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Série : Supernatural
Création : 31.08.2009 à 17h25
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« S’appeler Winchester est déjà une malédiction en soit. Alors imaginez tout ce qui peut arriver quand, en plus, on a treize ans, nombre fatidique de l’adolescence. Sam passe difficilement le cap. » Lydean
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Boys Shouldn’t Play With Dead Things
S’appeler Winchester est déjà une malédiction en soit. Alors imaginez tout ce qui peut arriver quand, en plus, on a treize ans, nombre fatidique de l’adolescence. Sam passe difficilement le cap sous le regard protecteur, mais parfois démuni, de Dean.
Résumé : Sam a treize et demi. Il s’est fait deux nouveaux amis avec lesquels il partage de nombreux points communs. Dans une ville où les adolescents s’amusent à faire revenir poltergeists, fantômes et autres esprits vengeurs, les frères Winchester vont devoir utiliser toute leur ingéniosité pour empêcher que ce nouveau délire ne devienne catastrophique.
Spoilers : Pas du tout ! Sauf au niveau de l’épilogue qui constitue un petit bonus mais n’entrave en rien l’histoire. A vous de juger si vous voulez le lire.
Personnages : Sam et Dean Winchester.
L’épisode « Afterschool Special » (4x13) m’a beaucoup inspiré pour cette fic. L’adolescence de Sam y est très largement développée. Sa quête d’identité est amplifiée par le fait qu’il a toujours voulu être normal et qu’il a un don certain pour se poser une multitude de questions. Et devinez à qui il aurait envie de ressembler ?
Je sais : vous allez me trouver sadique. Cette fic est basée sur le dicton « Qui aime bien, châtie bien ! » et sachez que j’ADORE les frères Winchester !!! lol !
Merci de me laisser l’écrire seule. N’hésitez pas à me laisser des messages : toutes les critiques sont les bienvenues. Elles aident à s’améliorer. Bonne lecture !
Prologue.
Ca avait très mal tourné ! Pourtant, ils l’avaient déjà fait deux fois avant ce soir et ça avait été plutôt amusant. Flippant, mais marrant ! Ne dit-on pas « jamais deux sans trois » ? Mais cette fois-là était différente des deux autres et elle tournait au drame.
Les adolescents s’étaient installés dans le sous-sol de leur lycée. Cet établissement était vraiment imposant. Le terrain de plusieurs hectares où il avait été bâti un siècle auparavant était entouré par des murs de deux mètres de haut. Plus d’une centaine de classes se répartissaient sur les deux ailes de ce gigantesque bâtiment. En son centre, siégeaient deux énormes salles de conférence, une cafétéria et un petit restaurant pouvant accueillir l’ensemble des professeurs. Un autre bâtiment se partageait de part et d’autre de l’énorme porte d’entrée. Il était réservé à l’usage exclusif du secrétariat, bureau de direction et autres salles administratives. La journée, plus de deux mille élèves de onze à vingt ans venaient peupler et donner vie à ce lieu lugubre. Mais la nuit, cet établissement prenait des allures de monstre de béton tapi dans l’obscurité.
Les adolescents s’étaient donnés rendez-vous devant l’une des petites portes de service, dans une des ruelles qui donnait sur l’arrière du lycée. Ils étaient entrés silencieusement grâce au crochetage de la serrure parfaitement réussi de l’un d’eux. Munis du matériel nécessaire pour réussir à coup sûr leur séance, ils s’étaient dirigés vers la grande trappe qui donnait sur un escalier en pierre. Il faisait froid et incroyablement sombre cette nuit-là. A la lumière des lampes torches, ils avaient descendu prudemment les petites marches qui longeaient la rampe d’accès prévue pour les engins roulants. Ils s’enfonçaient inexorablement dans les entrailles du monstrueux établissement. Arrivés en bas, ils avaient progressés dans de larges et longs couloirs habités par des centaines de petites bêtes noires à huit pattes et où de multiples tuyaux serpentaient et s’entrecroisaient le long des plafonds.
Munis, d’un plan détaillé, les garçons avaient finalement abouti dans l’immense salle qui servait d’entrepôt au personnel de service. De grandes colonnes soutenaient le plafond plus que défraîchi de cette pièce de plusieurs dizaines de mètres carrés. Sur les murs, quatre autres portes se disputaient la place au milieu d’une multitude d’étagères. Deux d’entre elles donnaient sur de nouveaux couloirs menant aux différentes ailes du bâtiment. Une autre enfermait le tableau clignotant et démesurément grand du compteur électrique et la dernière s’ouvrait sur un minuscule placard contenant quelques torchons, produits nettoyants et balais. Enfoui sous la terre, cet entrepôt n’était muni d’aucune fenêtre mais de grandes bouches d’aération ponctionnaient le plafond. Dans un coin, les chaudières fonctionnaient à plein régime.
Poussé par la curiosité, les adolescents avaient étudié un à un le matériel entreposé ça et là. Des outils aussi nombreux que variés au gros tracteur qui servait à tondre la pelouse, des simples produits d’entretien au fuel qui permettait le fonctionnement des machines, tout s’avérait être digne d’intérêt dans cet immense coffre au trésor. Mais la raison de leur venue était toute autre et après avoir assouvi leur curiosité, ils avaient installé leur matériel : un petit guéridon sur lequel étaient gravés différents signes dont la signification exacte leur échappait. Au centre, se dessinait un pentacle. Ils avaient ensuite posé des bougies à des endroits bien précis et les avaient allumées. Enfin, ils avaient trempé leurs doigts dans une solution opaque et en avaient enduit les dessins gravés. Installés autour de l’autel ainsi formé, ils avaient joint leurs mains et avaient entrepris de réciter l’incantation.
Ils avaient appelé l’esprit d’une personne bien précise. Ce fut avec beaucoup d’excitation et d’impatience qu’ils avaient vu trembler le guéridon installé au centre de la pièce. Les lumières s’étaient mises à vaciller et leur souffle s’était matérialisé devant eux en une sorte de fumée blanche. Malheureusement pour eux, c’est aussi à ce moment-là qu’ils avaient perdu le contrôle. L’autel s’était élevé dans les airs comme suspendu par quelques fils invisibles. Il avait été projeté avec une force incroyable contre l’une des étagères qui s’écroula dans un fracas infernal, laissant son contenu se déverser. Les bougies avaient enflammé le liquide qui continuait de s’écouler lentement. Paniqués, les adolescents s’étaient précipités vers la sortie. Mais, ce qui aurait pu ressembler à un gigantesque courant d’air était venu déferler dans l’immense salle, claquant les différentes portes de sortie et condamnant les jeunes à l’emprisonnement. Ils avaient plaqué leurs mains sur leurs oreilles pour atténuer le sifflement effroyable qui avait envahi l’espace autour d’eux. Avec d’atroces grimaces, leurs yeux plissés avaient cru apercevoir la porte par laquelle ils étaient arrivés se gondoler, comme si quelqu’un avait essayé de l’enfoncer pour les rejoindre. En plus du gémissement insupportable, les outils s’étaient mis à tournoyer dans la pièce, s’échappant brusquement de cette tornade infernale pour aller se fracasser sur le mur derrière les adolescents qui tentaient tant bien que mal de les éviter. Les vêtements déchirés et les multiples entailles qui étaient venues clairsemer leur peau leur avait fait prendre l’ampleur du désastre. L’un d’eux avait hurlé l’incantation destinée à tout arrêter sans succès. Puis il avait perdu toute notion d’apesanteur et avait été projeté à travers la pièce avant de s’écraser durement contre le tracteur tondeuse, inconscient. Son sang avait commencé à s’écouler de la même manière que progressait le liquide enflammé. Celui-ci se dirigeait dangereusement vers les chaudières à l’autre extrémité de la salle. La situation était totalement désespérée.
***
A la suite d’efforts inimaginables et poussés par l’instinct de survie, ils avaient réussi à pénétrer dans le placard à balais. A présent, ils étaient entassés dans le ridicule petit local. La porte subissait des coups violents venus de l’extérieur malgré la présence abondante de gros sel à sa base. L’un des adolescents était visiblement inconscient. Du sang s’écoulait le long de son visage livide. Ses yeux demeuraient désespérément clos. Un autre essayait en vain de stopper l’hémorragie de son ami. Il se balançait d’avant en arrière, tentant misérablement de se calmer. Il murmurait des phrases décousues de sens dont certains mots restaient inaudibles. Le troisième, apparemment plus jeune et plus petit que les deux autres avait du mal à respirer tellement son angoisse l’oppressait. Malgré le sifflement incessant et les martèlements de l’autre côté de la porte, il écoutait son copain à côté de lui qui appelait sa mère et ne cessait de dire qu’il ne voulait pas mourir. Lui ne pouvait pas appeler sa maman. Elle était morte alors qu’il n’était encore qu’un bébé. Quant à son père, il devait se trouver à des centaines de kilomètres de là. Alors, il priait pour pouvoir revoir son grand frère. Tout aurait été tellement plus facile s’il avait été là. Ses remords l’assaillaient : il aurait dû l’écouter et ne jamais apprendre ça à ses amis. Tout était de sa faute. Ils allaient tous mourir à cause de lui. La panique prit le dessus et il hurla le nom de la seule personne qu’il aurait voulu avoir à ses côtés :
- DEAN !
Chapitre 1.
Deux semaines plus tôt.
Il n’avait fallu que quinze jours à leur père pour régler le problème dans cette ville du nord des Etats- Unis. Des fantômes et esprits en tout genre apparaissaient ça et là et John Winchester, parfois aidé de son fils aîné, les avait renvoyés d’où ils venaient. Pour la plupart d’entre eux, ces « revenants » avaient été appelés lors de séances de spiritisme par des pseudo médiums incapables de faire face à cette situation insolite. Phénomène apparemment à la mode, des jeunes s’étaient lancé dans l’expérience. Mais une fois leur mobilier écrasé contre les murs, leurs appartements détruits ou un membre de leur famille à l’hôpital, ils étaient soulagés de refiler leur problème aux chasseurs qui les débarrassaient de cet encombrant locataire. Ils promettaient alors, sans rechigner de ne jamais recommencer.
Pour plus de précaution, John était resté quelques jours de plus. Tout était redevenu calme et il accepta avec enthousiasme une nouvelle chasse que lui proposait un de ses vieux amis.
Mais Dean, son fils aîné bientôt âgé de dix-huit ans, s’était opposé à leur départ. En ce début du mois de décembre, les deux fils Winchester en étaient à leur quatrième lycée et le plus jeune des deux, qui adorait ses chères études, n’en pouvait plus de ces changements incessants. Son grand frère l’avait bien compris et malgré son dédain pour cet établissement qu’il assimilait plus à une prison, il avait osé s’interposer devant cet énième déménagement. Il avait fait valoir qu’il restait à peine trois semaines avant les vacances de Noël et qu’il était préférable que Sammy, son petit frère, finisse le trimestre dans cet établissement renommé. D’autre part, il avait souligné le fait que d’autres « débiles » pourraient avoir l’idée d’invoquer de nouveaux esprits et que sa présence sur les lieux permettrait d’arranger les choses.
Leur père avait d’abord été réticent : la distance qui les séparait était vraiment importante et il n’avait aucune idée du temps que lui prendrait cette nouvelle chasse à laquelle il avait bien l’intention de participer. Mais il avait fini par admettre que les arguments de Dean étaient convaincants. Il lui confia donc son journal où se trouvaient diverses incantations et stratégies susceptibles de l’aider le moment venu. Avant de partir, il lui rappela les consignes de sécurité de base et termina par son éternel : « Et fais gaffe à Sammy ! »
Le plus jeune des Winchester, âgé de treize ans et demi, avait admiré la façon avec laquelle son aîné avait géré la situation. D’habitude, il reprochait à son grand frère de toujours suivre aveuglément les ordres de leur père. Cette fois-ci, il avait été à la fois surpris et reconnaissant de son intervention. En revanche, il n’avait pas compris les réticences de leur paternel. En temps ordinaires et d’aussi loin qu’il pouvait se souvenir, il n’avait jamais eu aucun scrupule à les laisser tous les deux. D’ailleurs, avec une maman décédée et un père continuellement absent, Sam en arrivait parfois à considérer que sa seule famille était Dean. L’un et l’autre se connaissaient sur le bout des doigts. Ils se comprenaient d’un simple regard. Le cadet ne fut donc aucunement étonné d’entendre son grand frère exposer son irrésistible envie de rester alors qu’il ne lui en avait pas touché un mot. C’était vrai qu’il en avait marre d’être baladé à droite et à gauche sans arrêt. Il aurait voulu pouvoir se poser un peu et avoir une vie ordinaire. En plus, pour une fois, il s’était fait deux véritables amis au bahut et quand il était avec eux, il se sentait normal.
Le premier, prénommé Tristan, vivait dans une famille d’accueil. Ses parents étaient morts alors qu’il avait cinq ans, à la suite d’un cambriolage qui avait mal tourné. Placé depuis ce drame, il n’avait pas réussi à rester plus de dix-huit mois au même endroit. Bien qu’il puisse faire preuve d’excellentes capacités intellectuelles, il se bornait à ne rien faire en cours. Il avait déjà redoublé deux classes malgré le soutien inconditionnel de ces anciens instits et les visites incessantes chez différents psys. Mais aujourd’hui, la majorité des profs préféraient le laisser gravir les échelons tranquillement. Ils pensaient certainement que sa sortie de l’établissement n’en serait que plus rapide. Ca faisait un an et demi qu’il squattait dans cette nouvelle famille et il n’envisageait pas de partir. Un record ! Plutôt âgé, le couple qui était sensé faire office de parents ne se préoccupait pas vraiment de ses résultats scolaires et encore moins de ses escapades nocturnes. Ils le nourrissait et l’habillait et cela suffisait amplement à cet adolescent de quinze ans. Du moins, c’est ce qu’il disait. Ses petites virées avec son meilleur pote, s’étaient déjà conclues par des avertissements du proviseur et le plaisir d’avoir été raccompagnés à domicile par les flics. Leur réputation n’était donc plus à faire dans la région.
Dereck, son ami de toujours, était de la même veine. Du haut de ses quatorze ans, il se la coulait douce au lycée quand il prenait le temps d’assister aux cours. Malgré tout, sa moyenne, tout à fait correcte, montrait ses facilités de compréhension et de mémoire. Sa logique, tout aussi implacable, lui avait permis d’assimiler que ses mauvais résultats engendreraient un nouveau redoublement et que cela s’apparenterait à être séparé de son pote. Point trop n’en fallait non plus et il se contentait de répondre passivement aux questions des profs. Phénomène qui faisaient rager la plupart de ses camarades obligés de bûcher comme des malades pour arriver à son niveau. De toutes façons, il n’avait rien à faire de ce que pouvaient penser ces mecs. En revanche, les filles, c’était autre chose. Tristan et lui avaient plutôt la côte auprès de la gente féminine et ça ne leur déplaisait pas le moins du monde. Pour sortir et offrir quelques attentions à leurs copines du moment, Dereck avait pris l’habitude de piocher dans le portefeuille de sa mère. Depuis que son père s’était barré on ne sait où, dix ans plus tôt, sa chère maman n’avait rien trouvé de mieux que de se remarier. De cette union étaient nées deux gamines qui passaient leur temps à couiner et à toucher à ses affaires. Il ne les supportait pas. Sa mère, laxiste et totalement dépassée par leurs disputes quotidiennes, finissait toujours par prendre le parti de ses filles, prétextant leur jeune âge. Son nouveau mari, quand il était présent, y allait de ses commentaires à deux balles : « Bah, plus que trois ans et demi et tu pourras le foutre dehors ! Et avec un peu de chance il terminera en taule. T’auras la paix pendant des années ! » Cette vie convenait pourtant à Dereck qui se sentait libre de ses mouvements.
Pour ces deux adolescents à l’intelligence développée, l’autorité parentale s’assimilait au néant. Ils n’avaient donc eu aucun mal à se trouver des points communs avec le petit nouveau et l’avaient intégré rapidement à la bande. Sam, de son côté, se sentait parfaitement dans son élément avec ces deux garçons. Il avait trouvé des mecs comme lui. Parfois, Tristan lui rappelait son grand frère par son attitude et surtout sa façon de s’habiller. Il avait aussi cette manière d’agir avec Dereck qui ressemblait fortement à celle que Dean avait pour lui.
Les premiers temps, l’aîné des Winchester avait eu un regard inquisiteur en rencontrant les deux nouveaux copains de son petit frère mais il avait gardé ses suspicions pour lui. Les deux ados avaient tout de suite été impressionnés par ce grand mec dépassant le mètre quatre-vingt, qui faisait craquer toutes les nanas du lycée avec son style rebel. Sam n’avait pas vu d’un bon œil cette admiration qu’avaient ses copains pour son grand frère. Ils ne cessaient de répéter que Dean était un mec cool et ça l’énervait. Heureusement son aîné passait la majorité de son temps dans les débarras du bahut avec différentes filles. Alors, même s’il ne pouvait s’empêcher de garder un œil sur lui, il laissait son cadet traîner avec ses deux amis.
Chapitre 2.
- Mais si, vous allez voir ! C’est trop génial ! En plus, j’ai tout ce qu’il faut pour que ça fonctionne. On va s’éclater les filles !
- Cindy, j’te dis que ma cousine en a fait une et que ça a super mal tourné.
- D’accord, Clara, si t’as pas envie de venir t’éclater avec nous, t’as qu’à aller te faire peloter par ton étalon. Mais ne gâche pas notre plaisir ! Répondit la fameuse Cindy, acide, tout en lançant un regard entendu aux groupies qui l’entouraient.
Sur le visage légèrement ahuri de cette cheerleader, la jalousie faisait l’effet d’un ravalement de façade raté. Elle ruminait sur cette Clara qui avait décidément tout pour elle : Belle brune au corps de rêve, apparemment intelligente et leader de l’équipe des pompom girls. En plus, elle sortait avec le petit nouveau. Enfin « petit », ce n’était pas vraiment le mot ! Du haut de son mètre quatre-vingt-six, il réussissait à charmer les filles aussi facilement qu’il les larguait. D’ailleurs en à peine un mois, Clara devait être sa dixième conquête connue. Mais, elle sortait avec lui, elle ! Ca la faisait enrager de constater que le Dom Juan du bahut l’ignorait complètement. Elle se savait pourtant magnifique et les autres mecs ne cessaient de lui tourner autour. Ils la vénéraient même. Pour se changer les idées, elle avait décidé d’organiser avec ses copines une séance de spiritisme. Elle avait entendu que ces soirées étaient très en vogue et elle tenait à son image de fille populaire. Et si cette pétasse de Clara ne voulait pas y participer, c’était son problème. Elle la regarda donc s’éloigner et rejoindre son Roméo de pacotille puis elle s’adressa à ses groupies qui papillonnaient autour d’elle.
- Rendez-vous ce soir, à 22h00, devant la maison de la vieille Sanders ! Vous allez voir les filles, on va s’éclater !
Et elles partirent d’un rire suraigu, exposant leur indiscutable intelligence !
Sam venait de passer à côté de ces piailleuses. Il n’avait pas compris ce qu’envisageait la blonde comme soirée. D’ordinaire, il ne prêtait pas trop attention à ce que pouvait raconter ce genre de filles mais il avait entendu la nouvelle petite amie de son frangin dire que ça avait mal tourné lors d’une précédente occasion. Et étant donnés les événements récents, il n’avait pas pu ignorer ses propos. Suivi de près par ses deux amis, il rejoignit son aîné.
- Salut ! Vous avez prévu un truc tous les deux pour ce soir ?
- Sam ! Ce que je fais avec Cassie…
- Clara ! Le reprit-elle, avec une moue boudeuse.
- Oui, c’est ça … Clara, ne te regarde pas ! S’empressa-t-il de reprendre, fusillant son petit frère du regard.
Le plus jeune des Winchester devait bien admettre que son approche n’avait pas été des plus subtile. Malgré tout il insista, s’adressant à la jeune fille, sous les yeux éberlués de son aîné et de ses deux copains.
- Non, c’est juste que ta copine, là-bas, avait l’air d’avoir prévu une super soirée. J’comprends pas pourquoi t’as pas envie d’y aller.
- Et ben dis donc, t’es super curieux comme garçon toi ! Lui fit-elle remarquer. Comment tu t’appelles ?
- M’en parle pas. C’est Sammy, mon p’tit frère …
- Sam ! Voulu corriger l’intéressé.
- … qui pose beaucoup trop de questions. Va jouer avec tes copains, SAMMY ! Insista l’aîné.
Ils s’affrontaient du regard quand Clara décida de briser le silence gênant qui s’était installé.
- Non, mais c’est pas grave. Tu sais, déjà Cindy n’est pas vraiment une copine. Elle a prévu un truc complètement débile pour ce soir. J’ai essayé de la mettre en garde mais …
- La mettre en garde contre quoi ? Demandèrent les deux Winchester en coeur.
- Ben, elle veut organiser une séance de spiritisme. Je lui ai dit pourtant que ma cousine …
Les deux frères ne l’écoutaient déjà plus. Ils se regardaient à nouveau mais pour une toute autre raison. Cela n’avait pas échappé à Tristan et Dereck qui avait observé silencieusement l’attitude étrange de leurs copains.
- Ca m’intéresse. Indiqua soudainement Dean. Tu veux bien me présenter ta copine ?
Accompagné de « Cassie-Clara », l’aîné des Winchester avait entrepris de convaincre Cindy d’annuler la soirée. Il avait commencé par évoquer les risques encourus mais elle ne semblait pas l’écouter. Il l’avait alors menacée de se pointer à sa petite sauterie et de la ruiner. Mais elle l’avait défié, aussi butée qu’elle était blonde. Finalement, usant de tout son charme, il avait presque obtenu sa promesse d’annuler sa séance de spiritisme à l’unique condition qu’il lui fasse passer une soirée de rêve. Visiblement excitée par l’idée de piquer le petit copain de son ennemie, Cindy commençait à jubiler. Mais peu enclin à assumer cet engagement et sous le regard réprobateur de sa petite amie du moment, Dean se contenta de rester évasif.
- Tu sais, j’aime bien sortir avec des filles … raisonnables. Alors, prouve-moi que t’en es capable !
Sur ces mots, il tourna les talons, laissant les deux filles se crêper le chignon. Il rejoignit Sam qui s’était habilement débarrassé de ses deux acolytes et l’attendait au coin du mur.
- Tu crois qu’t’as réussi à la convaincre ?
L’aîné réfuta d’un signe de tête et ajouta :
- J’crois que je vais avoir du boulot ce soir … Il se retourna vers les deux filles qui s’insultaient copieusement et prit une moue déconfite. De toutes façons, j’crois que mes plans pour la soirée sont à l’eau. Alors, autant que je m’occupe.
Chapitre 3.
- Mais pourquoi ?
- Parce que c’est trop dangereux !
Sam était vraiment exaspéré. Après la fin des cours, il avait attendu que son aîné daigne se décoller de sa nouvelle proie, pour lui parler. Sur le chemin du retour à l’hôtel, il avait fait tout ce qu’il pouvait pour le persuader de le laisser l’accompagner à la chasse prévue pour le soir même. Non seulement ses tentatives ne fonctionnaient pas mais en plus il avait clairement ressenti la colère dans les dernières paroles prononcées par Dean. Mauvais karma ! Depuis quelques temps, il avait besoin de montrer qu’il n’était plus un enfant mais son frère se bornait à le traiter en temps que tel. Comment pourrait-il lui prouver qu’il avait grandi s’il ne lui laissait pas l’occasion de le convaincre ?
Il décida qu’il était temps de changer de tactique et d’utiliser sa botte secrète. Il laissa son aîné ouvrir la porte de leur chambre. Une fois entrés, il attendit qu’il ait jeté sa veste sur le lit et qu’il se soit servi une bière, toujours accessible dans leur petit réfrigérateur. Il le fixa et admit :
- C’est vrai. Tu as raison. C’est peut-être dangereux.
La réaction de Dean fut instantanée. Il attrapa une canette de soda et la lança à son cadet en signe de paix, mais avec un sourire plutôt méfiant, malgré tout. Le plus important pour Sam, c’était que son grand frère le regardait enfin. La partie était à moitié gagnée ! Il enchaîna :
- Tu sais, cette Cindy. Elle n’a pas l’air très intelligente, ni même très douée. Tristan dit qu’elle est très … « ouverte » ! Mais qu’à part ça, elle n’a vraiment rien pour elle.
- Ah, ouais, ouverte, hein ? Moi j’aurais plutôt dit qu’elle a tellement le cul serré qu’il y a qu’les clebs qui l’entendent quand elle pète.
Ils partirent d’un rire commun. Deuxième manche, acquise ! Efforts à poursuivre !
- Tu crois qu’elle est vraiment capable de réveiller les morts ? J’veux dire, même si elle a tout le matos, tu crois qu’elle a les capacités nécessaires pour réussir l’invocation ?
- J’sais pas Sammy. C’est vrai que c’est une véritable gourdasse mais dans cette ville … j’sais pas … on peut appeler les esprits aussi facilement que je peux me taper une nana ! J’ai jamais vu ça avant.
- Ben moi, j’ai déjà entendu parlé d’une ville dans ce genre là. C’est Cold Oak, dans le Dakota du sud. Il paraît que chaque maison y est hantée. Comme ils ne pouvaient rien faire, tous les habitants se sont enfuis. Du coup, maintenant c’est une ville fantôme … dans les deux sens du terme.
- Non, mais … T’es une encyclopédie à toi tout seul. Comment tu sais tout ça ?
- Culture générale ! … Trois secondes de silence. D’accord, fais pas cette tête ! C’est oncle Bobby qui en a parlé à papa une fois … Et tu sais ce que je sais d’autre ?
Les yeux de Dean se firent suspicieux. Il devait sentir que le piège se refermait insidieusement sur lui. Sam en profita pour lui jeter le regard dont il avait le secret et avec son plus grand sourire il ajouta :
- L’heure et l’endroit exacts où aura lieu notre chasse ce soir !
Vaincu et dépité, son grand frère secoua la tête. Il ne pût cependant s’empêcher d’avoir le dernier mot :
- D’accord. Tu viens. Mais t’as intérêt à faire tout ce que j’te dis sinon …
Il avait pointé son index en direction de Sam pour appuyer ses dires. Mais ce dernier n’avait nullement besoin d’entendre la fin de la phrase pour avoir envie de respecter les consignes de Dean. A ce moment précis, ce qui lui importait le plus, c’est qu’il avait remporté la partie.
Ils avaient recherché toutes les informations utiles pour leur chasse : généalogie de la famille Sanders, nombre de morts intra muros, succession des habitants et localisation de la maison … En gardant l’espoir vain que Cindy renoncerait ou qu’elle serait dans l’incapacité à réaliser ses projets.
Il s’avérait que l’habitation avait été désertée plus d’une année auparavant à la suite du décès de Mme Susan Sanders, alors âgée de quatre-vingt-trois ans. Elle avait succombé de sa belle mort dans son sommeil. Le corps n’avait été retrouvé que trois jours plus tard car les voisins, qui se faisaient également de plus en plus rares, n’avaient rien remarqué. Aucun membre de sa famille ne s’était présenté et la modeste demeure était toujours invendue, en l’état.
En sortant de la chambre, Dean fulminait. La maisonnette était située à l’extérieur de la ville. A pieds, il leur aurait fallu trois bonnes heures et il était presque vingt et une heures.
- J’vais avoir dix-huit ans. J’ai le permis depuis deux ans. Je conduis depuis qu’j’en ai douze pour ne pas dire dix et j’ai même pas de caisse … Il fit une petite pause et soupira. Il va falloir qu’on en tire une … C’est un cas de force majeur, Sammy. Si on veut y être à l’heure, on n’a pas le choix … Et puis c’est pas vraiment du vol … on la remettra à sa place dès notre retour.
Il lançait des yeux furtifs à son cadet tout en essayant de se justifier, visiblement mal à l’aise. Celui-ci tenta de le rassurer : il avait bien compris l’urgence de la situation et n’avait aucune intention de juger son grand frère pour ses actes.
Dans une rue, près de l’hôtel, Sam s’arrêta devant une Honda Civic, bleu foncé, passe-partout. Mais son aîné poursuivit sa route jusqu’à une Chevrolet nova classic, noire. Il se retourna vers Sammy avec un immense sourire, plus que ravi. Puis il sortit la lamelle métallique de son sac et entreprit de la glisser à la base de la vitre de la portière, côté conducteur. Aussitôt, le petit clic d’ouverture se fit entendre. Il s’installa au volant et blança son sac à l’arrière. Puis il ouvrit la porte côté passager afin que son cadet puisse entrer et il tira sur les fils placés sous le volant. En quelques mouvements habiles, il avait réussi à démarrer le véhicule sous les yeux plus qu’attentifs de son petit frère.
Sur la route, Dean ne cessait de lancer des regards au passager installé près de lui. Sam se doutait que son aîné avait une ou plusieurs questions à lui poser et se demanda à quel moment il allait bien pouvoir se lancer. Quand il le vit se passer la main sur le visage, il sut que c’était imminent.
- Sammy ? L’intéressé tourna la tête vers le conducteur, les sourcils relevés en signe d’interrogation. Euh … j’comprends pas. D’habitude t’es plutôt du genre à t’esquiver pour la chasse. A chaque fois que papa veut t’enseigner des nouvelles tactiques d’attaques ou des méthodes pour te défendre, tu fais ta mauvaise tête ou tu te défiles. Alors … Pourquoi t’as insisté autant pour venir avec moi ce soir ?
La question était pertinente mais la réponse ne lui aurait pas plu : il ne partait pas à la chasse avec son père parce que ce dernier lui en avait donné l’ordre mais il accompagnait son frère parce qu’il voulait lui prouver quelque chose d’important. Le cadet décida donc de rester évasif.
- Ben … t’es toujours en train de me demander d’écouter papa. Alors tu devrais être content que j’aie envie de venir chasser avec toi, ce soir.
- Ouais, c’est sûr. Mais t’as pas répondu à ma question, là !
Sam soupira. Son frère pouvait vraiment être casse-bonbons quand il s’y mettait.
- Ok ! J’ai plusieurs raisons. La première, c’est que c’est moi qui ai entendu parlé de cette chasse. La deuxième, c’est que j’en ai marre de rester bien sagement au motel tout seul pendant que toi tu … enfin tu vois ! … Et la troisième, c’est que papa n’est pas là.
- Et alors ?
- Et alors, on ne sait jamais, tu pourrais avoir besoin d’aide. Tu sais Dean, je vous ai observé plein de fois, toi et papa. Je sais que je peux être utile. Tu peux me faire confiance. Et puis … Il s’arrêta, hésitant.
- Quoi ?
- J’ai grandi. Je suis tout aussi capable que toi de me battre.
Dean le regarda, interloqué. Puis, tout sourire, il ajouta :
- J’ai confiance en toi, Sammy. Par contre, je m’méfie franchement des saloperies qu’on chasse, alors … fais attention à toi !
- Toi aussi.
Il était vingt et une heures quarante-cinq quand ils arrivèrent dans la rue. Tout était calme. Les vieux lampadaires étaient éteints. Le ciel chargé ne laissait même pas la douce lueur lunaire filtrer. Le peu de maisons qui clairsemaient les bords de la ruelle paraissaient inhabitées. Toutefois, une vingtaine de voitures étaient stationnées ça et là. Au volant, Dean scrutait les alentours à la lumière des phares.
- Bon alors, c’est où ? demanda-t-il, plutôt énervé.
- Ben, c’est dans une de ces maisons … c’est sûr … indiqua timidement le cadet qui épiait le moindre signe indicatif.
- Ah bravo ! Merci pour l’info … « Je connais l’heure et l’endroit exacts, Dean ! »
Sam ne prit pas la peine de répondre à cette imitation ridicule. Ce que son frère pouvait être puéril parfois ! L’aîné était toujours dans ses bougonnements quand un événement inattendu se produisit.