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Dean Thinks That Boys ...

Série : Supernatural
Création : 04.10.2009 à 19h11
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Fic Boys Shouldn’t Play With Dead Things du point de vue de Dean.Sam passe difficilement le cap de l’adolescence sous le regard protecteur, mais parfois démuni, de son grand frère. » Lydean 

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Chapitre 8.

 

            La nuit avait été longue. Il avait entendu Sam se tourner et se retourner dans son lit jusque vers cinq heures du matin. Puis sa respiration était devenue calme et régulière : il avait dû s’endormir. Mais lui n’avait pas réussi à trouver le sommeil. Pour un dimanche matin, sa grasse matinée était plutôt anorexique ! Vers sept heures, il se leva. Pour ne pas réveiller son frangin qui dormait enfin, il enfila des vêtements chauds et sortit prendre l’air. Il faisait extrêmement froid mais c’était revigorant. Il avait besoin d’avoir l’esprit clair pour réfléchir aux événements de la veille et convenir de l’attitude à adopter lorsque Sam se réveillerait.

            Le jour se leva bien tard. Le ciel était gris, monotone en ce mois de décembre. De sa réflexion, Dean conclut qu’il allait passer l’éponge pour cette fois. Il sentait bien que Sammy n’allait pas bien ces derniers temps. Il était d’une humeur massacrante et on ne pouvait jamais rien lui dire sans qu’il souffle ou qu’il s’énerve. Quelque chose le tracassait. Mais contrairement à son habitude, il se renfermait sur lui-même et gardait tout pour lui. Bientôt, il finirait certainement par déverser tous ses soucis en les confiant à quelqu’un. L’aîné des Winchester se dit qu’il voulait être cette personne, comme il l’avait toujours été d’ailleurs. Pour cela, il décida d’arranger les choses le plus rapidement possible. Il lui devait bien. Après tout, Sammy n’avait pas réellement tord. Il fallait bien avouer qu’il n’était pas très présent, ces derniers temps, entre les chasses et ses sorties. Il se dit que si son petit frère voyait qu’il ne lui en voulait pas et s’il faisait un pas vers lui, alors il se confierait certainement plus facilement.

            Sa décision prise, il s’aperçut que son estomac grognait. Il avait pourtant prit soin de dévaliser le distributeur automatique de l’hôtel en se levant. Il regarda l’heure : midi dix. Il se décida à aller au fast-food pour chercher de quoi se ravitailler. Mais avant, il passa la tête dans l’entrebâillement de la porte, juste pour vérifier que tout allait bien. Sammy roupillait toujours. Il se demanda s’il devait lui laisser un message mais se dit qu’il n’en avait vraiment pas pour longtemps.

            Il se dirigea en tout premier lieu vers la supérette. Il imaginait la tête dégoûtée de son cadet, s’il le voyait rentrer avec ses sandwichs bien gras pour son petit déjeuner ! Ca aurait pu être drôle mais vraiment pas approprié dans les circonstances actuelles. Or, dans ce magasin, il avait repéré qu’on vendait des cookies faits maison dont Sammy raffolait. Il estima que c’était une bonne entrée en matière pour une réconciliation. Pendant qu’il se servait, la conversation entre la caissière et une dame assez âgée, attira son attention. Plus il écoutait et plus l’échange l’intéressait. Quand il estima qu’il avait relevé suffisamment d’informations, il se rua au fast-food du coin pour aller se chercher de quoi remplir son estomac. Les bras chargés, il regagna l’hôtel.

 

            Au moment où il entra dans la chambre, il s’aperçut que son frangin venait de se réveiller. Il était encore assis sur son lit. Ses cheveux étaient ébouriffés et il plissa encore plus ses yeux, à peine entrouverts, à la vue du paquet qu’il venait de rapporter. Devant la moue dégoûtée et si prévisible de son cadet, il sortit le grand gobelet  de café encore fumant, ainsi que le petit sachet contenant les cookies. Il les lui tendit avec un sourire moqueur.

 

- Déjà réveillée, Princesse ?

 

            Sam se leva et examina ce qu’il avait dans les mains. Son aîné l’observait pour voir sa réaction. Il ne fut pas déçu. Bien que son petit frère essaya de dissimiler un sourire de satisfaction, il ne put réprimer son soupire de soulagement. Lorsqu’il releva finalement la tête, ses yeux reflétaient de la reconnaissance. Ils s’installèrent à la table et commencèrent à manger. Dean aurait aimé aborder le sujet qui lui trottait dans la tête mais il ne voulait pas tout faire foirer encore une fois. Comme Sam montrait de l’intérêt pour la chasse depuis quelques temps, il espérait que l’anecdote entendue précédemment constituerait une bonne entrée en matière. Par conséquent, tout en continuant d’assouvir son appétit, il rompit le silence.

 

- Mmmm ! J’ai entendu parlé d’un truc pendant que ch’faisais les courses tout à l’heure. Dans un quartier, pas très loin d’ici, il paraît que les habitants ont vu des trucs étranges, la nuit dernière. Apparemment les nains de jardin ont décidé de mener leur petite vie et ils ont ravagé la pelouse, explosé les boîtes aux lettres et recrépi les murs.

 

            Il s’arrêta quelques secondes pour engloutir encore quelques bouchées et évaluer l’éventuel intérêt de son cadet pour son récit. Il ne disait rien mais il avait l’air d’attendre la suite. Il poursuivit donc :

 

- Et tu ne connais pas la meilleure ! Un voisin aurait vu une lueur bleutée se diffuser à travers les fenêtres d’une maison inhabitée depuis quelques mois. Devine qui c’est ? …

 

            A cette question, il vit Sam déglutir difficilement avant de  hausser les épaules en signe d’ignorance. Il décida de répondre :

 

- Ta prof d’histoire : la vieille Mc Allister !

 

            Cette fois, son petit frère manqua de s’étouffer. L’aîné avait du mal à évaluer son comportement. Décidément, en ce moment, il n’était vraiment bon à rien avec lui. D’habitude, son cadet n’avait qu’à le regarder pour qu’il comprenne ce qu’il ressentait. Mais là, il ne décelait rien. En plus, il évitait son regard. Que lui cachait-il ? Il se promit intérieurement de rester avec lui jusqu’à ce qu’il découvre ce qui le perturbait tellement. Sachant qu’il ne pourrait pas faire autrement que d’aller vérifier les dires de la vieille dame, il espérait que Sam veuille bien l’accompagner.


Lydean  (14.10.2009 à 16:36)

- Sam, je me demandais … J’ai l’intention d’aller voir c’qui se passe là-bas, ce soir. Tu veux venir avec moi ?

 

            L’intéressé accepta la proposition d’un signe de tête. Il n’avait toujours pas sorti un mot et c’était extrêmement inquiétant. Dean pensa alors qu’il avait peut-être été trop dur la veille et que son cadet lui en voulait. Il essaya de mettre les choses au clair.

 

- Et à propos de hier soir … Il vit que Sam replongeait son nez dans le gobelet de café. Il avait donc dû toucher un point sensible. Il continua. C’est vrai que c’était samedi soir et qu’il n’y a aucune raison pour que tu ne puisses pas traîner avec tes potes … C’est juste que … j’aimerais savoir où tu vas … pas pour t’espionner, hein ! Je me doute que t’as pas besoin de moi pour aller chauffer les nanas … mais juste … tu sais … au cas où …Enfin … n’oublie pas que papa m’a demandé de veiller sur toi !

 

            Il ne savait pas comment lui dire qu’il s’inquiétait pour lui. Il y avait deux bonnes raisons à ça : la première c’est qu’il n’avait pas le don de son petit frère pour faire l’étalage de ses sentiments, et la deuxième c’était que Sammy lui aurait encore balancé à la figure qu’il n’était pas son père. Ce qui était parfaitement exact bien qu’il soit quand même responsable de lui. Son cadet restait désespérément muet. Il le fixa dans l’attente d’une réponse qui ne vint que sous la forme d’un hochement de tête. Il se résigna à lui poser la question :

 

- Ca va, Sammy ? Tu as l’air … bizarre. Tu devrais peut-être aller te recoucher.

 

- Non, tout va bien. J’vois pas pourquoi tu dis ça.

 

            Ah, non ? Il ne voyait pas ? Alors, il allait lui expliquer :

 

- Pour rien. C’est juste que d’habitude tu es un vrai moulin à paroles et que j’ai du mal à trouver le bouton off. Et là tu n’ouvres la bouche que pour manger et encore, tu avales de travers !

 

- Oh, euh, non. C’est juste que j’écoutais ce que tu racontais et en plus j’avais vraiment la dalle, alors … Tiens d’ailleurs, merci pour les cookies. Ils sont super bons.

 

            Dean le regarda, suspicieux. Il n’était pas du tout convaincu par les propos de son cadet et le brusque changement de sujet ne faisait que confirmer ce qu’il pensait : Sam lui cachait quelque chose. Cependant, il ne prit pas la peine d’insister.  Après tout, son frangin était tellement buté qu’il n’obtiendrait rien de lui jusqu’à ce qu’il consente à débloquer la situation par lui-même. Il avait terminé de manger. Il se frotta les mains et balança le papier gras dans le sac en papier puis il partit s’enfermer dans la salle de bain.

 

            Le soir venu, les deux frères avançaient à grandes enjambées pour rejoindre le fameux quartier. Sur le chemin qui les menait à la demeure, Sam restait légèrement en arrière. L’aîné se dit au début qu’il devait marcher trop vite pour les petites jambes de son cadet mais il réalisa ensuite qu’il ne connaissait pas la route. Tout en trottinant, Sam posa un nombre incalculable de questions concernant les esprits et la meilleure manière d’en venir à bout.  Il s’intéressa à chaque petit détail. L’aîné, qui s’était inquiété de son mutisme dans l’après-midi, en venait presque à prier pour qu’il se taise.  Le peu de patience qu’il avait s’évaporait à chaque pas. Il répondit succinctement à son questionnement mais finit par lui demander d’arrêter de lui prendre la tête.

 

            Arrivés sur place, ils constatèrent les dégâts matériels exposés plus tôt dans la journée. Puis, le plus vieux  remarqua la porte fracturée. Mais une fois à l’intérieur, l’IMF ne donna rien. Après avoir examiné chacune des pièces, ils arrivèrent à la conclusion que s’il y avait eu une présence surnaturelle dans cette maison, elle n’y était plus. En revanche, Dean s’attarda sur la fenêtre brisée. A la place de la vitre, une bâche occultait l’ouverture.

 

- Il y a encore des bouts de verre dans la cour. Elle a été cassée de l’intérieur. Tu crois qu’elle a été fracassée hier soir ?

 

            Pour toute réponse, son cadet haussa les épaules.

 

- Peut-être qu’il y avait des squatteurs quand c’est arrivé. Si c’est le cas, ils ont dû avoir les boules … Je me demande si …Non, c’est pas possible.

 

- Quoi ? Demanda Sam d’une toute petite voix, apparemment inquiet.

 

- Non, rien. Je me disais que c’était encore des crétins qui avaient voulu invoquer un esprit ou un truc comme ça. Mais si ç’avait été le cas, quoiqu’ils aient ramené, ce serait encore là. Et il n’y a rien. T’y comprends quelque chose toi ? Parce que moi, j’pige que dalle.

 

            Encore une fois, le plus jeune se borna à répondre d’un simple signe de tête.  C’était reparti pour une séance de mutisme intégral.

 

- Mouais. Il s’est quand même bien passé quelque chose. Même si on aurait pu croire que la sénilité a fait halluciner l’ensemble des voisins, ça a quand même laissé des traces. Il y a même de la terre à l’intérieur de cette baraque. La porte ne s’est pas ouverte et refermée toute seule … Je sens que cette histoire va me prendre la tête … Bon, on rentre. On verra bien demain s’il s’est passé autre chose.

 

            Pour plus de sécurité, Dean inspecta toute la rue mais là encore, rien d’étrange n’apparaissait. Finalement, ils prirent le chemin du retour. Contrairement à l’aller, ils étaient silencieux. Cette histoire était vraiment étrange et le fait que Sam se soit à nouveau muré dans le silence commençait vraiment à le gonfler. Il se dit qu’il n’aurait peut-être pas dû le rabrouer aussi sèchement à l’aller. Il secoua la tête en s’apercevant qu’il se « sammytisait » : les questions apparaissaient et s’amoncelaient dans sa tête sans y trouver de réponse. Et comme il ne pouvait pas les demander à haute voix, il cogitait et il ruminait.

           Quand ils finirent enfin par se coucher, il entendit que son petit frère s’endormait rapidement. Il se laissa alors sombrer dans le sommeil.

 


Lydean  (14.10.2009 à 16:38)

Chapitre 9.

 

            La semaine s’écoula lentement entre mutisme et normalité. Dean surveillait les moindres faits et gestes de son petit frère, tout en essayant de rester discret. A quoi pouvait bien être dû ce brusque changement de comportement ?  Il ne cessait de répéter qu’il avait grandi. D’accord, mais pas tant que ça quand même. Il n’y avait pas si longtemps qu’il s’était réfugié dans son lit parce qu’il était terrorisé par un bruit bizarre ou un mauvais rêve. La dernière fois il avait … six ans. Bon d’accord, ça remontait déjà à sept ans, presque huit. Mauvais exemple ! Mais quand il avait appris que les monstres existaient réellement, les nouvelles angoisses qu’il ressentait obligeaient son aîné à se coucher sous son pieu pour le rassurer. Cela dit, ça aussi, ça n’avait duré qu’un temps. Lorsque leur père s’était aperçu des craintes de son plus jeune fils, il lui avait confié une arme à feu. Depuis, Dean devait bien avouer qu’il n’avait plus jamais eu besoin de rassurer son petit frère avant qu’il aille dormir. Il se remit donc à cogiter jusqu’à ce qu’il se rappelle qu’en début d’année, Sam voulait devenir magicien. Ce n’était pas une très grande preuve de maturité, ça. Il s’était entraîné des jours entiers et son travail acharné avait porté ses fruits. Bien évidemment, l’aîné n’allait pas avouer qu’il était doué. Il s’était donc moqué de lui en lui demandant de se servir de son don pour faire disparaître les portefeuilles des poches des passants ou encore utiliser ses tours de cartes pour tricher au poker ! Comme à son habitude, son petit frère avait commencé par bouder et sa nouvelle lubie avait fini par disparaître.

            Ce qui ennuyait Dean, c’était que plus il y pensait et plus il acceptait le fait que Sammy devenait un homme. D’accord, il était le plus petit de sa classe et oui, il n’avait que treize et demi. Mais il avait toujours été plus précoce que les enfants de son âge. Et même s’il avait du mal à l’avouer, il lui arrivait souvent de penser que son cadet manifestait plus de maturité que lui. La preuve en avait déjà été faite à plusieurs reprises.

 

             D’ailleurs, il devait bien admettre que Sammy lui avait sauvé la vie lors de leur dernière chasse. Elle s’était déroulée cinq mois auparavant dans la région de Seattle. Leur père avait découvert que des corps disparaissaient des morgues à intervalles réguliers durant la nuit. Dans un même temps, des tombes avaient été exhumées et vidées de leur contenu. C’était la première fois que les Winchester avaient à faire à ce genre de cas. En mal de nouveaux apprentissages, au moment des vacances scolaires, Sam s’était intéressé tout particulièrement à la créature qui aurait pu être à l’origine de ces événements. Il avait entamé des recherches poussées sous le regard comblé de leur père. Après sept heures non stop enfermé dans la médiathèque, il leur avait apporté un dossier complet, composé d’articles de journaux récents et plus anciens, d’extraits d’encyclopédie, de photocopies d’ouvrages variés, d’illustrations et même d’une citation : Goules, dont la lèvre Jamais ne se sèvre du sang noir des morts ! (Victor Hugo, Ball. 14.)

            L’aîné avait toujours été effaré de constater la capacité de son frangin à se transformer en encyclopédie vivante. L’ensemble de ses recherches prouvait qu’ils avaient affaire à une ou plusieurs goules. Mais Sammy ne s’était pas arrêté là. A travers la littérature, essentiellement musulmane, il avait réussi à en établir un portrait assez réaliste : Dans la plupart des œuvres, la goule était une femelle ; tantôt femme de vampire, tantôt morte vivante,  tantôt sirène pour attirer ses victimes. D’autres encore faisaient état d’humains maudits par l’hémoglobine vampirique pour servir d’esclave. Le cadet avait gardé l’idée que la goule buvait le sang à la manière d’un vampire. Malgré tout, il avait surligné une définition qui lui paraissait bien plus réaliste : nécrophages capables d'absorber les souvenirs de leur "repas" et de prendre son aspect pour un temps limité. Il apparaissait que consommer de la chair humaine était nécessaire à leur bonne santé physique et qu’elles agissaient en meute, voire en famille. Elles posséderaient également une ouïe et un odorat extrêmement développés.

            Le jeune Winchester avait de surcroît, élaboré une théorie sur la venue de ces sales bestioles : Il avait mis en évidence que des humains invoquaient des Goules pour ressusciter les morts et les interroger ou revivre une dernière fois avec eux à travers elles. D’autre part, trop fréquenter les Goules pouvait mener un humain à en devenir une lui-même.

            En conséquence, il ne restait que deux questions : la première était la manière de les détruire. Ni bêtes, ni humaines, différentes techniques s’offraient à eux et ils ne pouvaient pas prendre le risque d’échouer. Sam avait émis l’idée qu’elles n’aimeraient pas la lumière mais aucune certitude n’était apparue. Ils décidèrent donc d’apporter un maximum d’armes pour en venir à bout.

            La deuxième question concernait le lieu où les débusquer. Cette fois, ce furent les deux plus vieux qui réussirent à résoudre l’énigme. Grâce à un plan détaillé où ils avaient situé les différentes disparitions de cadavres, ils avaient trouvé le réseau qui permettait de les relier : les égouts. Ils avaient même délimité la zone probable de leur campement.


Lydean  (15.10.2009 à 22:26)

            Au moment du départ, un nouveau problème avait fait son apparition : Sammy refusait catégoriquement de participer à la chasse. Concernant la partie théorie, il était l’expert de la famille mais dès qu’il fallait aborder la pratique c’était autre chose. Pourtant il était doué dans ce domaine sauf peut-être pour viser juste. Mais il savait très bien se battre. Dean comprenait que seule son envie d’être « normal » l’empêchait d’utiliser ses talents dans la vie de tous les jours. Il pensait que c’était également son besoin d’être comme tout le monde qui neutralisait sa participation aux chasses. Une nouvelle dispute avait donc éclaté entre les deux Winchester, sous le regard impuissant de l’aîné.

 

- Je ne te demande pas ton avis ! Tu viens ! Un point c’est tout !

 

- j’vois pas l’intérêt et j’ai déjà fait ma partie du job !

 

- Ah, tu ne vois pas l’intérêt ?!  Tu as besoin d’entraînement physique. Et soit dit en passant, notre job, comme tu dis, ne consiste pas uniquement à garder son cul sur une chaise pour faire des recherches.

 

- Je ne suis pas resté mon …

 

- Nous devrions peut-être aller faire un repérage et évaluer les risques avant d’emmener Sammy avec nous ? Avait tenté Dean pour éviter que la situation ne dégénère.

 

- Les risques que les goules s’en prennent à nous sont limités. Elles bouffent les morts et n’ont agressé aucun vivant. J’ai dit qu’on se débarrasserait de ces choses ce soir. Alors il vient, c’est un ordre !

 

            Sam avait soupiré au moment où il avait entendu le mot « ordre ». Visiblement résigné, il avait baissé la tête, non sans avoir, au préalable, lancé un regard de désapprobation à son aîné. Ce dernier savait pertinemment ce qu’il lui reprochait : le fait de suivre aveuglément les ordres sans jamais les contester. Il ne pouvait pas lui expliquer les raisons de cet état des choses mais il comprenait la colère de son cadet. C’était un peu comme s’il l’avait abandonné. Il se maudissait pour ça mais il ne pouvait pas faire autrement. Jamais il ne pourrait avouer à Sammy que sa négligence aurait pu un jour lui coûter la vie. Il essaya d’évincer le regard bourré de reproche et de déception que son père lui avait lancé à ce moment là, mais l’image restait insidieusement incrustée dans sa mémoire. Alors, les deux frères avaient rassemblé leurs affaires et avaient suivi John pour rejoindre la Chevrolet.

 

            La traversée des égouts était laborieuse. Déjà, il y avait cette odeur insupportable qui agressait leurs narines, envahissait leur bouche, imprégnait leur langue et malmenait leur estomac. A cause de l’obscurité ambiante, ils ne voyaient pas exactement où ils mettaient les pieds. Ils ne s’étonnaient donc pas de marcher sur des trucs mous, gluants, voire visqueux et qui faisaient un bruit dégueu lorsque, sous la pression, ils se répartissaient de chaque côté de leurs chaussures. A la lumière de leur torche, ils avaient réussi à voir qu’il s’agissait en grande majorité de restes de chair en décomposition de rats morts ou autres bestioles tout aussi crades. A certains endroits, il fallait également traverser des cours d’eau usée qui leur arrivait aux genoux, voire un peu plus haut. Le courant était faible et il lui arrivait même d’être stagnant. Mais ce qui les gênait, c’était d’ignorer ce qui pouvait bien s’y cacher. Régulièrement, ils sentaient des masses informes les effleurer. Ils serraient les dents, réprimaient des frissons et affichaient sans complexe des grimaces de dégoût. Ils progressaient de manière lente, à l’affût du moindre signe qui leur indiquerait la présence des goules.

            D’un geste de la main, leur père leur fit signe d’arrêter. Ils écoutèrent attentivement et distinguèrent des bruits étranges : C’était à mi-chemin entre le grognement et la succion. Ils approchèrent subrepticement et découvrir le campement. Quatre goules étaient en train de savourer leur repas. Elles devaient être revenues à leur apparence naturelle car bon sang c’qu’elles étaient moches ! Leur système pileux était totalement inexistant. Leurs doigts étaient étonnamment longs et se terminaient par ce qui ressemblait à des griffes sur lesquelles balançaient des morceaux flasques de peau qui avaient dus appartenir à leur « repas ». Leur colonne vertébrale formait une bosse entre les omoplates. Si le reste de leur corps ne s’apparentait pas à celui d’un humain, on aurait pu les prendre pour des hyènes. L’odeur putride qu’elles dégageaient frôlait l’inimaginable.

            Quant à leur festin, il se composait de morceaux épars de ce qui avait dû être un homme. Le met devait être meilleur une fois épluché car les muscles saillaient à travers les quelques morceaux de peau qui subsistaient. La victime était certainement décédée quelques jours auparavant car sous l’effet de la moiteur des égouts, la chair avait commencé à se décomposer. Là encore, inutile d’expliquer les relents qui pouvaient en émaner.

            La tête de chacun des Winchester était devenue verdâtre et cette couleur n’était absolument pas due au manque de luminosité. Malgré tous les efforts qu’ils firent pour passer inaperçus, les goules détectèrent leur présence. Elles se redressèrent et les fixèrent de leurs yeux recouverts d’une cataracte laiteuse. L’expression de leurs visages informes et imberbes passa d’un total ravissement à une colère froide. Bien qu’il sentit le danger imminent, Dean se tourna vers Sammy et lui demanda :

 

- Me dis pas qu’j’fais cette tête-là quand un abruti ose s’interposer entre ma bouffe et moi ?!?

 

            Malgré sa moue très expressive, son petit frère n’eut pas le temps de lui répondre. Les quatre monstruosités s’élancèrent dans un bond commun, menaçantes. Elles se projetèrent contre les murs. Tout en adhérant parfaitement à la paroi, elles avançaient rapidement grâce à des gestes aussi amples que brusques. Les trois chasseurs n’eurent que quelques fractions de secondes pour saisir leurs armes avant qu’elles ne fondent sur eux.


Lydean  (15.10.2009 à 22:28)

Chapitre 10.

 

            Alors qu’une de ces sales bestioles se jetait sur lui, John lui tira une balle en pleine poitrine. Sous l’impact, la goule eut un mouvement de recul et tomba lourdement à même le sol. Au grand désarroi des Winchester, ils la virent se relever avec quelques difficultés, à peine sonnée. Le projectile avait pourtant dû atteindre le cœur mais l’effet escompté n’avait pas abouti. En revanche, cette action avait eu le mérite d’arrêter les autres créatures dans leur élan. A présent, elles les regardaient avec méfiance. En voulant jeter un coup d’œil à son cadet, Dean s’aperçut qu’il s’était placé devant lui. C’était instinctif, il n’avait plus besoin de penser à le protéger depuis très longtemps déjà. Ca se faisait automatiquement. Et c’était heureux car les goules se jetèrent sur eux dans une même impulsion. Pendant que John tentait de les abattre avec sa hache, son fils aîné alluma le chalumeau et entreprit de les faire flamber. De toute évidence, les goules ressentaient la douleur car elles émettaient des cris insupportables sous les assauts répétés des Winchester. Cependant tous leurs essais pour s’en débarrasser n’étaient pas concluants. Qu’elles soient enflammées ou démembrées, leur corps se régénérait à une vitesse incroyable et elles renouvelaient leurs attaques. Les trois chasseurs changèrent d’armes mais ne savaient plus où donner de la tête dans cette lutte acharnée. Dean qui venait de se délivrer provisoirement de l’une d’elles, jeta un œil à Sam qui se battait comme un dément. Il ne vit donc pas la goule se jeter sur lui et le plaquer au sol, désarmé. Il atterrit le souffle court dans un craquement inquiétant. Sous le choc, certaines de ses côtes avaient dû se fêler, voire se briser. Comme si ça ne suffisait pas, elle se rua sur lui, appuyant de tout son poids sur son torse déjà bien douloureux. Il suffoquait.  De ses griffes, elle commença à lui labourer le tronc, sans oublier de le secouer violemment. La tête du jeune chasseur heurtait durement le sol et il avait beaucoup de mal à reprendre le dessus. Son champ de vision commençait à s’obscurcir lorsqu’il entendit Sammy hurler :

 

- Deeeaaaaan !

 

            Il se battit pour rester conscient. Sa vue étant réduite à néant, il se fia à son ouïe. Il entendit des coups réguliers et violents ainsi que le râle des créatures. Puis des flots d’un liquide chaud et âpre vinrent jaillir sur sa tête. Il ferma instinctivement les paupières pour se protéger. Il sentit que le corps de la créature tombait à côté de lui. Il s’essuya le visage d’un revers de manche et rouvrit les yeux. Lorsqu’il eut retrouvé un souffle régulier, ainsi qu’un semblant de visibilité, il découvrit son petit frère qui se tenait debout en face de lui. Il le regardait avec appréhension, haletant, et tenait une hache écarlate. En essayant d’observer rapidement les alentours, Dean vit que son père était toujours aux prises avec une goule. Il lui balançait des grands coups de massue à travers le crâne qui se modelait d’une manière indéfinissable.  Il ne savait pas si c’était dû à sa vue déficiente mais le visage de la créature était flou et déformé. Son expression était horrifique. L’acharnement du plus expérimenté des chasseurs fut payant car il finit par en venir à bout. Sur le sol gisaient déjà les trois autres, décapitées, la tête explosée. Il regarda son cadet qui le fixait toujours et lui lança d’un ton désinvolte :

 

- Ben, j’vois qu’t’as trouvé un moyen efficace de nous débarrasser d’ces trucs ! Rappelle-moi de ne jamais te mettre en colère !

 

            Sammy ne répondit pas mais il lui tendit une main pour l’aider à se relever. Ce qu’il fit avec beaucoup de difficultés étant donné ses blessures. Il tenta de faire bonne figure car si leur père voyait son état, il était bon pour aller à l’hôpital. Malheureusement pour lui, ce fut son frangin, terriblement inquiet pour lui qui vendit la mèche. Par conséquent, après avoir « désinfecté » le lieu, il n’avait pas eu d’autre choix que de se faire examiner, recoudre et bander le torse de manière à ressouder ses côtes brisées.


Lydean  (19.10.2009 à 20:08)

          Dean devait bien admettre que, cette nuit-là, Sammy lui avait sauvé la vie. C’était bien lui qui l’avait protégé et non l’inverse. Même s’il avait fallu à l’aîné plus d’une semaine par la suite pour le rassurer et que son cadet comprenne enfin qu’il avait bien agi et qu’il n’avait rien à se reprocher. Ces petits moments de complicité étaient vraiment importants pour les deux frères. Bien qu’il ne soit pas aussi loquace que son jeune frangin, il savait qu’il pouvait se confier sans tabou. D’ailleurs, il n’avait que rarement besoin d’employer des mots pour qu’il le comprenne. En plus, Sammy était vraiment mature pour son âge.

            De toutes ces constations, il ressortait que son petit frère avait grandi. C’était évident. Malgré tout, Il gardait en tête que son nouveau comportement ne lui ressemblait pas. Il sentait que son cadet lui cachait quelque chose et son attitude était inhabituelle. Dean se dit que seule la mauvaise influence des ses deux nouveaux copains pouvait en être à l’origine.

 

            C’était dimanche soir et il rentrait doucement à l’hôtel. Comme le vendredi, il était sorti pour donner le change. Il se doutait bien que son petit frère allait s’apercevoir qu’il le surveillait et ça l’ennuyait. Pourquoi en était-il arrivé là au fond ? Ne pouvait-il pas tout simplement lui faire confiance comme il l’avait toujours fait ? Qu’est-ce qui était à l’origine de son angoisse ? Devait-il en discuter ouvertement avec lui ?

            Il était à peine vingt-deux heures et il n’y avait aucune lumière qui filtrait par la fenêtre de leur chambre mais cela ne l’inquiéta pas. Le vendredi s’était déroulé dans les mêmes conditions et son cadet s’était tout simplement couché avant qu’il n’arrive. Comme à son habitude, il ne s’était réellement endormi que lorsqu’il avait entendu son aîné arriver. Et ce dernier avait été tranquillisé de constater que certaines habitudes avaient été conservées.

            C’est avec quelques précautions qu’il entra donc dans la petite pièce. Le fait de  la découvrir vide le plongea dans un état peu descriptible. Colère, angoisse et incompréhension se bousculaient dans sa tête. Il fit aussitôt demi tour et partit à sa recherche. Encore une fois, des milliers de questions vinrent envahir son esprit. Toutes tournaient autour d’un point essentiel : retrouver Sammy et s’assurer qu’il aille bien. Et dans un deuxième temps, remettre les pendules à l’heure. Comme la dernière fois, il commença par passer voir les familles de ses deux abrutis de copains qui, bien évidemment, n’avaient aucune idée de l’endroit où pouvaient se trouver leurs rejetons ! Il fit donc un tour dans le quartier, passa par le jardin public, entra dans diverses boutiques, arcades de jeux vidéos et fast-food, fouilla dans les environs et finit par se rediriger vers l’hôtel. Il fut à la fois soulagé et énervé de voir la lumière dans leur chambre.

 

            Alors qu’il franchissait le seuil de la porte d’entrée, il aperçut Sam sur le point de pénétrer dans la salle de bain qui se retourna en l’entendant arriver. Il s’assura qu’il allait bien même et constata qu’il avait vraiment l’air fatigué. Malgré tout, il l’interrogea sans préavis :

 

- T’étais où ?

 

            Il le fixa droit dans les yeux. Il voulait la vérité et pas une excuse bidon. Il avait remarqué le livre de bio sur le lit qui n’y était pas une heure auparavant, et son petit frère avait tout intérêt à faire attention à ce qu’il allait lui répondre.

 

- J’traînais avec Dereck et Tristan.

 

- On n’est pas samedi !

 

- Et alors ?

 

- Et alors, il est tard.

 

- Et alors ?

 

- Et alors, demain tu as cours et si tu me sors encore un « Et alors ?», j’t’en colle une.

 

            Sa menace eut l’effet escompté car son cadet changea soudainement d’attitude.

 

- Non mais, attends. J’suis quand même rentré avant toi.

 

            Ce n’était pas franchement ce qu’il voulait entendre et la colère se fit de plus en plus ressentir. Pour répondre, il employa un ton sec :

 

- Parce que j’étais parti t’chercher !

 

            C’est à ce moment-là qu’il vit Sam lui lancer son fameux regard de chien battu mais il était tellement furieux que, pour une fois, il décida qu’il ferait tout son possible pour ne pas se laisser attendrir.

 

- Oh, Deeaaan. J’te jure que je n’ai pas vu le temps passé.

 

- Ouais, ben, demain, tu rentres direct après les cours.

 

- Quoi ? Et pourquoi j’ferais ça ?

 

- Parce que j’te l’dis.

 

- Ah non mais, t’es pas papa. T’as pas d’ordre à me donner.

 

- C’est bien c’qu’on verra. J’te rappelle que papa m’a demandé de veiller sur toi et moi, je fais toujours ce qu’il me dit.

 

            Sam fronça les sourcils et explosa :

 

- Ah là, je dois bien avouer que t’es super fort pour ça. Tu sais, je vais t’apprendre un truc. Tu n’as pas que deux oreilles qui te servent à écouter les ordres. Entre les deux, il y a un truc qui s’appelle le cerveau.

 

- Attends, qu’est-ce que tu veux dire ?

 

- Ca veut dire que ça t’ f’rais pas de mal de t’en servir et de réfléchir un peu plus avant de suivre aveuglément les ordres de papa !

 

            Dean flottait dans l’incompréhension totale. Il vit Sam s’enfermer dans la salle de bain en claquant la porte. Le plus jeune avait dépassé les bornes et pourtant l’aîné était dans l’incapacité de réagir. Ca ne lui ressemblait pas non plus. D’ordinaire, il lui aurait fait bouffer son insolence. Quoique pour être honnête, c’était bien la première fois qu’il avait affaire à une telle période de rébellion de la part de Sammy à son égard. Il aurait dû essayer de retrouver son calme et discuter avec lui toutefois il n’en avait aucune envie. Complètement dans le vague, il se coucha tout en prenant bien soin de tourner le dos au lit de son frangin. Il ne savait pas exactement pourquoi mais c’était plus fort que lui : il lui en voulait terriblement.

            Trente minutes plus tard, il l’entendit ouvrir précautionneusement la porte pour réintégrer la chambre et se glisser sous les couvertures. La nuit serait certainement longue pour chacun d’eux.

 


Lydean  (19.10.2009 à 20:10)

Chapitre 11.

 

 

- Hé ! C’est l’heure. Magne-toi.

 

            L’aîné essayait de réveiller son casse-bonbons de frangin, en le secouant sans ménagement. Il était six heures trente et le réveil s’évertuait à sonner dans le vide à intervalle régulier, depuis plus de quinze minutes. Dean n’avait pratiquement pas fermé l’œil de la nuit, ce qui n’arrangeait pas son irascibilité. Il avait entendu Sam s’endormir deux heures auparavant, après s’être tourné et retourné dans son lit toute la nuit. Lui, avait continué de ruminer encore et encore. Puis, il s’était levé pour se préparer. Il avait une idée en tête et voulait arriver le premier au lycée. Quand il vit enfin cette tête de lard ouvrir les yeux et s’extirper difficilement des couvertures à cause de son manque de sommeil, il partit en prenant bien soin de claquer la porte. Par ce geste anodin, il voulait faire comprendre son « petit mécontentement ».

 

            Malgré l’obscurité, il marchait vite et d’un pas rageur. La distance qui le séparait de son objectif lui paraissait bien longue. A l’angle d’une rue, il repéra la détestable silhouette de son bahut dont les murs d’enceinte, côté façade, étaient éclairés par des spots. Les lampadaires faisaient figure de p’tits joueurs à côté d’eux. Parvenu devant l’imposant établissement, il se mit à la recherche de ses deux futures victimes. Chaque jour, il voyait Sam les retrouver dans le hall avant d’aller en cours. Il se rendit donc rapidement sur le lieu de rendez-vous. Malheureusement, ils n’étaient pas arrivés. Dommage pour eux car ce laps de temps permit à sa fureur de prendre de l’ampleur. Par conséquent, dès qu’ils eurent la bonne idée de se pointer, c’est une tornade enragée qui leur tomba dessus. Chacune de ses mains attrapa le col des deux garçons et il les plaqua brutalement contre la rangée de casiers muraux dans un fracas métallique creux. Devant leur air effaré, il commença :

 

- J’crois qu’on a des choses à se dire tous les trois.

 

            Il les vit déglutir difficilement. Ce qu’il apprécia pleinement. Devant leur mutisme et leurs yeux ronds de surprise, il évoqua son problème :

 

- Depuis quelques temps, Sam agit bizarrement. Il rentre tard, il me cache des trucs et il me renvoie chier dès que j’essaie d’aborder le sujet avec lui. Ca me met hors de moi ! Et puis ça m’oblige à cogiter … Et j’vais vous dire, moi, je déteste perdre mon temps à me prendre la tête ! Vous savez c’que c’est : trop de questions tuent la bonne question !!! Mais, là je crois que je la tiens parce que curieusement, ce comportement de naze, il l’a depuis qu’il vous connaît. Alors j’me demande, qu’est-ce qui pourrait bien se passer si vous disparaissiez comme par enchantement ? Vous voyez, si mon p’tit frère ne subissait plus votre sale influence de merde ? Pas mal comme sujet de synthèse, hein ? Mais là j’ai pas trop envie de débattre, alors j’vais aller direct à la conclusion : Juste pour info, je sais QUI vous êtes ; Je sais OÙ vous trouver ; Et j’ai les moyens de vous faire souffrir. Croyez-moi, j’ai beaucoup d’imagination et j’ai le matos pour ça ! Alors, maintenant, les conneries, c’est terminé !

 

            Il les relâcha et fit un pas en arrière tout en continuant de les fixer. Il leur asséna le coup de grâce :

 

- Comme j’suis super cool, j’préfère vous prévenir : Au TOP, je ne vous lâcherai plus des yeux. Et au moindre faux pas, j’vous fais la peau ! C’est clair ?

 

            Pour toute réponse, il reçut un acquiescement discret des deux têtes, simultanément.

 

- Bien, alors, TOP !

 

            Satisfait, il s’éloigna, les abandonnant figés et la bouche grande ouverte. Il n’avait fait que quelques pas lorsqu’il vit, du coin de l’œil, son cadet se diriger vers ses deux abrutis de copains. Il le laissa aller aux nouvelles. Il savait pertinemment que ce qu’il venait de faire allait exaspérer son petit frère mais lui n’éprouvait que du soulagement. C’était une bonne chose de faite.

            Il ne vit pas Sam de la journée. Il avait dû prendre grand soin de l’éviter. L’aîné ne voyait que deux raisons à ce comportement : Soit il était vraiment en colère et il avait l’intention de lui en faire baver ; soit il craignait de se prendre le même savon que Dereck et Tristan. Ce qui, à quelques variantes près, allait arriver sans aucun doute possible.

            Après les cours, il décida de l’attendre à la sortie. Ce fut sans surprise qu’il vit passer la totalité des élèves du bahut sauf la seule personne qu’il attendait. Avec un grand sourire sadique, il suivit des yeux ses deux victimes de la matinée qui n’en menaient pas large et prirent un soin tout particulier à passer le plus loin possible de lui. Il aurait pu les suivre ou tout simplement leur demander où était son frangin invisible ; Celui qui avait dû s’éclipser par l’une des petites portes de service qui donnait dans la ruelle derrière l’établissement. Mais, après une heure d’attente, il préféra regagner l’hôtel. Il patienterait jusqu’à son retour. Son irréductible petit frère serait bien obligé de rentrer à un moment ou à un autre. Et s’il prenait trop de temps, alors il retournerait le chercher et le ramènerait par la peau des fesses, s’il le fallait !


Lydean  (21.10.2009 à 16:50)

             Après quelques heures de va-et-vient dans cette trop petite pièce, il entendit enfin des pas mal assurés derrière la porte. Puis la poignée tourna et Sam apparut dans l’encadrement. Il avait vraiment du mal à mettre un pied devant l’autre. Dean avait commencé à se rapprocher mais quand il vit son état, il se figea.

 

- Salut ! Lui lança son jeune frère, comme si de rien n’était.

 

            Pourtant, son regard flottait dans le vague et il affichait une moue complètement ahurie. Soudainement, il baissa la tête et se dirigea vers la salle de bain, titubant. L’aîné n’eut aucun mal à le devancer et lui barrer le passage. Il n’en croyait pas ses yeux et ne put s’empêcher de poser la question à voix haute :

 

- C’est pas vrai, t’es bourré ? Sam, qu’est-ce que t’as foutu ? Sam !

 

            Son petit frère venait de s’effondrer, inconscient, dans ses bras. Bon sang, qu’il était lourd ! Et pourtant, il était haut comme trois pommes et ne mangeait rien !

            Dean essaya de le réveiller de diverses manières : il l’appela, le secoua légèrement mais rien n’y faisait. Sammy avait sombré dans un état proche du coma éthylique.

            Il le traîna jusqu’au bac de douche où il l’assit. Puis, il lui enleva chaussures, jean et blouson tout en continuant de l’appeler. De temps en temps, il obtenait un grognement en guise de réponse.

 

- Sammy ? Sam, j’te laisse deux secondes pour te réveiller …Sam ! … D’accord, tu l’auras voulu.

 

            Tout en le maintenant fermement, il alluma le jet d’eau froide. L’effet ne se fit pas attendre. Comme s’il venait de recevoir un électrochoc, son cadet écarquilla ses immenses yeux, ronds de surprise. Simultanément, il fit entrer une énorme quantité d’air par sa bouche grande ouverte, comme si ses poumons avaient été sevrés d’oxygène pendant plusieurs minutes. Il fixait son aîné dans une incompréhension totale. Brusquement, il se débattit et tenta de se dégager de l’emprise de Dean pour sortir du bac.

 

- Lâche-moi ! Mais, lâche-moi ! Qu’est-ce que tu fous, bordel ? J’suis complètement gelé ! T’es con ou quoi ? Lâche-moi, j’te dis !

 

            Chez le plus vieux, l’inquiétude venait de laisser la place à la colère. S’il n’avait pas craint pour la santé de ce p’tit crétin, il l’aurait obligé à rester des heures à se geler les miches ! Il arrêta donc le débit mais ne se gêna pas pour exploser :

 

- C’est toi qui es vraiment trop con ! Qu’est-ce qui t’as pris ? T’as vu dans quel état t’es ? Te bourrer la gueule jusqu’à en perdre connaissance ! Non mais quel débile ! Si je n’étais pas sûr que tu allais être malade comme un chien, j’serai déjà en train de te botter le cul !

 

            Tout en se redressant difficilement, Sam lui lança un regard de défi et il s’emporta à son tour. Il débita toute son amertume, entrecoupée de haut-le-cœur.

           

- Mais bien sûr ! Parce que toi tu es Monsieur Parfait, Monsieur le Vertueux ! … Tu passes ton temps à t’empiffrer et boire de l’alcool mais si c’est moi qui le fais, je suis un p’tit con ! … Quand tu sors te taper une nana et que tu me laisses seul à l’hôtel, c’est normal mais si je rentre après toi, c’est un scandale ! Tu m’emmerdes, Dean ! Tu peux pas savoir à quel point tu me fais chier ! … T’es toujours là à me coller et à me traiter comme un gamin. Et tout ça parce que papa te l’as demandé … Pour toi et lui, je ne suis qu’une déception parce que je ne suis pas comme toi ! Et ouais, toi, tu fais tout pour lui ressembler. Un vrai clone miniature ! Mais moi tout le monde s’en fout de c’que j’veux. Qu’est-ce qui t’dit que j’veux être comme vous, hein ? J’en ai marre ! J’te déteste …

 

            Il avait, de toute évidence, d’autres arguments à évoquer mais ils se perdirent dans la cuvette des toilettes avec le contenu de son estomac. Encore une fois, Dean ne sut comment réagir. Il était planté là, regardant son petit frère, trempé jusqu’aux os. Un grand vide s’était formé au creux de son abdomen et une boule, coincée en travers de sa gorge, l’empêchait de respirer normalement. Il sortit de la salle de bains pour regagner la chambre et s’affala sur le lit.

            La vérité venait de lui exploser en pleine figure. Oui, bien sûr qu’il voulait ressembler à son père. A ses yeux, c’était un héros qui chassait des monstres et sauvait des vies. Alors il copiait tout sur lui : les mêmes goûts musicaux, le même intérêt pour les belles voitures, la même fascination des armes et le même esprit de vengeance envers le démon qui avait tué leur mère. Mais finalement, il était bien loin d’être ce formidable chasseur qu’était John Winchester. Il n’en était qu’une pâle copie. Sammy avait raison : c’était pathétique !

            L’autre point douloureux, celui qui faisait le plus mal, était qu’il soit à ce point un piètre exemple pour son petit frère. Jusqu’à ces derniers jours, il avait toujours été terriblement fier de lui : Son cadet était un garçon intelligent, cultivé, sincère et intègre. Comment avait-il pu réussir ce tour de force avec un aîné comme lui pour modèle ? Que lui avait-il appris au fond ? Mis à part son comportement de débauche face aux filles et à l’alcool, il lui avait montré comment braquer une caisse, conduire avant l’âge légal, forcer des serrures et se battre. Quand leur père lui avait donné une arme, il lui avait même enseigné l’art du tir. Au bout de quatre ans d’entraînement intensif, son frangin ne savait toujours pas viser juste mais il ne désespérait pas que ça vienne un jour.

            Toutes ces choses étaient nécessaires dans leur vie de chasseurs mais elles allaient à l’encontre des besoins de Sammy. Lui qui voulait à tout prix être « normal ». De quel droit le privait-il de son vœu le plus cher ? Un bon aîné lui aurait appris à jouer au foot ou lancer une balle de base-ball à effet. Il aurait aidé son cadet à faire ses devoirs, ce qui, dans le cas présent, était plutôt l’inverse. Il aurait pris le temps de l’écouter au lieu de sortir avec des nanas qui n’en valaient même pas le coup. Et enfin, il aurait trouvé les mots justes en toutes circonstances alors que lui était incapable de sortir quoi que ce soit d’intelligent, de réconfortant ou encore qui mettrait à jour ce qu’il ressentait.

            Il décida qu’il était temps de se reprendre et d’assumer ses responsabilités de grand frère. Pour ça, il essaya d’établir une liste des choses à faire et à ne pas faire. Le plus urgent était d’aller l’aider au lieu de se morfondre bêtement sur le lit. Par conséquent, il se leva et fouilla dans les affaires de son cadet pour en sortir des vêtements secs. Puis il se rendit dans la salle de bain.

            Le plus jeune avait dû évacuer le peu de nourriture qu’il avait absorbé dans la journée car il ne vomissait plus. Sa tête était appuyée contre le bord de la cuvette et ses yeux étaient fermés. Sa respiration était saccadée et il tremblait. Il était assis dans la flaque constituée de l’eau qui continuait de s’égoutter sur le sol. Dean l’interpella doucement :

 

- Sammy ? Sammy, comment tu t’sens ?

 

- P… pas bien. Lui répondit faiblement l’intéressé.

 

            Il l’aida à se redresser, l’éloigna des toilettes et l’adossa contre le mur d’en face. Il lui tendit une serviette et ses vêtements.

 

- Sammy, il faut que tu te sèches et que tu enfiles ça, sinon tu vas attraper la crève.

 

            Franchement ce serait la totale, pensait l’aîné. Il ne manquerait plus qu’il tombe malade à cause de la douche froide qu’il lui avait fait prendre. Comme s’il n’avait pas suffisamment de choses à se reprocher ! Mais Sam ne bougeait pas, assis par terre, dans une position avachie, les paupières désespérément closes. Il était visiblement toujours dans les vapes. Dean dut se résoudre à l’aider. Une fois sa tâche accomplie, il fut soulagé de ne plus le voir trembler et de l’entendre reprendre une respiration normale. Il entreprit alors de le porter jusqu’à son lit. A sa grande surprise, son petit frère trouva la force de resserrer ses bras autour de son cou. Il l’entendit même murmurer son prénom. Peut-être ne le détestait-il pas tant que ça finalement. Il l’installa sur le côté au cas où les régurgitations le reprendraient et le borda. Il l’observa dormir un long moment avant d’aller nettoyer rapidement la salle de bain et de prendre sa douche. Quand il finit par aller se coucher, son petit frère dormait à poings fermés.


Lydean  (21.10.2009 à 16:53)

Chapitre 12.

 

            Décidément, ça devenait une habitude ! Son manque de sommeil allait le rendre taré. Il était pourtant persuadé d’avoir dormi un peu mais son esprit ne s’était pas totalement reposé. Il était resté à l’affût du moindre problème éventuel dans le lit à côté du sien. Bien que son petit frère ne se soit pas réveillé de la nuit, avec le trop-plein d’alcool qu’il avait ingurgité, il aurait certainement une migraine carabinée quand il essaierait d’ouvrir les yeux.

            Il se leva, courbaturé et fatigué. Si ça n’avait tenu qu’à lui, il serait resté couché et aurait définitivement abandonné l’idée d’aller au bahut pour la journée. Malheureusement, un aîné modèle ne ferait pas ce genre de choses ! Qu’est-ce qu’il lui avait pris de se faire cette promesse débile ?!? Le point positif était qu’il n’éprouvait plus la même fureur que la veille et cela lui permettait d’avoir les idées claires. Le grand vide au creux de son estomac, lui, en revanche, subsistait. Et il n’avait même pas envie de le combler en mangeant, ce qui n’était vraiment pas bon signe. Pour se réconforter, il se dit que quelles que soient les erreurs faîtes dans une vie, on avait toujours la possibilité de les réparer. Pour cela, il suffisait de le vouloir. Et lui, il voulait changer plus que tout. Il voulait retrouver le Sammy qu’il connaissait. Celui qui avait besoin de son grand frère et qui le regardait comme s’il était la seule personne qui comptait à ses yeux. La réciproque était vraie et le plus vieux ne voulait pas qu’elle se transforme en sens unique. Pour accéder à son vœu le plus cher, c’était à lui de faire le premier pas.

            Dans sa liste des choses à ne pas faire, il avait inscrit en gras : Ne pas ignorer le fait que Sammy était rentré bourré ! Si lui faisait des efforts pour être un meilleur grand frère, il n’avait pas pour autant l’intention de laisser passer ce qui, à ses yeux, était une énorme bêtise. Il ne voulait plus être le simple spectateur de la déchéance de son petit frère. « Déchéance », ce mot était franchement inapproprié. C’était surtout qu’il n’avait pas l’habitude de le voir comme ça. Ses agissements durant les deux dernières semaines dépassaient de loin la somme de toutes les âneries qu’il avait pu faire dans tout le restant de sa petite vie. Si le mot « sage » avait été inventé pour quelqu’un, ça aurait été pour Sammy !!! Et comme il le soulignait si régulièrement depuis le début de cette histoire, ses agissements ne lui ressemblaient pas. L’aîné devinait que son frangin lui cachait quelque chose mais il n’avait aucune idée de ce que ça pouvait être. Puisqu’il se trouvait sur un territoire inconnu, il ne savait pas encore comment résoudre ce problème. Malgré tout, il avait bien l’intention de découvrir le fin mot de l’histoire.

            Il avait fini de se préparer. Il regarda dans le petit réfrigérateur mais rien de ce qui s’y trouvait ne lui donnait envie. Il s’assit sur la chaise en attendant que le ronfleur daigne ouvrir les yeux. Plus il patientait et plus il sentait l’angoisse mélangée avec ce qui ressemblait à de la colère, réinvestir son corps. Il se leva et essaya de s’occuper l’esprit. Il remplit un verre d’eau, chercha de l’aspirine et posa le tout sur la table de chevet. Puis il regarda son petit frère dormir paisiblement et finit par se rasseoir au moment où le réveil se mit à sonner. Sammy fronça les sourcils mais  ne desserra pas les paupières pour autant. Au son de sa respiration, Dean savait qu’il était réveillé. Son refus de se lever était certainement dû à deux choses : Il avait trop mal au crâne pour réagir et/ou il ne voulait pas affronter la colère de son frangin. Au bout de deux ou trois minutes, qui lui parurent interminables, il l’entendit soupirer. Ce n’était peut-être pas le bon moment pour avoir cette discussion après tout. Comme il le savait hors de danger, il prit sa veste et sortit de la chambre en direction du lycée.

            Une fois dans l’enceinte de ce bahut qu’il chérissait tant, il se positionna de manière à avoir la porte d’entrée dans sa ligne de mire. Si quelques piailleuses virevoltaient en pénétrant dans l’établissement, une bonne majorité d’élèves affichaient, quant à eux, une mine triste et fatiguée. Même les deux blaireaux qui se disaient les amis de son frangin traînaient des pieds. Quand ils relevèrent la tête et l’aperçurent, ils eurent deux réactions totalement différentes. Le plus vieux observa les alentours, apparemment à la recherche de Sam. L’autre, Dereck, écarquilla ses yeux avant de les plisser en signe de défi et surtout de méfiance. Dean leur lança son plus magnifique sourire sadique : Il avait une furieuse envie de leur taper sur le crâne jusqu’à ce qu’ils n’aient pas d’autre choix que de se moucher par leur nombril, et en particulier le plus jeune des deux ! La sonnerie annonçant le début des cours l’obligea à se reconcentrer  sur son objectif. Les élèves avaient, pour la plupart, rejoint leur classe. Seuls quelques retardataires couraient dans les couloirs. Et toujours pas de Sammy en vue. Il amorça son retour vers l’hôtel lorsqu’il vit un énorme sac de cours arriver précipitamment sur ses petites jambes. Il sourit, soulagé, avant de faire demi-tour et de regagner sa salle de classe. Avec un peu de chance, si la prof ne parlait pas trop fort, il pourrait peut-être dormir un peu !


Lydean  (23.10.2009 à 12:45)

            Quand il entra dans la cafétéria, au moment du déjeuner, il repéra aussitôt son frangin. Il était attablé avec les deux délinquants qu’il considérait comme ses potes. Impossible de les zigouiller ceux-là ! En tous cas, pas en public ! Il se dirigea vers le self service et s’aperçut du coin de l’œil que son frère s’était levé et l’observait. Tout dans son attitude montrait qu’il allait lui faire des excuses mais, cette fois-ci, le petit Sammy allait devoir ramer car il ne cèderait pas. Il ne savait pas exactement si c’était le fait de ne pas avoir mangé depuis un bon moment ou l’espoir que tout allait finalement s’arranger, mais son appétit revint au galop. Il chargea son plateau d’une multitude de sandwichs tout frais et bien emballés et d’un bon paquet de frites qu’il arrosa de ketchup. Puis il partit s’installer à une table.

            L’air penaud, son petit frère s’approchait de lui d’un pas mal assuré. Il avait mis ses mains dans ses poches et haussé les épaules pour mieux y enfouir sa tête. Ca avait toujours été sa façon de faire lorsqu’il se sentait fautif et voulait obtenir le pardon de son aîné. Etrangement, il réussissait à tous les coups. Quelque part, même si le plus vieux envisageait de tout faire pour ne pas craquer, le fait de retrouver cette attitude chez son cadet le rassurait.

            Visiblement très mal à l’aise, son frangin s’assit en face de lui. Dean refusait de croiser son regard, celui qu’il connaissait bien, pour ne pas être tenté de lui pardonner trop vite. Il préféra donc plonger son nez dans sa barquette de frites. Sam essaya d’engager la conversation :

 

- Ce matin, t’étais déjà parti quand je me suis réveillé. J’ai pas eu le temps de te le dire alors : merci ! L’aspirine c’était vraiment une bonne idée … En plus du reste … Dis, t’as réussi à dormir ? … Non, j’te demande ça parce que t’as une tête à faire peur … T’avais un rendez-vous ce matin ? … Non, parce que c’est la deuxième fois que t’arrives au lycée avant moi  en deux jours alors, j’me demandais …

 

            Dean se concentrait sur ses frites. Ne pas répondre et surtout ne pas le regarder était les mots d’ordre. Il voulait le faire mariner encore un peu. Son petit frère devait comprendre que ses actes avaient des conséquences et qu’il devrait assumer. Ce dernier poursuivait son monologue.

 

- Tu sais j’ai failli pas me réveiller … Pourtant le réveil a fait un bouquant d’enfer … C’est le monde à l’envers, tu trouves pas ?

 

            L’aîné avait une furieuse envie de lui demander s’il en avait fini avec ses questions mais il se retint.

 

- En plus, je suis arrivé à la bourre en cours … Tu le savais ? … Ca ne m’était jamais arrivé avant … Mais j’ai eu de la chance, la prof a rien dit … … … Deeaan !

 

            D’accord, là c’était trop. Le ton suppliant avec lequel il avait prononcé son prénom l’obligea à réagir.

 

- C’est normal, t’avais que cinq minutes de retard.

 

            Et voilà, il avait lâché ses frites et maintenant il était obligé de soutenir son regard. Sammy lui faisait encore le coup de ses yeux de chiots. Malgré tout, il essaya de garder une certaine froideur. Se remémorer l’état de son cadet durant la nuit l’y aida fortement.

 

- Ah ouais, tu m’as vu … Euh, Dean ? J’crois bien que l’alcool et moi, on fait pas bon ménage, hein ?

 

- Tu crois ?

 

- Non, en fait, je suis sûr ! Rien que de voir la lunettes des toilettes maintenant, j’ai envie de vomir … J’suis pas prêt de recommencer, tu peux me croire !

 

- Tant mieux.

 

- Hé, Dean ? J’me rappelle pas vraiment ce qui s’est passé cette nuit. J’ai dit ou j’ai fait quelque chose de mal ?

 

            A entendre cette question, la colère se rappela à son bon souvenir.

 

- Quoi ? Tu veux dire, mis à part rentrer complètement bourré et être tombé inconscient dans mes bras ?

 

- Ah, oui  … C’était pour ça la douche ? Chuchota-t-il.

 

            Et voilà la deuxième question débile !

 

- Qu’est-ce que tu crois, bordel ? T’es tombé comme une masse, d’un seul coup. Je ne savais pas quoi faire. Tu déconnes vraiment en ce moment et ça me plaît pas du tout ! Je ne suis peut-être pas un exemple comme grand frère mais ce genre de choses, ça ne m’est jamais arrivé à moi. D’accord ?

 

- D’accord … Mais pourquoi tu dis qu’t’es pas un exemple ?

 

            Alors là c’était le pompon ! Etait-il possible que son frangin n’ait aucun souvenir de ce qu’il lui avait balancé la nuit dernière ? Il sentit qu’on l’épiait et avisa les deux blaireaux qui les regardaient près de la porte.

 

- Tu devrais aller en cours maintenant. Regarde, t’as tes deux complices de débauche qui t’attendent.

 

            Sam se retourna. Dereck et Tristan lui faisaient des signes de tête pour qu’il les rejoigne. Il acquiesça, montrant qu’il avait compris et qu’il arrivait. Puis il se remit face à son aîné. Il se leva mais ne quitta ses yeux à aucun moment.

 

- Dean, euh … même si je ne me souviens pas de tout … juste … enfin, pour tout ce que j’ai fait ou dit … je suis désolé … et ce soir, je rentre direct après les cours.

 

            Les voilà les excuses qu’il attendait ! En bonus, Sammy venait d’accepter de se plier à sa demande de revenir tôt. Plus ils passeraient de temps ensemble et mieux il pourrait veiller sur lui. Dans son regard, il pouvait aisément lire la sincérité de ses regrets. Décidément ce gamin avait un don. Jamais de toute sa vie, l’aîné n’avait réussi à lui en vouloir plus de dix minutes. Son attitude, ses yeux … oui surtout son regard. Avec celui-ci son cadet pouvait tout obtenir de lui. La routine avait du bon parfois. Il ne put s’empêcher d’esquisser un sourire.

 

- Ouais, c’est bon, va en cours !

 

            Il le regardait s’éloigner quand une évidence lui traversa l’esprit. Il  l’interpella :

 

- Hé, Sammy ! T’as mangé ?

 

            Question dont il connaissait déjà la réponse : son appétit d’oiseau ajouté à un fort sentiment de culpabilité ne lui avait certainement pas laissé de répit pour avaler quoi que ce soit. Et pour ne rien arranger, le peu qu’il avait ingurgité la veille avait atterri au fond des toilettes. Par conséquent, il ne fut pas étonné de la réponse.

 

- Non, j’avais pas très faim.

 

            Il lui lança alors un des multiples sandwichs entassés sur son plateau et lui ordonna :

 

- Mange !

 

            Son petit frère lui sourit, résigné. Puis il alla rejoindre ses amis tout en mâchonnant son repas improvisé. L’aîné était plutôt satisfait. C’était une bonne chose de faite ! Le vide commençait à se résorber. Il allait pouvoir passer à la suite : Retrouver leur complicité et peut-être, par la même occasion, apprendre ce qui tourmentait son cadet.


Lydean  (23.10.2009 à 12:47)

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