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Série : Supernatural
Création : 04.10.2009 à 19h11
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Fic Boys Shouldn’t Play With Dead Things du point de vue de Dean.Sam passe difficilement le cap de l’adolescence sous le regard protecteur, mais parfois démuni, de son grand frère. » Lydean
Cette fanfic compte déjà 52 paragraphes
Dean Thinks That Boys Shouldn’t Play With Dead Things.
Comme promis, voici la fic “Boys shouldn’t Play With Dead Things” du point de vue de Dean. Comme je voulais que l’histoire reste proche de la série et que la trame ne soit pas trop redondante, j’ai ajouté deux ou trois chasses, ainsi que quelques nouveaux moments de « fraternité ». J’espère que vous aimerez ce nouveau point de vue.
Résumé : Dean a presque dix-huit ans. Habitué à affronter toutes sortes de créatures, il ne s’attendait pas à se retrouver un jour aussi démuni devant une situation pourtant banale : l’adolescence de son petit frère, Sam. Dans une ville où les lycéens s’amusent à faire revenir poltergeists, fantômes et autres esprits vengeurs, les frères Winchester vont devoir utiliser toute leur ingéniosité pour empêcher que ce nouveau délire ne devienne catastrophique.
Spoilers : Pas du tout ! Sauf au niveau de l’épilogue qui constitue un petit bonus mais n’entrave en rien l’histoire. A vous de juger si vous voulez le lire.
Personnages : Sam et Dean Winchester + un petit peu de John !
Merci de me laisser écrire cette fic seule. Si vous estimez qu’il y a trop de ci ou pas assez de ça, n’hésitez pas à me contacter pour m’en parler. Je suis ouverte aux critiques car elles permettent de s’améliorer. En revanche, s’il vous plaît, ne me demandez pas d’écrire du « Wincest », ce n’est vraiment pas mon truc. Désolée pour ceux qui aiment.
Bonne lecture !
Prologue.
Ca avait très mal tourné ! Pourtant, depuis le début, il savait que toute cette histoire allait dégénérer. Sur ce coup-là, il n’avait pas assuré. Il aurait dû réagir bien avant ce soir. Toujours suivre son instinct, telle était sa devise. Qu’est-ce qui avait changé cette fois-là ? L’urgence de la situation ne lui permit pas de réfléchir à la question. D’autant plus qu’il connaissait pertinemment la réponse.
Il était en train de ramper difficilement dans le conduit d’aération. Son épaule blessée le faisait atrocement souffrir et l’étroitesse du passage ne l’aidait pas. Pour ne rien arranger, son mètre quatre-vingt et des poussières était lourd à traîner. Il devait se faufiler tel un serpent car ses coudes n’avaient pas l’espace nécessaire pour s’appuyer de chaque côté de son corps. Bien évidemment, la surface était lisse et mis à part quelques grilles d’aération, il n’avait aucune prise. Il avait beau se démener, sa progression était trop lente à son goût. Il avait l’impression de ne pas avoir avancé d’un pouce. Pourtant, le tambourinement et le grondement s’étaient passablement atténués à mesure qu’il s’éloignait. Il aurait dû se sentir soulagé que ce foutu fantôme ne le poursuive pas. Mais, ce qu’il ressentait ressemblait plus à de l’angoisse : Il venait d’abandonner trois adolescents, entassés dans un ridicule petit réduit, sous la menace d’un esprit vengeur. D’accord, il n’avait vraiment pas eu le choix et les trois garçons n’étaient pas totalement sans défense. Il essaya de se rassurer en se rappelant qu’il avait une totale confiance en l’un d’entre eux. Etrangement, c’était le plus jeune de la bande. Mais, même s’il n’était âgé que de treize ans et demi, il avait été formé pour assurer dans ce genre de situation. C’est dans ces moments-là qu’il remerciait son père de leur avoir tout appris. Malgré tout, son inquiétude ne le lâchait pas. Il était censé protéger ce gamin. Depuis qu’il l’avait sauvé de l’incendie treize ans auparavant, alors qu’il n’avait pas encore soufflé ses cinq bougies, il s’était donné la mission de toujours être là pour lui. C’était son job. Il enrageait de ne pas l’avoir suffisamment protégé et d’en être arrivé là. Enervé, il jura tout ce qu’il pouvait et se força à se concentrer sur son objectif : cramer ce putain de gant de base-ball. Il s’orientait dans le dédale de boyaux grâce à une petite carte qu’il avait froissée dans une de ses mains. A chaque fois qu’il voulait la consulter, il devait prendre sa lampe de poche dans la bouche, ce qui ne l’empêchait absolument pas de bougonner. Déjà qu’il détestait ce bahut de merde avant toute cette histoire, maintenant, il l’exécrait. Il n’avait qu’une envie : y foutre le feu !
Cet établissement était vraiment imposant et d’une laideur sans nom. Le terrain de plusieurs hectares où il avait été bâti un siècle auparavant était entouré par des murs de deux mètres de haut. Plus d’une centaine de classes se répartissaient sur les deux ailes de ce gigantesque bâtiment. En son centre, siégeaient deux énormes salles de conférence, une cafétéria et un petit restaurant pouvant accueillir l’ensemble des professeurs. Un autre bâtiment se partageait de part et d’autre de l’énorme porte d’entrée. Il était réservé à l’usage exclusif du secrétariat, bureau de direction et autres salles administratives. La journée, plus de deux mille élèves de onze à vingt ans venaient peupler et donner vie à ce lieu lugubre. Mais la nuit, cet établissement prenait des allures de monstre de béton tapi dans l’obscurité. La traversée de son antre dans de telles conditions était carrément effroyable. Le jeune homme assimilait plus l’immense bâtisse à une prison et il répugnait de s’y rendre chaque jour pour assister à des cours qu’il avait déjà vus dans la multitude d’autres bahuts où il avait été obligé de s’inscrire.
Enfin, il aperçut le bout du tunnel. Ne pouvant se retenir nulle part, il se laissa tomber dans le hall. Dans la semi obscurité, il n’eut pas la possibilité de voir la rangée de casiers métalliques qui fit obstacle à sa chute. Sa réception brutale eut pour conséquence de lui déboîter l’épaule encore valide et un nouveau flot de grossièretés fit éruption de sa bouche tordue par la douleur.
- Putain de bordel de merde ! J’ai vraiment pas le temps pour ces conneries !
Il se redressa tant bien que mal et dirigea vers le mur le plus proche. Il s’y jeta l’épaule en avant. Elle se remit en place dans un craquement sourd et un juron supplémentaire. Puis il guida le faisceau de sa lampe torche à la recherche de son objectif. Une fois trouvé, il se rapprocha de l’immense vitrine contenant les divers trophées des années passées. A l’image de l'établissement, il détestait tout ce « m’as-tu-vu ». C’est donc sans regret que, d’un grand coup de crosse de son calibre quarante cinq, il explosa la vitre dans un bruit effroyable. Le verre se répandit sur le sol en plusieurs milliers de petits éclats étincelants à la lumière de la torche. Bien que chaque objet soit estampillé au nom de son propriétaire, le jeune homme décida de faire un tir groupé. Après tout l’urgence de la situation ne l’exigeait-elle pas ? Il aspergea donc le tout avec du sel et de l’essence et craqua une allumette. L’ensemble s’embrasa rapidement. D’où il était, il ne pouvait plus entendre le grondement incessant de l’esprit. Par conséquent, il était impossible de savoir si ça avait fonctionné. Il consulta sa carte pour rejoindre les trois adolescents par la voie la plus directe et la plus rapide. Il discerna alors un bruit de pas dans le couloir. Certainement le concierge. Il se précipita dans la direction opposée. Il devait s’assurer que son petit frère et ses amis allaient bien. Arrivé à une intersection, il jeta à nouveau un coup d’œil rapide à la carte pour s’orienter. Bien que les conditions dans lesquelles il fit le trajet de retour soient franchement meilleures qu’à l’aller, il n’en était pas moins angoissé. Son anxiété l’étouffait d’une manière presque intolérable.
La dernière fois qu’il les avait vus, ils étaient entassés dans le ridicule petit local. La porte subissait des coups violents venus de l’extérieur malgré la présence abondante de gros sel à sa base. L’un des adolescents gardait les yeux désespérément clos. Son teint blanchâtre laissait supposer qu’il était inconscient. Du sang s’écoulait le long de son visage livide. Un autre essayait en vain de stopper l’hémorragie de son ami. Il se balançait d’avant en arrière, tentant misérablement de se calmer. Le troisième, son petit frère, l’avait regardé avec ses yeux suppliants, lui faisant promettre de revenir rapidement. Il avait essayé de le rassurer en lançant un petit jeu de mot comme il savait bien les faire mais il était évident que cela n’avait pas été suffisant. Son frangin ne paniquait pas à l’idée de se retrouver seul mais plutôt de le perdre lui, son imbécile d’aîné. Ses remords l’assaillaient : ces derniers jours, il aurait dû être plus présent, plus à son écoute et surtout moins tolérant face à son attitude autodestructrice. S’il avait réagi plus tôt, ils n’en seraient pas là maintenant. Le visage implorant de son cadet restait gravé dans sa mémoire. Lui qui ne croyait ni aux anges, ni en Dieu, se surprit à prier pour qu’il ne soit rien arrivé à ce gamin en son absence.
Enfin arrivé au bout du couloir, il l’entendit hurler son prénom. Son sang ne fit qu’un tour : Ce qu’il venait de faire n’avait peut-être pas fonctionné et son petit frère lui criait de lui venir en aide. Oubliant toute prudence, il défonça la lourde porte en bois qui obstruait l’entrée de l’entrepôt et vint percuter le mur de plein fouet dans une détonation assourdissante. A bout de souffle, il tenta de l’appeler pour lui faire savoir qu’il était là :
- Sammy.
Chapitre 1.
Trois semaines plus tôt.
Dans l’obscurité de la nuit, une Chevrolet noire filait sur la route au son du ronronnement si particulier de son moteur. A son bord, le conducteur discutait très sérieusement avec le jeune homme assis à ses côtés.
- Comment veux-tu qu’il apprenne s’il passe son temps renfermé dans la chambre ?
- Tu as raison, papa.
- Bien sûr que j’ai raison. Et je trouve que tu as un peu trop tendance à le laisser faire ce qu’il veut.
- Ah, tu trouves ?
- Ne fais pas l’étonné. Tu sais très bien ce que je veux dire. A quoi tu pensais ce soir ? Tu aurais dû aller dans mon sens et l’obliger à venir avec nous.
- Je me suis dit que Sam serait plus à l’aise pour faire ses devoirs à l’hôtel plutôt que dans la voiture ... Je ne pensais pas que tu envisageais de le faire chasser avec nous … Tu me dis toujours de le protéger alors …
- Arrête, Dean ! Il a treize ans. A son âge, tu chassais déjà depuis un moment. Bien sûr que tu dois le protéger mais il faut aussi qu’il apprenne à se débrouiller tout seul. Il est bien assez vieux pour ça. D’autre part quand je vous donne un ordre, j’entends que vous le respectiez, toi et ton frère, et sans broncher. C’est bien compris ?
-Oui, monsieur.
Quand son père était dans cet état, mieux valait garder son opinion pour soit. Il n’avait pas pour habitude de s’opposer à lui. Surtout depuis cette soirée maudite où son petit frère avait failli mourir à cause de lui. Son père lui avait pourtant demandé de ne pas sortir de la chambre et de veiller sur Sammy. Mais il n’avait pas écouté et la Strige , une sorte de sorcière qui se nourrit de la force de vie des enfants, en avait profité pour tenter de faire du mal à son cadet. Heureusement, leur père était rentré à temps mais Dean n’avait jamais réussi à se le pardonner. Cette expérience lui avait servi de leçon et depuis, il obéissait instantanément.
Ce soir, il n’avait pas compris les intentions de John et quand son petit frère lui avait demandé, avec ses petits yeux de chien battu, de l’aider, il avait été incapable de lui refuser. Sammy ne voulait pas venir. Ces derniers temps, c’était de plus en plus fréquent. Il avait encore trouvé une nouvelle excuse pour se débiner : il avait vraiment beaucoup de devoirs à faire et en plus il ne leur serait d’aucune utilité. En effet, depuis son plus jeune âge, il les accompagnait mais devait rester dans la voiture. L’aîné n’avait pas eu trop de mal à rejoindre ses justifications bidons. D’abord, il préférait le savoir en sécurité à l’hôtel plutôt qu’avec eux dans une chasse qui pourrait mal tourner. Et ensuite, ce n’était pas cette vie là qu’il voulait offrir à son cadet. Bien sûr, il rêvait que lorsqu’ils seraient tous deux adultes, ils partiraient en famille sur les routes, exterminer tous les démons sur leur passage. Mais pour le moment, ce n’était pas ce que voulait Sammy. Il ne cessait de lui rabattre les oreilles comme quoi ce qu’il souhaitait le plus au monde était d’être « normal ». Et enfin, Dean pensait que son petit frère était trop jeune, quoiqu’en dise leur paternel.
Le conducteur gara l’Impala dans la ruelle, à quelques dizaines de mètres de la maison qu’ils devaient vérifier. Cela faisait plus d’une semaine que les Winchester essayait de régler le problème dans cette ville du nord des Etats- Unis. Des fantômes et esprits en tout genre apparaissaient ça et là et John, le père, souvent aidé de son fils aîné, les avait renvoyés d’où ils venaient. Pour la plupart d’entre eux, ces « revenants » avaient été appelés lors de séances de spiritisme par des pseudo médiums incapables de faire face à cette situation insolite. Phénomène apparemment à la mode, des jeunes s’étaient lancé dans l’expérience. Mais une fois leur mobilier écrasé contre les murs, leurs appartements détruits ou un membre de leur famille à l’hôpital, ils étaient soulagés de refiler leur problème aux chasseurs qui les débarrassaient de cet encombrant locataire. Ils promettaient alors, sans rechigner, de ne jamais recommencer. Mais Dean s’étonnait de la facilité avec laquelle des personnes sans expérience réussissaient à rapatrier toute sorte d’esprits sur Terre. Pour eux la tâche n’était pas aussi aisée. Il leur fallait développer un paquet d’ingéniosité pour les ramener d’où ils venaient. Et c’était sans compter les multiples blessures qu’ils devaient panser à chaque fois.
Ils descendirent de la voiture, recouverts de terre et de cendre. Ils venaient d’exhumer le corps du patriarche de la famille qui habitait la jolie demeure. Ils avaient salé et brûlé son squelette pour le faire disparaître à jamais.
Jordan, le fils aîné de la maisonnée avait eu la brillante idée d’invoquer l’esprit de son arrière grand père qui avait vécu le débarquement à la fin de la deuxième guerre mondiale. Aussitôt des événements surnaturels s’étaient produits. La petite sœur avait hurlé de terreur pensant que le monstre caché sous son lit voulait l’en expulser. En effet, ses jolis petits draps roses s’étaient soudainement soulevés dans les airs et le matelas s’était mis à tanguer dangereusement. Tant et si bien qu’elle avait prit son envol et atterrit durement sur le sol. Elle avait perdu connaissance lorsque ses parents étaient arrivés dans sa chambre. Alors qu’ils tentaient d’ouvrir la porte d’entrée pour l’emmener à l’hôpital, ils découvrirent avec horreur que celle-ci restait désespérément close. Pire, toutes les issues étaient condamnées et l’ensemble des moyens de communication était hors service. Pendant que la maman essayait de réveiller sa fille, le père luttait et hurlait pour pouvoir sortir. Le responsable de cette situation se trouvait dans la cave avec ses amis quand il entendit ce vacarme. Voyant qu’il ne pouvait pas pénétrer dans la maison, il réussit à s’extirper par une petite ouverture donnant sur le jardin. Au bout d’une heure, avec l’aide des voisins et d’une tronçonneuse, les trois membres du reste de la famille avaient été libérés. Finalement il y avait eu plus de peur que de mal mais l’esprit continuait de hanter les lieux. Les membres de la famille témoignèrent de la présence d’un vent violent et tourbillonnant à l’intérieur de leur foyer ainsi qu’un rire caverneux à vous glacer le sang. Le fameux Jordan hurlait à qui voulait l’entendre que lorsqu’il avait voulu retourner dans la maison, il avait vu son aïeul bouger dans le tableau.
John Winchester, qui était toujours à l’affût, avait eu vent de cette histoire et leur avait proposé ses services. Les parents avaient accepté bien volontiers et ne s’étaient pas fait prier pour déménager chez des amis pendant le reste de la semaine.
Lors de leurs investigations, Dean avait trouvé malsain le culte voué par la famille à cet homme qui affichait un air si peu commode. L’ancêtre était représenté en tenue d’apparat militaire sur une toile peinte à l’acrylique. Elle était accrochée au mur près d’une vitrine qui exposait ses médailles et un coffre contenant d’autres petits objets divers lui appartenant. Le jeune homme avait été dégoûté, en découvrant un œil de verre et une mèche de cheveux. Il ne manquait plus que son dentier et c’était complet !
Leur tâche morbide accomplie, les deux Winchester avait préféré faire un détour pour vérifier que tout était revenu à la normale. Pour plus de précaution, ils contournèrent la voiture et explorèrent le coffre. Ils s’emparèrent chacun d’un vieux sac, non sans avoir au préalable choisi quelques armes qui pourraient leur être utiles.
Ils pénétrèrent prudemment dans la demeure. Dean sentait qu’on les observait. Il ne pût empêcher une onde telle une décharge électrique lui parcourir le corps des pieds à la tête. Il frissonna. Du coin de l’œil, il aperçut le regard du vieux soldat suivre chacun de leurs mouvement.
- Je crois que ça n’a pas fonctionné, chuchota-t-il à l’intention de son père.
Au même moment, un vent venu de nulle part s’engouffra dans la salle à manger où ils se trouvaient. Cette tempête s’accompagna d’un rire rauque et vicieux. Les deux portes donnant l’une sur le hall d’entrée et l’autre sur un petit salon, claquèrent dans un même élan. Dans ce brouhaha, le fils n’eut pas d’autres choix que de hurler pour poser sa question :
- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ?
- Il faut brûler tout ce qui lui appartient !
John eut à peine le temps de finir sa phrase qu’ils furent la cible de divers objets volants. Ne réussissant pas à tous les esquiver, ils se prirent à tour de rôle, une lampe, des bougeoirs, une pendule, un cadre photos, un vase et le bouquet qu’il contenait. Dans le tourbillon, certains bibelots volaient. Ils avaient déserté les étagères qui elles, restaient solidement fixées au mur. Une chance pour les deux Winchester ! Ils arrivaient au bout de leur périple lorsque l’image du patriarche apparut devant eux. Elle vibrait, apparaissant et disparaissant comme soumise à une mauvaise réception. Le vieil homme les observait d’un regard mauvais et menaçant. La table en chêne massif vibra avant de glisser sur le sol. Elle heurta les deux chasseurs et les entraîna jusqu’au mur où ils restèrent prisonniers. Malgré leurs efforts simultanés, ils ne purent la faire bouger d’un pouce.
John dégagea le colt glissé dans sa ceinture et tira sur la chaîne qui maintenait le lustre. L’objet, visiblement lourd, s’écrasa sur le sol en traversant le spectre sur son passage. Le fantôme disparut dans un nuage de fumée. Interloqué, Dean regarda son père :
- Du fer ?
- Du fer, répondit John avec un petit sourire satisfait.
Ils se dégagèrent et se précipitèrent sur les effets personnels du vieux bonhomme. Dean alluma la cheminée et son père commença à y enfourner tout ce qu’il trouvait. Au moment où le fils décrocha le tableau du mur, les yeux sur la peinture le fixèrent intensément et la tornade interne reprit de plus belle. Mais le coffre et en particulier la mèche de cheveux se consumaient à vive allure. Un cri guttural, long et horrifié vint leur vriller les oreilles. Le vent cessa et l’expression du visage du militaire sur le tableau redevint quelconque. Tout était fini. Dean regardait la toile qu’il avait dans les mains. Bon sang qu’elle était moche ! Il la balança au feu avec une grimace de dégoût. Elle rejoignit l’œil de verre qui trônait au milieu du brasier.
Grâce à l’IMF, ils vérifièrent qu’il n’y avait plus aucun danger. Puis ils rassemblèrent leurs affaires et rejoignirent la Chevrolet.
En entrant sur le parking de l’hôtel, Dean aurait jurer voir la lumière filtrer à travers les rideaux de leur chambre. Mais à présent qu’ils étaient garés juste devant, il se demandait s’il n’avait pas rêvé. John éteignit le moteur de la Chevrolet et regarda son aîné.
- Vas te coucher ! Je vais me chercher un café.
En période de chasse, leur père leur laissait les lits la nuit et il se reposait la journée pendant que ses garçons étaient en cours. Le plus vieux de ses fils ne se fit pas prier. Il était éreinté. Il entra silencieusement dans la chambre et écouta la respiration de son cadet. Il soupira tout en secouant la tête et appuya sur l’interrupteur.
- Sammy, il est plus d’une heure du matin. Tu devrais dormir.
Aussitôt, le plus jeune s’assit sur son lit avec un petit sourire en coin qui soulignait un faux remord mais un réel soulagement.
- J’avais pas sommeil. Alors, c’était quoi ? Vous l’avez eu ? C’était difficile ? Vous n’avez pas été blessé ? Où est papa ?
Sam et ses éternelles questions. D’un côté, il se sentait trop fatigué pour lui répondre mais d’un autre, il savait pertinemment que son jeune frère ne le lâcherait pas le temps qu’il n’aurait pas assouvi sa curiosité.
- C’était un esprit. On l’a eu. Ce n’était pas si difficile. On n’est pas blessé et papa est parti se chercher un café. Dors maintenant ! Sam avait déjà ouvert la bouche pour ajouter quelque chose mais il l’arrêta avant qu’il ne prononce quoi que ce soit. Et ne me dis pas que tu n’as pas sommeil. Tes yeux ressemblent à ceux d’un asiatique qui aurait mangé trop de riz. Je vais prendre une douche et quand je sortirai de la salle de bains, je veux t’entendre ronfler. C’est clair ?
Son petit frère lui lança sa moue boudeuse mais il acquiesça d’un léger signe de tête et s’exécuta.
Chapitre 2.
Après cette dernière chasse, John avait estimé que l’affaire était résolue. Toutefois, pour plus de précaution, il était resté quelques jours de plus. Tout était redevenu calme et lorsque son ami Caleb lui proposa de venir le rejoindre pour régler un nouveau cas, il accepta avec enthousiasme. C’est en rentrant du lycée que ses garçons apprirent leur départ imminent.
A l’annonce de la nouvelle, Dean avait regardé son jeune frère. Sam ne disait rien mais son regard était suffisamment éloquent : il en avait assez de ces changements incessants. En ce début du mois de décembre, les deux fils Winchester en étaient à leur quatrième lycée. Et contrairement à son aîné, le plus jeune chérissait ses études. Toujours en quête d’une vie normale, il avait besoin de stabilité. En plus, pour une fois, il s’était trouvé deux copains avec qui il s’entendait bien. Dean se méfiait mais son petit frère avait tellement besoin de faire « comme tout le monde » qu’il le laissait traîner avec eux. Bien évidemment, il ne pouvait s’empêcher de garder un œil sur la bande d’ados. Il avait déjà parlé avec ces deux énergumènes et avait collecté quelques renseignements supplémentaires en prenant bien garde que Sammy ne s’aperçoive de rien.
Le premier de ses potes s’appelait Tristan. Il vivait dans une famille d’accueil. Ses parents étaient morts alors qu’il avait cinq ans, à la suite d’un cambriolage qui avait mal tourné. Placé depuis ce drame, il n’avait pas réussi à rester plus de dix-huit mois au même endroit. Bien qu’il puisse faire preuve d’excellentes capacités intellectuelles, il se bornait à ne rien faire en cours. Il avait déjà redoublé deux classes malgré le soutien inconditionnel de ces anciens instits et les visites incessantes chez différents psys. Mais aujourd’hui, la majorité des profs préféraient le laisser gravir les échelons tranquillement. Ils pensaient certainement que sa sortie de l’établissement n’en serait que plus rapide. Ca faisait un an et demi qu’il squattait dans cette nouvelle famille et il n’envisageait pas de partir. Un record ! Plutôt âgé, le couple qui était sensé faire office de parents ne se préoccupait pas vraiment de ses résultats scolaires et encore moins de ses escapades nocturnes. Ils le nourrissait et l’habillait et cela suffisait amplement à cet adolescent de quinze ans. Du moins, c’est ce qu’il disait. Ses petites virées avec son meilleur pote, s’étaient déjà conclues par des avertissements du proviseur et le plaisir d’avoir été raccompagnés à domicile par les flics. Leur réputation n’était donc plus à faire dans la région. Seule qualité que lui accordait Dean : il savait s’habiller !
Dereck, son ami de toujours, était de la même veine. Du haut de ses quatorze ans, il se la coulait douce au lycée quand il prenait le temps d’assister aux cours. Malgré tout, sa moyenne, tout à fait correcte, montrait ses facilités de compréhension et de mémoire. Sa logique, tout aussi implacable, lui avait permis d’assimiler que ses mauvais résultats engendreraient un nouveau redoublement et que cela s’apparenterait à être séparé de son pote. Point trop n’en fallait non plus et il se contentait de répondre passivement aux questions des profs. Phénomène qui faisaient rager la plupart de ses camarades obligés de bûcher comme des malades pour arriver à son niveau. De toutes façons, il n’avait rien à faire de ce que pouvaient penser ces mecs. En revanche, les filles, c’était autre chose. Tristan et lui avaient plutôt la côte auprès de la gente féminine et ça ne leur déplaisait pas le moins du monde. Pour sortir et offrir quelques attentions à leurs copines du moment, Dereck avait pris l’habitude de piocher dans le portefeuille de sa mère. Depuis que son père s’était barré on ne sait où, dix ans plus tôt, sa chère maman n’avait rien trouvé de mieux que de se remarier. De cette union étaient nées deux gamines qui passaient leur temps à couiner et à toucher à ses affaires. Il ne les supportait pas. Sa mère, laxiste et totalement dépassée par leurs disputes quotidiennes, finissait toujours par prendre le parti de ses filles, prétextant leur jeune âge. Son nouveau mari, quand il était présent, y allait de ses commentaires à deux balles : « Bah, plus que trois ans et demi et tu pourras le foutre dehors ! Et avec un peu de chance il terminera en taule. T’auras la paix pendant des années ! » Cette vie convenait pourtant à Dereck qui se sentait libre de ses mouvements.
Avec ce genre de renseignements, Dean s’inquiétait que ces jeunes aient une mauvaise influence sur son cadet. Mais celui-ci se sentait apparemment dans son élément avec eux et c’était tout ce qui lui importait.
Il envisageait donc de convaincre leur père de les laisser ici encore quelques temps. Après tout, ce ne serait pas la première fois qu’ils resteraient tous les deux pendant plusieurs jours lors d’une chasse de leur paternel. Malgré son dédain appuyé pour ce lycée qu’il assimilait plus à une prison, il se fit une raison : Il sentait que c’était vital pour Sammy. Leur père préparait déjà ses bagages et son petit frère lui lançait son regard « Fais quelque chose, Dean ! Je ne veux pas partir. J’en ai marre d’être baladé à droite et à gauche ! Je veux rester ici ! S’il te plaît, s’il te plaît » C’était fou tout ce que son frangin pouvait faire passer comme messages avec ses grands yeux de chien battu ! A son tour, il fit une moue qui voulait dire « D’accord, j’vais voir ce que je peux faire, mais j’te promets rien » Il s’étonna de constater que leur père ne s’était aperçut de rien. Comment pouvait-il être aussi sourd et aveugle lors de leurs si nombreux échanges ?!? Dean n’avait pas réellement eu le temps de préparer ce qu’il allait dire mais il se lança :
- Papa, je me demandais si tu aurais besoin de nous pour cette nouvelle chasse ?
- Non, pas particulièrement. Pourquoi tu me demandes ça ?
- Juste parce que c’est une période d’examens … et tu connais Sammy … et l’importance qu’il accorde à ses études. Je pense qu’il a vraiment envie de rester. En plus, tu sais que ce bahut a une super réputation. Alors, je me demandais …
- Dean, cette chasse est à plusieurs jours de route d’ici et je ne sais pas combien de temps elle va durer. Alors, je préfère que vous veniez avec moi.
- Oui, je comprends. C’est juste qu’il ne reste que trois semaines avant les vacances et ce serait bien qu’on termine le trimestre dans le même bahut … Et tu sais que tu peux me faire confiance … En ton absence, je m’occuperai bien de Sammy, je te le promets …
- …
Dean vit son père froncer les sourcils. S’il leur donnait l’ordre de partir avec lui, il ne pourrait plus rien faire. Il s’empressa donc de débiter l’unique argument qui pourrait faire flancher le chasseur.
- Et puis, ce qui m’inquiète, c’est qu’ici tout le monde peut ramener n’importe quoi n’importe comment. Imagine que d’autres débiles aient la brillante idée de faire une nouvelle séance de spiritisme ?! En restant dans le coin quelques temps, je pourrais y garder un œil et même intervenir en cas de besoin.
John réfléchit un bon moment sous le regard inquiet de ses deux fils, impatients de connaître le verdict. Il finit par marmonner :
- C’est d’accord. Puis il fixa le plus vieux des garçons et ajouta : Mais au moindre problème tu m’appelles. Tu pourras me joindre chez Caleb. Je te laisse ça. Il désigna son journal. Tu y trouveras des incantations et des stratégies qui pourraient t’être utiles.
Puis il rassembla ses affaires et les chargea dans l’Impala. Avant de dire au revoir à ses fils, il rappela les consignes de sécurité de base et finit son petit discours en direction de son aîné, par son éternel :
- Et fais gaffe à Sammy !
Une fois la Chevrolet hors de vue et le bruit de son moteur évanoui dans la nature, Dean se tourna vers son petit frère. Celui-ci affichait un sourire rayonnant mélangeant à la fois soulagement et reconnaissance. Cette fois-ci, Sam ne pouvait pas lui reprocher de suivre aveuglément les ordres de leur père. Il lui rendit son sourire, lui ébouriffa les cheveux et mit sa main sur son épaule pour regagner leur chambre.
Chapitre 3.
Dean venait de quitter sa dernière heure de cours pour la journée et même de la semaine. Le vendredi était décidément son jour préféré. D’abord parce qu’il n’aurait pas à se lever pour venir dans ce bahut de merdre durant deux jours. Ensuite parce que, qui disait week-end, disait nanas. Si lui vivait sans couvre-feu, ce n’était pas le cas de ces « pauvres petites jeunes filles innocentes » qu’il prenaient dans ses filets. La semaine, à une ou deux exceptions près, il devait se contenter de petits bisous chastes dans les placards, mais dès le vendredi soir, la fête pouvait commencer !
Il arriva dans le hall d’entrée devant la vitrine aux récompenses, lieu exacte où il devait retrouver son rencard. En l’attendant, il examina les différents trophées exposés : en plus des coupes et des médailles, étaient posés ça et là des balles et des battes de base-ball dédicacées, des photos individuelles et d’équipes de joueurs ainsi que des gants de receveur. La collection était importante et s’étalait sur plusieurs dizaines d’années. Sur chacune des photos, les visages étaient réjouis et visiblement fiers de leur réussite. Il se rappela quand Sam avait rapporté la coupe que lui et son équipe avait gagné lors d’un match de foot. Il avait arboré la même expression. L’aîné l’avait chicané mais il était, en réalité, empli de fierté. Il sourit en repensant à ce moment. Mais il se surprit à penser que lui n’avait jamais gagné quoi que ce soit. Il n’avait ramené ni coupe, ni médaille. Il n’avait donné à personne l’occasion d’être fier de lui. Sa bonne humeur disparut et il préféra détourner le regard de la vitrine.
Il chercha des yeux son petit frère mais il ne le trouva pas. Il observa les alentours en quête de sa petite amie. Il la vit au milieu d’autres filles. Parmi elles, il en connaissait quelques unes et pas uniquement parce qu’elles étaient dans sa classe ! L’une d’entre elles avait un don pour l’exaspérer : Elle se trouvait magnifique avec ses yeux globuleux et son énorme bouche qui ne débitait que des conneries. Car en plus, elle avait le QI d’un pois chiche. Il se demandait ce que les autres mecs pouvaient lui trouver d’intéressant. Elle devait certainement avoir un talent caché pour les attardés désespérés. Lui, il préférait s’attaquer aux filles inaccessibles.
Il jeta un œil à son cadet qui venait d’arriver avec son gros sac de cours et qui passait non loin du troupeau. Il était encore affublé de ses deux pots de colle mais il avait l’air heureux. Enfin presque, Dean vit son visage se voiler au moment où il dépassa le groupe des pom-pom girls qui partit d’un rire suraigu commun, exposant leur indiscutable intelligence !
L’aîné des Winchester commença à se diriger vers son petit frère pour lui demander ce qui clochait mais il fut interrompu par l’arrivée de sa nouvelle conquête. Elle l’enlaça et l’embrassa tendrement. Il vit du coin de l’oeil son cadet qui se dirigeait vers eux, suivi de près par ses deux amis. Les mains dans les poches, les yeux dans le vague, Sam était en train de réfléchir. Tout dans son attitude montrait qu’il avait quelque chose à lui dire mais il ne savait pas comment l’aborder. Il se planta à côté d’eux et sortit bravement :
- Salut ! Vous avez prévu un truc tous les deux pour ce soir ?
Surprit par son aplomb, Dean le rabroua :
- Sam ! Ce que je fais avec Cassie…
- Clara ! Le reprit-elle, avec une moue boudeuse.
- Oui, c’est ça … Clara, ne te regarde pas ! S’empressa-t-il de reprendre, fusillant son petit frère du regard.
Le plus jeune des Winchester rentra un peu plus sa tête dans ses épaules. Malgré tout il insista, s’adressant à la jeune fille, sous les yeux éberlués de son aîné et de ses deux copains.
- Non, c’est juste que ta copine, là-bas, avait l’air d’avoir prévu une super soirée. J’comprends pas pourquoi t’as pas envie d’y aller.
- Et ben dis donc, t’es super curieux comme garçon toi ! Lui fit-elle remarquer. Comment tu t’appelles ?
- M’en parle pas. C’est Sammy, mon p’tit frère …
- Sam ! Voulu corriger l’intéressé.
- … qui pose beaucoup trop de questions. Va jouer avec tes copains, SAMMY ! Insista l’aîné qui sentit la moutarde lui monter au nez.
Ils s’affrontaient du regard quand Clara décida de briser le silence gênant qui s’était installé.
- Non, mais c’est pas grave. Tu sais, déjà Cindy n’est pas vraiment une copine. Elle a prévu un truc complètement débile pour ce soir. J’ai essayé de la mettre en garde mais …
- La mettre en garde contre quoi ? Demandèrent les deux Winchester en coeur.
- Ben, elle veut organiser une séance de spiritisme. Je lui ai dit pourtant que ma cousine …
Les deux frères ne l’écoutaient déjà plus. Ils se regardaient à nouveau mais pour une toute autre raison. Cela n’avait pas échappé à Tristan et Dereck qui avait observé silencieusement l’attitude étrange de leurs copains.
- Ca m’intéresse. Indiqua soudainement Dean. Tu veux bien me présenter ta copine ?