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Heaven Dead

Série : Supernatural
Création : 02.08.2009 à 19h00
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« L'épisode se situe au milieu de la saison 2 (après "playthings"). Merci de me laisser l'écrire seule. Toutes critiques acceptées. » Lydean 

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Heaven Dead

 

Chapitre I.

 

-   Je ne sais pas les gars, maintenant que les brigades d’artillerie anti-aérienne vont être déplacées vers Fort Sill, j’hésite. J’ai envie de prendre la quille.

 

-   Vous n’allez pas nous faire ça chef, qu’est-ce qu’on va devenir sans vous ?

 

-   Quand vous aurez mon âge vous comprendrez. Après la guerre du Golf j’ai demandé à être muté ici. J’avais besoin de me recentrer sur l’essentiel. Franchement, j’ai entraîné plusieurs régiments de petits couillons comme vous. C’était bien sympa mais maintenant je suis fatigué.

 

 

   Dans un bar, à quelques kilomètres de Fort Bliss, plusieurs jeunes, accoudés autour d’une table, étaient en grande conversation avec un homme plus âgé. Sous leur regard déçu, il se leva et se dirigea vers le bar.

 

-   Ben dis donc Tony, qu’est-ce que tu leur a annoncé à tes troufions pour qu’ils tirent une tête pareille ?

 

-   Je les prépare à mon départ. Il y a un temps pour tout. Allez, c’est ma tournée ! Je reviens.

 

   Sur ces mots, il confia son portefeuille au barman, longea le bar, contourna la dernière table et s’engagea dans un couloir plus sombre, au bout duquel une vieille pancarte en bois indiquait les toilettes.

 

- Bonjour Tony, lui susurra une voix féminine extrêmement douce. 

 

   C’est étrange, il aurait juré que le couloir était vide en y entrant. Son regard cherchait dans l’obscurité l’origine de cette chaleureuse salutation. Il distingua alors une silhouette d’une finesse enchanteresse.

 

- Bonsoir, excusez-moi je ne vous avez pas vue. Nous connaissons-nous ? 

 

   Avec une élégance remarquable, elle s’approcha de lui. Il pouvait à présent distinguer son parfum, magique ; ses cheveux d’un noir de geai qui ondulaient sous une légère brise qu’il ne percevait même pas, féerique ; ses yeux d’un bleu profond empreints d’une douceur comme il n’en avait jamais rencontré auparavant, envoûtant. Il devait bien l’admettre maintenant, il était sous le charme. Elle devait avoir son âge mais le temps ne semblait pas l’avoir marqué comme lui. Elle l’entraîna dans les toilettes et commença à l’enlacer.

   Plénitude. C’est ce que ressentait Tony dans les bras de cette magnifique inconnue. Et pourtant, sa peau se flétrissait à vue d’oeil. Ses petites rides de sympathie autour de ses yeux qui s’opacifiaient se creusaient. Des plumes, ou peut-être bien des fils blancs, l’empêchaient d’admirer sa déesse. Il les retira, impatiemment. C’est sans en faire plus de cas qu’il s’aperçut qu’il s’agissait de ses cheveux qui tombaient par poignées. Ses articulations étaient de plus en plus douloureuses mais la nécessité de continuer était assourdissante. C’était vital et il était si bien. En l’embrassant de plus belle, il constata que des petits éléments durs, de plus en plus nombreux, se déplaçaient dans sa bouche au grès des mouvements de sa langue : ses dents. Il s’aperçut que ses sens le quittaient petit à petit. C’était dérangeant : il ne pouvait plus humer son merveilleux parfum, il avait du mal à admirer sa fantastique beauté et ses doigts flétris ne lui permettaient plus de caresser et de ressentir sa peau si merveilleusement veloutée.  Mais quelle était cette douce lumière bleue, légèrement dorée vers laquelle il se dirigea bien volontiers ?

 

   Soudain, une explosion le ramena au point de départ, sur le lino plus que défraîchi des toilettes. Pourquoi le dérangeait-on de la sorte ? Il en coûterait cher à celui qui avait osé l’interrompre.

 

- Chef ? Vous êtes là ? Chef ?

 

   Cela faisait plus de vingt minutes qu’il était parti et les soldats commençaient à s’inquiéter. D’autant plus qu’ils avaient eu toute la soirée pour observer l’état de lassitude de leur chef. Le fait de trouver la porte des toilettes bloquée ne les avait pas rassurés et ils avaient décidé de l’enfoncer. Après quelques recherches infructueuses, ils aperçurent un homme très âgé au fond d’une des cabines, l’air hagard, apparemment très mal en point.

 

- Pardon monsieur, vous allez bien ?

 

- Comment vous appelez-vous ?

 

   Devant l’absence de réponse sensée, certains décidèrent de l’emmener à l’hôpital pendant que les autres continuèrent de chercher Tony. Mais ce ne fut pas chose facile. Malgré son âge apparemment très avancé, ce vieil homme se débattait corps et âme et proférait des menaces de mort à quiconque le séparerait de sa « femme ». Les jeunes voyaient bien qu’il était en grande détresse et ne purent se résoudre à l’abandonner ici, dans cet état. Les noms d’oiseaux pleuvaient et c’est avec grande difficulté et en s’y mettant à trois qu’ils réussirent à le soustraire de la cabine.

   Dans ce chaos général, aucun d’entre eux ne s’aperçut qu’ils étaient épiés. Au-dessus d’eux, une créature sombre agrippée au plafond telle une araignée les regardait avec animosité grâce à sa tête tournée à cent quatre-vingts degrés. Elle n’avait plus rien de charmant : Sa peau écailleuse renvoyait une couleur sombre, verdâtre et ses magnifiques yeux s’étaient mués en deux énormes boursouflures à multiples facettes qui masquaient une grande partie de ce qui devait être son visage. Elle s’éclipsa par la petite fenêtre du fond des toilettes : ombre furtive aux membres désarticulés qui progressait de manière saccadée le long du mur.


Lydean  (02.08.2009 à 19:01)

Chapitre II.

 

            Le jour commençait à peine à se lever en ce tout début du mois de mai. Sam marchait près du lac de Sunland Park. La mort de Jess et maintenant la disparition d’Ava ne lui laissaient aucun répit au cours des laps de temps où le sommeil prenait le dessus. Pour ne pas réveiller Dean en se tournant inlassablement dans le lit, il s’était levé discrètement et avait regardé son ordinateur portable avec envie. Il voulait continuer ses recherches mais immanquablement son grand frère, franchement trop protecteur à son goût, lui aurait intimé d’aller se recoucher pour se reposer un peu. Alors, il s’était éclipsé et avait commencé à marcher tout en réfléchissant.

 

            Depuis trois jours, ils étaient sur une nouvelle chasse. En consultant les avis de recherche pour savoir s’il y avait du nouveau concernant Ava, il était tombé sur un ensemble de disparitions étranges. Près de Fort Bliss, à la limite entre le Nouveau Mexique et le Texas, près de la frontière mexicaine, des hommes disparaissaient tous les deux ou trois jours depuis la deuxième quinzaine d’avril. La régularité de ces événements l’avait poussé à entreprendre quelques recherches sur le net. Il s’avérait que le phénomène se produisait environ tous les trente ans, pendant environ deux mois, dans différentes régions des états du nord. C’était la première fois, que cela arrivait si au sud. C’est ce qui le fit hésiter à prendre cette chasse. Y avait-il réellement un lien avec les autres disparitions ? Mais son grand frère avait insisté pour y aller prétextant qu’il fallait tout de même vérifier ce qui se passait. Sam le suspectait de vouloir passer quelques jours au soleil. Après quelques investigations, Dean et lui avaient découvert qu’il s’agissait de policiers ou de militaires en général, très appréciés par leur entourage et dont certains avaient même reçu des récompenses pour leur bravoure ou leur réussite au cours d’une mission extrêmement dangereuse. L’IMF n’avait rien donné et personne n’avait observé quoi que ce soit d’étrange ou d’inhabituel avant ou au moment des disparitions qui, soit dit en passant, pouvaient avoir lieu en plein jour. En pianotant sur son portable, il avait remarqué que le taux de mortalité dans la région était constant. La plupart des décès étaient dus à des accidents, à diverses maladies ou encore et surtout, à la vieillesse. Quoi de plus normal ! En revanche, plusieurs personnes âgées décédées n’avaient pas pu être identifiées et malgré les nombreux avis, personne n’était venu réclamer les corps. Il avait donc fallu les incinérer. Ces faits rassemblés avaient fini par le convaincre que toutes ces disparitions étaient effectivement liées. Elles avaient toutes lieu près de casernes ou de grands centres militaires et elles concernaient sans exception le même type de personnes, qui n’avaient d’ailleurs jamais été retrouvées. D’aussi loin que pouvaient remonter les informations sur le net, ces données concordaient parfaitement. Il restait à découvrir qui était à l’origine de ce phénomène. L’enlèvement par des extra-terrestres, évoqué par quelques membres des familles des disparus, ne leur avait pas paru vraiment convaincant et leur avaient valu, à son frère et à lui, une pléiade de railleries et de sarcasmes de la part de Bobby. Leur acharnement à découvrir ce qui se passait n’avait pas pu empêcher un autre homme méritant de disparaître dans un bar la nuit précédent celle-ci. Et ça, Sam ne le supportait pas.

 

            Assis sur un banc, près d’un vieux monsieur à l’air hébété, il essayait de relativiser. L’endroit était magnifique. Finalement, même s’il ne lui dirait pas, Dean avait eu raison de venir dans cet hôtel. En arrivant pourtant, il lui aurait bien arraché la tête. Prétextant sa phobie pour les avions, son cher grand frère lui avait fait une crise car l’hôtel qu’il avait choisi à El Paso était trop près de l’aéroport. Il avait pourtant pris le temps de lui expliquer que Fort Bliss était une base s’étendant sur environ quatre mille cinq cents kilomètres carrés et qu’il fournissait la plus grande zone d’espace aérien des Etats-Unis. Mais cette tête de mule avait préféré un petit hôtel à Sunland Park à trente minutes du fort. Ce qui, en fait, n’était pas une distance suffisante pour éviter à un avion de se cracher sur sa tête de cochon.

 

En fait, depuis qu’ils étaient arrivés, Dean avait une attitude étrange. Il lui cachait des choses et il n’aimait pas ça du tout.  Il l’avait même surpris au téléphone en train de donner un rendez-vous à quelqu’un et lorsqu’il l’avait questionné, ce sale menteur lui avait dit, assez sèchement et sans le regarder dans les yeux, de ne pas se mêler de sa « vie amoureuse » Pourquoi ? Ils sont frères, ils peuvent tout se dire. Quand il s’était aperçu que Dean lui avait caché les dernières paroles de leur père, il l’avait vécu comme une trahison même s’il comprenait les raisons de ce silence. Alors il était hors de question que cela se reproduise. Et maintenant, il avait une envie irrésistible de mettre les choses au clair avec lui.

 

            En se levant du banc il s’étonna de voir qu’il faisait vraiment jour à présent et se demanda quelle heure il pouvait bien être. En fouillant dans ses poches, il découvrit avec horreur qu’il n’avait pas son portable. Il l’avait laissé dans sa veste qui l’attendait bien sagement sur une chaise dans la chambre. Etant donné la douceur de la nuit, il n’avait pas jugé utile de la porter et était sorti si rapidement qu’il en avait oublié son téléphone. Il demanda à son voisin qui ne lui répondit pas et gardait son sourire béat plaqué sur le visage. Certainement la sénilité. Il se pressait à rentrer et manqua de heurter une magnifique femme brune au regard d’un bleu envoûtant. Il fallait qu’il lui parle. Il lui demanda l’heure. Elle le renseigna d’une voix douce et chaleureuse :

 

- Il est 8h23.

 

La réponse lui fit l’effet d’un électrochoc : ça faisait quatre heures qu’il était parti.

 

-   Dean va me tuer !

           

Pendant qu’il accélérait franchement pour rentrer, la belle brune se rapprocha du vieil homme :

 

-   Bonjour Tony.

 

            Il leva la tête et l’observa. Ses yeux reflétèrent l’envie et une extrême reconnaissance.

 

-   Tu es revenue ? Pour moi ?

 

-   Oui, nous avons été interrompus la dernière fois.

 

            Et elle commença à l’enlacer tendrement.


Lydean  (02.08.2009 à 19:04)

Chapitre III.

 

            Sam apercevait l’hôtel au loin. Contrairement à Sunland Park, il n’avait rien de bien génial mais ce qui était stationné devant attirait vraiment son attention. A côté de l’impala, il reconnut avec angoisse le pick-up de Bobby. Comment pouvait-il être là si vite ?

            C’est à ce moment-là que Dean sortit de la chambre. Il aperçut son petit frère et s’avança à grands pas décidés. Ses yeux, même à distance, reflétaient une angoisse qu’il avait eu, de toute évidence, beaucoup de mal à gérer. Tout en hurlant, il continuait ses grandes enjambées :

 

-   Nom de dieu, Sam. Ca fait trois plombes que je te cherche. T’étais où ? Tu vas bien ? Qu’est-ce que t’as foutu ?

 

            Pendant que la distance de sécurité qu’il avait instauré en s’arrêtant net rétrécissait trop rapidement à son goût, Sam essaya d’appliquer le plan élaboré sur le chemin du retour.

 

-   Je vais bien, t’inquiète pas ! Je suis juste allé faire un petit tour. J’ n’arrivais pas à dormir. J’ n’ai pas vu l’heure.

 

-   Et ton portable ? Bordel, mais qu’est-ce que t’as dans le crâne ?

 

      La distance de sécurité ayant été réduite pratiquement à néant, il était grand temps de passer à sa botte secrète.

 

-   Je suis vraiment désolé Dean. Je ne voulais pas que tu t’inquiètes.

 

-   Non, non, non ! Ce n’est pas la peine de faire tes petits yeux de chien battu …

 

   Alors là, ça allait faire mal et Sam ne put s’empêcher de commencer à plisser les yeux et d’esquisser une grimace, mais :

 

- … exceptionnellement … tu as le droit de faire ce que tu veux …  aujourd’hui … et je ne dirais rien ! Et laisse-moi te dire que tu as du bol sur ce coup-là, insiste-t-il en pointant son index sur le visage incrédule de son petit frère. Mais ne recommence jamais, tu m’entends, jamais !

 

- …Qu … Quoi ?

 

   Alors ça, il ne s’y attendait vraiment pas. Dean avait changé d’attitude en trois secondes. Et malgré la colère qu’il avait toujours du mal à dissimuler, il arborait un sourire un peu forcé mais franchement soulagé. Bobby, arrivé derrière lui, ne put s’empêcher de se moquer :

 

- Tu devrais voir ta tête ! Quand je vous dis que vous êtes des ahuris !

 

   Dean avait remarqué que Sam n’allait pas bien. Encore plus mal que d’habitude. Ses insomnies et le fait qu’il était toujours sur les nerfs alors qu’il était plutôt patient d’habitude avec lui, l’inquiétait au plus au point. Il avait donc décidé d’offrir à Sammy une journée « normalité » pour son anniversaire. Il en profiterait pour essayer de discuter avec lui.

 

- Tu choisis le resto pour midi parce que là j’ai vraiment la dalle ! Et cet après-midi j’ai pris des billets pour aller voir un match local à Las Cruces. Je t’aurais bien emmené à Las Vegas mais il a fallu que tu nous trouves une chasse dans un coin paumé et avec un aéroport en plus !

 

- Dean, c’est super sympa mais on ne peut pas laisser en plan la chasse en cours …

 

- Et tu crois que je suis là pour quoi du gland ? Lui demanda Bobby d’un air faussement outré.

 

- Je comprends, mais … J’sais pas … Toute cette histoire, c’est pas clair …

 

- Eh ! C’est moi le grand frère alors je décide. Et aujourd’hui j’ai décidé que c’était une journée normalité pour toi et moi. On y va.

 

   Sam préféra quand même, avant de partir,  faire un topo rapide de leurs investigations et termina par ses découvertes récentes.

 

- Quand est-ce que tu dors ? Lui demandèrent de concert Bobby et Dean avec un léger ton de reproche dans la voix.

 

- Et puisque c’est comme ça, interdiction d’emmener ton portable ! Ajouta Dean, toujours l’index pointé vers son cadet.

 

   Sam rappela alors à son grand frère ses dires : il pouvait faire ce qu’il voulait puisque c’était son anniversaire. L’aîné accepta à l’unique condition qu’il ne fasse aucune recherche pendant cette journée.

 

- J’ai encore une autre requête, lança Sammy avec un air malicieux.

 

- Vas-y !

 

- C’est moi qui conduis.

 

- Alors là, faut pas rêver. T’as pas dormi. Il est hors de question que tu conduises mon bébé.

 

Mais  devant les petits yeux suppliants de son cadet, il ne put s’empêcher d’ajouter :

 

- Bon ! Si tu veux, je t’autorise à mettre ta musique de daube. Mais tu ne conduiras pas !

 

- Deeaaan !

 

   Cinq minutes plus tard, Sam était au volant. Sur la route, ils croisèrent une ambulance. Elle allait chercher un homme très âgé,  non identifié, apparemment mort de vieillesse dans le parc de Sunland.

 


Lydean  (04.08.2009 à 09:09)

Chapitre IV.

 

   Ca faisait plus de deux heures que Sammy le traînait à droite et à gauche. A El Paso, ils avaient visité le musée des Arts et pire que tout, le musée War Eagle Air qui, comme son nom l’indiquait concernait un autre moyen de locomotion que les voitures ! Quand il lui avait dit « On va où tu veux », il avait espéré secrètement que son petit frère aurait choisi le Casino de Sunland Park. En plus, son ventre grognait reflétant la faim qui le tiraillait. Heureusement, même s’il « souffrait en silence », Sam avait trouvé sur son ordinateur portable une bonne adresse de resto à Las Cruces. Même côté passager, il ne s’était pas fait prié pour monter dans son cher bébé.

 

   Du coin de l’œil, il observait son cadet, concentré sur la route, silencieux, trop silencieux. Il jouait le jeu pour faire plaisir à son grand frère mais ce dernier n’était pas dupe. Il le connaissait et là, il sentait qu’il touchait le fond. Malheureusement, il n’arrivait pas à l’aider. En plus, depuis le début de cette chasse, il avait un sale pressentiment. Alors, il avait décidé de ne pas lâcher Sammy d’une semelle. Quand il s’était réveillé ce matin et avait découvert sa disparition, il s’était maudit de s’être endormi et son angoisse indescriptible s’était amplifiée au fil des minutes. Ses recherches et ses appels infructueux avaient déclenchés une panique générale. Seule l’arrivée de Bobby l’avait empêché de complètement péter les plombs. Maintenant, qu’ils étaient à nouveau tous les deux dans la voiture, il tentait de trouver un moyen d’engager la conversation. Il essuya son visage de la paume de sa main en suivant l’arrête de son nez de haut en bas et se lança :

 

- Tu sais, si Bobby trouve quelque chose ou s’il se passe quoi que ce soit, il nous appellera.

 

- Ouais, je sais.

 

 

- Et si tu me disais ce que t’as dans ta p’tite tête.

 

- Quoi ? Je ne vois pas de quoi tu parles.

 

   Sur ces mots, il jeta un œil discret à son grand frère qui le fixait intensément. Il ne pût que  céder :

 

- C’est rien … C’est juste que … je pense à Jess et à Ava.

 

- Je suis désolé pour Jess. Et on fait tout ce qu’il faut pour retrouver Ava. Arrête de te sentir coupable ! Une chose est sûre c’est que tu n’es pas responsable de ce qu’il leur est arrivé.

 

- Eh ben moi, j’en suis pas si sûr.

 

- Arrête, j’te dis ! Le seul responsable c’est ce putain de démon. On le trouvera et on le tuera. C’est promis Sammy.

 

   Le cadet avait très envie de lui répondre de faire attention à ses promesses mais il se ravisa et sourit imperceptiblement. Il estima que c’était le bon moment pour poser cette question qui lui brûlait les lèvres depuis quelques jours :

 

- Dean ?

 

- Quoi ?

 

- Toutes les petites cachotteries de ces derniers jours, c’était pour organiser cette journée, pas vrai ?

 

- D’après toi, banane ! Je voulais que ça reste une surprise.

 

   Cette fois-ci, l’aîné des Winchester eut droit à un vrai sourire, le premier depuis des mois.

 

   Arrivés au restaurant, l’ambiance était bien plus détendue même si Dean n’était pas naïf et sentait qu’il ne savait pas tout. A table, cela ne l’empêcha pas de dévorer tout ce qui se présentait sur la table, sous les yeux pourtant habitués, mais ébahis quand même, de Sam. Tout en engloutissant son déjeuner, ses yeux de « chasseurs » décelèrent une belle brune accoudée au comptoir du bar dans le patio voisin. Tous les signaux qu’elle lui envoyait ne présentaient aucune ambiguïté. En temps ordinaires, il n’aurait pas attendu et serait parti « en chasse » mais pas aujourd’hui. Il décida donc de se concentrer sur son assiette et de reprendre le cours du monologue que Sammy avait engagé sur l’importance des moyens multimédias mis à leur disposition dans leur activité. Passionnant !

                             

   Il était plus de quinze heures trente quand tous deux quittèrent le restaurant, remontèrent en voiture et se dirigèrent vers le stade. Ils n’avaient toujours pas de nouvelles de Bobby, ce qui était plutôt bon signe. Toutefois, avant de prendre la route, Sam fit mine d’aller aux toilettes et appela son ami pour s’assurer que tout allait bien.

 

- Quoi ? Qu’est-ce que tu crois ? Bien sûr que tout va bien ! Je chassais alors que tu portais encore des couches. Et, non ! Je n’ai rien de nouveau. Alors profite de ta journée et m’appelle plus !

 

   Rassuré, il rejoignit son grand frère, adossé à la Chevrolet. Alors qu’ils se disaient mutuellement que finalement cette journée n’était pas si mal, ils ne firent pas attention qu’il n’y avait plus de jolie brune aux yeux bleus au bar. En revanche, sous l’Impala, une ombre noire s’agrippait au châssis grâce à ses membres postérieurs. Sa tête démesurée effectuait des mouvements rapides et saccadés. Appréciait-elle la vitesse du véhicule grâce à ses yeux protubérants et très écartés qui lui permettaient une excellente vision en relief ? Ou écoutait-elle la conversation dans l’habitacle par l’intermédiaire de ses organes auditifs situés au sommet de ses antennes ? Ses pattes antérieures étaient repliées comme pour prier telle une mante religieuse guettant patiemment sa proie.


Lydean  (06.08.2009 à 10:13)

Chapitre V.

 

- Tu rigoles ? On sort juste de table ! Le match va commencer. Tu mangeras plus tard.

 

- Attends Sammy ! Il faut prendre des provisions au cas où. Un match c’est long.

 

   Mais il n’avait pas du tout envie d’attendre et commença à se diriger vers les tribunes. De toute façon, ils avaient des places attribuées donc son « estomac-sur-pattes » de frangin le retrouverait bien.

 

   Dean  ne savait que choisir. Sur les étalages, cheeseburgers et hot-dogs tout chauds se disputaient la place avec les glaces et les bonbons. De surcroît, il y avait des paquets géants de M&M’s et, à la buvette, on pouvait voir qu’ils vendaient de la bière pression. Devant ce paradis de nourriture et de boissons, le dilemme était grand. Et s’il prenait un peu de tout ?

 

- Qu’est-ce qui te fait envie Sammy ?

 

   L’absence de réponse le fit se retourner.

 

- Sam ? … Où est-ce qu’il est encore passé ? … Sam !

 

   Oubliant son hypothétique faim, il se précipita vers les tribunes. Personne. Jeta un coup d’oeil rapide aux alentours. Personne. Fouilla les toilettes. Personne. Retourna à la voiture. Personne. L’appela sur son téléphone portable. Sonneries. Messagerie.

 

- C’est pas drôle Sammy ! Putain, t’es où ?

 

*****

 

   Sam avait repéré facilement sa place. Son frère ne s’était pas foutu de lui. Ils étaient au premier rang en position centrale. Pour un match local, les gradins étaient pratiquement combles et d’autres spectateurs arrivaient par flots.  Les cheerleaders étaient entrées sur le terrain et allaient faire leur show. C’est Dean qui allait être dégoûté s’il n’arrivait pas à temps pour les admirer ! Perdu dans ses pensées, il ne s’était pas aperçu qu’une magnifique femme s’était installée à ses côtés et le dévisageait. Mais un parfum léger et envoûtant détourna son attention. Ses yeux accrochèrent alors son regard d’un bleu profond et il ne put que balbutier :

 

- Je … Je vous connais ?

 

   Avec un magnifique sourire enjôleur, elle lui prit délicatement la main et l’entraîna près des vestiaires puis sous les tribunes. Malgré sa taille et sa force imposantes, il était totalement désarmé face à cette femme toute fluette d’une quarantaine d’années. Il laissa ses longs cheveux ébène lui caresser le visage. Il ne put détacher son regard de ses yeux  bleus, intenses. Elle commença à le caresser tendrement. C’est à ce moment précis que son téléphone se mit à sonner. Il y jeta un coup d’œil rapide. Dean. Tant pis, après tout c’était son anniversaire. Elle commença à l’enlacer. Il laissa tomber le téléphone. Elle l’embrassa. Il n’entendit plus les sonneries incessantes.

 

*****

 

- Tu vas répondre oui !

 

   Son portable collé à l’oreille, Dean progressait rapidement dans le stade, attentif au moindre signe de Sam. Arrivé près des vestiaires, il crut entendre une sonnerie. Il rappela et reconnut la sonnerie. C’était bien celle du  téléphone portable de son frère. Il passa la porte et distingua deux silhouettes enlacées dans un coin sous les tribunes. Il se rapprocha essayant de distinguer l’éventuelle présence de son cadet dans la pénombre.

 

- Sam ?

 

   Pas de réponse. Il était tout près à présent et ses yeux commençaient à s’habituer à l’obscurité. Il identifia sans aucun doute possible la silhouette de son frère, reconnut sa chemise et vit son téléphone sur le sol.

 

- Sam ! Tu pourrais répondre quand je t’appelle !

 

   Persuadé que quelque chose clochait, il empoigna son frère par la chemise et l’arracha à l’étreinte de sa sangsue. Il dut déployer une telle force que son cadet fut projeté au sol. A présent, la femme l’observait de ses yeux devenus globuleux, méchants. Il la fusilla du regard et lui tira à bout portant une balle dans le crâne entre les deux yeux. La tête avait été violemment projetée en arrière. Elle se balançait de droite à gauche le long du dos, toujours accrochée par un cou démesurément allongé, quand elle reprit sa place au bout de quelques secondes comme si de rien n’était. Encore sous le choc, Dean ne s’était pas aperçu que son cadet s’était relevé. Contre toute attente, Sam se  jeta sur son aîné. Surpris, ce dernier reçut plusieurs coups avant de réagir. Mais il finit par prendre le dessus et immobilisa son petit frère sur le sol, lui plaquant les deux mains au-dessus de la tête et lui imposant tout son poids sur la poitrine.

 

- Ca suffit ! Calme-toi ! C’est moi !

 

   Quelques secondes suffirent pour que le cadet retrouve ses esprits.

 

- Dean ?

 

- …

 

- Dean ! … C’est bon ! … J’suis calme. Laisse-moi me relever. … S’il te plait. Tu me fais mal. … j’étouffe. …  Dean ! Pousse-toi !

 

   Il ne pouvait pas. A quelques centimètres de la tête de son Sammy, il essayait de comprendre. C’était bien son frère pourtant mais à présent, il avait les tempes grisonnantes, des rides marquées sur le front et de nombreux petits plis s’éparpillaient autour de ses yeux et de sa bouche.

 

- Dean ! Tenta à nouveau Sammy.

 

   L’aîné des Winchester se redressa brusquement et se tourna vers la créature juste à temps pour l’apercevoir se métamorphoser et filer.

   La magnifique femme avait muée en une énorme bête vert foncé, presque noire. En écartant ses bras dans un geste défensif, elle avait développé de nouveaux membres. Puis, en ouvrant une large bouche formant un « o » distordu, elle avait émis un cri perçant avant de se plaquer contre le mur.  Grâce à ses pattes adhérentes à la paroi, elle avait progressé rapidement le long de celle-ci. Enfin, elle avait tourné sa tête à cent quatre-vingts degrés pour les fusiller du regard avant de disparaître complètement.


Lydean  (08.08.2009 à 10:41)

Chapitre VI.

 

   L’impala touchait à peine l’asphalte sur la route qui les ramenait à l’hôtel. Sam raccrocha après avoir raconté les derniers événements à Bobby. Il n’avait pas omis le passage « bête maléfique » que son frangin lui avait raconté bien que lui n’ait absolument rien vu. Son aîné devait exagérer comme d’habitude.  Il jeta un œil rapide au conducteur extrêmement soucieux à côté de lui. Les cinquante minutes qui les séparaient de l’hôtel paraissaient interminables à Dean. Il n’avait qu’une idée en tête : protéger son cadet tout en  détruisant cette chose qui avait osé s’en prendre à lui.

 

- Te prends pas la tête, je vais bien. Elle ne m’a fait aucun mal.

 

   Pour toute réponse, le grand frère tourna d’un geste brusque le rétroviseur intérieur. Sam se retrouva nez à nez avec son reflet … à quinze ou vingt ans près ! Il retroussa son nez, boudeur. D’accord, il avait « un peu » changé mais il se sentait bien. Il tenta d’argumenter :

 

- Ce que je veux dire, c’est qu’on aurait peut-être pu rester là-bas … pour mieux la chasser.

 

- On ne sait rien de cette chose Sam. Et je te rappelle que les balles ne lui font pas plus d’effet qu’une piqûre de moustique. Alors, pour le moment, on s’éloigne d’elle et on se renseigne.

 

- Mais c’était peut être notre seule chance de l’avoir ... Et puis qu’est-ce qui te dit qu’elle ne va pas fuir maintenant ? Hein !

 

   Dean se tourna vers son frère et son regard plus qu’éloquent fit régner le silence dans l’habitacle.

   Sam aurait tellement aimé que son aîné ressente son bien-être. Cela faisait des mois qu’il ne s’était pas senti aussi bien. C’était comme si plus rien n’avait d’importance. Le poids de la culpabilité, la crainte de l’avenir, l’angoisse de sa destiné, tout s’était envolé. La seule chose qui le contrariait était de s’éloigner de la seule personne qui avait réussit à le soulager. Il fallait absolument que Dean le laisse la retrouver. Pour ça, il devait réfléchir aux meilleurs moyens d’y parvenir. Il envisagea dans un premier temps de rassurer son protecteur, franchement trop angoissé à son goût, et détendre l’atmosphère.

 

- En fait, t’es jaloux !

 

- Quoi ?

 

- Ben ouais : maintenant c’est moi le plus vieux. Je suis le grand frère alors … c’est moi qui décide !

 

   Dean ne put résister au magnifique sourire malicieux qu’affichait son cadet.

 

- Bitch !

 

- Jerk !

 

***

 

   Arrivés à l’hôtel, ils retrouvèrent Bobby plongé dans les bouquins.

 

- Je crois que j’ai trouvé quelque chose. Il désigna un grand livre ancien qu’il tourna vers les deux frères. Tout ce que vous m’avez raconté me fait penser aux walkyries.

 

- Les quoi ? Je croyais que c’était un cocktail à base de rhum blanc ?!?

 

   Sam lança un regard dépité à son grand frère et précisa :

 

- Pas un daïquiri, des walkyries. Ce sont des divinités guerrières de la mythologie nordique.

 

- Sam a raison. Pour les scandinaves, ces femmes avaient la vie éternelle. Elles emmenaient les valeureux guerriers morts au combat, au Walhalla. C’est une sorte de grande salle resplendissante d’or, au toit recouvert de boucliers. Tous ceux qui avaient été choisis s’y préparaient pour la bataille finale du Ragnarok.

 

- Vous oubliez quelque chose, les deux geeks. Les walkyries sont censées être des belles vierges montant des pégases. Et ce que j’ai vu à Las Cruces n’avait rien de beau ni de vertueux et c’est pas un étalon qu’elle s’apprêtait à monter.

 

   Sur ces mots, Dean adressa un regard entendu à son frère qui ouvrit des grands yeux ronds de surprise.

 

- Ben oui, je sais lire ! Rajouta l’aîné des Winchester en désignant le livre ouvert sur la table.

 

- Oui mais c’est tout ce qu’on a pour le moment, reprit Bobby, et si c’est ça, il faut découvrir comment la détruire et il n’y a rien dans le bouquin.

 

- On trouvera bien au bon moment. Je pense que le plus important actuellement et de la retrouver … avant qu’elle ne s’attaque à quelqu’un d’autre.

 

   Dean lança un oeil suspicieux à son petit frère qui évitait son regard.

 

- Ben quoi ? On est là pour chasser cette chose, non ? Demanda le cadet d’un air mal assuré.

 

- Depuis que je t’ai arraché à ses griffes, tu ne penses qu’à aller la retrouver.

 

- Nan, répondit Sammy un peu trop rapidement et en évitant soigneusement de croiser le regard de son grand frère qui continuait de le fixer en attendant la bonne réponse.

 

- Si, … mais c’est plus fort que moi, se justifia-t-il tant il sentait la colère monter en Dean.

 

- Ouais ! Et ben on ne peut pas faire n’importe quoi. Et moi j’ai une question subsidiaire : Comment on fait pour que tu retrouves ton corps de gamin ?

 

- Peut-être que quand on l’aura détruite, je redeviendrai comme avant.

 

- C’est bien le problème : On n’est sûr de rien ! Et de toutes façons, comment tu comptes la retrouver ?

 

- Peut-être qu’on est comme … disons connecté. J’veux dire, si elle a commencé, elle peut … peut-être … me retrouver.

 

- Donc, tu servirais d’appât ? C’est non, Sammy ! D’autant plus qu’on ne sait toujours pas comment anéantir cette chose.

 

- Mais c’est mon anniversaire. T’as dit que je …

 

- C’est non !

 

- Tu oublies que le grand frère maintenant c’est moi et …

 

   L’heure n’était plus aux plaisanteries et la lueur dans les yeux de Dean venait de stopper net le discours de son petit frère. Bobby, resté en retrait pendant l’échange des deux frangins, prit la parole.

 

- Sam a peut-être raison. Si c’est la seule façon d’attirer cette créature, ça vaut le coup d’essayer avant qu’elle ne se fasse la malle.

 

- J’ai dit non ! Tout ce que vous me servez tous les deux c’est des « si » et des « peut-être ». Alors laissez-moi parler le même langage : Si on s’est planté sur la créature et si on est incapable de la détruire alors peut-être qu’elle va achever son boulot et que Sammy va se retrouver au Walhalla ou je ne sais où ! Le bilan ici, c’est qu’il sera mort ! Alors c’est non ! Et je ne reviendrai pas là-dessus !

  

   Il se détourna, non sans leur avoir lancé un regard incendiaire de mise en garde. C’est à cet instant précis que Sam trouva un moyen infaillible pour que son frère le lâche et qu’il puisse enfin retrouver sa « Déesse ».


Lydean  (09.08.2009 à 10:25)

Chapitre VII.

 

- Et ben moi je dis qu’on prend le risque ! Affirma-t-il sur un ton de défi.

 

   Dean regarda son cadet, abasourdi par ce qu’il venait d’entendre.

 

- Et puis si je meure, qu’est-ce que ça peut faire de toutes façons ?

 

   L’aîné se rapprocha et se planta devant lui. Qu’est-ce qu’il lui prenait tout à coup ? D’aussi loin qu’il se souvenait, jamais son petit frère n’avait eu une attitude aussi provocatrice envers lui. En le fixant, il ne put définir le sentiment qui l’assaillit. C’était comme si, du plus profond de lui-même, Sammy essayait de lui envoyer des signaux de détresse. Mais ce dernier soutenait son regard et lui donna le coup de grâce :

 

- Réfléchis bien ! C’est pratique pour toi … Elle fera le sale boulot à ta place. Comme de toutes façons tu ne seras pas foutu de tenir ta promesse … T’es sadique au point de me regarder sombrer sans lever le petit doigt … C’est pourtant pas si difficile d’appuyer sur cette foutue gâchette … Combien de fois tu l’as fait pour les autres monstres ?!? … Je vais devenir comme eux … On le sait tous les deux. Tu te caches derrière le fait que tu veux me protéger mais en fin de compte, tu es faible. Tu sais quoi ? Si papa était encore en vie, il l’aurait fait lui ! Dire qu’il s’est sacrifié pour un lâche !

 

   Là, s’en était trop. D’ordinaire, il n’aurait pas attendu la fin de cette tirade et aurait aligné son frangin. Ce qu’il venait d’entendre de la bouche de la personne la plus importante à ses yeux lui faisait vraiment mal. Il sentait malgré tout que quelque chose clochait. En colère et désorienté, il décida de tourner les talons et quitta la pièce en claquant la porte.

   Bobby qui venait d’assister à la scène restait cloué sur place. Il observait incrédule ce grand gamin de cinquante ans dont les yeux commençaient à briller sérieusement. Il fronça soudainement les sourcils et se posta à quelques centimètres du visage de Sam. Celui-ci mettait un soin tout particulier à éviter le regard réprobateur de son ami qui explosa :

 

- Putain mais qu’est-ce qui t’a pris ? Je ne sais pas si c’est cette poufiasse qui te fait réagir comme ça mais tu ferais bien de changer d’attitude parce que si ton frangin ne le fait pas moi je me ferais un plaisir de te botter le cul !

 

   Voyant que celui qu’il considérait comme un fils ne réagissait pas, Bobby essaya de le secouer mais rien n’y faisait. Perdu, il sortit à la recherche de Dean.

   Enfin seul, Sam tentait de reprendre sa respiration. Il se maudissait pour ce qu’il venait de faire. Le regard affligé de son aîné le hantait. Jamais il ne pourrait lui pardonner. Mais il n’avait pas eu le choix. Dean ne le lâchait pas d’une semelle comme un chewing-gum collé sous une chaussure. Son irrépressible envie de rejoindre celle qui soulageait ses souffrances avait pris le dessus. Et malgré tout, il restait là, planté comme un idiot, laissant s’écouler de grosses larmes de remords. Il n’avait pourtant pas de temps à perdre. Il sentait qu’elle l’attendait. Alors il jeta un œil par l’unique fenêtre de la chambre. Devant lui, sur le parking, son grand frère était plongé dans le coffre de son bébé. Il devait assurément vérifier et astiquer ses armes. C’était ce qu’il faisait en général pour se calmer ou pour réfléchir. Il n’y avait pas de trace de Bobby. Il était certainement parti faire un tour après que Dean l’ait renvoyé balader. Se sentant soudain libre de ses mouvements, il se faufila par la petite ouverture de la salle de bain, non sans avoir au préalable gribouillé un petit mot. Il le laissa bien en évidence sur la petite table à côté de la porte d’entrée :

 

Je suis désolé.

 

***

 

   Sam marchait rapidement vers le lac de Sunland. Il faisait nuit mais il se repérait facilement. Il avait fait le trajet dans des conditions identiques le matin même. Ou presque. La nuit dernière, ses préoccupations étaient tout autres. Comme d’habitude, il se morfondait en pensant à Jessica et à Ava. De plus, il essayait de comprendre à quoi étaient dues toutes ces disparitions. Et pire que tout, il revoyait en boucle le cauchemar qui l’avait réveillé en sursaut. Maintenant, avec tout ce qui venait de se passer, ses tourments avaient quelque peu changés. Jess et Ava n’étaient plus qu’un lointain souvenir, anodin. L’énigme était en partie résolue. Quant au monstre qui sommeillait en lui, ne venait-il pas de se réveiller ? Il fallait vraiment être démoniaque pour faire autant de mal à la personne qui mettrait sa vie en jeu pour vous. Il accéléra et se mit finalement à courir. Il espérait que ses sens ne le trahissaient pas. Si tout allait bien, il devrait la retrouver là-bas. Il le sentait. Elle l’appelait. Et après ce qu’il venait de dire à son frère, il avait besoin plus que tout de ressentir le bien-être qu’elle lui procurerait. Qu’elles qu’en soient les conséquences.

 

   Arrivé près du banc, il la vit enfin. Hors d’haleine, il s’approcha d’elle. Avec un soupir de soulagement, il la caressa précautionneusement du bout des doigts. Un simple sourire aux lèvres permit à la magnifique créature de l’attirer contre elle. Elle l’entoura de ses bras. Il resserra l’étreinte.

 

   Enfin, ce sentiment de plénitude l’envahissait à nouveau. Les angoisses et les remords s’évanouissaient un à un. Il l’admira les yeux pleins de gratitude. Elle souriait. Les traits de son visage angélique s’affinaient. Ne rajeunissait-elle pas de minutes en minutes ?

   De son côté, ce bel et grand jeune homme se recroquevillait petit à petit. Ses articulations perdirent de leur mobilité et il commença à tousser. Chaque inspiration était de plus en plus difficile. Pourtant sportif, il ressentait des courbatures tout le long de son corps. De même des crampes sournoises s’insinuaient dans ses mollets et ses cuisses. Elles eurent pour conséquence de lui faire plier ses genoux douloureux. Sa respiration sifflante devenait irrégulière. Il savait qu’il approchait de la délivrance. Il ne pouvait se résoudre à s’éloigner d’elle. Il avait encore cette image incrustée dans sa mémoire. Le regard de son aîné continuait de le hanter. Il décida que sa dernière pensée serait pour lui, pour Dean, pour son grand frère. Et il s’enfonça dans le tunnel, se dirigeant vers cette magnifique lumière salutaire. Son corps meurtri s’effondra.

 


Lydean  (10.08.2009 à 10:41)

Chapitre VIII.

 

   Encore une fois Dean avait suivi son instinct. La méchanceté des propos de son cadet n’était pas gratuite. Il devait avoir une idée derrière la tête et l’aîné voulait en avoir le cœur net. Il était sorti pour se calmer et réfléchir. Depuis sa rencontre avec cette horreur, Sam n’était plus le même. Sa seule obsession était de la rejoindre. Il arriva rapidement à la conclusion que son petit frère cherchait à l’éloigner de lui pour aller la retrouver librement. Il aurait voulu l’assommer un bon coup et l’attacher solidement pour le garder en sécurité. Mais il savait pertinemment que cette solution n’était que provisoire. Son cadet s’échapperait tôt ou tard et il n’aurait peut être pas les moyens de le secourir. Il fallait absolument détruire cette chose qui l’avait envoûté. Il décida donc d’épier son cadet qui le mènerait sans nul doute à sa cible. Lorsque Bobby quitta la chambre à son tour, il lui demanda de surveiller discrètement l’arrière du bâtiment. Dans le coffre de l’Impala, il s’était empressé d’amasser quelques armes tout aussi insolites que variées dans un vieux sac. Puis il avait retrouvé silencieusement son ami au moment où le plus jeune des Winchesters s’échappait par la fenêtre. Ils l’avaient suivi difficilement dans l’obscurité, à bonne distance.

   Tout en marchant, Dean essayait de trouver un moyen d’anéantir la créature. Il avait envisagé de la cramer. Si cela n’était pas suffisant, il la découperait en petits morceaux qu’il enterrerait à plusieurs centaines de kilomètres les uns des autres. A côté de lui, son vieil ami affichait un visage concentré, voire crispé.  Lui aussi devait envisager différents scénarios. Il devait certainement être aussi inquiet que lui. La tension du duo était palpable : Ni l’un ni l’autre n’était sûr de son plan « Anéantissement total de la sale bestiole » et surtout aucun d’eux ne savait ce qu’il adviendrait de Sammy.

 

   Soudain le plus jeune des Winchester se mit à courir. Les deux amis le suivirent tant bien que mal à travers les broussailles avoisinantes pour ne pas être repérés. Arrivé près du lac, il n’avait fallu à Sam que quelques secondes pour rejoindre ce monstre alors qu’ils avaient perdu du temps à se dégager des ronces. Toutes les idées de sauvetage s’envolèrent à la minute où l’aîné parvint enfin au banc et qu’il vit son cadet s’effondrer.

 

   Horrifié par cette scène, Dean  restait planté, le souffle coupé. Bobby lui fit reprendre ses esprits avec une bonne claque derrière la tête.

 

- Dean ! Bouge ! Lui cria-t-il.

 

   La créature leur tournait le dos. Accroupie près de Sam, elle redressa la tête selon angle impossible pour un simple être humain afin de les regarder, amusée, un sourire victorieux aux lèvres. Bobby se rua sur un Sam centenaire et amoindri et le tira pour l’éloigner de sa faucheuse.

 

- Dean ! Il est vivant ! Magne-toi, nom de dieu !

 

   L’espoir lui revint soudainement et la vision de l’état déplorable de son petit frère le mit dans une rage folle. Il attrapa ce dont il avait besoin dans son sac, s’approcha de cette femme qu’il ne trouvait décidément plus jolie du tout, lui rendit son sourire et, de sa main droite, il frotta la petite roue métallique sur la pierre à briquet. L’étincelle produite alluma le jet du spray qu’il tenait dans sa main gauche. La sale bête s’enflamma instantanément.

 

   Sammy ne s’aperçut pas que Bobby venait de l’éloigner des membres de la mante religieuse géante qui l’avait emprisonné. Il ne vit pas non plus les grandes flammes qui arrachaient des cris horrifiés à ce monstre désarticulé sous l’effet de la douleur. Même si c’était le visage de la belle brune qui était embrasé, ses yeux d’un bleu profond étaient exorbités. Les multiples facettes qui les recouvraient reflétaient à travers l’incendie un homme armé d’une bombe insecticide et d’un briquet. Sa tête commença à vaciller et se mit soudain à faire des tours complets jusqu’à ce qu’une lueur bleue, légèrement dorée perça son torse cambré et s’élança vers le ciel. Elle se démantelait tout en se consumant au grès des flammes.

   Pendant ce temps, le vieil homme rabougri, en position foetale sur un petit coin de pelouse, s’étoffait et se redressait. Un à un ses muscles reprirent leur forme. Il pouvait sentir les forces lui revenir. Les brûlures dues à sa respiration s’estompèrent. Son visage redevenu presque juvénile se crispa en une grimace quasi comique : son odorat était également revenu ! Lorsque ses paupières daignèrent s’ouvrir, la première chose qu’il vit était son frère à côté d’un immense brasier. Il avait l’air d’aller bien et à ses yeux c’était l’essentiel. Il commença à se redresser difficilement tant les deux mutations qu’il avait subies avaient été éprouvantes.

 

- Bonjour la Belle au bois dormant ! Entendit-il.

 

   Son vieil ami se tenait près de lui. Il arborait un large sourire de soulagement et lui tendait une main secourable. Il l’aida à se mettre debout.

   Même s’il surveillait ce qui restait de la chose près de lui, Dean ne pouvait détacher ses yeux de son frère. Il avait observé sa métamorphose et ce n’est que lorsqu’il le vit debout à côté de Bobby qu’il s’intéressa de nouveau au truc fumant sur sa gauche. Finalement, même s’il ne lui dirait jamais, sa tête de mule de frangin avait eu raison. La mort de la créature avait engendré son rétablissement.

 

   Un peu en retrait, les deux amis observèrent l’aîné qui vérifiait minutieusement que ce petit tas de cendres n’ait pas la bonne idée de se remettre à bouger. Tout à sa tâche, il ne pouvait s’empêcher de jeter régulièrement un œil à son cadet et à celui qui faisait figure de père à ses yeux. Ils allaient bien. Ce n’était pourtant pas gagné d’avance mais c’était tout ce qui comptait. Le sourire malicieux qu’il afficha sur son visage noir de cendres montrait à quel point il était soulagé. Devant la tête interloquée de son « à nouveau jeune » frère, il expliqua avec sa petite moue désinvolte :

 

- J’ai pensé que, comme elle venait du nord, elle n’aimait peut-être pas les grosses chaleurs !

 


Lydean  (11.08.2009 à 12:29)

Epilogue.

 

   Il se souvenait de tout. Très mal à l’aise, Sam avait compris que Dean ne l’avait pas quitté des yeux pour le protéger, malgré les horreurs qu’il avait pu lui dire.

   Le chemin du retour avait été plutôt silencieux et en arrivant tout le monde n’avait eu qu’une envie : prendre une douche. Ils n’avaient donc pas encore abordé le sujet et le cadet se morfondait sur sa chaise.

   Alors que Dean avait réintégré la chambre et se frictionnait les cheveux encore dégoulinants avec une serviette, Bobby prit sa place dans la salle de bain. C’est avec une certaine appréhension que le plus jeune des Winchester se lança :

 

- Dean ?

 

- Ouais, lui répondit l’intéressé en se retournant vers lui.

  

   Il vit alors que son cadet était tassé sur une chaise, la tête rentrée dans les épaules et ses yeux étonnamment brillants avaient la fâcheuse tendance à se dérober pour mieux observer ses mains. Il détestait le voir comme ça.

 

- Je suis …

 

- Laisse tomber Sammy !

 

- Non ! Ce que je t’ai dit … je savais que ça te ferait du mal ... À ce moment-là, je voulais plus que tout aller la retrouver et pour ça il fallait que tu me lâches. Je savais qu’avec toi dans les pattes, je ne pourrais pas y aller … Tu comprends ?  … Mais ce qu’il faut que tu saches c’est que je n’en pensais pas un mot … mais alors pas du tout …

 

- Je le sais. Alors arrête de te prendre la tête. Et c’est un ordre de ton grand frère. Commanda-t-il d’un ton faussement autoritaire, tout en pointant son index sur son frangin.

 

   Le sourire contrit de Sammy lui rappela qu’il devait aborder un sujet délicat avec lui. Certaines paroles ne lui avaient pas échappées et il devait mettre les choses au clair rapidement. Il se passa la main sur le visage et se lança :

 

- Sammy … Tu n’es pas un monstre et tu ne le deviendras jamais. J’y veillerai et tu sais que tu peux compter sur moi.

 

   Il avait appuyé sur certains mots, tentant de faire réagir son petit frère. Mais, le voyant repiquer du nez vers ses mains, il ajouta :

 

- Sam ! Sammy ! Dis quelque chose !

 

- J’ai encore fait le même cauchemar, Dean.

 

- Quel cauchemar ? Celui avec Jessica ?

 

- Non.

 

   Il aurait préféré ne pas avoir à le raconter. Mais maintenant qu’il avait commencé, son grand frère ne le laisserait pas se dérober. D’ailleurs, celui-ci attendait patiemment la suite tout en le fixant.

 

- Je … Enfin … Dans mon rêve, je suis démoniaque. Mes yeux deviennent noirs et j’ai ce sourire mauvais sur le visage … Et toi, tu es en face de moi et tu hurles de douleur … Je te fais souffrir  … C’est moi qui fait ça … Jusqu’à ce que tu meures … Et je me réveille en imaginant qu’un jour peut être …

 

- Alors là, je t’arrête tout de suite ! Ton cauchemar là, c’est pas une prémonition. C’est ta conscience qui te martyrise. Je savais que j’aurais dû garder les dernières paroles de Papa pour moi.

 

- Non Dean ! T’as bien fait.

 

- Mais regarde dans quel état tu te mets ! Arrête de te torturer ! Tu es Sammy, mon petit frère et il n’y a rien qui puisse changer ça … Bordel, est-ce que tu te rends compte que tu as plus de conscience que moi ? Si toi tu es démoniaque alors moi je suis Lucifer ! … Et puis dis donc, j’suis pas une chochotte ! Essaie un peu de t’en prendre à moi ! J’te préviens, j’te f’rai bouffer tes chaussettes !

 

   A ces mots, Sam ne put s’empêcher de pouffer. C’est qu’il en était capable ! Même dans les pires moments, Dean savait trouver les mots pour dédramatiser. Soulagé, il le regardait avec des yeux remplis de reconnaissance. Celui-ci souriait d’un air malicieux heureux d’avoir apparemment apaisé ses tourments. Mais lorsqu’il se retourna pour balancer sa serviette sur le lit, le plus jeune l’entendit soupirer.

 

- Quoi ? Demanda le cadet, à nouveau inquiet.

 

- j’ai complètement merdé aujourd’hui.

 

- Quoi ? Redemanda-t-il, éberlué.

 

- C’était censé être une journée normale. Je voulais que tu te détendes un peu, que tu penses à autre chose … Et bien sûr, ça a foiré !

 

- Ben, si on fait le résumé de la journée : on était sur une chasse, je me suis fait piéger et tu m’as sauvé. Pour moi, c’est une journée normale. En bonus, j’ai conduit ta caisse, visité des musées en t’y traînant de force, mangé ailleurs qu’au MC Do et enfin, j’ai réussi l’irréalisable : tu n’as mangé qu’une seule fois dans la journée ! Si on oublie, la frayeur que je t’ai faite ce matin et les horreurs déballées tout à l’heure, c’était vraiment une excellente journée. Et si ça peut te rassurer, j’ai vraiment sommeil et je suis sûr que je vais bien dormir. Alors … Merci.

 

   Le magnifique sourire qui apparut sur le visage de Dean fit écho à celui rassuré et plein de reconnaissance de son petit frère.

 

- De rien … T’es sûr que t’as envie de dormir là ! Parce que, à propos de manger, on pourrait peut-être se faire une petite part de tarte pour fêter ça ?!? Oh ! Au fait, joyeux anniversaire, banane.

 

 

FIN

 

 

[ Juste quelques mots pour remercier tous ceux qui ont pris le temps de lire ma première fic. N’hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Les critiques permettent de progresser.

Un grand merci à Ouiamsammy et Hécate pour leurs commentaires encourageants et à Angelgym ]


Lydean  (11.08.2009 à 12:34)

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