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Cursed

Série : Supernatural
Création : 20.12.2009 à 21h57
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Pensez-vous réellement que les frères Winchester arrêtent de chasser pendant le hiatus d’hiver ?! En ce moment, ils sont confrontés à une chasse basée sur une vraie histoire ... » Lydean 

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             Le fait d’avoir perdu la vue n’empêchait absolument pas son aîné de le fusiller du regard et ça avait le don de le mettre mal à l’aise. Il décida donc de se concentrer sur la porte et l’ouvrit. Derrière elle, se trouvait cette magnifique jeune femme au regard si doux.

 

- Bonjour Sam ! Lui lança-t-elle avec un sourire empreint de tendresse. Où est notre grand malade phobique des hôpitaux ?

 

- Bonjour Claire. Je vous en prie, entrez ! Il est … hum … là.

 

            En indiquant son frère, il ressentit un besoin vital de se justifier auprès de lui.

 

- Comme tu n’étais pas particulièrement … motivé pour aller à l’hôpital, Claire a aimablement accepté de t’ausculter à domicile. C’est gentil de sa part, non ?

 

            Dean lui lança son sourire « T’aurais jamais dû m’faire ça, j’me vengerai !» puis il s’adressa à la jeune femme.

 

- Merci docteur. Mais il ne fallait pas vous donner cette peine. Il y a certainement des patients qui ont plus besoin de vous que moi.

 

- Excusez-moi, mais je pense être la seule personne qualifiée dans cette pièce pour en juger, le renseigna-t-elle sans aucune agressivité.

 

            Elle s’installa près de lui et commença à sortir ses instruments. Même s’il était persuadé que son aîné lui ferait payer cher, Sam s’amusa de la situation. La présence d’un médecin auprès de Dean le rassurait déjà. Le fait que ce soit « ce » médecin était d’autant plus réconfortant. Il l’observa ausculter son frère. Il espérait plus que tout qu’elle parvienne à le guérir même si, au plus profond de lui-même, il savait que cela relèverait du miracle. Après tout, ce ne serait pas la première fois. Dean avait réussi à se sortir de situations bien pires. Il avait même réchappé de l’Enfer. A ses yeux, il était invincible. Tout petit déjà, il avait cette image de lui. Ce grand frère, qui faisait aussi figure de père et parfois même de mère, prenait des allures de super héros lorsqu’il était enfant. Bien que le temps ait défilé depuis, malgré tout ce qui avait pu se passer, cette représentation restait ancrée. Par conséquent, il ne supportait pas de le voir dans cet état. Il était tellement pris dans ses pensées qu’il ne s’était pas encore aperçu que Claire et Dean échangeait sur  son état de santé. Il se concentra sur la conversation.

 

- … raison, sa respiration est sifflante et je vous promets d’y jeter un œil dès que j’en aurais fini avec vous, concéda-t-elle tout en lançant en sourire bienveillant à Sam. Puis elle reporta son attention sur son patient. Au premier abord, vos yeux ont l’air tout à fait normaux. Il se peut que ce soit effectivement temporaire. Mais si d’ici un ou deux jours, grand maximum, vous n’avez toujours pas recouvré la vue, vous devriez vraiment faire des examens plus approfondis. La cause peut être multiple. Ca peut aller d’un simple stress, un choc, aux signes, plus inquiétants, d’un AVC. Quant aux conséquences de votre entêtement à ne pas vouloir vous faire soigner, elles peuvent être graves. Dites-vous bien que vous pourriez rester aveugle tout le restant de votre vie, si … enfin si celle-ci ne se trouve pas écourtée parce que vous aurez banalisé les signes d’une maladie plus grave.

 

            Sam aurait préféré ne pas entendre ce genre de choses. Il fixa son frère comme pour l’obliger à réagir et guérir plus vite. Instantanément, Dean tourna la tête vers lui.

 

- T’inquiète pas Sammy. Ca va aller.

 

            Claire soupira devant un tel entêtement. Malgré tout, elle tenta autre chose :

 

- Vous êtes tellement fatigué que je n’arrive pas à prendre votre tension. Entendez-vous des bourdonnements ?

 

- Je dirais plutôt des sifflements.

 

- Depuis quand ?

 

- Cet après-midi.

 

            Cette information attira tout particulièrement l’attention de Sam. Il consulta rapidement les dossiers jusqu’à trouver le document qu’il cherchait. La prof de danse classique avait passé plusieurs examens médicaux pour comprendre l’origine de sifflements auditifs apparus du jour au lendemain. Elle se plaignait de perte d’équilibre depuis, ce qui était réellement handicapant dans sa profession. Il fouilla dans les autres dossiers médicaux et trouva un document stipulant que l’assistante sociale avait ce qu’on appelait des acouphènes. Il reporta son attention sur le médecin et ne put s’empêcher d’attendre plus longtemps pour lui demander :

 

- Claire, je sais que ma question va vous paraître bizarre mais est-ce que ces sifflements peuvent être assimilés à des acouphènes ?

 

- Oui, tout à fait, mais je ne pense pas que ce soit le cas de votre frère.

 

- Votre mari en avait-il ?

 

            Elle le dévisagea un moment avant de lui répondre.

 

- Oui, effectivement. Il s’en plaignait, juste avant de … Vous n’êtes pas vraiment un agent du FBI n’est-ce pas ?

 

            La question le surprit. Après un court échange silencieux comme ils en avaient le secret, les frères Winchester racontèrent brièvement en quoi consistait leur « travail ». Elle les considéra un long moment, estimant certainement qu’ils avaient perdu l’esprit, avant de se remettre à sa tâche. Bien que ce ne soit pas chose facile, elle obligea Dean à se mettre des gouttes dans les yeux et à suivre un traitement qu’elle indiqua sur une ordonnance à l’intention de Sam. Puis elle examina le torse de ce dernier et l’encouragea fortement à se reposer s’il ne voulait pas risquer de se percer un poumon avec une côte cassée. Le plus jeune la raccompagna jusqu’à sa voiture pour prendre le temps de la remercier.

 

- Je vous en prie, c’est mon travail.

 

- Oui mais ce n’est pas dans vos fonctions d’être aussi compréhensive. Je veux dire, avec ce que nous vous avons raconté … vous devez nous prendre pour des fous furieux.

 

- Oui et non, avoua-t-elle avec un sourire compatissant. Je suis médecin, mais pour tout vous dire … je ne trouve aucune logique à la mort de mon mari. Il n’y a rien de naturel là-dedans. Aucun baratin scientifique n’est valable à mes yeux. Et puis, il n’est pas l’unique victime de ce phénomène. Je suis comme vous : j’essaie de comprendre. Alors si vous trouvez la solution, quelle qu’elle soit, n’hésitez pas à m’en faire part.

 

- C’est promis. Et merci encore.

 

            Elle ferma la portière et mit le contact. Puis elle abaissa la vitre pour lui rappeler :

 

- Et allez vite chercher ce qu’il faut pour votre frère. Il a besoin de reprendre des forces. Il lui faut aussi beaucoup de repos, comme à vous d’ailleurs. Les gouttes que je lui ai administrées devraient l’aider à se détendre en attendant. Elles comportent un sédatif léger.

 

            Le cœur de Sam s’arrêta. Choqué, il resta planté le temps de la regarder s’éloigner une fraction de seconde. Puis son corps accepta de réagir enfin et il se précipita dans la chambre. Trop tard : Dean s’était déjà endormi !


Lydean  (19.02.2010 à 10:43)

Chapitre 15

 

            Il était vraiment bien dans ce lit. Le mot exact étant « détendu ». Aucune douleur, pas de fatigue, il était juste légèrement comateux. Il se sentait un peu comme dans un cocon. C’était à la fois doux et chaud, voire même un peu trop chaud. Afin d’être plus à l’aise, il retira partiellement les couvertures. Chose étrange : il ne se rappelait pas s’être allongé dessous. Il faisait tout pour ne pas s’endormir, ça n’aurait donc pas été très judicieux de sa part de s’installer si confortablement. En essayant de rassembler ses esprits, il sentit une présence près de lui. Quelqu’un dormait à ses côtés et venait de poser sa main sur son ventre. Un homme ! Il y avait belle lurette que Sammy ne le rejoignait plus dans son lit après ses affreux cauchemars. Et puis le petit être qui venait se blottir dans ses bras pour se rassurer autrefois, n’avait rien à voir avec cette grosse masse ronflante. Il ne reconnaissait même pas sa respiration. Alors qui était-ce ? Il ouvrit les yeux spontanément. Il perçut la faible lueur des lampadaires filtrer à travers les rideaux. Loin de se réjouir d’avoir recouvré la vue, il déglutit difficilement, marquant inconsciemment son appréhension. Comme pour le conforter dans son idée, les sifflements firent à nouveau leur apparition. Son cœur commença à s’emballer. Tout en retirant doucement la main posée sur son ventre, il jeta un œil à son propriétaire. C’était effectivement un homme d’une trentaine d’année, brun, à la carrure imposante. Il dormait comme un bienheureux. Quitte à vivre un nouveau cauchemar, Dean se dit qu’il aurait préféré se retrouver à côté d’une jolie jeune femme.

 

            Il se leva et fut pris d’un vertige. En voulant se rattraper, il heurta son pied dans une commode d’aspect extrêmement moderne. Il étouffa un cri, prit appui sur le meuble et massa ses orteils douloureux. Il retira la mèche de cheveux blonds qui lui gênait la vue et la coinça minutieusement derrière son oreille droite. Ce n’est qu’à ce moment précis qu’il comprit. Il fixa alors son attention sur ses ongles manucurés, apprêtés  d’une manière plus que féminine.

 

            A son grand regret, il s’aperçut que le corps qu’il habitait refusait de lui obéir. En revanche, de ses yeux, il pouvait balayer l’espace autour de lui et satisfaire ainsi sa curiosité. Sur son annulaire gauche, long et effilé, trônait une alliance. Ses bras étaient terriblement menus et sur ses frêles épaules, deux fines bretelles retenaient une nuisette en soie rose. Se retrouver à nouveau dans un de ces horribles cauchemars ne l’enchantait pas le moins du monde, mais mourir dans le corps d’une femme, ça, c’était exclu ! Il devait se réveiller avant que les choses ne se corsent. Il essaya d’appeler son frère. Malgré sa grande détermination, ses tentatives furent vaines. Rien ne lui obéissait. Il ne pouvait même pas ouvrir la bouche ou faire du bruit. S’il avait réussi à réveiller le grand poilu qui venait de prendre toute la place dans le lit, il aurait peut-être pu obtenir de l’aide. Mais non ! Il n’y avait rien à faire. Le corps de la jeune femme se bornait à rester le plus silencieux possible. Pourtant, il lui avait semblé être maître de ses mouvements au cours de sa douloureuse expérience dans la peau du prof de maths. Peut-être n’était-ce pas le même genre de rêve. La chaleur commença à l’assaillir et les sifflements se firent plus intenses comme pour apporter une réponse à son questionnement. Il en conclut qu’il se trouvait bien dans la même situation. Lors de son cauchemar précédent, il ne savait pas ce qu’il lui arrivait. Par conséquent, ses mouvements et ses intentions avaient dû être similaires à celles du corps qu’il habitait alors.

 

            Ces hypothèses commençaient à s’embrouiller tant la chaleur qu’il ressentait était prenante. Il se passa une main sur le front et constata qu’il était brûlant et qu’il transpirait abondamment. Il quitta la chambre et longea précautionneusement le couloir. Les sifflements étaient devenus des cris stridents et les vertiges avaient repris de plus belle. Il pénétra dans une pièce entièrement carrelée. Ses doigts trouvèrent directement l’interrupteur et une douce lumière vint envahir la salle de bain. Les murs était recouverts de grands carreaux que Dean reconnut comme étant du marbre. Malgré l’aspect froid que cette matière donnait à la pièce, il avait la sensation de fondre comme neige au soleil. Il s’approcha du lavabo et s’aspergea généreusement d’eau fraîche. Mais, comme la dernière fois, cela n’eut aucun effet sur lui.

 

            Il s’observa dans le grand miroir installé en face de lui. La femme qui s’y reflétait était magnifique. Les traits de son visage ruisselant étaient d’une extrême finesse. Ses cheveux blonds ondulaient jusqu’à la moitié de son dos. Ses yeux bleus indiquaient une grande douceur et une immense détresse. Sa peau rougissait de seconde en seconde. Elle ouvrit sa bouche si délicate pour tenter de retrouver une respiration plus sereine mais c’était peine perdue. Elle se dirigea alors vers la baignoire tout en ôtant son vêtement.

 

            Connaissant son funeste destin, Dean chercha un moyen de se réveiller. Il refusait catégoriquement de revivre cette expérience. Il était comme pieds et poings liés. Il subissait les tortures endurées par ces inconnus sans pouvoir intercéder. Il était dans l’impossibilité de faire quoi que ce soit pour aider cette femme puisqu’elle était déjà morte. Cette impuissance le rongeait de l’intérieur. De manière générale, il se moquait éperdument de souffrir physiquement si l’enjeu était la survie d’une personne. Parce que c’était ça son job : sauver des gens ! Mais là, il était inutile, il ne servait à rien et il ne pouvait pas le supporter. Pour ne rien arranger, il y avait de très grandes chances pour que ce cauchemar se ponctue par sa propre mort. A quoi servirait-elle ? Partir dans ces conditions n’était pas concevable. Il devait se battre ! Il fallait qu’il se sorte de là. Il devait empêcher que d’autres personnes subissent le même sort. Et surtout, il devait se réveiller pour Sammy. Ils avaient mutuellement besoin l’un de l’autre et il refusait de l’abandonner.


Lydean  (21.02.2010 à 19:39)

            La dernière fois, il n’avait eu qu’à suivre la voix de son frère. Il tendit l’oreille, attentif au moindre signe de sa présence. Sam était le seul à pouvoir l’aider. Il savait toujours pouvoir compter sur lui pour faire son maximum pour le sortir de là. La confiance sans borne qu’il lui accordait lui fit retrouver une once d’espoir. Malheureusement, seuls les sifflements envahissaient ses conduits auditifs. A présent, ils étaient devenus si intenses qu’ils ressemblaient plus à des gémissements de douleur. C’était comme si une femme hurlait son agonie. Il trébucha de nouveau et s’appuya contre le mur. La peau de ses bras avait pris une teinte écarlate. Installé dans la baignoire, il ouvrit le robinet d’eau froide au maximum et passa le pommeau de la douche le long de son corps. Une fine vapeur l’enveloppa alors comme si la pluie tombait drue sur un feu de camp. Mais si cette femme devait ressentir un léger apaisement, il n’en était rien pour lui. Il continuait de brûler de l’intérieur. Il sentait que son sang frémissait. Il visualisait parfaitement les petites bulles se former dans ses vaisseaux sanguins sous l’effet de la chaleur.

 

- Sammy ! Hurlait-il au plus profond de son subconscient. Aide-moi !

 

            Mais ses supplications restaient irrémédiablement confinées dans son esprit. Epuisée, la femme tomba assise dans la baignoire. Sa bouche s’ouvrit largement pour solliciter l’aide son ami mais seule de la vapeur d’eau s’évacua de sa gorge. Les gargouillis produits n’auraient même pas suffit à couvrir le bruit de l’eau qui continuait de s’écouler. Elle étouffait. Ses mains s’agrippèrent de chaque côté et elle essaya de se redresser mais ses tentatives étaient vaines. Dean pouvait ressentir sa panique. De son côté, le désespoir l’envahissait. Sous l’épiderme, des lignes écarlates se gonflaient et dessinaient un réseau infernal sur l’ensemble de son corps. Au niveau de ses membres, quelques vaisseaux éclatèrent, libérant de fins filets de sang. Le contenu de la baignoire prit d’abord une teinte rosée avant de virer totalement au rouge.

 

            Dean n’arrivait plus à se concentrer. Tout était embrouillé dans son esprit. Malgré tout, il constata qu’il commençait à ressentir les bienfaits de l’eau froide sur son corps. C’était vraiment étrange, voire complètement illogique puisqu’il assistait à la formation de grosses bulles dans le liquide écoeurant où il était plongé contre son gré. Cette pauvre femme était en train de frire dans son propre fluide corporel et elle était toujours en vie, incapable de réagir malgré sa volonté indiscutable, priant pour que la mort mette définitivement fin à ses souffrances. Cette idée le révulsa.

 

            Du coin de l’œil, un mouvement attira son attention. La femme qui suffoquait dans sa baignoire dut l’apercevoir également car elle tourna légèrement la tête et il eut tout loisir d’observer le spectacle horrifique qui venait d’apparaître. Un brasier infernal, venu de nulle part, s’avançait vers lui. Les flammes léchaient le plafond et les hurlements avaient atteint le summum des ondes acoustiques que pouvaient supporter ses tympans. Dean savait pertinemment que cette apparition était synonyme de mort imminente. Il se concentra pour entendre la voix salutaire de son frère mais rien n’y faisait. Soudain, l’embrasement diminua, laissant la place à la même chose qu’il avait aperçue dans son précédent cauchemar. Ce qui ressemblait à une femme, entièrement vêtue de noir, se contorsionnait en tous sens dans des mouvements saccadés plutôt insolites. Puis ses oscillations s’atténuèrent en même temps que ses gémissements.

           

            Le cœur de Dean cessa de battre, tout comme ses poumons refusaient obstinément d’emmagasiner l’air ambiant. Alors que l’espèce de chose désarticulée venait lui murmurer des mots incompréhensibles, il distingua enfin la voix de son frère qui paraissait totalement désemparé. D’où il était, il pouvait même entendre ses larmes couler. Il se concentra sur lui : sa voix, sa présence, son odeur, sa respiration.

 

            Lorsqu’il ouvrit les yeux, une seule image apparut avant qu’il ne se retrouve à nouveau plongé dans le noir total : Il était toujours assis dans une baignoire pleine d’eau sanguinolente. Il ne put en conclure qu’une seule chose : il avait échoué. Il ne s’était pas réveillé. C’en était fini. Sa vie ne défila pas devant ses yeux mais ses pensées s’orientèrent sur une unique personne. Inconsciemment, il hurla son nom :

 

- Sammy !!!!


Lydean  (21.02.2010 à 19:57)

             Enfin ! Il avait ouvert les yeux. Et même s’il paraissait complètement hagard et encore plus faible qu’avant, il était réveillé. Pour lui, c’était tout ce qui importait.

 

- Tout va bien, Dean ! Je suis là, essaya-t-il d’articuler dans une tentative désespérée de se rassurer mutuellement.

 

            Son soulagement n’était que partiel. Ca faisait une éternité qu’il faisait son possible pour que son aîné reprenne enfin conscience. Il avait tout tenté, même si son cœur menaçait sérieusement d’exploser sa cage thoracique pour s’échapper de sa poitrine tant il battait fort. Pour faire descendre la température, il avait plongé Dean, tout habillé, dans la baignoire qu’il avait remplie d’eau froide. A présent, il essayait de calmer la panique qui l’avait insidieusement envahi tout en maintenant fermement la tête de son frère au-dessus de la surface de ce liquide rougeoyant, composé en trop grande partie du sang de son aîné.

 

            La main de Dean sortit soudainement de cette substance répugnante et lui agrippa fermement la chemise.

 

- Sa…mmmmy, articula-t-il difficilement. Faut … plus … qu’je dorme, hein ? Faut … qu’tu m’aides, l’implora-t-il, la respiration haletante et les yeux dans le vide.

 

- Oui, j’te le promets, Dean.

 

            Ses larmes n’en finissaient plus d’inonder son visage. Il ne réalisait pas encore tout à fait que son frère était vivant. Ce sursis n’était que provisoire et il le savait trop bien. Il devait agir vite. Il allait prendre soin de lui et dégommer cette chose qui lui faisait autant de mal. La gamine avait tout intérêt à ne pas être mêlée à cette histoire, ni se mettre en travers de son chemin car, sinon, il n’hésiterait pas à la liquider.

 

            Pendant que l’écœurant liquide évacuait la baignoire, il commença à déshabiller son frère.

 

- Qu’est-ce que … tu fous ? Lui demanda faiblement Dean en fronçant les sourcils. Mais aussitôt, l’expression de son visage se radoucit et sans attendre une réponse, il ajouta : Tu voudrais pas plutôt aller me chercher des fringues … que j’aurais pas besoin d’essorer.

 

- J’veux d’abord savoir d’où vient tout ce sang, se justifia-t-il en continuant son inspection, la pudeur n’étant pas de rigueur dans ce genre de situation.

 

            Rien ! Il n’y avait rien ! Aucune coupure, pas une blessure, pas la moindre plaie ouverte. Seules la teinte rouge de l’eau qui finissait de s’évacuer et la pâleur du visage de Dean montraient clairement l’hémorragie qui venait d’avoir lieu.

 

- Comment tu te sens ? Se renseigna-t-il, plus qu’inquiet.

 

- La grande forme, docteur Quinn ! Ironisa son aîné avec un léger sourire qui se voulait rassurant.

 


Lydean  (25.02.2010 à 08:29)

            Assis chacun sur leur lit, Sam écoutait le récit de Dean. Il l’observait, guettant le moindre de ses mouvements, s’inquiétant des signes de fatigue qu’il affichait. Son aîné dirigeait son regard vers lui bien que sa vue lui fasse toujours défaut. Son débit de paroles ne reflétait en aucun cas la lassitude due à cette nouvelle baisse de tension. Il faisait tout pour ne pas inquiéter son cadet plus que nécessaire. Sam le savait bien et ça le mettait dans une colère noire. Ne pouvait-il pas prendre soin de lui au lieu de s’inquiéter des états d’âmes de son petit frère ? Ce deuxième cauchemar avait été bien plus long que le précédent et les séquelles qu’il en avait gardées avaient un effet dramatique sur son corps. Il avait perdu énormément de sang, un peu comme s’il l’avait transpiré par tous les pores de sa peau. Ses cernes noirs envahissaient la moitié de son visage. Ses traits étaient tirés, le laissant paraître vingt ans de plus. Il était dans l’incapacité de rester debout plus de dix secondes et il s’essoufflait pour un rien. Il devenait urgent de résoudre le problème et les indications que son grand frère lui fournissait avaient, à ses yeux, une valeur inestimable.

 

            Dean finissait de raconter son cauchemar lorsqu’on frappa à la porte. Marquant son inquiétude, l’aîné fronça les sourcils. Sam observa discrètement par la fenêtre avant d’ouvrir à Castiel. L’ange le dévisagea puis jeta un œil au-dessus de son épaule, en direction de Dean, avant de lui demander :

 

- Qu’est-ce qui s’est passé ?

 

- Dean vient de revivre la mort de la prof de danse, lui expliqua-t-il du bout des lèvres, en le laissant entrer.

 

- Je croyais que tu devais le surveiller et l’empêcher de s’endormir, remarqua-t-il sur un ton neutre.

 

            Castiel avait un don certain pour exprimer à voix haute les reproches qu’il se faisait intérieurement. Déjà, s’il n’avait pas lourdement insisté pour faire cette chasse, son frère ne se trouverait pas dans cette galère. Toutes les souffrances qu’il subissait aujourd’hui relevaient de son unique responsabilité. Il aurait dû être plus vigilent. En voulant lui porter secours par l’intervention de Claire, il n’avait fait qu’aggraver son état. Il s’en voulait terriblement.

 

- Sammy ! Arrête ta séance d’auto flagellation ! Intervint soudainement Dean qui lisait incontestablement dans son esprit. Tu n’es pas responsable. Rien n’est de ta faute. Et j’ai besoin de toi. J’suis pas en état … Il faut qu’on arrête tout ça … Sois rationnel ! S’il te plaît … Et Cas, t’étais où bordel ?

 

- Sam m’a demandé d’aller chercher Anna, expliqua-t-il tout naturellement. Mais elle ne viendra pas. Elle ne peut rien faire pour nous aider. Elle n’a plus de pouvoirs. Mais elle a une théorie …

 

- Laquelle ?  Demandèrent les deux frères de concert.

 

- Elle pense que la manière dont la malédiction te touche est en relation avec le fait que tu as été ressuscité deux fois par des anges.

 

- Comment ça, ‘deux fois’ ? S’exclama Sam, choqué par ce qu’il venait d’entendre.

 

            Castiel souleva un sourcil interrogateur et Dean fronça les siens tout en reformulant sur un ton sec :

 

- Anna ne m’a pas ressuscité. Elle m’a aidé à me réveiller, elle m’a remis sur pieds … Dis ça comme tu veux mais je n’étais pas mort donc elle ne m’a pas ressuscité ! Il se passa la main sur le visage, dirigea son attention vers son petit frère et lui expliqua : La libération d’Anna a été plus difficile que prévu mais ça s’arrête là. On n’va pas se prendre la tête pour ça. On a fait notre boulot et c’est tout ce qui compte.

 

- Raconte ! Exigea le plus jeune en s’installant à nouveau en face de son aîné.

 

            Dean soupira et ferma brièvement les yeux avant de résumer l’altercation avec Raphaël. Sam était effaré : son frangin avait failli mourir mais n’avait pas jugé important de lui en parler ! Il contenait difficilement la rage qui le consumait de l’intérieur.

 

- T’aurais dû m’le dire ! S’emporta-t-il.

 

            Il vit son aîné prendre sa tête entre ses deux mains et se frotter les yeux d’un geste las. Il reprit plus calmement :

 

- Mets-toi à ma place ! Comment tu aurais réagi si je t’avais caché …

 

- T’as raison, j’aurais dû te l’dire, le coupa Dean.

 

            Les mots qui sortaient de la bouche de son frère montraient qu’il admettait son erreur. Mais l’expression de son visage ne portait pas à confusion : Il avait tout intérêt à ne rien cacher à son aîné s’il ne voulait pas découvrir quelle réaction il aurait effectivement eu à sa place. Comme si la menace voilée n’était pas suffisante, il sentit que Castiel l’observait avec un regard dur. Il se tourna vers lui.

 

- Quoi ? Lui demanda-t-il, quelque peu sur la défensive.

 

- Je me demandais juste à quel moment tu avais pris le temps de t’informer de ce qui s’était passé là-bas. C’est évident que Dean compte beaucoup pour toi alors je suis étonné que tu ne t’y sois pas intéressé avant.

 

            Sam déglutit difficilement. Encore une fois, l’ange venait de lui faire exploser son égoïsme en pleine figure. Et le pire dans tout ça, c’est qu’il avait raison. De nouveau, son sentiment de culpabilité l’envahit.

 

- Putain, vous me fatiguez tous les deux, intervint Dean. On pourrait pas en revenir à notre affaire. J’aimerais bien qu’on en finisse et qu’on quitte ce bled de merde !

 

            La réflexion de son frère le fit réagir. Il perdait vraiment trop de temps à se lamenter et se remettre en question alors que son aîné était en train de dépérir juste devant ses yeux. Il était bien décidé à tout faire pour l’aider et rien ne pourrait l’arrêter désormais.


Lydean  (25.02.2010 à 17:09)

Chapitre 16

 

            Assis à l’arrière de son bébé, Dean avait entrepris un combat acharné pour ne pas s’endormir. Son frère avait bien pris soin de l’abreuver d’un nombre incalculable de cafés mais son corps était décidément trop faible. Il avait l’impression d’avoir couru un marathon après une semaine de nuits blanches. Le fait d’être plongé dans le noir n’améliorait pas la situation. Mais la peur de vivre une nouvelle mort sans pouvoir intervenir l’aidait à se concentrer. Toutefois, c’était l’attitude de Sam qui l’encourageait le plus à se battre. Son cadet dégageait une force et une volonté à toute épreuve. Il avait encaissé les critiques de Castiel sans rétorquer ni même cherché à se justifier. Il s’était affairé à préparer le matériel et avait élaboré un plan avec l’ange comme s’ils étaient des amis de toujours. Par cette attitude, son petit frère lui montrait un soutien sans faille et il ne voulait pas le décevoir. D’un commun accord, il avait été convenu qu’il les accompagnerait. Sammy ne voulait pas le laisser seul à l’hôtel et de son côté, il était exclu que son cadet aille chasser sans lui. Même s’il se sentait totalement inutile. Il se doutait bien qu’il ne leur serait d’aucun secours et qu’il aurait même tendance à être une charge mais c’était plus fort que lui. Il devait être présent. En revanche, il était prévu qu’il reste près de la voiture. Il admettait bien volontiers qu’un aveugle inexpérimenté dans une brocante soit similaire à un chien dans un jeu de quilles : pas très discret !

            Malgré le sifflement incessant qui était revenu envahir ses oreilles, il se concentra sur la conversation qui s’était engagée à l’avant du véhicule.

 

- Je pense que c’est moi qui devrais prendre le livre, insistait Castiel, je suis un ange, ça réduit les risques.

 

- Ecoute, moi aussi, j’aurais des gants et puis qui nous dit que tu es immunisé ? Alors le premier qui le trouve le prend et on sort, rétorqua Sam.

 

- Mais on ne sait pas si cette précaution est suffisante.

 

- Cas, on ne sait même pas si c’est ce bouquin qui est à l’origine des malédictions. En fait, on ne sait pas grand chose. Mais j’suis à peu près sûr que la grand-mère est protégée grâce aux gants qu’elle porte …

 

- Si ce n’est pas elle qui est à l’origine du problème ! Rappela l’ange.

 

            Même sans voir son cadet, Dean savait quelle tête il faisait. En revanche, il s’étonna du ton calme qu’il employa pour expliquer :

 

- C’est pour ça qu’on a réglé le taser. Si une des deux nanas se pointe, on aura de quoi se défendre sans, pour autant, leur faire trop de mal. On est paré pour un certain nombre d’éventualités et on ne peut pas perdre plus de temps.

 

            L’aîné devina le regard de son petit frère braqué sur lui, se refléter dans le rétroviseur intérieur. Puis la Chevrolet décéléra jusqu’à s’arrêter totalement. Après quelques minutes silencieuses, les trois hommes descendirent de voiture. La pluie tombait averse mais cette fois-ci, Dean était plus que ravi de rester en dessous. La fraîcheur qu’elle lui apportait était salvatrice à deux points de vue : elle faisait baisser sa température corporelle et elle le réveillait. Avec toute cette eau qui ruisselait sur lui, il se sentait revigoré !

 

- Dean, tu serais peut-être mieux à l’intérieur, non ?! Remarqua son petit frère.

 

            Pour toute réponse, il lui adressa un sourire. Il sentait bien que Sammy se préoccupait de son état de santé et il savait qu’il pouvait lui faire confiance pour l’aider à s’en sortir. Sa survie était entre ses mains à présent et cette idée ne lui posait aucun problème, bien au contraire. Il voulait le remercier de prendre soin de lui mais d’un autre côté, c’était une situation plus qu’étrange. Les rôles étaient inversés et il avait du mal avec ce mode de fonctionnement. Sam dut le percevoir car il ajouta :

 

- L’entrée du magasin est à moins de cent mètres sur ta gauche. En longeant le mur, tu y accèderas facilement. Normalement, on n’en a pas pour longtemps. Je vérifie un ou deux trucs sur le registre des ventes, on retrouve ce foutu bouquin et on revient. On avisera de ce qu’on fait, après. OK ?

 

            Par ces quelques mots, son petit frère l’avait rassuré. Tout d’abord, il lui avait fait comprendre qu’il pourrait les rejoindre dans le cas où ils auraient besoin de lui. Ce qui le rendait moins inutile, tout à coup ! Ensuite, il l’avait tranquillisé sur les risques éventuels de cette mission : « On rentre et on ressort. Tu n’auras même pas le temps de t’apercevoir de notre absence et donc de t’inquiéter pour nous ! » Bon point ! Et enfin, il lui avait assuré qu’aucune décision ne serait prise sans l’avoir concerté avant. Bien joué ! Pour finir, il lui demandait s’il était d’accord avec ça. Mais bien sûr ! Et puis, ce ne serait pas réellement Sammy, s’il ne terminait pas son monologue sans une petite question ! Il le reconnaissait bien là : Impressionnant la facilité avec laquelle il utilisait les mots pour faire comprendre ce qu’il ressentait ou faire passer un passage. Dean se dit qu’il avait dû être absent le jour où on avait distribué ce gêne. L’attitude de son cadet lui redonna du baume au cœur. Il décida de jouer le jeu et lui balança sa réplique de grand frère :

 

- OK ! Mais faîtes gaffe ! Comme tu l’as dit tout à l’heure, on ne sait pas grand chose et ça pourrait mal tourner.

 

            Il les entendit s’éloigner. A plusieurs reprises, il sentit le regard de Sam braqué sur lui puis, plus rien. La pluie avait toujours le même effet sur lui. C’était relativement réconfortant. Même les sifflements avaient disparu. Il contourna sa voiture et l’examina à tâtons. Il commença à râler lorsqu’il s’aperçut de l’amplitude des dégâts occasionnés par le Pick-up. La porte arrière, côté conducteur, était enfoncée et il n’était plus possible de l’ouvrir. Les dommages s’étendaient pratiquement jusqu’au coffre. Celui-ci résistait un peu à l’ouverture mais fonctionnait encore correctement. L’essieu, quant à lui, avait certainement été touché puisqu’il couinait, sans discontinuer ! Il s’en était aperçu alors qu’il était affalé à l’arrière de l’Impala, tout en essayant de se concentrer sur autre chose que ces sifflements incessants.

 

- Mon pauvre bébé, ta première rencontre avec un Pick-up a été plutôt brutale, hein ?! Murmura-t-il à l’intention de la Chevrolet. T’inquiète pas j’vais bien prendre soin de toi …

 

            Il s’interrompit et fronça les sourcils. Il sentait une présence. Quelqu’un le fixait, debout à quelques mètres derrière lui. Et cette personne n’était ni Sammy, ni Castiel. Le fait que l’inconnu reste planté en silence près de lui n’annonçait rien de bon. Il se redressa tout en saisissant son arme et fit volte-face.


Lydean  (03.03.2010 à 19:13)

            Il avait vraiment eu du mal à le laisser là, tout seul. La décision avait été prise d’un commun accord mais il ne pouvait toujours pas s’y résigner. Il voyait son aîné regarder dans sa direction sans réellement le voir. Et il avait cette appréhension qui le tiraillait comme si c’était la dernière fois qu’il le voyait. Il se raisonna. Ils n’en avaient que pour quelques minutes.

            Il prit ce qu’il avait besoin dans le coffre de l’Impala et s’obligea à ne pas regarder le tas de tissus informe, qu’il avait balancé violemment dans un coin un peu plus tôt. En préparant le matériel, il était tombé sur les vêtements déchiquetés de Dean. Des sueurs froides lui avaient parcouru le dos. Il était furieux mais cette colère était dirigée envers lui-même. Rien que l’état pitoyable de la veste montrait à quel point son frère avait dû souffrir. Et pendant que son aîné se battait pour sa survie et accomplir la tâche qu’il s’était imposée, lui, se morfondait dans des divagations qui lui paraissaient tout à fait futiles à présent. Castiel avait raison : il se comportait vraiment comme un sale gamin égoïste. Mais tout ça, c’était terminé ! Il avait reproché à son aîné de l’empêcher de grandir mais il venait de réaliser qu’il se complaisait parfaitement dans cette situation. C’était tellement confortable de savoir toujours compter sur quelqu’un, de pouvoir le rendre responsable de tout ce qui clochait dans sa vie et de le faire ensuite apitoyer sur son sort, histoire de se faire pardonner, sous prétexte qu’on est plus jeune et donc plus vulnérable. Dean avait subi un conditionnement mental de la part de leur père sur le fait qu’il devait protéger son petit frère. Et lui, en tant que tel, avait entretenu cet état des choses par son attitude. Mais ça allait changer ! Son aîné avait besoin de lui et il lui avait confié sa vie sans hésiter ; pas parce qu’il n’avait pas le choix mais juste parce qu’il avait confiance en lui. Alors, il ne le décevrait pas.

 

            Il avait tenté de joindre Bobby. Leur ami s’était vraiment inquiété pour eux, d’autant plus qu’il était bien trop loin pour pouvoir les rejoindre dans les meilleurs délais. Toutefois, il s’était engagé à chercher un moyen de résoudre leur problème et lui avait fait promettre de l’appeler régulièrement pour donner des nouvelles.

 

            Il était arrivé devant la porte du petit magasin avec Castiel. Il n’eut aucun souci à déverrouiller l’entrée. Puis il se redressa et fronça les sourcils. Il venait de s’apercevoir qu’il n’avait pas pensé à tout : Il était capable de neutraliser la plus sophistiquée des alarmes mais il se trouvait totalement démuni devant une pauvre petite clochette accrochée au plafond ! L’appartement de la brocanteuse étant situé juste au dessus, il estima ses chances de ne pas la réveiller à zéro. L’ange s’éclipsa alors pour réapparaître derrière la porte. Il décrocha précautionneusement le très bruyant petit objet et ouvrit la porte en grand. Avant d’entrer, Sam inspira un grand coup et jeta un dernier coup d’œil à son frère, qui était adossé sur sa chère voiture, comme si de rien n’était.

 

            Quand il pénétra au milieu de ce bric-à-brac de meubles anciens, la sensation d’étouffement le submergea de nouveau. Il se concentra sur sa tâche. Castiel était déjà derrière le comptoir. Après y avoir parcouru le moindre recoin, il se redressa et regarda le jeune chasseur en lui faisant un léger signe de tête négatif : Le fameux livre ne se trouvait plus où Dean l’avait vu la dernière fois. Puis il s’éclipsa de nouveau. Il était convenu que l’ange fouille l’appartement au premier étage, pendant que lui, de son côté, inspecterait le commerce. A son tour, Sam se dirigea donc vers le comptoir. Il se saisit du registre des ventes et l’étudia rapidement. Il n’eut aucun souci à déceler le nom du prof de maths, qui était venu à plusieurs reprises chercher du mobilier. En revanche, il ne trouva aucune trace de la danseuse. Que ce soit à son nom de jeune fille ou même de femme mariée, il n’y avait rien. Il persévéra : il devait absolument relier toutes les victimes. Rien ne devait être laissé au hasard. C’est là qu’il découvrit enfin la pièce manquante. Deux miroirs avaient été vendus à une association de danse. L’achat avait eu lieu juste un mois avant le décès de la prof. Cette fois-ci, il n’y avait plus de doute possible et l’une des deux femmes était forcément coupable des atrocités commises. Il serra les mâchoires : quelle que soit la responsable, elle allait le payer, et très cher !

 

            Il continuait ses investigations au milieu du fouillis lorsqu’une ombre apparut juste à côté de lui. Il sursauta.

 

- Putain Cas ! Chuchota-t-il, énervé. T’as trouvé quelque chose ? Finit-il par demander, après avoir retrouvé son souffle.

 

- Non, rien, répondit l’ange, tellement absorbé par ses pensées qu’il était encore plus laconique que d’habitude.

 

- Il doit bien être quelque part quand même.

 

- Oui, mais il n’est pas là-haut et la gamine non plus !

 

 - Quoi ? Mais elle est où alors ? S’inquiéta-t-il soudainement, sans espérer réellement de réponse.

 

            Il n’attendit pas une seconde de plus et se précipita à l’extérieur. D’où il était, il pouvait parfaitement voir l’Impala mais il constata avec horreur que son frère n’y était plus. Il accéléra sa course tout en scrutant l’intérieur de la voiture. Non ! Il ne le voyait toujours pas. Où était-il ? Qu’avait-il bien pu se passer ? Ils n’avaient été séparés que quelques minutes ! C’était vraiment impossible. Dean ne pouvait pas avoir disparu en si peu de temps. Non, il ne pouvait pas y croire. Il se rappela le sale pressentiment qui l’avait assailli un peu plus tôt. Il chassa cette pensée épouvantable. Il allait le revoir. Il y avait une explication logique et il allait bien, c’était certain ! Il ne lui était rien arrivé. C’était Dean, bordel ! Il ouvrit la portière à la volée et inspecta l’intérieur sans succès. Paniqué, il se redressa d’un bond et hurla son nom par-dessus le capot de la Chevy.


Lydean  (07.03.2010 à 18:49)

- DEAN !

 

- Sammy ! Pas la peine d’hurler comme ça. J’te rappelle que j’suis aveugle, pas sourd !

 

            Il tourna spontanément la tête en direction de la voix rassurante de son aîné. Il se trouvait à quelques mètres de là, dans l’obscurité, à l’abri sous une sorte de auvent. Le soulagement qu’il venait d’éprouver ne dura qu’une fraction de seconde. A côté de Dean se dessinait une silhouette qu’il reconnut facilement : Emmanuelle ! Une bouffée de rage s’empara de lui. Il empoigna le taser et se dirigea à grandes enjambées vers l’adolescente. Le regard de celle-ci s’assombrit à mesure qu’il s’approchait puis des éclairs menaçants se mirent à jaillir de ses yeux. Sam continua sa progression sans s’en inquiéter mais stoppa net lorsque son frère s’interposa. Ce dernier venait de se placer devant la chose aux allures malsaines et brandissait une main tranquillisante dans sa direction.

 

- Du calme, le tigre ! Tenta-t-il de l’apaiser. Tout va bien.

 

            Interdit, il observa son aîné un instant. Bien sûr, avec son handicap, il ne pouvait pas voir à quel point le visage de la jeune fille s’était métamorphosé. A cet instant, elle n’avait plus rien d’innocent et elle paraissait plus maléfique que digne de confiance ! Mais Dean fronça les sourcils et lui fit un signe de tête imperceptible, lui indiquant qu’il savait ce qu’il faisait et qu’il devait lui faire confiance, puis il ajouta le plus sereinement du monde :

 

- Emmanuelle était justement en train de me raconter ses malheurs. Ca te dit de les entendre ?

 

            Devant les certitudes de son aîné, Sam abdiqua. Mais il resta malgré tout sur la défensive. Il ne comprenait pas comment son frère pouvait rester aussi calme. De son côté, il aurait bien tordu le cou à cette petite merdeuse !  

 

- Oui, beaucoup, affirma-t-il sèchement, en les observant tour à tour.

           

            Le visage de l’adolescente se détendit et son expression redevint plus naturelle. Soudain, elle tourna la tête vers Castiel qui venait de rejoindre le petit groupe.

 

- Ah, non pas lui, s’exclama-t-elle soudainement, pourquoi vous avez emmené l’autiste avec vous ?

 

            Dean s’empressa de la rassurer. Sam l’observait. Son aîné avait toujours su parler aux jeunes et aux plus petits. Il y a encore peu de temps, il préférait penser que c’était dû au fait qu’il n’avait pas réellement grandi et qu’il était resté, par conséquent, un enfant. Mais au plus profond de lui-même, il savait pertinemment que son aîné n’avait jamais eu d’enfance et que, dès son plus jeune âge, il n’avait eu de cesse de s’occuper de son petit frère. Cette aptitude n’était peut-être pas innée, certainement forcée par le destin, mais bien présente. Et c’était une qualité et un atout souvent bien utiles dans ce genre de situation.

 

            Emmanuelle commença donc ses explications : Elle n’avait aucun souvenir du moment où elle avait trouvé le grimoire mais elle se souvenait de l’inquiétude de ses parents quant à son soi-disant changement d’attitude. Au début, ils avaient pensé que c’était l’adolescence mais sa maman avait vite ressenti quelque chose de mauvais dans cet ouvrage que sa fille emmenait partout avec elle. Alors, ils avaient essayé de lui soustraire mais le livre réapparaissait comme par enchantement près d’elle le matin. Et puis finalement, ses parents étaient décédés alors qu’ils rentraient d’une sortie en amoureux, tard dans la soirée. Elle avait fait un cauchemar horrible cette nuit-là. Elle avoua que c’était comme si elle avait été avec eux dans la voiture au moment de leur mort.

            Elle s’arrêta un instant de parler. Sam ne voyait plus en elle la chose maléfique, ni même l’adolescente gothique mais une jeune fille effrayée et complètement anéantie par le décès si brutal de ses parents. Il était évident qu’elle se reprochait tout ce qui s’était passé alors qu’elle n’en était pas responsable.

 

            Avec les encouragements de Dean, elle reprit son récit :

 

- La première personne à qui j’ai voulu en parler, c’était l’assistante sociale. Elle était vraiment très gentille et je savais que je pouvais lui faire confiance. Elle a regardé le livre et elle l’a emmené avec elle. Mais … le lendemain matin, il était de retour dans ma chambre et un mois plus tard … je faisais à nouveau un cauchemar et … après … j’ai appris qu’elle était morte. J’ai vu comment c’est arrivé et c’était horrible ! … Et je ne pouvais rien empêcher puisque c’était dans un rêve ! J’ai essayé de me débarrasser de ce bouquin. Une fois, je l’ai même mis dans la cheminée.

 

- Et qu’est-ce qui s’est passé ? Demandèrent les deux frères en même temps.

 

- J’ai perdu connaissance et lorsque je me suis réveillée, j’étais dans mon lit, avec le grimoire à côté de moi.

 

- Les autres victimes avaient-elles touché le livre, elles aussi ? Se renseigna Castiel.

 

            Emmanuelle acquiesça d’un signe de tête et poursuivit :

 

- Quand j’ai compris ce qui se passait, j’ai fait en sorte d’avoir le grimoire toujours près de moi. Comme ça, je pensais pouvoir le contrôler. Mais à chaque fois qu’une personne venait me parler ou s’intéressait un peu plus à moi, le livre se retrouvait comme par hasard dans un endroit accessible et ils le touchaient inévitablement.

 

- Mais, ça a toujours eu lieu au magasin. Comment tu expliques qu’il n’y ait pas de victime au lycée, par exemple ?

 

            Elle regarda Sam de son regard perçant et finit par lui répondre :

 

- J’ai fait en sorte que personne ne m’approche. Même les profs me laissent tranquille. Ils croient tous que je suis cinglée et c’est bien mieux comme ça. En général, au magasin, c’est pareil. Il n’y a que quelques inconnus qui viennent me voir. Et le pire, dans tous ça, c’est que ce sont des gens sans préjugés et vraiment gentils … mais ils meurent tous … et c’est à cause de moi.

 

- Tu n’y es pour rien, essaya de la consoler Dean. Et la bonne nouvelle c’est que maintenant qu’on sait exactement ce qui s’est passé, avec mon frère et mon pote, on va pouvoir t’aider et arrêter tout ça ! On est des spécialistes.

 

- Mais vous avez touché le grimoire ! Rappela-t-elle, bouleversée.

 

- Ah mais, je n’ai pas l’intention de mourir ! Et puis, mon frère là tu vois, c’est un vrai geek : il va forcément trouver la solution à notre problème. Et moi,  j’suis un expert en bottage de cul ! Alors ton bouquin, là, il ne me fait pas peur.

 

            Inconsciemment, Sam esquissa un sourire. C’était bien son frère ! Puis il avisa Emmanuelle et lui demanda :

 

- J’aimerais bien voir ce fameux grimoire.

 

            Elle l’observa, les sourcils froncés, réfléchissant à sa requête. Au bout d’un instant, elle ouvrit le sac cabas qu’elle avait placé en bandoulière autour de son cou. Elle sortit un ouvrage d’aspect sinistre, noirci comme s’il venait de sortir des flammes. Elle prit bien soin de le garder près d’elle tout en exposant sa couverture au jeune chasseur.

            Il ne voyait pas bien les inscriptions, ni les éventuelles illustrations qui devaient orner le grimoire il y a quelques siècles. Il s’approcha. Elle esquissa un pas en arrière.

 

- Je veux juste le voir de plus près, lui expliqua-t-il doucement tout en continuant sa progression.

 

- NON ! Se mit-elle à hurler soudainement avec une voix étrange.

 

            Aussitôt, son visage se transforma. La jeune fille redevint la chose malsaine. Ses traits se durcirent. Sa peau prit une teinte maladive. Ses lèvres se pincèrent en un rictus démoniaque. Son regard s’assombrit. Même ses cheveux, si soyeux jusqu’à maintenant, s’alourdirent et se crêpèrent en une tignasse folle. Sam s’arrêta instantanément mais c’était déjà trop tard. Elle déblatérait des mots sans aucun sens. Un vent violent, venu de nulle part, s’abattit sur eux. Il eut juste le temps de voir Dean se redresser et Castiel se rapprocher de lui dans un geste défensif, avant de sentir  ses pieds décoller du sol.


Lydean  (10.03.2010 à 10:48)

Chapitre 17

 

            Autant le décollage le surprit, autant la douleur qu’il ressentit à l’atterrissage était prévisible. Son corps s’écrasa brutalement sur le sol, tassant quelques vertèbres et comprimant ses côtes miraculeusement rescapées jusque-là. Sa cage thoracique expulsa en un jet bref, l’oxygène contenu dans ses poumons. Il glissa ensuite sur le bitume pendant plusieurs mètres. Malgré la protection que constituaient ses vêtements, il perçut rapidement les brûlures dues au frottement. Puis il se heurta au trottoir, dans un craquement sourd : En dépit du bandage censé la consolider, l’épaule, déjà mal en point, se déboîta au passage. Sa course folle s’arrêta enfin lorsqu’il percuta le mur opposé de la rue. L’impact fit décoller le crépi qui s’effrita en pluie fine sur sa tête. Il n’eut pas l’occasion de crier sa douleur : ses poumons ne contenaient plus suffisamment d’air et le choc l’avait complètement sonné. Il se força à rester conscient malgré tout : son frère avait besoin de lui.

 

***

 

            Dean avait senti que les choses dégénéraient avant même que l’adolescente ne se mette à hurler. Cette fille était réellement instable, comme possédée par quelqu’un ou quelque chose. Il avait voulu réagir, mais ses réflexes n’étaient plus au rendez-vous. En dépit de toute la bonne volonté du monde, la fatigue prenait le dessus. Ce n’est que lorsqu’il comprit que Sam était en danger qu’il réussit à se dégager de ses liens invisibles. Mais il réalisa que c’était malheureusement trop tard ! Si encore il avait pu voir ce qu’il lui arrivait, il aurait pu parer l’attaque, protéger son cadet.

            En désespoir de cause, il se jeta sur la jeune fille. Il se heurta à une sorte de mur, ou plutôt une plaque de plexiglas. Ce n’était pas totalement rigide mais carrément indestructible. A moitié assommé, il essaya malgré tout de le contourner pour atteindre sa cible, sans succès. Qu’est-ce que c’était qu’ce truc ? Il essaya de le briser en se ruant une seconde fois dessus mais il ne réussit qu’à se faire mal. Paniqué lorsqu’il réalisa qu’il n’entendait plus son frère, il se focalisa sur ses sens restants. Il devait se reprendre et faire quelque chose.

 

***

 

            Il avait vraiment tenté de s’interposer mais cette maudite créature avait été plus rapide. Il l’avait vu envoyer Sam de l’autre côté de la rue avec des mots qu’il n’avait plus entendus depuis des siècles. Il les avait pourtant prévenus que cette fille était une sorcière. Il l’avait senti dès qu’il l’avait rencontrée.

            Et puis, il avait vu Dean se jeter sur elle mais il avait été stoppé net par un mur invisible. Cette saleté avait de la ressource et il ne se rappelait pas avoir dû affronter une telle créature auparavant. Même lui était dans l’incapacité de l’approcher. Il réfléchissait au meilleur moyen d’aider les deux frères sans provoquer plus de dégâts matériels ou pire, corporels. Les Winchester n’étaient que des humains. Il ne voulait pas prendre de risques inutiles. Mieux, il avait appris à apprécier ces deux hommes et il était important pour lui de les protéger. Il conclut qu’il était préférable de partir en retraite et de revenir affronter cette chose lorsqu’ils seraient mieux armés. Cette décision fut facile et rapide. Ce qui l’était moins en revanche, c’était de trouver un moyen pour arriver à ses fins.

 

***

 

           Il se remit debout avec toutes les peines du monde. Il souffrait atrocement et le fait de se redresser lui donnait des vertiges. Mais il tenait à sortir son aîné de cette situation. Le problème qui se posait maintenant était de savoir comment il allait bien pouvoir s’y prendre ?! Si la situation avait été inversée, comment Dean aurait-il réagi ? Première chose, il aurait fait abstraction de la douleur et aurait entrepris tout son possible pour mettre son frère en sécurité. Conclusion : il devait l’éloigner du danger. Pas facile ! Connaissant son frangin, il ne partirait pas avant d’avoir tout tenté pour exterminer cette chose. Il inspira un grand coup, refusant de prêter attention à la souffrance qui irradiait au cœur de sa cage thoracique. En voulant faire un pas en avant, sa jambe droite dédaigna le soutenir plus longuement. La gauche n’étant pas plus stable, il trébucha et s’affala sur le trottoir. D’accord, c’était pas gagné ! S’il ne pouvait pas utiliser sa force physique pour entraîner son grand frère loin du danger, il devait trouver un moyen de le faire venir jusqu’à lui. Il n’y réfléchit qu’un court instant et se maudit de ne pas y avoir songer plus tôt : il connaissait une méthode imparable ! Il tenta le tout pour le tout :

 

- Dean ! Hurla-t-il en laissant ses souffrances s’exprimer librement.

 

***

 

            Il ne lui fallu pas plus d’une fraction de seconde pour qu’il commence à se diriger vers cette voix si familière et si empreinte de douleur à la fois. L’entendre l’appeler de cette manière lui avait fait le même effet que s’il avait reçu un coup de défibrillateur. L’onde électrique avait parcouru son corps qui s’était mis à bouger avant même qu’elle n’arrive complètement au cerveau.

            Malgré tout, ça n’avait rien de simple lorsqu’on était plongé dans le noir, avec une menace à proximité et la peur au ventre qu’il soit arrivé quelque chose de dramatique à son petit frère. En plus ses jambes ne lui obéissaient pas aussi bien qu’il l’aurait souhaité. Ses muscles étaient mous, sans force, comme dénués de toute vie. Il serra les dents et s’obstina à poursuivre sa progression. Le seul avantage était que cette fois-ci, il n’était pas dans un de ses foutus cauchemars. Il pouvait réagir et il se devait de le faire.

            Il s’aperçut qu’il avait quitté le auvent lorsque la pluie torrentielle s’abattit sur lui. Il constata une nouvelle fois que cette douche improvisée était bénéfique pour son organisme, voire salvatrice et lui apportait le regain d’énergie dont il avait besoin. Il se concentra sur son audition, attentif au moindre signe de menace ou de traces quelconques de la présence de Sammy. Il entendit alors la voix calme de Castiel derrière lui. Il ne comprenait pas un mot de ce qu’il pouvait raconter mais ça n’avait que peu d’importance. L’ange ne s’adressait pas à lui de toute façon. Il était certainement en train de faire diversion en discutant avec Emmanuelle ou, tout du moins, l’être qui avait pris possession d’elle. Il se focalisa sur ce qui lui paraissait le plus important à cet instant précis.

 

- Sammy, Parle-moi ! Lui demanda-t-il pour s’orienter.


Lydean  (14.03.2010 à 12:53)

- Je suis là. Vas-y, avance tout droit !

 

            Ca fonctionnait parfaitement. Dean n’était plus qu’à quelques mètres de lui. En plus, Castiel avait pris les choses en main et s’occupait de distraire l’adolescente.

 

- Qu’est-ce que tu as ? C’est grave ? Tu peux marcher ? s’inquiéta son aîné qui venait de le rejoindre. Il faut qu’on se casse d’ici.

 

            Accroupi près de lui, il entreprit de l’ausculter avec ses mains, un peu trop brutalement au goût de Sam qui venait de découvrir de nouvelles douleurs sous les doigts de son frère.

 

- J’me suis encore démis l’épaule. Ca fait un mal de chien. Tu peux m’aider ? … T’as raison, on ferait mieux de se tirer d’ici.

 

            Ca l’arrangeait bien que ce soit Dean qui ait proposé de partir. De toute façon, ils ne pouvaient rien faire de plus pour le moment, mis à part se mettre en danger inutilement. Il observa son aîné, installé près de lui pour remettre son épaule en place. Il poursuivait l’inspection de son corps meurtri, attentif à la moindre blessure qu’il aurait pu omettre de lui avouer. Ses gestes étaient imprécis et tremblants. Son visage était blanc, voire livide, et il était totalement essoufflé. En le voyant aussi mal, une vague de remords l’envahit. Même si ses intentions étaient louables, il l’avait obligé à se surpasser physiquement en lui faisant croire qu’il était à l’agonie. Maintenant qu’il avait réussi à l’éloigner un peu du danger, il devait absolument rétablir la vérité et le rassurer :

 

- Dean, arrête ! J’vais bien.

 

- Te fous pas de moi ! T’as la respiration d’un asthmatique, t’es avachi sur le sol comme si t’étais Jabba le Hutt, ton bras est placé dix centimètre trop bas et j’ai bien entendu comment tu m’as appelé y a deux secondes.

 

- J’ai peut-être exagéré sur ce dernier point, avoua-t-il timidement.

 

            Il vit Dean froncer les sourcils avant de placer ses mains stratégiquement aux niveaux de son bras et de son omoplate. Il s’arrêta dans sa démarche et lui demanda :

 

- Tu peux me dire ce que fait Cas ?!? Il drague la gamine ou quoi ?

 

            Sam se redressa un peu pour avoir une meilleure visibilité. Il commença à décrire la scène :

 

- J’sais pas. J’crois qu’il parle avec elle. Mais elle a pas l’air d’accord, si j’en crois l’expression de son visage. J’pense pas qu’ on ait encore beaucoup de répit dev … Oh, putain ! Gémit-il par-dessus le craquement que venait de provoquer la remise en place de son épaule.

 

            Dean lui adressa un sourire satisfait.

 

- C’que tu peux être douillette, princesse ! Se moqua-t-il, tout en s’assurant malgré tout que ça allait. Tu peux conduire ?

 

- Ouais, c’est bon ! Répondit le plus jeune sur un ton boudeur.

 

            Pour appuyer ses dires, il força sur ses jambes et prit appui sur le mur pour se redresser.

 

- OK, alors on se casse ! Rappela son aîné en se levant à son tour.

 

            En longeant discrètement le mur et en se soutenant l’un l’autre, ils regagnèrent l’Impala. Sam l’aida à s’installer puis il se mit au volant et démarra. Chacun de leur côté, ils se demandaient comment aider Castiel à se sortir de là lorsqu’il débarqua, venu de nulle part, à l’arrière du véhicule. Dean n’eut aucun souci à l’entendre arriver car la clochette qu’il avait soustraite au magasin tinta généreusement dans sa poche au moment de son apparition.

 

- Vous en avez mis du temps ! On peut s’en aller maintenant ? Leur reprocha-t-il.

 

- Cas, quand je t’ai dit que j’t’accrocherai une clochette autour du cou, je plaisantais ! Ironisa Dean sur un ton qui montrait malgré tout à quel point il était soulagé de le savoir avec eux.

 

            Le conducteur démarra en trombe en direction du motel.

 

- Vous croyez qu’elle va nous suivre ? S’inquiéta-t-il.

 

- Non, je ne pense pas, lui répondit l’ange. Devant le regard inquisiteur de Sam dans le rétroviseur, il poursuivit. J’ai essayé de lui faire comprendre qu’elle n’avait rien à craindre de nous puisque nous ne savions rien sur elle et qu’on n’avait aucun moyen pour la vaincre.

 

- Et elle t’a cru ? Elle t’a laissé partir, juste comme ça ?! S’étonna Dean, vraiment sceptique.

 

- Non.

 

            Sa réponse n’étant, de toute évidence, pas suffisante, il s’expliqua :

 

- Elle a dit qu’elle pouvait patienter … que nous n’étions effectivement pas une menace puisque nous allions disparaître rapidement, et que …

 

- Quoi ? Demandèrent les deux autres excédés.

 

- Dean. Elle m’a dit de te dire qu’il ne te restait que quelques heures, que cette nuit serait ta dernière.

 

            Cette révélation eut la fâcheuse conséquence d’énerver Sam. Son sang se glaça à la simple idée qu’il pourrait perdre à nouveau son aîné. Il serra les mâchoires, plus déterminé que jamais à le sortir de là. Il jeta un œil à son frère, installé à côté de lui et qui ne bronchait pas. Il n’avait aucune réaction et se contentait de rester assis là, sans rien dire. Ca ne lui ressemblait pas. Il ne s’était quand même pas résigné à mourir ?! Dean devait absolument garder l’espoir. Il devait lui faire confiance car il allait trouver une solution. Il lui avait promis quelques semaines auparavant : il ne l’abandonnerait pas, il ne l’abandonnerait plus. Il décida de le lui faire savoir :

 

- Et ben moi, je sais à quoi on a affaire !  Et je vous jure que je vais trouver un moyen de buter cette saloperie ! C’est elle qui vit sa dernière nuit !


Lydean  (16.03.2010 à 08:43)

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