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Série : Supernatural
Création : 31.08.2009 à 17h25
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« S’appeler Winchester est déjà une malédiction en soit. Alors imaginez tout ce qui peut arriver quand, en plus, on a treize ans, nombre fatidique de l’adolescence. Sam passe difficilement le cap. » Lydean
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Chapitre 19.
Comme il s’y attendait, la conversation était ardue. Au fur et à mesure de ses révélations, il voyait la mâchoire de Dean se crisper. Il grinçait des dents et ses yeux lançaient à nouveau des salves d’éclairs furieux. Au moment où il avait admis s’être servi du journal de leur père pour des séances de spiritisme, son aîné s’était levé brusquement et avait arpenté la pièce nerveusement. Puis il s’était rassis, se passant incessamment la main sur le visage pour se calmer. Quand le plus jeune évoqua leur première expérience plus en détail, l’aîné devint blanc.
- Quoi ? Attends …T’es en train de me dire que le coup des nains … c’était toi ?!?
A ce moment précis, Sam aurait préféré mille fois recevoir une correction plutôt que de soutenir la douloureuse expression arborée par son grand frère. Il ne pouvait plus croiser son regard épouvanté et extrêmement déçu. Ca lui faisait trop mal. Il baissa la tête. Il n’en était qu’à la moitié de ses révélations et Dean était déjà anéanti. C’était bien pire que lorsqu’il se mettait en colère. Il savait que tout ce qu’il avait fait ces derniers temps était condamnable mais le fait de les évoquer devant la personne qui comptait le plus à ses yeux le rendait encore plus coupable. Il en était malade. Comment avait-il pu être aussi irresponsable ? A ce stade, présenter des excuses aurait été obsolète. Ce qu’il avait fait était impardonnable. De plus, la culpabilité devait lui ronger les cordes vocales car il avait l’impression que plus aucun son ne pourrait sortir de sa bouche dorénavant. Le ruissellement de ses larmes s’intensifia. Il aurait tout fait pour que Dean arrête de le fixer de cette manière. Celui-ci l’interrompit dans ses pensées.
- Tu n’es qu’un …Encore une fois, il se passa la main sur le visage et se pinça l’arrête du nez. Bon allez, continue ! Finit-il par demander sur un ton étrangement calme.
Le cadet était ratatiné sur son lit. Il essuya ses larmes d’un revers de manche et se força à reprendre une respiration normale. Sans redresser la tête, il poursuivit ses aveux d’une voix rauque. Son aîné écoutait silencieusement. Les paroles étaient inutiles tant son regard était éloquent. Malgré tout, Sam continua, redoutant le moment où il allait s’arrêter de parler. Il prit grand soin d’exposer les circonstances qui l’avaient menées à la deuxième séance de spiritisme mais cela n’empêcha pas son grand frère de faire les cents pas dans la chambre. A présent, il en avait terminé avec le rendez-vous chez le proviseur et allait aborder les nouveaux projets de ses potes pour la soirée quand le téléphone se remit à sonner. Son aîné eut apparemment beaucoup de mal à réaliser qu’il devait décrocher mais au bout de cinq sonneries et sans lâcher des yeux son petit frère, il prit le combiné.
- … Oui, c’est moi.
Soit cet appareil amplifiait réellement les voix, soit le timbre aigu à l’autre bout du fil reflétait une colère mal dissimulée.
- Non ! j’ai autre chose à faire ce soir … et il raccrocha sans plus de considération malgré les cris furieux de son « ex futur rencard ». Continue ! Ordonna-t-il sèchement à l’intention de son cadet.
Avec un soupire, Sam reprit, toujours aussi concentré sur ses mains, évitant au maximum le regard de son frère.
- Normalement ce soir, je voulais aller retrouver Tristan et Dereck derrière le lycée … Ils avaient prévu de ramener un ancien élève de notre bahut … Dereck voulait comprendre les vraies circonstances de son décès, alors …
- Mais vous êtes des putains d’abrutis ! T’es inconscient ou quoi ?! Tu sais pourtant à quel point ça peut être dangereux …
- Mais, je voulais les en empêcher et je ne pensais pas qu’ils arriveraient à le ramener de toutes façons. Se justifia-t-il prestement. A cause de tout ce qu’il a ingurgité, il a été incinéré et …
- Mais j’en ai rien à foutre, Sam ! Vous avez eu du bol les deux premières fois ! Je crois que tu t’rends pas bien compte des risques que vous avez pris ! Il est hors de question que vous continuiez vos conneries ! Et crois-moi je vais m’en assurer personnellement !
- Dean … euh …
- Ah, non ! Me dis pas qu’il y a encore autre chose ! T’es déjà dans la merde jusqu’au cou, là !
- Non, c’est juste que … j’ai peur qu’ils le fasse quand même … j’veux dire, même si j’suis pas … surtout si j’suis pas au rendez-vous.
Dean ouvrit de grands yeux. Puis il empoigna son vieux sac contenant quelques armes et du gros sel et attrapa sa veste en cuir avant de sortir de la chambre en claquant la porte.
Sam savait pertinemment que ce dernier geste voulait dire qu’il devait rester ici mais il s’empara de sa parka et rejoignit son frère.
- Attends, je viens avec toi !
- Non !
- Mais Dean, je sais tout ce qu’il y a savoir sur le mec qu’ils veulent ramener. Je sais aussi où a lieu le rendez-vous et je sais comment parler à Tristan et à Dereck …
- Pour ça j’ai pas besoin de toi ! J’ai pas l’intention de perdre du temps à papoter avec tes connards de copains ! Crois-moi, ils feront ce que je leur dis ! Sur ces menaces mal camouflées, il s’arrêta de marcher et fixa son petit frère. Et toi aussi d’ailleurs ! Si tes potes ont déjà commencé quand on arrivera, j’te veux pas dans mes pattes. Tu resteras en retrait et tu feras ce que je te dis ! C’est clair ?
- Limpide ! Promit Sam, trop heureux d’avoir réussi à convaincre son aîné.
Ils repartirent en courant vers le lieu de rendez-vous. N’apercevant pas les deux adolescents devant la porte de service, Dean commença à se détendre, espérant qu’ils avaient renoncé. Mais Sam désigna la serrure fracturée et poussa le battant qui s’ouvrit sans forcer. En soupirant, Dean pénétra dans l’enceinte de l’établissement suivi de près par son cadet.
- Il y a une grande trappe juste derrière l’aile droite. Elle mène directement au sous-sol. Chuchota le plus jeune pour ne pas se faire repérer.
Il pointa son index pour indiquer la bonne direction à son aîné qui sortit deux torches de son sac. Ils descendirent l’escalier de pierre. Une fois en bas, ils suivirent un grand couloir mais arrivés au bout, plusieurs possibilités s’offraient à eux.
- Et maintenant, on va où ?
Le cadet haussa les épaules.
- Quoi ? Je croyais que tu savais tout !?!
- Ouais, mais c’est Dereck qu’a le plan. Expliqua-t-il, ennuyé devant le regard bourré de reproches de son frangin.
Soudain ils entendirent un sifflement strident et le bruit d’une porte claquée violemment. Ils se précipitèrent vers l’origine de ce vacarme. Ils entendaient les cris affolés des deux amis. L’accès était bloqué par une grande porte en bois. Sam essaya de crocheter la serrure sans succès. Dean tenta défoncer cette grosse masse boisée. Il la sentait se gondoler sous les coups mais elle ne lâchait pas. Le cadet fouilla dans le sac et en sortit le calibre quarante cinq de son frère. Avant que celui-ci n’ait eu le temps de protester, il tira sur la serrure qui explosa en plusieurs éclats métalliques. Puis ils échangèrent un regard et s’élancèrent tous les deux contre la porte. Les gonds cédèrent dans un grincement atroce. Les deux frères atterrirent lourdement de l’autre côté. Ils relevèrent la tête tout en se bouchant les oreilles afin d’atténuer le sifflement effroyable qui avait envahi l’espace autour d’eux. Devant eux, dans une demie obscurité, Dereck, dont les vêtements étaient déchiquetés et imbibés de sang, était tétanisé. Il fixait le plafond d’un air hagard. Ils regardèrent dans la même direction et assistèrent impuissants au vol de Tristan qui était projeté à travers la pièce. Il s’écrasa durement contre un tracteur tondeuse, inconscient. Son sang avait commencé à s’écouler de la même manière que progressait le liquide enflammé au fond de la salle. Celui-ci se dirigeait dangereusement vers les chaudières situées près des Winchester qui se levèrent pour aller aider les deux adolescents. Aussitôt, la porte se referma derrière eux, claquée par une force invisible. Ils se retournèrent et tentèrent en vain de la rouvrir. Ils devaient se rendre à l’évidence, ils étaient piégés. La situation était totalement désespérée.
Chapitre 20.
- Sam, occupe-toi de tes potes !
Dean se précipita sur l’extincteur qui roulait sur le sol à sa droite. Il progressait rapidement, tantôt debout, tantôt accroupi, slalomant entre les obstacles. Il essaya d’éteindre l’incendie malgré les objets qui tournoyaient dans la pièce et venaient le heurter régulièrement à tous les endroits possibles et imaginables de son corps.
- Dereck, viens ! Il faut aider Tristan ! Hurla le cadet à l’intention de son ami, dans l’espoir de le faire sortir de sa léthargie.
Mais celui-ci ne bougeait pas d’un pouce. Sam entreprit alors de la secouer mais rien n’y faisait. Alors il lui décrocha une bonne droite sous les yeux ébahis et continuellement fixés sur lui de son aîné.
- Putain, mais t’es grave ! T’avise pas de recommencer ! Lui conseilla froidement son copain encore sous l’effet de la surprise.
Ils se dirigèrent tant bien que mal en direction de Tristan. Les projectiles divers se fracassaient contre les étagères vidées de leur contenu, quand ils ne venaient pas s’éclater de plein fouet sur les adolescents. Le plus vieux des trois amis recouvrait doucement ses esprits et grognait tout en se massant le cuir chevelu.
Soudain le tourbillon cessa et le sifflement disparut. Le silence dura moins d’une seconde mais il était total, comme si le temps s’était arrêté. Il fut interrompu par un fracas épouvantable : l’ensemble des outils et autres objets contendants retombaient durement sur le sol en pluie torrentielle. Dean, qui avait réussi à maîtriser l’incendie, reçu une pelle derrière l’épaule gauche. Le côté tranchant le caressa si délicatement qu’il lui arracha un bout de peau de plusieurs centimètres carrés, malgré la protection de sa veste en cuir. Il appliqua aussitôt sa main droite sur la plaie sanguinolente qui le faisait souffrir et estima les dégâts avec un regard rapide :
- Putain de fantôme à la con ! Il a niqué ma v…
Mais il ne termina pas sa phrase. Un cruciforme venait de se planter dans la cuisse de son petit frère qu’il n’avait lâché des yeux qu’une fraction de seconde. Sam ne put réprimer un effroyable cri de douleur jusqu’à ce qu’un bidon d’essence lui atterrisse sur la tête, l’assommant à moitié. Il n’en garda pas moins l’esprit clair et arracha d’un coup sec le tournevis qui aurait entravé ses mouvements.
- T’es malade ! Hurla son aîné, arrivé en moins de temps qu’il en aurait fallu pour le dire. Faut pas faire ça ! T’aurais pu aggraver ta blessure, lui expliqua-t-il anxieux, tout en inspectant le trou ensanglanté.
- C’est bon, Dean. Ca va. Aide-moi plutôt à me relever. Il faut qu’on les mette à l’abri. Décréta le cadet en désignant ses amis et en masquant le plus possible la douleur qui l’assaillait.
- Et toi aussi ! Ordonna son grand frère en le soulevant et en vérifiant qu’il tenait bien debout.
Ils commencèrent à traîner Tristan dans le petit placard à balais, unique refuge potentiel qu’ils avaient réussi à déceler.
Dereck, qui avait eu de la chance jusqu’à maintenant, se retrouva plaqué sur le sol par une force invisible. Sa tête rebondit trois fois sur le revêtement avant de s’immobiliser complètement. Dans un grondement de plus en plus insoutenable, une masse informe et translucide fit son apparition. Au dessus de l’adolescent qui déployait une force démentielle pour essayer de se libérer, elle l’agrippa et le traîna à travers la pièce telle une vieille serpillière défraîchie, lui faisant percuter les objets avachis et répartis de manière aléatoire.
Dean se rua sur lui pour tenter de le maîtriser mais Dereck s’agita. Son corps se cambrait et se pliait en tous sens sous l’effet de convulsions. L’aîné avait du mal à garder sa prise devant ce rodéo improvisé.
Pendant ce temps, Sam avait installé Tristan dans le débarras et avait entrepris de répartir du sel devant l’unique ouverture. Quand il releva les yeux une énième fois, il vit avec horreur son grand frère s’envoler dans les airs et se faire projeter puis plaquer contre le mur en face de lui, à l’autre extrémité de la pièce. Oubliant l’affreuse douleur qui lui vrillait la cuisse, il s’empressa d’aller l’aider. Il n’avait pas fait le quart du parcours que Dean hurla :
- Sam … Non ! … Retourne … là-bas !
L’ordre avait été donné sur un ton sans réplique malgré sa difficulté évidente à respirer. Le plus jeune s’arrêta net, le souffle court. D’un côté il ne pouvait se résoudre à laisser Dean souffrir sans rien tenter mais d’un autre, il s’était engagé à respecter ses ordres sans rechigner.
Près de lui, Dereck tentait de reprendre une respiration normale. Ses convulsions avaient cessé au moment où l’aîné des Winchester avait pris son envol mais il régurgitait un liquide transparent dont l’odeur âpre rappelait fort celle des engrais chimiques. Alors qu’il avait réussi à tout évacuer, il ne réussit pas pour autant à se redresser complètement. Il avait visiblement toujours du mal à se remettre de sa petite ballade improvisée et pleine d’embûches à même le sol.
Encore indécis, Sam aida rapidement son ami à se relever, l’entraîna et l’obligea à entrer dans le placard. Sans plus de considération, il l’installa à côté de l’autre rescapé et leur somma:
- Aide Tristan ! Et surtout, ne bougez pas de là !!!
Il était prêt à refermer la porte mais il fit volte face. Effaré, il constata à quel point les choses pouvaient dégénérer rapidement. Comme s’ils n’étaient pas suffisamment dans la galère comme ça ?!?
Sam distinguait à peine son frère à travers la masse translucide qui le maintenait plaqué contre le mur à l’autre bout de cet immense entrepôt miné. Le grincement atroce continuait de contribuer à leur surdité précoce. Les lumières s’allumaient et s’éteignaient comme sous l’effet d’un stroboscope géant. Lors des phases sombres, une faible luminosité provenant des chaudières permettait de se diriger. Mais il savait que la douleur lancinante due à sa blessure, l’empêcherait d’avancer normalement. Et le pire, c’était ce tourbillon dans sa tête qui ne cessait de lui faire entrer dans le crâne à gros coups de massue, que son aîné était dans un terrible danger.
Devant l’urgence de la situation, il prit sa décision. Il traversa la barrière de sel et quitta le refuge où il était sensé rester en sécurité. Il devait porter secours à son grand frère et il assumerait les conséquences de ses actes. A ce stade, il préférait mille fois se prendre un méga savon plutôt que de le perdre parce qu’il n’avait pas levé le petit doigt pour le secourir.
Il progressait prudemment, attentif à tous les dangers potentiels qui l’entouraient, apparaissant et disparaissant sous la lumière clignotante. A mesure qu’il se rapprochait, il voyait son frère secoué par les tremblements violents. Il tentait visiblement d’attraper quelque chose à côté de lui. Il reconnut ce qui devait être une barre à mine toute rouillée. Il se rappela alors les conseils de Dean et scruta les alentours à la recherche d’un outil en fer. Il mit la main sur un pied de biche au moment où les yeux de son grand frère se révulsèrent.
Chapitre 21.
Une bonne dose d’adrénaline traversa instantanément son corps. Il oublia sa prudence et se précipita sur l’immonde chose qui était en train de tuer son aîné. Il balança son arme à travers la masse vaporeuse comme s’il devait jouer un home run avec une batte de baseball. Aussitôt, l’agglomérat translucide se dissipa et Dean s’écrasa durement sur le sol. Il prit appui sur ses deux bras et vomit à son tour un liquide transparent. Une fois son souffle retrouvé, il brailla :
- Putain, c’est dégueu ! C’est du sans plomb !
Puis il releva la tête vers son sauveur. Son petit frère était tétanisé. Il n’avait pas encore réalisé que son aîné allait bien, compte tenu des circonstances, bien évidemment.
Le grondement qui s’était atténué quelques secondes reprit de plus belle. La lumière recommença à vaciller. Dean hurlait à son cadet d’aller dans le placard mais celui-ci ne l’entendait pas. En plus du bruit atroce, il était encore sous le choc d’avoir failli perdre son grand frère. Il sortit de sa léthargie au moment où son aîné le souleva du sol pour l’entraîner dans leur refuge improvisé. Une fois entassés à quatre dans le petit local, Dean claqua la porte derrière lui et examina son jeune frère, encore abasourdi.
- Sammy, hé ! Sammy, ça va ?
Il lui passa la main dans ses cheveux ébouriffés dans l’espoir de l’apaiser. Les yeux embués de larmes et le souffle saccadé, Sam tenta d’articuler :
- Dean … J’ai cru qu’t’étais …
- Hé ! Tout va bien. T’inquiète pas. Tu m’as sauvé, essaya-t-il de le rassurer avec une voix pleine de douceur.
- Ah ben ça, c’est vite dit ! Fit remarquer soudainement Dereck.
Il était assis dans un coin, recroquevillé sur lui-même. Ses genoux étaient repliés près de sa poitrine, encerclés par ses bras. Il se balançait d’avant en arrière. Il continua de maugréer.
- J’vous f’rai remarquer qu’on est vraiment dans un bordel sans nom ! On va tous crever dans ce putain de cagibi de merde !
- Oh, la ferme ! Lui cria Tristan qui n’ouvrait toujours pas les yeux tant sa tête le faisait souffrir. Pour le moment, on est toujours vivants et c’est bien grâce à eux. Alors, ta gueule !
Son ami le regarda médusé mais ne broncha pas. De l’autre côté de la porte, le grognement sourd se rapprochait.
- J’comprends pas … Il a été incinéré … Il n’aurait même pas dû revenir … Qu’est-ce qu’on va faire ? Demanda Sam, désespéré, à l’intention de son grand frère qu’il ne quittait pas des yeux.
- C’est qu’il doit certainement rester quelque chose qui lui permet d’être ici … des cheveux, un ongle ou un objet … un truc quoi … pensait Dean à haute voix. Il faut qu’on trouve rapidement c’que c’est et qu’on le crame.
Des coups violents venaient ébranler la porte par rafales.
- C’est peut être son gant de baseball, supposa le plus jeune. Tu sais, celui qui est exposé dans la vitrine là-haut.
Dereck souffla et continua de pester :
- Ah ben ça, c’est le pompon sur le cul du lapin ! Même si c’est le bon truc, comment on va faire pour y aller ? Toutes les portes sont bloquées au cas où vous ne l’auriez pas remarqué ! Et puis j’vous l’dit comme j’le pense : il est hors de question que je sorte de ce chiotte pour aller me retaper une valse avec l’espèce de blob dehors !!!
- Mais, putain, tu vas fermer ta grande gueule ! S’énerva franchement Dean. J’te rappelle quand même qu’on est dans cette merde en partie à cause de ton intelligence hors du commun ! Alors si tu l’ouvres encore une fois, sans que je t’en aie donné l’autorisation, j’te balance sans préavis de l’autre côté de cette foutue porte pour aller rejoindre ton partenaire de tango !!!!
- Ca aurait le mérite de faire diversion, le coupa Tristan qui n’en pouvait plus de tout ce vacarme. Quelqu’un a pensé aux bouches d’aération ?
Tous les yeux se braquèrent sur le plafond. L’ouverture était étroite mais elle pouvait laisser entrer le corps d’une personne.
- Dereck ! A quatre pattes ! Ici ! Tout de suite ! Intima Dean à l’adolescent, qui s’exécuta étrangement sans broncher.
L’aîné des Winchester s’en servit de marche pied. Il arracha la grille qui obstruait le passage et jeta un œil rapide. Il demanda à Sam de lui passer le sel et en disposa une bonne couche tout autour du passage dans la gaine de ventilation. Il remit les pieds au sol et fouilla dans son sac entrouvert.
- Ok, ça devrait le faire. Vous restez là ! Je suis de retour dans cinq minutes.
- Non ! Hurla Sam en accrochant le bras de son aîné. Tu ne pars pas tout seul ! J’veux venir avec toi !
- Sûrement pas ! Toi tu restes ici et tu aides tes potes à se remettre ! … Avec ta jambe, tu me ralentirais de toutes façons.
- Mais Dean … Insista-t-il, suppliant.
- J’ai dit non, Sam !
La fermeté du ton employé n’était pas à la hauteur du regard d’avertissement que lui lançait son grand frère. Le cadet baissa la tête, résigné. Avec ses yeux larmoyants, il la releva néanmoins et ajouta :
- D’accord ! Tu peux compter sur moi. Mais … fais attention et dépêche-toi !
- Hé ! Plus rapide que moi, y a pas ! Je suis … « speeder man » ! Lui lança-t-il avec un sourire malicieux et un regard complice, apparemment fier de son jeu de mots.
Sam le regarda s’équiper, saisir le plan que lui tendait Tristan et le vit disparaître dans la bouche d’aération.
Les minutes s’écoulaient lentement. Trop lentement ! Ils avaient déployé des efforts inimaginables. Et leur instinct de survie leur avait permis de s’isoler dans le placard à balais. A présent, ils étaient entassés dans le ridicule petit local. La porte subissait des coups violents venus de l’extérieur malgré la présence abondante de gros sel à sa base. Du sang s’écoulait le long du visage livide de Tristan. Ses yeux demeuraient désespérément clos. Dereck essayait en vain de stopper l’hémorragie de son ami. Il se balançait d’avant en arrière, tentant misérablement de se calmer. Il murmurait des phrases décousues de sens dont certains mots restaient inaudibles.
Sam avait du mal à respirer tellement son angoisse l’oppressait. Malgré le sifflement incessant et les martèlements de l’autre côté de la porte, il écoutait son copain à côté de lui qui appelait sa mère et ne cessait de dire qu’il ne voulait pas mourir. Quant à lui, il priait pour pouvoir revoir son grand frère. Tout aurait été tellement plus facile s’il avait été là, entassé avec eux dans ce misérable petit local. Au lieu de ça, il était parti tout seul, réduire en cendre le gant qui n’était peut être pas la solution à leur problème. Il était sans aucun doute en très grand danger parce que lui, son imbécile de frangin, avait décidé de gagner son indépendance en cumulant des bourdes encore plus grosses que lui ! Ca faisait bien quinze minutes maintenant que Dean avait disparu par cette toute petite ouverture. Une éternité ! Ses remords l’assaillaient : il aurait dû l’écouter et ne jamais apprendre à ses amis à ramener les morts. Tout était de sa faute. Ils allaient tous mourir à cause de lui. La panique prit le dessus et il hurla le nom de son frère comme pour le faire revenir plus vite :
- DEAN !
Chapitre 22.
Le calme revint soudainement. Dans le placard, personne n’osa bouger. Ils retenaient tous leur respiration dans l’attente d’une nouvelle catastrophe. Un bruit épouvantable semblable à une détonation se fit alors entendre. S’ensuivit le crissement des objets sur le sol. Ils semblaient protester qu’on les change ainsi de place sans ménagement. Enfin, le martèlement reprit sur la porte. En revanche, cette fois-ci, elle ne résista pas et finit par s’ouvrir à la volée. Les occupants du petit local sursautèrent dans un même élan.
- Putain de porte de merde ! L’autre tanche a dû la gondoler. J’arrivais pas à …
Dean n’eut pas le temps de finir sa phrase que son petit frère s’était jeté sur lui, l’enserrant le plus fort possible dans ses bras. L’aîné des Winchester avait toujours du mal à réagir devant les marques d’affection débordante de son cadet. Malgré tout, il resserra l’étreinte et l’ébouriffa rapidement avant de l’éloigner doucement de lui.
- Bon, faut qu’on y aille ! J’crois que le concierge arrive. Magnez-vous !
Dereck aida Tristan à se relever et ils se dégagèrent tous les quatre du petit cagibi d’à peine quatre mètres carrés.
L’immense pièce qui servait d’entrepôt avait pris des allures apocalyptiques. Avec beaucoup de difficultés, ils enjambèrent précipitamment les monticules d’objets divers qui vallonnaient le sol. Dans un grand soupir commun, ils regagnèrent la porte par laquelle ils étaient arrivés. Elle s’ouvrit sans aucune complication mais dans un grincement effroyable. Les gonds menaçaient de laisser le battant s’effondrer à tout moment. Les quatre rescapés en franchirent le pas, enfin libres !
Dean raccompagna son frère et ses deux amis jusqu’à la trappe qui menait à l’extérieur de l’établissement. Là, il s’arrêta et leur ordonna :
- Vous sortez d’ici et vous m’attendez dans la ruelle.
- Non ! Attends ! Où tu vas encore ? Demanda son cadet, paniqué.
- Il faut qu’on couvre nos traces. Il y a du sang partout là-bas. J’vais faire un grand feu de joie. Expliqua-t-il en s’éloignant d’eux.
Il disparut une nouvelle fois en courant dans l’obscurité.
En soupirant, Sam se retourna et marcha derrière ses copains. Heureusement que le sol durci par le froid leur permettait de ne pas laisser d’empreintes car il avait de plus en plus de mal à marcher. Il traînait sa jambe invalide comme s’il s’agissait d’un boulet. Sa blessure le faisait horriblement souffrir et encore une fois son frère était parti affronter un danger dont il se sentait responsable. Il priait de toutes ses forces pour que son aîné revienne sain et sauf et que cette épouvantable histoire se termine enfin.
Dans un petit coin reculé de la ruelle, ils assirent délicatement Tristan sur une borne en béton. Sam entreprit de lui refaire le bandage improvisé qu’il avait effectué alors qu’ils étaient enfermés dans leur placard à balais. Il examina la plaie. Elle saignait moins mais son ami avait résolument besoin de points de suture.
- Il faut l’emmener à l’hosto, décréta Dereck.
- Non, ça va aller, le rassura le plus vieux. J’vais me débrouiller.
Dean arriva en courant sous le regard rassuré de son petit frère.
- C’est bon. On peut y aller … Et si vous ne voulez pas d’emmerdes, demain, on fait comme si de rien n’était, Ok ?
- Non ! Pas Ok ! J’suis pas d’accord, contra Dereck. Tristan doit absolument aller se faire soigner à l’hôpital. Il s’adressa à Sam, suppliant. Si tu veux, maintenant qu’tu m’as montré, c’est moi qui braque la caisse. Mais Tristan et moi on peut pas conduire et ton frangin est loin d’être aussi cool que ce que j’croyais alors il faut qu’tu conduises. S’il te plaît. C’est pas comme si tu l’avais pas déjà fait.
Décidément, celui-là, il n’en ratait pas une. Les épaules de Sam s’affaissèrent sous le poids du regard réprobateur de son aîné. Encore une fois, Tristan intervint. Il commença par donner un taquet sur l’arrière du crâne de son ami et le rabroua sèchement :
- Mais t’es con ou quoi ? Tu vois bien qu’il peut pas conduire de toutes façons. Il a la jambe en vrac et j’ai dit que j’allais me débrouiller.
- Pour une fois ton abruti de copain a raison, confirma Dean en jetant au passage un regard assassin à Dereck. Il faut qu’tu passes un scanner et t’as besoin de points de suture.
- Je sais. J’ai compris. Et j’vais y aller à l’hôpital. Mais pour ça, il faut que je rentre, que j’me foute au pieu et que je fasse semblant de me casser la gueule en renversant la table de nuit. Les vieux m’emmèneront illico presto et j’espère bien obtenir une dispense pour ne pas me pointer au bahut jusqu’aux vacances !
Avec une moue admirative, l’aîné des Winchester acquiesça. Ce petit gars avait de la suite dans les idées. Il le regarda s’éloigner, soutenu par son ami. Puis il reporta son attention sur son cadet qui n’en demandait pas tant.
- Depuis quand t’es instructeur en braquage de bagnole et moniteur de cours de conduite ?
Son petit frère avait légèrement omis ce point de détail dans ses aveux et il avait baissé la tête, repentant. Devant l’absence de réponse, l’aîné soupira et ajouta :
- Allez, grimpe ! J’te ramène au motel. Toi aussi t’as besoin de points de suture.
Sam ne se fit pas prier. Il s’installa sur le dos de son grand frère tout en évitant soigneusement d’appuyer sur la blessure sanguinolente qu’il avait au niveau de l’épaule. Ils s’éloignaient rapidement de l’établissement infernal quand les premières sirènes de pompier se firent entendre.
Chapitre 23.
Le fait d’être le plus petit avait ses avantages en fin de compte. Installé sur le dos de son grand frère, Sam se remémorait le nombre incalculable de fois où il l’avait fait quand il était plus jeune. Il se rappelait avoir simulé de grosses fatigues et de graves blessures juste pour pouvoir profiter de cette situation réconfortante. A cet instant, l’homme indépendant qu’il voulait devenir pouvait bien attendre. Il laissa bien volontiers la place au petit frère nécessiteux et reconnaissant de la bienveillance et de la protection de son aîné. Après tout, pourquoi fallait-il absolument qu’il grandisse maintenant ?
Arrivés à l’hôtel, Dean l’installa sur son lit avec beaucoup plus de délicatesse que la dernière fois où il l’y avait déposé. Il lui fit avaler un antidouleur et lui demanda d’aller prendre une douche pour mieux évaluer et soigner ses blessures. Toutes ces attentions, les soins prodigués, ainsi que le regard inquiet de son aîné avaient provoqué la renaissance de la petite boule de culpabilité au creux de son estomac. Comment avait-il pu croire ne serait-ce qu’une seconde que son grand frère ne s’intéressait à lui qu’à cause des ordres de leur père ?
Mis à part le trou béant au niveau de sa cuisse qui le brûlait atrocement, l’eau tiède avait un effet salvateur sur l’ensemble de son corps. Il sentit la lassitude l’envahir. La journée avait été longue et plutôt rude. Quant à la soirée, elle avait été franchement angoissante. A deux reprises, il avait faillit le perdre. Comment pourrait-il réussir à vivre sans lui ?
Et là, il ne pensait pas qu’à la chasse qui venait d’avoir lieu. Etrangement, maintenant qu’ils étaient tous les deux en sécurité, son plus mauvais souvenir se résumait à l’image du visage furieux et déçu de son aîné. Finirait-il par lui pardonner ?
En tant que frères, ils s’étaient déjà battus plus d’une fois. Dean était aussi sorti en claquant la porte de leur chambre des centaines de fois, parce qu’il était en colère après lui. Mais il revenait, de manière générale, les bras chargés de victuailles en signe de paix. Dans le pire des cas, Sam savait qu’il pouvait obtenir ce qu’il voulait de son aîné d’un simple regard. Mais cette fois-ci, celui-ci serait-il suffisant pour obtenir son pardon ?
L’altercation avait été difficile à encaisser, d’autant plus que c’était la première fois qu’il voyait Dean dans cet état. D’ordinaire, son grand frère se gardait bien d’exprimer ses émotions à haute voix. Il révélait plus volontiers ses sentiments par ses actes. Et de toutes façons, il n’avait pas besoin d’entendre quoi que ce soit car il pouvait lire ce que ressentait son aîné dans son regard aussi facilement que dans un livre. Pourquoi ce qu’il y avait décelé ce jour-là lui faisait aussi mal ?
La colère de Dean, il pouvait la gérer car il avait l’habitude. Et étant donné ce qu’il avait fait comme débilités, il s’y attendait. Sa déception, c’était déjà beaucoup plus difficile. C’était nouveau pour lui et ça le rendait malade. Il se rappelait tous les moments où il avait annoncé bravement à son grand frère un événement qui paraissait être de la plus haute importance à ses yeux d’enfant. A chaque fois, le plus vieux lui lançait une boutade bien sentie mais son regard reflétait toujours une grande fierté. Ces temps-là étaient-ils révolus ? Sa déception empêcherait-elle Dean d’être à nouveau fier de lui ?
Quant à son sentiment de honte, il relevait carrément de l’inconcevable. Jamais il n’aurait pu penser de telles horreurs au sujet de son grand frère. Même quand il lui arrivait d’être furieux contre lui. Non, jamais. Ses interprétations erronées lui avaient fait beaucoup de mal même s’il s’était bien gardé d’exprimer cette douleur à voix haute. La souffrance qu’il éprouvait en pensant que son petit frère avait cette image de lui avait traversé son regard pour s’incruster insidieusement dans la tête de Sam. Que pouvait-il faire pour lui ôter définitivement ses idées préconçues dans sa tête d’âne bâté ? Arriverait-il à arranger les choses pour qu’ils retrouvent leur relation fraternelle qui lui manquait cruellement ?
Et le moment où son aîné avait compris qu’il avait réussi à lui cacher toutes les stupidités de ces dernières semaines. Son visage était devenu livide. Plus que déçu, il était consterné, affligé. Dean pourrait-il à nouveau lui faire confiance ? … Et s’il ne lui pardonnait jamais ? Mettrait-il sa menace de l’abandonner à exécution ?
Des coups frappés derrière la porte de la salle de bains le sortir de sa réflexion mais il n’en demeurait pas moins complètement angoissé.
- Sammy, ça va ? Lui demanda la voix anxieuse de Dean.
- Heu … Ouais ! T’inquiète.
- Ca fait bien quinze minutes que je t’attends. Alors arrête de cogiter et sors de là que j’te soigne.
Décidément son frère le connaissait bien. La petite boule de culpabilité prit de l’ampleur. Il sortit de la douche, s’essuya, enfila un boxer et un tee-shirt et se frictionna rapidement les cheveux avec une serviette pour les égoutter. Il sortit de la petite pièce au milieu d’un nuage de vapeur. Il s’aperçut que Dean avait retiré sa veste et sa chemise. Grâce à un petit miroir, il essayait d’examiner son épaule à travers son tee-shirt imbibé de sang. Il se retourna en entendant son cadet qui devait avoir une allure ridicule car il ne put s’empêcher de pouffer en le voyant apparaître. Puis il prit un air grave en observant sa cuisse.
- Assois-toi ! Il faut que je désinfecte et après je vais te recoudre. Il te faudra au moins trois points. Mais si tu préfères, j’peux t’emmener à l’hôp …
- Non, c’est bon ! Vas-y !
Son aîné s’installa sur le lit en face de lui. Il le fixa un bon moment avant de commencer à le soigner. Il commença par rincer abondamment la plaie avec une solution antiseptique puis il planta l’aiguille précautionneusement. Il accompagnait chacun de ses mouvements d’un regard anxieux en direction du visage de son petit frère dont les yeux se mirent à briller considérablement. Le plus vieux dût s’apercevoir de quelque chose car il tenta de le rassurer :
- C’est bon, Sammy. C’est presque fini.
Il termina le dernier point, appliqua une compresse antiseptique et s’affaira à lui bander la jambe. Sam ne bougeait pas, incapable de parler. La douleur qu’il ressentait au niveau de sa cuisse n’était rien comparé à ce qui le rongeait de l’intérieur. Il n’estimait pas mériter l’attention que lui portait son grand frère. Encore une fois, ce dernier brisa le silence.
- Tu sais Sammy … j’voulais te dire que t’as vraiment assuré ce soir … Non, vraiment, je suis impressionné.
Avec une infime lueur d’espoir, il essaya d’articuler d’une voix enrouée :
- … Ca veut dire que … tu n’es plus fâché ?
- J’ai pas dit ça. Ce soir, au bahut, t’as agi exactement comme il fallait et toujours au bon moment. Tu m’as sauvé la vie, Sammy. Et je tiens à te dire merci … Mais …
- Mais tout ça ne serait pas arrivé si j’avais pas déconné.
Il releva la tête et regarda fixement son aîné avant de poursuivre.
- Dean, je suis désolé d’avoir fait toutes ces conneries. J’veux dire, braquer une caisse, conduire et me saouler, c’était vraiment pas malin et j’me trouve nul pour ça … Et … je regrette vraiment d’avoir piqué le journal de papa… Et appeler tous ces esprits. Je savais que c’était dangereux … En plus, tu m’avais mis en garde … on a tous failli mourir … à cause de moi … j’pourrais jamais me l’pardonner.
- Ouais, ben pour ça, t’étais pas le seul responsable. Et puis on s’en est quand même tous sortis … sauf ma veste, paix à son âme.
Sam était atterré : Malgré le ressentiment qui transpirait par tous les pores de sa peau, Dean était en train d’essayer de le consoler et en plus, il trouvait le moyen de plaisanter.
- Mais Dean … j’comprends qu’tu sois furieux … après ce que j’ai fait … je l’ai mérité. En plus je t’ai caché tout ça et je t’ai menti … Je comprendrais que tu n’aies plus confiance en moi. Et tu sais, je ferai tout pour la regagner, je te le jure. Mais … t’as pas le droit de croire … enfin tu sais … juste … j’ai jamais pensé que t’étais un « branleur, menteur, irresponsable et alcoolo ». Jamais !
- C’est bon, Sammy. Laisse tomber !
Il avait eu tout loisir de constater que la colère ressentie par son grand frère avait fondu comme neige au soleil. Mais lui se sentait toujours aussi mal et il éprouvait le besoin d’aller plus loin dans ses excuses.
- Non, Dean. C’est pas bon. J’veux dire … regarde … malgré tout ce que j’ai fait, t’es encore là pour moi … Il peut arriver n’importe quoi, j’peux toujours compter sur toi … Tu passes tout ton temps à me protéger … T’es vraiment quelqu’un de bien et … juste … il faudrait que je grandisse un peu et je suis sûr que je devrais être plus comme toi …
- Saaam.
- Non. C’que j’veux dire c’est qu’il faudrait que je devienne plus … fort … que j’apprenne à me sortir des galères comme toi tu ferais … même si j’ai encore besoin de toi … Tu sais … J’voudrais pas … parce que t’en aurais vraiment trop marre de mes conneries … juste … t’es ma famille, tu sais … alors si tu me pardonnais pas … je supporterais pas que tu me laisses tomber …
- Sam !
Les yeux de Dean s’obscurcirent en une fraction de seconde. Son cadet s’en aperçut mais il ne démordit pas pour autant et débita beaucoup plus rapidement ce qu’il avait encore à dire.
- Ce que j’essaie de t’expliquer, c’est que c’est toi qui m’as sauvé la vie ce soir. Si tu m’avais pas retenu tout à l’heure, j’aurais rejoint Dereck et Tristan. Avec tout ce que tu as appris sur moi, t’aurais eu toutes les raisons de m’abandonner et à l’heure qu’il est je serai certainement mort …
- SAM, STOP ! Ca suffit ! Je t’interdis de dire des trucs pareils !
Bien qu’il s’y attendait, le plus jeune sursauta en entendant le ton sec de son aîné, qui venait de s’octroyer, par la même occasion, le droit à la parole.
- C’est pas c’qui s’est passé, d’accord ? On est tous vivants et c’est tout ce qui compte ! On se fout des « Si j’avais » et des « Si j’avais pas » …
- Mais j’voudrais que tu comprennes …
- … que tu es désolé. C’est bon, merci, j’avais compris ! Il faut vraiment que t’arrête de gamberger, là. Et tu es trop … susceptible. Voilà, c’est ça. Les voilà tes défauts. Qu’est ce que tu crois bordel ? Tu es un mec bien et ça ne te réussis pas du tout d’essayer de changer. T’es … patient, calme … généreux, sociable … intelligent et super cultivé. Il faut dire aussi qu’t’es franchement curieux. Y a qu’à voir le nombre de questions que tu débites à la minute ! J’vois vraiment pas ce que tu veux changer là d’dans ! Si avec tout ça t’es pas foutu de t’en sortir dans la vie, alors je deviendrais curé et je f’rai vœu de chasteté ! Il inspira un grand coup et poursuivit. En ce qui concerne le temps que je passe à te protéger. Ben j’ai qu’un truc à te dire : Il va falloir que tu t’y fasses. Ben ouais, parce que même quand t’auras cinquante balais et même si papa n’est plus là pour me le rappeler, tu seras toujours mon p’tit frère. Et ça, en version française c’est « je serai attaché à toi comme un escargot pas cuit à sa coquille » ou en version originale « je vais te coller comme un vieux bubblegum sous tes shoes » ! En clair, il est hors de question que je t’abandonne quelles que soient les conneries que tu pourras faire dans ta vie. Comme si moi j’en faisais jamais ! Et tu me largues pas pour autant ?!? Sa question n’attendant pas de réponses, il continua. Qu’est-ce que tu crois ? Moi aussi, j’ai besoin de mon incorrigible frangin ! Enfin bon, j’te propose un pacte : La prochaine fois que l’envie débile de changer de personnalité surgira dans ta p’tite tête d’intello, prends le temps de la réflexion ! En même temps tu vas me promettre d’arrêter de te torturer comme tu sais si bien le faire à te poser dix mille questions sur « ce qui aurait pu se passer si … ? » ou « Comment t’aurais pu empêcher ça ? » Essaie plutôt d’anticiper comme tu le fais si bien d’habitude. Quoiqu’il arrive, si tu veux que je garde ma confiance en toi, ne me mens plus. Et moi, de mon côté, ben … j’vais rester moi ! … Allez, j’rigole … Fais pas cette tête … D’accord, je m’engage à oublier tout ce qui s’est passé ces dernières semaines et je te promets d’être toujours là pour toi, que ce soit pour te soutenir ou te botter le cul ! Il soupira et fit une pause. Et … je vais essayer, mais là je prends vraiment sur moi ! … de te laisser un peu d’espace pour que tu puisses grandir. Dans les deux sens du terme, hein ? Parce que je te rassure, tu es un Winchester et tu ne vas pas rester un nabot toute ta vie. Du moment que tu ne deviens pas plus grand que moi ! … Alors, Deal ?
- Deal ! Répondit Sam sans hésitation, un sourire amusé aux lèvres.
Grâce à ce discours inhabituellement long de son grand frère, il était enfin délesté du poids énorme qui l’entravait depuis quelques temps. Jamais Dean n’avait été aussi loquace, d’aussi loin que son cadet pouvait se souvenir. Une seule chose lui manquait toutefois : Il avait besoin de s’assurer que tout avait été pardonné, que tout redeviendrait comme avant. Il se leva. Aussitôt, son aîné en fit autant, tout en plaçant ses mains sur ses épaules pour le retenir.
- Wow ! Qu’est-ce que tu fais ? C’est l’heure d’aller se couch …
Sam s’était déjà jeté sur lui et le serrait de toutes ses forces. Il fut soulagé et heureux de sentir que son grand frère resserrait l’étreinte avant de l’ébouriffer. Avec ce genre d’attitude, Dean n’allait assurément pas penser qu’il était adulte mais à ce moment précis, cela lui importait peu. Dorénavant, il savait qui il était et qui il voulait devenir : Un mec bien dont son aîné serait à jamais fier de lui.