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Série : Supernatural
Création : 20.12.2009 à 21h57
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire ... » Lydean
Cette fanfic compte déjà 67 paragraphes
Ils approchaient du quartier où se trouvait la chapelle, origine de tous les fameux miracles. L’aîné des Winchester décida d’aborder le sujet qu’il souhaitait engager depuis un certain moment. Dans un geste las, il se passa la main sur le visage et attira son attention :
- Cas ?
L’interpellé tourna lentement la tête vers lui et le fixa intensément en attendant qu’il reprenne la parole.
- Cas, j’aimerais que tu comprennes un truc : Sam n’aurait jamais brisé le dernier seau, si je ne m’étais pas chargé du premier. Sam n’aurait jamais bu du sang de démon s’il avait senti que j’étais suffisamment fort pour me battre. Et enfin, Sam n’aurait jamais tué Lilith s’il avait su que ça déclencherait l’Apocalypse. J’aurais dû l’arrêter avant … Devant l’air inébranlable de l’ange, il expliqua : Ce que j’essaie de te dire, c’est que tes reproches ne sont pas destinés à la bonne personne. Si tu veux t’en prendre à quelqu’un alors adresse-toi à moi !
- Non. Tu n’es pas coupable, lui répondit-il laconique, sur un ton n’exprimant aucun sentiment. Au bout d’un moment, voyant que Dean le regardait toujours, il s’expliqua : Ton frère a fait des choix qui nous ont menés à la situation désastreuse dans laquelle nous nous trouvons. Il veut que tu le considères comme un homme responsable alors il doit assumer ses erreurs.
- Il le fait déjà, s’emporta soudainement l’aîné des Winchester, et c’est bien assez dur pour lui sans que tu lui balances sans arrêt tes réflexions à deux balles dans la tronche ! Putain Cas, on a tous des trucs à se reprocher dans cette histoire ! Et j’te parle même pas de tes connards de frangins à plumes !
Castiel le dévisagea puis il tourna la tête et fixa le paysage droit devant lui. Après une longue minute de silence, il déclara :
- Je ne suis pas d’accord avec toi. Mais je ferai mon possible pour ne plus lui en parler. Et … mes frères ne sont pas des « connards à plumes ».
- Merci, soupira l’aîné des Winchester qui retrouvait doucement son calme. Et j’ai autre chose à te demander : Je veux récupérer mon amulette.
- C’est impossible. J’en ai besoin pour …
- Cas ! Je suis là, avec toi ! Alors qu’elle soit dans ta poche ou autour de mon cou, je ne vois pas ce que ça change. Redonne-la moi !
L’expression de son visage montrait clairement qu’il n’accepterait aucun refus de la part de l’ange. Ce dernier se résigna donc et lui remit l’amulette. Satisfait, Dean lâcha le volant le temps de replacer le précieux objet autour de son cou.
Ils finirent le trajet en silence. Le conducteur stationna la Chevrolet dans une petite rue adjacente. Les deux hommes en descendirent et firent les quelques mètres à pied sous la pluie battante. Dean leva les yeux pour observer la bâtisse.
La jolie chapelle d’un style gothique, dominait le quartier. Au sol des projecteurs inondaient de leurs faisceaux lumineux, l’immense façade réalisée en pierre de taille. L’entrée était fermée par une porte massive en bois. D’après l’inscription, elle avait été construite au dix-huitième siècle et avait dû être restaurée récemment par la municipalité. La corniche, garnie d’une frise, abritait des gravures et des formes sculptées dans la roche dont la forme et l’apparence étaient indissociables à une telle distance dans l’obscurité.
Alors que l’aîné des Winchester s’avançait pour entrer, il s’aperçut avec étonnement que Castiel ne bougeait pas. Il l’interrogea du regard.
- Il y a des symboles énochiens sur les murs. Je ne peux pas entrer, lui expliqua-t-il.
Dean fronça les sourcils, revint sur ses pas et fit signe à l’ange de le suivre pour regagner l’Impala.
Les deux hommes avaient discuté de la situation dans la voiture et Dean, qui avait conduit sans dormir depuis la veille, avait exigé de prendre une chambre d’hôtel pour se reposer un peu. Une fois installé et dès que Castiel s’était éclipsé pour trouver de nouvelles informations, il avait appelé Sam. Comme il s’y attendait, l’accueil de ce dernier ne fut pas des plus chaleureux. Ils avaient malgré tout évoqué sa chasse avant d’aborder le problème de la « chapelle anti-anges » :
- Les grenouilles de bénitiers n’ont aucune chance de voir leurs prières exaucées si les bestioles à plumes ne peuvent même pas s’approcher de la chapelle.
- T’as raison, admit le cadet, c’est bizarre pour une église. C’est certainement un piège.
- C’est ce que je pense aussi. Il faut pourtant que je trouve un moyen pour y entrer sans me faire remarquer.
- Vas-y demain pendant l’Office. Tu pourras jeter un œil discret et tu te mêleras à la foule.
Dean soupira bruyamment, fit une grimace à la fois dégoûtée et résignée avant de reprendre finalement la parole :
- Je savais qu’t’allais me dire ça. Il va falloir que je m’équipe alors ! Remplir ma flasque de whisky se place en haut de ma liste des priorités !
Il put presque percevoir le sourire de son petit frère à l’autre bout de la ligne. Puis il sentit qu’il avait quelque chose d’important à lui dire.
- Dean, heu …
- Quoi ? Finit-il par demander au bout de quelques secondes de silence.
- Non, rien.
- Ecoute Sam, ça ne me plaît pas non plus le coup des chasses en solo. Mais on n’a pas trop le choix là, pas vrai ?
Les grésillements de la ligne furent la seule réponse qu’il obtint. Il réprima un soupir agacé et secoua la tête, résigné.
- Bon, on s’appelle.
- Ouais. Et Dean ?
- Ouais ?
- Fais gaffe quand même.
- Toi aussi.
Il raccrocha. Cette conversation n’était vraiment pas à la hauteur de ce qu’il avait imaginé. La distance kilométrique n’était rien à côté de celle qui s’était instaurée entre eux deux. Il aurait préféré que tout redevienne comme avant, quand il faisait encore confiance à son petit frère et que les Winchester formaient une équipe imbattable. Malheureusement, « Avant » n’existerait plus jamais.
Il entra dans la salle de bain avec l’objectif de prendre une douche chaude avant de se reposer quelques heures. Demain serait un autre jour.
Chapitre 5
- Je ne comprends pas vraiment pourquoi un agent du FBI s’intéresse à ces victimes.
Le médecin légiste guidait Sam dans le dédale de couloirs hospitaliers qui menaient à son bureau. Avec ses petites lunettes rondes, son début de calvitie, ses épaules tombantes, les mains dans les poches de sa blouse et son mètre soixante-dix, il faisait nabot à côté du jeune Winchester. Cet état des choses n’empêchait nullement l’homme d’un âge certain de fixer droit dans les yeux ce grand dadais en costume cravate, lorsqu’il s’adressait à lui. C’est donc en le scrutant de son regard pénétrant qu’il ouvrit la porte de son cabinet et lui enjoignit d’entrer.
- Dr. Jennings, je ne veux pas vous déranger longtemps mais vous comprenez bien que les circonstances qui accompagnent ces décès sont inhabituelles et troublantes. En à peine deux ans, il s’agit de la sixième victime retrouvée carbonisée dans le coin.
L’homme en blouse blanche referma la porte derrière eux, présenta une chaise à l’agent du FBI et se dirigea vers un casier métallique. Il ouvrit un tiroir et en sortit quatre dossiers qu’il jeta sur son bureau à l’intention de Sam.
- En ce qui me concerne je n’en compte que quatre, l’informa-t-il.
- Mais dans les journaux, …
- Foutaises ! Le couple dont parle cet abruti de journaliste a eu un accident de voiture. Ils ont brûlé dans l’habitacle sans que personne ne puisse y faire quoi que ce soit !
- J’aimerais quand même consulter leurs dossiers.
- Impossible, répondit sèchement le médecin. Etant donné les circonstances, personne n’a demandé d’autopsie.
- Je vois, se résigna Sam tout en attrapant les dossiers étalés devant lui. Qui a demandé les autopsies pour ces gens là ? Demanda-t-il en désignant les documents.
- Les proches, la famille.
- Pourquoi ?
- Parce qu’ils tenaient à connaître la cause exacte de leur décès. Inutile de dire qu’ils ont tous été déçus de mes conclusions.
Sam interrogea le médecin d’un regard.
- C’est évident : ils ont tout bonnement flambé. Les tissus étaient carbonisés. Aucun organe n’en s’est réchappé, même leur squelette a brûlé.
- Là, vous êtes en train de décrire ce qu’on appelle la combustion spontanée.
- C’est un canular ? Non, parce que je n’ai vraiment pas le temps pour ces âneries ! Sachez que je n’y crois pas un instant. Je suis un scientifique avant tout. Il existe toujours une explication logique à toute chose.
- Comment expliquez-vous ce phénomène, alors ?
- Enquêter sur les circonstances qui ont précédé la mort n’est pas de mon ressort. Mon travail consiste uniquement à examiner les dépouilles afin d’en déduire les causes du décès. Ceux-là ont brûlé, c’est tout ce que j’ai à dire.
Insatisfait des réponses, l’agent du FBI feuilleta rapidement les dossiers qu’il avait en main. Un détail attira son attention.
- Vous écrivez ici que les os étaient pratiquement consumés. Quelle est la température nécessaire pour ce genre de chose ?
- Il faut que la température s’élève à 1650 degrés Celcius pendant un certain temps.
Sam écarquilla les yeux.
- Mais … où peut-on mobiliser une telle chaleur ?
- Dans un four crématoire, par exemple. Mais un simple incendie peut très bien faire l’affaire.
- Mais ces gens ont été retrouvés chez eux et apparemment il n’y avait aucun contact décelable avec une source de feu extérieur, ni même de dégâts résultants d’un hypothétique incendie !
- Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise ? Documentez-vous ! Vous constaterez que des expériences ont montré que la réduction en cendres d’un corps humain peut effectivement se produire, si certaines conditions sont réunies. Il suffit qu’une petite quantité d’un produit hautement inflammable, appelé aussi accélérant, soit soumis à une chaleur intense, même ponctuelle et le corps se consume tout naturellement.
« Ben voyons ! Tout naturellement ! » songea Sam, dépité. Il savait exactement de quoi parlait ce petit bonhomme tout rabougri puisque, comme à son habitude, il avait d’abord fait des recherches.
Aux archives, il avait visionné le documentaire de la chaîne Discovery Channel qui mettait en scène la carcasse d’un pauvre porc. Les scientifiques expliquaient que la graisse d’un corps pouvait servir de relais à la combustion qui se propageait lentement jusqu’à ce que la dépouille soit brûlée de l’intérieur. Un article trouvé sur Internet révélait que les victimes de ce phénomène étaient souvent des personnes âgées et seules, voire parfois des jeunes suicidaires. Ils ajoutaient que pour une majorité d’entre eux, ils étaient alcooliques ou présentaient un état de santé fortement détérioré. Après le décès naturel de la victime, ou lorsque celle-ci se trouvait dans l'incapacité de réagir, comme par exemple lors d'un coma éthylique, il suffisait d’être à proximité d’une source de chaleur pour que l’ « allumage » se fasse.[] De même, de nombreuses explications de bouleversements physiologiques avaient été mises en avant. Des solutions scientifiques impliquant des parties de cellules défectueuses avaient vu le jour. Le jeune Winchester avait même parcouru divers témoignages mais rien dans ce qu’il avait pu découvrir ne s’appliquait aux victimes.
Son entrevue avec le médecin légiste n’ayant rien donné, il décida d’aller rencontrer le journaliste qui avait rédigé tous ces articles insolites.
Il regagna sa voiture après avoir pris congé du docteur Jennings et s’être emparé des copies des quatre dossiers qu’il lui avait présentés. Il balança les documents sur la place passager et farfouilla sur la banquette arrière, à la recherche des coupures de journaux. Il avisa le nom de l’auteur, M. Birman, et celui du petit journal local. La rédaction se trouvait à environ quarante-cinq minutes de l’hôpital. Il jeta un œil à l’heure affichée sur son portable et décida qu’il avait encore l’opportunité d’y arriver avant la fermeture. Il garda le téléphone et fit défiler le court répertoire. Après quelques secondes d’hésitation, il raccrocha. Pourquoi appellerait-il Dean ? Il n’avait rien découvert de nouveau et à cette heure-ci, son frangin était certainement sur le point d’assister à sa première messe. Il sourit à cette idée. Puis il démarra et commença à rouler avec la désagréable sensation d’être épié.
***
Tel un monstre tapi dans l’obscurité du parking souterrain, le pick-up se mit à rugir lorsque le conducteur aperçut le jeune Winchester quitter son stationnement. A côté de ce chasseur visiblement expérimenté, un homme à la stature imposante prit la parole d’une voix grave.
- J’comprends pas Reggie, on aurait pu le chopper là ton suceur de sang de démon. Y a pas un chat dans c’putain de parking.
- Tu t’fous de moi ? T’as envie de passer dans un putain de reality show ? Lui répondit le conducteur en désignant les caméras de sécurité. Et puis j’te l’ai déjà dit : t’as beau faire dix centimètres de plus que lui, il est bien plus fort que tu peux l’imaginer. La dernière fois, Janklow et moi, on a eu du bol de s’en sortir vivants.
- Attends, j’suis quand même bien plus fort que ton pote Tim sur c’coup-là !
- Je sais, Mike. Et c’est pour ça qu’t’es là, d’ailleurs. Mais il paraîtrait que, quand on le voit, son frangin n’est jamais bien loin. Et cette fois-ci, j’ veux pas rater mon coup. T’as pigé ? Alors, on commence par lui coller au train et on s’occupe de lui dans les règles de l’art.
- OK, on fait comme tu dis. Qu’est-ce qu’il reproche à ton plan, Tim ? Pourquoi il est pas avec nous ? Il a l’air d’avoir la hargne contre c’type, lui aussi.
- Janklow voulait faire des expériences sur ce connard en lui faisant boire du sang de démon et le voir se transformer en un putain de Hulk ! Mais moi, je veux le voir crever, cet enfoiré. Et avant, je veux qu’il souffre. Il va payer pour la mort de Steve. Ce mec est un monstre, Mike ! Il mérite de pourrir en Enfer … Bordel, ce pauvre John doit se retourner dans sa tombe.
Reggie Hull avait un très mauvais souvenir de sa dernière rencontre avec le jeune chasseur. Environ deux mois auparavant, Bobby Singer les avaient envoyés, lui et ses deux acolytes, vérifier et régler le problème qu’avait décelé son petit protégé. Mais, non content d’avoir refusé de les accompagner, Sam Winchester les avait envoyé à la mort. Steve n’avait pas survécu à l’attaque du démon, qui leur avait révélé que le fils de John était devenu une de ces créatures qu’ils avaient l’habitude de chasser. Le jeune Winchester avait eu la mauvaise idée de s’allier avec un démon, avait bu son sang, libéré Lucifer et déclenché l’Apocalypse. Le frère de ce mec ne devait pas valoir mieux que lui pour être resté, malgré tout, aux côtés de ce monstre. Reggie avait donc décidé de sauver le monde en planifiant la mort de Sam Winchester. Son enlèvement et les tortures qu’il lui ferait endurer jusqu’à son dernier souffle de vie étaient programmés dans les moindres détails.
Chapitre 6
Dean était arrivé très en avance. Loin d’être enjoué à l’idée d’assister à l’Office, il s’était dit que, malgré tout, dans un premier temps, il devrait étudier la chapelle d’un point de vue extérieur. A la lumière du jour, la bâtisse paraissait plus petite. Mais le manque de clarté et la brume qui l’entourait lui donnaient un aspect lugubre. Il ne pouvait pas voir les symboles que Castiel lui avait indiqués. C’était quand même étrange : L’énochien étant le langage des anges, pourquoi l’utiliseraient-ils pour s’empêcher d’entrer dans une église ? Au départ, la solution lui semblait simple : les démons voulaient cacher quelque chose qui se trouvait à l’intérieur et ils estimaient que leurs potes à plumes n’avaient pas à fourrer leur nez dans leurs affaires. Mais tout bien réfléchi, pourquoi le planquer dans une chapelle ? En plus, Cas lui avait assuré que certains de ces gribouillages n’avaient pu être dessinés que par ses frères. Ces symboles étant de véritables barrages anti-anges, il ne restait plus que deux solutions : soit ils étaient destinés à les empêcher d’entrer, ce qui paraissait tout aussi ridicule que dénué d’intérêt, soit ils servaient à condamner la sortie à un ange, séquestré à l’intérieur. Etant donnés les fameux miracles qui avaient lieu ici, la deuxième possibilité était certainement la plus probable. Dans ce cas, qui pouvait bien être prisonnier ? Comment allait-il le trouver ? Et enfin, comment réagirait-il lorsqu’il le découvrirait ? Cela faisait beaucoup trop de questions sans réponse. Il espérait en obtenir quelques-unes dans les prochaines heures.
Malgré tout, il ne se sentait pas très enthousiaste à l’idée de comprendre le fin mot de cette histoire. Non seulement, il allait devoir se payer la messe mais en plus, il était seul. Si les événements venaient à dégénérer, il ne pourrait compter que sur lui-même. Ce n’est pas qu’il ne s’en sentait pas capable mais il déplorait l’absence de son frère. Le fait de l’avoir à ses côtés avait un aspect rassurant à plusieurs degrés. D’abord il savait pouvoir compter sur Sammy en cas de coup dur et ensuite, il pouvait également garder un œil sur lui et le protéger. Derrière lui, une voix, pourtant bien connue, le fit sursauter.
- Je te cherchais. As-tu trouvé quelque chose d’important ?
- Cas, putain ! J’te l’ai déjà dit : préviens avant de débarquer de nulle part ! Si tu continues, j’vais t’accrocher une clochette autour du cou !
Devant l’air neutre de l’ange, il se décida à répondre à sa question.
- Non. Je n’ai rien appris d’important. J’ai juste …
- Quoi ?
Le chasseur soupira et fronça les sourcils.
- Et si les symboles énochiens ne servaient pas à vous empêcher d’entrer, toi et tes frangins, mais plutôt, permettaient d’emprisonner l’un de vous dans la chapelle. Ca expliquerait bien des choses … et en particulier les miracles.
- Oui. C’est une idée. Mais pourquoi mes frères voudraient-ils enfermer l’un des leurs ? Ce n’est pas logique.
- Excuse-moi, Cas, mais franchement, tes frangins sont souvent les rois de la connerie. Je ne perds plus mon temps à essayer de les comprendre. Parce qu’il faut être honnête : en règle générale, angelique rime plus avec merdique qu’avec logique.
Castiel lui lança un regard noir mais ne releva pas. Il se contenta de demander :
- Tu penses que Dieu pourrait se trouver à l’intérieur ?
- Ben … c’est sa maison, non ? Devant l’étincelle d’espoir qui venait de traverser les yeux de l’ange, Dean se ravisa. Il secoua la tête. J’en sais rien, Cas. On ne sait même pas si mon idée est la bonne … et pour le moment, mon amulette ne m’a pas grillé les poils du torse pour me prévenir de sa présence. Alors …
- Alors, j’aimerais bien pouvoir entrer avec toi.
- Crois-moi, j’aimerais bien aussi. D’ailleurs, toi qui t’y connais bien mieux que moi, t’aurais pas deux ou trois conseils à me filer pour je passe inaperçu à l’intérieur. C’est que j’y connais que dalle, moi. Et je ne suis pas sûr que chanter « Highway to Hell » ou « Hell’s Bells » me fasse entrer dans les enfants de chœur !
Malgré son flegme apparent, Castiel baissa légèrement la tête pour ne pas afficher pleinement son air dépité. Il encouragea le chasseur à se faufiler au milieu d’un groupe de personnes qui pénétraient silencieusement dans la chapelle. Les grands battants de bois avaient été ouverts quelques minutes auparavant et la foule, qui s’était amassée devant l’entrée, disparaissait dans un flot lent et régulier à l’intérieur de la bâtisse. Dean avait l’impression d’observer un monstre horrible et répugnant, engloutissant tout un régime de pèlerins pour son petit déjeuner. Il afficha une mine boudeuse, digne de Sammy, et souffla fortement avant de se résigner à entrer.
Une fois à l’intérieur, il observa ses voisins se signer. Il ne se rappelait jamais dans quel sens il fallait faire la croix. Il porta toute son attention sur un homme à sa gauche et trouva un moyen mnémotechnique adapté à sa personnalité : la tronche, les burnes, la flasque de whisky et le flingue. Impeccable ! Il se signa donc à son tour, sous le regard rassuré d’une vieille dame qui l’espionnait d’un air suspicieux depuis un moment. Puis il se dégota une place à l’extrémité d’un banc. D’où il était, il pouvait sortir rapidement en cas de besoin et observer l’intérieur de la chapelle. Pour lui, elle n’avait apparemment rien d’extraordinaire : un autel, un retable, quelques sculptures et deux immenses fenêtres. Ces dernières, ainsi que deux autres petites ouvertures, devaient avoir pour fonction de laisser passer les rayons du soleil afin d’éclairer l’intérieur de la chapelle. Mais la brume opaque, qui entourait les murs en pierre de taille, ne laissait aucune chance à la luminosité. Le résultat était donc assez terne, à l’image des gens qui s’entassaient sur les bancs. Dean les observa. Pour la plupart, ils paraissaient mornes et fatigués. Certains, de surcroît, montraient de graves faiblesses physiques. Ils étaient malades ou handicapés, soutenus par des proches. Gris et froid : ces deux mots suffisaient pour décrire ce qu’il ressentait.
Au bout d’un temps qui lui parut interminable, le prêtre fit son apparition et après quelques mots, Dean put enfin s’asseoir avec les autres.
Pour Dean, le sermon et l’ensemble des « blablateries » étaient d’un barbant à se taper la tête contre les murs. Il ne décela rien d’étonnant ni de remarquable dans les propos du prêtre, ni dans les gestes des personnes qui buvaient littéralement chacun de ses mots. D’un autre côté, avait-il réellement des points de comparaison ? C’était bien la première fois qu’il restait si longtemps à écouter parler quelqu’un sans bouger ou intervenir. Même les cours, quand il était plus jeune, ne dépassaient jamais les cinquante minutes. Et il n’était pas plus attentif pour autant. Si Sam était avec lui, il lui lancerait certainement des regards goguenards et réprobateurs, comme il savait si bien les faire. Il laissa échapper un énième soupir. La vieille dame, qui était venue s’asseoir près de lui, le regarda d’un air pincé. Qu’est-ce qu’elle a la grenouille de bénitier ? Si je l’empêche d’écouter les bondieuseries, elle n’a qu’à s’offrir un sonotone ! Dans la mesure où il ne pouvait pas exprimer ses pensées à haute voix, il se contenta de lui faire son plus joli sourire, empli de fausse bonté.
Il tenta de se recentrer sur les paroles du prêtre. Ce dernier évoquait un passage de la bible, qui parlait d’une brebis qui s’était paumée. Ben, si elle veut vivre sa vie, foutez-lui la paix !
" … et les scribes murmuraient, disant: Cet homme accueille des gens de mauvaise vie, et mange avec eux.
Mais il leur dit cette parabole : Quel homme d'entre vous, s'il a cent brebis, et qu'il en perde une, ne laisse les quatre-vingt-dix-neuf autres dans le désert pour aller après celle qui est perdue, jusqu'à ce qu'il la retrouve ? Lorsqu'il l'a retrouvée, il la met avec joie sur ses épaules, et, de retour à la maison, il appelle ses amis et ses voisins, et leur dit: Réjouissez-vous avec moi, car j'ai retrouvé ma brebis qui était perdue.
De même, je vous le dis, il y aura plus de joie dans le ciel pour un seul pécheur qui se repent, que pour quatre-vingt-dix-neuf justes qui n'ont pas besoin de repentance." Luc 15.1-7
Alors que le prêtre poussait les personnes présentes à la réflexion, Dean remarqua qu’il voyait mieux les détails des sculptures près du retable. L’intensité lumineuse avait augmenté sans qu’il ne s’en aperçoive. Il sentait également une douce chaleur envahir l’air ambiant. En face de lui, l’homme de Dieu continuait de prêcher la bonne parole mais quelque chose clochait dans son attitude. Il ne bougeait plus comme il l’avait fait jusqu’à maintenant. Il restait figé. Son regard était vide et fixait un point imaginaire droit devant lui. La tête baissée dans une position de prière, aucune des personnes présentes ne pouvait remarquer ce changement d’attitude. Puis, la voix du prêtre changea légèrement et il commença à parler en latin. Le chasseur ne comprenait pas un mot. Il regrettait l’absence de son frère ainsi que celle de Castiel. Ces deux-là auraient certainement éclairé sa lanterne. Une idée lui vint : Il sortit son portable, sous le regard en coin, outré et exagérément réprobateur, de la vieille dame. Il composa le numéro de l’ange et l’entendit décrocher. Tout en chuchotant, il lui demanda d’écouter.
A peine cinq minutes plus tard, tout était redevenu « normal ». Dean regarda sa montre et attendit impatiemment la fin de l’Office. Finalement, le prêtre se retourna une dernière fois et bénit tout le monde. Puis il se plaça à gauche de l’autel. Toutes les personnes se mirent debout. L’aîné des Winchester les imita, trop heureux que ce calvaire soit enfin terminé. Il amorça un pas sur le côté pour partir quand il se rendit compte que l’homme de Dieu lisait un nouvel Évangile. Décidément, cette messe était interminable ! Son espoir revint lorsque la foule commença à se déplacer vers la sortie. Malheureusement, la vieille dame le retint par le bras. Il la regarda, interloqué.
- Jeune homme, j’ai bien remarqué que vous n’aviez pas l’habitude. Alors si vous me permettez, avant de vous en aller, remerciez Dieu de toutes les grâces qu’il vous accorde, et faites un dernier signe de croix en quittant votre place. Vous verrez, tout va s’arranger. Les réponses à vos questions sont imminentes.
Il s’exécuta tout en marmonnant un bref « Merci, m’dame ! » Quand il se retourna, elle avait disparu dans le mouvement de foule. Il prit le chemin de la sortie tout en réfléchissant. Il se gratta la tête : Il n’avait pas appris grand-chose finalement. Tout ce temps perdu, c’était lamentable ! Il ne s’étonna pas de constater que son amulette ne lui avait pas signalé la présence de Dieu. Quant à ces soi-disant miracles, il n’avait rien vu qui pouvait y ressembler de près ou de loin.
Une fois la grande porte en bois passée, symbole de liberté, il fouilla du regard à la recherche d’un grand imperméable beige. Il le repéra à l’angle d’une rue, sur sa gauche. Il s’avança vers lui à grandes enjambées. A mi-chemin, il put déjà observer le teint blafard de l’ange. En dehors de sa posture stagnante, tout à fait ordinaire, il affichait un visage crispé, livide, proche de l’apoplexie.
- Quoi ? T’as été touché par la grâce divine ? Lui demanda-t-il, moqueur.
- Je sais qui est enfermé à l’intérieur, lui répondit Castiel sur un ton neutre.
***
L’Impala était stationnée deux rues plus loin. Dean avait préféré la protéger en l’éloignant de la Chapelle. A son bord, les deux hommes discutaient sérieusement et élaboraient un plan pour libérer l’ange prisonnier de la bâtisse.
- T’es sûr que ce rituel va lui permettre de traverser la barrière anti-anges ? Demanda le conducteur.
Castiel ne prit pas la peine de lui répondre mais le regarda d’une manière éloquente.
- OK ! C’est toi le chef, céda le chasseur. Reste plus qu’à dégoter un entrepôt pas trop éloigné. Je m’en charge pendant que tu trouves les ingrédients nécessaires à ta tambouille.
- D’accord. On se retrouve dans une heure, lui répondit l’ange, avant de disparaître dans un bruissement d’ailes.
Dean observa un instant la place vide à côté de lui, puis il prit son téléphone portable pour appeler son frère. Au bout de quelques sonneries, il tomba sur le répondeur. Il raccrocha et réitéra l’opération. Il fronça les sourcils et décida de laisser un message :
- Sam, c’est moi. Je sais qu’on est dimanche mais la grasse mat jusqu’à près de treize heure, c’est un peu exagéré, non ?! Rappelle-moi dès que tu auras ce message.
Il raccrocha et essaya de se rassurer en se disant que son cadet était certainement en rendez-vous et dans l’impossibilité de lui répondre. Il quitta sa voiture et commença ses recherches à pied, sous une pluie intermittente.
Il avait gardé son téléphone à la main, attendant impatiemment qu’il se mette à sonner. Au bout d’une demi-heure, il découvrit enfin ce qu’il cherchait : un petit bâtiment désaffecté, situé à deux cents mètres, à vol d’oiseau, de la chapelle. Il s’installa à l’abri et tenta une nouvelle fois de joindre son frère. Ces sonneries interminables commençaient à l’énerver.
- Vous êtes bien sur le téléphone de Sam. Laissez-moi un message.
- Sam, bordel, qu’est-ce que tu fous ? Rappelle-moi !
Ce n’était pas normal. Quelque chose clochait. Cette fois, il en était persuadé : son frangin avait des ennuis et il devait faire plus de cinq heures de route juste pour rejoindre le motel où il l’avait déposé. Il le savait pourtant. Il n’aurait jamais dû accepter de le laisser seul. C’était lui l’aîné, celui qui était responsable de la sécurité de son petit frère. Il aurait dû être intraitable quoiqu’en dise son frangin, quoiqu’il en pense, quels que soient ses états d’âmes ! Il se mit à courir pour rejoindre l’Impala.
Chapitre 7
Quand il arriva devant les locaux du journal, Sam eut la désagréable surprise de les trouver fermés. Ce n’est qu’à ce moment-là qu’il prit conscience que c’était dimanche. Le médecin légiste l’avait reçu contre son gré, d’où, certainement, sa mauvaise humeur. Les rues étaient totalement désertes. Même les chats devaient être cachés pour éviter la pluie. Etant donné la taille de cette ville, bien qu’elle soit située au milieu de nulle part, c’était plutôt étonnant. Seules quelques voitures étaient stationnées sur les bas-côtés, indiquant par leur présence, une forme de vie à proximité. Il rumina : il avait été obligé de se garer deux rues plus loin, il était trempé et tout ça pour rien ! Il allait faire demi-tour, lorsqu’il aperçut une silhouette de l’autre côté de la porte vitrée. L’homme était grand, blond, vêtu d’une manière aussi décontractée qu’un homme d’affaire peut l’être. Il paraissait avoir la quarantaine. Il enfonça ses clés dans la serrure, ouvrit la porte, sortit et referma derrière lui. Il toisa Sam d’un air suspicieux avant de lui demander :
- Je peux vous aider ?
- Heu, Oui. J’aurais aimé parler à M. Birman.
- Qui le demande ?
- Excusez-moi, je suis l’agent Gibbons, déclara-t-il, tout en montrant sa carte.
- Vous ! Vous êtes du FBI ? Ne me faîtes pas rire !
Gêné, Sam ne sut que répondre. Il resta malgré tout stoïque, gardant un air sûr de lui. L’homme secoua la tête avant de reprendre la parole.
- Je suis bien Mikael Birman. Qu’est-ce que vous voulez ?
- J’aurais aimé vous parler des articles que vous avez écrits concernant les personnes décédées. Celles qui ont été … carbonisées.
Mikael le fixa un moment et finit par lui proposer :
- J’allais prendre un café en face. Celui des machines, à l’intérieur, est infecte. Ca vous dit de m’accompagner ?
Sam accepta d’un signe de tête et ils se dirigèrent vers l’établissement de l’autre côté de la rue.
Le petit café était plus accueillant à l’intérieur qu’il ne le laissait présager par sa devanture quelque peu austère. Les murs étaient plutôt sobres, mais chacun d’eux était recouvert d’un crépi aux couleurs chaudes. La douce chaleur qui s’y répandait procurait un sentiment général de bien être. Le chasseur et le journaliste s’étaient installés autour d’une table ronde, sur des tabourets hauts, dans un coin de la salle. Au comptoir du bar, seuls trois hommes étaient accoudés devant d’énormes chopes de bière. Ils essayaient d’argumenter sur un sujet de fin de matinée bien arrosée. Ils s’emportaient par moments, mais se faisaient rappeler à l’ordre par la barmaid. Cette femme d’une cinquantaine d’année apporta un café latté à Mikael, dès qu’elle le vit entrer. Puis elle orienta son visage jovial vers le jeune homme qui l’accompagnait pour prendre sa commande et repartit. Le journaliste fixa son invité d’un regard que Sam connaissait trop bien : C’était celui qu’avait Dean quand il voulait obtenir la vérité.
- Je vous raconterais tout ce que vous voulez savoir à l’unique condition que vous soyez totalement honnête avec moi. Alors, avant toute chose, qui êtes-vous ?
- Qu’est-ce qui vous fait croire que je ne suis pas un agent du FBI ?
- J’ai posé la question en premier.
- Si je vous le dis, vous ne me croirez pas. Au mieux, vous allez me prendre pour un cinglé.
- Essayez toujours ! L’encouragea-t-il amicalement.
Sam soupira et se résigna. Quand il termina sa brève explication, Mikael paraissait dubitatif mais pas inquiet. A son tour, il lui raconta quelques anecdotes personnelles : Birman n’était qu’un nom d’emprunt. Il avait fui l’Europe du Nord, deux ans plus tôt, pour sa propre sécurité. A ce moment-là, il était journaliste politique et ses investigations n’avaient pas plu à certains grands pontes du coin. Il avait dû se réfugier dans ce coin paumé des Etats-Unis, quelques temps, histoire de se faire oublier. Sam s’aperçut que cet homme avait une intelligence sans égale et un sens de l’observation hyper développé. Quand ils abordèrent le sujet de la chasse en cours, le jeune Winchester n’eut donc aucun mal à lui faire confiance.
- Le couple dans la voiture constitue, sans aucun doute, les premières victimes. J’en mettrais ma main au feu … sans mauvais jeu de mots, ajouta Mikael avec un sourire ironique.
- J’ai rencontré le médecin légiste qui …
- Bah, le vieux Jennings. Très professionnel c’t’homme-là ! J’ai deux témoins qui affirment qu’ils ont vu le véhicule s’arrêter à un stop et que les deux personnes qui étaient à l’intérieur ont commencé à, je cite : « hurler comme des déments avant de s’enflammer ». Ce n’est qu’après que la bagnole a pris feu.
- Ouais, mais alors pourquoi personne n’a demandé d’autopsie ?
- Ben, moi je l’ai fait. Je me suis heurté à deux problèmes majeurs. Les flics ont prouvé que mes témoins avaient fumé. Pour eux, ils ont hallucinés. Pour moi, ils ont bel et bien vu ce qu’ils racontent. Crois-moi, avec ces mecs-là, il faut bien plus qu’un peu de fumette pour les voir stones. Et puis, je les ai rencontré séparément et leurs versions coïncident.
- Je vois. Et c’est quoi ton deuxième problème majeur ?
- La famille ! Le couple avait une fille de quatorze ans à l’époque. Elle vit depuis chez sa grand-mère maternelle qui tient une brocante en ville. Quand j’ai rencontré la gamine, on aurait dit une autiste mais ce n’est pas le cas. Quant à cette pauvre femme qui s’occupe d’elle, elle est complètement dépassée par les événements. Tu penses bien qu’elles ont refusé de faire la demande d’autopsie quand les flics leur ont dit que j’étais un fouteur de merde.
- Je suis d’accord avec toi : je pense qu’il y a bien six victimes dans cette histoire et que les parents de cette gamine sont les premiers. Ce que j’aimerais savoir maintenant c’est …
- …quel est le lien qui les unit !
- C’est ça ! Confirma Sam, tout en recommençant à cogiter.
- Ca fait plus d’un an et demi que cette histoire me prend la tête. Cette « malédiction », il dessina les guillemets dans les airs, touche aussi bien les hommes que les femmes, de toutes tranches d’âge, quelle que soit leur catégorie socioprofessionnelle. Il n’y a apparemment aucun lien entre les victimes. Je te jure que c’est un vrai casse-tête. Alors si tu vois une solution, j’aimerais que tu m’en fasses part …
Mikael fixait le chasseur comme s’il attendait une réponse qui ne venait pas. Ce dernier était plongé dans ses pensées. Le journaliste attira son attention :
- Dis, t’as vu l’heure ? Ils servent des super lasagnes ici. Ca ne te dit pas ?
Comme à son habitude, le jeune Winchester lui répondit par la négative, d’un simple balancement de la tête. Impressionnant la vitesse à laquelle son interlocuteur avait changé de sujet. Cette attitude ne fut pas sans lui rappeler celle de Dean quand il s’agissait de nourriture.
- Tu ne réponds pas ? Lui demanda Mikael.
- Quoi ?
- Ton téléphone. C’est la deuxième fois qu’il sonne en à peine deux minutes. Ca doit être important.
Sam regarda l’écran qui lui indiqua ce qu’il savait déjà : C’était Dean ! Quand il décrocha, il n’y avait plus personne au bout de la ligne. Comment avait-il pu manquer ces deux appels ? Il s’inquiéta soudainement pour son frère. Et s’il lui était arrivé quelque chose. Avait-il besoin de lui alors qu’ils étaient séparés de plusieurs centaines de kilomètres ?
- Tu as raison, ça doit être important, confirma-t-il, tout en se levant. Je vais le rappeler. On se contacte dès qu’on a du nouveau. Te voilà mon numéro.
Sur ces mots, ils échangèrent rapidement leurs cartes de visite. Puis, Sam quitta le journaliste et sortit du café avec le téléphone collé à l’oreille. Une voix féminine lui annonçait qu’il avait un « nouveau message, aujourd’hui, à midi et cinquante-deux minutes » !
- Tu vas m’le donner ce foutu message ! Marmonna-t-il à l’intention de la voix pré enregistrée.
Il était déjà à mi-chemin de la distance qui le séparait de sa voiture lorsqu’il entendit enfin Dean :
- Sam, c’est moi. Je sais qu’on est dimanche mais la grasse mat jusqu’à près de treize heure, c’est un peu exagéré, non ?! Rappelle-moi dès que tu auras ce message.
Rassuré puis dépité, Sam secoua la tête et s’arrêta net : Quel crétin, ce frangin ! Il lui avait foutu une peur bleue. Il réfléchissait à la meilleure manière de lui faire payer sa frayeur. Et ça c’était sans compter qu’il lui avait encore donné un ordre. Et si, pour une fois, il refusait de l’écouter. Est-ce qu’il s’inquiéterait ? Probablement. Quoique, à la vue des derniers événements, il n’en était plus sûr du tout. Il secoua la tête, accablé. Leur relation n’avait plus rien de ce qu’elle était avant. Dean l’avait-il appelé parce qu’il s'angoissait pour lui ou juste parce qu’il voulait le surveiller à distance ? Il lui avait bien dit qu’il ne lui faisait plus confiance. Pourtant, Sam avait eu l’impression que ça s’améliorait, doucement mais sûrement. Il avait retrouvé l’espoir et poursuivait ses efforts pour retrouver le lien qui l’unissait à son grand frère. Il décida donc, malgré tout, de le rappeler dès qu’il serait à l’abri et reprit sa progression vers la voiture.
Mike et Reggie l’avaient vu sortir du café. Ils s’étaient précipités dans la ruelle où ils étaient stationnés, juste derrière le véhicule de Sam. Pendant que le plus petit des deux s’accoudait à son pick-up, l’homme massif se planqua pour l’embuscade. Ils attendirent ainsi, cinq bonnes minutes, avant d’apercevoir leur proie tourner à l’angle de la rue. Le cadet des Winchester avait enfoui son téléphone dans sa poche, d’où il retira les clés pour déverrouiller à distance, sa voiture de location. Quand il vit les phares s’éclairer et entendit le petit cliquetis si particulier de l’ouverture des portières, il se mit à sourire : Il voyait le visage dégoûté de Dean, s’il lui équipait son « bébé » avec cette nouvelle technologie. Il secoua la tête vers le sol avant de la redresser et de s’apercevoir qu’il était attendu. Il stoppa à quelques mètres de son véhicule.
- Reggie ? Qu’est-ce que tu veux ?
- Tu vas venir faire un p’tit tour avec moi Winchester, expliqua-t-il tout en écartant son blouson pour montrer son arme, glissée dans la ceinture de son pantalon.
- Pour quoi faire ? Et où est ton pote Tim ?
Il jeta un œil aux alentours et ne vit personne. La dernière fois que Sam avait vu Reggie Hull et Tim Janklow, ils ne lui voulaient pas que du bien. L’attitude menaçante du chasseur n’arrangeait pas les choses : il ne répondait pas à ses questions et se contentait de lui sourire d’un air mauvais. Le jeune Winchester décida donc de ne pas se soumettre à sa demande. L’ignorant superbement, il avança jusqu’à sa voiture et ouvrit sa portière. Celle-ci se referma brusquement, sans qu’il puisse y opposer une quelconque résistance. La surprise passée, il regarda l’énorme main plaquée sur la portière. De ses yeux, il remonta le long du bras baraqué, des épaules carrées et du cou de buffle jusqu’à ce qu’il atteigne enfin le visage du mec qu’il l’empêchait de partir.
- J’te présente mon pote, Mike, déclara Reggie, d’un ton qui mêlait à la fois l’assurance et la moquerie. Il va t’aider à prendre la bonne décision.
Le regard de Sam passa de celui qui venait de parler, à la tête, peu amicale, qui se trouvait derrière lui. Pour pouvoir l’observer pleinement, il était obligé de se tordre le cou. Comment ce mec pouvait-il être aussi grand ? Il déglutit difficilement avant de faire un pas sur le côté et de reprendre la parole :
- Désolé les gars, mais je passe mon tour : j’ai autre chose de prévu.
Aussitôt, la grande paluche de Mike entraîna la tête de Sam qui vint heurter durement le capot de sa voiture à deux reprises.
- Mauvaise réponse ! S’esclaffa Reggie.
A moitié sonné, Sam tenta d’attraper son arme mais le colosse lui saisit le poignet et serra jusqu’à ce qu’un craquement se fasse entendre et que l’arme tombe sur le sol. Le jeune Winchester étouffa un cri de douleur et fit face à son agresseur. Ce dernier paraissait satisfait. Il lança à son ami :
- Tu vois, Reggie, il est doux comme un agneau ce p’tit là. Il va faire bien gentiment tout ce que tu vas lui demander. Pas vrai mon gars ? Demanda-t-il à l’intention de sa victime qu’il maintenait fermement.
Il n’aurait su l’expliquer mais cette réflexion rendit Sam, fou de rage. Il balança son genou dans la seule partie de son assaillant qui était à sa portée. Le géant lâcha prise et appliqua ses deux mains entre ses cuisses. Enfin libre, le cadet des Winchester assembla ses deux poings pour leur donner plus de solidité et protéger son poignet brisé. Avec toute la puissance dont il était capable, il envoya ses bras dans la tête du molosse qui commença à chanceler. Derrière lui, il entendit le cliquetis d’une arme qu’on charge. Il empoigna le col de Mike et le tira de toutes ses forces pour le propulser sur Reggie et s’en servir de bouclier. Etant donné son poids imposant, le colosse ne décolla pas du sol mais sa position de faiblesse le fit trébucher. Il s’étala de tout son long sur son pote qui lâcha son arme au moment où son corps se faisait plaquer au sol. Seules les extrémités des membres du plus petit dépassaient, ça et là, de la grosse masse informe.
Sam ne demanda pas son reste et se précipita vers sa voiture. Rapidement, il se baissa pour récupérer son colt. Malheureusement, cela le retarda de quelques secondes qui furent fatidiques. Alors que Reggie gisait toujours sur le bitume, complètement assommé, Mike avait repris ses esprits et sa rage l’avait fait se relever d’un bond. Il récupéra violemment le jeune chasseur en l’attrapant par sa veste et lui asséna un grand coup de poing dans le plexus, qui eut pour conséquence de lui couper la respiration. Puis il le souleva du sol et l’envoya percuter le pick-up, quelques mètres plus loin. Son atterrissage s’accompagna de deux nouveaux craquements. Le premier se situait au niveau de ses côtes, ce qui n’arrangea en rien ses difficultés à respirer. Le second accompagnait son épaule gauche, qui se retrouva quelques centimètres trop bas par rapport à la normale. Alors qu’il glissait contre la carrosserie, Sam sentit qu’il perdait connaissance. Il essaya de se maintenir éveillé malgré tout, mais il ne put empêcher ses yeux de se fermer. Une fois à terre, il laissa son corps s’avachir et tenta de retrouver sa respiration.
Le gros balèze estima que le jeune chasseur avait eu son compte et il se précipita vers son copain pour l’aider à reprendre conscience.
Le jeune Winchester savait que c’était le bon moment pour s’enfuir mais son corps n’était que souffrance et il ne lui obéissait plus. Il commençait à perdre espoir quand son téléphone sonna de nouveau. Dean ! C’était sans aucun doute son frère qui essayait de le joindre. Si son frangin avait été présent, non seulement, il aurait botté le cul à ces deux enfoirés mais en plus, il l’aurait forcé à réagir, à se battre pour sa survie. Cette simple pensée lui redonna du courage. Il ouvrit les yeux et évalua la situation. Reggie était toujours vautré à même le sol mais Mike avait dû entendre la sonnerie du téléphone et il le fixait d’un air menaçant. Sam ne perdit pas une seconde : grâce à son épaule valide, il dégagea son arme de sa poche et la braqua sur son bourreau. D’un signe de tête, il l’obligea à reculer un peu plus afin de pouvoir se redresser en s’adossant au pick-up. L’autre ne broncha pas et s’exécuta avec les yeux écarquillés. Puis il longea les véhicules et ouvrit sa portière. Quand il s’assit enfin en face du volant, il aurait aimé balancer une réplique bien sentie mais son manque de souffle l’en empêcha. Il combattit la douleur et réussit à mettre le contact. Le doux ronronnement du moteur était un bruit salutaire pour lui. La portière se referma d’elle-même lorsqu’il démarra en trombe sous le regard haineux de Mike.
Quelques kilomètres plus loin, alors qu’il se savait en sécurité pour un moment, il décida de s’arrêter pour souffler un peu, remettre son épaule en place, évaluer ses autres blessures et surtout, appeler son frère. Il était mal à l’aise face à cette dernière décision car il n’avait jamais parlé de Janklow et de Hull à Dean. Les mêmes questions tournaient en boucle dans sa tête : Qu’est-ce que je vais lui dire ? Et surtout, comment va-t-il réagir ?
Chapitre 8
Trempé et essoufflé, Dean parvint enfin à sa voiture. Il glissa la clé dans la serrure et ouvrit la portière en toute hâte. A peine assis devant son volant, il mit le contact. Il allait quitter son stationnement quand une ombre frappa à la vitre, côté conducteur. Il sursauta.
- J’ai prévenu de mon arrivée, s’excusa le visiteur.
A nouveau, l’aîné des Winchester bondit sur son siège : En une fraction de seconde, Castiel était passé de l’extérieur du véhicule à la place côté passager.
- Tu devrais arrêter la téléportation, M. Spock ! C’est pas bon pour mon palpitant, expliqua le chasseur, avec un regard meurtrier.
-Tu as trouvé un entrepôt ? Demanda l’ange comme si de rien n’était.
- Oui. Je t’y dépose si tu veux, et il manœuvra pour quitter son stationnement.
Castiel le dévisagea, visiblement surpris. Dean sentit son regard. Il lui lança un coup d’œil furtif et s’expliqua :
- Sam a des ennuis. Je vais le rejoindre aussi vite que possible.
- Il t’a appelé ?
- Non. Justement. Il ne répond pas et ne me rappelle pas.
- Il n’en a peut être pas envie.
- Il ne ferait jamais ça. Même pour me faire une blague, même si on était fâché à mort … Non, il ne ferait jamais ça, répéta-t-il pour s’en convaincre.
L’ange réfléchi quelques secondes et proposa :
- J’ai besoin de toi ici …
- Et Sam a besoin de moi, là-bas !
- Laisse-moi finir ! Je peux être auprès de ton frère en peu de temps. Je ne sais pas si je suis encore capable de t’emmener avec moi. Mes pouvoirs m’abandonnent un peu plus chaque jour. Mais, si tu veux, je vais voir ce qui se passe …
- Bonne idée, ça me laissera le temps d’arriver et …
Dean ne termina pas sa phrase car son téléphone se mit soudainement à sonner. Il stoppa net la voiture, en plein au milieu de la rue, sans se préoccuper des éventuels véhicules qui pouvaient le suivre. Il décrocha avant la deuxième sonnerie.
- Sam, putain, t’es où ? Qu’est-ce qui s’est passé ? Tu vas bien ?
- Euh, une question à la fois, Dean.
Même si le ton se voulait assuré, la voix de son petit frère était faible, pratiquement inaudible. Le bref soulagement de pouvoir lui parler enfin s’évanouit.
- Est-ce que ça va ?
- … Ouais. Ecoute, j’ai pas pu te rappeler avant parce que j’étais … occupé.
- Tu te fous de moi ! S’énerva l’aîné en serrant les dents. T’étais occupé à quoi au juste ?
- J’te rappelle qu’il y a une chasse en cours ici … même si ce n’est pas aussi important que ce que, toi, tu fais !
Dean frappa violemment le volant avec la paume de sa main. Quel petit con ! Il croisa le regard inquiet de Castiel, respira un grand coup et passa sa main gauche sur son visage.
- Vas-y, raconte !
Ils échangèrent rapidement les informations concernant leurs chasses respectives et raccrochèrent après un vague « A plus ! » L’aîné des Winchester resta dans la même position pendant quelques instants jusqu’à ce que l’ange le tire de sa méditation.
- Il va bien ?
- Non.
- Mais je croyais que …
- Je connais mon frère, Cas. Et là, j’te l’dis : il me cache des trucs et ça montre qu’il ne va pas bien ! Alors, je te dépose et j’y vais !
- Non.
- Quoi ? Demanda Dean, surpris par le ton catégorique qu’avait employé l’ange.
- Non. Tu t’es engagé à m’aider et j’ai besoin de toi.
- Cas, c’est mon frère, bordel !
- Je le sais, tenta-t-il de le calmer. Le rituel va nous prendre à peine une heure. On pourra toujours rejoindre Sam après. Et, en cas d’urgence, je serai près de lui en quelques secondes. Je m’y engage.
Dean réfléchit un moment avant d’accepter. Malgré tout, il ajouta :
- Pourquoi t’as tellement besoin de moi ? Tu as tout ce qu’il te faut maintenant.
- Dès qu’on va commencer, les autres vont venir pour tenter de nous en empêcher.
- Quoi ? T’es en train de me dire qu’on va jouer les vers au milieu d’une basse-cour ?
- Je n’aurais pas dit ça comme ça mais, c’est l’idée. Il va falloir trouver des moyens pour nous protéger et nous ne serons pas trop de deux pour réussir cette mission.
Le chasseur souffla mais se résigna. Il allait l’aider jusqu’au bout, mais dès que ce serait terminé, il rejoindrait son frère.