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Série : Supernatural
Création : 11.08.2009 à 15h02
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Pour tous ceux qui, comme moi, ont vu la saison 4 et n’en peuvent plus d’attendre le 10 septembre ! Enjoy ! » Lydean
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Chapitre 9
Le Dr. Logan habitait dans une maisonnette située dans un quartier résidentiel excentré de Saginaw. La répartition des monuments d’art sacré témoignait de la cohabitation entre deux cultures : juive et chrétienne. On y trouvait d'une part une église et un cimetière catholique et de l'autre une synagogue. La rue principale mariait les différentes devantures commerciales à merveille. Ce lieu avait tout du petit coin tranquille où les habitants menaient une vie agréable. Le ronronnement de l’Impala s’arrêta devant une jolie petite barrière blanche qui aurait néanmoins eu besoin d’un bon coup de pinceau. L’herbe atteignait pratiquement les genoux des deux Winchester qui avoisinaient le mètre quatre-vingt dix. Autant dire que cette brousse aurait chatouillé les aisselles d’un enfant de dix ans. Mais le manque d’entretien n’empêchait nullement de constater le potentiel de la petite demeure.
Sur le seuil et toujours vêtus de leur costume, les deux agents vérifièrent l’adresse puis sonnèrent à deux reprises. Au bout de quelques minutes et alors qu’il pensaient la maison délaissée de ses habitants, un homme d’une trentaine d’année vint leur ouvrir. Sa chevelure s’accordait parfaitement avec l’état de sa pelouse. Il regardait au dessus de ses lunettes posées négligemment au bout de son nez. Tout comme la maison qu’il habitait son apparence extérieure cachait un bel homme. Peu avenant, il avait, malgré tout, l’air intelligent et cultivé.
- C’est pour quoi ? Demanda-t-il sèchement tout en les étudiant sous toutes les coutures.
- M. Logan ? L’homme acquiesça d’un signe de tête. Agents Grant et Ulrich de la santé publique. Nous aimerions vous poser quelques questions. Pouvons-nous entrer ? Demanda le plus grand avec un sourire qui se voulait rassurant.
- J’vois pas pourquoi je devrais vous laisser entrer. Qu’est-ce que la santé publique me veut ?
Il était vrai que les services de l’hygiène auraient été plus indiqués dans ce cas précis, pensa Sam. Dean, qui n’appréciait pas plus que ça le ton employé par cet homme reprit :
- M. Logan, nous avons parlé à votre femme hier et à sa famille aujourd’hui. Nous enquêtons sur la série de meurtres qui a eu lieu récemment et nous aimerions avoir votre point de vue.
- Je n’ai rien à dire. Bonne journée messieurs. Et il leur ferma la porte au nez.
Alors que Dean réfrénait une envie furieuse de défoncer l’entrée du logement ainsi que la tête de ce sale petit prétentieux, Sam, déconcerté, se tourna vers lui et demanda :
- Et qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
Trente minutes plus tard, M. Logan sortait précipitamment de sa maison. Il venait de recevoir un appel urgent d’un collègue de son épouse qui l’informait qu’elle avait fait un malaise et qu’elle demandait à le voir. Très inquiet pour la femme de sa vie, il saisit ses clés, sortit hâtivement, s’énerva sur la serrure qui ne voulait décidément pas se refermer, traversa la brousse qui lui servait de jardin, s’engouffra dans sa voiture et démarra en trombe direction l’hôpital.
Non loin de là, dans l’Impala, l’aîné des Winchester venait de raccrocher son téléphone portable, visiblement satisfait.
- Le temps qu’il fasse le trajet et qu’il s’aperçoive qu’il s’est fait berner, ça nous laisse une bonne heure et demie, assura son cadet tout sourire.
Ils sortirent de la voiture et se dirigèrent vers la bâtisse désertée tout en jetant quelques coups d’œil aux alentours. Tout avait l’air calme. Les lampadaires s’allumèrent doucement alors que le soleil n’était pas encore couché. Des odeurs succulentes s’échappaient des fenêtres des voisins qui devaient, de toute évidence, préparer le dîner. L’estomac de Dean se mit à grogner, lui rappelant les heures qui s’étaient écoulées depuis sa dernière collation.
- N’y pense même pas, l’avertit son cadet. On n’a pas le temps pour ça.
- J’ai rien dit ! S’offusqua son aîné.
Bougonnant, Dean fit le gué pendant que Sam crochetait la serrure puis tous deux entrèrent dans le foyer des Logan. Contre toute attente, l’intérieur de la demeure était propre et rangé. Rien ne laissait transparaître quoi que ce soit de suspect.
- Si ta Lyann a quelque chose à cacher, c’est pas ici qu’elle l’a mis.
- Deeaan, … juste … Laisse tomber ! J’vais voir le bureau.
- Et moi la cave, ajouta le plus vieux, un sourire moqueur à l’intention de son frère. J’vérifierai certainement le frigo aussi ! Marmonna-t-il pour lui-même.
Au bout de vingt minutes, ils se retrouvèrent dans la cuisine, bredouilles.
- Pourtant, j’suis sûre que ta dulcinée n’est pas nette dans cette histoire.
Levant les yeux au ciel devant cette nouvelle boutade de son aîné, Sam découvrit une trappe mal fermée au niveau du plafond de la cuisine. Ils y accédèrent sans difficulté et prirent la mesure de leur découverte : Le sol était recouvert d’ouvrages aussi nombreux que variés. Seuls un vieux fauteuil et un petit guéridon surplombaient les paquets de livres répartis dans ce vaste grenier équipé d’une simple lucarne. La nuit commençait à tomber et ils avancèrent prudemment jusqu’à trouver de quoi s’éclairer. Dean tira sur une chaînette. Cette action eut pour effet d’illuminer une ampoule logée entre deux poutres du toit. Fasciné, le plus jeune contemplait les différentes piles : droit, sciences, médecine, psychologie … mais aussi scientologie et enfin spiritisme et mythologie. Tous deux commencèrent à feuilleter les écrits les plus anciens. Dans un livre intitulé « Le Golem de Prague », ils parcoururent l’histoire rapidement :
Créer pour sauver la communauté juive, le golem déployait chaque soir sa taille gigantesque et sortait de l’édifice sacré… Sa mission accomplie, il retrouvait son créateur qui lui ôtait la vie pendant la journée… et le réveillait au besoin à l’aide du mot « Shem ».
Une autre légende faisait état d’une nouvelle manière de détruire le golem : marcher sept fois autour du golem endormi, tout en formulant des paroles magiques … Au bout du septième jour, toute force de vie devrait quitter le Golem.
- « Endormi » ? « Sept jours » ? Ben on n’est pas sorti de l’auberge ! Où sont passées les balles en argent en plein cœur et les lance-flammes ?! Ca au moins c’est pas prise de tête. Grommela Dean.
- Ouais mais je crois qu’on est sur la bonne piste. Regarde !
Sam montra à son aîné le livre qu’il tenait. En son milieu quelques pages avaient été arrachées. Tout laissait à penser qu’il s’agissait d’incantations. Alors qu’ils essayaient toujours de retrouver les feuilles manquantes, le portable du cadet sonna. D’où il était et sans que son frère n’actionne le haut-parleur, Dean pouvait entendre les vociférations de l’interlocuteur :
- Qu’est-ce que c’est que ces histoires ? D’abord ma mère m’avertit que vous avez demandé mon adresse personnelle alors que vous savez où je travaille ! Et maintenant, mon mari arrive totalement angoissé pensant que j’ai fait un malaise ! Il m’apprend que deux agents de la santé publique sont venus chez nous pour lui poser des questions ! Bordel, mais qui êtes-vous ? Et que nous voulez-vous ?
- Calmez-vous Lyann. Essaya de tempérer Sam tout en rapprochant précautionneusement le combiné de son oreille. Nous pouvons tout vous expliquer. Il faudrait que nous parlions …
- Dans trois quart d’heure ! A la morgue ! Et ne tardez pas, je vous attends !
Les deux frères se regardèrent. C’était définitivement un piège et ils n’avaient rien de tangible pour se défendre.
Chapitre 10
Ils cherchèrent désespérément les documents manquants pendant plus de vingt minutes. Ils durent se rendre à l’évidence. Ils n’étaient plus là. Avec un soupire commun, ils échangèrent un regard éloquent. Ils se posaient la même question : Que devaient-ils faire ? La sirène d’une voiture de police les fit descendre du grenier précipitamment. Ils sortirent furtivement de la maison et regagnèrent l’impala au moment où le véhicule banalisé se stationnait devant la petite barrière « presque blanche ». La nuit était tombée et, dans le voisinage, quelques fenêtres étaient éclairées. Dean essayait d’observer la descente des flics dans la demeure des Logan. L’un faisait le tour pendant que l’autre pénétrait à l’intérieur par la porte d’entrée fracturée. Impossible d’y retourner pour le moment et de toute façon, il était sûr de ne plus rien y trouver d’intéressant. Il mit donc le contact et prit la direction de la sortie de la ville.
Il écoutait Sam expliquer la situation à Bobby au téléphone. Quand il voyait son petit frère comme ça, assis à côté de lui dans la Chevrolet, il pensait que c’était comme s’il ne s’était rien passé. Il voulait plus que tout oublier les événements de l’année précédente. Rien aujourd’hui ne laissait présumer du gouffre qui s’était creusé entre eux pendant plusieurs mois. S’il n’y avait pas eu cette foutue apocalypse et ce qu’il devait révéler à son cadet, tout aurait été parfait. Enfin presque. Cette chasse ne se présentait pas bien. Son instinct n’arrêtait pas de le titiller. Ce qu’il ressentait était indéfinissable mais cela se traduisait physiquement par un grand vide dans son abdomen. Inquiet, il jeta encore un œil à Sam. Celui-ci paraissait contrarié.
- D’accord ! Merci Bobby. … Oui, je lui dirai. … J’te dis que j’lui dirai. … Ouais, c’est ça. A plus.
Le cadet ferma le clapet de son téléphone portable et continua de fixer l’objet tout en faisant son compte rendu.
- Bobby n’a rien qui pourrait nous aider pour l’instant. Mais il continue ses recherches. Et … il m’a dit de te dire … juste … il nous demande de ne pas aller à ce rendez-vous.
- Je suis d’accord avec lui. D’abord il est tard. On est crevé tous les deux. Et surtout c’est trop dangereux. Tu sais aussi bien que moi que c’est un piège. Tu as vu comme moi ce que cette chose peut faire et on n’a rien de concret pour s’en débarrasser.
- J’étais sûr que t’allais dire ça. Répondit le cadet tout en soufflant. Il releva la tête et fixa son frère. Il voulait à tout prix le raisonner. Mais Dean, on ne peut pas faire le choix d’ignorer ce qui se passe. Si on laisse ces hommes mourir sans rien faire, c’est …
- Sam ! Stop ! Pour le moment, le chantier est arrêté et je suis certain qu’aucun promoteur ne va oser mettre un pied dans ce merdier avant quelques jours au moins. Il faudrait vraiment qu’il soit borné et suicidaire. Alors je dis qu’on continue à chercher avant de se jeter dans la gueule du loup.
L’aîné observait son frère tout en conduisant. Avec ce qu’il venait de dire, il espérait qu’il comprendrait les risques encourus. Mais c’était peine perdue : Son cadet lui lançait son regard suppliant et il allait sans aucun doute lui sortir un nouvel argument. Son besoin de sauver des vies prenait l’ascendant sur sa propre sécurité. Pour une fois, Dean n’avait pas l’intention de se laisser attendrir. Il était résolu à garder son petit frère en vie et il prit une décision qui n’allait certainement pas convenir à Sam.
- Mais Dean … On sait que le créateur peut endormir, voire détruire le golem. Alors, je pense que je pourrais essayer de parler à Lyann. Tu vois ? … juste tenter de la raisonner. Je suis sûr qu’elle m’écouterait et …
Il s’arrêta en voyant que son aîné prenait la direction du motel, à l’opposé de celle de l’hôpital. Il commença à serrer les dents. Dean s’évertuait à fixer la route devant lui. Le cadet connaissait son frère : Il avait pris sa décision et ce n’était pas la peine d’insister. Il aurait au moins pu faire l’effort de l’écouter. Il tourna la tête du côté droit pour ne plus voir le conducteur. Il expira fortement par le nez, les mâchoires crispées, visiblement agacé.
L’aîné lança un œil en coin quand il vit son petit frère détourner le regard. Il devait lui en vouloir terriblement. Mais il le connaissait bien. Sammy comprendrait vite qu’il faisait ça pour le protéger. Ils redevenaient doucement une famille après les terribles épreuves qu’ils avaient surmontées. Et il ne supportait pas l’idée de le perdre une nouvelle fois.
Arrivés dans leur chambre, Sam s’installa à la table et ouvrit son ordinateur d’un geste assez brusque. Il n’avait pas ouvert la bouche et n’envisageait pas de le faire dans un avenir proche. Dean se dirigea vers la salle de bain, tout aussi loquace que son frangin. Mais il n’y avait pas mis un pied qu’il se ravisa, attrapa une chaise et vint s’installer en face de son petit frère. Il passa sa main sur son visage et se lança :
- Ecoute ! Je sais ce que tu ressens. Ne crois pas que je suis insensible à ce qui s’est passé. Je dis juste qu’il faut qu’on soit prudents. Qu’on rassemble plus d’éléments. Imagine qu’on soit sa prochaine cible. On fait quoi s’il nous attaque ?
Le cadet savait que son frère avait raison. L’idée que Dean meurt encore une fois par sa faute lui était insupportable. Malgré tout, il détestait être aussi démuni. Il fallait qu’il trouve une solution et c’est pour cela qu’il ne lâchait pas des yeux son écran.
L’aîné, quant à lui, s’inquiétait pour une autre raison. Voyant que Sam ne réagissait pas à ses tentatives de réconciliation, il ne put empêcher son impulsivité de prendre le dessus. Les mots sortirent plus vite qu’il ne l’aurait souhaité.
- D’accord ! T’as le droit de m’en vouloir pour la décision que j’ai prise. Mais ne t’avise pas de te barrer dès que j’aurai le dos tourné ! Là-dessus, il se leva brusquement et s’enferma dans la salle de bain.
Sammy avait finalement lâché son ordinateur mais il restait figé. Il avait peur de comprendre ce qui venait de se passer : Son aîné ne lui faisait toujours pas confiance. C’était à prévoir. Même s’il ne pouvait pas lui en vouloir, il se sentit soudain oppressé. Jusqu’à présent, tout se déroulait bien. Ils étaient sur la bonne voie pour redevenir les frères qu’ils avaient toujours été. Il se mit debout et commença à faire les cent pas, essayant de retrouver une respiration normale. Il était hors de question de laisser bêtement les choses s’envenimer. Il décida d’en discuter avec Dean dès que celui-ci daignerait revenir dans la chambre. Concentré sur la porte de la salle de bain comme pour la faire ouvrir plus vite, il ne réalisa pas que l’entrée derrière lui était béante. Un grand coup sur le crâne le plongea sans préavis dans l’inconscience.
Lorsqu’il sortit de la salle de bains à peine quelques minutes plus tard, l’aîné passa des remords à une colère froide. Il ne pouvait pas y croire. Son frangin s’était fait la malle !
Chapitre 11
Non vraiment, il n’arrivait pas à y croire. Tout se bousculait dans sa tête. S’il ne trouvait pas le moyen de se calmer, elle allait exploser. C’était sûr ! Il sortit de la chambre et fit le tour complet du motel tout en l’appelant.
- Sam ! … Sammy ! Bordel, mais où est-ce que t’es ?
Son cadet avait bel et bien disparu. Il n’arrivait pas non plus à le joindre sur son téléphone. La panique prit le dessus sur la colère. Non, il connaissait son frangin. Il ne lui aurait pas fait ce coup-là même s’il avait été exaspéré par son attitude. Il revoyait encore le visage inondé de larmes de Sammy quand il lui avait demandé de lui pardonner. C’était sincère, il en était sûr. Donc, il lui était arrivé quelque chose. Son angoisse gagnait en intensité. Son petit frère était en danger. A présent, il en était persuadé. Il fallait qu’il le retrouve et vite. A l’autre bout du combiné, il entendit pour la cinquième fois « C’est Sam. Laissez-moi un message. » Il commençait à détester cette boîte vocale ! Il raccrocha et composa le numéro de l’hôpital. Au bout de deux sonneries, une voix féminine lui répondit. Il ne prit pas le temps de la saluer.
- Je veux parler au Dr. Logan. De toute urgence !
- Désolée monsieur mais le docteur est partie il y a plus d’une heure maintenant.
- Et ben donnez-moi son numéro de portable !
- Mais monsieur ce n’est pas pos…
- Ne me dites pas que c’est pas possible ! Je suis l’agent Grant et je dois lui parler tout de suite ! C’est vital ! Je vous préviens : si vous ne me filez pas son numéro illico, je vais me déplacer jusqu’à l’hôpital et je vais vous faire avaler votre oreillette par les trous de nez !
- Je vous mets en relation avec le docteur immédiatement Agent Grant.
Sans la remercier, Dean attendit les tonalités et s’installa au volant de l’Impala.
- Lyann Logan, j’écoute.
- Qu’est-ce que tu as fait de mon frangin espèce de pétasse? Si tu touches à un de ses cheveux, j’vais te buter.
- Mais … ? Mais enfin qui êtes-vous ?
Surpris par le ton employé par la jeune femme, Dean en reprit le vouvoiement. Pour autant, il ne pouvait se débarrasser de son angoisse et de sa colère.
- Ne me prenez pas pour un con ! On n’est pas venus à votre petite sauterie de merde tout à l’heure, alors vous êtes venue à l’hôtel et vous avez enlevé mon frère ! Je préfère vous prévenir tout de suite : Vous avez intérêt à garder votre bestiole en laisse !
- Agent Grant ?
- Oui c’est ça ! Où est mon frère, nom de dieu ?
- Votre frère ? Quel frère ? Vous parlez de l’agent Ulrich ?
- Fini de jouer ! Arrêtez de faire l’innocente et dites-moi où il est ? S’il lui arrive quoi que ce soit, je jure devant Dieu que je vous buterai !
- Non mais dîtes donc vous allez vous calmer ! Je vous interdis de me menacer. Je ne comprends rien, ni à vos propos, ni à votre attitude. C’est moi qui devrais hurler. Je vous ai attendue ! Pourquoi n’êtes-vous pas venus? C’est vous qui avez fracturé la porte de …
Dean n’en revenait pas. Soit elle le faisait exprès, soit elle ne comprenait vraiment rien. Ce pouvait-il que Sam soit réellement parti de son plein gré et qu’il n’ait pas encore eu le temps de la rejoindre ? Il n’était pas resté si longtemps que ça dans la salle de bain. Mais Sam aurait eu la possibilité de piquer une caisse et il se dirigeait peut-être en ce moment même vers l’hôpital, refusant de répondre à ses appels. Après tout ce ne serait pas la première fois. L’aîné déglutit difficilement à cette idée.
Non ! Son petit frère ne lui aurait pas fait ça. Il en était convaincu. Il devait lui faire confiance. Et son instinct qui ne l’avait jamais trahi jusqu’à aujourd’hui lui criait que son cadet était en danger. Il fallait qu’il le retrouve à tout prix et il n’avait pas de temps à perdre à papoter avec le médecin légiste. Il compris rapidement que s’énerver ne lui permettrait pas de retrouver Sammy plus vite. Par conséquent, il tenta de se calmer et reprit :
- Nous avons découvert les livres chez vous. Nous savons que vous êtes à l’origine du golem. Mais ne faîtes rien à mon frère … s’il vous plaît. On comprend pourquoi vous l’avez fait. On ne dira rien. Je vous le jure. S’il vous plaît, supplia l’aîné, complètement désespéré.
- Quoi ? … Oh mon dieu ! … Le golem ! … Non, ce n’est pas possible !
- Quoi? Qu’est-ce qui n’est pas possible ? Demanda précipitamment Dean, assimilant une bonne bouffée d’espoir.
- Il n’a pas pu faire ça ! Oh mon dieu !
- Lyann, hé ! Si vous savez quoi que ce soit, Dites-le moi !
- Re … Retrouvez-moi sur le chantier. J’ai peur de savoir ce qui est arrivé à votre frère.
Dean raccrocha et accéléra considérablement. A cette allure, il y serait dans dix minutes à peine. Persuadé qu’il s’agissait d’un piège, il n’en releva pas pour autant le pied de l’accélérateur. Il trouverait une solution le temps venu. L’important pour le moment était de retrouver Sammy.
Chapitre 12
Quand Sam reprit conscience, il était ligoté et allongé à même la terre. Un sol boueux qu’il reconnut assez rapidement malgré l’obscurité ambiante. Les énormes masses sombres, froides et figées, nichées autour de lui, confirmaient ce qu’il pensait : il se trouvait sur le chantier. Le dernier souvenir qu’il en avait n’était pas des plus réjouissants. Il s’obligea à reprendre une respiration plus sereine et scruta les alentours à l’affût du moindre mouvement. Il se surprit à espérer que son frère soit à ses côtés. Mais se rappelant la mort épouvantable de la dernière victime, il était plutôt soulagé de savoir son aîné en bonne santé à l’hôtel plutôt que risquer sa vie dans ce lieu morbide. Dean s’était-il aperçu de sa disparition ? Insidieusement, un nouvel élément était venu perturber sa réflexion.
Quelle était donc cette odeur âcre et répugnante qui l’entourait ? Pourtant habitué à encaisser toutes sortes d’horreurs, il sentit la bile remonter le long de son œsophage. Il se redressa brusquement et vida le contenu de ses entrailles. Il n’avait pratiquement rien mangé de la journée donc seul un liquide jaune et mousseux se répandit dans la glaise. Les spasmes occasionnés pas ses régurgitations le faisaient souffrir énormément mais il ne pouvait les empêcher. Il avait vraiment du mal à reprendre son souffle entre deux convulsions. A chaque inspiration, le relent s’amplifiait et agissait directement sur son estomac. Soudain, il sentit l’esquisse d’un mouvement sur sa droite.
- Ah enfin, tu te réveilles !
Reprenant difficilement sa respiration, il aperçut la silhouette d’un homme non loin de lui. Dans un sens c’était rassurant. Ca lui laissait au moins une chance de se défendre. Il réagit aussitôt, imperceptiblement. Ses mains attachées dans son dos tâtonnèrent sa cheville, à la recherche de son canif.
- C’est ça qu’tu cherches ?
Tendant les bras vers lui, l’homme s’approcha avec un léger rictus sur le visage et lui présenta ses découvertes : ses deux couteaux, son flingue et son téléphone. Puis il balança les armes à plusieurs mètres derrière lui. De toute évidence, il n’en avait pas l’utilité. Cette attitude développait sensiblement l’angoisse ressentie par Sam. Malgré la répugnante odeur, il fixa son attention sur l’inconnu et l’identifia. Il ne portait plus de lunettes mais sa coupe de cheveux ne lui laissait aucun doute. C’était le mari de Lyann. Sous son nez était étalée une substance blanchâtre et brillante. Il avait dû emprunter à sa femme la crème au menthol employée par les médecins légistes pour combattre les émanations répugnantes des cadavres en décomposition. En conséquence, il avait moins de difficulté que Sam pour respirer et il pouvait poursuivre son monologue.
- Vous et votre collègue, vous n’auriez jamais dû vous mêler de nos affaires. Vous en savez trop et je ne vous laisserai pas foutre notre vie en l’air.
Sam essaya de se concentrer. L’odeur qui lui vrillait les narines et lui provoquait des hauts le cœur ne pouvait pas provenir de ce mec, aussi crade soit-il. Il pouvait distinguer une masse non loin d’eux, sensiblement différente des autres. Mais il n’arrivait pas à définir de quoi il s’agissait. Ce n’était pas assez régulier ni suffisamment haut pour être un engin et c’était trop difforme pour n’être qu’un simple tas de matériaux. Pour le moment, ça ne bougeait pas et c’était l’essentiel. Discuter semblait être la seule issue possible dans ces conditions. Il fallait qu’il réussisse à raisonner cet homme et pour cela il réfléchissait rapidement, espérant trouver des arguments tangibles. Il inspira doucement et longuement par la bouche pour essayer de détendre son diaphragme douloureux. Puis, avec une voix douce et ses yeux empreints de sincérité, il expliqua :
- M. Logan nous n’avons aucune preuve de votre culpabilité dans cette affaire et …
- Ouais, c’est ça ! Vous me prenez pour un débile ? Vous croyez que j’ai pas vu le bordel que vous avez laissé dans mon grenier ... Je sais que vous avez compris pour le golem.
Ca, c’était la meilleure ! La seule chose que ce crétin avait remarquée après le passage des deux frères, c’était les trois livres qu’ils n’avaient pas eu le temps de replacer dans le désordre innommable des combles de sa maison. Atterré, le plus jeune des Winchester se reprit :
- Mais qui pourrait nous croire ? … Un golem c’est une légende, même pour les plus croyants … On nous prendrait pour des fous … Vous voyez ? Vous n’avez rien à craindre de nous.
- C’est vrai ! … Avoua-t-il avec de légers mouvements de tête.
Une lueur d’espoir apparut soudain sur le visage de Sam.
- … Je pense pouvoir vous faire confiance … Mais qu’en est-il de votre collègue ? J’aimerais que vous l’appeliez pour moi. Dîtes-lui de nous rejoindre … afin d’en discuter tranquillement.
Et la lueur s’évanouit. Il était hors de question qu’il appelle son frère pour lui donner rendez-vous dans ce lieu de perdition. Même si Dean comprenait qu’il s’agissait d’un traquenard, il viendrait pour tenter de le sauver et ils y passeraient tous les deux.
Logan se plaça derrière lui, coupa les liens qui lui maintenaient les poignets et lui tendit le téléphone. Alors qu’il aurait dû se sentir rassuré, le prisonnier s’angoissa de plus belle : Pour être aussi serein, son geôlier avait sans aucun doute un atout dans sa manche. Il attrapa le téléphone tout en continuant sa plaidoirie.
- Mon collègue ne vous trahira pas non plus, vous savez. Il tient trop à sa réputation.
- Appelez-le ! Lui intima l’homme d’un ton menaçant.
- Non, ce serait inutile. Je vous assure …
- Très bien ! Vous l’aurez voulu ! Grogna-t-il, agacé. Puis, il poursuivit pour lui-même. Je trouverai un autre moyen de l’éliminer. Chaque chose en son temps …
Sur ces mots, il saisit un des vieux papiers jaunis, pliés dans ses poches. Il l’ouvrit et commença à murmurer ce qui semblait bien être une incantation. Sam qui ne discernait pas exactement ce qu’il marmonnait, essaya de ne pas céder à la panique. Il commença à défaire les liens qui serraient ses chevilles et lui coupaient la circulation du sang. Il fallait empêcher ce mec de finir, même si pour ça il devait s’emparer de ses armes et le tuer. Il venait à peine de se libérer quand il entendit « Shem ». Trop tard ! Logan replia le document, l’enfouit dans sa poche et amorça des mouvements de recul. Le silence pesant qui régnait à présent sur le chantier fut rapidement perturbé par des bruits de succion inquiétants. La révulsion due à l’odeur atteignit son apothéose. La masse informe non loin de lui commençait déjà à bouger.
Chapitre 13
Sam assistait impuissant à la renaissance de la créature. Ses yeux s’étaient habitués à l’obscurité. Il avait tout le loisir de contempler la matière première qui constituait ce nouveau monstre. Il réalisa, horrifié, la provenance de ces relents épouvantables et son estomac se manifesta de nouveau. Il ne pouvait se résoudre à lâcher des yeux cette abominable chose. Il se redressa pour assouvir sa curiosité morbide. Comment cela pouvait-il être possible ? Le côté droit de cette chose était décharné à plusieurs endroits et suintait. La matière visqueuse ballottait mollement, dessinant des vaguelettes sur sa surface. A contrario, le flanc gauche était noir, carbonisé. Des petites pellicules calcinées s’envolaient de part et d’autre sous la légère brise qui gémissait sur le chantier. A son sommet se dressait l’équivalant de sa tête. Elle se composait d’un troisième corps, enroulé sur lui-même dans une position embryonnaire. Au centre de cet amalgame, le visage horrifique de la première victime ressortait difficilement. Sa peau s’étirait en arrière comme sous l’effet d’un lifting. Les points qui maintenaient les paupières avaient cédés. Les deux gros yeux exorbités se mirent soudainement à bouger. Ils s’animèrent comme habités pas une âme jusqu’à ce qu’ils trouvent enfin leur cible. Ils se fixèrent sur Sam.
Logan se retourna avec une expression de dégoût sur la figure. Il fut lui aussi secoué de convulsions et s’éloigna de quelques pas supplémentaires avant de vomir à ses pieds. Il ne savait pas si c’était l’effet de la crème mentholée qui s’amenuisait, ou s’il anticipait la mort violente de l’agent qui venait de tomber à genoux, les yeux rivés sur son tortionnaire. Conscient du carnage qui allait avoir lieu, il plaqua ses deux mains sur ses oreilles. Il ne pouvait pas se résoudre à entendre ça. Et dire qu’il allait devoir recommencer avec le collègue !
Les yeux écarquillés, le plus jeune des Winchester ne respirait que partiellement. L’odeur nauséabonde qui envahissait son oxygène ambiant et la terreur qui le submergeait ne lui permettaient pas de faire fonctionner ses poumons normalement. Malgré tout, il continuait de cogiter et un dilemme avait méchamment surgi. D’un côté, il refusait catégoriquement de mettre son aîné en danger et d’un autre il résistait difficilement à l’envie d’appuyer sur la touche « appel ». Il avait déjà sélectionné le nom de son frère dans la courte liste de contacts. Il allait mourir, il le savait. Rien ne pouvait détruire le golem. Et tuer son créateur n’empêcherait pas le monstre d’accomplir la mission qui lui avait été confiée. Mais il avait besoin de parler à Dean le temps qu’il en était encore capable. Il ne voulait pas périr en sachant que son aîné croirait jusqu’à la fin de ses jours qu’il l’avait trahi, encore une fois. Il voulait lui dire qu’il était désolé d’avoir été un frère aussi pitoyable au cours de l’année écoulée. Et par-dessus tout, il voulait lui faire comprendre à quel point sa présence et le fait qu’il l’ait protégé toute sa vie étaient importants à ses yeux. Sa vue commençait à se brouiller. A travers ses larmes, il vit l’immonde chose pointer sur lui la masse informe et dégoulinante qui lui servait de doigt. Sa respiration se fit encore plus haletante. Il expirait l’air contenu dans ses poumons et inspirait les effluves fétides des cadavres en décomposition. La nausée qui ne l’avait pas lâché s’accentuait au rythme de ses inhalations. Il refusait de se laisser aller à vomir. Il était persuadé que s’il commençait, il ne s’arrêterait qu’au moment où il aurait évacué tous les éléments vitaux de son corps.
Un énorme bruit de moteur se mit à rugir. Sam pensait être victime d’hallucinations car l’horrible créature devant lui n’avait pas bougé d’un pouce. Mais une pelleteuse énorme vint percuter le golem et l’entraîna sur plusieurs mètres. Avec des craquements effroyables, les os des corps putréfiés se brisèrent, traversant ce qui restait de chair à plusieurs endroits. L’énorme machine se stabilisa à moitié sur cet immense amas répugnant, devenu immobile.
Après avoir jeté un œil à son cadet qui essayait de reprendre une respiration normale, Dean sauta de l’engin et se dirigea droit sur Logan. Celui-ci s’était retourné au grondement du moteur, un air idiot sur le visage et les mains toujours plaquées sur les oreilles. A présent, il voyait cet homme au regard haineux se diriger vers lui et sa créature ne bougeait plus, emprisonnée sous cette machine infernale. Son cœur se mit à battre la chamade. Ses bras quittèrent les côtés de sa tête et il les tendit devant lui en signe de défense.
Mais cela n’impressionna pas du tout l’aîné qui plaqua son colt calibre quarante cinq semi-automatique entre les deux yeux de l’enfoiré qui faisait souffrir son frangin.
- T’as deux secondes pour faire piquer un roupillon à ta bestiole, lui dit-il froidement en l’empoignant de la main gauche par le col de la chemise.
Logan sentit un liquide chaud couler entre ses jambes. Tétanisé, il ne contrôlait plus son corps.
- Un ! …. Dean enfonça un peu plus le canon sur son front. D …
- Attendez ! Hurla l’homme secoué par les tremblements. Je peux rien faire ! J’vous l’jure ! Cette incantation est prévue pour que le golem s’endorme après avoir accompli sa mission.
La masse cadavérique commença à bouger sous la pelleteuse. Sam se rapprocha tant bien que mal de son aîné.
- Alors détruis-le ! Commanda Dean en hurlant, exacerbé devant l’urgence de la situation.
- J’peux pas ! Brailla-t-il comme un dément. Seul son créateur a ce pouvoir. Moi je n’ai fait que le réveiller.
- Et c’est qui son créateur ?
La chose derrière eux s’agitait de plus en plus et essayait de se dégager de l’engin. L’impatience de l’aîné était à son paroxysme. Il resserra son emprise sur le col et appuya tellement fort son arme sur le front de Logan que sa tête bascula à plus de quarante-cinq degrés en arrière.
- C’est Lyann ! C’est Lyann ! Réussit-il à beugler, terrorisé.
Ses hurlements furent couverts par un bruit métallique effroyable. La force surhumaine du golem lui avait permis de se libérer de sa prison. Ce faisant, il avait éjecté la pelleteuse, l’envoyant valser à une dizaine de mètres de hauteur. L’engin retombait lourdement en direction des trois hommes.
Chapitre 14
Sam n’avait pas lâché des yeux le golem en train de se débattre sous l’immense pelleteuse. Au moment où il la vit se dégager et envoyer la machine dans les airs, il rassembla le peu de forces qui lui restaient et se rua sur son frère. Il bondit sur Dean, l’encerclant à la taille et le projetant le plus loin possible. Ils glissèrent encore quelques mètres sur la glaise humide. Le plaquage était digne d’un professionnel du rugby. Quant à l’essai, c’est la pelleteuse qui le transforma. Elle s’écrasa sur Logan qui n’eut pas le temps de réagir. Le vacarme fut effroyable. Mais le pire, c’était l’image. Le corps s’était aplati sous le poids de l’engin et le sang avait giclé telle une éruption volcanique.
Les deux Winchester n’eurent pas le temps de réaliser ce qui venait de se passer. Le golem se rapprochait d’eux et l’air contenu dans les poumons de Sammy avait repris sa fuite dans l’atmosphère.
Le premier réflexe de Dean fut d’éloigner son petit frère de son bourreau. Il le tira mais, à bout de souffle, Sam ne pouvait mettre un pied devant l’autre. Alors son aîné entreprit de le porter. Malgré la distance qu’il avait établie, les râles de son cadet qui essayait désespérément de faire entrer de l’air à l’intérieur de son corps, s’intensifiaient. Le plus vieux des Winchester se résigna à poser son frangin au sol. Il allait affronter cette sale bestiole. Il évalua la situation. Les balles ? Inutiles. Les incantations ? Dans la poche de Logan, sous la pelleteuse. Un autre engin ? Le petit élévateur à côté de lui semblait ridicule. Il ne tiendrait pas trois secondes. Il avisa la cuve de butane à côté de la cabine de chantier à quelques dizaines de mètres. C’était une idée. Il visa et tira. La balle traversa le métal et l’étincelle embrasa le gaz qui explosa. Des éclats atteignirent le golem qui s’enflamma à son tour.
Allongé sur son frère pour le protéger de la déflagration, Dean s’aperçut horrifié que la créature poursuivait sa progression vers eux. Sam suffoquait littéralement. Il tira sur la chose léchée par les flammes dans un geste désespéré. Elle se stoppa quelques secondes. L’aîné pensait que cette pause était due aux impacts mais la réalité était tout autre. Il sentit une main s’agripper à la base de son jean. Il se tourna vers son petit frère. Ses lèvres étaient devenues bleues et sa bouche grande ouverte ne laissait pas entrer le moindre souffle. Signes que la fin était proche. Il s’agenouilla près de lui. Les larmes envahirent ses yeux, les battements de son cœur accélérèrent et sa respiration devint pratiquement inexistante.
- Sammy ! Sammy me lâche pas ! T’as pas intérêt à m’abandonner ! T’as compris ? Pas encore, non !
Malgré ses souffrances, celui-ci avait agrippé la chemise de son aîné. Ne pouvant prononcé un seul mot, il le fixait avec intensité en attendant la fin.
« Shem » Le temps s’arrêta. Même la brise qui n’arrivait pas à balayer les relents effroyables du tas de chair en décomposition, disparut. Les flammes se figèrent et leur crépitement cessa. Le calme avant la tempête. Aucun mouvement. Aucun bruit.
Puis tout s’accéléra. Une tornade venue de nulle part s’abattit sur le Golem entraînant son essence avec elle. Les particules d’eau scintillantes s’élevèrent dans l’atmosphère. Parmi elles, des monticules de sable et de glaise prenaient des allures de visages tordus de douleur, happés par les cieux. Les flammes incendièrent l’ensemble qui s’évanouit en une implosion silencieuse. Ce qui restait du monstre légendaire s’effondra sur lui-même laissant les trois cadavres se consumer doucement.
Sam prit une inspiration puissante permettant à l’air ambiant de réinvestir son corps. Il ne se souciait plus de l’odeur nauséabonde et essayait de reprendre une respiration normale ou tout du moins, plus régulière. Dean l’agrippa par sa veste et le serra dans ses bras au risque de l’étouffer à nouveau. Et Lyann tomba à genoux à la vue du paysage apocalyptique qui était exposé devant elle. De grosses larmes roulèrent sur ses joues. Elle était arrivée juste à temps pour voir la fin tragique de son mari. Choquée, elle avait assisté à la suite des événements, incapable de réagir. Ce n’est qu’en entendant cet homme hurler le nom de son frère suffoquant dans ses bras, qu’elle était sortie de sa torpeur et avait prononcé l’incantation.
- On avait gagné … Les travaux étaient définitivement arrêtés … Quand on a réalisé que vous aviez tout découvert, mon mari a voulu faire disparaître les corps … je l’ai même aidé à les faire sortir de la morgue … et les documents qui auraient pu nous relier à ces meurtres … Il voulait les brûler … Il m’a dit qu’il s’occuperait de tout … Que je n’avais pas à m’inquiéter … Mais je ne savais pas pour vous deux … Je vous le jure … maintenant il est mort … Je suis seule … Seule face à mes remords … Dieu m’a puni … J’ai ôté la vie à trois hommes … Il m’a enlevé celui que j’aimais …
Lyann ressentait le besoin de s’expliquer. Entrecoupés de sanglots, ces propos n’étaient pas toujours cohérents. Devant la détresse de cette femme, Sam, à peu près rétabli, s’était agenouillé auprès d’elle. Il l’écoutait patiemment et tentait de trouver les mots qui pourraient la réconforter. Dean regardait la scène de loin. Il hésitait encore entre la gratitude et l’envie de meurtre. En intervenant, elle avait sauvé son frère mais si elle n’avait pas créé ce golem au départ, rien de tout ça n’aurait eu lieu. Sammy n’aurait pas souffert, il n’aurait pas été aussi proche de la mort. En y réfléchissant bien, la deuxième option paraissait la meilleure. Et il avait beaucoup de mal à comprendre la compassion de son cadet pour cette femme. Il l’écoutait la rassurer d’une voix charitable.
- Non, vous n’êtes pas seule. Vous avez votre famille. Votre père, votre mère et votre sœur seront toujours là pour vous. Ils vous aiment et ils ne vous laisseront pas tomber. Vous verrez ! … C’est vrai que ce que vous avez fait est grave … Maintenant, vous devez vous ressaisir et réparer vos fautes. Mais croyez-moi, avec votre famille à vos côtés, tout est possible.
La jeune femme regardait Sam pleine de gratitude. Avec tout ce qu’il avait subi par sa faute, cet homme blessé était là, agenouillé près d’elle, à faire son possible pour l’apaiser.
Dean avait finalement prit le parti de se rapprocher. Son frangin était décidément doté d’une sensibilité à toute épreuve et son petit discours sur l’importance de la famille ne lui avait pas échappé. Un léger pincement au cœur lui rappela avec quelle facilité il lui avait retiré sa confiance à l’hôtel. Cette erreur aurait pu être fatale à Sammy et il se promit d’être plus vigilent à l’avenir. Il appuya une main réconfortante sur l’épaule de son petit frère et ajouta :
- Il faudrait peut être qu’on pense à quitter les lieux.
Après de nombreuses excuses et quelques remerciements, Lyann rejoignit sa voiture et partit retrouver ses parents.
Les deux Winchester aspergèrent la pelleteuse et surtout ce qui était en dessous avec de l’essence. Ils craquèrent une allumette et le monticule s’embrasa. Il ne devait plus rien rester des documents présents dans les poches de Logan et l’engin était difficilement déplaçable. Seule cette solution leur était apparue. Les autres corps continuaient de se consumer quand ils regagnèrent l’Impala. Tout en marchant, Sam mit les mains dans ses poches et regarda son frère :
- Dean … euh … Tu sais, au motel … C’est Logan qui m’a assommé … je suis pas …
- Je sais. T’inquiète ! L’interrompit Dean, un sourire rassurant aux lèvres.
Soulagé, le cadet libéra ses mains et redressa la tête. C’est à ce moment précis que Dean choisit de stopper net. Il se passa la main sur le visage avant de s’expliquer.
- Sammy … au sujet de ce qui s’est passé à l’hôtel… j’aurais pas dû …
- Je sais. T’inquiète ! L’imita son frangin avec le même sourire.
Reprenant leur progression vers la Chevrolet, le plus jeune des Winchester se permit une nouvelle question :
- Dis. Comment t’es arrivé si vite ?
- Ca c’est une longue histoire Sammy.
Arrivés près l’Impala, l’aîné s’installa au volant. Tout en commençant son récit, il cherchait un moyen d’aborder le sujet épineux de sa dernière chasse en solo.
Epilogue.
L’affaire résolue, Dean n’avait d’autre choix que d’assumer sa décision. Il devait parler à Sammy de ce qui s’était passé lors de sa dernière chasse. Sur la route qui les ramenait chez Bobby, le silence régnait en maître dans l’habitacle de la Chevy 67. Il jeta un énième coup d’œil à son jeune frère qui faisait mine d’admirer le paysage à travers la vitre. Sam avait senti les regards et la tension qui émanaient de son aîné. Il commençait à s’inquiéter et se demandait ce qu’il avait pu faire ou ne pas faire pour le contrarier à ce point. D’autre part, il ne savait pas trop s’il devait engager la conversion pour débloquer une situation qui pourrait très bien lui exploser en pleine figure. Il sut que le sujet allait être abordé à la seconde où il vit du coin de l’œil Dean se passer la main sur le visage.
- Hé, Sammy ?
La discussion ne commençait pas si mal en fin de compte. Il se tourna donc vers son interlocuteur au moment où celui-ci garait la voiture sur le bas côté.
- Oui ?
- Il faut que je te parle de quelque chose. C’est important. J’aimerais que tu m’écoutes sans m’interrompre. Et après, je veux que tu me dises honnêtement ce que tu en penses. Ok ?
- D’accord.
Ces quelques mots prononcés par son aîné et le ton solennel qu’il avait employé angoissèrent quelque peu Sam qui fronça les sourcils. Mais il se résolut à prendre son mal en patience et attendit que son frère poursuive.
- Au cours de ma dernière chasse en solitaire, j’ai fait une rencontre plus que surprenante…
- Qui ça ?
- Sam !
- Euh, oui ! Pardon, continue !
- Je faisais des recherches à l’hôtel quand les lumières se sont mises à vaciller …
- un démon ? T’as été attaqué par un démon ?
- Oui ! Non ! C’était bien un démon mais elle ne m’a pas attaqué ! Elle voulait me prévenir …
- Elle ? … Ruby, c’était Ruby ?
Dean regarda intensément son petit frère qui le fatiguait toujours autant avec ses questions. Sam, quant à lui, fut refroidi par le regard réprobateur de son aîné. Il ferma la bouche et attendit la suite.
- Je te rappelle que nous avons tué Ruby. Non ! Ce démon, on la connaît bien et j’aurais préféré ne plus jamais la revoir : C’était Meg !
- M… ? Mais il s’interrompit avant d’éventuelles représailles.
- Donc, je disais qu’elle était venue me prévenir de ne pas m’en prendre à ce cher Lucifer sous peine de vivre « l’Enfer sur terre ». Elle m’a informé que de nombreux démons étaient à mes trousses, qu’ils me surveillaient et qu’au moindre faux pas, ils me détruiraient.
- …
Voyant que son petit frère essayait difficilement de digérer l’information, Dean poursuivit :
- Elle ne m’a pas attaqué et comme tu peux le constater je vais bien. Il semblerait que notre pote Satan se soit attaché à nous deux et qu’il ait ordonné de nous foutre la paix … En tous cas, le temps qu’on ne perturbe pas trop ses plans !
- …
- Sammy ?
- …
- Alors tout à l’heure, tu étais incapable de la fermer et maintenant tu ne trouves plus rien à dire ?!?
Devant le mutisme de son cadet, il soupira et ajouta :
- Je sais. J’aurais dû t’en parler avant mais je ne savais pas comment te l’annoncer. Et en plus, je n’étais pas totalement persuadé que tu sois vraiment prêt à l’entendre … Bref ! Quoiqu’il en soit, je n’ai pas l’intention d’abandonner et ça risque d’être dangereux pour toi alors…
En prononçant cette dernière phrase, l’aîné voulait à tout prix faire réagir son petit frère. Ce qu’il réussit parfaitement car sa réponse fut explosive :
- Quoi ? Tu as des centaines de démons à tes basques et tu t’inquiètes encore pour moi ! Tu sais quoi ? J’en ai marre ! Tu me gonfles à penser toujours à moi et jamais à toi. Ne crois surtout pas que je vais me tourner les pouces pendant que tu affronteras Lucifer et ses p’tits copains ! J’te rappelle qu’on est deux à lui avoir ouvert les portes et que c’est moi qui ai le plus à rattraper dans cette histoire ! Alors, je viens avec toi et on les combattra ensemble ! C’est tout ce que j’ai à dire et quoi que tu dises ou quoi que tu fasses, je ne reviendrais pas là-dessus !
Durant toute cette tirade, il avait fixé les yeux de Dean pour donner plus de poids à ses propos. Maintenant qu’il en avait terminé, il s’appuya brusquement contre le dossier, assis droit comme un « i », les bras croisés sur la poitrine tout en scrutant l’horizon loin devant lui.
- Ok ! Lui répondit Dean avec un sourire mal dissimulé : Finalement, Sammy ne l’avait pas aussi mal pris qu’il le pensait. Et ils reprirent la route.
Ca y est, c’est la fin ! Snif !
Je tiens à remercier tous ceux qui ont pris le temps de lire cette fic ainsi que ceux qui m’ont écrit tous ces sympathiques messages tout au long de cette « aventure littéraire ». Bisous à DeanW62, Jess62, Ouiamsammy, Vinie45, do2145, Hécate … pour leurs encouragements.
Un grand merci également à Angelgym34 qui nous permet de poster nos fics dans d’excellentes conditions.
Avant de vous quitter, j’avais pensé à une autre façon de terminer l’histoire : Le bas du corps de Sam est écrasé par la pelleteuse alors qu’il voulait sauver son frère. Il meurt dans d’atroces souffrances. Une semaine plus tard, Dean convole en juste noce avec Lyann qui s’est débarrassée de son pouilleux de mari.
Si vous préférez cette fin, envoyez-moi un MP et tapez 1.
Si vous préférez celle que vous avez lue, tapez 2 !!!
Je vous ferai part des résultats le 1er septembre ! Lol !