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Série : Supernatural
Création : 31.08.2009 à 17h25
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« S’appeler Winchester est déjà une malédiction en soit. Alors imaginez tout ce qui peut arriver quand, en plus, on a treize ans, nombre fatidique de l’adolescence. Sam passe difficilement le cap. » Lydean
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Chapitre 4.
Dans le faisceau des phares, la rue fut soudainement envahie d’une quinzaine de jeunes femmes, courant en petite tenue et hurlant à en perdre leurs cordes vocales. Bien qu’il roulait au pas pour déceler la future « maison hantée », l’aîné écrasa la pédale de frein. Les yeux écarquillés des deux frères ne reflétaient pas la même stupeur. Alors que Sam décelait un danger imminent, Dean devait se demander s’il rêvait tout éveillé. Cette Cindy, quelle bonne idée elle avait eu : Agrémenter une séance de spiritisme d’une soirée pyjama, quel concept intéressant ! Mais il sortit de sa rêverie, reprit très vite le contrôle et fronça les sourcils en direction de son passager.
- Je croyais qu’elles ne devaient commencer qu’à vingt-deux heures ! Reprocha-t-il à son petit frère qui haussa les épaules, innocent.
Une fois la voiture garée sur le bas côté, l’aîné se retourna et attrapa son sac qu’il avait balancé sur la banquette arrière. Puis il dévisagea son cadet avec une intensité à faire pâlir un bloc de béton.
- Sammy, pour le moment, on ne sait pas trop c’que cette cruche a pu ramener. Alors je veux que tu restes derrière moi et surtout, il faut que tu me promettes de faire tout ce que j’te dis sans discuter. C’est clair ?
- Très clair ! Confirma fermement l’intéressé.
Ils se dirigèrent rapidement vers l’origine de cette « échappée belle ». Dans la rue, le calme revenait doucement. La plupart des piailleuses avaient regagné leurs véhicules et s’étaient enfuies en faisant crisser les pneus. Les seules qui étaient encore là avaient soit perdu leur clé, soit égaré leur voiture et s’agitaient frénétiquement brassant plus d’air que nécessaire.
De l’extérieur, la demeure paraissait très calme. Abandonnée depuis plus d’un an, elle reposait sur un jardinet joliment clôturé. Les arbustes étaient immenses, mais les coûtons amaigris avaient perdu toutes leurs feuilles. Quoi de plus normal en cette saison, mais le manque d’entretien donnait un petit côté glauque à l’ensemble immobilier. Sam assimilait les arbres à de gigantesques mains qui auraient empoigné et tenterait d’étrangler la pauvre petite bicoque. Défraîchie, elle comportait deux étages dont la surface au sol ne dépassait pas les cinquante mètres carrés. A travers les vieux rideaux opaques filtrait une douce luminosité. Seule la discontinuité de l’éclairage pouvait présumer d’un gros problème électrique ou, pour tout chasseur averti, de la présence d’une entité quelconque.
Une fois passé le pas de la porte, le calme laissait la place à l’agitation. Le vent, totalement absent à l’extérieur, s’était comme miraculeusement engouffré dans chacune des pièces. Sous la force du souffle, les deux Winchester eurent du mal à garder l’équilibre. Ils affrontèrent la tempête interne et investirent le petit hall d’entrée, non sans mal. Une fois à l’intérieur, l’ouverture derrière eux s’obstrua dans un claquement assourdissant. Les autres portes, qui séparaient les trois petites pièces du rez-de-chaussée, s’ouvraient et se refermaient au rythme d’un ballet incessant.
Dans la cuisine en face d’eux, les frères pouvaient admirer par intermittence le festival des éléments : Les assiettes parcouraient des trajectoires contraires aux lois de la physique. Les verres s'arrêtaient en l'air puis tombaient lentement sans se briser. Puis ils se soulevaient à nouveau dans les airs, comme dépourvus de gravité, et recommençaient le même manège. Les couverts atteignaient avec une dextérité très insolite des buts qui paraissaient déterminés à l’avance. Fourchettes et couteaux venaient se planter d’une manière très régulière sur l’antique vaisselier ou sur la table en bois brut, formant des dessins proches de l’art abstrait.
Sam attira le regard de son aîné en tirant sur sa manche. Sur leur droite, dans la salle de bains, une énorme masse d’eau avait entamé une chorégraphie aquatique. Si une bonne vieille chanson de Black Sabbat aurait convenue dans la cuisine, la salle d’eau en revanche aurait mérité du Vivaldi. L’onde effectuait des mouvements fluides, tel un serpent ondulant dans l’atmosphère.
Les deux frères se regardèrent. L’ensemble de ces événements leur permettait de déterminer sans aucun doute ce qu’ils devaient chasser. Ils l’évoquèrent dans un souffle commun :
- Poltergeist !
L’aîné prit une grande inspiration, rassuré. Comme son grand frère, le plus jeune savait que ce genre d’esprit n’était pas dangereux, même s’il fallait rester concentré pour ne pas se laisser blesser bêtement. C’est à ce moment précis qu’un cri strident se fit entendre sur leur gauche.
Les Winchester pénétrèrent dans le petit salon au moment où Cindy dévalait l’escalier. Ils eurent tout loisir d’admirer sa manière bien particulière de descendre. Elle avait dû faire un faux pas et maintenant seules ses fesses contactaient chacune des marches dans un rebondissement aérien qui n’avait rien de gracieux. Comme les jouets pour enfants, un petit couinement accompagnait chaque percussion. Dean faillit partir d’un fou rire mais son attention fut attirée par un objet volant non identifié qui se dirigeait droit sur la tête de son cadet, visiblement trop absorbé par la scène grotesque qui se déroulait devant lui. Tout en criant son nom, l’aîné le poussa mais n’eut pas le temps de l’esquiver lui-même. Le vieux poste de radio percuta violemment son épaule gauche.
- Nom de dieu ! De sa main valide, il balança un taquet sur l’arrière du crâne de son frangin. Tu peux pas faire attention ! T’imagines pas comme ça peut faire mal un truc comme ça en pleine tronche !
Sam, qui avait rapidement assimilé ce qui venait de se passer, afficha une moue contrariée et se massa le cuir chevelu. Dean forçait son épaule à effectuer des mouvements concentriques pour faire passer la douleur. La cheerleader gisait inanimée sur le vieux tapis poussiéreux. Son inconscience devait être la conséquence du choc émotionnel ou … du nombre impressionnant de ricochets qui auraient mérité d’entrer dans le livre des records.
Ils essayèrent de porter la belle au bois dormant pour l’évacuer mais la porte d’entrée restait désespérément fermée et les fenêtres étaient comme soudées. Ils l’installèrent donc dans le hall qu’ils assimilaient au lieu le moins dangereux de la maison. Puis ils gravirent rapidement l’escalier, tout en esquivant divers objets dépourvus de gravité.
A l’étage, la situation était identique. Même si le vent ne soufflait que par rafales, les portes qui donnaient sur les deux grandes chambres ne cessaient de battre la chamade. Il ne restait apparemment plus personne. Ils réussirent à pénétrer dans la salle où les bois de lit avaient été empilés le long d’un mur entre la fenêtre et une gigantesque armoire ancestrale. Enduit d’une substance à l’odeur écoeurante, un petit guéridon ancien émergeait au centre de la grande pièce. Des matelas étaient étalés sur l’ensemble du sol et les vêtements féminins gravitaient gracieusement à un mètre cinquante au dessus d’eux.
Dean récupéra le journal de son père dans son sac. Il l’ouvrit à la page où celui-ci avait griffonné les quelques mots latins d’un exorcisme. Il le tendit à Sam :
- Vas-y ! Lis ! Devant le regard étonné de son cadet, il s’expliqua. Moi je vais répandre du sel partout … et tu sais bien que ce n’est pas ce genre de langue que je pratique ! Ajouta-t-il avec un sourire entendu.
Trop heureux de pouvoir se rendre utile, Sam s’exécuta. Il arrivait presque à la fin de sa lecture lorsqu’une lampe de chevet vint le percuter au visage. Les fameuses petites étoiles apparurent et dansèrent devant ses yeux pendant plusieurs secondes. Quand il retrouva enfin toute la visibilité, ce fut pour voir la tête de son grand frère à quelques centimètres de lui. Son regard passa de l’inquiétude à l’inévitable expression « J’te l’avais bien dit ! ». Le cadet se reconcentra donc sur son exorcisme et le termina sans encombre cette fois. Aussitôt, la maison retrouva miraculeusement son calme d’antan. Le plus jeune des Winchester estima que s’en était presque trop facile. Il aurait pratiquement pu réussir seul.
Après quelques vérifications d’usage, ils enjambèrent Cindy qui commençaient à entrouvrir ses paupières surmaquillées et sortirent sans aucune difficulté pour regagner la Chevrolet.
Dans la voiture, c’était au tour du plus jeune de ruminer. Mais contrairement à Dean, lui le faisait en silence. La conclusion de cette petite expérience était franchement négative. Non seulement, il n’avait pas pu prouver son indépendance mais en plus son aîné le chicanait, montrant clairement qu’il le considérait comme un jeune bambin fragile. Il n’avait pas arrêté de l’ausculter pour voir s’il ne montrait pas les signes d’une commotion cérébrale ; alors qu’il n’était même pas certain d’avoir un pauvre œil au beurre noir pour crâner devant les copains le lendemain. Son attitude hyper protectrice le mettait en rogne. Il allait devoir trouver autre chose afin que son envahissant frangin comprenne enfin ce qu’il ressentait. Pour ne rien arranger, cet imbécile de grand frère avait dû remarquer son agacement car il avait entrepris de lui ébouriffer les cheveux pour le réconforter. Ce geste, qu’il estima carrément maladroit, eut le mérite de l’énerver encore plus. Il lui dégagea le bras d’un mouvement brusque et le foudroya du regard.
- Allez, fais pas cette tête, Sammy ! C’est quand même pratique d’avoir un intello qui parle le latin dans la famille. Tu m’as vachement aidé pour un novice !
Le cadet tourna la tête, vexé. Un simple « Merci, Sammy ! » aurait amplement suffit !
Chapitre 5.
Quand il rejoignit ses amis le lendemain, Sam fut surpris de les voir afficher un immense sourire entendu. Il s’approcha d’eux, méfiant. Tristan l’attrapa amicalement en passant son bras autour de son cou et lui frictionna les cheveux avec son poing.
- T’aurais pu nous dire que t’étais un membre itinérant des ghostbusters ! Lança Dereck sans préavis.
Un flot de questions se déversa dans la tête du plus jeune : Avait-il bien entendu ? Que savaient-ils exactement ? Seraient-ils toujours ses amis s’ils avaient réellement découvert qu’il n’avait pas une vie normale ? Comment pouvaient-ils être au courant ? Qu’avaient-ils entendu ? Qui avait pu leur en parler ? Qui les avait vu ? Et le plus important, de quelle manière devait-il réagir ? Devait-il jouer les innocents ? Les planter là sans aucune explication ? Qu’est-ce qu’aurait fait Dean dans cette situation ?
Tristan mit fin à son calvaire.
- Eh ! N’essaie pas de trouver une réponse bidon. On vous a vu, toi et ton frère. On était planqué dans l’armoire.
- Ouais, renchérit Dereck. Au départ, on croyait que ça serait une soirée pyjama entre nanas. Alors, on a piqué la caisse du mec de ma mère et on s’est planqué dans la vieille baraque pour admirer le spectacle. J’peux te dire qu’on n’a pas été déçus.
- C’est clair ! Et on a bien pensé à toi. Quand je pense que tu nous as dit que tu avais l’habitude de sortir avec ton frangin le week-end. Tu m’étonnes ! Franchement, c’est pas à ce genre de sortie que je pensais. Mais mec, tu nous as épatés !
- Ah ouais, quand t’as réussi à te débarrasser du truc ! A toi tout seul !
- Alors que tu venais de t’prendre un coup super violent à la tête !
- Et que t’as même pas bronché !
- C’est sûr ! T’as rien dit et t’as continué à lire. C’était génial !
A écouter ses amis relater ses exploits de la veille, Sam sentit la pression s’évanouir. Devant leur regard rempli d’exaltation, il se trouva rasséréné. Depuis qu’il avait su babiller, on lui avait appris à ne jamais parler de la chasse. Avec son besoin de normalité, il était bien évidemment exclu qu’il évoque le sujet. Mais toutes ses certitudes venaient de s’évanouir. Non seulement ses deux potes avaient découvert son secret sans qu’il n’en prononce le moindre mot mais en plus ils étaient en total admiration devant lui. Malgré tout, il gardait le silence. Il ne savait toujours pas comment réagir. Soudain, Dereck lâcha le morceau sous les yeux exaspéré de Tristan.
- Faut absolument qu’on se fasse une séance tous les trois … Ben quoi ? Arrêtez de me regarder comme ça ! T’as dit toi-même qu’il fallait « impérativement qu’on s’en organise une » et t’as même trouvé la baraque ! Se défendit-il auprès de Tristan qui essaya de rattraper la bourde de son ami.
- Ce qu’essaie de dire ce bouffon, c’est qu’avec toi à nos côtés, on ne risque rien. T’assure grave et on devrait passer plus de temps ensemble … pour s’éclater.
- Ouais ! Et si tu ne veux pas, on pourra toujours demander à ton frère. Il est cool, lui !
Bien qu’il sache pertinemment que son aîné ne ferait jamais une telle chose, la réflexion le vexa. Il était tout aussi capable que Dean de se débrouiller dans ce genre de situation. Il retrouva enfin l’usage de la parole.
- Ouais mais le problème c’est qu’on sait jamais ce qu’on va ramener.
- Comment ça ? Si on utilise le même matos et la même incantation, on va bien ramener un fantôme, non ? Demanda Tristan, perplexe.
Sam passa en « mode encyclopédie ON ».
- Ben, c’est qu’il en existe plusieurs sortes. Chez la vieille Sanders, l’autre greluche a ramené un poltergeist. C’est le cas le plus cool. Ca se résume souvent à des coups ou des bruits violents comme si on jouait de la batterie avec ampli, sans pouvoir en identifier la cause. Parfois, ça peut être aussi des jets de pierres ou de débris inexpliqués, visant l'intérieur ou l'extérieur d'une maison. Et souvent, on parle de déplacement ou projection d'objets qui peuvent être brisés, pouvant aller jusqu'à leur lévitation ou leur téléportation à travers des parois solides comme les murs, les portes ... Ces manifestations semblent en général purement « gratuites » et totalement dénuées de cause et de logique. Mais le plus important c’est que malgré des dégâts matériels, parfois importants, les personnes présentes sont rarement blessées.
- Ah, ouais ?!? Alors pourquoi toi t’as un œil au beurre noir et que Cindy a si mal au cul !?! Le coupa Dereck.
- Oh, la ferme ! Lui intima le plus vieux des trois avant de se recentrer sur les explications de Sam.
- J’ai dit que c’était le cas le plus cool et que les personnes étaient RAREMENT blessées. Pas qu’il n’y avait aucun risque. Il faut être vachement prudent et toujours rester concentré sur ce qu’on fait.
- Ca, c’est clair. On t’a vu à l’œuvre. Mais c’est quoi les autres cas, alors ? Demanda Tristan, avide de savoir.
- Il y a aussi les fantômes ou revenants. C’est disons, une apparition ou une vision interprétée comme la manifestation de l'esprit d'un mort. Ils sont[Ils prisonniers sur Terre ou ils reviennent de l'Au-delà quand on a la bonne idée de les ramener, par exemple ! Ils sont là soit pour accomplir une vengeance, soit pour aider des proches, soit pour errer éternellement sur Terre en punition de leurs mauvaises actions pendant qu’ils étaient encore vivants.
- Oh, c’est géant ! Alors on peut ramener des personnes proches et on peut les voir comme s’ils étaient encore vivants ? Oh, et est-ce qu’on peut parler avec eux ? Questionna toujours le plus vieux, complètement passionné.
- Ben, oui, c’est possible. Mais, il faut vraiment être prudent avec ça. Même s’ils étaient sympas de leur vivant, ils peuvent revenir très en colère. On pourrait alors avoir affaire à un esprit vengeur. Les esprits constituent la troisième catégorie. Au début, on les associait à l’âme des gens mais maintenant ils sont considérés comme l’ensemble des facultés intellectuelles. Enfin, ça dépend de quel point de vue on se place. C’est un peu la conscience d’une personne sans son corps. Ils ont plus les moyens d’agir sur nous et ils peuvent donc nous faire du mal. Parce que là, ça peut aller vachement plus loin. On peut parler de démons, par exemple.
- Cooool ! Quand est-ce qu’on commence ? Se réjouit Dereck à l’avance.
- Les gars, j’sais pas trop. Il ne faut pas faire n’importe quoi et comme je vous l’ai déjà dit …
- On sait, c’est dangereux ! On dirait une chochotte, là. Qu’est-ce que tu veux nous montrer, SAMMY ? Que tu n’es pas foutu de faire quoi que ce soit si ton frangin n’est pas avec toi pour te protéger ?!? Putain Tristan, on s’est planté de frère !
Une fois encore, Dereck le piqua au vif. Pour ne rien arranger, il l’avait imité en pliant les genoux pour être à sa hauteur et en faisant des simagrées de fille avec un pouce dans la bouche. Sam lui lança un regard mauvais et ne prit pas le temps de réfléchir avant de lui lancer :
- C’est SAM ! Et j’te jure qu’on va ramener un truc qui va te faire pisser dessus tellement t’auras les boules… Et dès ce soir !
Chapitre 6.
- Ne m’attends pas ! Lui avait lancé Dean en sortant de la chambre tout sourire.
Sam n’attendait que ça. Son aîné venait de partir pour son rencard et maintenant il était seul afin de s’organiser. Il avait déjà établi une liste du matériel dont il aurait besoin. Il transféra le sel et quelques autres objets du sac de son frangin au sien. Il avait tout prévu, imaginé des centaines de scénarios possibles. Il était paré à toute éventualité. Avec Tristan, ils avaient recherché les informations nécessaires au bon déroulement de « l’opération ». Tout avait été vérifié et revérifié. Rien ne serait laissé au hasard. Si Dean l’avait vu se préparer, il aurait été fier de lui … ou peut-être pas, étant donné les circonstances. Non, tout bien considéré, il était même franchement préférable que ça ne revienne jamais à ses oreilles. En s’emparant du journal de leur père, son appréhension doubla de volume. A côté du paquetage de son grand frère, il y avait sa chemise fétiche, celle qu’il utilisait pour « draguer les nanas récalcitrantes », comme il disait. Il ne sut expliquer pourquoi mais il décida de l’enfiler. Pas étonnant qu’on le prenne pour un gamin. Il avait gardé sa taille d’enfant et il était même le plus petit de sa classe. La chemise était bien évidemment trop grande au niveau des épaules et il fut obligé de retrousser les manches. Mais ça lui plaisait de la porter. Il attrapa son sac et sa parka. Il soupira. Il était prêt.
Au fond de lui il savait que ce qu’il s’apprêtait à faire relevait de l’inconscience. Mais une petite voix malsaine, qui avait la fâcheuse habitude de prendre celle de Dereck, lui rappelait constamment qu’il devait faire ses preuves. Son père n’avait d’estime que pour son fils aîné qui suivait ses traces. A la rigueur ce n’est pas ce qui le dérangeait le plus. Ce qu’il voulait vraiment, c’est que Dean s’aperçoive enfin qu’il était comme lui : un mec débrouillard, toujours prêt à aider les autres et avec un instinct infaillible. Même ses propres amis le trouvaient cool. Il en avait marre d’être le petit, dans les deux sens du terme. Pour sa taille il ne pouvait pas y faire grand-chose mais en ce qui concernait le fait qu’il était le plus jeune, et considéré en tant que tel, ça pouvait s’arranger. Ce n’est pas parce que leur père répétait sans cesse à son aîné qu’il fallait protéger son petit frère que ça voulait dire qu’il en avait besoin.
Tristan avait raison sur un point, avec un Winchester à leurs côtés, ils prenaient moins de risques. Le plus jeune allait donc les protéger comme Dean l’aurait fait.
Il avait marché rapidement. La nuit tombait mais il pouvait apercevoir au loin ses deux copains. Ils avaient repéré un groupe de filles qui rigolaient près d’eux. Sam ne comprenait pas pourquoi ils passaient leur temps à se pavaner devant des nanas dont le seul vocabulaire se résumait à : « Hihihihi ! ». C’était pathétique. Et son frère faisait partie du lot. Impossible de déchiffrer son intérêt pour ces greluches sans cervelle. Cependant, il ne posait plus la question car la réponse était invariablement : « Tu verras quand tu seras grand, Sammy ! ». N’importe quoi !
En s’approchant, son regard se figea sur l’une des filles. Il la trouvait différente. Elle paraissait plus intelligente que toutes les pimbêches qu’il était obligé de côtoyer au lycée. Et ses yeux noirs contrastaient avec sa chevelure dorée. Elle était vraiment … attirante. Toutefois, il ne s’y attarda pas plus que ça, voyant que ses deux acolytes l’observaient.
- Vous êtes prêts ? Leur demanda-t-il, mal assuré.
- Tu parles qu’on est prêts ! Crâna Dereck. Mais faut qu’on y aille à pattes. Y a une des donzelles qui est rentrée dans la bagnole du Beauf hier soir. Il a pété un câble quand il a vu la portière niquée ce matin. Il a emmené son bébé se faire soigner chez le garagiste et apparemment, y en a bien pour une semaine.
- Et il t’a rien dit ? Demanda Sam, effaré.
- Tu rigoles. Ils ne se sont même pas aperçus qu’on leur avait piqué. Quand j’suis rentré, ils s’éclataient dans leur pieu. J’suis même pas sûr qu’ils aient vu que j’étais sorti.
L’amertume émanait de l’adolescent bien qu’il n’ait certainement pas eu l’intention de le montrer. Devant le malaise de son ami, Tristan changea de sujet.
- De toutes façons, on peut y aller à pieds. C’est à peine à trois quart d’heure de marche. Et puisque t’as de l’énergie à revendre, c’est toi qui porte le guéridon, dit-il en désignant la table ronde à Dereck.
Ce n’est qu’à ce moment-là que Sam s’aperçut de la présence de l’objet, caché derrière ses amis. Le groupe de filles passa à côté d’eux. La petite blonde lui sourit tout en lui lançant un regard enjôleur.
- Ouaaah ! Mec, tu lui as tapé dans l’œil ! Lui fit remarquer le plus vieux avec une moue franchement moqueuse.
- Pfff !
En y réfléchissant bien, c’est vrai que c’était assez agréable. Et la chemise de son frangin ne lui allait pas si mal, en fin de compte.
Comme la maison de la vieille Sanders, celle-ci était désertée depuis quelques mois et avait conservé son mobilier. C’est en tous cas ce qu’avaient révélé leurs recherches. Elle était située en ville, encastrée au milieu d’autres bâtisses pratiquement identiques. Sa façade, plutôt étroite, exhibait deux étages et certainement un grenier sous le toit très pentu. Son aspect général n’était pas si défraîchi et on aurait pu croire qu’elle était encore habitée. Sam vérifia l’adresse. Il était préférable de ne pas entrer par effraction dans le mauvais domicile. Toujours pas convaincu, il chuchota à Tristan :
- T’es sûr de toi ? C’est bien ici ?
L’intéressé afficha une attitude offusquée.
- Tu me prends pour qui ? Bien sûr que c’est ici.
Le jeune Winchester souffla, mal à l’aise. Décidément, cette « activité extrascolaire » lui paraissait de plus en plus périlleuse. Un simple coup d’œil aux alentours lui permit d’évaluer les risques éventuels liés à la population avoisinante. Des jardinets impeccables, des voitures pas toujours récentes mais parfaitement entretenues, des dizaines de petits objets d’ornement tels que vélos et brouettes qui devaient accueillir des fleurs en été, flamants roses et autres nains de jardins qui trônaient à des places bien précises. En conclusion, Sam établit qu’il devait s’agir d’une population assez âgée ou tout du moins composée de retraités qui trouvaient le temps d’agencer, de nettoyer, de jardiner avec une extrême minutie. Des personnes par conséquent pas toujours alertes mais qui, de manière générale, ne dorment que d’une oreille et sont toujours informées de tout.
Pour ne rien gâcher, les décorations de Noël avaient commencé à apparaître ça et là et venaient enrichir les différentes petites cours déjà bien chargées. La lumière dégagée par les guirlandes électriques éclairait pratiquement mieux la rue que les lampadaires. Ils allaient devoir être encore plus prudents.
Sur une des boîtes aux lettres de la ruelle, un nom avait attiré l’attention de Sam : Mc Allister. Il n’arrivait pas à déterminer d’où il le connaissait et n’avait pas le temps de se le remémorer car ses deux potes pénétraient déjà dans le jardinet.
Les trois adolescents tentèrent, dans un premier temps, d’ouvrir les fenêtres mais elles étaient closes et pratiquement soudées à l’encadrement à cause de leur vétusté et de l’humidité ambiante. Dereck avait donc entrepris de fracturer la porte d’entrée. Devant son incapacité flagrante, le plus jeune s’y colla et réussit en un tour de main sous le regard épaté de ses deux amis.
Ils effectuèrent une inspection rapide des lieux, s’assurant de l’absence d’éventuels occupants. Puis, les deux plus vieux installèrent leur matériel dans un petit salon dont l’unique fenêtre donnait sur la courette, à l’arrière de la maison. Sam espérait que les voisins ne verraient pas les faisceaux de lumière de leurs torches. Il ne manquerait plus qu’ils appellent les flics en pensant qu’il s’agit d’un cambriolage.
Il laissa les deux autres à leur tâche pour deux raisons. La première, c’était que les Winchester avaient plutôt pour habitude de renvoyer les esprits dans l’Au-delà. En revanche, ils ne les appelaient en aucun cas pour qu’ils viennent les envahir. D’ailleurs, il s’aperçut qu’il était paré pour les chasser mais qu’il ne savait même pas comment s’y prendre pour les invoquer. La deuxième raison n’était pas simple à expliquer. Disons qu’il se sentait moins coupable : il ne serait pas réellement à l’origine de ce qu’il considérait de plus en plus comme une énorme bêtise. Il prenait conscience qu’il s’était fait naïvement manipulé mais il était trop tard pour reculer. Il observait donc ses deux complices, légèrement en retrait. Il savait que sa présence leur était indispensable en cas de complications. Il se concentra comme son frère le lui avait appris et se tint prêt à intervenir. Comme il s’y attendait, les ennuis ne tardèrent pas.
Chapitre 7.
Tristan avait à peine terminé l’invocation qu’une violente lumière bleue éclata dans la petite pièce et se diffusa entièrement dans la maison.
- Waow ! C’était quoi ça ? Commença à baliser Dereck.
Sam avait été complètement aveuglé par cet éclair aussi bref que brutal. Sa vision revenait doucement mais il se trouvait toujours dans l’obscurité. Le calme était ahurissant. Si ce n’est la respiration saccadée, reflétant l’anxiété de ses deux potes, il n’y avait aucun bruit. Sa lampe torche refusait obstinément de s’allumer. Ce n’était vraiment pas normal et le cadet des Winchester en avait oublié qu’il devait inspirer et expirer pour vivre. Son cœur, lui, continuait de battre. Il ressentait le martèlement sourd et beaucoup trop rapide à son goût jusqu’à la base de ses cheveux. Figé, il se raisonna et entreprit de reprendre son calme. L’air entra doucement et longuement dans ses poumons. Puis il en sortit avec tout autant de contrôle. Le jeune chasseur restait à l’affût du moindre bruit. Il sursauta quand Dereck intervint pour montrer son indiscutable indifférence à l’événement qui venait de se produire.
- Quoi, c’est tout ? Ben, c’était plus drôle la dernière fois ! En plus, il y avait toutes ces fill …
- La ferme ! Lui intima Tristan. Tu ne vois pas qu’il y a un truc qui cloche.
- Bah, là, tout de suite, j’vois pas grand-chose ! Et ma torche est HS. … Ah, merci !
Une douce lumière était venue éclairée le petit salon. A présent, ils avaient tout loisir de constater que personne n’avait été mutilé. Tristan regardait à tour de rôle ses deux amis comme pour s’assurer qu’ils allaient bien. Dereck était avachi à même le sol, l’air plutôt décontracté. Sam essayait d’évaluer la situation : pas de blessé, plus de bruit, pas d’objets volants, aucun vent surgi de nulle part, portes et fenêtres closes comme si de rien n’était. Tout paraissait normal, si ce n’était bien sûr cette luminosité étrange qui venait de l’extérieur. Les trois adolescents approchèrent prudemment de la fenêtre. Là encore, rien ne bougeait et les garçons n’arrivaient pas à déceler d’où provenait la luminescence extérieure. Ils entendirent alors des coups frappés, côté façade. Ils se regardèrent, quelque peu inquiets. C’est avec beaucoup de prudence qu’ils s’aventurèrent dans les autres pièces de la maison. Elles étaient également inondées de lumière. Chaque ouverture éclairait l’intérieur comme un néon. Mais les vitres se recouvraient de grosses tâches marron à chaque impact. Ensemble et toujours sur le qui-vive, ils jetèrent un œil à l’extérieur.
- Woaow ! C’est Dysneyland ! Fit remarquer Dereck, en total extase devant la scène qui se déroulait devant leurs yeux.
Dans la rue, les objets, inanimés jusque-là, évoluaient tranquillement à cinquante centimètres du sol. Les nains de jardin glissaient d’une manière fluide en une immense file indienne. De chaque côté de cette traîne improvisée, se formaient des boules de terre qui s’élevaient calmement dans les airs. Une fois à la hauteur désirée, elles étaient projetées de part et d’autre de la rue. Elles venaient s’exploser sur tout obstacle qui se mettait en travers de leur chemin. Etrangement, rien ne se brisait sous la violence des impacts mais le paysage prenait une teinte obscure à mesure que la terre s’étalait sur les murs. Seules quelques boîtes aux lettres trop décorées pliaient sous la brutalité des chocs. Enfin, les trois garçons établirent la provenance de la luminosité : Les guirlandes électriques survolaient les toits dans un mouvement sinueux, slalomant entre les cheminées qui crachaient leur épaisse fumée hivernale. L’intensité, visiblement trop forte, faisait exploser les ampoules les unes après les autres.
- C’est pas vrai ! C’est nous qui avons déclenché ça ? Demanda Tristan abasourdi.
- Ouais, et dans le genre discret, y a mieux ! Bougonna Sam. Il faut l’arrêter. Maintenant !
Le plus jeune des Winchester se précipita vers son sac pour y prendre le journal de son père, mais il entendit Dereck et fut interrompu dans sa course.
- Tu déconnes ?!? C’est géant ! Moi j’vais voir de plus près.
Sur ces mots, l’adolescent se dirigea vers la porte et l’ouvrit en grand.
- Non ! Crièrent les deux autres en cœur.
Tristan réagit très vite. Il bouscula son ami mais au moment où il entreprit de refermer le lourd battant en bois, il reçut une salve de boules de terre. Le côté droit de son corps encaissa une demie douzaine de ces projectiles. Le côté gauche, quant à lui, se prit la porte de plein fouet lorsqu’elle se rouvrit sous la chevauchée sauvage des impacts. Il tomba lourdement au sol, inconscient. Alors que Dereck s’agenouilla, paniqué, près de son ami, Sam les rejoignit. Il asséna un grand coup au battant qui se referma pour de bon. Puis il se retourna pour évaluer les dégâts.
- Tristan, Tristan ! Réveille-toi ! Déconne pas, mec ! Sam, aide-moi ! S’il te plaît, il ne bouge plus, il faut faire quelque chose !
Le jeune Winchester prit le pouls de son ami inanimé. En partie rassuré, il vérifia sa respiration puis il tenta de calmer la boule de nerf qui se balançait d’avant en arrière juste à côté de lui.
- C’est bon, il va bien. Laisse-lui le temps de se remettre. Viens m’aider ! Il faut effectuer le rituel pour arrêter tout ça.
- Non ! T’as qu’à le faire, toi ! Moi, je reste avec lui.
Sam soupira, résigné. Il se rendit dans le petit salon et entama l’incantation. Dans la pièce voisine, il entendit M. Je-n’ai-peur-de-rien-sauf-de-perdre-mon-ami.
- Hé ! Tristan. T’inquiète pas, je suis là. Non ! Prends ton temps. Te redresse pas tout de suite ! Reste allongé.
Rassuré, il termina sa lecture. Aussitôt, il assista au retour de l’éclair bleu. Cette fois-ci, la lumière violente arriva de l’extérieur et s’engouffra dans la demeure. Elle s’y amassa et se condensa avant de disparaître dans une gigantesque implosion. Après avoir perdu la vue, le jeune chasseur sentit que son ouie l’avait également abandonnée. Pourtant, au bout de quelques instants, il distingua un bruit sourd et les cris de Tristan. En partie privé de ses sens, il tituba pour se rendre dans l’autre pièce. Dans la semi obscurité, il discerna un net changement de situation. Le plus vieux de ses amis se tenait debout et il hurlait sur Dereck. Celui-ci avait la bouche ouverte mais aucun son n’en sortait. Il se frottait la joue, assis par terre, dans une situation assez inconfortable.
- … Putain, mais t’es vraiment trop con ! Sam nous a dit de faire attention, que ça pouvait être risqué ! Et toi, tu joues les kamikazes de merde et tu nous mets tous en danger ! Mais qu’est-ce que t’as dans le crâne, nom de dieu ?!?
Après quelques secondes de silence, Tristan soupira. Il tendit la main et aida son incorrigible copain à se relever. La scène, qui venait de se dérouler devant ses yeux, avait un air de déjà-vu pour Sam. C’était fou à quel point le plus vieux de ses amis pouvait ressembler à son frère parfois. Il sortit de sa rêverie et partit voir à la fenêtre.
Les voisins étaient finalement sortis de leur abri et maintenant, ils affluaient dans la rue et observaient, interdits, l’ensemble des dégâts. Impossible de partir discrètement dans de telles conditions. Les adolescents essayèrent d’ouvrir la fenêtre qui donnait sur la petite cour à l’arrière de la maison. Mais elle restait soudée à l’encadrement. Il était déjà tard. Sam ne supportait pas l’idée d’être enfermé et il devait impérativement rentrer avant que Dean ne s’inquiète de son absence. Il empoigna le guéridon et avertit ses amis :
- Préparez-vous à courir !
Il balança la petite table ronde à travers la vitre qui explosa dans un bruit effroyable. Il attrapa son sac et ils s’enfuirent en escaladant les clôtures. Tristan avait pris soin d’emporter le guéridon avec lui ce qui étonna franchement le jeune Winchester : Son pote n’avait quand même pas envie de réitérer l’expérience après ce qu’il venait de se passer ?!?
Il était plus de vingt-trois heures et alors qu’il se précipitait pour rentrer, il n’espérait qu’une seule chose : que Dean soit encore avec une de ses innombrables conquêtes et surtout pas à l’hôtel. Car, immanquablement, il lui demanderait où il était, ce qu’il avait fait et il finirait par lui rappeler qu’il était trop jeune pour vagabonder tout seul si tard le soir. Quelle ironie quand on pense au fait que son aîné était bien plus jeune que lui lorsque leur père avait commencé à les laisser tous les deux et que Dean devait de surcroît protéger son cadet encore bien plus jeune. Une chose était sûre : Son frangin s’inquiétait toujours dans ce genre de situation et son seul moyen de l’exprimer était de piquer une crise. Par conséquent, mieux valait l’éviter. D’autant plus, qu’il ne pouvait pas répondre à ses questions.
Malheureusement pour lui, quand il arriva devant l’hôtel, la lumière artificielle brillait par la petite fenêtre de leur chambre. Sous l’effet de l’adrénaline, son angoisse se transforma en colère. Ses copains faisaient bien ce qu’ils voulaient, eux. Dean n’avait pas à lui donner d’ordres. Dorénavant, il ferait ce qu’il avait envie de faire sans rendre de compte à qui que ce soit ! Il entra donc, déterminé. Aussitôt, son aîné se planta devant lui.
- Où t’étais ? Qu’est-ce que t’as foutu ? Tu vas bien ? T’as vu l’heure qu’il est !?!
Sa détermination s’ébranla devant le regard à la fois inquiet et furieux que lui lançait son grand frère mais il se reprit.
- Et après, c’est moi qui pose trop de questions ?!? Et ben puisque tu veux absolument savoir, sache que je traînais avec Tristan et Dereck et que j’ai pas vu l’heure. Et que si t’as un problème avec ça, t’as qu’à regarder toi, quand est-ce que tu rentres la plupart du temps ! Non mais, c’est vrai. Tu vas quand même pas me taper un scandale parce que, pour une fois, j’arrive après toi ! Et comme tu viens si justement de le souligner, il est tard et je suis fatigué. Alors, si tu veux bien m’excuser, j’vais prendre une douche et je vais me coucher.
Devant les yeux ronds de surprise de Dean, il se dirigea vers la salle de bain, déposa son sac et balança négligemment sa veste sur son lit en passant. Il s’enferma dans la petite pièce humide et s’adossa contre la porte en soufflant. Ca avait été beaucoup plus facile qu’il ne le pensait. Soit il avait été très convainquant, soit son grand frère n’était pas aussi inquiet qu’il le croyait. Après un infime instant de réflexion, il opta pour la première solution. Dans la chambre, son frangin devait avoir retrouvé ses esprits car il ne put s’empêcher d’avoir le dernier mot :
- … T’avise plus jamais de retoucher à mes affaires !
Le visage de Sam afficha une grimace coupable : Il avait oublié qu’il portait toujours la chemise fétiche de Dean.
Chapitre 8.
Le dimanche, Sam avait ouvert les yeux sous une lumière diurne assez faible. Les rideaux étaient tirés mais il pouvait entrevoir le ciel gris, monotone en ce mois de décembre. Il se souvint qu’il n’avait réussi à s’endormir que vers cinq heures du matin. Il s’aperçut qu’il était seul. C’était assez inhabituel dès le matin. Il s’assit dans son lit et regarda sa montre : midi quarante-sept. Autant pour lui : il n’avait pas vu qu’il était si tard. Dean était certainement parti chercher de quoi assouvir son gigantesque appétit. En partie rassuré, le cadet essaya de déterminer la cause exacte de son insomnie : était-elle due à la peur des événements de la veille, à la petite altercation avec son grand frère ou à l’angoisse que son aîné apprenne un jour ce qu’il avait fait ?
C’est ce moment précis que choisit Dean pour revenir dans la chambre. Il portait un sac en papier qui laissait émaner des odeurs de fritures et autres éléments gras. Devant la moue dégoûtée de son cadet, il sortit un grand gobelet encore fumant, ainsi qu’un petit sachet. Il les lui tendit avec un sourire moqueur.
- Déjà réveillée, Princesse ?
Sam se leva et examina ce qu’il avait dans les mains : un grand café et des cookies. Génial ! Etonné, il s’aperçut que son aîné n’était en aucun cas fâché et qu’en plus, il avait cherché à lui faire plaisir en lui ramenant sa boisson et ses gâteaux préférés. Ils s’installèrent à la table et commencèrent à manger. La bouche pleine, Dean rompit le silence.
- Mmmm ! J’ai entendu parlé d’un truc pendant que ch’faisais les courses tout à l’heure. Dans un quartier, pas très loin d’ici, il paraît que les habitants ont vu des trucs étranges, la nuit dernière. Apparemment les nains de jardin ont décidé de mener leur petite vie et ils ont ravagé la pelouse, explosé les boîtes aux lettres et recrépi les murs.
Le cadet essayait de manger comme si de rien n’était malgré l’évident rétrécissement de son oesophage.
- Et tu ne connais pas la meilleure ! Un voisin aurait vu une lueur bleutée se diffuser à travers les fenêtres d’une maison inhabitée depuis quelques mois. Devine qui c’est ? …
Le morceau de cookie resta bloqué en travers de sa gorge. Il déglutit difficilement et haussa les épaules.
- Ta prof d’histoire : la vieille Mc Allister !
Cette fois, Sam manqua de s’étouffer. Voilà pourquoi ce nom lui rappelait quelque chose. Les battements de son cœur accélérèrent. Il s’immergea dans son gobelet. Cette vieille peau les avait-elle vu ? Que savait exactement Dean ? Essayait-il de le confondre ? Attendait-il de lui qu’il avoue tout ? Comment allait-il réagir ?
- Sam, je me demandais … J’ai l’intention d’aller voir c’qui se passe là-bas, ce soir. Tu veux venir avec moi ?
Le ton employé par son grand frère n’ayant rien d’équivoque, la pression retomba d’un seul coup. Il retint un soupire de soulagement et accepta la proposition d’un signe de tête.
- Et à propos de hier soir … commença l’aîné alors que Sam replongeait son nez dans le gobelet de café, de nouveau mal à l’aise. C’est vrai que c’était samedi soir et qu’il n’y a aucune raison pour que tu ne puisses pas traîner avec tes potes … C’est juste que … j’aimerais savoir où tu vas … pas pour t’espionner, hein ! Je me doute que t’as pas besoin de moi pour aller chauffer les nanas … mais juste … tu sais … au cas où …Enfin … n’oublie pas que papa m’a demandé de veiller sur toi !
Pourquoi fallait-il que leur père revienne encore sur le tapis ? Dean ne pouvait-il pas lui dire tout simplement qu’il s’inquiétait pour lui ? Il ne le protégeait pas uniquement parce que John le lui avait demandé, si ?
Pour répondre au regard interrogateur de son aîné, il acquiesça en hochant légèrement la tête. Il le vit froncer les sourcils.
- Ca va, Sammy ? Tu as l’air … bizarre. Tu devrais peut-être aller te recoucher.
- Non, tout va bien. J’vois pas pourquoi tu dis ça.
- Pour rien. C’est juste que d’habitude tu es un vrai moulin à paroles et que j’ai du mal à trouver le bouton off. Et là tu n’ouvres la bouche que pour manger et encore, tu avales de travers !
- Oh, euh, non. C’est juste que j’écoutais ce que tu racontais et en plus j’avais vraiment la dalle, alors … Tiens d’ailleurs, merci pour les cookies. Ils sont super bons.
Dean le regarda, suspicieux. Il n’avait pas l’air convaincu par les propos de son cadet mais il n’insista pas. Il avait terminé de manger. Il se frotta les mains et balança le papier gras dans le sac en papier puis il s’enferma dans la salle de bain. Sam en profita pour transférer ce qu’il avait emprunté la veille dans le sac de son aîné. Il prit soin de repositionner le journal de leur père comme il l’avait trouvé. Il allait pousser un soupire de soulagement lorsqu’il compris que cette histoire était loin d’être terminée. Il allait devoir assurer jusqu’au bout s’il ne voulait pas éveiller les soupçons.
Le soir venu, il accompagna son aîné, tout en prenant garde à ses actes et à ses paroles. Sur le chemin qui les menait à la demeure, il prit soin de rester légèrement en arrière pour faire mine de ne pas connaître la route. Il posa également un nombre incalculable de questions concernant les esprits et la meilleure manière d’en venir à bout. Il s’intéressa à chaque petit détail jusqu’à que ce que Dean lui demande froidement d’arrêter de lui prendre la tête avec toutes ses questions. Arrivés sur place, ils constatèrent les dégâts matériels exposés plus tôt dans la journée. Puis, le plus vieux remarqua la porte fracturée. Mais une fois à l’intérieur, l’IMF ne donna rien. Après avoir examiné chacune des pièces, ils arrivèrent à la conclusion que s’il y avait eu une présence surnaturelle dans cette maison, elle n’y était plus. En revanche, Dean s’attarda sur la fenêtre brisée. A la place de la vitre, une bâche occultait l’ouverture.
- Il y a encore des bouts de verre dans la cour. Elle a été cassée de l’intérieur. Tu crois qu’elle a été fracassée hier soir ?
Pour toute réponse, son cadet haussa les épaules.
- Peut-être qu’il y avait des squatteurs quand c’est arrivé. Si c’est le cas, ils ont dû avoir les boules … Je me demande si …Non, c’est pas possible.
- Quoi ? Osa demander Sam, inquiet.
- Non, rien. Je me disais que c’était encore des crétins qui avaient voulu invoquer un esprit ou un truc comme ça. Mais si ç’avait été le cas, quoiqu’ils aient ramené, ce serait encore là. Et il n’y a rien. T’y comprends quelque chose toi ? Parce que moi, j’pige que dalle.
Encore une fois, le plus jeune se borna à répondre d’un simple signe de tête.
- Mouais. Il s’est quand même bien passé quelque chose. Même si on aurait pu croire que la sénilité a fait halluciner l’ensemble des voisins, ça a quand même laissé des traces. Il y a même de la terre à l’intérieur de cette baraque. La porte ne s’est pas ouverte et refermée toute seule … Je sens que cette histoire va me prendre la tête … Bon, on rentre. On verra bien demain s’il s’est passé autre chose.
Pour plus de sécurité, Dean inspecta toute la rue mais là encore, rien d’étrange n’apparaissait. Finalement, ils prirent le chemin du retour. Contrairement à l’aller, ils étaient silencieux, chacun réfléchissant à cette affaire mais avec un point de vue très différent.
Toujours sur le qui-vive, Sam fut obligé de jouer un rôle de composition jusqu’à ce qu’ils aillent enfin se coucher. L’accumulation du stress avait engendré une fatigue harassante. Malgré tout, il avait toujours du mal à s’endormir. Il se maudissait pour ce qu’il avait fait et il jura qu’on ne l’y reprendrait plus.