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Cursed

Série : Supernatural
Création : 20.12.2009 à 21h57
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire ... » Lydean 

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Cursed

 

           Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire qui n’est pas forcément une histoire vraie ! Vous me suivez ?

Spoilers : Cette fiction se passe après l’épisode 5x05. A vous de voir ! 

Personnages : Sam et Dean Winchester, Castiel.

Résumé : Les frères Winchester aident Castiel à retrouver Dieu. Sur la route, Sam découvre une succession de morts étranges et décide d’enquêter. Dean se retrouve tiraillé entre l’envie d’aider son frère dans sa chasse et son engagement envers Castiel.

         A l’origine, je comptais écrire une fiction qui se situerait dans n’importe quelle saison mais mon désir d’y introduire Castiel l’a emporté. Comme d’habitude, mon côté sadique s’exprime pleinement, que ce soit au niveau des victimes ou de nos frères préférés. J’espère développer suffisamment les aspects glauque et gore. De même, j’aimerais que cette histoire vous fasse penser à un vrai épisode de Supernatural. Si ce n’est pas le cas, n’ayez pas peur de me le dire.

            Merci de me laisser l’écrire seule. N’hésitez pas à m'envoyer des messages : toutes les critiques sont les bienvenues. Elles aident à s’améliorer.

         Bonne lecture !


Lydean  (20.12.2009 à 22:00)

Chapitre 1

 

- Mon cœur, ça t’ennuierait d’aller nous chercher une bonne bouteille à la cave ? Lui demanda-t-elle avec son magnifique sourire et ses adorables yeux suppliants.

 

            Devant cette jolie frimousse, il ne put que lui rendre son sourire et accepter d’un signe de tête. Il savait qu’elle était frileuse et sa demande cachait assurément une bonne surprise au final. Elle avait certainement une excellente nouvelle à lui annoncer. C’était le premier dimanche soir où elle était rentrée à temps pour le souper. Elle enchaînait les gardes à l’hôpital et il ne la voyait pratiquement pas. Elle était très jeune pour une urgentiste. Elle avait passé la trentaine exactement un mois auparavant. Elle pensait toujours devoir faire ses preuves mais en réalité, elle avait conquis ses collègues et ses patients dès le premier jour. Tout en descendant l’escalier, il ne put s’empêcher de penser à la chance qu’il avait. Son épouse était vraiment la plus merveilleuse des femmes. Il avait tiré le gros lot. Aucun homme ne pouvait être plus heureux que lui.

            Seule ombre au tableau, ils avaient dû déménager dans cette ville au milieu de « Trouperduland ». Et surtout, il avait fallu acheter la vieille bicoque qu’il essayait de rénover jour après jour depuis près d’un an. Il avait installé sa cave à vins sous l’escalier, le plus loin possible de la chaudière. D’ordinaire la température du sous-sol n’excédait pas les quatorze degrés, ce qui convenait parfaitement aux conserves alignées sur les étagères et en particulier, à sa collection de bouteilles. Parmi elles, il dénicha celle qui plairait le plus à sa femme. Il commença à rebrousser chemin lorsqu’il s’aperçut qu’il faisait beaucoup trop chaud. Il retourna sous l’escalier et orienta le thermomètre vers la faible ampoule qui éclairait la pièce : Vingt-deux degrés ! Il se dirigea vers ce qu’il pensait être l’origine de cette surchauffe. Il secoua la tête, dépité. Encore du boulot en perspective.

 

- Foutue chaudière ! Tu ne vas pas nous lâcher maintenant !

 

             Il approcha précautionneusement sa main. Ne ressentant aucune émission de chaleur supérieure à la normale, il toucha l’acier et s’étonna de constater qu’il était tiède. La température de la cave était étonnamment élevée, surtout pour un vingt novembre. Même en plein été, Il n’avait jamais fait aussi chaud. Il essayait toujours de comprendre la provenance de ce phénomène lorsque ses oreilles se mirent à siffler. Il fit une grimace révélant toute sa souffrance. Ca faisait un mois que ça durait et c’était de plus en plus douloureux. Sa femme lui avait parlé d’acouphènes. Elle lui avait expliqué que ça consistait à entendre des sifflements et des bourdonnements incessants mais que, malheureusement, il n’y avait pas réellement de solution à son problème. Car oui, ça en était un de problème, et un sérieux de surcroît. Plus le temps passait et plus c’était fort et difficile à supporter. D’ailleurs, il ne s’agissait plus de simples sifflements. Il avait l’impression d’entendre les cris stridents d’une femme à l’agonie.

            Ses yeux plissés par la douleur ne lui permirent pas tout de suite de constater les changements d’intensité de la lumière. Ce n’est que lorsque la pièce fut plongée dans le noir qu’il s’aperçut, passablement énervé, de ce nouveau problème :

 

- Putain de maison de merde ! Manquait plus qu’ça ! Si ça continue, j’vais tout faire cramer ! … Chérie ? Chérie, tu as de la lumière là-haut ? Ca t’ennuierait de m’éclairer avec une torche ? C’est peut-être les plombs qui ont sauté.

 

            Il n’entendit aucune réponse. D’un autre côté, comment aurait-il pu discerner quoi que ce soit avec ce bouquant dans ses oreilles ? Il n’entendait même pas sa propre voix ! Il écouta de manière plus attentive. Cette fois-ci, il perçut très distinctement une femme hurler.

 

- Claire ? Claire, est-ce que ça va ?

 

            L’absence de réponse le plongea dans une panique totale. Il échappa la bouteille à ses pieds dans un fracas de verre qui ne laissait présager rien de bon pour le vin qu’elle contenait. Puis il tendit ses bras devant lui et commença à avancer à l’aveuglette. Sans visibilité et avec une ouïe perturbée par ces hurlements envahissants, la tâche s’avérait ardue. Il ne savait pas si c’était le stress mais il avait l’impression d’être dans un sauna. Il respirait de plus en plus difficilement et le peu d’air qui entrait était suffoquant tant il était chaud. Malgré tout, la terreur de ce qui avait pu advenir de sa femme l’obligea à progresser. Il tomba à plusieurs reprises avant de trouver enfin la rampe d’escalier. Il tenta une nouvelle fois :

 

- Claire ? Chérie ! Est-ce que tu vas bien ?

 

            Il commença à gravir l’escalier. Privé de ses deux sens principaux, sa progression était trop lente à son goût. Il rencontra une résistance inhabituelle. Etait-elle due à la fatigue ? Ou au fait qu’il avait de plus en plus de mal à respirer ? Il tenta d’obliger son corps à avancer mais ses soixante-quinze kilos, pourtant composés en grande partie de muscles, refusaient de lui obéir. Il s’agrippa à la rambarde quand, soudain, une force le tira en arrière et le projeta contre le mur. Son dos vint heurter le béton et le choc de son bras droit sur la chaudière résonna atrocement. La brutalité de la collision lui coupa le souffle. Le hurlement de douleur qu’il aurait dû émettre resta piégé dans son crâne, embrumant un peu plus son esprit.

            Quand il commença à se calmer, il discerna une faible lueur derrière les marches de l’escalier. Il essaya de se rassurer en constatant qu’il avait retrouvé un de ses sens : la vue. Mais à mesure que cette luminosité s’intensifiait, la chaleur augmentait. C’était suffoquant. Le choc avait dû lui faire perdre connaissance, ou alors, il faisait un cauchemar. Ce genre de choses ne pouvait pas arriver dans la réalité. Il distingua très nettement la silhouette d’une femme au milieu d’un brasier. Il voyait son corps se contorsionner en tous sens sous l’effet de la douleur et les cris d’épouvante qu’elle émettait résonnaient dans ses oreilles. La situation était déjà suffisamment tragique mais l’événement qui s’en suivit le plongea dans un terreur sans nom.


Lydean  (20.12.2009 à 22:09)

 

            Dès qu’elle avait vu son mari passer la porte, elle s’était précipitée à l’étage. Elle fouilla dans la commode ancienne qu’il lui avait offert pour son anniversaire un mois auparavant, et en dénicha un joli déshabillé de soie couleur perle. Elle l’enfila et se posta devant le miroir pour faire les quelques retouches maquillage qui s’imposaient.  Avant qu’elle ne le rencontre, son entourage lui reprochait régulièrement son manque de féminité. Elle sourit à l’idée de la tête qu’il ferait lorsqu’il la verrait ainsi. « Houlà ! La nuit va être chaude ! » Dirait-il probablement avec son magnifique sourire coquin. Ses origines italiennes la faisaient craquer ! Elle avait une excellente nouvelle à lui apprendre et elle tenait à le faire dans les meilleures conditions possibles. Mario était d’une patience d’ange avec elle. D’abord, il l’avait soutenue lors de ses longues et fastidieuses études. Et ensuite, il l’avait accompagnée dans ce trou perdu, abandonnant sa carrière et sa famille, parce qu’on lui avait proposé un poste très intéressant dans l’hôpital de cette petite ville. Depuis près d’un an maintenant, il passait ses journées, seul, à rénover cette maison qu’il n’aimait pas plus que ça, sans jamais se plaindre. C’était un homme formidable ! Elle l’avait rencontré alors qu’elle n’était encore qu’une jeune étudiante. Un an avant qu’elle ne croise son regard charmeur, elle s’était séparée de son premier amour, préférant se consacrer à ses études qui lui prenaient tout son temps. Cette décision avait été extrêmement difficile et douloureuse. Mais maintenant qu’elle y repensait, elle se disait que ce choix avait déterminé son avenir et qu’elle en était très heureuse. Aujourd’hui, elle avait le métier qu’elle avait toujours désiré et l’homme de ses rêves.

 

            Alors qu’elle ajustait sa coiffure, la lumière se mit à vaciller. Elle n’y prêta pas plus d’attention que nécessaire : les variations d’intensité étaient plutôt fréquentes dans cette vieille baraque et depuis quelques jours son mari, qui s’était attelé à la tâche, se plaignait de ne pas en trouver la cause. Elle lança un dernier regard dans le miroir et quitta la salle de bain. En passant le pas de la porte, elle se retrouva plongée dans le noir. A tâtons, elle chercha l’interrupteur et l’actionna à plusieurs reprises sans succès. Elle rumina intérieurement : dans l’obscurité, son vieux pyjama doudoune, molletonné et bien chaud aurait eu le même effet sur son homme !

 

- Mon cœur ? Je n’y vois plus rien ici ! … Ca t’ennuierait de venir me secourir ?!?

 

            Elle avait pris grand soin d’utiliser un ton légèrement coquin en prononçant cette dernière phrase mais sa tentative fut vaine. Aucun bruit ne lui venait du rez-de-chaussée. Elle tenta une nouvelle fois :

 

- Mon cœur ? … Mario ? … Tu m’entends ?

           

            Se pouvait-il qu’il soit toujours dans la cave ? Elle avait eu beau se presser, cela faisait plus de dix minutes qu’elle l’avait quitté. Il ne lui fallait certainement pas tout ce temps pour aller choisir une bouteille ! Elle commença à s’inquiéter. A petits pas et en longeant le mur du couloir, elle parvint à atteindre la chambre. Elle se dirigea à l’aveuglette vers la table de chevet où elle rangeait des bougies et des allumettes. Elle avait un très mauvais pressentiment. Elle alluma la mèche d’une des chandelles, inspira un bon coup et se retourna. Elle scruta les alentours. Au moment où elle discerna la porte, elle entendit un bruit sourd qui résonna dans toute la maison et la fit sursauter. La respiration haletante, elle cria :

 

- Mario ? Est-ce que tout va bien ? … Réponds-moi ! Mario !

 

            Toujours pas de réponse. L’inquiétude fit place à l’anxiété. Et s’il était tombé dans l’escalier ? Peut-être que quelqu’un était entré dans la ma maison pour les cambrioler ? Elle secoua la tête afin d’enlever toutes ces mauvaises pensées de son esprit. Quel que soit le problème, elle devait aller voir ce qui se passait. Elle se souvint alors de tous ces films d’horreur qu’elle prenait plaisir à regarder lorsqu’elle était au lycée. Ce soir, elle faisait tout pour se dire que ça ne correspondait en rien à la réalité. Elle avança prudemment, attentive au moindre bruit. Elle sursauta et hurla de terreur lorsque, soudainement, l’inquiétant silence fut envahit d’une dizaine de détonations assourdissantes.


Lydean  (20.12.2009 à 22:14)

            Dans la cave, les bouteilles explosaient les unes après les autres. La chaleur était telle que le vin s’était mis à bouillir et le verre éclatait sous la pression. Le brasier s’atténua sensiblement. La silhouette avait cessé ses contorsions et s’avançait vers lui en alternant glissements insidieux et arrêts succincts. Accompagnant ses mouvements irréels, les degrés n’avaient de cesse d’augmenter.

            Arrivée à sa hauteur, elle redressa la tête. Son visage était à moitié caché par ses longs cheveux noirs et ses yeux sombres le fixaient intensément. Elle pencha nonchalamment la tête et prononça quelque chose qu’il ne comprit pas. Le souffle de son haleine sentait la chair brûlée. Ce fut la dernière chose qu’il put sentir. L’air contenu dans ses poumons venait de s’embraser. Il pouvait percevoir son sang en train de frémir. De la même manière que le vin quelques minutes auparavant, son liquide corporel s’apprêtait à bouillir. A la lumière des flammes, il vit sa peau se boursoufler et se teinter de rouge. Ses vaisseaux sanguins éclataient les uns après les autres. Le hurlement de douleur qu’il n’arrivait pas à faire jaillir de sa bouche, lui fit écarquiller les yeux d’horreur. Ses cordes vocales, comme le reste de ses organes avaient dû fondre sous cette canicule. La chose qui le regardait avidement, lui adressa un sourire diabolique. Elle paraissait pleinement satisfaite de la douleur qu’il endurait. Son agonie était anormalement longue et il ne souhaitait plus qu’une chose : mourir au plus vite. Il perdit définitivement connaissance au moment où les flammes vinrent embraser son corps.

 

***

 

            Elle était dans la cuisine et fixait la porte qui menait à la cave. Elle n’avait rencontré personne ni rien d’anormal jusque là. Mais elle savait. Oui, elle savait que lorsqu’elle passerait cette porte, sa vie ne serait plus jamais comme avant. Malgré tout, elle devait le faire. Pour lui. Elle attrapa la poignée de la porte et retira aussitôt sa main dans un mouvement défensif. Le métal était brûlant. A la lumière de la bougie, elle regarda ses doigts rougis. Par endroit, il manquait une fine couche de peau, toujours collée à la poignée. Elle se précipita à l’évier, passa sa main sous l’eau froide et s’empara d’un torchon. Protégée par l’épais tissu et ignorant la douleur, elle ouvrit lentement la porte. Elle fut surprise de ne constater aucun incendie. En revanche une énorme bouffée d’air brûlant vint envahir l’espace où elle se trouvait. Avec lui, une odeur nauséabonde vint lui agresser les narines. C’était un subtil mélange de vin chaud et de quelque chose qu’elle avait déjà senti auparavant et qui fit remonter un effroyable souvenir : le décès d’un de ses patients, un pompier, dans le service des grands brûlés. Son corps se mit à trembler sans qu’elle ne puisse le contrôler. Ses jambes ne la soutenaient déjà plus lorsque la lumière artificielle revint et inonda la cage d’escalier et la petite cave. Au pied de la dernière marche, le sol était recouvert de suie. Elle leva les yeux vers le mur et aperçut avec horreur le corps calciné de son mari à moitié collé sur la chaudière. Les tremblements s’intensifièrent, les larmes vinrent envahirent ses yeux. Elle hurla d’effroi jusqu’à tomber, inconsciente, sur le sol.


Lydean  (20.12.2009 à 22:19)

Chapitre 2

 

            Le bâtiment était plutôt miteux. Le ciel gris et la pluie incessante de cette fin novembre, ne mettaient pas en valeur ce lieu lugubre. A quatorze heures et des poussières, la luminosité avoisinait celle de la tombée de la nuit. Cela n’empêchait pas toutefois d’observer les larges fissures qui ornaient les murs de la bâtisse. Quelques tiges de plantes grimpantes se frayaient un chemin sur ce qui restait de crépi. L’eau, qui ruisselait des tuiles, laissait des traînées noires, crasseuses. Au premier abord, le bâtiment aurait pu paraître abandonné. Cependant, en son sommet, trônait une enseigne de restauration rapide, qui aurait été presque lumineuse si elle n’avait pas été si défraîchie. L’aspect extérieur ne laissait donc rien présager de bon quant à l’hygiène en cuisine. Pourtant sur la route principale, une immense affiche informait les pauvres âmes égarées dans ce trou perdu, que de « charmantes hôtesses servaient de merveilleux plats dans ce restaurant si convivial ». Sur le parking maculé d’immondices, quelques voitures étaient stationnées. Au milieu de divers véhicules de location et de pick up d’habitants du coin, se trouvait une magnifique Chevrolet Impala noire.

            Un jeune homme à la stature étonnante pénétra dans le restaurant, muni du journal qu’il venait de se procurer dans la borne à l’entrée. Il avait enfoui sa tête dans les épaules, certainement pour se protéger de la pluie. Mais cela n’enlevait rien à sa taille impressionnante. Il dépassait sans aucun doute le mètre quatre-vingt-dix. Il passa devant des clients accoudés au bar et rejoignit deux autres hommes déjà attablés. D’un léger geste de la tête, il fit signe à celui qui portait un long imperméable beige de se pousser. Puis il se glissa sur la banquette pour s’asseoir en face de l’autre homme qui examinait avec une intense concentration le menu. Avec ses cheveux ruisselants sur son visage et une moue presque boudeuse, il essaya d’attirer l’attention de ce dernier :

 

- Rappelle-moi c’qu’on fout là ?!

 

            L’interpellé lui lança un regard rapide avant de lui répondre :

 

- Cas et moi, on avait la dalle !

 

- Dean ! C’est un ange ! Il ne sait même pas ce que c’est d’avoir faim. Et puis, il ne nous restait que quatre ou cinq heures de route …

 

- Exactement, quatre ou cinq heures, Sam ! Tu veux ma mort ou quoi ? Et j’te rappelle que Cas a élu domicile  dans un corps fait de chair et de sang comme nous. Et comme tous les êtres vivants « terrestres », on a besoin de se nourrir pour ne pas dépérir. Sans compter que tu sais très bien qu’il perd peu à peu ses pouvoirs et qu’il s’humanise de jour en jour …

 

- Et moi je vous rappelle que je suis à côté. Arrêtez de parler de moi comme si je n’étais pas là. C’est … dérangeant, les coupa Castiel sans se séparer de son air stoïque.

 

            La conversation fut interrompue par l’arrivée de la serveuse.

 

- Bonjour messieurs, puis-je prendre votre commande ?

 

            Comme à son habitude, Dean réclama à peu près tout ce qui était noté sur la carte. Les deux autres, quant à eux, se contentèrent d’un café. Aussitôt, Sam sentit le regard réprobateur de son aîné ; ce qui le frustra au plus haut point. Ne pouvait-il pas arrêter de le traiter comme un enfant ? Il n’avait pas faim ! Si un café lui suffisait, il ne voyait pas en quoi ça pouvait poser problème à son frangin. Il était sur le point de le lui faire comprendre quand il s’aperçut que le fameux regard ne lui était pas adressé. De son côté, l’ange dévisageait Dean dans une incompréhension totale. Ce dernier dut s’expliquer à haute voix :

 

- Cas ! On est ici pour manger. T’as besoin de prendre des forces. Alors commande quelque chose qui se mâche !

 

            Castiel s’exécuta pendant que Sam replongeait le nez dans son journal, agacé. Dire qu’avant, il priait tous les jours pour que Dieu et ses anges les protègent son frère et lui. Etrangement, depuis qu’il avait la preuve formelle qu’ils existaient et qu’il en avait rencontré quelques exemplaires, il n’avait plus aucune confiance en eux. Et ça ne s’arrangeait pas avec le temps. Pourtant, il avait été tellement reconnaissant envers Castiel. L’ange avait quand même libéré son grand frère de l’Enfer. Mais ces derniers temps, il lui sortait par les yeux, le déplumé !

            Il reporta sa concentration sur sa lecture. Il trouva l’article qui était relaté brièvement en première page et qui avait attiré son attention un peu plus tôt. Dès qu’il en eut pris connaissance, il le tendit à son aîné :

 

- Regarde ça !

 

            Le jeune homme s’empara du journal et commença par lire le titre à voix haute :

 

- « Les flammes de l’Enfer s’attaquent à une nouvelle victime » Tu te fous de moi ?

 

- Mais, non ! Vas-y, lis le résumé.

 

- «  Dimanche dernier, un de nos concitoyens a trouvé la mort dans d’étranges circonstances. Les autorités se cachent derrière l’hypothèse d’une explosion de chaudière. Mais le corps calciné du pauvre homme rappelle sans conteste les autres victimes de ces vingt derniers mois. Alors, accident ou malédiction ? »  Et alors ?

 

- Et alors ? demanda-t-il avec des yeux ronds dans l’espoir que ça fasse Tilt dans la tête de son aîné. Dean ! « malédiction », « étranges circonstances », « autres victimes depuis presque deux ans » ! Il y a une chasse pour nous, là !

 

- Wow, wow, wow, attends une minute ! Dans ton journal, ils disent que tout laisse à croire que la chaudière du pauvre gars aurait explosé. Toi non plus tu ne ferais pas le poids contre ce genre de choses, mon p’tit Sam ! Et puis dis-donc ton canard, il n’est pas de toute fraîcheur, hein ! Ca fait presque une semaine qu’il a flambé ton gars !

 

- Ce n’est pas le plus important, Dean ! Et t’en connais beaucoup toi des chaudières qui explosent en réduisant un mec en cendres tout en prenant bien soin de ne pas provoquer d’autres dégâts aux alentours ?

 

- OK, tu marques un point, là ! Avoua-t-il tout en prenant le temps de la réflexion.


Lydean  (23.12.2009 à 10:56)

            Castiel se redressa, fixa le jeune Winchester et prit la parole :

 

- Sam, on n’a pas le temps pour ça. Nous avons une mission bien plus importante à réaliser …

 

- Oui, je sais, on est encore sur une nouvelle piste pour retrouver ton Papounet.

 

- Ca n’a rien d’amusant ! Répondit l’ange sur un ton neutre.

 

- Alors là je suis tout à fait d’accord avec toi ! Ca fait un bon moment que tu nous colles au cul et que tu nous trimballes Dean et moi de ragots douteux en pistes merdiques. Alors permets-moi d’émettre de sérieux doutes quant à cette nouvelle aventure !

 

- On se doit de vérifier …

 

- Et moi je dis que c’est encore un coup pour rien, qu’on perd notre temps et que notre présence ici pourrait sauver des vies …

 

- On en sauverait bien plus si on retrouvait Dieu …

 

- … qui, s’il existe toujours, s’est bien soigneusement planqué pendant qu’on se bat dans ce merdier …

 

- Tu n’es pas en position de blasphémer, Sam Winchester, le menaça l’ange, toujours aussi calmement. Et n’oublie pas qui a libéré Lucifer et déclenché l’Ap…

 

- Ca suffit tous les deux ! Vous commencez à me les briser sévère !

 

            Dean n’avait pas pu se retenir plus longtemps de se mêler au conflit. Il commençait à en avoir plus qu’assez de leur petite guéguerre qui durait depuis des semaines. A chaque fois que ces deux-là se trouvaient dans la même pièce, c’était la galère. En intervenant, il avait réussi à obtenir le silence mais le duel se poursuivait par regards mauvais interposés. Si le visage de Castiel pouvait paraître impassible au premier abord, ses yeux, quant à eux, montraient toute sa détermination. En face de lui, Sam contractait tellement ses mâchoires qu’elles saillaient à travers ses pommettes. Quant à ses narines, elles se dilataient sous l’effet de la rage qu’il avait du mal à contenir. Le simulacre de paix serait donc de courte durée. Ce fut l’ange qui reprit les hostilités :

 

- Il va falloir nous sortir de ce « merdier », comme tu dis. Et notre meilleure chance est de retrouver le Créateur.

 

- Je n’ai pas dit le contraire. Simplement, je suis persuadé que ton « créateur », il dessina des guillemets virtuels dans l’air avec ses doigts, ne manifesterait pas sa présence en exécutant quelques petits trucs anodins dans …

 

- Les miracles ne sont pas des « petits trucs anodins ».

 

- Tu vas pas me faire croire que tu n’as pas de sérieux doutes, là ?!

 

- Qu’est-ce que ça nous coûte d’aller vérifier ?

 

- Peut-être des vies ! Ici, il y a une chose qui tue ses victimes en les transformant en torche humaine !

 

- Quand Lucifer aura réalisé l’ensemble de ses plans, les humains mouront tous dans d’horribles souffrances. Nous devons tout faire pour l’en empêcher et nous avons besoin du Seigneur pour nous aider. Et pour cela, il faut LE retrouver.

 

- Et moi, je dis qu’en attendant une piste sérieuse qui nous permettrait de LE localiser, on doit s’occuper de cette affaire.

 

            L’ange ne répondit pas mais il ne démordait pas pour autant. Sam soupira. Le conflit ne semblait pas trouver d’issue. Ils se tournèrent vers la seule personne qui pourrait les départager et l’appelèrent dans un même souffle :

 

- DEAN !

 

            L’interpellé les regarda l’un après l’autre, plus qu’énervé. Il se passa la main sur le visage et essaya de trouver une solution au problème :

 

- OK ! A la base on était parti pour suivre la piste de Cas. Alors, on pourrait d’abord aller vérifier et revenir pour s’occuper de cette chasse …

 

            Il trouva son argumentation plutôt minable. D’autant plus que lui aussi pensait que ces soi-disant indices étaient bidons : lors du mois en cours, des « miracles » se seraient produits à intervalles réguliers dans une ville de la côte Est des Etats-Unis. Etant donné le peu de vraisemblance qui émanait des témoignages de ces fameux miraculés, l’aîné des Winchester ne se faisait aucune illusion. D’un autre côté, son instinct le titillait : Un petit rien qui lui disait d’aller vérifier sur place car le phénomène était quand même inhabituel, étonnant, voire inquiétant. De plus, il s’était engagé auprès de Castiel à faire son possible pour l’aider à retrouver Dieu. Et il se devait de tenir sa promesse. Par conséquent, il n’aimait pas du tout la tournure que prenaient les événements.

            De son côté, Sam n’en croyait pas ses oreilles : son frangin faisait encore passer le foutu déplumé avant lui. Il lui lança un ultimatum :

 

- Oh, arrête, Dean ! Tu sais aussi bien que moi que cette nouvelle piste va nous mener dans un cul de sac. Et là, il pointa l’article du doigt, c’est le deuxième mort du même genre en un mois ! Alors moi, je reste ici pour voir c’qui s’passe et essayer de résoudre le problème … La vraie question c’est : qu’est-ce que, toi, tu vas décider ? T’as l’choix : soit tu vas te promener avec lui, il désigna Castiel du pouce sans lui adresser le moindre regard, soit tu restes avec moi et on fait notre job.

 

            Sur ces mots, la serveuse apporta leur commande. La nourriture qui se trouvait dans son assiette dégageait un fumet alléchant. Malgré tout, Dean avait perdu l’appétit. Il observait tour à tour les deux paires d’yeux qui le fixaient intensément, attendant impatiemment sa réponse. Le moment qu’il avait tant redouté était arrivé et il savait que sa décision allait incontestablement décevoir l’un des deux hommes assis en face de lui. Après quelques instants de réflexion et de torture mentale, il leur fit part de sa décision.


Lydean  (23.12.2009 à 11:00)

Chapitre 3

 

            La voiture de location filait à toute allure dans l’obscurité ambiante. Les filets d’eau de pluie tombaient drus devant les faisceaux blancs des phares. Sam jeta un œil rapide à l’heure indiquée dans le petit cadre lumineux du tableau de bord : dix-sept heures et trente-quatre minutes. Avec un peu de chance, il pourrait rencontrer la femme du défunt dès ce soir. Il n’avait pas traîné durant les deux dernières heures. Il voulait commencer tout de suite. Il avait donc établi une liste des priorités et recherché le nom de la victime sur son ordinateur portable, ainsi que ses coordonnées. Ensuite, il avait fallu trouver un véhicule pour les nombreux déplacements qu’il aurait à effectuer. Dans ce trou perdu, ça ne s’était pas avéré chose facile. Cependant, il avait finalement déniché une petite agence de location. Et enfin, il était rentré à l’hôtel, avait enfilé son costume et s’était équipé de sa carte de FBI avant de se rendre chez la dernière victime. Et tout ça après que son frangin ait daigné le déposer à un hôtel en lui marmonnant quelques précautions d’usage telles que : « Sois prudent ! » ou « Fais gaffe à toi ! ».

            Sam ruminait. Il grinçait des dents. Il n’arrêtait pas de cogiter. Si Dean tenait tellement à ce qu’il prenne soin de lui, il n’avait qu’à commencer par rester avec lui ! Il se rappelait chacun des mots de l’explication vaseuse de son frère :

 

« Sam ! Il faut qu’on aille voir ce qui se passe là-bas. Mais je comprends que tu veuilles rester ici pour enquêter. Alors pendant que tu fais tes recherches et que tu avances sur cette chasse, Cas et moi on se charge de vérifier sur place et je reviens dès que possible pour t’aider. Je te demande juste de faire gaffe et de m’attendre pour … tu sais … zigouiller le truc qui fait ça. »

           

            Cette attitude ne lui ressemblait pas du tout. D’ordinaire, Dean aurait insisté lourdement pour qu’il vienne avec lui jusqu’à ce qu’il cède. Et dans le cas où il aurait refusé catégoriquement de l’accompagner, son grand frère aurait montré nettement son mécontentement mais il serait resté avec lui pour le protéger. C’était d’ailleurs un des gros défauts de son aîné : il passait son temps à le surprotéger et ne lui laissait aucune marge pour grandir. Sam n’avait donc aucune idée de ce qui pouvait être à l’origine d’un tel revirement de situation. Il soupira : jamais il n’aurait pensé que son frère puisse l’abandonner comme ça ! C’était quoi ? Une nouvelle façon qu’il avait trouvé pour le punir ? Depuis ces trois dernières heures, Sam était passé par tous les états. D’abord il avait été surpris par les propos de Dean, ensuite il avait été déçu par son attitude et enfin il avait ressenti une colère épouvantable avant de se calmer pour mieux réfléchir à la situation. D’accord, il était seul sur ce coup-là, mais n’était-ce pas le meilleur moyen de prouver sa valeur en tant que chasseur ? Et puis, tout bien réfléchi, en le laissant commencer ses recherches seul, son aîné n’essayait-il pas de lui montrer qu’il avait retrouvé sa confiance en lui ? Depuis le temps qu’il espérait obtenir son pardon, Sam n’y croyait plus vraiment. Il avait beau essayer de se rassurer, il n’en restait pas moins qu’il n’appréciait pas la tournure qu’avaient pris les événements. Dean l’avait laissé tomber. Pourtant il rabattait sans cesse les oreilles de son aîné pour qu’il comprenne qu’ils étaient plus forts à deux ? Ne se souvenait-il pas des problèmes qu’ils avaient rencontrés lorsqu’ils étaient séparés ? Il soupira. Sa décision était prise : il l’appellerait après son entrevue et il lui ferait part de sa façon de penser.


Lydean  (26.12.2009 à 12:03)

            Il venait de stationner la berline de location devant la maison de la dernière victime. La nuit était déjà tombée mais il pouvait voir que la bâtisse avait été joliment rénovée. Il ouvrit le petit portail de bois blanc et avança sur l’allée pavée de pierres plates. Arrivé devant l’entrée, il réajusta son costume, s’éclaircit la voix et actionna le carillon. Au bout de la deuxième sonnerie, la porte s’ouvrit sur une jolie jeune femme blonde aux yeux bleus. Elle affichait un air revêche.

 

- Mme Zuccarelli ?

 

- Non, lui répondit-elle sèchement.

 

            Il sortit la carte de sa veste et la lui tendit.

 

- Bonjour, je suis l’agent Gibbons et j’aurais souhaité parler à Mme zuccarelli.

 

- Le FBI, de mieux en mieux ! Il est tard. Elle est fatiguée. Foutez-lui la paix ! Elle a déjà répondu aux poulets locaux. Si vous voulez des infos, adressez-vous à eux !

 

            Ce petit bout de femme n’avait pas l’air de vouloir se laisser faire. Il avait pourtant pris grand soin d’afficher son air compatissant. Mais ça ne lui faisait apparemment ni chaud, ni froid. Devait-il insister ? Revenir plus tard ? Il se dit que, pour une fois, l’autorité de Dean aurait certainement été plus efficace. Dans une autre pièce de la maison, il entendit une voix féminine d’une grande douceur :

 

- Gaby, qui est-ce ?

 

- C’est personne.

 

            Du haut de son mètre soixante-cinq, elle le toisait, le défiant d’un simple regard d’esquisser ne serait-ce qu’un pas en avant. Derrière elle, émergea une seconde jeune femme. Elle était habillée d’une manière décontractée : un sweat bleu-vert qui tombait négligemment sur un vieux jean. A ses pieds trônaient d’antiques pantoufles molletonnés. Ses cheveux châtain foncé étaient ébouriffés, cachant partiellement son visage marqué par le chagrin. Malgré tout, Sam se surprit à penser qu’elle avait un charme fou. C’était une très belle femme. Ses yeux, empreints d’une douceur sans égal, reflétaient la douleur d’avoir perdu l’être aimé.  Elle observait tour à tour la petite blonde et l’homme en costume cravate planté sur le perron. Elle s’adressa finalement à ce dernier :

 

- Bonsoir. Je peux vous aider ?

 

- Bonsoir. Je suis l’agent Gibbons. Etes-vous madame Zuccarelli ?

 

            Il présenta sa carte à nouveau. Elle la prit, l’examina et la lui retendit.

 

- Oui, c’est bien moi. Que puis-je faire pour vous, agent Gibbons ?

 

- Mme Zuccarelli, j’aurais aimé vous poser quelques questions.

 

- Entrez ! Mais, s’il vous plait, appelez-moi Claire.

 

            Entendre le nom de son défunt mari était une véritable torture. Elle accepta donc la main tendue de l’agent lorsqu’il lui demanda avec un sourire bienveillant de l’appeler également par son prénom. La jeune femme blonde souffla d’exaspération. Puis elle s’écarta de la porte pour le laisser entrer, non sans lui avoir lancé un dernier regard de mise en garde.

 

- Il faut excuser ma sœur. Sa dernière rencontre avec les forces de l’ordre ne s’est pas très bien passée.

 

- Ce connard de flic t’a pratiquement accusé d’avoir tué Mario, se justifia-t-elle.

 

- Gaby, s’il te plait.

 

            Alors que sa sœur regagnait le salon, Claire reporta son attention sur l’agent du FBI.

 

- Que voulez-vous savoir, agent G… pardon, Sam ?


Lydean  (26.12.2009 à 12:04)

            L’entretien dura une bonne heure. Elle répondait à toutes ses questions, calmement, sans aucun tabou. Par moment, elle ne pouvait s’empêcher de retenir ses sanglots, sa peine étant plus forte que tout. De la même manière, elle fut dans l’incapacité morale de descendre avec lui quand il demanda à aller visiter la cave. Il examina chaque petit recoin et remonta au bout d’une demi-heure. Il était à présent sûr de trois choses : la chaudière n’était pas en cause dans le décès de Mario Zuccarelli, il était évident qu’une chose paranormale s’en était chargée mais ce n’était pas un esprit et enfin Claire n’avait pas assassiné son mari.

 

            Arrivé dans la petite cuisine, un fumet délicat d’un repas fait maison vint lui chatouiller les narines. Les deux femmes se tournèrent vers lui. Claire lui proposa de partager le souper avec elles. Il avisa la table et remarqua alors les trois couverts. Sam refusa poliment, prétextant qu’il n’avait pas faim. Malheureusement pour lui, son corps n’était pas le moins du monde en accord avec ses bonnes résolutions et son estomac commença à émettre des gargouillis atroces. Extrêmement gêné, il lui fit un pâle sourire. Elle le regarda amusée et tenta de le mettre à l’aise.

 

- Vous savez, mon mari est … Elle étouffa un sanglot et se reprit. Je veux dire « était » comme vous. Il était toujours plongé dans ses pensées et il manquait souvent des repas. Il faisait abstraction de sa sensation de faim. Il n’y a que lorsque j’étais présente que j’arrivais à le forcer à avaler quelque chose. D’ailleurs, ça le faisait bougonner. Il me reprochait de le traiter comme un enfant. Mais ça n’avait rien à voir avec ça … je voulais simplement prendre soin de lui … C’est ce qu’on fait quand quelqu’un compte autant à vos yeux. Elle s’arrêta quelques instants, perdue dans ses pensées et poursuivit d’une voix faible, presque pour elle. Je me demande s’il a jamais compris mes intentions.

 

- J’en suis persuadé, Claire, la rassura-t-il de son mieux en prenant sa main dans la sienne, dans un geste apaisant.

 

            Il quitta les deux sœurs vers vingt et une heures trente. Il avait bien mangé et venait de passer un moment agréable, malgré les circonstances de sa visite. Il s’installa dans le véhicule de location et jeta un œil à l’écran de son téléphone. Il était bien trop tard pour aller enquêter auprès des proches des autres victimes et il avait un rendez-vous avec le médecin légiste le lendemain, tôt dans la matinée. Il manipula l’appareil encore quelques instants : Devait-il appeler son frère maintenant ? Il n’avait pas suffisamment avancé dans son enquête pour lui apprendre quoi que ce soit d’important. D’un autre côté, il aurait aimé savoir si Dean était bien arrivé, s’il avait découvert quelque chose d’intéressant. Et puis, il fallait qu’ils parlent tous les deux même s’il ne savait plus exactement ce qu’il voulait lui dire. Il soupira une nouvelle fois.

Le froid humide qui avait envahit l’habitacle, l’aida à prendre sa décision. Il referma son téléphone et convint de retourner à l’hôtel en tout premier lieu. Il pourrait, par la suite, faire le point sur cette entrevue et vérifier quelques éléments sur son ordinateur portable. Il desserra sa cravate et mit le contact.

            Au bout de la rue, les phares d’un pick-up s’illuminèrent en même temps que les siens. Absorbé dans ses pensées, le jeune chasseur ne remarqua à aucun moment qu’un véhicule le suivait à bonne distance.


Lydean  (26.12.2009 à 12:07)

Chapitre 4

 

            L’impala réduisit considérablement sa vitesse. Elle venait de pénétrer dans la grande ville éclairée de multiples lumières artificielles, après les quelques heures de voyage, effectuées sur une route pratiquement désertique et complètement plongée dans l’obscurité. A son bord, Castiel était assis, côté passager, droit comme un « i ». De temps en temps, il fronçait légèrement les sourcils en jetant un coup d’œil discret au conducteur. Les mains de Dean serraient le volant si fort que, par moment, leurs jointures devenaient blanches. Il résistait à l’envie de retourner auprès de son frère. Pour l’aider à ne pas faire demi-tour, il se repassait en boucle la discussion qu’ils avaient eue quelques semaines auparavant :

 

« - Le truc est … avait commencé Sam, si on doit être une équipe toi et moi, ça doit aller dans les deux sens.

 

- Et quoi ? On redevient juste ce qu’on était avant ?

 

- Non, parce qu’on n’est plus comme avant. « Avant » ça n’a jamais fonctionné. Comment tu crois qu’on en est arrivé là ?

 

- Qu’est-ce que ça veut dire ?

 

- Dean, l’une des raisons pour lesquelles j’ai été avec Ruby, était pour m’éloigner de toi.

 

- Quoi ?

 

- Ca m’a rendu plus fort, je n’étais plus ton petit frère.

 

- T’es en train de dire que c’est ma faute ?

 

- Non, c’est ma faute. Tout ce que je dis c’est : si on fait ça, on doit le faire différemment. On ne peut pas retomber dans le même contexte.

 

- Qu’est-ce que tu veux que je fasse ?

 

- Pour commencer, tu dois me laisser grandir. »

 

            Le considérer comme son égal, le laisser grandir, ne plus le traiter comme son petit frère, c’était les nouveaux mots d’ordre. Mais ce n’était pas simple. Il admettait facilement qu’il avait toujours surprotéger Sammy et qu’il avait été dur avec lui ces derniers temps. Il avait perdu toute la confiance qu’il lui portait. Du coup, il avait épié ses moindres faits et gestes, sans s’apercevoir du mal qu’il lui faisait. Ce n’était pas ce qu’il voulait. En aucun cas, il désirait le faire souffrir. Mais, comment ne pas le considérer comme son petit frère : C’est ce qu’il était et il ne pouvait pas l’envisager autrement. En revanche, le traiter comme son égal était plutôt simple : son cadet était un excellent chasseur. Il était courageux, cultivé et réfléchi, et malgré ses erreurs de l’année passée, il avait pour habitude d’analyser la situation avant d’agir. Contrairement à lui qui n’agissait que par pulsions en suivant son instinct. Ils se complétaient parfaitement et c’était ce qui faisait qu’ils formaient une si bonne équipe.

 

            Sans s’en rendre compte, Dean soupira une nouvelle fois et serra les mâchoires. Pourquoi avait-il fallu que Sam découvre cette chasse ? « Avant », il l’aurait obligé à venir avec lui. Et devant la résistance que son frangin aurait éventuellement pu lui opposer, il aurait fini par céder et il serait resté à ses côtés pour le protéger. Mais aujourd’hui, son cadet voulait que ça change, alors il essayait tant bien que mal de respecter sa volonté. Et ça le rendait malade. C’était pourtant Sam qui lui rabattait sans cesse les oreilles, qu’ils étaient plus forts à deux ? Ne se souvenait-il pas des problèmes qu’ils avaient rencontrés lorsqu’ils étaient séparés ? Plus il roulait et plus la distance qui le séparait de son frère augmentait. S’il lui arrivait quoi que ce soit, pourrait-il arriver à temps ?

 

            Il poursuivit son conditionnement mental : Dean, mon p’tit père, tu dois respecter ses choix ! C’était l’une des raisons qui avait guidé sa décision. Tout se bousculait dans sa tête. Le fait que Cas soit fragilisé par son nouvel état ; que l’ange lui avait demandé de l’aide et qu’il avait été dans l’incapacité de la lui refuser ; qu’il se soit engagé à retrouver Dieu avec lui. L’ensemble de ces éléments l’avait également influencé. Il se devait d’être honnête : tout ce merdier n’aurait jamais eu lieu s’il n’en avait pas été l’instigateur. La seule chose qu’il ne regretterait jamais était d’avoir fait ce pacte pour ressusciter son frère. En revanche, il s’en voulait de ne pas avoir mieux géré son séjour en Enfer. Il mettait un point d’honneur à corriger les énormités qu’il avait produites. Ses lourds regrets, quant à eux, s’effaceraient lorsqu’il serait mort.

 

            Il tenta de se recentrer sur l’affaire en cours : même si les événements soi-disant miraculeux lui semblaient suspects, il sentait qu’il se tramait quelque chose là-dessous. Il était incapable de l’expliquer. Il savait, un point c’est tout.

           

            Pour toutes ces raisons, il avait dû laisser Sammy et partir avec l’ange. Il se tourna vers son passager, toujours aussi silencieux et impassible. Castiel avait tenu à effectuer le voyage à côté de lui, dans l’Impala. Etait-ce parce qu’ils devaient rester solidaires sur cette affaire ou l’ange voulait-il s’assurer qu’il ne ferait pas demi-tour ?


Lydean  (29.12.2009 à 14:27)

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