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Série : Supernatural
Création : 20.12.2009 à 21h57
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire ... » Lydean
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Chapitre 11
Claire avait fait un rapport détaillé sur l’état de santé de Sam. Une fois rassuré, Dean l’avait remercié, prit congé de Gaby et embarqué son frère dans l’Impala. Le petit intermède hospitalier leur avait permis de souffler un peu. L’aîné avait réussi à calmer ses angoisses et sa colère, grâce à la compagnie de la petite blonde. Elle le comprenait plus qu’il ne l’aurait espéré car, elle aussi, avait cette fâcheuse tendance à surprotéger sa sœur.
De son côté, Sam avait profité d’être seul avec la jeune urgentiste pour lui poser quelques questions relatives à son enquête. C’est ainsi qu’il avait appris que Mario avait offert une commode ancienne à son épouse le vingt octobre, le jour de son anniversaire. Elle savait qu’il était allé l’acheter le matin même, bien qu’elle ne sache pas exactement où il l’avait dénichée. Mais le jeune chasseur n’avait pas mis longtemps à faire le lien. Le mari de Claire était décédé exactement un mois après cet achat. Il avait, sans aucun doute, dégoté la commode chez le brocanteur. Sam était impatient de pouvoir y faire un tour. En attendant, dès son retour à l’hôtel, il décida qu’il éplucherait les dossiers des autres victimes que lui avait confiés Mikael.
Il jeta un œil au conducteur qui venait de stationner l’Impala sur le parking de l’hôtel. Une certaine appréhension vint le submerger à nouveau. Avant toute autre chose, il allait certainement devoir s’expliquer avec son frère.
- T’as décidé de rester dormir dans la bagnole ? Lui lança son aîné, penché près de la vitre, à l’extérieur de la voiture.
Sam s’extirpa avec difficulté de l’habitacle. Ses muscles étaient ankylosés et ses articulations résistaient, comme si elles avaient été mal huilées. Il regretta de ne pas avoir encore avalé les anti-douleurs que lui avait fournis Claire. Il avait refusé de les prendre, prétextant qu’ils allaient le faire dormir. Et autant dire qu’il n’avait vraiment pas le temps pour ça !
Le voyant dans cet état, Dean s’en donna à cœur joie pour lui faire remarquer son manque de souplesse :
- On dirait Agecanonix … mais sans potion magique et sans la magnifique jeune rouquine qui l’accompagne !
La boutade eut le mérite de rasséréner un peu le plus jeune. Il fit donc une première tentative pour lancer le sujet :
- On devrait peut-être changer d’hôtel, tu crois pas ?
Dean se retourna vers lui, l’observa avec attention puis pénétra dans la chambre avant de lui répondre.
- Si tu veux. J’crois pas qu’on va les revoir de sitôt mais … si tu veux.
Sam entra à son tour et referma derrière lui. Il observa son frère qui lui tournait le dos et fit une deuxième tentative.
- Dean, heu … tu veux qu’on parle de ce qui s’est passé ce soir ?
- Non.
- Non ?
- Non. La journée a été infernale. Je suis crevé et puis de toute façon, je sais déjà ce que tu vas dire.
- Ah ouais ?
- Ouais, acquiesça le plus vieux en se tournant vers lui. D’abord, tu vas me trouver une explication logique au fait de m’avoir caché l’existence de ces deux enfoirés et ensuite, tu vas me reprocher de m’être mêlé de ce qui ne me regardait pas et de t’avoir emmené à l’hôpital alors que tu ne voulais pas y aller.
- Nan, s’empressa-t-il de répondre avant de s’expliquer devant le regard insistant de son aîné. Je veux dire, oui. Mais ce n’est vrai qu’en partie. Ecoute Dean, je tiens à t’expliquer d’où proviennent les « deux enfoirés ». T’as le droit de savoir et j’aurais dû t’en parler avant. Et c’est vrai aussi que je déteste les hôpitaux … comme toi d’ailleurs ! Mais … je ne te reproche pas de m’avoir obligé à me faire soigner. Et encore moins de t’être mêlé de cette histoire. Au contraire, je suis content que tu l’aies fait. Ces derniers temps, tu n’es plus le même et …
- Quoi ? Tu te fous de moi !?! Explosa soudainement l’aîné. La surprise qui se reflétait dans les yeux de son petit frère ne l’arrêta pas. Y’a pas trois semaines, tu me reprochais d’être toujours sur ton dos, à te donner des ordres. Apparemment, tu t’es réfugié auprès de ta pétasse démoniaque à cause de mon attitude trop « protectrice » à ton goût. Et maintenant que je fais tout ce que je peux pour te laisser de l’espace, tu te plains parce que je ne suis plus le même ! Faut savoir ce que tu veux, Sam ! Je suis d’accord avec toi sur un point, là : ce serait peut-être bien que tu grandisses un peu !
Sam resta bouche bée. La conversation était engagée mais il ne s’attendait pas à ce qu’elle prenne cette tournure. Dean essayait-il de lui expliquer que s’il l’avait lâché c’était uniquement parce qu’il avait essayé de respecter sa volonté d’être plus autonome ? Il déglutit. Soit, son aîné avait mal interprété ses paroles, soit il n’avait pas su lui faire comprendre ce qu’il voulait exactement.
Il devait faire une tête épouvantable car l’expression affichée sur le visage du plus âgé changea du tout au tout. Il essayait visiblement de se calmer. Plus posé, il reprit :
- Je sais que ce n’est pas ce que tu voulais. Il faudrait que je trouve une sorte de … juste milieu. Mais qu’est-ce que tu crois ? C’est dur pour moi. Putain Sammy, ça fait vingt-six ans que tu es mon petit frère. Je suis vraiment désolé que ce statut ne te convienne pas mais je n’arrive pas à te voir autrement. Et de toute façon, je n’ai pas réellement envie que ça change.
- Moi non plus, Dean. Ce n’est pas ce que je voulais dire ! C’est juste que …
- Je suis un grand frère chiant, qui passe son temps à te donner des ordres et qui ne te laisse pas vivre ta vie comme tu l’entends.
- Mais … Dean !
- J’ai essayé. J’te jure que j’ai essayé. Mais, regarde ! On s’est séparé vingt-quatre heures et t’as vu où on en est ? Quand je suis rentré tout à l’heure, je t’ai trouvé dans un état pitoyable. Et comme si ça ne suffisait pas, à peine une heure plus tard, tu te fais agresser par ces deux connards, venus de nulle part. Tu ne te rends pas compte là ! J’ai cru qu’t’étais … Enfin, j’te comprends pas : tu n’arrête pas de me casser les burnes en me rabâchant qu’on ne doit plus se séparer et tu profites de la première occasion pour te barrer seul sur une chasse.
- Non, ça n’a rien à voir. C’est … juste …
Jusqu’à présent son frère ne l’avait pas laissé en placer une. Et maintenant qu’il avait la possibilité de s’exprimer, il ne trouvait plus les mots. C’était pourtant lui le plus loquace des deux d’habitude.
- Sammy, tu ne peux pas me demander de ne pas m’inquiéter pour toi. Qu’est-ce que je ferais moi, s’il t’arrivait quelque chose ? J’te rappelle que, de nous deux, c’est toi l’intello !
Il accompagna ses paroles d’un sourire subtil. Mais dans ses yeux, Sam pouvait y lire de la tristesse. Il avait bien compris le message que son grand frère essayait de lui faire passer à travers sa blague foireuse. Son aîné n’avait jamais été capable d’exprimer ce qu’il ressentait avec de simples mots. Mais, en gros, il venait d’expliquer qu’il avait besoin de lui.
- Mais … ce n’est pas parce que je suis le plus jeune que je ne m’inquiète pas aussi pour toi. Et quand je t’ai dit ça l’autre jour … je suis désolé … ce n’est pas ce que … c’est juste que … comment veux-tu que j’apprenne si tu es toujours là pour m’empêcher de faire des erreurs ?
Dean le fixa un moment et fronça de nouveau les sourcils. Son regard devint dur et douloureux. D’un ton calme en totale contradiction avec l’expression figée sur son visage, il expliqua :
- Certaines erreurs, comme tu dis, sont plus graves que d’autres. On ne peut pas toujours les réparer. Et elles ne nous apprennent pas forcément quelque chose, mis à part le fait qu’on est un incapable, un gros débile et une catastrophe pour les personnes qui nous entourent. Et je préfèrerais que tu t’aperçoives de ça en apprenant de MES erreurs plutôt que tu souffres en essayant de réparer celles que tu fais.
Il s’arrêta là, les yeux toujours braqués sur son cadet, comme s’il attendait une réaction de sa part.
Sam avait bien compris ce qu’il voulait dire. Dean allait mal : il se reprochait toujours d’avoir brisé le premier sceau. Il se rendait responsable de tout, même du fait de ne pas avoir empêcher son petit frère de commettre les graves erreurs de l’année écoulée. Il tenta de le rassurer.
- Dean, tu n’es pas responsable …
- Si je le suis et, même si ce n’est pas facile tous les jours, j’assume. Ce que je voudrais que tu comprennes, Sammy, c’est que j’ai bien l’intention de me battre pour réparer mes fautes. Et c’est pour ça que lorsque Cas me demande de l’aide, je dois la lui apporter. Et j’aurais aimé … mais bon, c’est pas grave.
La dernière phrase resta en suspens mais Sam avait compris que son frère aurait préféré qu’il soit présent à ses côtés. Il s’assit sur le lit, alourdi par le profond sentiment de culpabilité qui l’assaillait. C’était lui qui avait abandonné son aîné et non l’inverse. Dean s’aperçut de son malaise et se passa une main sur le visage. Comme à son habitude, il essaya de détendre l’atmosphère.
- Eh, tu sais quoi ? Pour une fois, c’est toi qui a raison ! Quand on est seul chacun de notre côté, il ne nous arrive que des merdes. Et quand on est tous les deux, on est invincibles. Alors crois-moi, t’es pas prêt de te débarrasser de moi. Sam releva la tête et lui sourit. Et, t’inquiète, j’ai compris : c’est ta chasse. Alors c’est toi qui commandes. Mais en ce qui concerne le boulot de grand frère, c’est moi qui gère. J’vais assurer à mort. Tu verras, j’f’rai des efforts. Par exemple, je sais que dès que j’aurai mis un pied dans la salle de bains, tu vas récupérer ton ordi et tes dossiers et tu vas te relancer dans tes recherches. Et bien, je ne vais pas te dire que tu ferais bien mieux de dormir quelques heures, histoire d’être en forme tout à l’heure. Non, non, non, tu fais ce que tu veux ! Après tout, si tu préfères être naze et t’évertuer à chercher quelque chose que tu auras beaucoup plus de mal à trouver tellement t’es crevé, c’est ton problème. Pas le mien. Tu vois ? Je fais déjà des progrès.
Et il s’engouffra dans la salle de bain en camouflant, à peine, un sourire vainqueur.
Pendant quelques instants, Sam fixa la porte derrière laquelle se trouvait Dean. Il venait d’assimiler une chose importante : même s’il s’était forgé une carapace pour ne pas l’inquiéter, son grand frère allait mal. Il souffrait autant, voire peut-être même plus que lui. Il ne se remettrait jamais de son séjour en Enfer. Il avait fait ce sacrifice car il ne pouvait pas vivre sans son cadet. Et ce soir, il avait dû être totalement anéanti quand il avait pensé qu’on l’avait assassiné.
A travers le savon qu’il venait de lui passer, Dean avait clairement fait comprendre qu’il avait besoin de son petit frère. Il s’était enfin confié. Finalement, Sam ne regrettait pas cette discussion : elle avait été bénéfique pour tous les deux. Il se sentait rassuré à plusieurs niveaux et toute la tension qu’il avait accumulée durant ses dernières semaines s’estompa.
Il regarda avec envie les dossiers étalés sur la table et soupira. Même s’il ne lui avouerait jamais, son aîné avait encore raison. Il fouilla dans ses poches, à la recherche de la plaquette d’anti-douleurs et en avala deux. Il enleva ses chaussures et se mit à l’aise avant de s’allonger sur le lit. Il ferma les yeux pour se détendre et s’endormit avant le retour de son frère dans la chambre.
En voyant son cadet assoupi, et harassé par la fatigue, Dean n’avait pas mis longtemps à sombrer dans le sommeil. Mais l’image du corps inerte de son petit frère revint rapidement à la surface et il se réveilla en sueur après avoir dormi à peine deux heures.
A la lueur des lampadaires qui filtrait à travers les rideaux, il regarda le lit voisin et s’assura que tout allait bien. Puis, allongé sur le dos, les yeux fixés au plafond, il essaya de se détendre afin de se rendormir. Tout s’emmêlait dans sa tête : Le combat avec Raphaël, la libération d’Anna, la trahison de Castiel, les blessures de Sam, son effondrement sur le sol, la course poursuite, la rage qu’il avait éprouvée vis-à-vis de ces deux mecs qui avaient osé s’en prendre à son cadet et la discussion qu’ils avaient eu tous les deux avant qu’il ne parte se réfugier dans la salle de bain.
Pourquoi avait-il fallu qu’il craque juste cinq minutes avant d’aller se coucher ? Il attrapa sa flasque de whisky et but une gorgée. Sam allait mal et son rôle d’aîné était de l’aider à s’en sortir, pas de l’enfoncer d’avantage. Il devait faire abstraction de ses états d’âme et non les lui balancer en pleine figure. Comment son petit frère pouvait-il dormir aussi sereinement ? Il l’observa un instant. Il ne se rappelait même plus la dernière fois où il l’avait vu aussi calme pendant son sommeil. Pourtant, il se souvenait parfaitement d’avoir vu le visage de son cadet se décomposer au fur et à mesure qu’il lui expliquait ce qu’il ressentait. A aucun moment, il n’avait souhaité le faire se sentir coupable. Il aurait juste aimé qu’il comprenne à quel point il avait été paniqué quand il l’avait vu s’effondrer. Il refusait qu’il lui arrive quoi que ce soit. Parce que, lui aussi, avait besoin de son frère. Sam était véritablement la seule personne qui lui permettait de ne pas sombrer. S’il se battait, c’était uniquement pour lui. Son frère ne pouvait-il pas s’apercevoir qu’à chaque fois qu’il partait, l’énorme gouffre se reformait ? S’il était aussi pénible avec lui, à le surprotéger sans cesse, c’était avant tout par pur égoïsme : il ne voulait pas le perdre. Il l’avait déjà vécu une fois et il avait cru devenir fou. Ca avait failli se reproduire quelques heures auparavant et le monde s’était écroulé en même temps que le corps de Sammy sur l’asphalte. Il s’assurerait que ça ne se renouvelle plus jamais. Le plus difficile, dorénavant, serait d’allier les besoins de grandir de son petit frère et son désir de le protéger.
Il soupira. Maintenant, il n’arriverait plus à trouver le sommeil. Il distingua les dossiers empilés sur la petite table. Il se leva et s’installa pour les étudier. A la lumière d’une lampe torche, il entreprit de les parcourir.
Ce journaliste avait abattu un travail de titan. Chaque victime faisait l’objet d’une enquête minutieuse où témoignages et rapports en tous genres conduisaient à diverses théories et conclusions logiques.
Dean venait de terminer l’étude approfondie du dossier de Mario Zuccarelli et ouvrit celui de l’avant dernière victime. Il s’agissait également d’un homme, arrivé dans la région vers la fin du mois d’août. Il était prof de maths et exerçait sa profession dans l’unique lycée public de la ville. Le chasseur s’amusa à lire les commentaires de ses élèves : « C’était un ancien parachutiste, mais il n’en avait plus du tout la carrure. Par contre il en avait l’attitude : il se tenait toujours bien droit, les jambes écartées, du genre posture militaire. » ; « Il n’était pas très sexy : il était petit, avec un gros bidon et un crâne dégarni comme les moines.» ; « Le peu de cheveux qui lui restaient étaient très noirs alors il était p’t-être pas aussi vieux qu’il en avait l’air. » ; « Niveau look, c’était pas la joie : il avait toujours un jean beige ou gris avec une chemise à p’tits carreaux et manches courtes. » ; « C’était à croire qu’il n’avait jamais froid : il se baladait sans manteau même quand il faisait un temps pourri. » ; « Un vrai geek avec ses lunettes rectangulaires et légèrement arrondies au bout ».
Outre son apparence physique, l’ensemble des lycéens interrogés, qu’ils soient habitants de cette ville ou élèves dans l’ancien établissement où il avait exercé durant plusieurs années, s’accordaient à dire que c’était un homme plutôt sympathique : « Il ne se plaignait jamais de son divorce. Sa femme avait embarqué ses trois filles avec elle. J’crois qu’il compensait avec ses chiens. Il les emmenait toujours au bahut dans son gros 4x4. » ; « Il adorait l’humour noir mais il n’est pas si terrible qu’il y paraissait. » ; « Il m’avait mis un six et demi mais il avait été cool avec moi pendant la réunion parents profs. » ; « J’ai toujours été nulle en maths mais c’est le seul qui ne m’en a jamais fait la remarque. » A l’unanimité, Monsieur M., comme ses élèves aimaient l’appeler, était donc un homme apprécié. Sa mort, aussi horrible qu’elle avait dû être douloureuse, avait affecté l’ensemble de son entourage. L’hypothèse du meurtre avait été rapidement écartée et les conclusions de l’enquête faisaient état d’un malencontreux accident domestique.
Mikael Birman avait surligné quelques passages du rapport légiste : « Les tissus ont été entièrement consumés » ; « Les organes vitaux ont été totalement détruits » ; « Les marques présentes sur les restes du crâne, montrent clairement que la combustion a débuté au niveau des globes oculaires. » ; « Le corps a été soumis à une température avoisinant les mille cinq cents degrés Celcius ». Le corps de Dean fut parcouru par un frisson d’horreur.
- T’es un sale hypocrite.
L’aîné des Winchester sortit de sa réflexion et tourna la tête vers son petit frère :
- Quoi ? Lui demanda-t-il en braquant le faisceau de la lampe torche sur son visage.
Sam ouvrit les yeux, plaça sa main devant lui pour se protéger de la lumière et se redressa afin de s’asseoir sur le bord de son lit. Il actionna l’interrupteur et la clarté artificielle vint envahir la pièce. Il bougonna :
- Pourquoi tu n’écoutes pas tes propres conseils ? Comment ça se fait que t’as mes dossiers dans les mains pendant que moi je perds mon temps à dormir ? Tu pourrais pas éteindre ta saloperie de lampe ? Le plus vieux s’exécuta avec un petit sourire malicieux. Son cadet en profita pour regarder l’heure. Putain, Dean ! Il est presque huit heures et demie. T’aurais pu me réveiller !
- Quoi ? Huit heures et demie ! Et on n’a toujours pas pris le p’tit dèj. ! T’as raison, ça craint !
Sur ces mots, il attrapa le blouson de Sam pour sortir chercher de quoi se restaurer.
- Eh ! C’est MA veste !
- Tout doux, schtroumph grognon ! Il pleut des cordes dehors et j’ai laissé la mienne dans la bagnole.
Le plus jeune afficha une moue boudeuse et résignée, avant que Dean ne sorte de la chambre avec un rictus amusé. A l’extérieur, le jour commençait à se lever mais le temps maussade empêchait la luminosité de percer les nuages et traverser le rideau de pluie. L’aîné des Winchester s’empressa de parcourir la distance qui le séparait des boutiques de l’autre côté du parking de l’hôtel. La tête enfouie dans le blouson de son frère, il lui était complètement impossible de s’apercevoir qu’un homme venait de frapper à la porte de leur chambre.
Chapitre 12
Sam venait juste d’entrer sous la douche. Il avait discuté trop longuement et maintenant il devait se dépêcher afin d’être prêt avant le retour de Dean. Lorsque ce dernier entrerait dans la chambre et tomberait nez à nez avec leur visiteur, l’ambiance risquait d’être explosive. Il arrêta l’eau au moment où la porte d’entrée s’ouvrit. Aussitôt, il entendit :
- Sam ?
- Ouais. J’arrive, Dean, lui répondit-il pour le rassurer.
Tout en se séchant et en s’habillant, il écouta la discussion dans l’autre pièce.
« Qu’est-ce que tu veux ? Demanda son frère d’un ton sec.
- Dean, il faut qu’on parle.
- Toi ? Tu veux parler ? T’es pourtant pas très bavard d’habitude.
- Je sais que tu m’en veux, je le comprends et je le regrette. Mais tu dois me faire confiance. On a une mission et …
- Alors, écoute-moi bien : je n’ai pas l’intention de laisser tomber notre mission, comme tu dis. Mais n’attends pas de moi que je te refasse confiance aussi facilement !
- Je te l’ai déjà dit, je comprends.
- C’est ça, ouais ! Tu sais comment ça s’appelle ce que tu as fait ? C’est de la trahison.
- Je t’interdis de dire ça ! Je t’ai sorti de l’Enfer. Je me suis battu pour toi. Et pour que tu sauves ton frère, j’ai trahi les miens. »
Sam se demanda s’il n’était pas temps pour lui d’intervenir. Il approcha la main de la poignée quand il entendit la voix de son aîné. Il avait baissé d’un ton mais ses chuchotements restaient agressifs. Il s’approcha encore de la porte et tendit une oreille attentive.
« … passes ton temps à le blâmer. Tu le rends responsable de tout. Dis-toi bien que si tu ne l’avais pas fait sortir, on n’en serait pas là aujourd’hui !
- Et s’il n’avait pas fait les mauvais choix, tu n’aurais pas eu à l’enfermer !
- Il a été manipulé !
- Tu lui trouves toujours des excuses. Il t’a menti, il t’a trompé alors que tu as toujours eu foi en lui et c’est moi que tu oses accuser de trahison !
- Ce qui s’est passé entre lui et moi ne te regarde pas ! Il est ma famille !
- Je suis concerné par les événements qui ont eu lieu. On l’est tous ! Alors son comportement me regarde également. Mais je sais ce qu’il représente pour toi. Et je te le répète : je comprends. Je me suis engagé auprès de toi et je ne lui ferai plus aucun reproche. D’autant plus que j’ai conscience de ma part de responsabilité dans cette histoire. Tu l’as dit toi-même : nous sommes tous coupables. Je te demande juste de me laisser une seconde chance. Tu me la dois, Dean. »
Un silence angoissant s’ensuivit et Sam ne put résister plus longtemps. Il sortit de la salle de bain et les observa tour à tour : Comme à son habitude, Castiel se tenait bien droit. Aucune expression ne se reflétait sur son visage. Il affrontait du regard Dean, qui se trouvait à cinquante centimètres en face de lui. Contrairement à l’ange, l’aîné des Winchester exposait pleinement ses sentiments. Sans amorcer le moindre changement dans son attitude, Castiel formula sa requête :
- Je veux rattraper mon erreur. Laissez-moi vous aider sur cette enquête.
Dean tourna la tête vers son petit frère et l’interrogea d’un simple regard. La seule réponse qu’il obtint fut un haussement d’épaules. Il en comprit immédiatement la signification puisqu’il reporta son attention sur l’ange pour lui faire part de leur décision :
- C’est d’accord. Mais au moindre problème, …
La menace étant suffisamment claire pour tout le monde, il ne termina pas sa phrase.
Dean stationna l’Impala dans une ruelle désertique. La lumière artificielle qui filtrait à travers quelques fenêtres constituait la seule trace éventuelle d’une forme de vie dans la ville. Il était plus de dix heures du matin et la luminosité extérieure avoisinait celle de l’aube. Les trois hommes scrutèrent le ciel et les alentours avant de sortir du véhicule. Sam camoufla sa tête dans le col de son blouson et enfouit ses mains dans ses poches. L’aîné resserra sa veste autour de lui. Elle était déjà humide à cause de son nettoyage succinct effectué par ses soins, dans la matinée. Il continua donc de pester contre le temps épouvantable de ce patelin pourri. En plus, il ne se remettait pas des dégâts apparents à l’arrière de son bébé : Son Impala était défigurée et il n’avait pas encore eu le temps d’y regarder ! Castiel, quant à lui, restait de marbre, laissant la pluie ruisseler sur son visage. Tous trois longèrent la ruelle et tournèrent dans une impasse où se trouvait la boutique. La devanture, en grande partie vitrée, exposait du mobilier ancien ainsi que divers objets tout aussi insolites qu’inutiles aux yeux des deux chasseurs. L’enseigne se résumait à une grande planche de bois gravée au-dessus de l’entrée principale.
Lorsque Dean ouvrit la porte, une petite clochette, accrochée au plafond, se mit à tinter. Il n’avait pas encore mis un pied à l’intérieur qu’un phénomène attira plus particulièrement son attention. Il se tourna vers son frère qui lui lança un regard explicite. La chaleur confinée dans le magasin était tellement élevée qu’elle en était étouffante. Les Winchester ôtèrent leur veste dans un même mouvement devant l’air perplexe de Castiel.
Ils commençaient leurs investigations lorsque la propriétaire s’avança vers eux.
- Bonjour messieurs. Puis-je vous aider ?
A nouveau, les deux frères échangèrent un regard éloquent. Cette femme à la mine bon enfant, d’une cinquantaine d’années, était emmitouflée comme si elle se préparait à sortir dans un froid polaire. Avec un sourire convivial, Sam fut le premier à prendre la parole :
- Bonjour madame. Nous ne faisions que jeter un coup d’œil.
Devant l’attitude insistante de la brocanteuse, il ne put s’empêcher d’ajouter :
- Je ne voudrais pas vous déranger. Vous êtes certainement occupée.
- Mais non. Pas du tout, jeune homme ! Je suis tout à vous. Alors qu’est-ce qui vous ferait plaisir ?
Dean s’amusait beaucoup à observer son petit frère essayer de trouver les arguments adéquats. Loin d’avoir envie de l’aider, il écouta la bonne excuse qu’il avait l’air d’avoir trouvé.
- Oui, heu … je ne sais pas si vous pouvez nous conseiller. Je … euh … nous voudrions offrir un joli cadeau à notre mère.
- Oh, comme c’est gentil de votre part ! Mais bien sûr que je vais vous aider. Parlez-moi un peu de ses goûts. C’est pour son anniversaire ou pour Noël ?
Sam lança un regard de détresse à son aîné. Celui lui répondit par un sourire moqueur avant de lui annoncer :
- Quelle bonne idée ! Alors toi, tu vois tout ça avec la dame, et moi j’en profite pour faire un tour. On ne sait jamais, je dénicherais peut-être le cadeau idéal pour … maman.
Il trouva très distrayant que son cadet le fusille des yeux. Puis il changea rapidement d’attitude lorsqu’il vit Castiel ébaucher un mouvement de recul.
- Sorcière ! S’exclama l’ange en regardant droit devant lui.
Toutes les têtes se tournèrent dans la direction désignée par les yeux écarquillés de Castiel. Derrière un vaisselier, venait d’apparaître une jeune fille aux cheveux longs, couleur corbeau, qui lui tombaient sur le visage. Ses lèvres noires s’accordaient à la perfection avec ses ongles, ses yeux et ses vêtements. Elle fixait Castiel d’un air mauvais.
- Oh, je vous présente Emmanuelle, commença la propriétaire des lieux, ma petite fille. Elle vient m’aider au magasin lorsqu’elle n’a pas de cours, comme ce matin.
Le plus jeune des Winchester s’approcha de l’ange et lui murmura :
- Ce n’est pas une sorcière, Cas. C’est une gothique. C’est une façon d’être et de s’habiller …
- C’est pour ça qu’elle porte un collier de chien ? Demanda son interlocuteur à voix haute.
Sam essayait de cacher son embarras alors que Dean faisait son possible pour ne pas exploser de rire.
- Non mais c’est qui celui-là ?! S’énerva soudainement la jeune fille. T’as vu comment t’es fringué ? Tu te prends pour Colombo ? T’es looké comptable miséreux et tu te permets de me juger !
Dean s’esclaffa avant de se reprendre rapidement pour expliquer :
- Désolé mademoiselle. Il est autiste. Il ne faut pas lui en vouloir.
- La pauvre petite a changé du tout au tout depuis la mort de ses parents. C’était un drame vous savez …
Sam écoutait patiemment la brocanteuse tout en jetant régulièrement un œil à ses deux complices. Castiel faisait le tour du magasin sans lâcher des yeux l’adolescente qui conversait avec Dean. Systématiquement, le regard des deux frères se croisait.
- … et maintenant, il n’y a plus que nous deux.
- Je comprends, finit par répondre Sam pour montrer qu’il suivait la discussion. Euh … il fait vraiment très chaud ici.
La femme comprit immédiatement le sous-entendu car elle lui expliqua :
- Oh, oui, je sais. Je suis vraiment désolée mais je suis atteinte d’Ischemie digitale paroxytique, appelée plus simplement, maladie de Reynaud. Je suis extrêmement sensible au froid. Je ne quitte mes gants que lorsque je passe mes mains sous l’eau chaude afin de ramener mes doigts à la vie. C’est vraiment douloureux, vous savez. Il paraît que ça atteint les femmes de plus de trente ans et que les émotions peuvent déclencher les crises. Je crains que la perte de mon fils ait accentué ce phénomène, murmura-t-elle en baissant les yeux sous le poids du chagrin. Puis elle se redressa et continua sur un ton plus enjoué. Mais vous savez, cette maladie est un mal pour un bien. J’ai dû arrêter de fumer et je mange de nombreux aliments riches en vitamine C. Alors, aujourd’hui, je peux dire que je suis en pleine forme !
Sam lui répondit par un sourire empathique. Elle lui désigna un magnifique coffret à bijoux en acajou. Il fit semblant de s’y intéresser et lui demanda s’il était possible de repasser ultérieurement lorsque son frère et lui auraient pris leur décision.
- Ce sera toujours un plaisir de vous revoir, jeune homme, lui répondit-elle, toujours aussi joviale.
Il se dirigea vers Dean. Il avait une furieuse envie de sortir de cette canicule. Arrivé près de lui, il remarqua les cernes noirs sous ses yeux. Les traits marqués de son visage montraient la fatigue qu’il tentait de dissimuler derrière son habituel sourire. Sam s’inquiéta. Jusqu’à cet instant, il n’avait pas remarqué à quel point son aîné paraissait épuisé.
En sortant du magasin, les Winchester furent saisis par la différence de température. Ils enfilèrent leur veste et se dirigèrent vers l’impala, suivis de près par Castiel.
- Quoi ? Demanda Dean, les sourcils froncés, à l’intention de son cadet.
- T’as une tête horrible ! Lui répondit-il d’un air faussement décontracté. On devrait rentrer à l’hôtel pour que tu te reposes un peu.
Son frère le regarda de travers. Puis il fouilla dans ses poches et lui tendit les clés de l’Impala avant de marmonner :
- Si tu veux conduire, t’as qu’à le dire. Pas besoin d’inventer une raison foireuse.
Sam n’insista pas. Comme à son habitude, Dean venait d’éluder le sujet. Cette attitude était frustrante pour le cadet mais il en avait prit son parti. Il s’installa à la place du conducteur et savoura la symbolique d’être aux commandes de ce véhicule si cher à son frère.
- Vous avez trouvé quelque chose d’intéressant ? Demanda-t-il aux deux passagers.
- Cette fille est une sorcière, répéta Castiel.
Dans le rétroviseur intérieur, le plus jeune des Winchester pouvait apprécier la détermination de l’ange, assis bien droit sur la banquette arrière. Il ouvrit la bouche pour lui répondre mais Dean fut le premier à prendre la parole, d’une voix vraiment trop faible, au goût de son cadet.
- J’crois qu’t’es pas loin de la vérité. Il se passe quelque chose avec cette gamine … J’arrive pas à savoir c’que c’est … Et il y a un truc qui va vous intéresser. J’l’ai vu planquer un bouquin sous le comptoir. J’ai cru que c’était un journal perso, un machin dans le genre, mais la couverture est vraiment bizarre au toucher.
- Tu crois que ça peut être une sorte de grimoire ? Demanda Sam, très intéressé.
- J’en sais rien. J’aurais bien aimé l’embarquer mais je n’ai pas pu : elle scrutait chacun de mes mouvements.
- OK, j’serai d’avis qu’on y retourne cette nuit. En attendant, j’vais vérifier deux ou trois trucs sur les dossiers que m’a filés Mikael.
Sam ne put s’empêcher de constater que son aîné ne réagissait pas comme d’habitude. Son regard était perdu dans le vague, ses épaules s’affaissaient et les cernes sous ses yeux semblaient prendre de l’ampleur de minutes en minutes. Dans cette position, il paraissait presque … vulnérable. Un frisson parcourut le corps du cadet. Non, il devait se tromper. C’était impossible. Pas Dean.
Malheureusement, l’arrivée dans la chambre d’hôtel montra clairement qu’il y avait un problème. Sam vit son frère s’allonger sur le lit et s’endormir presque instantanément. A aucun moment il n’avait réclamé à manger alors que l’heure du déjeuner avait largement sonné. Pire, il ne profitait pas de ce moment de pause pour aller faire les réparations « indispensables à la survie de son bébé ». Il y avait vraiment un truc qui clochait et il espérait que ça ne soit pas aussi grave que ça pouvait le paraître. En attendant le réveil de son aîné, il s’installa à la table en prenant bien soin de se placer en face du lit. Puis il commença à éplucher les dossiers avec l’aide de Castiel.
Chapitre 13
Des sifflements épouvantables vinrent lui vriller les oreilles. Ils s’intensifièrent jusqu’à devenir étourdissants. Plus qu’un simple crissement, il avait l’impression qu’une femme hurlait son agonie sur ses tympans. Il ouvrit les yeux avec l’espoir d’arrêter ce cauchemar. Malheureusement pour lui, non seulement ce ne fut pas le cas mais en plus il n’avait aucune idée de l’endroit où il se trouvait.
Il se remémora les derniers événements. A peine cinq minutes auparavant, il s’allongeait sur le lit de la chambre d’hôtel sous le regard inquiet de son petit frère. Il n’avait même pas eu le courage d’ouvrir la bouche pour lui dire qu’il avait simplement besoin de dormir un peu. Un sentiment de fatigue intense l’avait envahit tout à coup et ses jambes avaient eu du mal à le soutenir jusqu’au lit.
A présent, il était installé dans un fauteuil en cuir marron, devant un écran de télévision brouillé par des points blancs. Avec les yeux plissés de douleur, il scruta la pièce. Il se trouvait dans un salon à la tapisserie vieillotte. Il appela son cadet mais n’entendit aucune réponse. Avec tout ce boucan dans ses oreilles, il se dit qu’il n’y avait rien de surprenant à cela. Malgré tout, il était apparemment tout seul. Sur un petit guéridon, à côté de lui, étaient entassées quelques photos. Il les saisit pour mieux les observer. Il pouvait contempler un couple avec leurs trois filles. Ils paraissaient très heureux. Il décida qu’il était préférable de vérifier la présence éventuelle d’une de ces personnes. Il se leva et déambula dans la pièce. Il butta ses pieds dans quelque chose de mou. En baissant les yeux, il vit trois bergers allemands allongés sur le sol. Ils redressèrent leur tête en même temps mais ne l’attaquèrent pas. Ce qui était réellement rassurant. A voir leur taille et connaissant la force de ces chiens, si ces gentils toutous le souhaitaient, ils ne feraient qu’une bouchée de lui. Heureusement, ils restaient docilement allongés sur le tapis défraîchi. D’ailleurs, celui qu’il venait de heurter, le regardait avec des yeux adorables. Il ne put s’empêcher de penser à Sam. Il espérait qu’il allait bien et qu’il ne soit surtout pas dans la même situation que lui.
Derrière chacune des trois portes qu’il trouva, il découvrit tour à tour, une chambre, une cuisine et une salle d’eau. Il n’y avait pas âme qui vive dans cette maisonnette. Il chancela et appliqua ses mains sur ses oreilles. Les cris stridents embrouillaient son esprit. La chaleur étouffante n’arrangeait pas les choses. Il essaya malgré tout de garder son calme et de retrouver un minimum de logique. Il devait sortir d’ici et retrouver son frère. La gorge sèche, il décida de partir, avant tout autre chose, à la recherche d’un peu d’eau. Il entra dans la salle de bain, ouvrit le robinet et but quelques gorgées qui ne le désaltérèrent pas le moins du monde. Il s’aspergea le visage mais rien n’y faisait. Il ne ressentait ni l’humidité, ni la fraîcheur de l’eau sur sa peau. Enervé, il s’appuya sur le bord du lavabo et se redressa brusquement. Ce n’est qu’à ce moment précis qu’il découvrit avec horreur son reflet dans le miroir. Il palpa son visage et y découvrit des lunettes. Il fit glisser ses mains sur son crâne chauve. Il effectua différentes mimiques pour s’assurer que l’homme qui était devant lui était bien son reflet. Il baissa les yeux pour observer ses vêtements. Il portait une chemise à manches courtes et à petits carreaux gris et bleus qui cachait à peine son gros ventre. Il dut se pencher pour voir la couleur de son pantalon et il en profita pour s’apercevoir qu’il portait d’horribles chaussons molletonnés. Il n’avait pas vu de photo de cet homme mais la description qu’il avait lue ne laissait aucune place au doute : il était dans la peau du prof de maths.
Tout ça n’avait aucun sens. Il était certainement en train de rêver et il devenait urgent de se réveiller. Il se redressa, essoufflé. La chaleur était étouffante et il ne maîtrisait plus sa respiration. L’air qui entrait dans ses poumons le brûlait de l’intérieur. Il avait beau essayer, il ne parvenait pas à se réveiller. S’il ne pouvait pas sortir de ce cauchemar, il devait impérativement déguerpir de cette maudite maison. Il actionna la poignée mais la porte refusa de s’ouvrir. Lorsqu’il voulut retirer sa main, elle resta collée. Il tira d’un coup sec et y laissa quelques lambeaux de peau. Il hurla de douleur. Il passa sa main sous l’eau qui n’eut aucun effet. Il tenta de se raisonner : puisqu’il faisait un cauchemar, tout cela n’était pas réel. Sa souffrance n’était qu’une sensation envoyée par son esprit. Tout n’était que chimère mentale … Et pourtant ça avait l’air si concret !
De l’autre côté de la porte, il percevait les hurlements à la mort des chiens. Ils devaient gratter pour essayer d’entrer dans la petite pièce d’eau car le battant subissait des coups violents. Dean transpirait tellement qu’il pouvait sentir la sueur dégouliner sur son crâne luisant. Les cris qui résonnaient dans sa tête étaient à deux doigts de le rendre fou. Il jeta un œil aux alentours pour trouver une issue. Sa vue se troubla. Les murs ne présentaient aucune ouverture et ils semblaient se rapprocher, menaçant de l’écraser. Il ressentit une brûlure au niveau des tempes. Il essaya de retirer ses lunettes mais là encore, ça lui était impossible. C’était comme si le métal qui constituait la monture avait fondu pour se souder à sa peau. Il retourna devant le miroir pour constater les dégâts. Ses joues, plutôt rebondies jusqu’à présent, retombaient mollement de chaque côté de son menton. Sa peau, devenue écarlate, fondait comme de la cire soumise à une forte chaleur. Le plastique de la monture avait fini par s’assembler à ses oreilles, constituant une masse informe de chaque côté de son crâne. La chaleur nécessaire à ce phénomène aurait dû le tuer il y a bien longtemps mais ce n’était malheureusement pas le cas. Il revivait des souffrances qu’il aurait voulu oublier. Désemparé, il prit sa tête dans ses mains et constata que sa chair comme ses cheveux tombaient par fragment. Dans le miroir, il aperçut avec horreur une silhouette enflammée juste derrière lui. L’ampoule qui pendait lamentablement au plafond explosa. Il se retourna vivement. Les flammes disparurent aussi vite qu’elles étaient apparues mais une luminosité morbide subsistait et entourait cette femme à l’allure glauque. Elle s’approcha de lui en se contorsionnant, avec des mouvements saccadés. Elle le fixa intensément de ses yeux sombres. L’esprit de Dean lui ordonnait d’attraper un objet, quel qu’il soit, et de s’en servir d’arme. Mais son corps refusait de lui obéir. D’ailleurs, il se rappela que ce n’est pas le sien mais celui du prof de maths. Il comprit avec horreur qu’il revivait la mort de cet homme en direct et qu’il ne pouvait rien empêcher.
L’immonde femme pencha nonchalamment la tête et prononça quelque chose qu’il ne comprit pas. Le souffle de son haleine sentait la chair brûlée. Ce fut la dernière chose qu’il sentit avant que le verre de ses lunettes explose en des milliers de petits éclats dans sa rétine.
- Il y a certainement un lien. Un truc qu’on a loupé.
Sam s’énervait sur ses dossiers. Il essayait de chuchoter mais il était à bout de nerfs. Depuis plus d’une heure, Castiel et lui épluchaient les documents pour trouver comment relier les différentes victimes. Ils étaient plus ou moins sûrs d’avoir trouvé l’origine du problème mais ils n’avaient pas assez de preuves. L’ange ne cessait de répéter que la jeune fille était coupable mais pour le jeune Winchester, une simple hypothèse ne suffisait pas à résoudre le mystère. Il voulait en tout premier lieu s’assurer que les victimes avaient toutes un lien avec la boutique et ses deux occupantes. Et dans le cas où il le trouverait, alors seulement, il devrait déterminer le vrai responsable. Il avait déjà vérifié les dires de la brocanteuse concernant sa maladie. Même si son attitude pouvait paraître étrange, ce qu’elle avait raconté était réel. Le style gothique de l’adolescente ne suffisait pas non plus à l’accuser. D’autant plus que le problème ne venait peut-être pas d’une personne mais d’un objet. Rien n’était sûr. Tout était flou. Et c’était réellement frustrant ! Il souffla et reprit depuis le début.
- Les parents d’Emmanuelle. C’est évident. L’assistante sociale qui s’est occupée de leur dossier. Evident aussi. Mario Zuccarelli. Il a acheté une commode, très certainement là-bas, un mois avant de mourir. Encore évident. Le prof de maths, par contre, c’est un problème puisqu’il n’enseignait qu’aux élèves de dernière année. Dans ce lycée, il y a un bâtiment bien spécifique réservé à ces élèves. Il est situé à quelques kilomètres de l’enceinte de l’établissement. Ces élèves ont, en quelques sorte, leurs profs particuliers et sont confinés dans leurs classes. La brochure explique que c’est pour donner une meilleure chance de réussite dans leurs études secondaires. Bref, tout ça pour dire qu’Emmanuelle et le prof de maths avaient très peu de chance de se rencontrer puisqu’elle doit faire encore deux ans avant d’entrer en dernière année. En plus, le prof est arrivé dans cette ville fin août. Ca ne laisse pas beaucoup de temps entre son emménagement et sa mort. Il est donc peu probable qu’il y ait un lien dans ce cas précis.
- On ne le sait pas. Il a pu lui donner des cours de rattrapage.
- Non, j’ai téléchargé son dossier solaire hier et elle a d’excellentes notes. Ses enseignants lui reprochent juste son attitude mais ils mettent ça sur le compte de la perte de ses parents. Et ils ne mentionnent pas un quelconque problème avec un professeur.
- Il est peut-être allé s’acheter des meubles pour aménager sa maison.
Sam soupira et se passa la main dans les cheveux, tout en réfléchissant à ce que venait de lui dire Castiel.
- C’est possible, admit-il. Mais on n’en a pas la preuve formelle. La brocanteuse doit tenir un registre de ses ventes. Il faudrait que je le consulte pour en être sûr. Puisqu’on y retourne cette nuit, j’en profiterai pour jeter un coup d’œil … Enfin tout ça, ça n’explique pas la sixième victime : la jeune femme de vingt-deux ans.
- Elle aussi est peut-être allée acheter des meubles.
- Là, c’est sûr que non. Mikael est allé rendre visite à son fiancé. Le style de l’appartement était plutôt moderne d’après sa description. Et elle était prof de danse classique. J’vois mal Emmanuelle en tutu rose. Quant à sa grand-mère, il aurait fallu qu’elle enlève ses après-ski pour enfiler des chaussons de danse. Non, là, j’comprends pas.
- Moi, c’est toi que je ne comprends pas. On a déjà réussi à relier quatre personnes sur six. Il ne s’agit que d’une question de temps pour que les deux dernières y soit également associées. Et toi, on dirait que tu essaies de trouver quelque chose qui pourrait innocenter cette sor… fille. Pourquoi ?
- Cas, il est hors de question qu’on s’en prenne à cette gamine en se basant sur de simples suppositions ! Sa grand-mère m’a expliqué qu’elle adorait ses parents. Alors pourquoi les aurait-elle tués ?
- Parce qu’il y a quelque chose de diabolique en elle. Je l’ai senti.
Sam serra les mâchoires. Il ne pouvait s’empêcher de faire le rapprochement avec son propre cas. Lui aussi avait quelque chose de diabolique en lui : il avait cette saleté de sang de démon qui coulait dans ses veines. Mais il ne pouvait rien y faire. Il devait vivre avec. Quel message Cas essayait-il de lui faire passer ? Que malgré toute la bonne volonté du monde, une personne qui avait ça en elle, finirait forcément sur le mauvais chemin ? Il admettait qu’il avait fait des choix désastreux et il se maudissait pour ça. Maintenant, ce qu’il voulait par-dessus tout, c’était expier ses fautes. Il ferait tout son possible. Il savait qu’il n’était pas malveillant et il avait terriblement besoin que quelqu’un croit en lui. Instinctivement, il regarda son frère.
Il se mit debout si rapidement que sa chaise tomba derrière lui dans un fracas épouvantable. En une fraction de seconde, il était près du lit de Dean. Il appliqua sa main sur son front et la retira aussitôt tellement il était brûlant. La peau de son aîné avait pris une teinte écarlate et il transpirait à grosses gouttes.
- Dean. Dean ! Réveille-toi ! Essaya-t-il en le secouant.
Mais ses tentatives n’eurent pas l’effet escompté. Non seulement son frère restait plongé dans un sommeil profond, mais en plus il se mit à crier de douleur.
- Qu’est-ce qu’il a ? Demanda soudainement Castiel, apparemment inquiet.
- Je ne sais pas ! Dean ! Cas, aide-moi ! Il faut qu’il se réveille !
Sam sentait la panique l’envahir. Il ne voulait pas perdre son frère. Non, il ne le supporterait pas. Il devait réagir, faire quelque chose.
- Cas, va me chercher de l’eau ! Dean !
Il continuait de l’appeler et de le secouer en vain. Il renversa le récipient d’eau froide, que venait de lui tendre l’ange, sur le visage de son aîné. Mais ce dernier n’eut aucune réaction. Il avait l’air de souffrir énormément et sa respiration était sifflante. Etant donné son état, il ne parviendrait jamais à l’hôpital à temps. Désespéré, il prit sa tête entre ses mains comme pour se forcer à trouver la solution.
- Cas, fais quelque chose ! Dean !
- Je ne peux rien faire. Je n’ai plus ce pouvoir.
- Dean, j’t’en supplie, réveille-toi ! L’implora-t-il avec des sanglots dans la voix. Dean !
- Dean !
Au-delà de la douleur, il distingua un son. Quelqu’un l’appelait. La voix n’était qu’un murmure, un vague chuchotement dans le lointain. Mais ce n’était pas n’importe laquelle : C’était celle de Sammy et il avait l’air totalement désemparé.
Il lui était impossible de faire abstraction des souffrances qu’il endurait. Toutefois, le simple fait d’entendre à nouveau son petit frère lui redonna la force nécessaire pour se battre. Il fit tout son possible afin de se concentrer sur cette voix si familière.
- Dean, j’t’en supplie, réveille-toi ! Dean !
Il se redressa d’un bond sur son lit. Son cœur battait la chamade et sa respiration était saccadée mais la douleur avait disparu et il était mouillé. Il avait toujours chaud et savoura donc cette délicieuse sensation de fraîcheur humide. Il sentit la main réconfortante de son cadet sur son épaule.
- Dean ? Ca va ?
Au son de la voix de Sam, il pouvait aisément deviner qu’il était paniqué. Il devait bien admettre qu’il ne se sentait pas rassuré non plus. La dernière fois qu’il avait fait ce genre de rêve, Sammy et lui avaient bien failli y passer. Aujourd’hui, les circonstances étaient différentes mais il restait persuadé qu’il serait mort s’il n’avait pas été réveillé à temps. Il sentit la deuxième main de Sam se poser sur son autre épaule. Il tenta d’apaiser ses craintes.
- Ouais, ça va bien. C’était juste un …
Tout en parlant, il cherchait à tâtons l’interrupteur. Il n’avait aucune idée du temps qu’il avait passé à dormir mais il faisait nuit noire. Il le trouva enfin et l’actionna. Il fut surpris de constater qu’aucune lumière ne diffusait dans la pièce. Il renouvela l’opération tout en maugréant :
- Putain ! Manquait plus qu’ça ! On n’a plus de jus ou quoi ?
S’apercevant que Sam ne réagissait pas, il fronça les sourcils, inquiet. Il ne pouvait pas voir son petit frère mais il sentait qu’il le fixait. Quelque chose clochait et il voulait en avoir le cœur net :
- Quoi ? La réponse se faisait attendre et sa crainte s’amplifia. Sam !
- Dean, heu … il fait jour.
Chapitre 14
- Tu veux bien arrêter de brasser de l’air. Tu ne m’aides pas, là.
Sam se stoppa net et l’observa, dubitatif. Son frère était toujours assis sur le bord du lit. Sa température avait baissé en un clin d’œil, sa peau avait reprit une teinte normale, sa respiration était des plus banale et, très bon signe, son sale caractère avait repris le dessus. Tout aurait été parfait s’il n’avait pas totalement perdu la vue et gardé ces cernes atroces sous les yeux. Mais c’était malheureusement le cas et, bien évidemment, cette tête de mule de frangin refusait catégoriquement d’aller à l’hôpital. Même Castiel n’avait pas réussi à le faire plier. En plus, Dean venait de leur raconter son cauchemar plus qu’étrange. Sam était donc passé d’inquiet à bouleversé puis de paniqué à épouvanté. Il était à la fois anxieux et déboussolé par ce qui arrivait à son aîné. Alors s’il avait envie de faire les cent pas dans la chambre pour se défouler, il avait bien le droit !
- Attends, Dean ! Tu viens de revivre la mort d’une des victimes. Avec Cas, on a bien cru que t’allais y passer. Quand tu te réveilles enfin, tu es aveugle ! Et tu oses te plaindre que je brasse de l’air !!! Ben vas-y ! Trouve la solution à notre problème ! Parce qu’à rester avachi comme ça sur le lit, tu ne m’aides pas non plus !
Dean le fixait de ses yeux vides mais l’expression de son visage l’aida à se calmer rapidement. Il inspira donc un grand coup et reprit :
- C’est juste que … j’ai plein de questions sans réponse : Qu’est-ce qui s’est passé ? Pourquoi tu as été touché par cette … malédiction ? Pourquoi pas Cas et moi ? Comment tes symptômes peuvent-ils être aussi différents des autres victimes ? Comment ça se fait que tu revives leur mort ? Qu’est-ce que c’est qu’ce bordel ?!? … Est-ce qu’à chaque fois que tu vas t’endormir, tu vas faire ce genre de cauchemar ? Est-ce qu’on pourra te réveiller à temps, si c’est le cas ? Et surtout, est-ce que tu pourras retrouver la vue ? Et n’y aura-t-il pas d’autres problèmes ? J’veux dire : là, tu as perdu la vue mais la prochaine fois …
- C’est bon, j’ai compris ! Tu vas me donner mal au crâne avec toutes tes questions. Pour ce qui est de dormir, je pense que je vais m’abstenir jusqu’à c’qu’on résolve l’affaire - Fais pas cette tête-là Sammy, j’essaie juste de trouver une solution. L’intéressé le dévisagea : même aveugle, son aîné voyait ce qu’il ressentait. Et ce serait pas mal qu’on y arrive rapidement. Après … j’sais pas quoi te dire. J’ai ressenti une forte envie de dormir quand on était chez la brocanteuse mais j’ai mis ça sur le compte de la chaleur étouffante et de ce lieu étriqué. Le problème c’est que cette sensation a continué jusqu’à ce que je finisse par m’endormir. Donc je ne pense pas me tromper en disant que l’origine de notre mystère est là-bas. Reste à savoir ce que j’ai fait de différent de vous pour avoir choppé cette merde.
- Tu as parlé avec la gamine ! Elle a forcément quelque chose à voir là-dedans. On ferait mieux d’y retourner maintenant et d’avoir une petite explication avec elle.
Sam vit la bouche de son frère s’ouvrir pour riposter mais c’est la voix de Castiel qui résonna dans la pièce :
- Je croyais qu’il ne fallait pas s’en prendre à elle avant d’avoir trouvé des preuves.
- Oui, mais les choses ont changé ! Répondit-il, sur la défensive, tout en l’affrontant du regard.
Avait-il vraiment décidé de le contredire jusqu’au bout ? Il se sentait déjà suffisamment coupable pour ce qui arrivait à son aîné sans que l’ange s’y mette aussi. Après tout, c’était lui qui les avait entraînés dans cette chasse alors il se devait de les en sortir. Et rapidement !
- Je dis juste que tu avais raison d’étudier toutes les possibilités et de prendre en compte certains faits. Expliqua Castiel sur un ton neutre mais qui se voulait rassurant. Même si cette … fille a quelque chose de néfaste en elle et qu’elle est probablement responsable de ce qu’il se passe, il est possible qu’elle soit influencée d’une certaine manière. Et ce serait bien qu’on sache à quoi on a affaire pour trouver comment résoudre notre problème.
- Sauf que là, il y a urgence et ce serait pas mal qu’elle réponde à certaines questions … Répliqua-t-il tout en jetant un énième coup d’œil à son frère.
Il détestait le voir si faible : les cernes sous ses yeux s’étaient renforcés. Il restait immobile, assis sur le lit avec les épaules tombantes malgré sa volonté flagrante de ne rien laisser paraître. C’était comme s’il fixait un point droit devant lui, totalement perdu dans ses pensées.
- Le bouquin ! S’exclama Dean brusquement, faisant sursauter son cadet par la même occasion. J’ai touché ce foutu bouquin à la couverture bizarre ! C’est peut-être de là que vient le problème.
Sam considéra un instant l’hypothèse de son aîné puis il admit :
- C’est une idée. J’vais voir ce que je peux trouver là-dessus. Mais quoi qu’il arrive, cette nuit, on va faire un tour là-bas.
Les deux autres acquiescèrent d’un signe de tête et il s’éclipsa dans la salle de bain. Une fois à l’abri des oreilles indiscrètes, il prit son téléphone portable. Ce qu’il s’apprêtait à faire ferait enrager son frère sans aucun doute, mais il prenait le risque. Sa décision avait été mûrement réfléchie. C’était essentiel, voire vital. Il composa le numéro et attendit que son interlocuteur décroche enfin.
- OK ! Voilà ce que j’ai trouvé, lança Sam au bout d’un temps de recherche sur son PC portable qui parut être une éternité à Dean. On sait déjà qu’une malédiction est un état de malheur inéluctable qui peut être imposé par un sort … ou le destin. On peut pas dire qu’il nous aide beaucoup celui-là ces derniers temps. Ajouta-t-il à mi-voix, légèrement parti dans ses pensées.
- Hors sujet, Maître Google, le rappela à l’ordre son aîné. Dis-nous plutôt ce que tu as trouvé.
Bien qu’il ne puisse pas le voir, Dean imaginait très bien la moue boudeuse de son petit frère. L’idée ne manqua pas de le faire sourire. Il avait besoin de penser à autre chose que l’horrible cauchemar si prenant qu’il venait de vivre et son handicap, qu’il espérait, temporaire.
- Ouais, bon, je disais qu’une malédiction pouvait être lancée d’une personne à une autre. Mais elle peut aussi être liée à un lieu où s’est déroulée une tragédie.
- C’est le cas du magasin ? S’enquit Castiel.
- Non, lui répondit le jeune Winchester. D’aussi loin que j’ai pu remonter, il n’y a jamais eu aucun drame dans ce bâtiment. Il a été construit en 1912 sur d’anciens marécages. Pas de cimetière à proximité ni aucun meurtre référencé ou tragédie potentielle.
- Donc ça écarte la piste du local, intervint Dean qui commençait à perdre patience. T’as trouvé quelque chose sur le bouquin ?
Il se sentait extrêmement las. Son esprit menait un combat acharné contre son corps. La nécessité de dormir devenait inévitable. Seule l’angoisse des conséquences d’un tel acte le maintenait éveillé. A présent, il ne souhaitait qu’une chose : en finir au plus vite avec cette histoire.
- J’y viens ! Lui répondit son frère sur un ton quelque peu irrité. Il existe des sorts de protection des livres. Ils sont utilisés pour décourager d’éventuels voleurs. En général, ça se résume à une petite inscription en tout début ou à la fin des manuscrits du Moyen-Age. Chaque malédiction est unique et concerne un ouvrage en particulier. Souvent, la punition promise était l’excommunication mais ça pouvait aller jusqu’à la damnation. Dans ce cas précis, elle faisait intervenir le regard de Dieu, alors ça avait tendance à dissuader les voleurs.
- A cette époque, les gens étaient croyants mais tout a changé aujourd’hui, fit remarquer l’ange.
- Oui c’est certain mais il y a quelques menaces qu’il ne faut pas prendre à la légère, même aujourd’hui. Surtout avec ce que nous savons. Tiens, par exemple : Celle-ci est inscrite sur un livre qui serait … il parcourut des yeux l’écran à la recherche de l’information … dans un monastère … à Barcelone. Voilà, écoutez ça : « Celui qui vole, ou emprunte et ne rend pas, un livre à son propriétaire, que le livre volé se change en serpent dans sa main et le pique. Qu'il soit frappé de paralysie, que tous ses membres éclatent. Qu'il languisse dans la douleur, qu'il demande grâce en pleurant, et qui n'y ait de sursis à ses tourments avant qu'il ne soit anéanti. Que les vers lui rongent les entrailles, au nom du Ver qui ne périt pas. Et quand enfin il ira à son châtiment final, que les flammes de l'Enfer le consument à jamais. »
- Sympa ! Même dans le cas où se serait un canular, ça fait froid dans le dos ! Avec tout ce qu’on a déjà rencontré, plus rien ne m’étonne. Et puis j’avais bien l’intention de lui piquer c’bouquin tout à l’heure. J’aimerais quand même bien savoir ce qui est écrit dessus.
L’exemple lu par son cadet ne lui plaisait pas plus que ça. Il avait expérimenté la mort du prof de maths et ça n’avait rien d’enthousiasmant. Mise à part cette fatigue harassante, il s’était bien remis et ne ressentait plus aucune douleur. Il en avait toutefois gardé un affreux souvenir. Il avait essayé de minimiser les choses pour ne pas inquiéter inutilement Sammy ou, en tout cas, ne pas le stresser plus qu’il ne l’était déjà. Mais, une chose était sûre : il refusait catégoriquement de revivre ça une nouvelle fois. D’autant plus qu’il ne savait pas si le deuxième essai ne serait pas fatal.
Sa réflexion fut interrompue par trois petits coups rapides frappés à la porte. Il se mit brusquement debout et manqua de perdre l’équilibre. La fatigue et la perte de la vue représentaient des handicaps monumentaux pour lui. Non seulement, il en était réduit à un état de boulet, et il ne supportait pas l’idée d’être dépendant de quelqu’un ; mais en plus, il était dans l’incapacité d’aider son frère s’il en avait besoin. Il entendit son cadet se racler discrètement la gorge. Il devint aussitôt suspicieux : son frangin était mal à l’aise et il lui cachait quelque chose. Il décida d’en avoir le cœur net.
- Sam ? Qui est derrière cette porte ?
Voyant qu’il ne lui répondait pas, il tendit l’oreille. Il perçut les chuchotements de son cadet à l’intention de Castiel. Le bruissement d’ailes lui indiqua que l’ange venait de partir. Ce comportement montrait clairement qu’il connaissait l’identité de leur visiteur. Il s’énerva :
- Sam !
Mais ce dernier se contenta d’aller ouvrir la porte.