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Dean Thinks That Boys ...

Série : Supernatural
Création : 04.10.2009 à 19h11
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Fic Boys Shouldn’t Play With Dead Things du point de vue de Dean.Sam passe difficilement le cap de l’adolescence sous le regard protecteur, mais parfois démuni, de son grand frère. » Lydean 

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           Accompagné de « Cassie-Clara », l’aîné des Winchester avait entrepris de convaincre la prétentieuse Cindy d’annuler la soirée.

 

- Tu sais, j’ai entendu dire que ça avait très mal tourné, à chaque fois. Il paraît qu’il y a des trucs qui volent, les gens sont séquestrés dans leur propre maison, la plupart finissent à l’hôpital et je ne te parle même pas des dégâts matériels.

 

- Alors là j’m’en fous, hein ! ‘toutes manières ça s’f’ra pas chez moi, alors …

 

- Ah bon ? Et ce sera où ?

 

- Tu crois quand même pas qu’j’vais te l’dire. J’te rappelle qu’c’est une soirée filles. Vous les mecs vous êtes exclus !!!

 

            Dean eut une soudaine envie de lui faire bouffer ses pom-poms par ses narines. En agitant son index, il lui intima de s’approcher. D’une voix extrêmement calme, à une dizaine de centimètres de son oreille, il lui expliqua :

 

- J’vais te dire un secret : non seulement je vais trouver où a lieu ta petite sauterie mais en plus je vais me ramener avec des potes et on va tout faire pour te la ruiner.

 

            Sa menace avait pourtant le mérite d’être claire et le regard qu’il lui lança ne portait pas le moins du monde à confusion mais elle devait être aussi butée qu’elle était blonde filasse.

 

- Mais, je t’attends mon cœur ! Et emmène tous les copains qu’tu veux ! Finalement ce sera encore mieux que ce que je pensais.

 

- Ben si tu veux qu’je vienne, faudrait peut-être me filer l’adresse, tenta-t-il à nouveau avec tout le charme possible dans ce genre de situation.

 

- Oh, non ce serait moins drôle ! Ca m’éclate trop que tu passes ta soirée à me chercher.

 

            Dean avait définitivement perdu patience. Il fit un mouvement de recul lorsqu’elle commença à le caresser sous les yeux furieux de « Cassie-Clara ». Pas inquiète pour un sou, Cindy reprit la parole d’une voix doucereuse :

 

- Mais bien sûr, si tu me proposes quelque chose de plus … intéressant … j’pense pouvoir m’arranger.

 

- Et tu penses à quoi ? Lui demanda sa copine, prête à lui sauter dessus pour l’étriper.

 

- Il paraît que tu fais passer des soirées de rêve, inoubliables même, d’après certaines ! Elle ne le lâchait pas des yeux et lui lançait des mimiques sans équivoque. Alors, si tu comptes me le prouver dès ce soir, je promets d’annuler ma séance de spiritisme.

 

            Dean réprima un haut-le-cœur et se contenta de rester évasif.

 

- Tu sais, j’aime bien sortir avec des filles … raisonnables. Alors, prouve-moi que t’en es capable !

 

            Sur ces mots, il préféra tourner les talons, laissant les deux filles se crêper le chignon. Avec une méchante attaque de frissons dans le dos, il rejoignit Sam. Celui-ci était, à son grand étonnement, seul. Il l’attendait au coin du mur.

 

- Tu crois qu’t’as réussi à la convaincre ? Lui demanda-t-il avec une grimace empreinte d’incertitude.

 

            L’aîné réfuta d’un signe de tête et ajouta :

 

- J’crois que je vais avoir du boulot ce soir … Il se retourna vers les deux filles qui s’insultaient copieusement et prit une moue déconfite. De toutes façons, j’crois que mes plans pour la soirée sont à l’eau. Alors, autant que je m’occupe.


Lydean  (07.10.2009 à 14:50)

Chapitre 4.

 

- Mais pourquoi ?

 

- Parce que c’est trop dangereux !

 

            Dean avait du mal à maîtriser l’agacement qui l’envahissait peu à peu. Après la fin des cours, son petit frère s’était adossé au mur près de lui alors qu’il essayait d’engager la conversation avec une jolie brune aux yeux bleus. Son encombrant frangin avait soufflé régulièrement et incessamment pendant plus de dix minutes malgré le regard meurtrier qu’il lui lançait. Comprenant sans aucun doute possible que son cadet avait quelque chose d’important à lui révéler, il s’était résolu à abandonner la jolie demoiselle. Sur le chemin du retour à l’hôtel, Sam lui avait prit la tête pour le persuader de le laisser l’accompagner à la chasse prévue pour le soir même. Il avait beau lui expliquer qu’ils ne sauraient pas à quoi ils pourraient avoir à faire et que ce serait trop dangereux pour un gamin encore trop peu expérimenté comme lui, Sam ne démordait pas. Bien au contraire, il s’énervait. De son côté, l’aîné ne comprenait pas son soudain intérêt pour la chasse. Il essayait de réfréner la colère qui montait en lui mais si son frangin continuait sur cette voie, il ne répondrait plus de rien. Arrivés devant leur chambre, il ouvrit la porte, jeta sa veste sur le lit et se servit une bière, source de réconfort, toujours accessible dans leur petit réfrigérateur. Il sentait que son petit frère le fixait mais il évita son regard. Alors qu’il pensait avoir la paix, il fut désagréablement surpris de l’entendre remettre le sujet sur le tapis.

 

- C’est vrai. Tu as raison. C’est peut-être dangereux.

 

            Enfin, il avait compris. Soulagé, il attrapa une canette de soda et la lança à son cadet en signe de paix. Mais il venait de croiser son regard et ce qu’il y avait vu n’annonçait rien de bon.  Il attendit la suite, suspicieux.

 

- Tu sais, cette Cindy. Elle n’a pas l’air très intelligente, ni même très douée. Tristan dit qu’elle est très … « ouverte » ! Mais qu’à part ça, elle n’a vraiment rien pour elle.

 

- Ah, ouais, ouverte, hein ? Moi j’aurais plutôt dit qu’elle a tellement le cul serré qu’il y a qu’les clebs qui l’entendent quand elle pète.

 

            Ils partirent d’un rire commun. D’ordinaire, Dean se serait détendu mais son instinct lui disait de se méfier. Sam enchaîna :

 

- Tu crois qu’elle est vraiment capable de réveiller les morts ? J’veux dire, même si elle a tout le matos, tu crois qu’elle a les capacités nécessaires pour réussir l’invocation ?

 

- J’sais pas Sammy. C’est vrai que c’est une véritable gourdasse mais dans cette ville … j’sais pas … on peut appeler les esprits aussi facilement que je peux me taper une nana ! J’ai jamais vu ça avant.

 

- Ben moi, j’ai déjà entendu parlé d’une ville dans ce genre là. C’est Cold Oak, dans le Dakota du sud. Il paraît que chaque maison y est hantée. Comme ils ne pouvaient rien faire, tous les habitants se sont enfuis. Du coup, maintenant c’est une ville fantôme … dans les deux sens du terme.

 

- Non, mais … T’es une encyclopédie à toi tout seul. Comment tu sais tout ça ?

 

- Culture générale ! … lui répondit-il un peu trop rapidement. L’aîné l’observa jusqu’à ce qu’il craque. Ce qui ne prit pas plus de trois secondes. D’accord, fais pas cette tête ! C’est oncle Bobby qui en a parlé à papa une fois … Et tu sais ce que je sais d’autre ?

 

            On y était ! Le piège se refermait insidieusement sur lui. Bien qu’il s’y attendait, il se maudit intérieurement de ne pas avoir regardé ailleurs à ce moment là. Sam en profita pour lui jeter le regard dont il avait le secret et avec son plus grand sourire, il ajouta :

 

- L’heure et l’endroit exacts où aura lieu notre chasse ce soir !

 

            Vaincu et dépité, le grand frère secoua la tête. Il ne put cependant s’empêcher d’avoir le dernier mot :

 

- D’accord. Tu viens. Mais t’as intérêt à faire tout ce que j’te dis sinon …

 

            Il avait pointé son index en direction de ce petit futé pour appuyer ses dires. Mais il savait pertinemment que son frangin jubilait intérieurement d’avoir remporté la partie. Leur père avait peut-être raison, il ne pouvait rien lui refuser.


Lydean  (08.10.2009 à 17:16)

            Ils avaient recherché toutes les informations utiles pour leur chasse : généalogie de la famille Sanders,  nombre de morts intra muros, succession des habitants et localisation de la maison … En gardant l’espoir vain que Cindy renoncerait ou qu’elle serait dans l’incapacité à réaliser ses projets.

            Il s’avérait que l’habitation avait été désertée plus d’une année auparavant à la suite du décès de Mme Susan Sanders, alors âgée de quatre-vingt-trois ans. Elle avait succombé de sa belle mort dans son sommeil. Le corps n’avait été retrouvé que trois jours plus tard car les voisins, qui se faisaient également de plus en plus rares, n’avaient rien remarqué. Aucun membre de sa famille ne s’était présenté et la modeste demeure était toujours invendue, en l’état.

 

            En sortant de la chambre, Dean fulminait. La maisonnette était située à l’extérieur de la ville. A pieds, il leur aurait fallu trois bonnes heures et il était presque vingt et une heures.

 

- J’vais avoir dix-huit ans. J’ai le permis depuis deux ans. Je conduis depuis qu’j’en ai douze pour ne pas dire dix et j’ai même pas de caisse …  Il fit une petite pause et soupira. Il va falloir qu’on en tire une … C’est un cas de force majeur, Sammy. Si on veut y être à l’heure, on n’a pas le choix … Et puis c’est pas vraiment du vol … on la remettra à sa place dès notre retour.

 

            Il lançait des yeux furtifs à son cadet tout en essayant de se justifier. Il était très mal à l’aise.  Ce ne serait pas la première fois qu’il braquerait une bagnole mais les seuls moments où son frangin l’avait vu faire, il lui avait lancé un regard réprobateur. Il lui avait pourtant expliqué que ça pouvait être utile en cas d’urgence. Même si en temps que grand frère, ce n’était vraiment pas l’exemple qu’il voulait lui donner. Il aurait préféré lui apprendre à jouer au foot. Malheureusement, la vie en avait décidé autrement. Sam avait dû ressentir son mal être car il tenta de le rassurer :

 

- T’as raison, on n’a vraiment pas d’autres choix. On ne peut pas prendre le risque d’être à la bourre. Et Dean …tu sais, j’ai grandi, maintenant je comprends quand tu me dis que, parfois, dans l’urgence, on est obligé de faire des choses pas toujours très bien.

 

            L’aîné fut surpris mais soulagé. Il ne répondit pas : il était déjà en train de réfléchir aux quelques mots de son petit frère. Décidément, ces derniers temps, il avait un comportement étrange. Il le vit s’arrêter,       dans une rue, près de l’hôtel, devant une caisse toute pourrie. Lui, préféra poursuivre sa route jusqu’à une Chevrolet nova classic, noire. Une splendeur ! Son rêve avait toujours été de posséder l’Impala de son père mais il ne s’attendait pas à ce que cela arrive de sitôt. Alors tant qu’à piquer une caisse, autant se faire plaisir. Il se retourna vers Sammy avec un immense sourire, plus que ravi. Puis il sortit la lamelle métallique de son sac et entreprit de la glisser à la base de la vitre de la portière, côté conducteur. Aussitôt, le petit clic d’ouverture se fit entendre. Il s’installa au volant et balança son sac à l’arrière. Puis il ouvrit la porte côté passager afin que son cadet puisse entrer et il tira sur les fils placés sous le volant. En quelques mouvements habiles, il avait réussi à démarrer le véhicule sous les yeux plus qu’attentifs de son petit frère.

 

            Sur la route, Dean se dit qu’il aimerait connaître les raisons d’un tel revirement de situation concernant son petit frère. Mais il avait du mal à engager la conversation. Le moulin à parole de la famille, c’était Sam. Le plus vieux avait prit l’habitude de garder ce qu’il pensait pour lui et ça lui était difficile d’exprimer à haute voix ses sentiments, ses doutes ou ses inquiétudes. D’un autre côté, la complicité qu’il avait avec son petit frère lui permettait de parler librement. Et avec un peu de chance, le simple fait d’évoquer le sujet allait déclencher un flot de paroles qu’il aurait du mal à arrêter. Il le regarda pour la énième fois, respira un grand coup pour essayer de ne pas s’emballer et se lança :

 

- Sammy ? L’intéressé tourna la tête vers lui, les sourcils relevés en signe d’interrogation. Euh … j’comprends pas. D’habitude t’es plutôt du genre à t’esquiver pour la chasse. A chaque fois que papa veut t’enseigner des nouvelles tactiques d’attaques ou des méthodes pour te défendre, tu fais ta mauvaise  tête ou tu te défiles. Alors … Pourquoi t’as insisté autant pour venir avec moi ce soir ?

 

 

- Ben … t’es toujours en train de me demander d’écouter papa. Alors tu devrais être content que j’aie envie de venir chasser avec toi, ce soir.

 

            Réponse évasive, incomplète, voire pas franchement honnête. Il décida d’insister :

 

- Ouais, c’est sûr. Mais t’as pas répondu à ma question, là !

 

            Sam soupira. C’était sa manière de lui dire qu’il était casse-bonbons mais peu importait puisque Dean sentait qu’il allait céder.

 

- Ok ! J’ai plusieurs raisons. La première, c’est que c’est moi qui ai entendu parler de cette chasse. La deuxième, c’est que j’en ai marre de rester bien sagement au motel tout seul pendant que toi tu … enfin tu vois ! … Et la troisième, c’est que papa n’est pas là.

 

- Et alors ?

 

- Et alors, on ne sait jamais, tu pourrais avoir besoin d’aide. Tu sais Dean, je vous ai observé plein de fois, toi et papa. Je sais que je peux être utile. Tu peux me faire confiance. Et puis … Il s’arrêta, hésitant.

 

- Quoi ?

 

- J’ai grandi. Je suis tout aussi capable que toi de me battre.

 

            Dean le regarda, interloqué. « Il avait grandi ». C’était la deuxième fois qu’il entendait cette phrase en un quart d’heure. Et la troisième, s’il comptait la fois où son père lui en avait parlé la semaine précédente. C’était quoi c’plan ?  Son frangin le fixait. Il devait attendre une réaction de sa part mais là encore, les mots lui manquaient. Il sourit et sortit tout ce qui lui venait à l’esprit :

 

- J’ai confiance en toi, Sammy. Par contre, je m’méfie franchement des saloperies qu’on chasse, alors … fais attention à toi !

 

- Toi aussi.

 

            La réponse avait dû lui convenir. L’aîné se rassura.

 

            Il était vingt et une heures quarante-cinq quand ils arrivèrent dans la rue. Tout était calme. Les vieux lampadaires étaient éteints. Le ciel chargé ne laissait même pas la douce lueur lunaire filtrer. Le peu de maisons qui clairsemaient les bords de la ruelle paraissaient inhabitées. Toutefois, une vingtaine de voitures étaient stationnées ça et là. Au volant, Dean scrutait les alentours à la lumière des phares. Son instinct lui disait que les problèmes n’allaient pas tarder et il était à l’affût du moindre indice.

 

- Bon alors, c’est où ? demanda-t-il, plutôt énervé.

 

- Ben, c’est dans une de ces maisons … c’est sûr … indiqua timidement son cadet qui faisait mine d’observer les alentours pour ne pas le regarder.

 

- Ah bravo ! Merci pour l’info … « Je connais l’heure et l’endroit exacts, Dean ! »

 

            Voilà ! Son père l’avait pourtant prévenu. « Tu lui cèdes tout. » lui avait-il reproché. Ca c’était bien vrai. Il n’aurait jamais dû se laisser berner. Maintenant il se trouvait là, avec son petit frère, en danger potentiel. Il allait certainement devoir chasser un putain de truc merdique et en plus il faudrait qu’il assure la protection de son frangin.  Sam était extrêmement cultivé et quand il y avait des recherches à faire, Dean avait une grande confiance en lui. Mais en ce qui concernait la pratique, son cadet avait encore trop peu d’expérience à ses yeux. Même si leur paternel estimait qu’il était prêt. Il se demandait s’il n’allait pas l’obliger à rester dans la voiture au moment où une scène surprenante se déroula devant ses yeux.


Lydean  (08.10.2009 à 17:18)

Chapitre 5.

 

            Dans le faisceau des phares, la rue fut soudainement envahie d’une quinzaine de jeunes femmes, courant en petite tenue et hurlant à en perdre leurs cordes vocales. Bien qu’il roulait au pas pour déceler la future « maison hantée », l’aîné écrasa la pédale de frein. Les yeux écarquillés des deux frères ne reflétaient pas la même stupeur. Alors que Sam avait l’air angoissé, Dean se demandait s’il rêvait tout éveillé. Cette Cindy, quelle bonne idée elle avait eu : Agrémenter une séance de spiritisme d’une soirée pyjama, quel concept intéressant ! Mais il sortit de sa rêverie, reprit très vite le contrôle et fronça les sourcils en direction de son passager.

 

- Je croyais qu’elles ne devaient commencer qu’à vingt-deux heures ! Reprocha-t-il à son petit frère qui haussa les épaules, visiblement ennuyé.

 

            Une fois la voiture garée sur le bas côté, l’aîné se retourna et attrapa son sac qu’il avait balancé sur la banquette arrière. Puis il dirigea son regard vers son cadet et lui parla fermement pour s’assurer de sa totale obéissance dès que les circonstances l’exigeraient.

 

- Sammy, pour le moment, on ne sait pas trop c’que cette cruche a pu ramener. Alors je veux que tu restes derrière moi et surtout, il faut que tu me promettes de faire tout ce que j’te dis sans discuter. C’est clair ?

 

- Très clair ! Confirma l’intéressé.

 

            Ils se dirigèrent rapidement vers l’origine de cette « échappée belle ». Dans la rue, le calme revenait doucement. La plupart des piailleuses avaient regagné leurs véhicules et s’étaient enfuies en faisant crisser les pneus. Les seules qui étaient encore là avaient soit perdu leur clé, soit égaré leur voiture et s’agitaient frénétiquement brassant plus d’air que nécessaire.

 

            De l’extérieur, la demeure paraissait très calme. Abandonnée depuis plus d’un an, elle reposait sur un jardinet joliment clôturé. Les arbustes étaient immenses, mais les coûtons amaigris avaient perdu toutes leurs feuilles.  Quoi de plus normal en cette saison, mais le manque d’entretien donnait un petit côté glauque à l’ensemble immobilier. Sam assimilait les arbres à de gigantesques mains qui auraient empoigné et tenterait d’étrangler la pauvre petite bicoque. Défraîchie, elle comportait deux étages dont la surface au sol ne dépassait pas les cinquante mètres carrés. A travers les vieux rideaux opaques filtrait une douce luminosité. Seule la discontinuité de l’éclairage pouvait présumer d’un gros problème électrique ou, pour tout chasseur averti, de la présence d’une entité quelconque.

Une fois passé le pas de la porte, le calme laissait la place à l’agitation. Le vent, totalement absent à l’extérieur, s’était comme miraculeusement engouffré dans chacune des pièces. Sous la force du souffle, les deux Winchester eurent du mal à garder l’équilibre. Ils affrontèrent la tempête interne et investirent le petit hall d’entrée, non sans mal. Une fois à l’intérieur, l’ouverture derrière eux s’obstrua dans un claquement assourdissant. Les autres portes, qui séparaient les trois petites pièces du rez-de-chaussée, s’ouvraient et se refermaient au rythme d’un ballet incessant.

Dans la cuisine en face d’eux, les frères pouvaient admirer par intermittence le festival des éléments : Les assiettes parcouraient des trajectoires contraires aux lois de la physique. Les verres s'arrêtaient en l'air puis tombaient lentement sans se briser. Puis ils se soulevaient à nouveau dans les airs, comme dépourvus de gravité, et recommençaient le même manège. Les couverts atteignaient avec une dextérité très insolite des buts qui paraissaient déterminés à l’avance. Fourchettes et couteaux venaient se planter d’une manière très régulière sur l’antique vaisselier ou sur la table en bois brut, formant des dessins proches de l’art abstrait.

Sam attira le regard de son aîné en tirant sur sa manche. Sur leur droite, dans la salle de bains, une énorme masse d’eau avait entamé une chorégraphie aquatique. Si une bonne vieille chanson de Black Sabbat aurait convenue dans la cuisine, la salle d’eau en revanche aurait mérité du Vivaldi. L’onde effectuait des mouvements fluides, tel un serpent ondulant dans l’atmosphère.

 

Les deux frères se regardèrent. L’ensemble de ces événements leur permettait de déterminer sans aucun doute ce qu’ils devaient chasser. Ils l’évoquèrent dans un souffle commun :

 

- Poltergeist !


Lydean  (09.10.2009 à 19:04)

            L’aîné prit une grande inspiration, rassuré. Le danger auquel il exposait son petit frère était amoindri. Ce genre d’esprit n’était pas dangereux, même s’il fallait rester concentré pour ne pas se laisser blesser bêtement. C’est à ce moment précis qu’un cri strident se fit entendre sur leur gauche.

            Les Winchester pénétrèrent dans le petit salon au moment où Cindy dévalait l’escalier. Ils eurent tout loisir d’admirer sa manière bien particulière de descendre. Elle avait dû faire un faux pas et maintenant seules ses fesses contactaient chacune des marches dans un rebondissement aérien qui n’avait rien de gracieux. Comme les jouets pour enfants, un petit couinement accompagnait chaque percussion. Dean faillit partir d’un fou rire mais son attention fut attirée par un objet volant non identifié qui se dirigeait droit sur la tête de son cadet, visiblement trop absorbé par la scène grotesque qui se déroulait devant lui. Tout en criant son nom, l’aîné le poussa mais n’eut pas le temps de l’esquiver lui-même. Le vieux poste de radio percuta violemment son épaule gauche.

 

- Nom de dieu ! De sa main valide, il balança un taquet sur l’arrière du crâne de son frangin. Tu peux pas faire attention !  T’imagines pas comme ça peut faire mal un truc comme ça en pleine tronche !

 

            Sam afficha une moue contrariée et se massa le cuir chevelu. Dean forçait son épaule à effectuer des mouvements concentriques pour faire passer la douleur. En même temps, il revoyait en boucle la scène qui venait de se dérouler. Son moment d’inattention aurait pu coûter cher à son petit frère. Ca lui tapait sur les nerfs mais il se força à se calmer. Ne pas reproduire deux fois la même erreur. Il scruta avec attention les environs. La cheerleader gisait inanimée sur le vieux tapis poussiéreux. Son inconscience devait être la conséquence du choc émotionnel ou … du nombre impressionnant de ricochets qui auraient mérité d’entrer dans le livre des records.

 

            Ils essayèrent de porter la belle au bois dormant pour l’évacuer mais la porte d’entrée restait désespérément fermée et les fenêtres étaient comme soudées. Ils l’installèrent donc dans le hall qu’ils assimilaient au lieu le moins dangereux de la maison. Puis ils gravirent rapidement l’escalier, tout en esquivant divers objets dépourvus de gravité.  

            A l’étage, la situation était identique. Même si le vent ne soufflait que par rafales, les portes qui donnaient sur les deux grandes chambres ne cessaient de battre la chamade. Il ne restait apparemment plus personne. Ils réussirent à pénétrer dans la salle où les bois de lit avaient été empilés le long d’un mur entre la fenêtre et une gigantesque armoire ancestrale. Enduit d’une substance à l’odeur écoeurante, un petit guéridon ancien émergeait au centre de la grande pièce. Des matelas étaient étalés sur l’ensemble du sol et les vêtements féminins gravitaient gracieusement à un mètre cinquante au dessus d’eux.

            Dean récupéra le journal de son père dans son sac. Il l’ouvrit à la page où celui-ci avait griffonné les quelques mots latins d’un exorcisme. Il réfléchit une seconde et le tendit à Sam. Après tout, il fallait bien qu’il apprenne.

 

- Vas-y ! Lis ! Devant le regard étonné de son cadet, il s’expliqua. Moi je vais répandre du sel partout … et tu sais bien que ce n’est pas ce genre de langue que je pratique ! Ajouta-t-il avec un sourire entendu.

 

            Sam avait l’air très heureux de se rendre utile et il s’exécuta avec beaucoup d’entrain. Il arrivait presque à la fin de sa lecture lorsqu’une lampe de chevet vint le percuter au visage. Comme il ne quittait jamais des yeux son cadet, Dean l’avait vu arriver. De l’autre bout de la pièce, il s’était précipité sur lui mais trop tard. Maintenant Sam regardait droit devant lui avec un air hagard. Le choc avait dû le sonner. Son inquiétude commença à disparaître lorsqu’il le vit reprendre ces esprits. Il avait une très grande envie de lui dire  « J’te l’avais bien dit ! » mais il se retint en voyant sa moue renfrognée. Son petit frère se concentra à nouveau sur son exorcisme. Dean veillant à sa protection, il le termina sans encombre cette fois. Aussitôt, la maison retrouva  miraculeusement son calme d’antan.

 

            Après quelques vérifications d’usage, ils enjambèrent Cindy qui commençaient à entrouvrir ses paupières surmaquillées et sortirent sans aucune difficulté pour regagner la Chevrolet.

 

            Dans la voiture, c’était au tour du plus jeune de ruminer. Même s’il le faisait en silence, Dean se dit qu’il aurait pu l’entendre à des kilomètres. Il l’observait du coin de l’œil, plutôt amusé. Il décida qu’il était temps de le dérider. Avec une grimace ironique, il commença à le chicaner :

 

- Tu sais quoi, Sammy ? T’avais raison. Non franchement, j’crois qu’j’y serais jamais arrivé sans toi.

 

            Il ne s’attendait pas à une réponse mais un petit  « Pffff ! » aurait été normal. Or, rien de semblable n’arriva. Même pas son habituel regard « J’t’aurais un jour ! ». Son inquiétude refit surface. Il ralentit sensiblement. De sa main, il retira les mèches de cheveux qui cachaient le visage de son frère et orienta sa tête de manière à pouvoir sonder ses yeux. Sam se dégagea brusquement et le renvoya balader en prenant bien soin d’appuyer sur chaque mot :

 

- Pour la cinquième fois : je n’ai pas de commotion cérébrale, Dean !

 

            L’aîné n’y comprenait rien. Qu’est-ce que ce gamin pouvait bien avoir en tête pour réagir de cette manière ? Il  appuya sur l’accélérateur d’un geste rageur. C’était bien la première fois qu’il n’arrivait pas à cerner son frangin. Comment pouvait-il savoir ce qu’il ressentait si, en plus, il ne lui donnait pas un petit indice ? Il n’avait plus du tout envie de plaisanter. Il jeta un nouveau coup d’œil au passager. Son visage était fermé. Ses sourcils étaient froncés et il fixait un point droit devant lui. Il devait encore cogiter. Il était visiblement agacé par quelque chose mais Dean avait beau se remémorer les événements de la soirée, il ne voyait pas ce que ça pouvait être. D’un geste instinctif, il lui ébouriffa les cheveux. Il avait pensé le réconforter mais ce geste avait été très mal interprété car son cadet lui dégagea le bras d’un mouvement brusque et le foudroya du regard. Il essaya alors de rattraper le coup en le complimentant à sa manière :

 

- Allez, fais pas cette tête, Sammy ! C’est quand même pratique d’avoir un intello qui parle le latin dans la famille. Tu m’as vachement aidé pour un novice !

           

            Il vit son petit frère tourner la tête de l’autre côté, peut-être vexé, mais assurément boudeur. Il décida qu’il était préférable de s’arrêter là. Demain serait un autre jour.


Lydean  (10.10.2009 à 18:59)

Chapitre 6.

- Ne m’attends pas ! Avait-il lancé à son petit frère en sortant de la chambre tout sourire.

            Ils n’avaient pas reparlé de la dernière chasse mais la vie semblait avoir repris son cours. Le matin, Sam était allé retrouver ses amis. De retour à l’hôtel, il avait entrepris de faire ses devoirs.  Quand à l’aîné, il se rendait dans une cafétéria pour y retrouver son rencard. La jolie petite brune l’avait appelé dans la journée. Il en avait été surpris : D’ordinaire c’était plutôt son job !  Elle avait, soit disant,  très envie de se faire un ciné. Pourquoi pas ? Après tout, ça changerait.

            Parfois il avait l’impression d’être comme déconnecté du monde « réel ». Alors de temps en temps, ça faisait du bien de pouvoir vivre comme les autres. Il comprenait parfaitement ce que pouvait ressentir Sammy. Et c’était bien pour ça qu’il ne lui avait rien dit pour les chasses de John, au début. Il voulait que son petit frère garde son innocence. Mais cet incorrigible curieux avait lu le journal de leur père. Et la veille de Noël, il avait dû lui dire la vérité : Les monstres existent et papa les chasse. Mais le père Noël, lui, n’est qu’un mythe. Et comme si ça ne suffisait pas, il avait dû acquiescer lorsque Sammy lui avait demandé si c’était une de ces créatures maléfiques qui avait tué leur mère. Ces révélations l’avaient brisé. Il avait pleuré longtemps et n’avait pas réussi à trouver le sommeil avant des heures. Dean en avait été malade. Il était sorti discrètement dans le but de lui organiser un petit Noël et de lui ramener des cadeaux. C’était le seul moyen qu’il avait trouvé pour tenter de lui remonter le moral. Mais là encore, ça avait été un fiasco : Il n’avait piqué que des cadeaux de fille. Il ne s’était jamais senti aussi nul que cette nuit là. Mais, étrangement Sammy ne lui en avait pas voulu et il lui avait même offert ce pendentif qu’il aimait tant. Plus qu’un présent c’était un symbole du lien qui les unissait. Instinctivement, Dean serra l’extrémité de son collier dans sa main.

 

            Dans la cafétéria, les jeunes discutaient, plaisantaient ou s’embrassaient. Assis en face de sa nouvelle conquête, le jeune Winchester faisait mine de l’écouter mais son esprit vagabondait. Il avait commencé par se dire qu’il y avait un truc pratique avec les filles, c’est qu’elles ne mangeaient presque rien. Dean avait retiré pas mal de fric pour combler la jeune femme et pour le moment, il n’avait dépensé que pour lui. Avec son petit café, sans sucre, sans lait, elle n’allait pas faire un trou dans son budget. D’autant plus que son argent de poche venait d’un certain Elroy Mc Finney. L’explication était simple : le job de leur père n’était pas très lucratif alors il avait une combine pour se loger, acheter à manger et s’équiper en docs administratifs. Cela comprenait les cartes de crédit.

            Le fait que la jeune femme se nourrisse aussi peu, lui rappela le nombre de fois où il devait forcer Sammy à manger. Il se demandait comment ce gamin pouvait encore tenir debout avec le peu qu’il ingurgitait. D’ailleurs, il s’aperçut qu’il ne l’avait rien vu avaler de la journée. Il décida de s’en assurer dès son retour.

 

            Arrivés avec sa dulcinée devant le cinéma, il jeta un œil rapide aux annonces. Il fut surpris par les titres. Mars Attacks en avant première. Ouais, des extra terrestres. Voilà un truc qui n’existait vraiment pas !!! Ghost in the Shell. Chouette ! Des fantômes. Comme c’est original ! Il commença à lire le résumé : Adaptation en dessin animé d'un célèbre manga qui se déroule dans un Japon futuriste … Ouais, bon, pourquoi pas. Fantômes contre fantômes : Un architecte médium arnaque les habitants de sa ville avec l'aide de ses amis revenants. Lorsque plusieurs habitants ont des infarctus, il est le coupable idéal aux yeux de la population. Il va devoir faire appel aux fantômes pour s'en sortir et affronter un véritable spectre-tueur. Waow ! Alors là, c’était le pompon ! Qu’est-ce qu’ils avaient dans cette ville avec les fantômes ? Pour une fois qu’il sortait au ciné, il aurait aimé se changer les idées. La petite brune le sortit de ses pensées.

 

- J’hésite. Qu’est-ce que tu en penses ? On va voir Tout le monde dit I Love You ou Un Beau jour ?

 

            Super ! Soit une comédie musicale, soit une comédie romantique. Le cancer ou l’ulcère. Il se fendit d’un sourire.

 

- Euh … comme tu veux. C’est toi qui choisis.

 

 

Ils s’assirent tous deux confortablement sur les fauteuils crades de la salle de projection. Dean avait pris grand soin de choisir les collations qui auraient pu manquer durant le film. Il n’y avait pas suffisamment de place pour tout entreposer et il dut en répartir sur l’autre siège, à côté de lui. Comme il s’y attendait, sa compagne refusa de piocher dans son méga paquet de M&M’s. Tant mieux ! Ca en ferait plus pour lui. Les bandes annonces défilaient sans qu’il s’en rende compte jusqu’à ce que l’écran fasse la promotion d’un film d’horreur. Quoi ? Ca, c’était censé faire peur ? Pfff ! Avec Sammy, ils avaient déjà vécu bien pire. C’est à ce moment précis qu’un événement perturbant lui revint en mémoire : une chasse qui, contre toute attente,  avait particulièrement mal tournée.


Lydean  (10.10.2009 à 19:01)

             Elle s’était déroulée environ deux ans auparavant. Leur père avait eu vent d’une série de meurtres horribles dans le Dakota du sud, non loin de la maison de Bobby. Dean considérait ce dernier comme un deuxième père. Il était toujours là quand ils avaient besoin de lui. Et ce jour-là, il leur avait assurément sauvé la vie.

             Tout avait commencé d’une manière assez banale : des meurtres inexpliqués, une enquête, une chasse. Il s’avérait que les défunts avaient tous eu le cœur arraché lors de nuits de pleine lune. La violence de ces actes à répétition effarait les inspecteurs. Ils ne pouvaient en aucun cas être la conséquence du délire d’un désaxé. Il ne pouvait pas non plus s’agir d’attaques de plusieurs personnes puisqu’ils n’avaient relevé qu’un seul type d’empreinte autour des corps : des pieds nus humains, d’une taille impressionnante certes, mais humains. Cependant, il était impossible qu’un homme déploie une telle force pour exécuter ce genre de meurtres. Les cages thoraciques étaient écartelées, les cœurs avaient totalement disparu et les visages reflétaient l’effroi vécu par les victimes avant leur dernier souffle. Jamais il n’y avait eu d’incidents de ce genre dans les environs et aucune bête féroce n’était répertoriée dans ce coin des Etats-Unis. Pour les chasseurs, la créature était donc facilement identifiable : un loup-garou. Celui-ci opérait dans un secteur bien précis : une forêt dense, non loin de la ville, petit coin de verdure adulé par les ados en mal d’amour.  Il fallait préciser que l’endroit était paisible, discret et suffisamment romantique grâce à l’environnement qu’il offrait. Là encore, aucun souci pour localiser la sale bestiole. Quant au moyen de la tuer : une balle consacrée en argent dans le cœur et le tour était joué. Bref, un jeu d’enfant. En parlant de ça, Bobby et Dean s’étaient opposés à ce que le petit dernier des Winchester vienne avec eux. Pourquoi l’exposer à des risques inutiles alors qu’il pouvait rester en sécurité à l’hôtel ? Mais c’était sans compter l’entêtement de Sammy et la ténacité de leur père. Le fils aîné n’eut que le choix d’obéir mais Bobby obtint que le plus jeune reste dans la voiture. C’était toujours ça de pris !

             Il ne restait plus qu’une nuit avant que le cycle lunaire ne change. Ils se rendirent donc dans l’urgence sur le terrain de chasse. Avant de sortir de la voiture, son petit frère lui avait attrapé le bras. Dans un regard et sans prononcer un seul mot, il lui demanda d’être prudent et de revenir vite. De la même manière, l’aîné lui en fit la promesse.

            Les trois chasseurs progressaient prudemment dans l’épaisse brousse que constituait la forêt. Ils étaient à l’affût du moindre bruit et de la plus petite empreinte ou trace qui aurait pu les mettre sur la voie. Les deux plus vieux stoppèrent d’un coup. Ils avaient décelé des marques sur le sol et la végétation avoisinante. Mais ils n’étaient pas d’accord sur la direction à prendre. Finalement, le petit groupe suivit John dans sa traque. Ils arrivèrent dans une clairière étriquée, au demeurant charmante si un liquide opaque et gluant n’était pas venu l’entacher. La flaque se poursuivait en une sorte de petite rigole. Un corps avait été traîné jusqu’à la lisière du bois, peu de temps auparavant. Sans un bruit, ils s’approchèrent de leur objectif. La masse informe et poilue grognait de plaisir en dévorant son repas sanglant et encore chaud, dans un bruit de succion effroyable. Dean retint un haut le cœur. Une légère brise vint souffler dans leurs cheveux, révélant, par la même occasion, leur présence. Alertée, la créature se redressa et les fixa de ses yeux lunaires. Alors que John entraîna son fils vers la droite, Bobby partit sur sa gauche. Le loup-garou poussa un hurlement tonitruant et se rua sur leur ami. John se redressa et une série de détonations retentit dans la nuit. La créature encaissa les balles en argent des deux côtés à la fois. Elle s’effondra, immobile. Dean était stupéfait de voir à quelle vitesse, les deux chasseurs avaient réagi. En une fraction de seconde, la bête qui les menaçait, gisait sur le sol.

            Alors que les Winchesters préparait un feu pour faire disparaître toute trace du lycan, ils virent Bobby s’éloigner.

 

- Où vas-tu ? Lui demanda Dean.

 

- Juste vérifier un truc. J’reviens.

 

            Un frisson parcouru tout le corps du fils aîné. Il n’aurait su expliquer s’il s’agissait d’un pressentiment ou de son instinct, mais il sentait qu’il y avait un problème.  Il aida rapidement son père à transporter le corps du loup-garou pour le jeter dans les flammes. Il le prévint :

 

- J’vais voir si Sammy va bien.

 

            Sans attendre son autorisation,  il courut en direction de la voiture. Les branches lui fouettaient le visage. Ses jambes étaient agressées par les ronces et son jean résistait difficilement à la force qu’il employait pour se dégager et continuer d’avancer. Quand il arriva enfin à destination, il comprit les causes de son anxiété : c’était bien pire que tout ce qu’il avait pu imaginer.

 


Lydean  (10.10.2009 à 19:03)

Chapitre 7.

 

            Devant ses yeux horrifiés, un deuxième loup-garou, débarqué de nulle part, était en train de secouer la voiture où se trouvait son petit frère. Celui-ci était piégé à l’intérieur et hurlait pour obtenir de l’aide. Sans prendre le temps de la réflexion, Dean commença à faire du bruit pour attirer l’attention de l’horrible chose poilue.

 

- Hé ! Toi ! Oui, toi ! La monstruosité recouverte de poils de cul de mammouth ! Tu sais quoi ? Je viens de faire un feu de joie avec ton copain ! Ca crame bien les putains de loups-garous mais qu’est-ce que ça chlingue !

 

            Son objectif était atteint : le lycan avait cessé de malmener l’Impala pour y déloger son cadeau surprise. A présent, il fixait Dean intensément. Ce n’est qu’à ce moment-là que le jeune chasseur se rappela qu’il n’avait qu’un simple couteau sur lui. Son père n’avait pas jugé utile de lui fournir une arme à feu puisque Bobby et lui étaient suffisamment équipés. Il jeta un œil à son petit frère qui écarquillait les yeux, horrifié. Il secouait imperceptiblement la tête de droite à gauche comme pour nier l’évidence : son grand frère était piégé. Celui-ci recentra son attention sur son prédateur et commença par faire un pas en arrière. Il ne put le déterminer avec certitude, mais il crût voir cette horrible bestiole lui offrir un sourire sadique. Elle se pencha en avant. Il recula à nouveau. Elle grogna. Il s’arrêta de respirer. Elle bondit sur lui. Il partit en courant se réfugier dans la végétation. A nouveau, les branches lui fouettaient le visage mais il ne s’en apercevait même plus. La seule chose qui comptait était de courir le plus rapidement possible. La course poursuite ne faisait que commencer lorsqu’il entendit Sammy au loin :

 

- Dean ! Non !

 

           Son petit frère était sorti de la voiture. Il venait de quitter son refuge et s’exposait au danger. L’aîné ralentit sa course pour s’assurer que le loup-garou le suivait bien. Il n’aurait pas dû : le monstre en profita pour le rattraper et se jeter sur lui. Le placage fut vraiment violent. Sa tête heurta le sol à plusieurs reprises. Il sentait une douleur sourde dans tout son corps et il avait du mal à respirer. Malgré tout, la terre meuble avait amorti les chocs, ce qui lui permettait de rester lucide. De sa main, il atteignit son couteau, l’empoigna fermement et l’enfonça de toutes ses forces dans le corps rêche et velu de l’immonde créature qui hurla de douleur. D’un geste rageur, elle le saisit de sa main immense par la jambe. Il se sentit décoller du sol. Elle le projeta dans les airs. Il s’écrasa contre un arbre dans un craquement atroce et soudain tout devint noir


Lydean  (11.10.2009 à 12:42)

            La douleur lui avait fait ouvrir les yeux. Autour de lui, tout était blanc, trop blanc. Il était à l’hôpital. Qu’est-ce qu’il pouvait détester cet endroit ! Comment était-il arrivé ici ? Comme à chaque fois qu’il se réveillait, sa première pensée fut pour son petit frère. Il n’eut pas à le chercher longtemps : Il était assis sur une chaise et dormait dans une position très inconfortable. Sa tête était appuyée sur le lit et l’une de ses mains serrait la sienne. Il avait dû ressentir son réveil car il se redressa d’un seul coup. Dean eut tout le loisir d’observer ses yeux bouffis, cernés et tout rouges. Depuis combien de temps n’avait-il pas fermé l’oeil ? Et, à quand remontait son dernier repas ? D’une voix rauque, son cadet commença ses questions :

 

- Dean ? Comment tu te sens ? Ca va ? Tu n’as pas trop mal ? Non parce que le docteur a dit …

 

- Je viens bien, Sammy, ne t’inquiète pas !

 

            Son cadet n’avait pas l’air convaincu et son expression restait froide. S’il avait été un grand frère sympa, il lui aurait ordonné d’aller se reposer mais en bon égoïste qu’il était, il  préféra lui poser les questions qui lui brûlaient les lèvres :

 

- Sammy ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Et où sont papa et Bobby ?

 

            Le plus jeune des Winchester commença par rassurer son aîné : les deux adultes étaient partis manger un morceau. Puis il attaqua son récit : Bobby avait suivi les traces de l’autre loup-garou jusqu’à la voiture où il avait trouvé Sam qui hurlait à son grand frère de revenir. Le vieux chasseur lui avait demandé de rester en sécurité dans le véhicule mais il avait préféré le suivre discrètement. Il venait d’entendre le hurlement du loup-garou et il était trop inquiet pour rester à ne rien faire. Comme leur vieil ami avançait très vite, il s’était fait distancer mais il avait entendu un coup de feu et s’était dirigé tant bien que mal vers l’origine de la détonation.

            Sammy s’arrêta de parler, ses yeux se mirent à briller et il tremblait de partout. Dean s’en voulait de lui faire subir ça. Malgré tout, il attendit la suite, impatient.

 

- C’est là que j’ai vu tout le …

 

- Le quoi ?

 

- Du sang ! Il y en avait partout. Et toi …

 

- Quoi ?

 

- J’ai cru que tu étais mort, Dean !

 

            Il avait prononcé ces mots dans un souffle et de gros sanglots coulaient à présent sur son visage. L’aîné était démuni devant sa peine. Il se maudit de lui avoir fait autant de mal.

 

- Je suis désolé, Sammy. Mais ça va aller, maintenant.

 

- Non ! Ca va pas aller ! Je suis venu à côté de toi, j’ai crié ton nom mais tu ne me répondais pas ! Il y avait du sang partout ! J’crois que papa est arrivé. Il t’as pris pour t’emmener à l’hôpital mais moi je pouvais plus marcher. J’crois qu’c’est Bobby qui m’a emmené. Et … On a attendu des heures avant d’avoir de tes nouvelles ! J’ai cru que ce putain de docteur n’arriverait jamais ! Et, pendant ce temps-là, papa et Bobby se disputaient parce que soit disant que ça ne serait jamais arrivé si j’étais resté à l’hôtel ! Et puis quand on a enfin pu te voir, tu avais des tuyaux partout dans la bouche et dans le bras. T’es resté comme ça pendant trois jours ! Trois jours, Dean ! Et je t’ai parlé, je t’ai supplié d’ouvrir les yeux mais tu ne l’as pas fait. Finalement, ils t’ont enlevé le tuyau que t’avais dans la bouche mais tu t’es toujours pas réveillé ! J’te déteste, tu m’entends ? j’te déteste ! T’es vraiment trop con d’avoir fait ça !

 

            Le grand frère ne savait plus quoi faire et encore moins quoi dire. Son cadet venait d’évacuer toute l’angoisse  qu’il avait accumulée pendant ces derniers jours et à présent il lui tournait le dos. De son côté, il ne supportait pas de le voir aussi malheureux tout en sachant que c’était de sa faute. Cependant, il avait beaucoup de mal à bouger avec sa perf et l’ensemble de ses muscles qui le faisaient souffrir. Il arracha l’aiguille de son bras et s’assit difficilement sur le bord de son lit. Il attrapa le bras de son petit frère et l’obligea à se retourner. Au début réticent, Sam se jeta finalement dans les bras de son aîné. Celui-ci retint un cri de douleur et se dit qu’avec ce qu’il venait de faire subir à son cadet, il avait bien mérité de souffrir un peu.

 

            Quand les infirmières, John et Bobby entrèrent dans la chambre deux minutes plus tard, ils étaient toujours dans les bras l’un de l’autre. Après avoir reçu les soins et les vérifications d’usage par le personnel soignant, Dean se prit un sermon par son père qui lui reprocha son inconscience. Bobby avait, quant à lui, traîné de force Sam afin qu’il mange quelque chose et qu’il se repose.  Mais le cadet pointa le bout de son nez à peine une heure plus tard. John regarda son ami qui haussa les épaules, impuissant. Il fronça les sourcils et ordonna à son fils :

 

- Sam ! Tu vas dormir ! C’est un ordre !

 

- Non. Je veux d’abord dire quelque chose à Dean. C’est important.

 

            Devant l’air buté du plus jeune de ses garçons, il lui octroya cinq minutes et sortit de la chambre. Dean savait exactement ce que voulait lui dire son cadet mais il refusait d’écouter des excuses qu’il n’avait pas à faire. Il prit donc la parole le premier :

 

- Tu sais quoi, Sammy ? Je vais te montrer pourquoi j’ai été si long à me réveiller. Regarde ce qu’ils viennent de m’emmener. Il désigna le plateau à côté de lui. Dans un bol, gisait ce qui s’apparentait à une soupe verdâtre, translucide et dont le fumet ressemblait étrangement à l’odeur d’une choucroute en conserve périmée. A côté, trônait dans une barquette en plastique, une espèce de gelée violette qui ondulait à chaque petite vibration dans la pièce. J’sais pas si tu te rends compte, mais là, j’ai même pas faim !

 

            Sam rit de bon cœur avant de lui souhaiter une bonne nuit et de rejoindre son père dans le couloir.

 

Le lendemain, il revint avec un sac, en affichant un air inquiet. Il ouvrit la fermeture éclair et sortit plusieurs paquets estampillés d’un gros M rouge sur le dessus. Amusé, l’aîné s’aperçut que son petit frère avait dû traverser tout l’hôpital en cachant de la nourriture interdite juste pour lui faire plaisir. Il le remercia à sa façon :

 

- C’est pas vrai ? Tu as affronté Ronald MacDonald, tout seul et sans arme, juste pour moi ?! Alors là, Sammy, j’suis épaté !

 

            Aussitôt son trop sensible frangin s’était renfrogné et avait commencé à bouder. Alors, il lui avait fait son plus joli sourire et lui avait ébouriffé les cheveux, en ajoutant :

 

- Merci, Sammy. Tu me sauves la vie.

 

            Il vit alors son regard s’éclairer et ses pommettes se retroussèrent sous l’effet de son large sourire.


Lydean  (11.10.2009 à 12:43)

            Ca, c’était son Sammy ! Un p’tit gars plein de vie, vif d’esprit, curieux de tout et pipelette comme pas deux. Mais ces derniers temps, ce n’était plus lui. Taciturne, toujours en colère, secret et renfermé sur lui-même, c’était le Sam Winchester du moment. Il avait changé. Il avait grandi ? Peut-être, mais ça ne lui réussissait pas. Il était perturbé par quelque chose ? Ca, c’était certain et il n’allait pas le laisser s’enfoncer encore plus. Il décida de rentrer le plus tôt possible. Il envisageait d’essayer de le faire parler.

            Il se réintéressa au film au moment où Michelle Pfeiffer et Georges Clooney s’étaient endormis dans le canapé. Puis générique. Court comme film et pas chiant en plus ! Il devait également avoir fait de l’effet à la petite brune car elle était blottie contre lui, les larmes aux yeux.

En sortant du cinéma, elle le regarda avec tendresse et lui fit comprendre qu’elle terminerait bien la soirée avec lui. De son côté, il prit conscience qu’il assimilait les filles avec qui ils sortait actuellement, à des maisons témoins : jolies et attirantes de l’extérieur mais vides à l’intérieur. Il l’embrassa donc sur le front avant de prendre congé. Elle resta plantée sur le trottoir avec un air stupéfait, gravé sur son visage angélique.

           

            En pénétrant dans leur chambre, Dean s’aperçut que ses précautions afin de rester le plus silencieux possible étaient inutiles. Sammy n’était pas là. Il inspecta la pièce : il n’y avait pas de mot – c’était pourtant une règle d’or – et son sac de cours avait également disparu. Il essaya de se rassurer : Son frangin était certainement parti chez ses amis pour bosser et il ne devait pas s’attendre à ce qu’il arrive si tôt.

Après une heure d’attente interminable, il attrapa sa veste et alla faire un tour en repérage. Il passa dans  la famille d’accueil de Tristan et chez les parents de Dereck. Dean s’étonna de constater qu’aucun d’entre eux n’était inquiet alors que personne ne savait où étaient les adolescents, ni ce qu’ils faisaient. Cela voulait-il dire qu’il pourrait leur arriver n’importe quoi sans que personne ne s’aperçoive de rien ? Il refusa tout net que ça se passe de cette manière avec son frère. Il décida de vérifier à l’hôtel s’il n’était pas rentré et de remettre les pendules à l’heure dès son retour, même si ce petit futé lui faisait ses yeux de chiots pour se faire pardonner.

 

            Il était plus de vingt-trois heures et Sam n’était toujours pas rentré. Dean faisait les cent pas dans leur petite chambre qui lui semblait rétrécir de minutes en minutes. Il devenait fou. Encore cinq minutes et il repartirait à sa recherche. Non, en fait pourquoi attendre ? Il se dirigea vers la porte au moment où son frère entra. D’un coup d’œil rapide, il l’examina de la tête aux pieds. Il avait l’air d’être en bonne santé : mouvements normaux, pas de marque, vêtements crades mais pas déchirés. Il se rassura. En revanche, alors que Sam aurait dû arborer une moue d’excuse pour avoir autant inquiété son aîné, il affichait un regard assuré, limite provocateur. Ce qui ne plut pas du tout au plus vieux. Il se planta donc devant lui et commença sa série de questions :

 

- Où t’étais ? Qu’est-ce que t’as foutu ? Tu vas bien ? T’as vu l’heure qu’il est !?!

 

            Il lui sembla que la détermination de son petit frère s’ébranlait mais il se reprit et lui répondit sur un ton sec :

 

- Et après, c’est moi qui pose trop de questions ?!? Et ben puisque tu veux absolument savoir, sache que je traînais avec Tristan et Dereck et que j’ai pas vu l’heure. Et que si t’as un problème avec ça, t’as qu’à regarder toi, quand est-ce que tu rentres la plupart du temps ! Non mais, c’est vrai. Tu vas quand même pas me taper un scandale parce que, pour une fois, j’arrive après toi ! Et comme tu viens si justement de le souligner, il est tard et je suis fatigué. Alors, si tu veux bien m’excuser, j’vais prendre une douche et je vais me coucher.

 

            Dean écarquilla ses yeux de surprise. C’était bien la première fois que son petit frère se rebellait de cette manière envers lui. Il réservait de plus en plus ce genre de crise à leur père. Mais jamais, non jamais, il ne s’était comporté comme ça avec lui ! le vit se diriger vers la salle de bain, déposer son sac, balancer négligemment sa veste sur son lit en passant et s’enfermer dans la petite pièce humide. Il avait dû louper un épisode. Son inquiétude n’était-elle pas légitime ? Comment aurait-il pu réagir différemment ? Il réalisa soudain que son frangin portait sa chemise et puisqu’il n’avait pas eu le temps d’en placer une, il tenait à avoir le dernier mot.

 

- Ne me refais plus jamais un coup pareil et  … t’avise plus jamais de retoucher à mes affaires !

 

            Il avait hurlé la deuxième partie de sa phrase, histoire d’être sûr que son frère l’ait bien entendu.


Lydean  (11.10.2009 à 12:45)

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