seule personne qui croyait vraiment en lui. Non, il ne méritait pas cette confiance, il ne méritait pas que son frère fasse passer sa propre vie après la sienne. Tout comme il ne méritait pas de faire passer sa vie avant celle de cette fille. Sa décision était prise, il ferait ce qu’il faut pour la trouver, même si lui ne doit pas y survivre. Cette fille méritait de vivre, pas lui. Pas après tout le malheur qu’il avait causé autour de lui et qu’il causait encore.
Il continu de se faire des reproches, ne sentant même pas la présence près de lui jusqu’à ce qu’il sente une pression sur son épaule. Relevant la tête, il se retrouve face au prêtre qu’il a vu le matin même. Sans un mot, ce dernier l’aide à se relever et le soutient pour avancer. Ils passent une petite porte au fond de l’église, donnant sur l’extérieur, puis se dirigent jusqu’au presbytère. Là, il le fait assoir sur le canapé et lui offre un verre d’eau.
-Vous l’avez de nouveau entendue n’est-ce pas ? C’est pour cela que vous êtes revenu, demande-t-il doucement en s’asseyant face à lui.
Sam regarde le prêtre au regard doux et protecteur. Il sait qu’il peut lui parler sans risque, sans lui mentir. Sa seule présence lui est bénéfique et pour ce simple fait, il veut être franc avec lui.
-Je suis un danger pour mon frère, pour tout le monde, gémit-il. Je suis tellement stupide que j’ai cru tout ce qu’elle me disait et j’ai faillit…
Il ne continu pas, la culpabilité et la honte lui nouant la gorge. Il n’ose pas regarder l’homme en face de lui dans les yeux, de peur d’y voir du rejet ou du dégoût. Mais l’attitude du prêtre lui prouve tout le contraire.
-Vous n’êtes pas stupide, sans quoi vous ne seriez pas là, le réconforte-t-il. Je pense qu’exténué serait un terme plus approprié. Et n’importe qui à votre place aurait cédé depuis longtemps. Votre détermination à vouloir rester dans le droit chemin est admirable et honorable.
Sam émet un rire nerveux, ne trouvant rien d’honorable à sa situation.
-Honorable? Laissez-moi rire, lâche-t-il. Ma détermination ne servira à rien, juste à repousser l’inévitable. Quoi que je fasse, je n’pourrais rien y changer. Je deviendrais le monstre qu’on attend que je sois.
-Pourquoi en êtes-vous si persuadé ?
-Parce que mon sang est damné, murmure Sam d’une voix lasse. Le sang du démon coule dans mes veines alors dites-moi, comment je pourrais échapper à ma destinée ?
Il baisse la tête et l’entoure de ses mains. Le prêtre perçoit alors de légers soubresauts au niveau de ses épaules puis une larme qui s’écrase sur le genou du jeune homme. C’est la première fois qu’il voit tant de souffrance et de désespoir chez quelqu’un d’aussi jeune mais au vu du récit qu’il vient d’entendre, il le comprend un peu. Il ne saurait dire si lui-même pourrait endurer le quart de ce que ce jeune homme endure au quotidien.
-Ecoutez-moi, dit-il d’une voix qu’il veut apaisante. Ce n’est pas notre sang qui détermine ce que nous sommes mais ce qu’il y a dans notre cœur. Le vôtre est bon et généreux. Laissez-le guider vos pas, laissez votre ange gardien vous montrer le chemin, et rien de mauvais ne vous arrivera.
En prononçant ces mots, il avait posé sa main sur la tête de Sam et ce dernier en ressent un certain réconfort. Il croyait en ce qu’il lui disait. Oui, il voulait y croire du plus profond de son âme mais… Comment être sûr que cela pouvait être suffisant ? Il ne voulait pas prendre le risque d’échouer par la suite. Il a pris une décision quelques minutes plus tôt et il doit s’y tenir, même si ça doit être la dernière chose qu’il fera de son vivant.
-Mon père, j’aimerais que vous me rendiez un service s’il vous plait.
-Bien sûr, de quoi s’agit-il ?
-Il y a quelque chose que je dois faire. Vous allez peut-être me trouver dingue ou pire encore, mais j’aurais besoin qu’ensuite, vous portiez un message à mon frère.
-Pourquoi ne pas le lui porter vous-même ? demande-t-il d’une voix inquiète.
-Parce qu’il se peut que je n’y survive pas…
Quand Dean revient à lui, il a l’impression que sa tête va exploser et il ressent une douleur violente au poignet. Il lui faut quelques minutes pour que les derniers évènements se remettent en place dans son esprit. Puis le souvenir de l’attaque de son frère le frappe comme un coup de poignard. Il sent la colère l’envahir petit à petit. Un sentiment de colère mêlé à la culpabilité. Il était censé protéger son frère et encore une fois, il avait échoué. Il s’était laissé attendrir et l’avait conduit à la ruelle. Résultat, son frère s’était affaiblit. Il avait refusé qu’il utilise ses pouvoirs pour trouver la fille, et même s’il se rendait bien compte que sa réaction était excessive, il n’avait pas compris et l’avait poussé à bout. Comment pouvait-il protéger son frère s’il n’était même pas capable de voir quand ça n’allait pas ? Comment pouvait-il veiller sur lui s’il faisait tout pour l’éloigner un peu plus ? Il réalise qu’il a agit comme son père avec Sam. Il ne lui a pas conseillé de ne pas le faire, il lui a ordonné. Il s’était juré de ne jamais se comporter avec lui comme leur père l’avait fait et là encore, il avait échoué. Puis lentement, sa colère vire à l’inquiétude. Où était-il parti ? Il ne savait pas où il pouvait être, surtout vu l’état dans lequel il était dans son souvenir. Et il était incapable de dire combien de temps s’était écoulé depuis son départ. Mais déjà un autre sentiment s’emparait de son cœur. La peur… Une peur bestiale et viscérale. La peur de ne pas le retrouver. La peur de l’avoir perdu au profit des ténèbres. Pire encore, la peur de le retrouver mort.
Il réalise soudain que l’obscurité s’est installée dehors. La nuit est tombée pourtant, quand son frère est parti, le soleil n’était pas encore couché. Sa montre s’étant brisée sous l’impact de sa chute, il ne saurait dire s’il est seul depuis une heure ou plus. Il va dans la salle de bain et se passe rapidement de l’eau sur le visage pour se remettre les idées en place. Il en profite aussi pour rafraichir son poignet histoire d’en atténuer la douleur mais le fait de ne pas pouvoir le bouger l’inquiète un peu. Cette fois, Sam n’y avait pas été de main morte, le choc avait été beaucoup plus violent que la première fois. Heureusement pour lui, c’est le poignet gauche, il sera donc moins gêné s’il doit se servir de son arme. Puis une évidence le frappe de plein fouet. Et s’il devait s’en servir contre son frère ? S’il devait défendre des innocents contre lui ? Non. Non c’est impossible. Son frère n’est pas un monstre, il en est persuadé au fond de lui. La seule fois où c’est arrivé, il était sous l’influence d’une drogue et aujourd’hui encore, c’est un autre qui brouille ses idées et l’entraine sur cette pente dangereuse. Mais si ce cas de figure devait se présenter, aurait-il la force de le faire ? Aurait-il le courage de tuer son propre frère ? Il connait déjà la réponse à cette question. Un an plus tôt, il n’avait pas hésité à vendre son âme pour le ravoir de nouveau près de lui alors non, jamais il ne pourrait s’y résoudre. Le protéger était tout ce qui comptait. Il l’avait déjà perdu une fois, il avait déjà ressenti la douleur de son absence, la morsure de la culpabilité face à son échec. Jamais il ne pourrait revivre ça. Le tuer serait comme se tuer lui-même… Il fixe son reflet dans le miroir, croisant son regard empli de larmes. Il lève un poing rageur pour briser cette image qui lui renvoie en pleine figure tout ce qu’il ressent, mais se ravise. Un poignet amoché était déjà bien suffisant. Un coup contre la porte d’entrée le fait sursauter. Il se dirige vers celle-ci, posant sa main valide sur la crosse de son arme, placée dans son dos. Après avoir vu le prêtre à travers le judas, il est surpris mais aussi soulagé. S’il était là, ça voulait dire qu’il avait sûrement revu Sam. Il lui ouvre et le fait pénétrer à l’intérieur.
-Vous avez vu mon frère ? lui demande-t-il sans même lui laisser le temps d’avoir fait trois pas. Où est-il ? Comment va-t-il ?
-Doucement jeune homme, doucement, le calme-t-il. J’ai vu Sam oui, et j’ai un message pour vous.
Dean a un mauvais pressentiment, il n’aime pas le ton avec lequel il lui parle. Un ton à la fois désolé et compatissant, comme s’il allait lui annoncer quelque chose de terrible. D’une main tremblante, il prend le papier que le prêtre lui tend.
« Dean, lit-il d’une voix basse, d’après les descriptions que je lui ai donné, le père Newton m’a dit que l’endroit où se trouvait la fille était le numéro 10 à Independance Street. Je veux que tu y ailles et que tu la sauves. Si ce n’est pas moi qui t’annonce tout ça directement, alors c’est que tout ne s’est pas passé comme je le pensais et que tu avais raison. Saches juste que je suis fier d’avoir été ton frère et que je serais toujours à tes côtés, quoi qu’il arrive. Sam ».
-Qu’est-ce que ça veut dire ? Dites-moi où est mon frère !! ordonne-t-il.
-Il est toujours à l’église, répond doucement le prêtre.
-Je vais le voir, décrète le jeune chasseur en attrapant son blouson.
-C’est inutile! Il n’y a plus rien que vous puissiez faire…
Dean se passe une main dans les cheveux, commençant à arpenter la pièce comme un lion en cage, tentant de calmer les sentiments qui l’envahissent petit à petit.
-Non, non, non, non, conteste-t-il, vous dites n’importe quoi… J’le soignerai et il sera vite sur pieds ! C’est pas une vision qui va mettre un Winchester au tapis ! Vous verrez, dit-il en le pointant du doigt, il va vite se remettre !
Le prêtre ferme les yeux, cherchant les mots les plus appropriés, comme s’il annonçait ce genre de nouvelle pour la première fois.
-Je suis désolé, mais c’est terminé… Il n’y a plus rien à faire pour lui. Et si vous aimez votre frère, vous vous devez de respecter sa dernière volonté ! lui intime-t-il.
-Non !! hurle Dean en balayant tout ce qui se trouve sur la table d’un geste rageur. Les dernières volontés, c’est pour les morts et Sam… Sammy n’est pas mort. Il ne peut pas… Il n’a pas l’droit… finit-il la voix éraillée par l’émotion qui le submerge.
Le prêtre s’approche de lui et pose une main sur son épaule.
-Dites-vous que maintenant, il ne risque plus rien, que le Seigneur veille sur lui.
Dean repousse sa main d’un geste brusque et le regarde comme s’il venait de lui annoncer la chose la plus drôle qu’il ait jamais entendu.
-Le Seigneur veille sur lui? répète-t-il avec un rire nerveux. Mais j’en ai rien à foutre de votre putain de Seigneur ! Il était où cet enfoiré quand ma mère est morte ? Il était où quand Sam a vu sa copine mourir ou encore quand j’étais mourant et que mon père a fait son job à sa place en me sauvant ?! hurle-t-il. Alors ne me dites pas que Sam est mieux près d’un soit disant Dieu qui laisse des démons tuer les pauvres cons qui croient en lui!
-Calmez-vous s’il-vous-plait, l’implore le prêtre, ne sachant comment réagir à cet élan de rage.
-Non !! Mon frère est mort parce que Dieu n’a pas bougé le p’tit doigt pour lui ! Il est mort parce que j’ai pas su le protéger ! Alors ne me dites pas de me calmer!
Il le repousse et rouvre la porte.
-Où allez-vous ?! demande le prêtre, inquiet.
Dean se retourne alors lentement vers lui et l’homme voit un visage totalement différent de la minute précédente. Son teint est pâle, son regard est vide d’expression et les muscles de ses mâchoires frémissent sous sa peau.
-Je vais faire ce que mon frère m’a demandé, répond-t-il d’un ton froid, ne trahissant aucun émotion…
Il quitte la chambre, laissant la porte ouverte derrière lui. Il rejoint sa voiture quelques mètres plus loin, tentant au maximum de refouler les larmes qui s’immiscent dans ses yeux. Mais une fois derrière son volant, son regard se pose sur le siège passager. Ce siège vide où son frère se tenait il y a encore quelques heures. Ce siège sur lequel il ne le verra plus jamais dormir. Ce siège qui restera désespérément vide. Cette fois, il ne peut plus contrôler son trop plein d’émotion. Il laisse échapper un cri déchirant, un dernier appel pour son frère. Il tient fermement son volant pour empêcher ses mains de trembler, ignorant la douleur de son poignet. Il pose sa tête dessus et tente de rassembler ses idées. Pourquoi ? Pourquoi Sam ne l’avait-il pas écouté ? Pourquoi avait-il fallut qu’il fasse ça ? Pourquoi l’avait-il abandonné ? Pourquoi ! Pourquoi !! Petit à petit, un autre sentiment faisait son chemin dans son cœur. Une haine sans limite pour le responsable de tout ça. Il comprend alors ce que son père a ressenti pour Azazel durant toutes ces années de chasse sans relâche. Il trouvera celui qui a fait endurer toute ces souffrances à Sam, qui l’a manipulé durant toutes ces semaines. S’il n’y avait pas eu tout ça, la santé de Sam n’aurait pas été défaillante et il aurait survécu. D’un geste rageur, il donne un grand coup dans le volant. Il le trouvera. Il le traquera jusqu’en enfer s’il le faut mais il le trouvera et il lui fera payer cher. Mais avant, il doit retrouver la fille et la sauver. Pour Sam. Pour qu’il ne soit pas mort en vain…
Après le départ de Dean, le prêtre s’était assis sur l’un des lits. La colère, la rage que le jeune chasseur avait exprimées à l’annonce de la mort de son frère l’avait ébranlé bien plus qu’il ne l’aurait cru. Certes, Sam l’avait prévenu qu’il ne fallait pas qu’il s’attende à le voir s’effondrer ou pleurer, mais il ne s’était pas non plus attendu à une réaction aussi violente. Et ce qui l’avait le plus touché, c’était son regard quand il est parti. Un regard vide, sans la moindre expression, la moindre étincelle de vie. Après avoir entendu leur discussion de la matinée dans l’église, il n’avait pas eu trop de mal à déduire que ces deux là étaient tout l’un pour l’autre, que chacun vivait pour l’autre. Que le lien qui les unissait était leur plus grande force. Mais à l’instant, il venait de réaliser qu’il était aussi leur plus grande faiblesse. Que si l’un venait à mourir, cela entrainait la mort de l’autre. Non pas une mort physique mais comment qualifier l’état d’une personne qui venait de perdre l’être le plus cher à son cœur. Le seul être qui lui permettait d’affronter la cruelle réalité de sa vie. Qui lui donnait l’envie de vivre. Il en était sûr, en apprenant la mort de Sam, une part de Dean était morte à son tour. Et il s’en voulait pour ça. Pour la première fois de sa vie, il venait de causer le malheur et le désespoir d’un homme, il était allé à l’encontre de ses croyances et de sa foi et il ignore s’il pourra un jour se le pardonner. Il repense à la promesse faite à Sam et se demande maintenant s’il a vraiment fait le bon choix en acceptant. Il revoit les derniers évènements, depuis l’arrivée de Sam à l’église jusqu’au moment où il l’avait quitté pour rejoindre le motel. Après lui avoir demandé de porter un message à son frère, il l’avait imploré de lui faire une promesse. Et lui n’avait pas pu résister à ce regard plein de détresse, se demandant même qui pouvait y arriver. Après ça, le jeune homme lui avait parlé de leur vie, de leurs activités et de ses dons. Il n’aurait jamais cru entendre un jour ce genre de récit et malgré ses croyances, il avait eu du mal à l’intégrer comme étant une réalité. Il se rappelle s’être demandé comment deux hommes aussi jeunes avaient pu endurer tant de malheurs et de souffrances tout au long de leur vie. En y repensant, il comprend maintenant pourquoi ils étaient si unis, si présents l’un pour l’autre. Ces épreuves passées qui auraient détruit n’importe qui les avaient rapprochés, les avaient rendus plus forts. Peu de gens auraient réagis de la sorte et il les admirait pour ça. Puis Sam lui avait expliqué ce qu’il avait l’intention de faire. Qu’il allait tenter d’utiliser ses dons pour retrouver une jeune fille. Et de nouveau, il lui avait reparlé du fait qu’il risquait de ne pas y survivre, qu’il était si faible que l’expérience avait de grandes chances de lui être fatale. Il aurait voulu le dissuader de le faire mais il y avait une telle détermination dans sa voix qu’il savait que toute tentative serait vaine. Une part de lui avait admiré cet esprit de sacrifice mais une autre se demandait comment on pouvait arriver à penser que sa propre vie valait moins que celle d’une autre personne. Il l’avait ensuite laissé seul quelques minutes, le temps qu’il puisse écrire le mot pour son frère, laissant juste un blanc pour pouvoir rajouter ensuite le lieu où il devrait se rendre. Il pensait qu’il lui rédigerait une longue lettre ou du moins un mot plus long que celui qu’il avait eu entre les mains. Mais il avait vite compris que les deux frères n’avaient pas besoin de longs discours pour se dire les choses importantes. Puis les choses sérieuses avaient commencées…
-Comment allez-vous vous y prendre ? avait-il demandé.
Il avait vu à ce moment une lueur d’inquiétude traverser le regard du jeune homme.
-J’en sais rien, je suppose que je dois me concentrer sur la personne que je recherche, avait-il répondu.
-Oui mais vous ne l’avez jamais vue si j’ai bien compris. Comment être sûr que vous y arriverez ?
-Rien n’est moins sûr mais je dois le tenter, j’n’ai pas d’autre choix, lui avait-il expliqué. Si jamais ce monstre devait l’attraper…
-Vous êtes sûr de ne pas vouloir changer d’avis ? C’est votre vie que vous risquez, est-ce que ça vaut vraiment la peine d’en arriver là ?
-Je vous ai expliqué mes raisons mon père. Rien ne me fera changer d’avis, mon choix est fait, lui avait-il assuré. Maintenant, il est temps de commencer. J’ignore combien de temps ça prendra et c’est justement le temps qui me manque.
-Très bien. Avez-vous besoin de quelque chose ?
-A part de la chance, je n’pense pas.
Après lui avoir lancé un faible sourire pas très rassuré, il s’était installé sur le canapé et avait fermé les yeux, tentant de respirer le plus calmement possible. Le prêtre s’était assis face à lui sur une chaise. Au fur et à mesure que les minutes s’écoulaient, il avait vu la sueur naitre sur son front, ses mâchoires se contracter, ses mains se mettre à trembler. Puis tout d’un coup, tout s’était accéléré. Ce n’était plus seulement ses mains mais son corps tout entier qui était pris de tremblement. Son silence avait laissé place à des gémissements puis à des cris de douleur. Il s’était attrapé la tête et avait fini à genou sur le sol, recroquevillé sur lui-même. Les tremblements étaient devenus des spasmes violents accompagnés de plaintes déchirantes, le forçant à basculer sur le côté pour finir en boule parterre. Puis tout s’était arrêté, le laissant à demi conscient sur le sol. Cela avait duré une dizaine de minutes mais en tant que spectateur, l’homme d’église avait l’impression que cela avait duré des heures. Il avait assisté à tout ça impuissant, incapable de faire quoi que ce soit pour alléger ses souffrances à part prier. Une fois que tout avait été fini, il l’avait aidé à se remettre sur le canapé et lui avait tendu le mot et le stylo. Il n’arrivait pas à quitter son visage des yeux. Il était si blanc, le visage baigné de sueur et de larmes, se mélangeant au sang qui s’échappait de son nez. Sa respiration était rapide et difficile, et il voyait bien qu’écrire lui demandait un effort surhumain. Puis tout d’un coup, sans que l’un ou l’autre ne s’y attende, les tremblements avaient repris et une douleur fulgurante avait envahie la tête de Sam. Il n’avait pas fallut longtemps au prêtre pour comprendre que ce dernier ne contrôlait plus rien. Pour lui, la seule chose qu’il pouvait faire pour le jeune homme était de lui donner les derniers sacrements, au cas où effectivement l’issue serait fatale. Pendant qu’il récitait les paroles sacrées, le corps de Sam se contorsionnait sous la douleur, accompagné de cris de plus en plus faibles, tout comme celui qui les poussait. Il avait alors vu une chose incroyable. Des mains du chasseur avaient surgit deux boules de feu qui étaient allées s’écraser contre le mur, ne faisant heureusement aucun dégât. Puis les soubresauts de son corps avaient commencé à s’espacer, jusqu’à disparaitre complètement. Sam gisait sur le sol inconscient, du sang s’écoulant de son nez et de sa bouche. La main tremblante du prêtre était venue se poser sur sa jugulaire et le pouls quasi-inexistant lui avait laissé peu d’espoir quant à la survie du jeune homme. Tant bien que mal, il l’avait rallongé sur le canapé et avait nettoyé le sang qui souillait son visage. Le cœur serré, il avait jeté un dernier regard dans sa diretion avant de quitter la pièce. Une fois à l’extérieur, il avait rejoint le motel sans cesser de prier pour le jeune homme…
Et maintenant, il est là sur ce lit à se demander s’il a fait le bon choix. Mais il a beau retourner la question dans sa tête, il en arrive toujours à la même conclusion. A savoir que oui, il a fait le bon choix en respectant la volonté d’un homme qui n’a pas hésité à sacrifier sa vie pour son frère et pour une inconnue…
Il avance doucement, se dirigeant vers la rue qui l’intéresse, un sourire satisfait collé à ses lèvres. Les évènements qui venaient de se passer étaient une véritable aubaine pour lui. Il avait senti que Sam avait utilisé son pouvoir et que cela l’avait grandement affaiblit. Mais il sait aussi que le jeune Winchester avait pris un risque irréfléchi en les utilisant après les avoir sciemment bloqués si longtemps. Et tout cela avait finalement tourné à son avantage. Sa connexion avec l’esprit de Sam lui avait permis de savoir ce qu’il cherchait et où le trouver. Mais cela lui avait aussi permis de sentir l’afflux inattendu de ses pouvoirs. En les utilisant, il avait été victime d’un retour de bâton, il en avait complètement perdu le contrôle. Et maintenant, il ne sentait plus la présence du chasseur, il ne sentait plus la moindre activité au niveau de son esprit. Cela durait depuis déjà presqu’une heure. Aucun doute possible, Sam était mort et pour lui, cela signifiait qu’il avait atteint son but, que désormais, tous les pouvoirs de ce dernier étaient en sa pleine possession. Et il savait déjà comment il allait étrenner sa nouvelle puissance. En se débarrassant de Dean puisque ce dernier avait échappé à son pacte. Et puis cela lui permettrait d’assouvir une petite vengeance puisque sans lui, il aurait eu les pouvoirs de Sam beaucoup plus tôt. Sans son intervention à Denver, il serait le démon le plus puissant depuis déjà trois mois. Il ne lui restait plus qu’à se rendre à Independance Street et le problème serait vite réglé. Oui, maintenant que Sam était mort, que Dean n’allait pas tarder à le rejoindre, il allait pouvoir assoir sa suprématie sur les autres démons et devenir le bras droit du Maitre…
L’impala arpente les rues de Fairview. Aucun son ne sort de l’habitacle et seul le ronronnement du moteur empêche le silence de trop s’installer. Dean est concentré sur sa route, regardant attentivement le nom de chaque rue pour ne pas rater celle qui l’intéresse. Il espère tomber sur l’incube avant que celui-ci ne tombe sur la fille. S’il doit se rendre chez elle, il ne voit pas trop comment lui expliquer qu’un monstre en a après elle et encore moins pourquoi. Il arrive enfin à destination et se gare à l’entrée de la ruelle. Une fois son moteur coupé, il sort de sa poche un papier froissé. Le mot de Sam. « Je serais toujours à tes côtés, quoi qu’il arrive ». En relisant cette phrase, les émotions l’assaillent de nouveau. Au fond de lui, il avait l’impression que Sam était là, quelque part et bien vivant, même si tout lui prouvait le contraire. Il se passe une main sur le visage pour tenter de refouler tout ça et se concentrer sur sa chasse. Il était là pour la fille, pour l’incube, pour respecter la dernière volonté de son frère. Il quitte sa voiture, prend son arme préalablement chargée de balles en argent et commence à remonter la rue. A chaque pas, il est à l’affût du moindre bruit suspect pouvant refléter la présence de sa proie mais rien. Le silence est complet et presque pesant. Une fois atteint le numéro 10, il n’a pas d’autre choix que de sonner. Une fois. Deux fois. Pas la moindre réponse. Vérifiant que la rue est déserte, il crochète la serrure et pénètre à l’intérieur. Il inspecte chaque pièce mais doit bien vite se rendre à l’évidence, elle n’est pas là. Il quitte donc les lieux et inspecte la rue, cherchant un endroit où se cacher en attendant le retour de la jeune femme. La cage de l’escalier de secours du bâtiment voisin semble être le lieu le plus approprié, surtout qu’il a l’avantage d’offrir une vue en hauteur. Il grimpe donc jusqu’au niveau du premier étage et attend l’arrivée soit de la victime, soit de l’incube. Seulement il n’a pas très longtemps à attendre. A peine s’est-il installé qu’il entend des bruits de pas sur le pavé. Un bruit spécifique aux talons aiguilles, ce qui laisse facilement supposer que c’est une femme qui arrive.
La jeune femme avance d’un pas rapide. Depuis qu’elle a quitté son bureau, elle se sent épiée et elle a hâte d’arriver chez elle, surtout avec toutes les agressions qui ont eu lieu dernièrement. Elle se dit qu’elle aurait peut-être du accepter la proposition de son collègue quand celui-ci s’était proposé pour la raccompagner. Mais comme elle connaissait sa réputation de séducteur invétéré, elle avait préféré refuser mais maintenant, elle n’est plus très sûre de son choix, même si elle n’est plus qu’à quelques enjambées de chez elle. Tout en parcourant les derniers mètres qui la séparent de chez elle, elle cherche ses clés dans son sac. Mais un bruit derrière elle la fait sursauter, ce qui lui fait lâcher celles-ci. Elle se retourne et se retrouve face à un jeune homme. Aussitôt la peur la saisit et elle commence à reculer.
-Je crois que vous avez fait tomber ceci, dit-il en lui tendant ses clés.
Elle le regarde, hésitante, cherchant à déterminer s’il pouvait être dangereux ou pas. Son instinct lui dit qu’elle n’a rien à craindre de lui mais elle préfère rester sur ses gardes.
-Merci. J’vous ai jamais vu dans le coin, qu’est-ce que vous faites par ici ? demande-t-elle.
-Petite balade digestive, répond-t-il. Et vous, c’est un peu tard pour trainer dans les rues, surtout avec tout ce qui se passe en ce moment, vous n’croyez pas ?
-Ca c’est l’inconvénient quand on travaille dans un grand cabinet d’avocat. Qu’est-ce que vous faites ici exactement ? insiste-t-elle en le voyant observer régulièrement les alentours.
Elle se décale légèrement vers sa porte d’entrée, offrant le visage de Dean à la lumière du lampadaire. Elle se retourne au moment où ce dernier lève les yeux sur elle et les regards se croisent. Mais ce qu’elle lit dans le sien lui fait un nœud à l’estomac. Jamais elle n’avait vu un tel regard, un mélange de colère et de détresse intenses.
-Ecoutez, si je suis là, c’est pas par hasard, je l’avoue, répond-t-il enfin. Je sais certaines choses sur vous et le danger qu’elles vous font courir en ce moment.
-Comment ça ? Quelles choses ? l’interroge-t-elle avec appréhension.
-Je sais que votre vie a changée il y a presque deux ans déjà, que vous avez fait des rêves étranges avec un homme aux yeux jaunes.
-Comment vous savez tout ça ? demande-t-elle, de plus en plus inquiète. Qu’est-ce que vous m’voulez ?
Tout en parlant, elle tentait d’introduire sa clé dans la serrure mais ses mains tremblaient de plus en plus. Elle commençait à se demander si elle avait eu raison de lui faire confiance au premier abord.
-J’vous veux aucun mal, okay ? Si je sais tout ça, c’est parce que mon frère…
Il passe sa main sur son menton, déglutissant avec difficulté. Après une profonde respiration, il reprend son explication.
-Vous faites partie de ces enfants qui ont un don. Et le vôtre est très convoité si vous voulez savoir.
-Vous parliez de votre frère, quel est le rapport et où est-il ?
-Il… Mon frère avait des visions et… La dernière qu’il a eue lui a été fatale, avoue-t-il, la gorge nouée.
-Et bien je suis désolée pour lui mais ça ne me concerne pas, d’accord ? J’ai pas besoin de vos discours pour…
-Mon frère est mort pour retrouver votre trace ! la coupe-t-il. Il a provoqué sa vision parce qu’un putain d’incube est à votre recherche alors je me fous de vos besoins ! La seule chose qui m’intéresse, c’est de sauver votre cul que vous le vouliez ou non !
Le ton sur lequel il s’était exprimé l’avait fait reculer d’un pas. Elle comprenait maintenant le pourquoi de cette colère dans son regard. Son frère était mort pour la trouver elle, et elle commençait à se sentir mal à l’aise pour ça.
-Je… Je suis désolée… Vraiment.
Dean sent bien qu’elle est sincère mais malgré tout, il ne peut pas s’empêcher de lui en vouloir. Sans elle et son don, Sam n’aurait pas eu à sacrifier sa vie. Il ouvre la bouche pour lui répondre mais se stoppe aussitôt, croisant son regard effrayé. A peine se retourne-t-il qu’il se retrouve plaqué au mur, maintenu par le col par une poigne puissante. Il attrape les poignets de son agresseur pour tenter de se dégager mais en vain. La pression que son adversaire exerce se fait de plus en plus forte, de plus en plus douloureuse. Il se débat tandis que la fille reste prostrée à côté d’eux, trop effrayée pour réussir à hurler.
-Allez-vous-en ! hurle Dean. Partez d’ici!!
Pourtant elle ne bouge pas d’un cil, paralysée par la peur. Dean tente d’attraper son arme mais l’incube voit arriver sa manœuvre et l’attrape par le poignet gauche, réveillant vivement la douleur de celui-ci. Le jeune chasseur laisse échapper un cri, révélant ainsi une faille à son assaillant. Ce dernier resserre son étreinte sur son poignet tout en continuant de compresser sa cage thoracique.
-T’aurais mieux fait de rester chez toi chasseur, le nargue l’incube, parce que ce soir, tu rejoindras peut-être ton frère, qui sait.
-Je t’interdis de parler d’mon frère sale fils de pute, suffoque-t-il.
-Tss tss tss, c’est pas joli de parler comme ça, ironise-t-il. J’ai dit quelque chose qui t’a vexé ?
-Va en enfer !
A ces mots, l’incube l’attrape par le cou, l’asphyxiant un peu plus. Avant que l’air ne se fasse trop rare dans sa trachée, Dean reporte son attention sur la jeune fille, toujours immobile.
-Dégagez !! Foutez l’camp !!!
Ses cris l’ont sortie de l’état second dans lequel elle se trouvait. Mais au lieu de s’enfuir, elle sort une bombe lacrymogène de son sac et en asperge le visage de l’inconnu, ce qui l’oblige à lâcher le jeune chasseur. Dean tente de reprendre son souffle, malgré la gêne supplémentaire occasionnée par le gaz. Ses yeux se sont remplis de larmes et il sait que s’il les essuie, la brûlure n’en sera que plus intense. Il attrape son arme et malgré sa vue brouillée, vise son ennemi et tire. Aussitôt, l’incube s’écroule au sol, une balle en argent fichée en plein cœur. Dean se relève péniblement et s’approche de lui, les mâchoires serrées. Si la fille avait vu son regard à ce moment là, elle y aurait vu passer un éclair de haine.
-Ca c’est pour Sam, murmure-t-il avant de tirer une deuxième fois.
De là où elle se trouve, elle peut apercevoir un trou fumant orner le front de celui qui les avait attaqués. Dean se masse un peu la gorge avant de remettre son arme derrière son dos. Son poignet gauche est douloureux, suite à l’attaque, mais il s’en moque. La seule chose qu’il voit, c’est qu’il a rempli sa mission. Jetant un dernier regard vers la fille toujours immobile, il commence à remonter la rue pour rejoindre sa voiture.
-Attendez ! lui cri-t-elle. Je voudrais vous… vous remercier.
-C’est inutile. Vous êtes en vie, il est mort. C’est tout c’qui m’importe.
-Qu’est-ce que vous allez faire maintenant?
-Je… Je dois m’occuper de mon frère, répond-t-il dans un souffle.
La tristesse qu’elle vient d’entendre dans sa voix lui serre le cœur mais elle sent qu’elle ne pourra rien dire ou faire pour soulager sa peine. Après avoir posé une main affectueuse sur son épaule, elle le quitte et rejoint son appartement. Dean reprend son chemin et une fois près de la voiture, les émotions l’assaillent de nouveau. La peine, la colère, la culpabilité. Même si une part de lui refuse d’admettre la mort de Sam, tout son être réclame vengeance. Mais avant de commencer cette quête qui finira par sa mort ou celle du responsable, il doit d’abord s’occuper du corps de son frère, même s’il appréhende ce moment bien plus que la mort elle-même…