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En un seul morceau...

Série : Supernatural
Création : 20.10.2008 à 19h45
Auteur : winsister 
Statut : Terminée

« Fic écrite pour un concours pour un forum sur Supernatural. Le titre est pas top, désolée ^^; » winsister 

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Fic écrite en se basant sur une série de clichés.

Ici : une maison en ruine au milieu d'une forêt, un panneau rouillé, les frères armés de lampes, une grotte, deux crânes.

Beta-correcteur : Samoht.

Bonne lecture ^^


winsister  (20.10.2008 à 19:48)

*Chapitre 1*

 

« Chéri, me voilà !! »

Il a crié avant de fermer la porte, de manière à ce que le gérant dehors l’entende. Ils ont été pris pour un couple gay à leur arrivée et le gérant du motel ne veut pas démordre de son idée. Et comme ça met Sam très mal à l’aise à chaque fois qu’il vient à le croiser, l’ainé prend un malin plaisir à ne pas détromper les gens. Riant doucement de sa remarque, il ferme la porte et réalise alors qu’il n’a pas obtenu de réponse sarcastique de la part de son cadet. Seul le silence occupe les lieux. Il fait un tour d’horizon de la chambre. Leurs affaires sont telles qu’elles étaient quand lui-même a quitté le motel. Les sacs trainent aux pieds des lits et l’ordinateur de Sam est sur le chevet.

-Mais où il est passé, j’croyais qu’il voulait pas sortir…

Il aperçoit alors quelque chose de jaune sur son oreiller. Une des feuilles de l’horrible bloc note mis à la disposition des clients. Bon, Sam a au moins eu l’intelligence de lui laisser un mot.

« Parti faire un tour. Besoin d’être un peu seul. De retour dans une heure ou deux. Sam. »

Dean lâche un soupir. Il comprend que son frère puisse avoir besoin de se retrouver un peu seul. La mort de Jess ne remonte qu’à deux mois à peine et Sam a du mal à la surmonter. Surtout après avoir passé les fêtes de fin d’année à ruminer ses souvenirs. Ajoutez à ça les cauchemars incessants, le fait qu’ils ne savent toujours pas où est leur père, ni comment retrouver l’ordure qui a tué la jeune fille, et vous obtenez un Sam épuisé et au bord de la crise de nerfs. Bon, Dean a quitté son frère il y a à peu près trois quart d’heure, ce qui lui laisse un peu plus d’une heure à l’attendre. Il jette sa veste sur son lit et va prendre une douche pour se réchauffer avant de s’installer sur son lit. Machinalement, il commence à entortiller ses doigts et à soupirer. Depuis qu’il est avec Sam, il a pris l’habitude de l’avoir à ses côtés dans les chambres de motel. Bon, sauf quand il est avec une fille, hein, faut pas pousser non plus. Et là, il est seul. Tout seul. Et il s’ennuie comme un gosse à qui on a retiré tous ses jouets… Il attrape la télécommande et allume la télé.

-Télé-achat, télé-achat, soap, télé-achat … énumère-t-il. Putain mais ya rien de potable… A quoi ça sert d’avoir 500 chaines si c’est pour trouver la même merde sur toutes…

Tout en continuant de soupirer, il se relève et va chercher la cassette vidéo qui trône au dessus du téléviseur. Il sourit en pensant au type de film dont il s’agit mais en prenant la cassette en main, son sourire disparait, laissant place à une expression frustrée. C’est bien un porno oui, mais un porno gay.

-Fait chier ! lâche-t-il à l’attention du gérant.

Il envisage un instant de surfer sur l’ordinateur de Sam, mais se ravise. Si cette satanée machine vient à se bloquer encore une fois, son frère va lui piquer une crise. Et vu son état ces jours-ci, ça n’est pas vraiment le moment. Résigné, Dean retourne sur son lit après avoir pris une bière dans la glacière, et reprend le défilement des chaines, jusqu’à ce qu’il tombe sur une rediffusion de « Shining »…

 

*************

 

            Il tourne en rond dans la chambre depuis que son frère est parti. Il n’a pas voulu l’accompagner au bar. Il n’a pas voulu parce qu’aujourd’hui, ça fait deux mois qu’il a perdu goût à la vie. Ca fait deux mois qu’il ne ressent que douleur, culpabilité, colère. Ca fait deux mois que sa vie de chasseur l’a rattrapé de la façon la plus moche qui soit. Alors voir des gens, les voir rire et s’amuser, quel intérêt ? Il ne supporte plus d’être enfermé, il a l’impression de manquer d’air. Il faut qu’il sorte, qu’il quitte cette atmosphère qui l’oppresse. Il laisse tout de même un mot à son frère. Connaissant sa propension à s’inquiéter pour lui depuis la mort de Jess, pour ne pas dire depuis toujours, mieux vaut qu’il le prévienne sans quoi Dean serait foutu de mettre la ville sans dessus dessous pour le retrouver... Le temps est plutôt doux pour un début Janvier. Il enfile une veste et met son téléphone dans sa poche. Un objet s’y trouve déjà, sa petite lampe torche. Ne voulant pas rester une minute de plus dans la pièce, il ignore sa présence et part. En arpentant les rues, il se sent de plus en plus mal à chaque nouveau couple heureux qu’il croise. Pourquoi ont-ils droit au bonheur et pas lui ? Pourquoi ont-ils une vie heureuse alors que la sienne n’est que souffrance et chaos ? Il en a assez, il ne veut plus les voir. Il a besoin de calme pour se retrouver, pour faire le point. Et après réflexion, quel meilleur endroit que la forêt environnante. Au moins là il sera tranquille et n’aura plus à subir tout cet étalage de bonheur qui lui fait si mal. Il lui faut un bon moment pour s’y rendre, même s’il avance d’un pas décidé. Il se doute bien que sa petite excursion lui prendra plus de deux heures. Il appellera son frère le moment venu et le préviendra de son retard. Mais pour l’instant, il veut juste être seul. Sans personne, sans Dean. Juste lui et ses souvenirs. Lui et sa peine… Il ne sait pas combien de temps il a marché. Suffisamment en tout cas pour l’obliger à s’assoir contre un arbre. Il étend ses jambes pour soulager ses muscles douloureux et ferme les yeux. Il revoit des images de son passé avec Jess. Leur rencontre, les moments passés ensemble, son sourire et cet éclat dans ses yeux. Sans s’en rendre compte, il se laisse emporter par ses souvenirs et la fatigue accumulée fait son œuvre. Il s’endort doucement …

 

*************


winsister  (20.10.2008 à 19:56)

           Le temps passe, le film se finit et toujours pas de Sam. Dean jette un œil à sa montre… Il devrait déjà être rentré. Mais dans l’immédiat, il a une affaire plus urgente sur les bras, voire une affaire vitale : il a faim. A son tour, il attrape le bloc note et arrache une des pages jaunâtres. Après avoir griffonné rapidement un mot indiquant à son frère où il se trouve, il quitte la chambre. Une fois rendu au snack, il commande et mange de bon appétit, discutant un bon moment avec la serveuse, ainsi qu’avec son petit ami d’ailleurs. Régulièrement, il guette la fenêtre, espérant le voir apparaitre mais toujours pas de Sam en vue. Il attend encore un peu avant de finalement retourner à sa chambre, qui est toujours aussi vide. Nouveau regard sur la montre : plus d’une heure de retard.

-Qu’est-ce que tu fous…

Il passe une main dans ses cheveux, se demandant s’il doit s’inquiéter de ce retard ou laisser un peu d’espace à son frère. Il décide finalement de lui laisser un peu plus de temps. Mais il va quand même l’appeler… Pour être sûr que tout va bien. Une tonalité, puis deux, puis trois.

-Sammy décroche… murmure-t-il alors que le répondeur se met en route.

Il raccroche aussitôt et commence à s’inquiéter. Si Sam ne répond pas c’est qu’il a du lui arriver quelque chose. A moins que… Qu’il soit avec une fille ? Non, impossible. Pas Sam. Pas tant qu’il n’aura pas fait le deuil de Jessica. Et même sans parler de ça, son frère n’est pas ce qu’on peut appeler un tombeur non, ça c’est plus son truc à lui. Il commence à tourner en rond dans la pièce. Il doit essayer de le trouver mais où chercher… La ville de Grant Village n’est pas spécialement petite, il y a plusieurs bars, bien qu’il doute trouver son cadet dans l’un d’eux. Il y a aussi une bibliothèque. Peut-être que là il aurait une chance. Et les portables y sont généralement interdits, ce qui pourrait expliquer que Sam n’ait pas répondu. Sans attendre d’avantage, il quitte la chambre pour se rendre à la bibliothèque, non sans avoir laissé un nouveau mot à l’attention de son frère. Au cas où… Durant le trajet, il n’a qu’une envie, c’est d’écraser la pédale d’accélérateur pour arriver plus vite et faire disparaitre ce mauvais pressentiment qui commence peu à peu à l’envahir. Seulement une fois sur place, il ne s’efface pas, bien au contraire. Parce que la salle est vide. Sam n’est pas là et l’établissement va fermer ses portes. Nouveau regard sur sa montre. Dix neuf heures…

 

*************

          Un frisson parcourt son corps et ses membres sont engourdis. Il a froid. Très froid. Et c’est ce qui le réveille. Ca plus un mal de tête qui l’empêche momentanément d’ouvrir les yeux. Se fiant à son toucher, il remarque que le sol est froid, et bien plus lisse que celui sur lequel il se souvient s’être assis. Ouvrant finalement les yeux, il constate avec inquiétude qu’il n’est plus dans la forêt. Il fait noir et il ne parvient pas à discerner ce qui l’entoure mais le sol est bien trop net pour être de la terre. Il se redresse mais ce simple geste entraine une douleur dans toutes ses articulations. Depuis combien de temps est-il là et comment est-il arrivé ici ? Il n’entend pas le moindre bruit mais a l’étrange sensation de ne pas être seul.

-Y’a quelqu’un ?

Pas de réponse à part l’écho de sa propre voix. Voix nettement moins assurée que ce qu’il aurait voulu. Il se relève doucement, se frictionnant les mains puis les bras pour se réchauffer. Puis il repense à la lampe dans sa poche. Bonne idée finalement que de l’avoir gardée. Il l’allume, elle clignote un instant pour finalement s’éteindre.

-Merde, c’est pas vrai…

L’obscurité lui semble encore plus oppressante, surtout avec cette sensation d’être épié qui ne le lâche pas. Résolu à ne pas rester là, il commence à avancer prudemment, tendant les mains devant lui pour éviter tout obstacle. Ses pieds se prennent plus d’une fois dans les irrégularités du sol, manquant le faire tomber. Mais ses mains ne rencontrent rien. Pas un mur, pas un arbre. Rien que le vide. Le silence n’est entrecoupé que par le bruit de ses pas, eux-mêmes couverts par les battements de son cœur qui résonnent à ses oreilles. Puis soudain, un autre bruit prend le dessus sur tout ça. Un gémissement, long et plaintif. Non, plutôt deux. Deux sons différents et pourtant si semblables. Deux sons qui semblent provenir de partout et nulle part à la fois. Il s’arrête. Ses mains tremblent, son pouls s’accélère et il déglutit difficilement. Il voudrait appeler mais les mots restent coincés dans sa gorge. Il frisonne. Il a froid, il a peur. Et d’un coup tout s’arrête. Plus un bruit, même pas un murmure. Et sans prévenir, sa lampe s’allume enfin. D’abord surpris, il n’ose pas bouger. Il réfléchit et l’instinct prend le dessus sur l’intellect. Il y a un esprit ici, peut-être même plusieurs. C’est la seule explication au fait que sa lampe se rallume au moment même où les gémissements s’arrêtent et que l’impression d’être observé disparait. Cette fois, il est vraiment seul. Reprenant conscience qu’il ne doit pas rester là, il fait un tour d’horizon, éclairé par la faible lumière dont il dispose. De la roche. Partout où ses yeux se posent, il ne voit que de la roche. Par endroit, des petites flaques d’eau gelées, provoquées par la condensation qui suinte des parois. Il semble qu’il y ait plusieurs entrées de galerie mais aucune d’entre elles ne diffuse ne serait-ce qu’un soupçon de lumière. Mais pour avoir de la lumière, déjà faut-il qu’il fasse encore jour. Il jette un œil à sa montre, vingt heures. Merde, impossible de compter sur la lumière extérieure pour se guider…

***********


winsister  (20.10.2008 à 19:58)

           Il fait déjà nuit. Et tout ça ne fait que renforcer l’inquiétude de Dean. Il sait que Sam n’est pas parti, il en est persuadé. Il lui est forcément arrivé quelque chose. Il ressort et retente de l’appeler mais une nouvelle fois, il tombe sur le répondeur. Doit-il retourner au motel ou continuer ses recherches ? Il continue. Si son frère rentre, au vu du mot qu’il lui a laissé, il l’appellera. Bon, la bibliothèque, c’est fait. La deuxième option l’enchante bien moins : l’hôpital. Et cette fois, il espère ne pas le trouver là bas. Il s’y rend, bien plus rapidement que ne l’autorise le code de la route mais dans l’immédiat, il s’en fout comme de sa première chaussette. Il ne sait pas où est son frère et ça commence sérieusement à l’énerver. Après s’être entretenu avec l’hôtesse d’accueil, il ressort du hall d’entrée, à la fois soulagé que son cadet n’ait pas été victime d’un accident ou pire, mais aussi inquiet parce que maintenant, il ne voit pas du tout où le chercher. Et il perd du temps. La nuit se fait de plus en plus oppressante et glaciale, et Dean sait par expérience que si l’obscurité est votre alliée dans certains cas, elle peut aussi être un véritable obstacle dans d’autre. Et rechercher quelqu’un dans la nature était un de ces cas où la nuit ne jouait pas du tout en votre faveur. Il remonte dans sa voiture et entreprend d’arpenter les rues, vérifiant chaque bar, chaque fast food, même s’il doute le trouver dans un MacDo. Mais même cette pensée n’arrive pas à le faire sourire. Après deux heures de recherche, entrecoupées de plusieurs tentatives téléphoniques sans résultat, le constat est désespérant. Sam n’est nulle part. Le seul endroit qu’il n’a pas vérifié, c’est la forêt. Mais ça n’est même pas la peine d’y penser dans l’immédiat. Il fait nuit noire, pas de lune ni d’étoile pour l’épauler un peu. Sans oublier que les forêts du parc sont loin d’être petites. A contre cœur, il repart pour le motel, espérant que son frère y soit, même si au fond, il sait qu’il y a peu de chance. Pour ne pas dire aucune.

-Sammy… où tu es bon sang…

En pénétrant dans la chambre, l’absence de Sam se fait pesante. Mais autre chose attire son attention. Entre les deux sacs, il aperçoit le manteau de son frère. L’après midi a été plutôt douce mais la météo annonce une forte baisse des températures pour la nuit et visiblement, Sam n’est parti qu’avec sa veste. Et ça, ça n’allait pas arranger la situation. Non seulement son frère a disparu, mais en plus, il risque de mourir de froid Dieu sait où.

-Mon p’tit sammy j’suis désolé, mais tu m’laisses pas vraiment le choix.

Tout en parlant, il s’assied sur le lit de son cadet et attrape l’ordinateur. Il fait des recherches sur l’endroit, voir s’il y a déjà eu des disparitions ou des enlèvements, quittant l’écran uniquement pour prendre une bière ou un paquet de chips qu’il a ramené du snack. Il n’apprend rien sur la ville et décide d‘élargir ses recherches à tout le parc de Yellowstone dont dépend Grant Village. Après trois heures de recherches, une flopée d’insulte suite à un bug et des appels sans réponses sur le portable de son frère, il finit par trouver. Plusieurs randonneurs ont disparus, une dizaine en cinq ans. Aucun n’est jamais réapparu, aucun corps n’a jamais été retrouvé. Les affaires n’ont jamais été ébruitées pour préserver le tourisme mais en fouillant sur un site non-officiel, il a quand même réussi à mettre le doigt dessus. La question est maintenant de savoir si ces disparitions sont liées à un phénomène surnaturel ou à un psychopathe.

-Dans quel merdier tu t’es encore fourré….

 

**********

 

            Presque six heures qu’il a quitté la chambre. Dean doit être en train de s’arracher les cheveux en se demandant ce qu’il fout. Sauf s’il a déjà commencé à retourner chaque pierre de la ville pour le retrouver, ce qui ne serait pas étonnant d’ailleurs. Il sort son téléphone, sans trop y croire. Evidemment, pas de réseau. Le contraire aurait été trop beau. Il va devoir se débrouiller seul s’il veut sortir de ce guêpier. Pas besoin d’être un génie pour deviner que Dean ne le retrouvera pas comme ça, par enchantement. Un frisson lui rappelle qu’il n’a qu’une simple veste sur le dos et que s’il ne veut pas mourir gelé, il va devoir se bouger. Il regarde les orifices dans la roche un par un, tentant de savoir lequel prendre. Mais étant donné que rien ne semble en désigner un en particulier comme étant la sortie, il laisse le hasard le guider. Seulement il ne peut pas partir comme ça sans se laisser une issue de secours. Dieu seul sait où peuvent mener ses galeries. Si ça se trouve, il est au cœur d’un véritable labyrinthe et il faut qu’il puisse revenir ici si le chemin choisi ne donne sur rien. Pourquoi ici ? Parce que ceux qui l’y ont conduit reviendront peut-être, et avec eux un espoir de fuite… Il fouille ses poches. Vides. Rien qu’il puisse laisser derrière lui. Il va devoir improviser. Et la seule option qui s’impose à lui n’est pas réjouissante. Après les cailloux du petit Poucet, le fil d’Ariane de Thésée et les M&M’s de Dean, voici les bouts de chemise de Sam ! Bon, c’est tout de suite moins poétique, mais on fait avec les moyens du bord… Comme s’il n’avait pas déjà assez froid. Il se promet que s’il s’en sort, ou plutôt non, que quand il sera sorti de là, il ne mettra plus le nez dehors sans au moins un pull et un gros manteau tant qu’on n’est pas officiellement au printemps. Il retire ladite chemise, regrettant déjà le contact de la flanelle sur ses bras, et en découpe des lambeaux, non sans avoir refermé sa veste jusqu’au cou. Plus il avance dans sa tâche, plus il a la chair de poule.

-Putain ça devrait pas être permis d’avoir aussi froid… Ma main droite pour un feu… Non, mon bras tout entier, pour un feu ET un bon bain chaud.

Une fois le vêtement entièrement déchiqueté, il enfourne les morceaux dans sa veste et, tenant fermement sa lampe, s’engouffre dans la première galerie. Il avance d’un pas rapide, insérant régulièrement un bout de tissu dans les fissures des parois pour marquer son chemin. Et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il arrive à une sorte d’intersection.

-Fais chier…

De nouveau, il laisse le hasard le guider et continue son avancée…


winsister  (20.10.2008 à 20:01)

*Chapitre 2*

 

           Presque trois heures du matin. Il n’a pas pu dormir. Il n’a même pas essayé d’ailleurs. Comment pourrait-il seulement y songer alors que son frère est toujours dans la nature et qu’il fait près de -10 dehors. Il enrage de ne rien pouvoir faire et se demande combien de temps il tiendra encore avant de tout exploser dans la chambre. Il a appelé son père. Deux fois. La première pour lui expliquer la situation. La deuxième deux heures plus tard pour exprimer sa colère face à son silence. Et surtout pour libérer cette frustration qui le bouffe de l’intérieur. Il s’est promis à la mort de sa mère de toujours veiller sur Sam, avant même que son père ne le lui demande. Même quand il était à Stanford, il gardait un œil sur lui. Cette promesse il se l’est renouvelée après la mort de Jess. Et aujourd’hui, il a merdé. Il se dit qu’il aurait du insister pour que son frère l’accompagne au bar. Que le laisser seul à ruminer dans son coin n’avait pas été la meilleure chose à faire… Et puis merde, il ne peut pas continuer à se tourner les pouces en attendant que le soleil se lève ! Il attrape un des sacs à dos et en vide le contenu, le remplaçant par un pull, ainsi que le manteau et les gants de son cadet. Par précaution, et surtout par réflexe, il y ajoute une lampe, son fusil et des cartouches de sel. Après tout, on ne sait jamais... Il s’habille chaudement à son tour, charge le sac sur son dos et quitte la chambre. Une fois à la voiture, il ouvre son coffre et en sort deux lampes torches supplémentaires, dont une plus grosse. Mieux vaut avoir un minimum d’éclairage s’il veut espérer voir quelque chose. Il roule jusqu’à l’entrée de la forêt la plus proche. Vu que Sam était à pied, c’est sûrement celle-ci qu’il a emprunté. A condition évidemment qu’il soit bien dans la forêt. Pourtant, au fond de lui, Dean en est sûr. Son frère est là, quelque part dans l’immensité de ce parc. Il est peut-être blessé et mort de froid et il doit le retrouver. Seulement une fois sur place, il se trouve confronté à un problème. Il fait nuit noire et il va devoir s’enfoncer dans la forêt. Et s’il vient lui-même à se perdre, il aura l’air malin. S’il laisse ses phares allumés pour pouvoir reprendre son chemin, il se retrouvera sans batterie, ce qui ne l’avancera pas plus. Il fait quelques pas vers la forêt, balayant l’espace de sa lampe quand il voit quelque chose briller. S’approchant, il constate qu’il s’agit d’une petite rivière complètement gelée. Il décide d’en suivre le cours. Il n’aura qu’à refaire le chemin en sens inverse pour retrouver sa voiture. Il avance, regardant de chaque côté, lançant des appels à son frère. Sa seule réponse reste désespérément le silence…

 

*************

 

          Il est revenu à son point de départ. Ca fait déjà trois voyages qu’il fait. Trois directions qu’il a suivies avant de faire demi-tour. Trois galeries qu’il a explorées en vain. Enfin, en vain pas tant que ça. Il a au moins pu constater qu’il n’est pas le premier à se retrouver ici. Quatre squelettes, voilà la seule compagnie qu’il a trouvé jusque là. S’étaient-ils égarés ou ont-ils été amenés ici de la même manière que lui ? Au fond, il préfère ne pas y penser. Se concentrer sur un moyen de sortir et ne pas s’attarder sur le fait qu’eux n’y sont jamais arrivé. Voilà ce qu’il doit garder en tête. Il jette un œil à sa montre. Trois heures. Il pense à son frère, se demande s’il le cherche. Question idiote, évidemment que Dean le cherche ! Seulement, sait-il où le chercher alors que lui-même ignore où il se trouve… La lumière vacille contre la paroi rocheuse et il réalise que ses mains tremblent. Le froid se fait de plus en plus intense et ses mains en sont les premières victimes. Tout son corps en ressent la morsure, mais ses mains en sont devenues douloureuses. Il ne parvient à en stopper le tremblement qu’en les serrant contre son abdomen.

-Allez Sam, bouge-toi… Tu vas trouver cette putain d’sortie… avant de crever de froid comme un con…

Il a dit ça à voix haute, pour se motiver, se donner du courage. Seulement c’est pas gagné. Sa voix tremble presqu’autant que ses mains et le ton en est beaucoup plus faible que ce qu’il aurait voulu. Et comme si c’était pas suffisant, sa lampe s’éteint et les gémissements qu’il a entendu plus tôt reprennent. Comme la première fois, il ne parvient pas à en déterminer l’origine, comme si c’était la grotte toute entière qui se lamentait. Encore une fois, cette sensation d’être épié. Est-ce que ce sont les esprits de ceux qui sont morts ici ? Pourquoi ne se montrent-ils pas dans ce cas. S’ils lui voulaient du mal, ils l’auraient déjà attaqué, non ? A moins… à moins que ce ne soit eux qui l’aient conduit ici. Ce qui n’a rien de réjouissant en fin de compte puisque visiblement, tous ceux qui ont mis les pieds ici y sont morts. Pourtant, il y a quelque chose d’étrange dans ce son. Il n’en ressort rien d’agressif, juste un mélange de plaintes et de pleurs.

-Montrez-vous ! Dites… Dites-moi comment sortir !

En guise de réponse, les gémissements se font plus forts, l’obligeant à se boucher les oreilles. Puis de nouveau, tout s’arrête d’un coup. La lumière revenue, il balaye l’endroit pour tenter d’apercevoir quelqu’un ou quelque chose, mais il n’y a rien ni personne. Il est toujours aussi seul au milieu de nulle part.

-Merci quand même… râle-t-il.

Le hasard ne l’ayant pas vraiment aidé jusque là, il décide d’examiner les entrées restantes avant d’en choisir une. Elles se ressemblent toutes, pourtant, il y en a une qui attire son attention. Ou plutôt quelque chose qui se situe plus en avant dans la galerie. Une sorte de reflet lorsque la lampe a éclairé l’endroit. Prudemment, il s’en approche et constate qu’il s’agit d’un filet d’eau gelé. Assez large tout de même pour ne pas être le simple résultat de la condensation. Il décide de le suivre, sans oublier bien sûr de déposer ses bouts de chemise pour marquer son chemin…

***********


winsister  (20.10.2008 à 20:43)

           Il a parcourut près de cinq kilomètres en suivant la rivière. Quoi que, selon son estimation personnelle, il a bien du en faire une vingtaine. Il a mal au pied gauche depuis qu’il se l’est pris dans une racine. Et il ne sent plus le droit vu que ce dernier a atterri dans la rivière quand il a voulu reprendre son équilibre. La glace, bien qu’épaisse n’a pas supporté le choc et a cédé sous son poids. Et depuis il n’arrête pas de pester contre la nature qui l’emmerde et fait tout pour l’empêcher de retrouver son frère. Non pas qu’il pense que cette racine se soit volontairement jetée devant son pied mais engueuler mère Nature le distrait des sombres pensées qui commencent à s’insinuer dans son esprit. Il n’a pas envie de penser que peut-être il ne retrouvera pas Sam. Que peut-être il le retrouvera mais…

-Non, non, non… Sam est vivant et tu vas le retrouver… Penses pas à ces conneries et regardes où tu mets les pieds.

Il continu d’avancer, reprenant ses appels. Même s’il n’a pas de réponse, ça lui permet de ne pas baisser les bras. Sans grand espoir, il sort son téléphone et appuie sur la touche bis pour la quinzième fois de la soirée. Toujours ce putain de répondeur. Bon, s’il ne répond pas, c’est qu’il n’a pas de réseau. Voilà, avoir des pensées positives. Sam ne répond pas parce qu’il n’a pas de réseau, ou plus de batterie, et pas parce qu’il n’est pas en état de le faire. En même temps, cela fait déjà plusieurs heures qu’il n’a plus la tonalité avant que le répondeur ne s’enclenche. Donc finalement, il n’a peut-être pas tord. Cette nouvelle théorie lui redonne un peu espoir et ses pas se font plus décidés. Il va retrouver Sam, lui passer un savon pour l’avoir obligé à se gelé le cul dans une forêt en pleine nuit, et le ramener au motel. Voilà, ça c’est un bon plan.

-Penses positif Dean, penses positif…

 

*************

 

          Il avance depuis près d’une demi-heure, suivant toujours le cours d’eau qui va en s’élargissant au fur et à mesure qu’il gagne du terrain. Il se dit que cette fois, il a peut-être fait le bon choix, que cette fois, la sortie sera au bout. En tout cas il l’espère vivement car il doute qu’il ait la force de refaire le chemin inverse et d’explorer les galeries restantes. Il est fatigué, complètement frigorifié et moralement, on ne peut pas dire qu’il soit au top. Il s’était toujours imaginé deux façons différentes de mourir. Soit très vieux, assis au fond d’un fauteuil entouré de photos de ses petits enfants, soit au cours d’une chasse, en tombant au combat. Mais certainement pas mourir de froid dans une grotte, avec des squelettes pour seul compagnie et des gémissements d’outre tombe comme oraison funéraire.

-C’est pas l’moment de penser à ça…

Il continue d’avancer seulement le passage se fait de plus en plus étroit et à ce rythme, il devra bientôt marcher sur la glace. Et avec la chance qu’il a depuis qu’il a mis un pied dans la forêt, il serait encore foutu de glisser et de se casser une jambe. Tout ça parce que Dean avait décidé qu’ils devaient faire une pause de quelques jours. Pas à cause des fêtes non, mais parce qu’il trouvait qu’il avait mauvaise mine et qu’un peu de repos lui ferait du bien. Tu parles, ça lui a juste permis de penser un peu plus à Jess, alors qu’ils auraient pu occuper ce temps à chercher leur père. Mais non, Dean avait décidé et il n’avait pas vraiment eu d’autre choix que d’accepter. Résultat, il se retrouve dans une putain de grotte à blâmer son frère parce que c’est bien plus facile que de se dire qu’il a merdé en quittant la chambre. Et voilà que maintenant, le vent s’y met aussi, comme s’il n’avait pas…

-Le vent ?...

Si le vent arrive à lui, alors c’est qu’il y a forcément la sortie au bout du tunnel. Il ne peut pas en être autrement…

 

************


winsister  (20.10.2008 à 20:45)

            Le vent s’est levé et Dean, malgré qu’il soit bien couvert, commence à ne plus avoir très chaud. Mais il ne va pas se plaindre alors que son frère n’a qu’une pauvre veste sur le dos. Il commence à se décourager. Il s’est enfoncé plutôt loin dans la forêt sans rien trouver. Le parc est immense, Sam peut être n’importe où. Autant chercher une aiguille dans une meule de foin. Son positivisme commence à le fuir quand enfin elle résonne. Cette musique qu’il n’espérait plus entendre. Cette sonnerie propre au numéro qu’il a tenté d’appeler tant de fois sans réponse. D’un geste vif, il sort son téléphone et ne prend même pas la peine de vérifier le nom sur l’écran.

-Sammy où tu es ?! Sam !

Sa voix laisse paraitre son inquiétude bien plus qu’il ne l’aurait voulu. Inquiétude qui augmente un peu plus quand il entend la voix tremblante de son frère.

-Dans… for… mais… sais pas où…

Une grimace s’étire sur le visage de l’ainé. La réception est très mauvaise à cause des arbres mais surtout des chaines de montagnes qui entourent une bonne partie du parc. Les paroles de Sam sont entrecoupées de grésillements, ce qui doit être réciproque d’ailleurs, et si la communication vient à être interrompue, il se peut qu’il ne parvienne pas à le joindre à nouveau.

-T’es blessé ? -Non… froid…

Dean sent un poids en moins sur sa poitrine. Sam est vivant, il n’est pas blessé mais il ne sait toujours pas où le chercher.

-Sam, écoutes-moi. Est-ce que tu vois quelque chose qui pourrait m’aider à te trouver ?

-Euh… arbres…

Dean lève les yeux au ciel et soupire. Non mais ce con croit vraiment que c’est le moment de faire de l’humour ?

-Super, en pleine forêt, ça m’aide vachement.

-T’es… ans la forêt ?

-Evidemment que je suis dans la forêt ! Etant donné que je t’ai pas trouvé en ville j’avais pas tellement d’autres options. Ca fait plus de deux heures que je me gèle le cul à suivre une putain d’rivière pour essayer d’te trouver !

-Conti… la suivre… crois… suis au bord… la même.

Il n’en faut pas plus à Dean pour reprendre son avancée de plus belle. Il se met à courir, évitant au mieux les racines et les rochers. Puis il aperçoit quelque chose. C’est plutôt éloigné et dissimulé par un arbre ou un gros rocher, mais ça c’est bien le dernier de ses soucis. Tout ce qui l’intéresse, c’est cette petite lumière. La voir lui donne un second souffle et il accélère à s’en faire exploser les poumons jusqu’à se retrouver près de son cadet…


winsister  (20.10.2008 à 20:47)

           Ca fait maintenant deux jours que Sam est couché. Il a eu quelques montées de fièvre à cause du méchant coup de froid qu’il a prit, mais rien de très grave. Il s’en sort juste avec un bon gros rhume. Il ne se souvient de son retour au motel que par bribes. Dean qui court vers lui et lui enfile des vêtements chauds. Dean qui le soutient sur ce qui lui a semblé être une distance assez longue jusqu’à la voiture. Dean enfin qui l’a veillé et soigné. Ils n’ont pas parlé de ce qui s’est passé dans la grotte, pas encore. La fièvre est arrivée assez vite, et cumulée à la fatigue, Sam a beaucoup dormi, le sommeil entrecoupé de cauchemars et de délires. Rien à voir avec ce qu’il venait de vivre non. Dans ses cauchemars, il revoyait sans cesse la mort de Jess. Dans ses délires, il lui parlait et s’excusait. Mais aujourd’hui il se sent mieux. La fièvre a beaucoup baissée, et en dehors d’un nez bouché, il se sent assez bien. Il s’apprête à se lever quand la porte de la chambre s’ouvre. C’est Dean qui revient, tenant deux gobelets fumants à la main. Et là Sam réalise que pour la première fois depuis longtemps, il a faim. Il serait même capable de manger autant que son frère. Pour tout dire, l’odeur qui s’échappe des gobelets lui met l’eau à la bouche.

-Ah, t’es réveillé, tant mieux. Je t’ai ramené de la soupe, une pure merveille.

Et voilà, en deux mots Dean a tout gâché. Connaissant ses habitudes alimentaires, sa « pure merveille » a certainement le même goût qu’une pizza oubliée dans le frigo pendant deux semaines.

-J’ai pas très faim, s’excuse le cadet au moment même où son estomac fait savoir le contraire.

-Je te demande pas d’avoir faim, je te demande de l’avaler. T’as besoin de reprendre un peu de force et c’est pas en faisant une grève de la faim que tu y arriveras.

Ca ressemble plus à un ordre qu’à une demande. A contre cœur, Sam attrape le gobelet comme s’il risquait de lui exploser à la figure, et le porte à sa bouche. Et là, ô surprise… la crainte qu’affichait son visage laisse la place à une expression d’étonnement et de satisfaction.

- L’autre est aussi pour moi? Demande-t-il en louchant sur le deuxième gobelet que son frère tient toujours à la main.

-Alors là tu rêves, t’en veux encore, tu sors ton cul du lit et tu vas t’en chercher, rétorque l’ainé en avalant lui-même une gorgée. Après faut qu’on parle de ce qui s’est passé.

Sam retrouve aussitôt son air sérieux. Rien que de repenser aux heures qu’il a passées enfermé dans cette grotte lui donne froid. Il préfèrerait ne plus y penser, tout oublier. Seulement il sait qu’il n’en a pas le droit. Des gens sont morts dans cette grotte et d’autre y mourront encore s’ils ne font rien. Il y a quelque chose là bas, et c’est son devoir de chasseur d’y mettre un terme. Il peut aussi mentir, dire qu’il s’est connement perdu en visitant la grotte. Une bonne façon de ne pas avoir à y remettre les pieds. Seulement ce n’est pas comme ça qu’il a été élevé. Un Winchester ne fuit pas. Il affronte ce qui se cache dans le noir même si ça lui fout la trouille. Parce que oui, il a peur. Peur de se retrouver de nouveau là-bas. Pas à cause de ce qui s’y trouve parce que quand vous baignez au milieu des monstres en tout genre depuis votre enfance, un pauvre hurlement ne vous effraie plus vraiment. Non, il a peur d’y retourner, d’être séparé de son frère et de se retrouver de nouveau seul. Ca parait idiot quand il y repense, mais là bas, ça l’avait frappé de plein fouet : il ne voulait pas mourir seul, sans Dean à ses côtés pour le rassurer et lui dire que tout irait bien. Alors oui, il a la trouille d’y retourner mais il le fera quand même, parce qu’il est chasseur et que c’est son devoir…

 

**********

          Sam regarde à son tour les informations que Dean a trouvé le soir où il a disparu. Après avoir écouté son récit, il a expliqué à son cadet que plusieurs randonneurs avaient disparus au cours des cinq années écoulées. Pas très compliqué de faire le rapprochement avec les squelettes que ce dernier a trouvés. Mais la question reste quand même de savoir ce qui les a conduits dans la grotte. Ou plutôt qui. Parce que « quoi », ils s’en doutent. Pour eux, il ne peut s’agir que d’un esprit, même si Sam est plutôt d’avis qu’il n’y en a pas qu’un. Bon, la première disparition remonte à cinq ans en arrière, donc, chercher si un quelconque évènement tragique a eu lieu dans le parc avant ça. En se rendant sur le site du journal local, il peut en consulter les archives. Et moins d’un quart d’heure plus tard, ils ont la réponse à leur question.

-J’avais raison, on n’a pas un mais deux esprits, annonce fièrement Sam. Deux adolescents, morts il y a sept ans. Kévin Richards et Allan Stradescky.

Dean se lève et vient se tenir derrière son frère de manière à voir l’écran.

-Ils sont morts comment ?

-Assassinés. Pauvres gosses, à peine seize ans chacun… Apparemment un type, un certain Müller, les aurait tués en leur coupant la tête.

Dean hausse les sourcils et regarde son frère qui semble attendre sa réaction. Mais comme rien ne vient, ce dernier poursuit son exposé.

-D’après l’article, il a enterré les corps dans la forêt. La police a retrouvé les tombes et les a exhumées. Il manquait les têtes. Les parents n’ont pas voulu déplacer les corps, ils ont fait venir un prêtre et les gamins sont toujours enterrés dans la forêt. Müller a été arrêté et condamné à la prison à vie.

-On pourrait aller lui parler, histoire de savoir où il a pu les cacher, suggère l’ainé.

Sam finit de lire l’article puis s’appuie sur le dossier de sa chaise, lâchant un soupir.

-Si tu veux lui parler, procures-toi une planche Oui-Jà alors parce que le type est mort il y a deux ans.

-Mort suspecte ?

-Non, un cancer des poumons. Selon les témoignages du voisinage, c’était un vrai bargeot, toujours à gueuler après les jeunes du quartier sans raison, arrêté trois fois pour violence sur mineur. Ce mec était juste un taré qui a tué deux gamins.

Dean se pince l’arrête du nez, essayant de comprendre comment un humain peut faire ça à un autre. Pour les démons, les Wendigo ou autres créatures qu’il chasse, il peut comprendre. C’est dans leur nature, chez eux, le mal est génétique. Mais un humain… Non, décidemment, il ne comprendrait jamais.

-Bon… On n’a plus qu’à trouver les corps et les brûler.

-Ca risque de pas être suffisant, soupire Sam. Je te rappelle qu’il manque les têtes.

-Et on est censés les chercher où ?! demande le plus âgé en écartant les bras pour appuyer sa question.

-J’en sais pas plus que toi ! Tout ce qu’on a c’est une forêt, une grotte et une vieille baraque.

-Quelle baraque ?

-Müller avait une maison dans la forêt. La police l’a soupçonné d’y avoir séquestrés les gosses avant de les tuer.

-On devrait peut-être aller y faire un tour alors.

-Je suis d’accord seulement regarde, la maison n’est pas sur la même parcelle du parc que la grotte. Et il n’y a jamais rien eu d’anormal dans ce coin, donc je pense pas que les têtes soient là-bas.

-Ouais, mais ça coûte rien d’y jeter un œil quand même…

 

***********


winsister  (21.10.2008 à 02:38)

            L’impala a quitté la ville pour se diriger vers une partie moins fréquentée du parc. Ses passagers sont silencieux, l’un regardant la route, l’autre un plan de la parcelle qu’ils vont visiter. Dean lance des coups d’œil furtifs vers son cadet, puis, se pinçant les lèvres, décide de se lancer.

-Sam, la prochaine fois que l’envie te prend de te balader en forêt, t’es gentil tu t’abstiens.

-Crois-moi, j’ai pas spécialement envie de recommencer, répond-t-il alors qu’un léger sourire s’étire sur son visage. T’as flippé, avoues.

-Bien sûr que j’ai flippé, tu crois quoi ?! Le démon qui réapparait, papa qui est Dieu sait où et ensuite toi qui disparais !

-En parlant de papa, je suppose que tu l’as appelé.

-Mouais…

-Il t’a pas répondu pas vrai ?

Le silence et le regard fuyant de Dean sont assez éloquents pour que Sam devine la réponse.

-Evidemment, reprend-t-il d’un ton amer. La chasse avant tout hein ? Sa stupide croisade avant ses fils.

-Dis pas ça, s’il a pas répondu, c’est sûrement qu’il pouvait pas.

-Ben voyons… Arrêtes de toujours lui chercher des excuses Dean ! Il a jamais été là pour nous, il s’est jamais conduit comme un père !

-Tu dis n’importe quoi…

-Ha ouais ? Qui m’a appris à lacer mes chaussures ou à conduire ? Toi. Qui m’a parlé de maman ? Toi. Qui s’est comporté comme un père ces 22 dernières années ? Toi. Pas lui.

-Mais mets-toi un peu à sa place merde ! s’emporte l’ainé. Tu crois que ça a été facile pour lui ?!

En se tournant vers son frère, il réalise qu’il vient une nouvelle fois de merder.

-Crois-moi, je me mets parfaitement à sa place, j’ai tout autant envie que lui d’attraper le monstre qui a tué maman et Jess, répond Sam d’un ton amer. Mais si on m’avait appelé en me disant que tu avais disparu, j’aurai tout lâché pour te retrouver.

Dean ne répond pas, parce qu’il sait que Sam a raison. Parce que c’est ce que lui aussi aurait fait. Il fixe son regard sur la route et le silence reprend possession de l’habitacle…

 

***********

           Le trajet en forêt n’a pas été de tout repos pour atteindre l’endroit qui les intéresse. Ils ont parcouru près de dix kilomètres à pied, ce qui n’a pas vraiment été une promenade de santé. Encore une fois, l’ainé a passé son temps à râler contre la nature qui, selon ses propres termes, «commençait vraiment à le faire chier avec ses putains de racines à la con ». Du côté de Sam, c’est plutôt les « merde ! » et les « fait chier ! » qui l’emportent. La fièvre a refait son apparition et surtout, le fait de marcher a déclenché des éternuements tonitruants. S’il ne se mouche pas dix fois en cinq minutes, ça relève du miracle. La pelle qu’il porte sur l’épaule semble même avoir pris du poids durant le trajet et malgré qu’il tente de maintenir la cadence pour ne pas perdre son frère de vue, il se retrouve à la traine. Quand enfin il le rejoint devant la maison, il a du mal à contenir une envie de rire. Pour changer, Dean se débat avec une racine, tentant de dégager son pied qui s’est coincé dedans. Pendant qu’il achève la responsable de son malheur à grand coup de pelle, Sam étudie l’extérieur des lieux. La première chose qui lui vient à l’esprit, c’est « comment quelqu’un a pu vivre dans une baraque aussi pourrie». Il y a une entrée sans porte, deux pauvres fenêtres sans même un carreau. Les murs sont entièrement en pierres scellées mais qui menacent de s’écrouler à tout moment et le toit… Et bien le toit n’est plus que le l’ombre de lui-même, étant donné que l’arbre le plus proche a jugé plus intéressant de remplacer les tuiles et la charpente par ses branches. Certes, ça n’a pas été habité depuis longtemps, mais il doute qu’elle ait été en meilleur état du temps de Müller. Un rire victorieux l’oblige à sortir de sa contemplation. Se retournant, il voit son frère, un sourire Colgate plaqué sur le visage. Déviant légèrement le regard, Sam aperçoit un tas de copeaux plus ou moins gros, seuls vestiges de ce qui fut autrefois une racine jeune et forte.

-On entre ? préfère-t-il demander plutôt que de lâcher le «non mais t’as vraiment un grain… » qui lui brûle les lèvres.

Dean affiche une mine boudeuse, déçu que son exploit ne soit pas apprécié à sa juste valeur, et suit son frère à l’intérieur. Intérieur qui s’avère être dans le même état de délabrement que l’extérieur. Les meubles sont toujours là mais comment ils tiennent encore debout, alors là, c’est la grande question. Ils sont tous en bois et aucun n’a échappé à l’attaque des rongeurs et autres bestioles qui en sont friands. Une commode, une table, une chaise, une grande étagère et un lit. Voilà tout ce que contient la baraque. Enfin vu l’état, c’est la description qui s’en rapproche le plus. Sur les murs, on distingue encore quelques vieilles photos et affiches jaunies par le temps mais qui, étonnamment, sont restées en place. Dean s’en approche, constatant avec un certain intérêt que les affiches représentent des filles en tenue légère. De son côté, le cadet ramasse quelques papiers qui trainent sur la commode. Papiers recouvert d’une belle couche de poussière sur laquelle, par réflexe, il souffle. Seulement quand on est enrhumé, mieux vaut éviter de respirer la poussière, et ça, Sam le comprend malheureusement trop tard. Dean fait un bond sur place quand le plus jeune lâche un éternuement digne de figurer dans le livre des records.

-Non mais ça va pas non ?! lance-t-il à un Sam aux yeux larmoyants qui tente de stopper sa crise. Continues de faire trembler les murs et on va se prendre cette merde sur le coin d’la gueule !

-Ca risque rien, finit enfin par répondre ce dernier, légèrement énervé, ya ce con d’arbre qui tient tout ! Sauf si t’as aussi prévu de lui casser la gueule à coup de pelle ?

-Ouais bah lui au moins il balance pas ses microbes partout… marmonne l’ainé en lui tournant le dos.

Sam l’a entendu mais préfère ne pas répondre. La seule chose qui l’intéresse, c’est de finir ce pour quoi ils sont venus et repartir d’ici. Il finit donc de regarder les divers restes de papiers, le contenu des tiroirs, en vain. Il tente de bouger le contenu de l’étagère mais à croire que cette ruine lui en veut autant que la poussière. A peine touche-t-il un livre que tout s’écroule. Dean lui jette un regard noir avant de fermer les yeux et de prendre une grande inspiration. Ne pas s’énerver, même si on est en pleine forêt et que cacher un corps aussi grand serait facile, surtout, ne pas s’énerver…

-Bon, dit-il calmement. On a tout regardé, on a rien trouvé à part du bois pourri et des papiers moisis. On peut partir ?

-On n’a pas tout regardé, le contredit Sam en regardant le sol.

Sol qui n’est recouvert ni par du plancher ou quoi que ce soit d’autre, parce que non contente d’être une ruine menaçant de les ensevelir au prochain éternuement du cadet, la baraque est posée directement sur la terre, ce qui signifie « potentiel endroit pour planquer deux crânes ». Dean regarde son frère, se demandant s’il est sérieux ou pas, et là, sa résignation à protester s’envole. Sam a sorti son arme fatale, son regard de cocker abandonné. Mais ce qu’il ignore, c’est qu’avec son nez qui coule et ses yeux larmoyant, il ressemble bien plus à un veau qui part pour l’abattoir qu’à un mec qui tente d’imposer son choix. Dean ouvre la bouche, tenté de lancer une vanne bien pourrie sur cette belle comparaison bovine, puis se retient. Après tout, il aura sûrement une autre occasion pour la sortir. Dans l’immédiat, il n’a qu’une envie, c’est d’en finir et de retrouver la chaleur de sa chambre, parce que mine de rien, même s’il est encore tôt, la température commence à chuter. Contenant au mieux son mécontentement, il attrape sa pelle et commence à creuser, bientôt imité par son frère…

************


winsister  (21.10.2008 à 02:44)

             En s’écrasant sur le sol, la pelle fait suffisamment de bruit pour sortir Sam de sa torpeur. Ce dernier est assis contre l’un des murs, somnolant à moitié. La fièvre combinée à l’effort n’a pas eu un effet des plus positif et quand il avait faillit tourner de l’œil, Dean l’avait envoyé s’assoir en prétextant qu’il avait manqué lui planter sa pelle dans le pied. Ce qui n’est évidemment pas vrai mais le cadet était tellement à la masse qu’il n’en avait pas douté un instant, et Dean avait préféré ce mensonge plutôt que d’avouer à son cadet qu’il s’inquiétait pour lui. Il a continué de creuser seul et maintenant, il est aussi fatigué que Sam et il a mal partout. Mais ce qui le fout surtout en rogne, et qui donc justifie le vol plané de la pauvre pelle, c’est qu’il n’a rien trouvé. Pas de crâne, rien. Et que tout ça commence sérieusement à lui prendre la tête. Non seulement parce que son frère est malade et qu’il serait mieux au chaud dans un lit qu’assis parterre en pleine nature, ensuite parce qu’il a creusé pendant plus de deux heures en prenant le risque de voir s’écrouler cette ruine avec lui en dessous, et enfin, parce qu’il en avait vraiment ras la tête de cette foutue forêt.

-T’as rien trouvé… soupire Sam comme pour souligner l’évidence.

-Rien ! Que dalle !

Il aide Sam à se remettre debout puis ramasse leurs affaires. La simple idée de retraverser toute la forêt le démoralise et le fait de devoir trainer son frère encore plus.

-J’en ai plein le cul, reprend-t-il. On va pas retourner toute cette putain d’forêt pour retrouver deux crânes, donc… on va faire comme je voulais faire au départ.

-Quoi, cramer les corps ?

-Tu vois une autre solution ?

Sam n’a pas besoin d’ouvrir la bouche. Son visage exprime parfaitement le fait que lui-même ne voit pas quoi faire d’autre.

-Alors on est d’accord, enchaine l’ainé. J’te ramène au motel, et je m’occupe de ça.

-Quoi ? Comment ça tu me ramènes au motel ?

-Tu tiens à peine debout alors tu peux me dire à quoi ça servirait que tu viennes, hmm ? Sam attrape le bras de son frère et le retourne de manière à lui faire face.

-Tu vas pas aller là-bas tout seul, affirme-t-il.

-Saaaam…

-Non ! Et si tu disparais aussi ? Je suis pas en pleine forme, j’te l’accorde, mais il est hors de question que je te laisse y aller seul.

Dean réfléchit rapidement. S’il laisse son frère au motel, il sait pertinemment qu’il trouvera un moyen de le suivre et dans l’état où il est, il serait encore foutu de se perdre, ce qui voudra dire nouvelle excursion en forêt. Alors que s’il l’emmène avec lui, il l’aura à l’œil et il sera sûr que rien ne lui arrivera.

-Okay, très bien, tu viens aussi mais j’te préviens, tu te pose dans un coin et t’en bouges pas.

Le cadet lève les mains en signe d’abdication et ils reprennent leur avancée…


winsister  (21.10.2008 à 02:47)

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