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Série : Supernatural
Création : 20.12.2009 à 21h57
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire ... » Lydean
Cette fanfic compte déjà 67 paragraphes
- Tu es prêt ? Lui demanda Castiel, visiblement anxieux.
Dean lui répondit d’un signe de tête. De toute façon, avait-il réellement le choix ? Ils avaient passé dix minutes à essayer de trouver des pièges pour leurs éventuels assaillants. Mais pour la plupart, ils étaient à double tranchant : comme ses frères, Castiel en serait également la victime. Le chasseur ne se faisait aucune illusion : Si les geôliers attaquaient avant qu’ils n’aient réussi à libérer l’ange, ils étaient foutus ! Par quels moyens, un simple humain, pouvait-il faire barrage à une horde de mecs ailés et munis de pouvoirs divins ? C’était pourtant le boulot que lui avait confié Cas : les retenir pendant qu’il terminait le rituel. Ce n’était pas la première fois qu’il se trouvait devant une situation désespérée mais à chaque fois qu’il avait réussi à s’en sortir, c’était parce qu’il faisait équipe avec Sammy. Sur ce coup-là, il avait un sale pressentiment et il n’était pas uniquement dû à l’absence de son frère.
Il regarda son complice répandre l’huile sur le sol. Jusque-là, tout se passait pour le mieux mais les regards furtifs de Castiel dans sa direction ne le rassuraient pas. Quand il l’entendit commencer l’incantation, il resserra les poings, prêt à se battre.
- Ben alors les enfants, on ne vous a jamais appris à ne pas vous mêler des affaires des grands.
Dean sursauta et se retourna vivement pour face à son adversaire. Le fait de ne voir qu’une seule personne alors qu’il s’attendait à en affronter plusieurs ne le rassura pas pour autant.
- Raphaël ! On ne t’a jamais dit qu’il fallait frapper avant d’entrer.
- S’il n’y a que ça pour te faire plaisir.
Avant même qu’il n’ait eu le temps de réagir, l’archange se retrouva à une vingtaine de centimètres de Dean, et lui balança un revers qui l’envoya s’étaler par terre, quelques mètres plus loin.
- C’est mieux comme ça ? Lui demanda-t-il ironiquement.
Visiblement satisfait de sa répartie, Raphaël dirigea son attention sur Castiel, qui poursuivait l’incantation. Le chasseur se releva et se rua sur son agresseur. C’était du suicide pur et simple. Il le savait. Mais il devait à tout prix gagner du temps. Il lui asséna une rafale de coups plus violents les uns que les autres. Ceux-ci eurent pour conséquence de faire reculer le punching-ball improvisé de quelques pas. Autre point positif : Il avait regagné son attention. Point négatif : il avait réussi à le mettre vraiment en colère. L’archange l’attrapa par le col de sa veste et l’envoya traverser l’une des fenêtres de l’entrepôt située à plusieurs mètres du sol. Au moment où il percuta l’immense carreau, il sentit les bouts de verre lui taillader le corps. Malgré tout, ce fut l’atterrissage qui fut le plus douloureux. Il s’écrasa durement sur le capot d’une voiture dont les vitres explosèrent sous l’impact. Le bruit du choc résonna dans la ruelle. Le souffle coupé, il crut perdre connaissance. Mais les cris de Castiel, à l’intérieur, le poussèrent à réagir. Il laissa son corps glisser sur la carrosserie jusqu’à ce que ses pieds touchent le sol. Il essaya de s’aider du mur mais il s’avachit lamentablement sur le trottoir. A quatre pattes, il tenta de retrouver sa respiration. Il avait l’impression que sa tête allait exploser. Il se redressa méthodiquement en s’agrippant à la poignée d’une portière de voiture. Une fois debout, il enchaîna un pas devant l’autre, fébrilement. Enfin, il porta tout son poids sur la porte de l’entrepôt qui s’ouvrit à la volée, le laissant s’affaler de tout son long sur le ciment. Il redressa la tête et constata la violence du combat qui opposait les deux anges. Cas ne lui avait demandé que cinq minutes. C’était quoi cinq minutes ? A peine le temps de prendre un café, d’aller aux chiottes ou de balancer une vanne à Sammy pour le faire bouder ! Mais ces cinq minutes-là devaient être les plus longues de toute sa vie. Le fracas du corps de Castiel contre le mur, l’obligea à se relever pour tenter une diversion.
- Et ben Raphy ! J’m’éclipse à peine deux secondes et tu me fais déjà des infidélités. C’est pas gentil, ça.
Raphaël observa le corps de l’ange qui gisait sur le sol. Puis il recentra son attention sur le chasseur, visiblement excédé. Comment cette chose insignifiante pouvait-elle le narguer de la sorte ? Il allait lui faire payer. Dean eut à peine le temps de voir Castiel se relever discrètement que son bourreau avait déjà fondu sur lui. Il se protégea du mieux possible et envoya quelques coups qui firent mouche. Cependant, le combat était inégal. Il se retrouva donc suspendu dans les airs, à l’extrémité du bras gauche de l’archange qui le regardait d’un air mauvais.
- Tu es comme une épine dans mon pied, Winchester ! Ca ne fait pas mal, mais ça irrite. Et je crois qu’il est grand temps d’y remédier.
Sur ces mots, il frappa le corps de Dean sur le mur à plusieurs reprises. Si sa tête le faisait déjà atrocement souffrir, ce n’était rien à côté de la douleur qu’il ressentait au niveau de son dos. Chaque choc lui donnait l’impression de perdre un organe. Puis Raphaël le balança sur le sol comme une vulgaire serpillière et s’approcha de lui pour lui asséner un dernier coup de pied au niveau de la colonne vertébrale. Un craquement effroyable se fit entendre à la hauteur de ses hanches. L’insoutenable douleur irradia dans tout son corps. Allongé sur le sol, dans un geste défensif, il essaya de rapprocher ses jambes de son buste mais elles ne lui obéissaient plus. Il s’aperçut avec horreur qu’il était paralysé. L’archange s’agenouilla à côté de lui.
- Ne t’inquiète pas Winchester, ce n’est qu’un mauvais moment à passer.
Puis il se redressa. En une fraction de seconde, Dean vit la semelle de la chaussure de l’archange arriver sur son visage, une lueur blanche éblouissante et pour finir, le noir complet.
D’abord, il sentit cette savoureuse sensation de bien-être. C’était un peu comme s’il était dans du coton : doux, moelleux, chaud. Il n’avait plus aucun souvenir de l’intensité des terribles douleurs qu’il avait endurées. Sa respiration était régulière, calme. L’onde duveteuse parcourait son corps inlassablement. Ensuite, l’obscurité environnante laissa filtrer une lueur tamisée, chaleureuse et agréable. Etait-il mort ? Si Raphaël avait eu raison de lui, alors cette mort lui convenait bien mieux que la précédente. Il se crut définitivement au Paradis lorsqu’il entendit la voix féminine et mélodieuse qui susurrait son nom :
- Deeeaaaan.
Il se demanda s’il devait suivre cette femme. Il ne voulait pas se réveiller et perdre cette merveilleuse sensation.
- Dean. Ouvre les yeux !
A contre cœur, il s’exécuta. En prenant bien soin de ne bouger que ses globes oculaires, il évalua la situation : Il était étendu sur le ciment. D’ailleurs, celui-ci était toujours aussi froid et humide. Il aurait vraiment dû rester où il était. En revanche, il ne ressentait plus aucune douleur. Avec appréhension, il essaya de bouger ses membres. C’est avec beaucoup de soulagement qu’il constata que toutes les parties de son corps lui obéissaient parfaitement et sans souffrance.
- Rassure-toi : tu es comme neuf ! Par contre, je n’ai rien pu faire pour tes vêtements.
Il tourna la tête vers sa sauveuse, à genoux près de lui :
- Anna ?
L’ange était bien plus pâle que dans ses souvenirs. Elle paraissait également extrêmement faible. Castiel se tenait à ses côtés. Dean commença par s’asseoir.
- Qu’est-ce que tu … Comment as-tu … Qu’est-ce qui s’est passé ?
Il posa ses mains sur les frêles épaules de la jeune femme.
- Tu vas bien ? S’alarma-t-il en la voyant si fragile.
- Oui. Ne t’inquiète pas. Je viens de puiser dans mes pouvoirs restants pour te remettre sur pieds. Ca m’a un peu affaiblie mais Castiel va s’occuper de moi. Il me doit bien ça, ajouta-t-elle sur un ton de reproche, en dirigeant son regard vers l’ange.
Dean ne releva pas cette remarque, trop absorbé par son inspection visuelle de l’entrepôt.
- Où est Raphaël ? S’enquit-il.
Toujours aussi laconique, Castiel évoqua en deux secondes les événements qui s’étaient déroulés pendant son inconscience : Il avait pu terminer le rituel et libérer par la même occasion Anna. Raphaël, qui avait failli à son devoir, s’était éclipsé et les deux anges s’étaient attelés à la rémission du jeune chasseur. Dean se redressa soudain :
- Quelle heure est-il ? Combien de temps je suis resté allongé là ?
Anna le regarda, interdite. De son côté, Castiel fit son possible pour le rassurer :
- Il est à peine plus de quatorze heures. Tu vas pouvoir aller retrouver ton frère, maintenant.
- Sam ? Demanda Anna brusquement.
- Oui, Sam ! Lui répondit l’aîné des Winchester, étonné par sa question. Je n’ai pas d’autre frère.
- C’est que j’ai été enfermée juste après que … A-t-il tuer Lilith ? A-t-il déclenché l’Apocalypse ?
Les deux hommes restèrent muets mais l’expression de leurs visages était éloquente. Anna se tourna vers Castiel, une lueur de reproche dans le regard.
- J’avais essayé de te mettre en garde mais tu n’as pas écouté. Tout ce qui est arrivé est en grande partie de ta faute.
- Mais de quoi tu parles ? S’étonna Dean.
Anna se tourna vers lui, visiblement consternée de constater qu’il n’était pas au courant.
La révélation lui fit l’effet d’une bombe. Les anges pouvaient-ils mentir ? Après avoir dévisagé la jeune femme afin de déceler la moindre trace de mensonge, il tourna la tête vers Castiel. Celui-ci était planté là, les bras ballants. Tout dans son attitude, même l’expression de son visage, si stoïque en général, affichait sa culpabilité. Dean serra les poings. L’anéantissement qu’il avait ressenti en entendant la nouvelle venait de disparaître au bénéfice de la colère froide qui parcourait insidieusement son corps. Alors, lui aussi l’avait trahi ! D’un pas décidé, il se dirigea lentement vers l’ange tout en le fixant dans les yeux. Arrivés à sa hauteur, il lui glissa quelques mots dans l’oreille qui firent pâlir Castiel. Arrivé près de la porte, il lança un « Merci Anna ! » Puis il sortit de l’entrepôt sans un regard pour les deux personnes qui s’y trouvaient. Il rejoignit sa voiture et prit la route pour rejoindre son frère.
Chapitre 9
Sam venait de refaire le bandage qui maintenait son épaule bien droite. Il avait passé une bonne partie de l’après-midi à essayer de se rafistoler. Finalement, son poignet n’avait pas été réduit en miettes comme la douleur le laissait présager. Malgré tout, il avait perdu un peu de mobilité au niveau de sa main car c’était toujours gonflé et une teinte verdâtre ornait son bras comme un second bracelet. Il appliqua donc une bande pour le consolider. Respirant difficilement à cause de ses côtes cassées, il était plongé dans ses pensées : vraiment son frère le décevait. Leur conversation téléphonique avait été plus que frustrante. Il admettait sa responsabilité puisqu’il lui avait caché une bonne partie de ce qui s’était passé. Mais le « Dean d’Avant » s’en serait aperçu tout de suite, et il l’aurait cuisiné jusqu’à ce qu’il avoue. Ensuite, il serait monté dans sa caisse et se serait pointé le plus rapidement possible. Sam ne savait pas comment définir ce qu’il ressentait. C’était un mélange de culpabilité et de colère avec une pointe de frustration. Il sentait que son frère s’éloignait de jour en jour et que rien de ce qu’il pourrait dire ou faire n’arrangerait les choses. Même s’il était dans l’incapacité de lui dire, son aîné lui manquait terriblement. Avant, ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre. La complicité qui les liait autrefois avait-elle disparu à jamais ? Si seulement Dean voulait bien faire un effort et enlever ses œillères … Quel crétin, ce frangin !
Il sortit de la salle de bain en ruminant. Il écarquilla ses yeux de surprise lorsqu’il découvrit son visiteur, droit comme un « i », planté derrière la porte.
- Cas ? Mais t’es con d’apparaître comme ça ! Qu’est-ce que tu fous là ?
- Sam, il faut que je te parle.
- Où est Dean ? S’inquiéta soudainement le jeune Winchester.
L’ange regarda sa montre avant de répondre.
- Il devrait arriver dans un peu moins d’une heure.
- Pourquoi tu n’es pas avec lui ?
- Il refuse de me parler et j’ai besoin de son aide. Sam, il faut que tu le raisonnes.
- Démerde-toi tout seul ! Je refuse de me mêler de vos histoires.
- Je ne peux pas.
- Pourquoi ?
L’ange hésita un instant avant de répondre d’une manière pratiquement inaudible :
- Parce qu’il a dit que si j’apparaissais devant lui, il m’arracherait les plumes une à une comme un vulgaire poulet et qu’il me les ferait bouffer.
Sam éclata d’un rire franc et sonore. Ses côtes le faisaient souffrir mais ça lui était égal. Castiel venait d’évoquer la menace sur un ton inexpressif, le plus calmement du monde et pourtant ses yeux trahissaient un profond malaise.
- Ca n’a rien de drôle, remarqua l’ange.
- Ah, si, si ! Crois-moi, c’est très drôle ! Qu’est ce que tu as bien pu lui faire pour qu’il t’en veuille à ce point ? T’as éraflé son bébé avec une de tes ailes ? Tu t’es téléporté sur son sandwich ?
Castiel le regarda à la fois déconcerté par les deux dernières questions et indécis sur la réponse qu’il devait apporter à la première. Il se décida finalement à révéler la vérité :
- Il a appris que c’était moi qui t’avais libéré de la panic-room où il t’avait enfermé.
L’immense sourire et l’air goguenard qui étaient affichés sur le visage de Sam disparurent en une fraction de seconde.
C’est au milieu d’un silence gênant que Dean fit irruption dans la chambre d’hôtel, à peine trente minutes plus tard. Son regard se posa d’abord sur Sam, assis devant la petite table où il avait ouvert son ordinateur portable, et qui releva rapidement la tête en direction de son aîné. A l’autre bout de la pièce, il aperçut Castiel, planté devant la porte de la salle de bains. Il redirigea son attention vers son petit frère et lui demanda :
- Qu’est-ce qu’il fout là le futur déplumé ?
Alors que le cadet des Winchester ne put réprimer un sourire en entendant la remarque de son frère, l’ange les regarda, apparemment ennuyé. Il tenta de se justifier :
- C’était les ordres. Je n’avais pas le choix … Je me rends compte maintenant que c’était une erreur.
Dean lui aurait bien répondu qu’il valait mieux tard que jamais mais il remarqua les traces de coups sur le visage de son frère. Il ne résista pas à le questionner :
- T’as décidé de te lancer dans le lifting ? C’est quoi ce ravalement de façade ?
Sam détourna le regard et reporta son attention sur l’écran de son ordinateur. Il dut sentir les yeux de Dean fixés sur lui car il tenta de faire diversion :
- Ca t’intéresse de savoir ce que j’ai trouvé ou t’as vu de la lumière et t’as décidé de venir me prendre la tête ?
D’un point de vue extérieur, l’aîné encaissa la réflexion sans broncher, mais à l’intérieur, il bouillonnait : Ils avait été séparés un peu plus de vingt-quatre heures, son visage ressemblait à celui de schtroumph grognon et il n’avait pas le droit de s’inquiéter pour lui !?! Il remarqua également le bandage autour de son poignet droit au moment où son petit frère essayait de le dissimuler en tirant discrètement sur sa manche. Dean se doutait bien que le corps devait également présenter quelques séquelles. Il voulait, plus que tout, savoir ce qui s’était passé. Ensuite, il irait castagner les enfoirés qui avait fait ça à son frangin. Il aperçut le regard en coin que Sam lui lança furtivement et la pression retomba d’un seul coup : S’il ne voulait pas lui raconter, c’était son droit. C’était frustrant, voire extrêmement gonflant mais, légitime. En plus, la journée avait été longue, il était fatigué et il n’avait pas du tout envie de se disputer avec lui alors qu’ils venaient à peine de se retrouver. Il tira donc sur la chaise et s’installa près de la petite table :
- Vas-y, raconte ! Qu’est-ce que t’as trouvé ?
- Sam, la combustion spontanée n’existe pas. C’est un mythe.
Les Winchester se tournèrent vers Castiel dans un même élan. Ils avaient totalement oublié sa présence.
- Tout comme le Père-Noël et ces p’tits êtres ailés qui sont censés nous protéger, répondit Sam toujours sur la défensive.
- J’aimerais vous aider.
- Non merci, répondirent les Winchester en cœur, sur un ton sans équivoque.
L’ange les dévisagea un moment puis s’éclipsa dans un bruissement d’ailes. Sam en profita pour faire part de ses théories à son aîné.
- D’accord, l’interrompit Dean. Demain on ira voir cette gamine, là. Celle dont les parents sont morts cramés dans un accident de bagnole. Je crois que c’est eux le point de départ.
Sam le regarda avec de grands yeux ronds. Dean n’allait quand même pas lui dire ce qu’il avait à faire alors que, dès le départ, il avait préféré se barrer avec le déplumé et le laisser en plan avec cette chasse !
- Quoi ? Lui demanda son aîné en voyant sa moue révoltée.
- Je te rappelle que c’est ma chasse. Si tu veux m’accompagner demain, pas de problème. Mais ne me dis pas ce que j’ai à faire.
- C’est quoi ton problème ? S’énerva l’aîné tout en fronçant les sourcils.
- J’peux te retourner la question. Cette chasse ne t’intéressait même pas au départ !
- Je n’ai jamais dit ça ! Mais moi, je me tiens à mes engagements ! Sans compter que je suis là, maintenant !
Sam étouffa un petit rire sans joie et décréta :
- Ah ouais ? Je croyais que tes engagements, c’était de retrouver Dieu. Tu m’excuseras mais je l’vois pas là.
- On a libéré Anna.
- Génial ! Mais je te rappelle que c’est pas pour elle que tu m’as lâché ici. Alors pourquoi t’es revenu ? Parce que Cas t’a trahi ? Tu ne peux pas tourner le dos aux gens juste parce qu’ils t’ont déçu, Dean !
Voyant que son aîné ne réagissait pas, il l’avertit :
- J’vais faire un tour. J’ai besoin de prendre l’air.
Sur ces mots, il empoigna sa veste et quitta la chambre, énervé. Une fois à l’extérieur, il s’arrêta net. Il regarda la voiture de location puis leva les yeux vers le ciel. La pluie s’était légèrement calmée et il avait une grande envie d’évacuer son stress. Il n’en pouvait plus. Il en avait marre : Dean continuait de lui donner des ordres et en plus, il agissait comme s’il était un étranger, au mieux un collègue de boulot … mais pas un frère. Il ne le reconnaissait plus. Il lui en voulait terriblement et en même temps, il savait au plus profond de lui même, que l’attitude de son aîné était la conséquence directe de ses actes.
Sam ferma les yeux quelques secondes et serra les mâchoires. Il aurait tellement voulu que l’année écoulée n’ait jamais eu lieu. Il souhaitait pouvoir tout effacer. Malheureusement la réalité était tout autre et même s’il faisait des efforts pour gagner sa rédemption, il sentait que la distance qui le séparait de son frère prenait une ampleur inexorable. Ca lui faisait mal et il ne pouvait rien y faire. Il décida donc de faire le tour de pâté de maisons à pieds et s’engagea doucement dans la petite rue piétonne sur sa droite.
Sur le parking de l’hôtel, un peu en retrait, le pick-up sombre abritait les deux hommes dont les yeux étaient braqués sur le jeune Winchester.
- Cette fois c’est la bonne, affirma le conducteur. Toi tu prends le volant et tu fais le tour en bagnole et moi je m’occupe de lui avant qu’il atteigne la route principale.
- Attends Reggie. Je continue de penser qu’on devrait l’abattre.
- Non. Je veux qu’il souffre.
- Tu penses que c’est une bonne idée ? J’te rappelle que son frangin est de retour et tu as dit toi-même que …
- Justement. C’est peut-être la dernière occase de l’avoir sans être emmerdé par son frangin. C’est maintenant ou jamais.
- Mais la dernière fois, on n’a même pas réussi à …
- La dernière fois, tu as déconné !
- Attends, moi je suis là pour t’aider. Je te rappelle que je ne suis pas un chasseur comme toi.
- Et ça se voit ! Mais ne t’inquiète pas : cette fois-ci, j’ai pris ce qu’il faut. Il n’aura même pas le temps de réagir.
Il se pencha sur le côté pour ouvrir la boîte à gants et en sortit un taser qu’il plaça juste devant les yeux de Mike. Il lui expliqua :
- Ce petit bijou a une portée de dix mètres, une double visée laser et il peut être utilisé dans les environnements difficiles. Ce qui est franchement bonard quand on voit le temps de merde dans ce bled. En plus, tu peux régler l’ampérage selon l’effet voulu. Comme j’veux pas qu’il crève tout de suite, j’ai pas mis au max. Mais j’me suis arrangé pour qu’il sente bien la décharge et que ça le paralyse direct. Du coup, non seulement je ne peux pas le rater mais en plus je ne prends aucun risque. On va bien se marrer !
Voyant que Sam était à mi-chemin de la rue piétonne, il ouvrit sa portière et libéra la place conducteur pour laisser Mike s’y installer. Il lança un regard plein de sens à son ami et partit en ajoutant :
- Que la fête commence !
Chapitre 10
Sam poursuivait lentement sa progression vers la rue principale. Pour le moment, il n’était pas pressé de retourner au motel. Il avait besoin d’air pour se calmer, et de temps pour réfléchir. Apparemment, Dean n’avait pas eu la bonne idée de le suivre pour avoir une explication. Mais quelque part, il lui en était reconnaissant. Il jeta un œil aux alentours. Depuis qu’il était dans cette ville, il avait l’horrible sensation d’être seul. Les gens devaient rester cloîtrés dans leurs appartements et lorsqu’ils en sortaient enfin, c’était pour s’enfermer à la hâte dans leurs voitures et s’éloigner rapidement. Le temps ne s’y prêtait pas vraiment et il était normal que les habitants préfèrent être au sec et au chaud chez eux. Malgré tout, pour un dimanche soir, c’était vraiment mort. Un léger bruit, derrière lui, mit tous ses sens de chasseur en alerte. Il glissa discrètement sa main sous sa veste pour saisir son arme. Alors qu’il allait se retourner pour faire face à son éventuel agresseur, il entendit des pneus crisser devant lui. Aussitôt, ses yeux s’écarquillèrent d’horreur lorsqu’il reconnut le pick-up. Il entreprit un pas en arrière pour rebrousser chemin et fit volte-face pour s’assurer qu’il avait bien une solution de repli. Malheureusement pour lui, Reggie s’était déjà posté à moins de dix mètres en amont et il n’eut pas le temps de le mettre en joug que les électrodes vinrent le percuter à la poitrine. Il sentit la décharge électrique parcourir son corps en une fraction de seconde. La tétanie de ses muscles précéda la paralysie complète de ses membres. Il s’écroula à même le sol sans pouvoir réagir. Sa chute provoqua une onde de choc dans les parties déjà fragilisées de son corps : une torture lancinante irradiait dans son poignet, ses côtes et son épaule. De surcroît, ses poumons ne semblaient plus fonctionner normalement. Pendant environ cinq secondes, qui lui parurent une éternité, l’air refusa d’entrer. Sa tension artérielle s’était accrue et son rythme cardiaque augmenta tant et si bien qu’il estima avec horreur que son cœur allait exploser. Il était incapable d’expliquer si cette sensation était due à l’électrisation ou au stress généré par la douleur. Il crut un moment que cette souffrance allait lui faire perdre la raison. Pour sa survie, il tenta de se concentrer sur les paroles de ses assaillants :
- On ne l’attache pas ? Demanda le gros balèze.
- On n’a pas le temps, lui répondit Reggie, après quelques secondes de silence. Tu le f’ras dans la bagnole.
Mike le souleva sans aucune difficulté et le balança à l’arrière du pick-up. Il s’installa à côté de lui, ferma la portière et entreprit de le ligoter. De son côté, son acolyte avait déjà regagné la place du conducteur et il démarra en trombe. Il jeta un œil à sa victime dans le rétroviseur intérieur et le menaça :
- Alors le monstre, tu ne croyais quand même pas t’en tirer aussi facilement ? Tu vas voir, j’vais te faire regretter d’être né. Tu vas me supplier pour que j’t’achève !
S’il en avait eu la capacité physique, Sam lui aurait répondu d’aller se faire foutre ! Comment cet enfoiré pouvait-il le traiter de monstre après ce qu’il venait de lui faire ?
L’ensemble des douleurs qu’il avait endurées, quelques minutes auparavant, s’estompaient. Il commençait à ressentir la pression de la corde sur ses poignets. Le picotement au bout de ses doigts lui permit de constater qu’il allait bientôt pouvoir retrouver une partie de sa mobilité. Malheureusement, ses liens entraveraient le moindre de ses mouvements. Comment allait-il bien pouvoir s’en sortir cette fois ? Il pensa à son frère. D’ordinaire, il le savait prêt à tout pour venir le secourir et l’espoir d’être sauvé ne l’aurait pas lâché une seconde. Mais aujourd’hui, tout avait changé. Tout à l’heure, quand il avait quitté leur chambre de motel après lui avoir balancé toute sa rancœur, Dean aurait dû le suivre. C’est ce qu’il aurait fait, avant ! Il aurait été furieux mais il l’aurait rattrapé pour lui demander des explications. Et il aurait été préférable pour Sam d’affronter la fureur de son aîné que de se retrouver seul dans ce pick-up, en route vers une mort douloureuse.
C’est à ce moment précis que Sam fit un constat dévastateur : il avait perdu son frère. Il avait tout perdu. Alors, à quoi bon se battre ?
Dean serra les poings. Il arpentait la pièce de long en large. Il en avait plus que marre de cette situation. Ca ne pouvait plus durer. Le grand frère d’« Avant » reprenait le dessus et il n’avait plus du tout envie de le réprimer. Il pouvait faire des efforts mais il avait aussi des limites. Il décida de rattraper sa tête de mule de frangin pour en discuter avec lui. Il prit sa veste au passage et sortit en claquant la porte.
A l’extérieur, la lumière des lampadaires scintillait sur les fines lignes brumeuses. L’aîné des Winchester releva le col de sa veste et y enfonça sa tête le plus possible pour se protéger de cette humidité ambiante. A moins que ce ne soit pour empêcher ce sale pressentiment de l’assaillir. Il scruta les environs mais ne décela aucune trace de Sam. La voiture de location était toujours stationnée sur le parking. Le connaissant, il avait dû partir à pieds pour se défouler un peu.
Il avança de quelques pas quand un crissement de pneus attira son attention sur sa droite. Il se précipita à l’entrée de la rue piétonne. A l’autre bout, il assista avec horreur à l’effondrement de Sam. Pendant une seconde, il resta complètement tétanisé. Ces mecs, qu’il ne connaissait pas, venaient de tuer son frère. Le plus petit des deux se retourna et l’aperçut. Puis, il le vit donner un ordre à l’espèce de mastodonte qui l’accompagnait. En moins de temps qu’il en fallait pour le dire, ils embarquèrent le corps inerte de son cadet et s’enfuirent à bord d’un pick-up noir.
Sans perdre plus de temps à réfléchir et les nerfs à vif, Dean rebroussa chemin le plus rapidement possible, sortit les clés de son Impala, se jeta à l’intérieur et enfonça la pédale d’accélérateur.
A l’entrée de la rue principale, il amorça un virage qui décolla les deux roues droites de l’asphalte. En un coup de volant, la Chevrolet se stabilisa et il repéra au loin les phares arrière du véhicule qu’il pourchassait. Au moment où il les avait vu embarquer le corps de Sammy, Dean avait retrouvé l’espoir. Il se rassura au mieux en se rappelant qu’il n’avait entendu aucun coup de feu et que l’agresseur de son frère était placé trop loin de lui pour l’avoir blessé à l’arme blanche. Ces deux enfoirés avaient dû utiliser un taser ou une arbalète ou un truc dans le genre. Une seule chose était sûre : Quoiqu’ils lui aient fait, ils allaient le payer le prix fort ! Il appuya pied au plancher sur l’accélérateur.
Ses futures victimes avaient dû le repérer car le conducteur essayait de le semer en s’enfonçant dans un dédale de ruelles aussi étroites que lugubres. Des morceaux de papiers, et autres détritus divers, volaient dans un tourbillon aérodynamique derrière les voitures, lancées à tout allure. Les lèvres de Dean se crispèrent dans un sourire sadique. Où croyaient-ils aller ? Pensaient-ils réellement lui échapper ? Il gagnait du terrain peu à peu. Encore quelques instants et ces deux enfoirés seraient à lui.
Les deux véhicules finirent par sortir de la ville. Ils roulaient à vive allure sur la route désertique. Dean fit mine de doubler. Devant lui, le pick-up se déporta sur la gauche. C’était le bon moment. Il rétrograda pour donner un nouveau souffle à son bébé. Sous le capot, le moteur rugissait. Il dépassa l’énorme véhicule noir par la droite. Il manqua de se retrouver dans le large fossé quand l’autre conducteur décida de se rabattre sur lui. Les roues de l’impala chassèrent de plus d’un mètre au moment de l’impact. Dean serra les dents. Son bébé ne faisait peut-être pas le poids face au mastodonte à roulettes, mais il était plus rapide. Il stabilisa la Chevrolet et se positionna à une centaine de mètres devant le pick-up. Puis de ses deux pieds, il écrasa la pédale de frein. Le frottement intense des plaquettes sur les roues provoqua un énorme nuage de fumée, obligeant l’autre conducteur à freiner à son tour. Les pneus arrière de l’Impala glissèrent sur l’asphalte et elle s’arrêta en travers de la route. Les deux mains agrippées sur le volant, Dean eut à peine le temps de voir le monstre noir traverser le nuage de fumée et changer de direction pour essayer de l’éviter. Il heurta, de plein fouet, l’extrémité arrière de son bébé. Le choc eut une double conséquence : Après avoir glissé de manière circulaire, la Chevrolet s’arrêta sur le bas côté de la route, comme si elle allait emprunter le chemin du retour ; Le pick-up, quant à lui, effectua un tête à queue impressionnant. Avec l’élan, il poursuivit sa rotation jusqu’à effectuer un trois cent soixante degrés parfait. Puis il se stoppa net dans la direction opposée à celle de l’Impala.
Malgré la violence du choc, Dean sortit de la voiture et tira dans deux des pneus de l’autre véhicule, l’immobilisant pour de bon. Puis il essuya le sang qui coulait de son arcade sourcilière d’un revers de manche, afin de retrouver une meilleure visibilité. Il s’approchait prudemment quand le gros balèze descendit du pick-up. L’aîné des Winchester ne comprit pas très bien si ce grand couillon était sonné ou complètement idiot mais il le vit sortir à découvert et sans arme. Il n’attendit pas une seconde de plus, et revoyant inlassablement l’image du corps inerte de son frère, il lui tira une balle dans chaque genou. L’énorme masse s’effondra en hurlant son horrible souffrance. Il s’approcha de lui, toujours sur ses gardes. Il vérifia qu’il était bien désarmé et le menaça :
- Tu fais un seul mouvement, un seul, et j’te jure que je vise plus haut ! T’as compris ?
L’autre fut dans l’incapacité de lui répondre tellement il se tordait de douleur. Il l’abandonna et longea l’énorme véhicule. Dans le rétroviseur extérieur, il aperçut le conducteur qui commençait à bouger. Il se hâta d’ouvrir la portière et braqua son calibre quarante-cinq sur sa tempe. De son autre main, il le délesta de ses armes. En une fraction de seconde, il évalua la situation : Sur le siège passager, il vit le taser. Sur la banquette arrière, Sammy se réveillait lentement. Il était vivant ! Cette simple pensée lui redonna des ailes. Il empoigna le conducteur par le col et le traîna hors de la voiture. Il le plaqua durement contre la carrosserie et commença à l’interroger :
- Qui es-tu ?
L’autre le regarda et lui sourit d’un air peu amical. Etait-ce sa façon à lui de le prévenir qu’il ne répondrait pas à ses questions ?
- Pourquoi tu lui as fait ça ? Qu’est-ce que tu lui veux à mon frère ?
Devant l’absence de réponse et son attitude insolente, il lui offrit son plus joli sourire sadique et expliqua :
- Tu sais, je n’apprécie pas du tout qu’on s’en prenne à ma famille. Toi, je sens que tu n’es pas quelqu’un de raisonnable et je ne veux pas prendre de risque. Alors, le mieux, c’est que je me débarrasse de toi, maintenant. Il accompagna ses paroles en appuyant son arme entre les deux yeux du type.
- C’est ça que t’appelles ta famille, Winchester ? Ce monstre ! Ce désastre humain qui a déclenché l’Apo …
Il n’eut pas le temps de terminer sa phrase. Le poing de Dean l’avait déjà percuté au visage. Le jeune chasseur rangea hâtivement son arme et déversa toute sa rage sur l’agresseur de son frère. Malgré la force indiscutable de son adversaire, il réussit à le plaquer au sol et le rua de coups. Il allait l’achever quand il entendit Sam :
- Dean, non !
Il se retourna pour voir son frère qui l’observait à travers la vitre du pick-up. D’un simple regard, il le suppliait de ne pas tuer cette pourriture qu’il avait entre les mains. Haletant, il redirigea son attention vers la forme ensanglantée.
- C’est pas un monstre. C’est mon frère. MON frère, tu entends ? Il a tué des démons que t’aurais même pas été foutu d’approcher. C’est un chasseur hors pair et tu ne lui arriveras jamais à la cheville. Et là, je tiens à ce que tu comprennes quelque chose d’important : C’est grâce à lui que je ne t’enfonce pas ton sale nez de petit enfoiré de merde dans ton crâne de piaf ! Avec tout ce que tu lui as fait subir, il cherche quand même à te protéger. Dis-toi bien que tu n’auras pas cette chance une seconde fois ! Si je revois ta sale gueule ou que tu oses encore l’approcher, je te défonce le crâne jusqu’à ce que le peu de matière grise qui te sert de cervelle te sorte par les oreilles !
Il le relâcha et l’observa se vider de son sang, comme pour s’assurer qu’il n’allait plus jamais bouger. Puis il ouvrit la portière arrière du pick-up, sortit son couteau et libéra son frère. Pendant que celui-ci récupérait, tant bien que mal, ses armes, Dean attrapa le taser. Voyant que Sam était obligé de s’appuyer contre la voiture pour tenir debout, il le soutint par les épaules et l’aida à rejoindre l’Impala avant de l’y installer. En contournant son bébé, il balança le taser et sa veste pleine de sang dans le coffre juste à côté des vêtements déchiquetés qu’il avait entassés là, quelques heures plus tôt. C’était vraiment une journée de merde ! Il prit des vieux chiffons pour essuyer ses mains et son front écarlates. Il regarda les dégâts occasionnés par la course poursuite et souffla sa consternation. Il lança un dernier coup d’œil aux deux masses qui gisaient sur l’asphalte et s’installa au volant avant de repartir.
Dans la voiture, Sam observait son frère du coin de l’œil. Il se demandait à quel moment allait tomber la question fatidique. Avec ce qui venait de se passer et ce qu’il avait entendu, il se voyait mal lui mentir. Dean était là. Contrairement à ce qu’il avait craint, il ne l’avait pas abandonné. D’ailleurs, il l’avait encore secouru. Et puis, il y avait autre chose. Il s’en était aperçu juste après la bagarre, quand son frère était venu le libérer. Son aîné avait dû le planquer sous ses vêtements quand il était rentré à l’hôtel, sinon il l’aurait vu, c’était certain. Cet objet avait une grande signification pour eux deux. Et ce soir, il pendait à son cou, comme avant : Dean avait récupéré le pendentif qu’il lui avait offert lorsqu’ils étaient enfants. Le soulagement qu’il ressentit à cet instant était indescriptible. Il aurait aimé profiter de cette sensation éphémère avant de le décevoir à nouveau. Mais c’était inévitable. Il lui était encore difficile d’évoquer certains points avec lui. Alors, même s’il sentait qu’il avait retrouvé l’usage de ses cordes vocales, il préféra ne pas s’en servir tout de suite. Pour une fois, un morceau d’AC/DC ou de Metallica lui aurait bien plu. Ca aurait eu le mérite de rompre ce silence pesant qui s’était instauré dans l’habitacle. Il sortit soudain de ses pensées pour s’apercevoir de la direction prise par son aîné. Il comprit immédiatement ses intentions et cela ne lui plut pas le moins du monde. Même s’il savait pertinemment qu’il n’aurait pas gain de cause, il tenta sa chance d’une voix rauque :
- C’est bon, Dean. Ca va déjà mieux.
- Je me souviens très bien des effets du taser sur mon organisme. Alors, on va à l’hôpital !
- Ca n’a rien à voir. Ce ne sont pas les mêmes circonstances. A la base, le taser est une ALR.
- une Quoi ?
- Une arme à létalité réduite. Ca ne tue pas, quoi !
Voyant que son frère se bornait à regarder droit devant lui, il enchaîna :
- En plus, j’avais plusieurs épaisseurs de vêtements sur moi. Ils m’ont protégé. Et là, je t’assure que je me sens mieux … On devrait plutôt aller à l’hôtel … … … Dean.
Il s’arrêta là. Son aîné ne changerait pas d’avis. Il devait se résigner. Il soupira et tourna la tête vers la vitre. Son vœu avait été exaucé : son insupportable grand frère était de retour !
Ils franchirent les portes des urgences sans encombrement. Seules quelques personnes attendaient patiemment d’être prises en charge. Alors que Sam s’apprêtait à s’asseoir, Dean le tira vers le bras et l’emmena vers le bureau des admissions. Ils furent interceptés par une charmante jeune femme en blouse blanche. Elle allait leur demander de patienter lorsqu’elle reconnut l’un des deux hommes en face d’elle.
- Sam ? Qu’est-ce qui vous arrive ?
Etonné, l’aîné regarda son frère qui connaissait visiblement la jolie doctoresse.
- Claire ? Euh … rien de grave. Il indiqua Dean d’un signe de tête. C’est mon frère qui …
- Si, c’est grave ! Le coupa-t-il. C’est la deuxième fois de la journée qu’il se fait agresser dans cette ville de tarés. Et cette fois-ci, il s’est pris un coup de taser. Il s’est littéralement effondré sur le sol et lorsque je l’ai récupéré, il était incapable de marcher tout seul.
- Je comprends l’inquiétude de votre frère, Sam. Ces armes ont été soupçonnées par Amnesty International d’avoir provoqué au moins cent cinquante décès.
- Mais aucune donnée n’a confirmé leurs craintes. Et je ne suis pas mort.
- Non. Mais les séquelles …
- Les effets sont réversibles en quelques minutes et je vais déjà beaucoup mieux. La preuve : je marche tout seul maintenant, ajouta-t-il avec un regard réprobateur à l’intention de son aîné.
Celui-ci ne desserra pas les sourcils pour autant et il exposa clairement son point de vue :
- Crois-moi Sam, tu vas te soumettre à tous les tests que le médecin va te proposer. Et tu vas te laisser soigner, aussi. Parce que sinon, je t’attache sur une table d’analyse et je me charge de ta guérison, moi-même !
Sam lui lança un regard assassin mais il ne broncha pas. Dean se tourna vers la charmante urgentiste et avec les yeux les plus innocents du monde, il argumenta :
- Vous comprenez docteur, j’ai entendu dire que la douleur pouvait être tellement atroce, qu’il arrivait qu’elle fasse perdre la raison aux victimes. Or, depuis tout à l’heure, les propos de mon frère sont incohérents. Il m’a même assuré qu’il avait été protégé grâce à ses fringues. Vous voyez ? Un peu comme un super héros.
Heureusement qu’ils étaient dans un lieu public car, dans le cas contraire, l’aîné n’en serait pas ressorti vivant ! Au grand désarroi du plus jeune des Winchester, Claire se tourna vers lui avec une moue compatissante. Elle lui expliqua de sa voix douce :
- Votre frère a raison, Sam. Vous savez le courant peut traverser plusieurs épaisseurs de vêtements.
Atterré, il essaya de prouver qu’il n’avait pas perdu la tête en exposant ses connaissances sur le sujet, devant le regard moqueur de son aîné. Cependant les mots « axone neuronale », « acétylcholine » et « jonction neuromusculaire » associés à « risques d’asphyxie », « arythmie », « fibrillation ventriculaire », ou encore « crises épileptiformes » effacèrent définitivement le petit rictus du plus vieux des Winchester. Exit la rigolade ! Il était grand temps d’arrêter de papoter et de commencer à soigner son frangin !
Les appréhensions de Dean et les échanges encyclopédiques des deux autres furent interrompus par l’arrivée d’une tornade blonde.
- Claire ? C’est pas vrai, mais qu’est que tu fais encore là ? J’essaie de te joindre depuis un moment ! Tu as terminé ton service depuis plus de trois heures !
- Gaby, tu vois bien que je suis avec un patient.
La jeune femme se tourna vers Sam :
- Encore vous ! Elle se hissa sur la pointe des pieds pour observer son visage de plus près. Qu’est-ce qui vous est arrivé ? La dernière fois que je vous ai vu, vous faisiez des yeux de chien battu pour que je vous laisse entrer et aujourd’hui, vous ressemblez à un lapin bleu qui aurait chopé la myxomatose ! Ma parole, vous êtes sûr que vous êtes agent du FBI ? Parce que moi je vous verrai bien présentateur d’une émission pour gamins attardés !
- Gaby ! La sermonna sa sœur pendant que Dean s’esclaffait à côté. Veuillez excuser le comportement de ma sœur, elle n’est pas comme ça d’habitude.
Alors que Sam restait dubitatif quant à l’attitude agressive de la jeune femme, Dean prit les choses en main.
- Excusez-moi, mademoiselle. Je comprends tout à fait votre inquiétude et je regrette sincèrement de retenir votre sœur de cette manière mais mon frère vient de se faire agresser au taser et je veux le meilleur médecin pour le soigner. Vous savez ce que c’est. C’est notre rôle de les protéger. C’est ça, la famille. J’aimerais vraiment que votre sœur l’examine. C’est extrêmement important pour moi. S’il vous plaît ?! Et, en attendant, permettez-moi de vous offrir un café.
- Je vous en prie, appelez-moi Gaby. Je vous suis, Monsieur …… Gibbons ?
- Dean, lui répondit-il avec un sourire enjôleur.
Sam secoua la tête, dépité. Son aîné était incontestablement le spécialiste de la petite culotte incandescente à distance ! Deux mots et un sourire avaient suffit pour que cette petite blonde démoniaque se transforme en angelot doux comme un agneau.
- Bon, on vous laisse les deux geeks ! Murmura Dean à l’oreille de son frère. Docteur, je vous le confie. Faîtes-lui tous les tests qui vous sembleront utiles, ajouta-t-il plus fort, avec un regard de défi à l’intention de son cadet.
Claire appliqua une main réconfortante dans le dos de Sam pour l’encourager à la suivre. Elle se retourna vers son aîné et lui ordonna :
- M. Gibbons, pendant que je prends soin de votre frère, allez donc remplir les papiers d’admission !
Alors que Sam lui lançait un sourire satisfait, Dean fit la moue. Encore de la paperasserie ! Seul avantage : il savait sous quel nom s’enregistrer. Il se dirigea donc vers l’infirmière de service afin de se débarrasser au plus vite de cette corvée et de rejoindre la jolie blonde.