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Out Of Memory

Série : Supernatural
Création : 19.05.2010 à 07h56
Auteur : Lydean 
Statut : Terminée

« Après un choc, Dean perd la mémoire. Entre cauchemars, souvenirs douloureux, traque du FBI et chasse d’une créature, le lien qui l’unit à son frère sera-t-il suffisant pour s’en sortir ? » Lydean 

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Out Of Memory

 

Après un choc, Dean perd la mémoire. Entre cauchemars, souvenirs douloureux, traque du FBI et chasse d’une créature, le lien qui l’unit à son frère sera-t-il suffisant pour s’en sortir ?

Spoilers : Cette fiction se déroule vers la fin de la saison 2, donc a priori, pas de spoilers ! Malgré tout, j’ai prélevé des souvenirs de leur enfance (et adolescence) parmi ceux évoqués dans la saison 5.

Personnages : Sam et Dean Winchester et un p’tit peu Bobby aussi !

Résumé : Au cours d’une chasse, Dean est grièvement blessé à la tête. A l’hôpital, Sam apprend que son frère n’a plus aucun souvenir de sa vie. Pour lui faire recouvrer la mémoire, le médecin lui suggère de lui rappeler quelques éléments marquants de leur passé. Une mission qui va s’avérer d’autant plus difficile pour le cadet des Winchester, puisqu’il va devoir apprendre à vivre avec un frère qui le considère comme un étranger et un fou furieux, semer les agents du FBI qui sont à leurs trousses et exterminer une créature qu’ils vont rencontrer sur le chemin qui doit les mener chez Bobby. Cette expérience devrait également lui rappeler à quel point la présence de son aîné à ses côtés est importante, voire vitale pour lui.

            Voilà un moment que j’avais envie d’écrire une fic qui se situerait dans une de mes deux saisons préférées.  C’est une sorte de retour aux sources en quelque sorte. Comme d’habitude, mon côté sadique s’exprime pleinement, que ce soit au niveau des victimes ou de nos frères préférés. Donc âmes sensibles s’abstenir ! lol ! Le titre n’est pas tiré d’un film mais c’est un petit clin d’œil à mes gros soucis de plantage de PC et de « beugage » de connexion à Internet ! lol ! J’espère développer cette histoire de manière à ce qu’elle vous fasse penser à un vrai épisode de Supernatural. Si ce n’est pas le cas, n’ayez pas peur de me le dire.

            D’autre part, si les lieux cités existent réellement, leur description et tout ce qui s’y passe n’est que pure fiction. Merci de votre indulgence !

            Merci de me laisser écrire cette histoire seule. N’hésitez pas à m'envoyer des messages : toutes les critiques sont les bienvenues. Elles aident à s’améliorer.

         Bonne lecture !


Lydean  (19.05.2010 à 07:58)

Chapitre 1

 

            C’était pourtant une chasse des plus ordinaires ...

 

            Ils avaient été alertés par une légende du coin qui avait fait son grand retour à la suite de la disparition de trois jeunes, amateurs de sensations fortes. Une vingtaine d’années auparavant, une demi-douzaine de touristes randonneurs, avaient pénétré ces bois et n’en étaient jamais ressortis. Mais cette histoire remontait bien plus loin encore. Alors que certains racontaient que l’immense forêt du comté de Whatcom, au nord ouest de Washington, était hantée, d’autres n’avait aucun doute quant à la présence d’un monstre. De nombreuses théories émanaient de l’esprit des habitants aux alentours. Bigfoot, loup-garou et autre chupacabra devenaient incontestablement les prédateurs tout trouvés de cette immensité boisée. Malheureusement, personne n’étant revenu de ces expéditions durant les vagues de disparitions, rien ne fut prouvé. Dans l’intervalle, de nombreux amateurs de nature s’y promenaient régulièrement sans embûche. Ceux-là estimaient que cette légende provenait de vieux fous qui n’avaient rien à faire de leur journée et que les disparus n’avaient pas pris les précautions nécessaires à une randonnée sans danger.

 

            En lisant l’article sur Internet, Sam avait décidé de pousser plus avant ses recherches. Il avait alors découvert le cycle assez régulier des disparitions bien plus nombreuses qu’il n’y paraissait et en avait fait part à Dean. Son grand frère parut plutôt enthousiaste à l’idée d’aller chasser une créature qu’ils connaissaient bien. En effet, avec les éléments qu’ils avaient recueillis, ils avaient une bonne idée de ce qu’ils devraient affronter, ils étaient armés en conséquence et avaient la certitude qu’ils pourraient l’exterminer rapidement.

 

            Ils arrivèrent à Newhalem vers dix-huit heures. Le paysage était magnifique : la petite ville était située au milieu d’une immense étendue verdoyante, dans les contreforts occidentaux des cascades du Nord, près de la rivière Skagit. Avant d’entrer dans l’épaisse forêt, Sam s’était délecté de ce splendide panorama à travers la vitre de l’Impala qui roulait un peu trop vite à son goût. Au volant, Dean lui avait expliqué qu’il souhaitait arriver avant la nuit car la route lui paraissait suffisamment hasardeuse le jour et il devinait aisément qu’elle serait totalement meurtrière en pleine obscurité.

            Leur arrivée à Newhalem ne passa pas inaperçue et autant dire que l’accueil qu’il leur fut réservé était carrément à l’opposé de la chaleur du paysage. Seuls les employés de la centrale hydroélectrique peuplaient la petite ville située au milieu de nulle part. Bien qu’ils aient des allures d’honnêtes travailleurs, leur attitude était peu avenante et les traits de leurs visages montraient aussi bien leur méfiance que leur aversion pour les nouveaux venus.

            Malgré tout, un homme d’une soixantaine d’années à la carrure ambitieuse et au visage rond s’avança vers eux. Il se présenta comme étant le contremaître et donc la personne de référence de la petite ville. Il les encouragea à le suivre dans une sorte de mobil home qui lui servait de bureau.

 

- J’espère que vous êtes bien armés et que vous savez ce que vous faîtes, lança-t-il de sa voix de ténor en les détaillant des pieds à la tête. Parce que si ce n’est pas le cas, vous feriez bien de repartir d’où vous venez ! On a assez de trois disparus pour la journée.

 

- Comment ça ? Demandèrent les deux frères en même temps.

 

- Ben ouais, quand on a signalé la disparition de Jimmy, ce matin, on nous a ri au nez en prétextant qu’on ne pouvait pas prévoir les réactions d’un p’tit jeune de dix-neuf ans. Mais c’est un bon gamin ce p’tit-là et travailleur en plus. Il se serait pas barré comme ça et il serait encore moins allé dans la forêt tout seul. Il sait que c’est dangereux. Alors Franck, son père, et un pote à lui, Ray, ils ont décidé d’aller le chercher eux-mêmes. Ray connaît bien le coin. Mais on n’a plus de nouvelles d’eux depuis quinze heures. Avant de partir, Ray a trouvé des marques bizarres par là. 

 

            L’homme accompagna ses paroles d’un signe de tête, indiquant la direction à suivre.

 

- Vous voulez bien nous montrer, lui demanda Sam pendant que son frère ouvrait déjà la porte pour sortir.

 

            Ils marchèrent jusqu’à l’orée des bois. Ils s’enfoncèrent péniblement entre les ronces en suivant un étroit passage fraîchement révélé par les piétinements d’autres personnes avant eux. A cet endroit, la forêt était extrêmement dense. Le contremaître les mena jusqu’à un arbre immense où il leur désigna des marques sur le tronc. Quatre entailles verticales bien nettes s’étendaient sur une dizaine de centimètres et étaient espacées d’intervalles réguliers. La largeur de l’empreinte aurait pu faire penser aux griffes d’une patte d’ours si elle n’avait pas été accompagnée d’une cinquième entaille bien distincte, sur la gauche, orientée selon un angle d’environ quarante cinq degrés. Les Winchester échangèrent un regard. Leur piste se confirmait. Ils traquaient effectivement un wendigo.

            L’homme les observa alors qu’ils poursuivaient leur examen du tronc puis il ne put s’empêcher de leur faire part de ses doutes :

 

- Ce n’est pas un ours, n’est-ce pas ? Ray a dit que cette empreinte aurait pu être celle d’un humain si elle n’avait pas eu cette taille et si les griffes n’avaient pas été si profondément enfoncées dans l’écorce. Alors qu’est-ce que c’est ? Vous avez une idée ? Vous savez comment exterminer cette chose ?

 

- On ne peut pas se prononcer pour le moment, répondit Sam de manière évasive, tant les questions de l’homme le gênaient.

 

- Oui, mais, vous allez quand même nous aider, n’est-ce pas ?

 

- Bien sûr qu’on va vous aider, le rassura le cadet des Winchester pendant que son frère scrutait les environs. Mais il nous est difficile de répondre à toutes vos questions pour le moment.

 

            Ils retournèrent sur leurs pas et pénétrèrent dans le petit local qui servait de bureau au contremaître. Celui-ci leur désigna alors sur une carte, tous les espaces fouillés de fond en comble par ses deux collègues et amis. Il leur indiqua la zone où ils avaient l’intention de se rendre, la dernière fois qu’ils avaient été en contact.

 

- Ca fera bientôt quatre heures qu’on n’a plus de nouvelles d’eux. On a bien essayé de les joindre par la radio du 4x4 ou par le téléphone satellitaire mais rien ! Vous croyez que la chose les a eus eux aussi ? Vous pensez que vous allez réussir à les retrouver ?

 

- On fera notre possible, répondit Sam pendant que son frère examinait la carte.

 

- J’espère qu’ils vont bien. Combien y a-t-il de chances pour qu’ils soient toujours en vie ? Demanda l’homme avec des yeux qui reflétaient une angoisse bien réelle.

 

            Ennuyé, le cadet des Winchester ne sut que répondre. Il refusait de mentir à cet homme mais il ne pouvait pas se résoudre à lui dire la vérité : les chances pour que ses amis aillent bien étaient minces. Malgré tout, ils devaient tous garder l’espoir. Lui-même se sentait très anxieux : il avait un besoin vital de sauver un maximum de personnes et il craignait un nouvel échec. Ce fut Dean qui trancha :

 

- Notre objectif est avant tout de leur porter secours. Plus tôt nous serons sur les lieux et mieux ce sera pour tout le monde. Vous auriez un véhicule à nous prêter ?

 

- Oui, j’ai ma vieille jeep mais elle n’a pas la radio.

 

            Dean désigna d’un regard le téléphone satellitaire sur la petite table à côté d’eux et l’homme le lui tendit ainsi que la carte où il inscrivit rapidement quelques chiffres.

 

- Vous pourrez nous joindre à ce numéro. Avec Franck et Ray, on avait convenu de s’appeler toutes les heures.

 

- On ne peut rien vous promettre, lui répondit Dean, pragmatique. Dans une heure, on sera peut-être trop occupés pour vous passez un coup de fil.

 

- Mais on s’engage à faire tout notre possible, ajouta Sam pour tenter de réconforter l’homme.

 

            Le contremaître valida leurs propos d’un signe de tête. Puis il les conduisit à la jeep. Les deux Winchester transférèrent l’équipement nécessaire à leur chasse, de l’Impala à leur véhicule de prêt. Dépité, Sam observa son aîné dire au revoir à son « bébé » avant de s’installer au volant de l’autre voiture. Il prit place à ses côtés avec la carte. L’homme leur souhaita bonne chance et ils s’éloignèrent rapidement.


Lydean  (19.05.2010 à 08:23)

 

            Ils s’enfonçaient dans l’épaisse forêt, au rythme saccadé de l’étroit chemin accidenté. Le rugissement du moteur montrait à quel point la petite jeep avait du mal à gravir la côte sinueuse. La nuit commençait à tomber mais ça n’empêchait pas Dean de constater l’attitude soucieuse de son petit frère. Ses sourcils étaient froncés. Il regardait fixement devant lui, plongé dans ses pensées et, de en temps en temps, il expirait fortement comme s’il venait de prendre conscience d’une fatalité. De toute évidence, quelque chose le tourmentait et il avait besoin d’en parler.

            Au troisième soupir, il accéda à la requête silencieuse de son cadet en ouvrant la conversation par un simple :

 

- Quoi ?

 

            Sam tourna la tête vers lui et lui lança son habituel :

 

- Rien …

 

            Tout en lui jetant des coups d’œil rapides, il attendit la véritable réponse. Comme il s’y attendait, celle-ci arriva rapidement sous la forme d’une question :

           

- C’est juste que … tu crois qu’on va les retrouver vivants ?

 

- Je l’espère Sammy.

 

- Moi aussi. Mais c’est peu probable, hein ?

 

- Le temps est notre allié. Ca ne fait que quelques heures qu’ils ont disparu. Le wendigo les a certainement stockés dans son garde-manger. Ils ne seront peut-être pas très en forme mais il est possible qu’ils soient toujours en vie.

 

            Il vit son petit frère se détendre un peu avant de rouvrir la bouche afin de poursuivre son questionnement :

 

- Mais tu es sûr que c’est bien un wendigo ?

 

- Tu as vu les marques comme moi. Tous les signes montrent que c’en est un.

 

- Oui, tu as raison. Ce serait bien qu’on réussisse à les ramener. Le contremaître avait l’air très inquiet. S’il l’avait pu, il nous aurait accompagnés. J’ai l’impression que cette communauté constitue une sorte de famille. Qu’est-ce que tu en penses ?

 

- C’est vrai qu’ils ont l’air d’être proches et soudés. Mais c’est un peu normal, étant donné leur mode de vie.

 

- Ouais. On aurait peut-être dû lui dire la vérité, tu ne crois pas ?

 

            Il regarda son petit frère d’une manière qui eut le mérite d’être suffisamment éloquente car il n’eut pas besoin de répondre à voix haute.

 

-  Non, c’est sûr, admit finalement Sam. Ca ne l’aurait pas avancé plus que ça de toute façon. Mais il posait tellement de questions. A chaque fois que j’essayais de lui apporter une réponse, il m’en posait de nouvelles. Ca ne t’a pas frustré, toi ?

 

- J’ai de l’entraînement, Sammy, lui répondit-il simplement sans omettre de lui sourire avec malice.

 

Son petit frère comprit l’allusion et lui adressa sa moue faussement boudeuse, ce qui le fit sourire encore plus.

Le reste du trajet en voiture se fit en silence mais Sam avait l’air plus détendu. C’était étrange : souvent, lorsqu’il devait réconforter son cadet, il lui suffisait d’ouvrir la bouche pour que les mots sortent tous seuls. En revanche, s’il devait s’adresser à une autre personne, il en était totalement incapable et il était grandement préférable que Sam s’en charge. L’empathie de son petit frère était souvent bien utile dans certaines situations mais son extraordinaire sensibilité l’avait rendu malheureux plus d’une fois et son aîné était parfois démuni devant une telle détresse. Dans le passé, il lui était arrivé de ne pas le réconforter autant qu’il l’aurait souhaité. Il y avait tellement de moments qu’il aurait aimé vivre différemment. Première chose, il l’aurait empêché de lire le journal de leur père. Etre obligé de raconter à son petit frère de huit ans que les monstres existent, que le père Noël est un leurre et que c’est un démon qui a assassiné leur maman, avait été une épreuve extrêmement difficile pour eux deux. Voir Sammy aussi accablé l’avait totalement anéanti. Ce jour-là, il avait définitivement perdu l’innocence que son aîné avait pris tant de soin à lui préserver. Et pour ne rien arranger, à partir de ce moment, il avait été obligé de répondre à toutes ses questions. A chaque fois, il avait dû faire son possible pour tenter de lui remonter le moral car les chagrins du plus jeune provoquaient inévitablement une souffrance désastreuse au sein de son organisme de grand frère protecteur. Il jeta un œil discret à son passager. Sammy méritait d’être heureux et il était de son devoir d’aîné de s’en assurer mais l’année écoulée ne les y avait pas vraiment aidés!

 

            Arrivés près de la zone indiquée par le contremaître, ils quittèrent le véhicule, s’équipèrent de leur sac à dos et de différentes armes qu’ils accrochèrent à divers endroits faciles d’accès. Ils poursuivirent leur périple à pieds, à travers l’épaisse végétation.

 

            Régulièrement, Dean s’assurait que Sam était à ses côtés. Il était concentré, à l’affût du moindre signe de la présence éventuelle du wendigo mais il était également très attentif aux réactions de son cadet. Tout petit déjà, Sam faisait preuve d’altruisme. Sa plus grande volonté avait toujours été d’aider les autres comme sa plus grande crainte était de ne pas être normal. Alors depuis qu’il lui avait dévoilé les derniers mots de leur père avant de mourir, son petit frère le vivait très mal et se mettait dans des situations plus que dangereuses. Dean aurait préféré ne lui avoir jamais rien dit. C’était vraiment trop douloureux de le voir si mal. Mais d’un autre côté, il n’aurait pas pu lui cacher plus longtemps. Leur relation était basée sur la confiance qu’il se portait l’un l’autre. Les cachotteries et les mensonges n’auraient fait qu’altérer le lien si fort qui les unissait. Malheureusement la vérité n’était pas toujours bonne à dire même s’il savait qu’il ferait tout pour aider son petit frère à surmonter cette épreuve. L’aîné détestait son père pour lui avoir dit toutes ces horreurs : Il ne connaissait pas Sam comme lui le connaissait. Le grand John Winchester, chasseur émérite, brillait continuellement par son absence. Ce n’était pas lui qui rassurait Sammy après l’un de ses cauchemars. Ce n’était pas lui qui avait pris soin de son fils jour après jour. Ce n’était pas lui qui l’avait vu grandir et devenir l’homme qu’il était aujourd’hui. Alors de quel droit s’était-il permis de lui dire que Sam risquait de mal tourner ?! Qu’il serait un danger pour l’humanité ?! Comment avait-il pu lui demander de le … Quel con !

 

- Ca va Dean ? Lui demanda soudainement Sam.

 

            Il s’arrêta de marcher et tourna la tête vers le regard inquiet de son petit frère qui jetait des coups d’œil furtifs à ses mains. Il s’aperçut alors qu’il avait tellement serré les poings que les articulations étaient devenues blanches. Aussitôt, il se détendit, desserra ses doigts et adressa un sourire rassurant à son petit frère. Ressasser tout ça ne servait à rien. Il valait mieux se concentrer sur le moment présent. Le problème, c’est qu’il avait un sale pressentiment et qu’il avait pris l’habitude de suivre son instinct. Autant cette chasse lui avait paru simple au départ, autant maintenant, il avait ce gouffre au niveau de son abdomen et ça l’alarmait réellement. Sam était un allié de confiance, d’autant plus lorsqu’il s’agissait de la chasse. Mais avec les derniers événements, sa sensibilité et son altruisme lui faisaient faire des choses inconsidérées. Alors qu’ils avaient repris leur progression, il attrapa le bras de son cadet, le forçant à s’arrêter de nouveau. Il planta son regard dans le sien pour s’assurer d’avoir toute son attention et lui souffla :

 

- Sammy, il faut qu’on reste ensemble. Quoiqu’il arrive, on ne se sépare pas et on couvre nos arrières, c’est clair ?!

 

            Son petit frère fronça les sourcils et acquiesça d’un signe de tête rapide et ferme. En moins de cinq secondes, il avait compris les messages explicite et implicite que son aîné avait voulu lui faire passer et le lui avait fait savoir par une attitude toute simple. Les mots étaient superflus. Ils pouvaient lire en l’autre aussi clairement que s’ils parcouraient une bande dessinée pour enfants. D’aussi loin que Dean pouvait s’en souvenir, ça avait toujours été comme ça.

A peine rassuré, il reprit sa marche forcée, suivi de près par Sammy. Ils n’avançaient pas aussi vite qu’ils l’auraient voulu car leur parcours était semé d’embûches. La nuit était tombée et l’obscurité était totale. Seules leurs torches puissantes leur permettaient encore d’avancer. Ils arrivèrent néanmoins à un sentier transversal grâce auquel ils purent accélérer leur progression. A quelques centaines de mètres, ils découvrirent un passage plus large sur lequel des empreintes de pneus avaient creusé des sillons épais. Ils suivirent ces traces pendant une quarantaine de minutes jusqu’à ce qu’ils décèlent un monticule de tôle et de végétation à quelques mètres d’eux, en amont. Ils approchèrent prudemment, attentifs au moindre signe d’une quelconque présence. Ils comprirent qu’un arbre énorme s’était abattu sur le 4x4. Ils contournèrent les obstacles et essayèrent d’étudier l’intérieur du véhicule par les rares ouvertures réduites à l’état de simples fentes. Les vitres avaient explosé sous l’impact et le poids du tronc avait considérablement écrasé l’habitacle. Ils constatèrent avec soulagement que le 4x4 était vide. Dean passa difficilement son bras par l’une des embrasures et retira un tas informe de métal entremêlé de fils. Il le montra à Sam qui lui fit une grimace indiquant qu’il avait compris que la radio était morte. Au moment où il voulu balancer sa trouvaille, un hurlement déchirant se terminant par d’horribles gargouillis, se fit entendre à proximité. Un deuxième cri se répercuta entre l’épaisse végétation, aussitôt suivi par des coups de feu. Il eut à peine le temps de déterminer d’où provenaient ces bruits qu’il vit son petit frère courir dans leur direction.

 

- Sam ! Souffla-t-il pour tenter de le retenir.

 

            Mais c’était peine perdue et il n’eut pas d’autre choix que de se précipiter à son tour pour lui prêter main forte.


Lydean  (21.05.2010 à 20:02)

            Il courait à en perdre haleine. Ses vêtements s’accrochaient dans les ronces. Régulièrement ses chevilles se tordaient à cause de l’irrégularité du sol qu’il ne faisait que deviner dans l’obscurité ambiante. Mais il n’y prêtait pas attention, manquant de tomber, se raccrochant à tout ce qui pouvait lui permettre de progresser plus vite, forçant son corps à surpasser ses limites. S’il arrivait à temps, il pourrait peut-être encore les sauver.

 

- Sam ! Entendit-il derrière lui dans un souffle.

 

            C’était au moins la troisième fois que Dean l’appelait. Ne pouvait-il pas comprendre qu’il n’avait pas le temps de l’attendre ?! Ils ne pouvaient pas se permettre de perdre encore des innocents. Ils devaient tout entreprendre pour les secourir. C’était leur job ! N’était-ce pas ce que son père et son frère lui avaient maintes fois répété ?!

            Soudain, d’autres paroles émergèrent de son esprit : « Sammy, il faut qu’on reste ensemble. Quoiqu’il arrive, on ne se sépare pas et on couvre nos arrières, c’est clair ?! » Il s’y était engagé et il devait s’y tenir. Une promesse faîte à son frère était sacrée. Alors, même si ça le rongeait de l’intérieur, il ralentit considérablement sa vitesse, laissant une seconde à son aîné pour le rattraper. Il le sentit sur ses talons au moment où il discerna une faible luminosité devant lui. Il accéléra de nouveau sa course et arriva presque simultanément à la lisière d’une petite clairière au milieu de laquelle s’épanouissait un feu de camp. Il n’eut pas le temps d’observer les alentours car il fut propulsé violemment sur le côté gauche. Une détonation résonna à ses oreilles avant même qu’il atteigne le sol. Il resta à couvert quelques secondes le temps de reprendre ses esprits. A bout de souffle, il tenta tant bien que mal de se redresser discrètement. A travers les broussailles, il aperçut un homme à la carrure imposante braquer un fusil dans une direction proche de sa position. Il ne faisait aucun doute que cet individu était à l’origine du coup de feu.

 

- Jette ton arme ! Hurla une voix aussi familière qu’essoufflée, à côté de lui.

 

Dean, venait de se redresser et se tenait à présent debout sur sa droite. Il braquait son colt sur l’inconnu. Tout se mit soudainement en place dans la tête de Sam. Son aîné avait dû voir le danger et l’avait protégé en le poussant hors de la trajectoire de la balle, tout en se mettant lui-même à couvert. Puis il était sorti de sa cachette pour tenir le tireur en joug.

L’homme qui avait bien failli le tuer paraissait totalement désorienté et peu sûr de ses gestes. Les petites flammes qui dansaient près de lui, illuminaient son visage marqué par la terreur. Des gouttes de sueur dégoulinaient sur ses tempes déjà luisantes. Le bras qui maintenait la crosse du fusil contre son épaule tremblait violemment. Son index était crispé sur la gâchette. Quant à sa main gauche ensanglantée, elle ne lui permettait pas de maîtriser l’angle qu’il voulait donner au canon. Mais l’arme était dangereusement orientée vers Dean et les deux hommes étaient tellement à cran qu’il ne fallait pas plus d’un geste malheureux ou d’un bruit quelconque pour qu’une balle parte et n’atteigne sa cible.

Il devait intervenir mais cela devait se faire intelligemment et le plus rapidement possible. Tout en se levant doucement pour prêter main forte à son aîné, Sam se rapprocha de lui sans quitter l’homme des yeux, les bras levés, en signe de paix. Aussitôt, le canon du fusil se braqua sur lui. Il comprit alors que c’était le bon moment  pour s’adresser au tireur afin de le rassurer et tenter de le calmer :

 

- Nous ne vous voulons aucun mal. On est là pour vous aider ! S’il vous plaît, baissez votre arme !

 

            Indécis, l’homme l’observa un instant. Puis ses tremblements s’intensifièrent. Il abaissa son fusil et se laissa tomber lourdement à genoux. Dean rangea son arme et les deux frères s’approchèrent prudemment de lui.

 

- Ce n’était pas un ours … je le savais, articula-t-il difficilement toujours sous le choc.

 

- Où êtes-vous blessé ? Demanda Sam tout en sortant la trousse de secours de son sac.

 

- Ce … ce n’est pas mon sang ... C’est celui de Franck !

 

- Et où est Franck ? Murmura Dean toujours à l’affût.

 

- C’est la chose … la chose l’a emmené ! Souffla l’homme, se balançant légèrement d’avant en arrière, comme s’il essayait malgré lui de se calmer.

 

- Ca va aller Ray. C’est bien comme ça que vous vous appelez ? Il le vit acquiescer d’un simple mouvement de tête. Moi, c’est Sam et lui, c’est Dean, ajouta-t-il en désignant son frère qui faisait le gué en arpentant l’espace autour d’eux.

 

            Accroupi à côté de l’homme, il l’examina rapidement et s’aperçut que le choc émotionnel était bien supérieur aux blessures physiques. En revanche, la quantité de sang qui était venue éclabousser son corps n’annonçait rien de bon pour son ami Franck. Sam sentit le regard interrogateur de son aîné braqué sur lui. Il lui répondit silencieusement par un signe de tête et, d’un simple coup d’œil,  ils convinrent tous les deux qu’il était préférable d’emmener cet homme dans un endroit plus sûr.

 

- On va vous ramener à Newhal …

 

- Non ! S’écria soudainement Ray. Je dois retrouver Jimmy. Je l’ai promis à Franck … Il était … comme un frère pour moi … Son fils, c’est un peu le mien aussi … Il faut que le retrouve. Il est certainement là … quelque part. Il est vivant, je le sens. Je dois le retrouver !

 

            Il avait du mal à parler. Sa voix s’étranglait mais Sam pouvait lire dans ses yeux toute la détermination dont il pouvait faire preuve. Le convaincre serait indubitablement une tâche laborieuse.

 

- C’est d’accord, intervint Dean qui se rapprocha d’eux par la même occasion. Mais à l’unique condition que vous nous racontiez tout ce qui s’est passé.

 

            Sam regarda son aîné, à la fois étonné et contrarié. Non seulement Ray serait bien mieux dans un lieu sécurisé, à l’abri de tout danger, mais en plus, il constituait une entrave à leurs recherches pour sauver d’éventuelles autres victimes. Ne venaient-ils pas de prendre cette décision ensemble ? Comme si cela ne suffisait pas, cet homme, encore sous le choc, devait évoquer l’expérience traumatisante qu’il venait de vivre. Où son frangin avait-il la tête ? Etait-il aussi insensible pour ne pas voir l’état déplorable de Ray ? Il se leva donc et affronta Dean du regard pour lui montrer sa totale désapprobation. Mais, de toute évidence, l’attitude du cadet n’ébranla en rien la conviction de son grand frère qui se contenta de le fixer en lui signifiant clairement que sa décision était prise. Leur duel silencieux prit fin au moment où Ray accepta la condition de l’aîné et commença son récit.


Lydean  (23.05.2010 à 14:01)

Chapitre 2

 

Quelques heures plus tôt.

 

- Eh, Ray ! Viens voir !

 

            L’interpellé se retourna en direction de la voix de son ami. Il venait lui aussi de remarquer une trace intéressante mais le ton employé par Franck le fit accourir vers lui.

 

- Qu’est-ce qu’il …

 

            Il s’interrompit devant le spectacle qui s’offrait à ses yeux. Les lambeaux d’une toile de tente déchiquetée voletaient au gré du vent, accrochés ça et là à la végétation environnante. Au milieu de la minuscule trouée, s’étalaient les restes d’un feu de camp. Mais le plus inquiétant résidait dans ces lignes écarlates à même le sol. Elles étaient discontinues et accompagnaient deux sillons, certainement creusés par les pieds d’une personne qu’on aurait traînée. Il regretta presque qu’il fasse encore jour pour devoir assister à une telle horreur. Détournant le regard, il remarqua une marque sur l’écorce d’un arbre près de lui. Il s’en approcha et la caressa du bout des doigts pour en apprécier pleinement la profondeur et la forme.

 

- Un ours ? Demanda Franck d’une voix étranglée alors qu’il venait de se poster à côté de lui.

 

- Non, ce n’est définitivement pas un ours. Il ne ferait pas de telles entailles. Ce sont les mêmes traces que celle qu’on a vue ce matin. C’est vraiment bizarre. Il leva la tête tout en suivant l’énorme tronc du regard. Et surtout les ours ne montent pas aux arbres, ajouta-t-il en désignant une seconde empreinte près de trois mètres plus haut.

 

            Les deux hommes se regardèrent, anxieux. Franck rompit de nouveau le silence :

 

- Tu crois que c’était le campement des jeunes qui ont disparu ?

 

- J’pense pas. Je ne me rappelle pas les avoir vu avec une tente. Ils ne devaient en avoir que pour la journée. Par contre, je me souviens bien que le jeune couple, qui est parti il y a deux ou trois jours, en avait une. Ils devaient randonner pendant une semaine. Personne n’a dû s’inquiéter de leur absence …

 

- Qu’est-ce qui a bien pu leur arriver ? S’inquiéta réellement son ami en faisant le parallèle avec son propre fils.

 

            Ray n’était pas en mesure de lui répondre. Il s’aperçut que l’ombre du feuillage qui bougeait sur Franck, lui donnait un visage grave et sombre. Ce n’est qu’à cet instant qu’il comprit que le soleil avait considérablement baissé dans le ciel.

 

- Quelle heure est-il ? Demanda-t-il à haute voix alors qu’il regardait son poignet pour répondre à sa question. Merde, il est presque seize trente et on ne les a pas appelés. Il tendit la main vers son ami. Passe-moi le téléphone satellitaire !

 

- Je croyais que c’était toi qui l’avais !

 

- Quoi ?

 

            Ils se mirent à fouiller frénétiquement dans leur sac mais ils durent se rendre à l’évidence : l’appareil était resté dans le 4x4.

 

- Merde ! Qu’est-ce qu’on fait ? S’inquiéta Franck.

 

- Il faut qu’on les rassure. On n’a pas d’autre choix  que de retourner à la bagnole.

 

- Non ! On doit d’abord retrouver Jimmy !

 

- Franck, tenta-t-il pour le raisonner.

 

- Tu me l’as promis, Ray. Tu m’as promis qu’on ferait tout pour le retrouver, supplia son ami en le fixant droit dans les yeux.

 

- Je sais et on va le retrouver mais …

 

- On a qu’à se séparer, suggéra Franck. Moi je suis les traces et toi …

 

- C’est hors de question ! On ne se sépare pas, s’énerva-t-il avant de lui expliquer plus calmement. On n’a aucune idée de ce qui peut bien se balader dans cette forêt. Tout seul, on devient une proie bien plus facile à choper qu’à deux. Devant l’état déplorable de son ami, il ne put que céder à sa requête. C’est d’accord ! On suit la piste tous les deux et on voit où elle nous mène.

 

            Ils marchèrent pendant plus de deux heures. Les traces qu’ils suivaient étaient de plus en plus distinctes, ce qui ne plaisait pas plus que ça à Ray qui se sentait oppressé. Quelque chose clochait, il en avait la certitude. Ce n’est que lorsqu’il constata qu’ils étaient de retour dans une zone déjà visitée qu’il se décida à convaincre son ami.

 

- On est déjà passé là. Putain, on tourne en rond ! La nuit va bientôt tomber et l’obscurité est totale lorsqu’on est sous les arbres. Ecoute, c’est plus raisonnable de retourner au 4x4. Comme ça, on les rassure, on leur dit ce qu’on a trouvé et on leur demande du renfort. Plus nous serons nombreux et mieux ce sera. Franck, on ne peut rien faire de plus pour le moment.

 

            Il observa la réaction de son ami qui le considéra un moment, totalement indécis avant de baisset la tête en signe d’accord tout en ajoutant :

 

- Ok ! On retourne au 4x4. On les appelle et on repart à la recherche de Jimmy. Il est forcément dans le coin. Je le sais. Je le sens !

 

            Il se contenta de la condition de Franck et acquiesça de la tête. Lui non plus n’envisageait pas d’abandonner Jimmy. Il connaissait ce p’tit gars depuis si longtemps. Il n’osait même pas imaginer s’il devait lui arriver quelque chose. Ils reprirent le chemin du véhicule en silence.

            Ray avait toujours cette sensation bizarre. Il avait l’impression d’être observé mais où qu’il regarde, il ne voyait rien. Il s’agissait sans doute de l’accumulation du stress et de la fatigue. Ils avaient marché des heures et la seule chose qui les faisait encore avancer était l’angoisse de savoir ce qui était vraiment arrivé à ce gamin. La trouvaille du camp dévasté ne les aidait pas à se sentir mieux. Le temps lui parut interminable jusqu’à la voiture. Et c’était pire de penser que, plus ils s’approchaient du 4x4, et plus ils s’éloignaient de la zone où ils étaient susceptibles de retrouver le p’tit. La nuit commençait à tomber et leur visibilité s’amoindrissait à mesure qu’ils avançaient.

            Il ne leur restait que quelques centaines de mètres à faire lorsqu’ils entendirent un bruit effroyable qui se répercuta en écho sur tout le versant de la colline. Sans se dire un mot, ni partager un regard, ils se précipitèrent tous deux vers l’origine du vacarme. Lorsqu’ils arrivèrent à destination, ils s’aperçurent avec horreur qu’un arbre immense s’était écrasé sur leur véhicule, le réduisant à un tas de tôle inutilisable.

 

- C’est pas normal, chuchota-t-il plus pour lui-même qu’à l’attention de Franck.

 

            Il s’avança prudemment et examina avec attention le lieu où le tronc avait été sectionné. C’était un peu comme si un individu à la force herculéenne l’avait cassé et arraché pour le balancer sur la voiture, songea-t-il, tout en réalisant que c’était tout bonnement impossible étant donné le calibre imposant de l’arbre. Mais il devait être honnête avec lui-même : Comment se faisait-il qu’un arbre, un seul, tombe exactement sur le 4x4 qu’ils étaient justement en train de rejoindre ?! Il s’agissait bien d’un acte malveillant de quelqu’un … ou quelque chose, qui cherchait à les piéger. Il sentit un frisson lui parcourir l’échine jusqu’à la nuque. Il ne put contrôler les réactions de son corps qui se mit à trembler et à se liquéfier de l’intérieur sous l’effet de l’immense frayeur qui l’envahit soudainement. Il se tourna vers son ami pour lui crier de courir mais ses cordes vocales refusèrent de lui obéir.

            Il vit Franck ouvrir de grands yeux bourrés d’incompréhension vers lui. Puis un bruit sur sa gauche le terrorisa tant, qu’il fut incapable de bouger. Son ami, en revanche, réagit aussitôt et braqua son fusil sur l’ombre qui évoluait rapidement près d’eux. Alors qu’elle se jetait sur lui, Franck tira mais ne l’atteignit pas. La créature disparut un instant en poussant un cri horrible, montrant clairement son mécontentement.

 

- Que .. qu’est-ce .. que c’était qu’ça ? Finit-il par bafouiller à l’attention de Franck qui paraissait tout aussi terrorisé que lui.

 

            Sans attendre de réponse qui ne viendrait pas de toute façon, il essaya de reprendre ses esprits et de trouver une solution de repli.

 

- Faut pas rester ici ! Ordonna-t-il, en saisissant son propre fusil et en retrouvant l’usage de ses jambes.

 

            Ils s’éloignèrent en courant mais la même sensation le reprit. Cette fois-ci, il la combattit pour être maître de ses agissements. Il stoppa net et attendit un signe de la présence du monstre.

 

- Montre-toi, saloperie ! Hurla-t-il, tout en faisant sursauter son ami qui avait continué d’avancer encore quelques mètres.

 

            Franck s’arrêta à son tour et se retourna. Il braqua lui aussi son fusil tout en scrutant les alentours. Ils se rapprochèrent l’un de l’autre, toujours à l’affût. Au bout de quelques minutes d’un silence oppressant, ils recommencèrent à respirer normalement.

 

- Qu’est-ce qu’on fait maintenant ? Lui demanda son ami.

 

            Ray ne savait pas quoi lui répondre. Ils n’avaient plus aucun moyen de prévenir qui que ce soit, l’obscurité envahissait peu à peu l’immense forêt et ils étaient devenus les proies d’une créature qu’il ne connaissait même pas. Devant le regard insistant de Franck, il émit la seule hypothèse qui lui venait à l’esprit :

 

- Normalement, les animaux ont peur du feu et par là, indiqua-t-il d’un signe de tête, il y a une petite clairière où on devrait pouvoir faire un feu de camp.

 

- Et pour Jimmy ?

 

- Ecoute Franck, pour le moment il faut penser à sauver notre peau ! On ne sera d’aucune utilité à Jimmy si on est mort. Alors on voit déjà si le feu est un bon moyen de persuasion et après, on voit ce qu’on peut faire.

 

            Son ami céda à contre cœur. Ils se rendirent donc dans la clairière tout en ramassant du bois sec pour le feu, le fusil armé et prêt à tirer. Une fois que les flammes se mirent à danser au dessus du brasier, les deux hommes s’observèrent. Chacun pouvait lire la crainte dans les yeux de l’autre. Au bout d’une heure, ils commencèrent à se détendre et s’essayèrent près du feu. Ils gardaient, malgré tout, leur arme à portée de main et restaient attentif au moindre bruit. Ce n’est qu’une vingtaine de minutes plus tard qu’ils perçurent ce qui ressemblait à un chuchotement. Ils tendirent l’oreille et cette fois-ci, Franck se leva, suivi aussitôt par son comparse.

 

- Papa, aide-moi ! Entendirent-ils dans un murmure beaucoup plus distinct à présent.

 

            Sans prendre le temps de la réflexion, Franck se précipita vers la voix de son fils.

 

- Non ! Hurla Ray dont chaque fibre de son corps lui criait que c’était un piège.

 

            Mais c’était peine perdue. Son ami était déjà hors de sa vue. Il se rua à sa poursuite pour lui prêter main forte mais alors qu’il le rattrapait, il le vit se soulever dans les airs, comme suspendu dans le vide. Et avant même qu’il ait eu le temps d’esquisser un geste, il assista impuissant à l’écartèlement de son ami. Il l’entendit hurler de douleur alors que son bassin se détachait comme un vulgaire bout de viande de son buste. Son sang gicla de part et d’autre de son corps et Ray sentit le liquide encore chaud ruisseler sur son côté gauche.

 

- Noooooooooooon ! Frannnnnck !!!!!! S’époumona-t-il devant l’horreur de la situation.

 

            Il braqua son arme en direction de l’ombre sadique et tira à trois reprises. Ses tirs de précision atteignirent la chose mais elle continuait de bouger. Il se replia dans la clairière tout en actionnant la pompe pour réarmer son fusil. Toujours sous le choc de ce qu’il venait de voir, il garda en joug la lisière de la prairie qu’il avait réussi à regagner. Lorsqu’il entendit un craquement derrière lui, il se retourna aussitôt et tira. Ce n’est que quelques secondes plus tard qu’il réalisa qu’il venait de tirer sur deux humains et qu’il prit réellement conscience que Franck était mort.


Lydean  (26.05.2010 à 15:41)

            Ray avait eu du mal à terminer son récit et Dean comprenait exactement dans quel état il pouvait se trouver actuellement. Voir son ami se faire déchiqueter en deux, s’inquiéter pour le sort d’une personne qu’on considère comme son fils, faire face à une créature qu’il n’avait jamais rencontrée ni même penser qu’elle pouvait exister, tous ces événements étaient incontestablement difficiles à supporter, même pour un homme avec une telle carrure. Et pourtant, il avait réussit à reprendre le dessus, à regagner un certain sang froid et à dégager des éléments pertinents qui leur seraient profitables à l’avenir.

            Il avait peur c’était incontestable. Mais c’était également un excellent traqueur et, avec quelques informations supplémentaires, il leur serait très utile. Les frères Winchester lui avait donc fait un topo rapide sur les Wendigos et il les avait écoutés parfois anxieux, parfois concentré mais jamais perplexe. Après ce qu’il avait vu, il ne pouvait que les croire. Au-delà de tout ça, il réfléchissait également à un moyen de piéger et d’exterminer l’horrible chose qui avait fait ça à son ami. Par ce comportement, il avait réussi à impressionner l’aîné des Winchester.

            Comme l’avait souligné le contremaître, Ray connaissait parfaitement la région et de ce fait, il était un atout indispensable à la réussite de leur mission. Avec son 4x4, il avait réussi à emprunter des sentiers qui ne figuraient même pas sur la carte. Il n’avait aucun doute quant à la direction à prendre, son sens de l’orientation étant parfaitement aiguisé malgré la visibilité inexistante due à l’obscurité d’une part, et au feuillage dense et aux broussailles de toutes sortes, d’autre part. En bref, ce mec était un GPS humain ! En plus, son œil avisé lui permettait de déceler les empreintes aussi vite, et peut-être même plus, qu’eux pourraient le faire. Quant à son arme, un fusil à pompe Maverick 88 à canon rayé, elle indiquait sans aucun doute que cet homme était un sacré tireur et qu’il s’y connaissait en bon matos. Alors puisqu’il avait mis tant d’ardeur à vouloir les aider, pourquoi l’en empêcher ?! D’autant plus que Dean avait pu lire la détermination dans ses yeux. Il voulait retrouver Jimmy et personne ne pourrait lui barrer le chemin, pas même le wendigo. L’aîné des Winchester lança un œil rapide à son frère qui marchait près de lui. Si Sam avait été à la place de Jimmy, rien, non rien, n’aurait pu l’empêcher de le retrouver. C’était pour toutes ces raisons qu’ils progressaient tous les trois dans l’épaisse végétation, en se dirigeant vers une grotte à proximité, résidence secondaire probable du wendigo. A côté de lui, son cadet avait cessé de ruminer depuis qu’il avait pris le temps de lui expliquer sa décision. Bien qu’il n’ait pas été totalement convaincu du bien-fondé des arguments de son aîné, il avait compris qu’ils auraient plus de chances à eux trois, s’ils restaient soudés. C’était déjà pas mal.

 

            Ah, Sammy ! Il ne lui en voulait pas d’être parti au quart de tour sans même songer aux consignes de sécurité. Il comprenait son irrépressible envie de sauver des gens. Il avait besoin de se prouver à lui-même que jamais il ne pourrait basculer du mauvais côté comme leur père l’avait si « judicieusement » suggéré. Et puis il y avait eu Jess, Madison et Ava. Son petit frère ne se pardonnerait jamais d’avoir été incapable de les aider, de les protéger. Alors non, il ne lui en voulait pas mais c’était juste que, parfois, il avait envie de le secouer pour lui faire comprendre que sa vie était tout aussi importante que celles des personnes pour lesquelles il mettait tant d’ardeur à les sauver.

 

            Soudainement, tous ses sens se mirent en alerte. Une fraction de seconde plus tard, Ray, qui marchait juste à sa gauche, s’arrêta brusquement.

 

- Vous le sentez ? Chuchota-t-il.

 

            Les deux Winchester acquiescèrent d’un signe de tête. En dehors de la sensation d’être épié et le fait qu’ils soient en danger, l’intuition de Dean lui souffla une autre impression qu’il n’aurait su définir. Il éprouvait une grande tension comme s’ils étaient encerclés, pris au piège.

 

- Elle est encore loin la grotte ? S’informa-t-il en murmurant auprès de leur nouvel allié.

 

- Non … un bon kilomètre tout au plus.

 

- Je crois qu’on est sur la bonne voie. Alors faite gaffe et tenez-vous prêts ! On n’est pas les bienvenus, souligna-t-il tout en fixant son petit frère pour l’inciter à faire un peu plus attention à lui.

 

            Bien sûr, il n’obtint pas de réponse si ce n’est un haussement de sourcils de son cadet lui indiquant clairement qu’il avait compris et que ce n’était pas la peine d’insister. Tous trois poursuivirent leur progression tout en se préparant à une attaque imminente. Ils arrivèrent malgré tout à l’embouchure de la grotte sans encombres, ce qui ne présageait rien de bon. L’accès de la caverne était plutôt réduit et n’offrait pas de sorties de secours. Plus ils approchaient de l’antre et plus une odeur d’humidité et de pourriture envahissait leurs narines. Dean jeta un coup d’œil rapide à l’intérieur. Bien qu’il n’y ait aucune trace de danger immédiat, son instinct lui criait de rebrousser chemin.

 

- C’est un putain de piège à rats, ne put-il s’empêcher d’exprimer en chuchotant. J’ai l’impression d’être un livreur de pizzas sauf que là, la bouffe c’est nous mais on a la bonté de lui apporter à domicile !

 

            Il pénétra malgré tout dans la grotte, suivi de près par Sam et Ray. Ils avançaient prudemment, tellement concentrés qu’ils en oubliaient presque de respirer. Ils empruntèrent divers couloirs et boyaux tout en contrôlant les hauts le cœur dus aux relents cadavériques qui envahissaient progressivement l’espace autour d’eux. Au bout de quelques minutes, Ray s’arrêta, les incitant à faire de même. Puis il leur fit signe d’écouter. Ils tendirent l’oreille et décelèrent les gémissements de quelqu’un. Ils se dirigèrent prudemment dans cette direction.

A voir la danse des faisceaux lumineux sur l’ensemble des parois de la grotte, il était évident que les trois hommes sentaient la présence de leur ennemi près d’eux. Dean était même persuadé qu’il était un peu trop près. Seulement un machin de cette taille ne pouvait pas passer inaperçu et bien qu’il puisse bouger vraiment vite, la lumière des torches aurait dû l’éclairer à un moment ou à un autre. C’est alors qu’un frisson lui parcourut le corps. Il resserra sa prise sur l’arme qu’il avait fabriquée : une sorte de lance flammes à allumage spontané. Il prit une grande aspiration et orienta le faisceau lumineux au-dessus de leurs têtes. Ce fut sans réelle surprise mais avec une grande angoisse qu’il vit le wendigo accroché au plafond, telle une araignée silencieuse. Ses deux comparses eurent à peine le temps de relever la tête que la créature leur sauta dessus. Tout en s’esquivant, il trébucha et tomba sur le dos, son bras armé tendu vers la sale bestiole. Il appuya sur la détente et une flamme puissante jaillit comme un chalumeau. Le Wendigo hurla de douleur mais, loin d’être exterminé, il tenta de s’échapper en esquissant un mouvement rapide en arrière. Ce fut sans compter l’action de Sam qui lui barrait la retraite et l’alluma à son tour. Dean en profita pour se relever rapidement tout en maintenant la pression sur la gâchette. A eux deux, ils eurent raison de l’effroyable chose qui remuait en tous sens et hurlait à pleins poumons sous l’effet de la souffrance. Puis le crépitement des flammes s’intensifia et l’épiderme de la créature se marbra de couleurs flamboyantes avant de disparaître, révélant son ossature impressionnante.

 

            Lorsque le wendigo cessa définitivement de bouger, l’aîné des Winchester vit Ray se précipiter vers le lieu où devait se trouver Jimmy et Sam qui le suivit à grandes enjambées. De son côté, il resta planté là. Il n’arrivait pas à se séparer de cette sale sensation. Il jeta un œil à l’amas informe qui se consumait sur le sol. Aucun doute possible, ils l’avaient bien eu. Alors pourquoi sentait-il que ce n’était pas fini ?! Soudain des bribes de l’histoire de Ray refirent surface dans son esprit. Franck avait été écartelé, séparé en deux dans le sens de la longueur. Et même si cette bestiole était grande et forte, elle ne pouvait pas tirer sur les deux extrémités d’un homme de plus d’un mètre quatre-vingts ! L’envergure de ce qui lui servait de bras n’était pas suffisamment importante pour lui permettre un tel exploit. Et puis, il devait vraiment avoir la dalle pour prendre le risque d’aller jusqu’à Newhalem chercher sa bouffe. Même dans le cas où Jimmy aurait été l’appât d’un plan judicieusement orchestré pour attirer plus de monde et agrémenter son garde-manger ! Surtout que ce monstre était censé avoir déjà cinq personnes dans le bide. Ca ne pouvait dire qu’une seule chose : il n’était pas seul ! Merde, Sam ! Il se retourna vivement pour aller l’aider et voulut crier pour le prévenir mais le deuxième wendigo l’attendait patiemment, juste derrière lui. La chose horrible l’attrapa par le cou et le hurlement de détresse qu’il aurait dû émettre se transforma en un gargouillis lamentable. Elle le souleva du sol jusqu’à ce qu’il puisse croiser ses deux globes oculaires habités par une colère froide. Sa fureur était telle qu’il eut l’impression qu’elle traversait sa cornée et qu’elle se glissait insidieusement dans son cerveau pour mieux lui griller. Il plissa les yeux et tenta de trouver une solution rapide et efficace à son problème. Son « lance-flamme maison » était à terre et dans la mesure où ses pieds ne touchaient plus le sol, il voyait mal comment le récupérer. Il pensa alors à son colt, glissé dans la ceinture de son jean. Même s’il savait que ça ne tuerait pas cette sale bestiole, il avait l’espoir que ça ferait diversion et que Sam serait alerté par la déflagration. De sa main droite, il essaya de l’attraper. Malheureusement, le wendigo ne l’entendait pas de cette manière et il le balança durement contre la paroi de la grotte. Dean ressentit une violente douleur qui démarra du côté gauche et se propagea à la vitesse de l’éclair dans tout son corps. Son crâne fut le dernier à craquer sous la pression et tout devint noir.


Lydean  (28.05.2010 à 08:13)

Chapitre 3

 

            Cette saloperie avait bien failli les avoir. Avec tout ce qu’elle avait fait à ces pauvres gens, Sam fut surpris du plaisir sadique qu’il ressentait à la voir se tordre de douleur au milieu des flammes. Les armes qu’ils avaient confectionnées, son aîné et lui, étaient vraiment efficaces. Même s’il n’avait vraiment aucune intention de lui dire un jour, Dean avait de très bonnes idées ! Alors que le wendigo se transformait en un petit tas de cendres incandescentes, il vit Ray partir en direction des gémissements qu’ils avaient entendus juste avant l’attaque. Tout naturellement, il lui emboîta le pas. Ici, l’odeur était insoutenable. L’air humide était chargé de relents de chair en putréfaction. De toute évidence, ils étaient proches de leur but. En quelques mètres, ils arrivèrent effectivement à destination. Ils inondèrent la petite cavité de leurs faisceaux lumineux. La torche de Ray se fixa sur un jeune homme, recroquevillé en boule dans un coin, les mains et les pieds liés par une sorte de corde végétale. Il grelottait et sanglotait, ce qui, somme toute, pouvait être vu comme un bon signe : il était en vie.

 

- Jimmy, hurla Ray dans un souffle tout en se précipitant vers lui.

 

            En entendant son prénom et cette voix connue, l’interpellé osa redresser doucement la tête. La lumière l’éblouit tant, qu’il la rebaissa aussitôt. Son sauveur abandonna donc sa lampe sur le sol et le prit dans ses bras.

 

- Ray ? Risqua le plus jeune, totalement terrorisé.

 

- Oui, c’est moi ne t’inquiète pas ! Tu es sauvé mon gars ! Je vais te ramener à la maison. Ca va aller, maintenant ! Ca va aller !

 

            Heureux et soulagé de ces retrouvailles, Sam n’attendit pas pour autant une seconde de plus pour continuer l’exploration complète du lieu. Il ne se faisait pas d’illusion sur la survie d’une autre victime mais il devait malgré tout vérifier. Chaque espace illuminé de sa torche confirmait sa théorie et il se demanda si son frère ressentait lui aussi cette nausée de plus en plus présente. Mais Dean ne les avait pas encore rejoint. Il devait certainement s’assurer que tout était en ordre. Tel qu’il le connaissait, il ne tarderait pas et quand il arriverait ici, il serait sans aucun doute écoeuré par ce spectacle morbide. Des morceaux épars de chair et d’ossements s’entassaient de manière aléatoire sur le sol. Parfois, il pouvait même distinguer un scalpe ou un membre encore intact. Les parois de la cavité prenaient une teinte luisante, écarlate sous la lumière. Absorbé par ce qu’il voyait, il trébucha sur quelque chose de flasque et ferme à la fois. Aussitôt, il recula d’un pas et orienta le faisceau lumineux sur l’obstacle qu’il venait de heurter. Cette fois-ci, il ne put contrôler son estomac et un flot acide remonta son œsophage. La convulsion le fit se plier en deux  et il déversa un flot de bile juste à côté de lui. Il se redressa et s’aperçut que la torche était toujours orientée sur le torse déchiqueté d’un homme. Le bas de son corps, à partir de la taille, avait été balancé juste à côté, de telle sorte que ces genoux touchent sa tête. Chacun des traits de son visage exprimait la terreur et la violente douleur qu’il avait dû ressentir au moment de sa mort.

 

- Ray ! Entendit-il fébrilement derrière lui, le faisant se retourner.

 

            Jimmy, qui s’était redressé et dont Ray avait libéré de ses liens, s’appuyait sur son ami tout en fixant le sol à côté de Sam.

 

- Ray ! Répéta-t-il, horrifié. Ils … Ils ont tué Papa !

 

            « Ils ont » ? Comment ça, « ils ont » ? S’inquiéta franchement le cadet des Winchester. La marque du pluriel venait de développer son angoisse d’une manière intolérable. Merde, Dean ! Il empoigna son arme et se rua vers l’endroit où il avait vu son frère à peine cinq minutes auparavant. Il parcourut une dizaine de mètres et se stoppa net juste après l’angle que formait la fraction de galerie qu’il venait d’emprunter. Sidéré, il se trouva nez à nez, ou plutôt nez à torse, avec un deuxième wendigo, encore plus grand que le précédent.

 

            Il se jeta sur le côté pour se mettre à couvert mais la créature réagit bien plus rapidement. Elle fondit sur lui telle une ombre malfaisante et le frappa sous le menton, l’envoyant s’écraser sur la paroi. Au contact violent avec celle-ci, la fraîcheur du lieu disparut brusquement au profit d’une douleur cuisante qui irradia son dos puis son torse tout entier. Ses jambes n’ayant plus la force de le maintenir debout, il glissa jusqu’au sol et se retrouva en position assise sans pouvoir s’en empêcher. Plutôt sonné, il eut du mal à retrouver son souffle. Il résista malgré tout en braquant son arme qu’il maintenait toujours aussi fermement, dernier recours pour tenter de s’en sortir. Il appuya sur la gâchette au moment où le wendigo se jetait sur lui. L’horrible monstre recula sous l’impact ardent. Mais alors que Sam pensait avoir enfin le dessus, il vit dans ce qui lui servait d’yeux, la fureur et la détermination de cette créature qui finit par braver les flammes et entreprendre un premier pas menaçant dans sa direction. Sam raffermit la prise sur son arme, se préparant mentalement à l’attaque immédiate.

 

            C’est alors qu’une détonation impressionnante se répercuta en écho dans l’ensemble des galeries de la grotte. Le cou du wendigo céda brusquement, laissant sa tête pendre près de son épaule gauche selon un angle improbable. Le reste de son corps pivota vers l’origine du coup de feu ce qui permit à Sam d’observer celui qui avait tiré. Derrière son assaillant, il aurait pu parier qu’il verrait Dean, mais c’était en réalité Ray qui dirigeait son fusil encore fumant et qui ne comprenait visiblement pas pourquoi la créature était toujours en vie après un tir à bout portant dans le crâne. Sam profita de cette diversion pour se remettre difficilement debout. Il s’appuya contre la paroi pour se maintenir à la verticale, et avec toute la rage et l’angoisse de ne pas savoir ce qu’il était advenu de son frère, il planta son chalumeau dans le dos du wendigo qui émit un hurlement de douleur. Dès qu’il fut persuadé que son arme était suffisamment enfoncée, il appuya sur la détente, laissant libre cours aux flammes. Le corps de la créature se consuma de l’intérieur, l’incandescence du foyer révélant son ossature à travers sa peau meurtrie. Après une longue série de mouvements saccadés et de cris étouffés, il s’effondra à même le sol dans un dernier râle.

 

            Une fois certain que cette horreur ne bougerait plus, Sam se précipita tant bien que mal vers le dernier endroit où il avait vu son frère. A la lueur de la torche, il le découvrit près d’une paroi, étendu sur le sol, la tête dans une flaque de sang.

 

- Dean ! Hurla-t-il sans même s’en apercevoir alors qu’il n’avait même encore retrouvé son souffle.

 

            Il accourut vers lui et se mit à genoux pour prendre son pouls. Ses doigts tremblaient tellement qu’il ne trouvait rien. Il prit une grande inspiration pour se calmer et pressa le cou de son aîné où il sentit enfin une faible pulsation. Partiellement rassuré, il entreprit d’observer l’étendue des dégâts. Son bras gauche avait pris une position pas vraiment naturelle et exposait deux coudes au lieu d’un. Mais la blessure la plus flagrante, celle qui le refroidit d’un coup, fut la plaie ouverte que Dean avait sur la tempe. Le sang s’y écoulait en flot continu et il avait beau mettre sa main dessus, le liquide encore chaud se faufilait malgré tout entre ses doigts.

 

- Dean, chuchota-t-il à son oreille, l’angoisse le prenant aux tripes. Dean, ne t’inquiète pas, je suis là. Je vais te sortir de là. Tu m’entends ? Dean !


Lydean  (02.06.2010 à 09:46)

            Il entendit enfin les pales de l’hélicoptère puis le vrombissement de son moteur. « Enfin » c’était bien le mot ! Impressionnant le nombre de choses qu’ils avaient eu le temps de faire en attendant l’arrivée des secours.

            Dans un premier temps, Ray l’avait aidé à apporter les premiers soins et à transporter précautionneusement Dean dans une clairière à proximité, plus accessible à l’aide médicale. Son aîné avait un bandage improvisé autour de la tête, fabriqué avec une bonne partie de son tee-shirt et du ruban adhésif récupéré au fond de son sac. Ils avaient appelé du secours grâce au téléphone satellitaire. Ray avait fourni des informations extrêmement précises afin d’être localisés au mieux. Cet homme était encore plus utile et plus sûr qu’un GPS ! Ils avaient également élaboré une histoire plausible d’ours et s’étaient chargés d’incendier tout ce qui restait dans la grotte pour ne laisser aucune trace.

 

            A présent, sous la lumière dansante de leur feu de camp de fortune, Sam fixait les mouvements paisibles du torse de son frère, seule preuve qu’il était toujours en vie puisqu’il n’avait toujours pas repris connaissance, malgré ses essais répétés pour le réveiller. Près de lui, Jimmy était toujours sous le choc. Il se balançait d’avant en arrière dans une tentative vaine pour s’exhorter au calme. Le jeune homme, déjà traumatisé par ce qu’il venait de vivre, était plongé dans un état catatonique depuis le départ de son ami. En effet, Ray était parti à la recherche de la jeep. Il souhaitait la rapprocher le plus possible pour ramener rapidement ceux qui ne pourraient pas monter dans l’hélicoptère, à Newhalem où leurs amis les attendaient avec impatience.

 

            Une rafale de vent surpuissante fit pencher sérieusement les arbres autour d’eux. Sam leva la tête pour voir un secouriste descendre grâce à un filin d’acier. Une fois au sol, celui-ci se présenta rapidement, demanda un court récit des faits tout en commençant l’auscultation de Dean qui paraissait le plus mal en point. Dans son micro, inséré à son casque, il faisait un rapport détaillé à ses collègues, au fur et à mesure de ses découvertes. Il ne s’attarda pas sur le bras cassé de l’aîné des Winchester, signalant simplement la fracture ouverte. Sam avait une sensation d’irréalisme en écoutant cet homme parler : «  Le patient présente une lésion … temporal … gauche …sévère …possibilité de fracture … avec dépression … signe d’une éventuelle lésion pénétrante ». Bien qu’il le sache pertinemment, une onde glacée parcourut son corps lorsqu’il entendit que son frère nécessitait un scanner crânien en toute urgence dans un établissement spécialisé, avec un transfert possible en neurochirurgie en fonction des données scanographiques.

            Il déglutit difficilement, refusant de penser que c’était aussi grave que ça pouvait le paraître. D’aussi loin qu’il s’en souvenait, Dean était invincible. Il se sortait toujours de situations inextricables. Aucun monstre, aucune créature n’avait réussit l’exploit de l’exterminer. Même lorsque les médecins lui avaient appris que son cœur ne tiendrait pas plus d’un mois, il avait survécu et était plus en forme que jamais ! Et après l’accident fatal qu’ils avaient eu avec leur père, il s’en était sorti ! D’accord, ses rémissions avaient nécessité un bon coup de pouce et de sérieux sacrifices mais ce n’était certainement pas un simple wendigo qui aurait raison de lui aujourd’hui ! 

 

            Une fois qu’il eut installé son aîné sur le brancard, le secouriste se tourna vers Sam pour l’informer de ce qui allait se passer :

 

- Nous emmenons votre frère à Sedro-Woolley. Il y a un établissement spécialisé en neurochirurgie là-bas.

 

- Mais … Je viens avec vous ! S’imposa-t-il soudainement, refusant de laisser son frère partir sans lui.

 

- Non, je suis désolé. Le jeune homme et vous ne présentez aucune lésion grave. Nous n’avons pas la place nécessaire pour vous emmener avec nous.  La seule chose que je peux faire est d’envoyer un message radio pour que quelqu’un vienne vous récupérer.

 

            Dépité, Sam secoua la tête. Il avait du mal à accepter que cet homme ait raison. Il jeta un œil à Jimmy qui avait cessé de se balancer, s’était redressé et les observait avec attention. Lorsque leurs regards se croisèrent, Sam se ressaisit. N’étaient-ils pas venus, lui et son frère pour aider des gens ? Pour sauver des vies ? Pour exterminer ce qui rôdait dans ces bois ? Et puis si Dean avait été conscient, ne lui aurait-il pas demandé de veiller sur le jeune homme ? De prendre soin de lui et de Ray jusqu’à ce qu’ils soient de retour en toute sécurité chez eux ? Sans compter que son aîné avait besoin de soins spécialisés, immédiats, qu’il n’était pas en mesure de lui apporter.

 

            Il capitula donc et acquiesça d’un léger signe de tête, consentant à laisser son grand frère s’éloigner de lui. Le brancard s’éleva dans les airs. Il resta figé, observant jusqu’à la dernière seconde, cette capsule ovale disparaître lentement à l’intérieur de l’appareil. Alors que son inconscient lui annonçait l’arrivée imminente de Ray derrière son dos, lui fixait toujours la cime de l’arbre où venait de disparaître le rotor de queue de l’hélicoptère.


Lydean  (04.06.2010 à 17:02)

            Il entendit enfin les pales de l’hélicoptère puis le vrombissement de son moteur. « Enfin » c’était bien le mot ! Impressionnant le nombre de choses qu’ils avaient eu le temps de faire en attendant l’arrivée des secours.

            Dans un premier temps, Ray l’avait aidé à apporter les premiers soins et à transporter précautionneusement Dean dans une clairière à proximité, plus accessible à l’aide médicale. Son aîné avait un bandage improvisé autour de la tête, fabriqué avec une bonne partie de son tee-shirt et du ruban adhésif récupéré au fond de son sac. Ils avaient appelé du secours grâce au téléphone satellitaire. Ray avait fourni des informations extrêmement précises afin d’être localisés au mieux. Cet homme était encore plus utile et plus sûr qu’un GPS ! Ils avaient également élaboré une histoire plausible d’ours et s’étaient chargés d’incendier tout ce qui restait dans la grotte pour ne laisser aucune trace.

 

            A présent, sous la lumière dansante de leur feu de camp de fortune, Sam fixait les mouvements paisibles du torse de son frère, seule preuve qu’il était toujours en vie puisqu’il n’avait toujours pas repris connaissance, malgré ses essais répétés pour le réveiller. Près de lui, Jimmy était toujours sous le choc. Il se balançait d’avant en arrière dans une tentative vaine pour s’exhorter au calme. Le jeune homme, déjà traumatisé par ce qu’il venait de vivre, était plongé dans un état catatonique depuis le départ de son ami. En effet, Ray était parti à la recherche de la jeep. Il souhaitait la rapprocher le plus possible pour ramener rapidement ceux qui ne pourraient pas monter dans l’hélicoptère, à Newhalem où leurs amis les attendaient avec impatience.

 

            Une rafale de vent surpuissante fit pencher sérieusement les arbres autour d’eux. Sam leva la tête pour voir un secouriste descendre grâce à un filin d’acier. Une fois au sol, celui-ci se présenta rapidement, demanda un court récit des faits tout en commençant l’auscultation de Dean qui paraissait le plus mal en point. Dans son micro, inséré à son casque, il faisait un rapport détaillé à ses collègues, au fur et à mesure de ses découvertes. Il ne s’attarda pas sur le bras cassé de l’aîné des Winchester, signalant simplement la fracture ouverte. Sam avait une sensation d’irréalisme en écoutant cet homme parler : «  Le patient présente une lésion … temporal … gauche …sévère …possibilité de fracture … avec dépression … signe d’une éventuelle lésion pénétrante ». Bien qu’il le sache pertinemment, une onde glacée parcourut son corps lorsqu’il entendit que son frère nécessitait un scanner crânien en toute urgence dans un établissement spécialisé, avec un transfert possible en neurochirurgie en fonction des données scanographiques.

            Il déglutit difficilement, refusant de penser que c’était aussi grave que ça pouvait le paraître. D’aussi loin qu’il s’en souvenait, Dean était invincible. Il se sortait toujours de situations inextricables. Aucun monstre, aucune créature n’avait réussit l’exploit de l’exterminer. Même lorsque les médecins lui avaient appris que son cœur ne tiendrait pas plus d’un mois, il avait survécu et était plus en forme que jamais ! Et après l’accident fatal qu’ils avaient eu avec leur père, il s’en était sorti ! D’accord, ses rémissions avaient nécessité un bon coup de pouce et de sérieux sacrifices mais ce n’était certainement pas un simple wendigo qui aurait raison de lui aujourd’hui !  

 

            Une fois qu’il eut installé son aîné sur le brancard, le secouriste se tourna vers Sam pour l’informer de ce qui allait se passer :

 

- Nous emmenons votre frère à Sedro-Woolley. Il y a un établissement spécialisé en neurochirurgie là-bas.

 

- Mais … Je viens avec vous ! S’imposa-t-il soudainement, refusant de laisser son frère partir sans lui.

 

- Non, je suis désolé. Le jeune homme et vous ne présentez aucune lésion grave. Nous n’avons pas la place nécessaire pour vous emmener avec nous.  La seule chose que je peux faire est d’envoyer un message radio pour que quelqu’un vienne vous récupérer.

 

            Dépité, Sam secoua la tête. Il avait du mal à accepter que cet homme ait raison. Il jeta un œil à Jimmy qui avait cessé de se balancer, s’était redressé et les observait avec attention. Lorsque leurs regards se croisèrent, Sam se ressaisit. N’étaient-ils pas venus, lui et son frère pour aider des gens ? Pour sauver des vies ? Pour exterminer ce qui rôdait dans ces bois ? Et puis si Dean avait été conscient, ne lui aurait-il pas demandé de veiller sur le jeune homme ? De prendre soin de lui et de Ray jusqu’à ce qu’ils soient de retour en toute sécurité chez eux ? Sans compter que son aîné avait besoin de soins spécialisés, immédiats, qu’il n’était pas en mesure de lui apporter.

 

            Il capitula donc et acquiesça d’un léger signe de tête, consentant à laisser son grand frère s’éloigner de lui. Le brancard s’éleva dans les airs. Il resta figé, observant jusqu’à la dernière seconde, cette capsule ovale disparaître lentement à l’intérieur de l’appareil. Alors que son inconscient lui annonçait l’arrivée imminente de Ray derrière son dos, lui fixait toujours la cime de l’arbre où venait de disparaître le rotor de queue de l’hélicoptère.

 

***

            L’arrivée à Newhalem avait été rapide et l’accueil prévisible, tout en tristesse pour le décès de Franck et en soulagement pour le retour en relative bonne santé de Jimmy et de Ray. Mais Sam n’avait pas pris le temps de célébrer les retrouvailles, ni de recevoir les remerciements d’usage. Il avait récupéré ses affaires et celles de son frère, les avait enfournées rapidement dans le coffre de l’Impala et s’était installé au volant de ce véhicule si cher à son aîné. Il n’aurait su l’expliquer mais le simple fait de se retrouver là, assis sur ce siège en cuir, au milieu de cette odeur si familière, lui avait procuré un bien fou. Puis il avait enfoncé la clé dans le neiman et mit le contact. Alors qu’il allait partir, Ray l’avait rattrapé et lui avait indiqué le trajet jusqu’au centre hospitalier de Sedro-Wolley. Ils avaient alors échangé un regard mutuel chargé de gratitude et d’encouragements pour l’avenir.

 

A présent, il filait sur la route en direction de l’ouest. La traversée de cette grande étendue forestière n’en finissait pas ! Contrairement à l’aller, il avait l’impression de se traîner lamentablement. Mais il faisait nuit, alors sans visibilité et étant donné l’état de la chaussée, impossible d’aller plus vite. Et puis il ne fallait surtout pas égratigner le bébé de Dean ! Quand son grand frère sortirait de l’hôpital, il serait certainement heureux de retrouver sa chère voiture. Sam sourit brièvement à cette pensée avant qu’une ombre voile de nouveau son visage. Il aurait bien appelé les urgences pour avoir des nouvelles de l’état de santé de son grand frère mais ça lui était totalement impossible tout en essayant d’avancer sur cette route meurtrière. Pour cela, il devait s’arrêter et c’était autant de temps de perdu pour pouvoir enfin le retrouver. Quant à ce silence assourdissant, il allait le rendre dingue. Il enfonça la cassette dans le vieil autoradio. Aussitôt, « Hard As A Rock » d’AC/DC envahit l’habitacle et ce fut comme recevoir un second souffle. Alors plutôt que se plaindre de l’amplitude du son, comme à son habitude, il augmenta le volume, savourant chaque parole et chaque note de musique, se laissant même aller à chanter à tue-tête. Là au moins, il n’entendait plus les pensées qui s’entrechoquaient dans son esprit.

 

            Malheureusement, toute chanson a une fin et entre deux morceaux ou pendant les bons vieux solos de guitare, il se remettait à gamberger et ses réflexions reprenaient le dessus. Sur la route, les villes défilaient : Portage, Marblemount, Rockport, Concrete … Mais dans son esprit, c’était cette même phrase qu’il ressassait en boucle : « Sammy, il faut qu’on reste ensemble. Quoiqu’il arrive, on ne se sépare pas et on couvre nos arrières, c’est clair ?! » Ca n’aurait pas dû se passer comme ça ! Il se sentait mal, très mal ! D’ordinaire lorsqu’il était dans cet état, Dean s’en apercevait et en quelques mots tout simples, il allait déjà mieux. Sauf que là, il était tout seul parce que son aîné était à l’hôpital dans un état pitoyable. Lorsqu’il avait évoqué l’« accident » avec le secouriste, il avait raconté bien gentiment leur version mystifiée et très édulcorée de l’histoire. Mais la réalité était tout autre et le problème, c’est que même s’il avait voulu dire la vérité, il aurait été incapable de le faire parce qu’il n’était pas aux côtés de son frère au moment où ça avait eu lieu. Non, il n’y était pas ! Il resserra la prise sur le volant et sa mâchoire se crispa. Puis il jeta un œil sur son téléphone portable qu’il avait posé sur le siège passager. La route était de plus en plus stable, la voie dégagée, il pouvait appeler pour prendre des nouvelles. Il baissa considérablement le volume de l’autoradio, saisit l’appareil et s’aperçut qu’il n’avait pas de réseau. Frustré, il le balança à côté de lui.

 

« Sammy, il faut qu’on reste ensemble. Quoiqu’il arrive, on ne se sépare pas et on couvre nos arrières, c’est clair ?! » Quand Dean lui avait dit ça quelques heures auparavant, en le fixant droit dans les yeux pour que ça rentre bien dans sa p’tite tête, il avait pensé que c’était son côté « grand frère protecteur relativement frustrant » qui parlait encore. Il faut sauver le p’tit Sammy ! C’était ça, sa devise, sa profession de foi ! Et franchement, parfois, ça pouvait être dur à porter. Malgré tout, il avait accepté cette condition d’abord pour rassurer son aîné et puis parce qu’au fond de lui, il savait qu’il avait raison. Dans ce genre de situation, il est préférable de rester soudés pour se protéger l’un l’autre. Alors il s’y était tenu, bon gré mal gré, jusqu’à ce que … Mais à ce moment-là, il pensait que c’était terminé, qu’ils avaient eu raison de cette saleté de wendigo ! Comment aurait-il pu savoir qu’il y en avait un deuxième ?

            Sans qu’il s’en aperçoive réellement, sa respiration se fit saccadée et les jointures de ses doigts devinrent blanches sous la pression qu’il imposait au volant. Comment pouvait-il encore se chercher des excuses ? Il devait se rendre à l’évidence : il avait abandonné son équipier, son propre frère, un point c’est tout ! Dean avait senti que quelque chose clochait. Il répétait sans cesse qu’il ne fallait pas se séparer. Sur ce point, il avait été intransigeant. Et puis, en un clin d’œil, il avait cerné la personnalité de Ray et il avait compris que cet homme, alors  tout tremblant avec ce qu’il venait de lui arriver, allait leur être d’une aide indispensable. Dean se fiait toujours à son instinct et il avait bien raison. Sans compter que depuis le début de cette chasse, il n’avait cessé de surveiller son petit frère, histoire de s’assurer qu’il ne risquait rien.

Tout ça aurait dû lui mettre la puce à l’oreille. Par son attitude, son aîné avait essayé de lui faire comprendre qu’ils devaient rester sur leur garde, se protéger l’un l’autre, car quelque chose d’inhabituel se tramait. Et pendant ce temps-là, lui s’était focalisé sur les personnes qu’il pourrait aider, qu’il devait sauver ! Parce qu’il en avait besoin ! Parce qu’il voulait plus que tout défier et combattre cette destinée dont avait parlé leur père ! Mais sans penser une minute que Dean pourrait également avoir besoin d’un partenaire sur lequel il puisse compter ! « Sammy, il faut qu’on reste ensemble. Quoiqu’il arrive, on ne se sépare pas et on couvre nos arrières, c’est clair ?! » … « NOS arrières » !!!!

 

- Putain ! S’énerva-t-il à haute voix tout en frappant le volant. J’aurais dû m’assurer qu’il me suivait … ou rester un peu plus avec lui … Si j’avais …

 

            Il s’arrêta là. S’il avait été présent, assis à sa place, Dean lui aurait certainement fait ravaler son « Si j’avais … ». Puis il lui aurait expliqué par a plus b, qu’il n’était pas responsable et enfin, il lui aurait demandé d’arrêter de se torturer. Mais malheureusement, il n’était pas là.

            Il fit une nouvelle tentative d’appel téléphonique. A l’autre bout du combiné, une voix féminine lui passa le service concerné. Il dût attendre plus d’une minute avant que quelqu’un daigne décrocher, tout ça pour entendre qu’on ne pouvait pas le renseigner au téléphone et que le mieux serait qu’il vienne en personne au centre hospitalier. D’où il était, il pouvait entendre cette foutue bonne femme mâchouiller mollement son chewing-gum et il avait une furieuse envie de lui faire avaler par les trous de nez ! Il raccrocha, oubliant volontairement toute forme de politesse.

            Pour se calmer, il essaya de se focaliser sur la musique, de prendre une grande aspiration, mais rien n’y faisait. La même phrase revenait inlassablement en boucle. Le regard de son frère incrusté dans le sien ne quittait pas son esprit. La culpabilité le rongeait de l’intérieur et le fait d’ignorer l’état de santé de Dean l’angoissait au plus haut point. Il filait déjà à vive allure sur cette large route désertée. Mais cela ne l’empêcha pas d’enfoncer la pédale d’accélérateur et de la maintenir pied au plancher. Il passa Hamilton et Lyman et arriva enfin à Sedro-Woolley au bout d’une heure et demie de conduite effrénée et de débats analytiques personnels plus sombres les uns que les autres.

 

            C’était pourtant une chasse des plus ordinaires ...


Lydean  (06.06.2010 à 10:04)

Chapitre 4

 

            Grâce aux indications de Ray, il trouva rapidement l’hôpital, s’enfonça dans le parking souterrain de l’immense bâtiment à la recherche d’une place pour l’Impala et se précipita à l’intérieur via l’ascenseur. Arrivé à l’accueil des urgences, il expliqua brièvement la situation et la personne lui indiqua l’étage du service concerné. L’ascenseur étant trop lent à son goût, il gravit quatre à quatre les marches qui le séparaient du sixième étage. Il ouvrit à la volée le battant de la porte au-dessus de laquelle une pancarte indiquait le service neurologique du centre hospitalier. Puis il arpenta un long couloir au bout duquel il aperçut une femme en blouse rose clair derrière un comptoir. A côté d’elle, une douce musique insistante émanait du téléphone. Mais elle restait avachie, à regarder l’extrémité de ses doigts, peut-être ses ongles. Au bout de quelques secondes, un éclair de génie dut traverser son esprit car elle décrocha. Elle répondit de manière évasive à son interlocuteur tout en prenant conscience qu’elle avait un visiteur de l’autre côté du comptoir. Elle le détailla des pieds à la tête tout en mâchonnant, passant du dégoût à l’avidité. Puis elle raccrocha, l’observa encore un peu avant d’avoir la « présence d’esprit » de lui demander :

 

- Qu’est-ce que j’peux faire pour vous ?

 

            Il ravala sa remarque acerbe et réfréna son envie de meurtre.

 

- J’aimerais avoir des nouvelles de mon frère. Il est arrivé, il y a plus de deux heures … en hélicoptère … avec une plaie importante au niveau de la tête … sur la tempe gauche … On était dans les bois près de Newhalem et on a été attaqué par un ours …

 

            Devant le regard bourré d’incompréhension de l’infirmière, il poursuivait ses explications, espérant que le déclic se fasse enfin et si possible, rapidement. L’unique neurone qui gravitait dans ce vide intersidéral qui lui servait de cerveau avait-il grillé lui aussi ?

 

- D’accord, finit-elle par articuler après un temps de réflexion démesuré au goût de Sam. Votre nom, j’vous prie.

 

            Consterné, il s’aperçut qu’il n’avait plus aucun souvenir du pseudo qu’il avait indiqué au secouriste de l’hélicoptère ! Depuis un peu plus de deux semaines, Dean et lui avaient été contraints de changer les plaques d’immatriculation de la Chevrolet et s’étaient procurés de nouvelles identités. Leur dernière entrevue avec Henricksen ne leur avait pas vraiment laissé le choix. L’agent du FBI était un fin limier et il ne manquait pas de ressources. S’il les retrouvait, il les enfermerait à jamais.

 

- M. Mahoggoff, je suppose, l’interrompit dans ses pensées une seconde voix féminine bien plus douce que la première.

 

            Interdit, il tourna la tête vers elle. Vêtue d’une blouse blanche, la nouvelle venue affichait un air compatissant et concerné. Devant son regard interrogateur, il acquiesça d’un léger signe de tête avant de replonger dans ses réflexions. Point positif, il savait à présent quel pseudo il avait indiqué. Point négatif, Dean et lui l’avait employé assez souvent lors de leurs différentes chasses, la dernière fois étant pour réserver une chambre dans un hôtel hanté par une petite fille, Maggie, qui s’opposait à la vente de l’établissement et tuait toute personne qui voulait l’en déposséder.

            Dans les bois, il n’avait pas fait attention à ce qu’il disait. Il était trop préoccupé par l’état de santé de son frère. Sous la pression, il avait dit le seul nom qui lui était venu à l’esprit et à présent il espérait que ce moment d’inattention ne se retournerait pas contre eux.

 

- Il a l’air complètement à l’ouest, intervint l’infirmière au chewing-gum.

 

- Laissez, Emily ! Je vais m’occuper de monsieur, lui indiqua-t-elle avec les gros yeux.

 

            Elle appliqua une main réconfortante dans le dos de Sam et l’encouragea à la suivre un peu à l’écart, dans une petite partie du couloir aménagée en salle d’attente.

 

- Comment va mon frère ? Demanda-t-il une nouvelle fois, espérant obtenir enfin une réponse.

 

- Je ne suis pas habilitée à vous répondre mais le neurochirurgien qui s’est occupé de lui viendra vous voir d’ici une petite heure dès qu’il aura terminé d’opérer un autre patient …

 

- Une heure ! C’est hors de questions ! Je veux avoir de ses nouvelles, maintenant.

 

- Je comprends tout à fait M.Mahoggoff. Et j’espère vous rassurer en vous disant que le Dr. Monroe est le meilleur neurochirurgien de cet Etat. Je peux également vous informer que votre frère est sorti de la salle d’opération, qu’il est actuellement en salle de réveil et qu’il devrait intégrer une de nos chambres dès que le Dr Monroe aura vérifié ses constantes.  A partir de ce moment-là, vous serez autorisé à le voir … Enfin si je peux me permettre un conseil …

 

            Il observait cette jeune femme qui tentait tant bien que mal de le réconforter et de le rassurer sur l’état de santé de son aîné. Il était soulagé d’entendre que Dean était toujours en vie et qu’il allait enfin pouvoir le voir. Mais l’attente d’une heure lui paraissait insupportable.

 

-  M.Mahoggoff ? Vous m’écoutez ? S’enquit-elle avec un sourire tendre.

 

- Pardon, s’excusa-t-il. Vous disiez ?

 

- Il y a un petit motel de l’autre côté de la rue, juste en face de l’entrée principale de l’hôpital. Vous pouvez y réserver une chambre …

 

- Je ne pourrais pas dormir le temps que je ne l’aurais pas vu et que je ne me serais pas assuré qu’il va bien.

 

- Oui, je comprends mais il s’agit avant tout de faire un brin de toilette car vous ne serez pas autorisé à le voir dans cet état.

 

            A ces mots, il baissa la tête et constata l’état désastreux dans lequel il était : ses vêtements, déchirés par endroit, étaient poisseux. Sur ses manches, la crasse s’était mélangée au sang de Dean et le résultat en était plus qu’écoeurant. Voilà bien une chose à laquelle il n’avait pas pris le temps de penser.

 

- Oui, je vous remercie docteur … il jeta un œil rapide à sa plaque d’identification où étaient inscrites les initiales A.L. précédant son nom de famille : Beaumont.

 

- Je ne suis pas médecin, l’informa-t-elle gentiment. Je suis infirmière. Mon rôle ici se résume à assister les chirurgiens pendant les opérations, porter quelques soins aux patients, accueillir leurs visiteurs et les renseigner. Et surtout, vous faire compléter le dossier d’admission, ajouta-t-elle, un sourire à la fois sympathique et malicieux aux lèvres.

 

            A peine trois quarts d’heure plus tard, il était de retour devant le même comptoir. Il s’était lavé et avait rapidement soigné ses propres blessures avant d’enfiler des vêtements décents. Le dossier qu’il avait complété était toujours posé à côté de l’ordinateur et l’infirmière « mâchouillante » ne lui prêtait visiblement aucun intérêt. Lorsqu’elle le vit s’approcher, elle afficha un sourire niais et saisit le téléphone par l’intermédiaire duquel elle indiqua sa présence.

            Dans la minute qui suivit, l’aimable infirmière apparut, accompagnée par un homme chauve aux petites lunettes rondes et à l’air grave. Si la jeune femme à ses côtés n’avait pas eu ce sourire réconfortant, il aurait été persuadé qu’un événement dramatique était arrivé à son frère. Il préféra donc se concentrer sur ce visage si calme et tellement doux. Les présentations furent brèves et le neurochirurgien entra directement dans le vif du sujet :

 

- Les jours de votre frère ne sont pas en danger. La plaie à la tête était certes très inquiétante au premier abord mais il s’est avéré, pendant l’opération, qu’elle n’était pas aussi grave qu’elle le paraissait … La fracture ouverte a été réduite et il devra porter un plâtre pendant environ un mois …

 

            Le soulagement l’envahissait peu à peu et il éprouvait une grande reconnaissance vis-à-vis de ce médecin qui avait pris soin de son frère et continuait de lui dresser un bilan qu’il estimait rassurant compte tenu des événements.

 

- Est-ce que je peux aller le voir maintenant ? Demanda-t-il, le ton de sa voix révélant toute son impatience.

 

- D’abord, j’aimerais que vous compreniez que nous ne sommes pas encore en mesure d’établir avec certitude les séquelles qu’un tel choc a pu provoquer. Votre frère s’est réveillé brièvement tout à l’heure. Il était  en sueur et totalement désorienté. Ce qui est tout à fait compréhensible. La perte de la mémoire est souvent la conséquence d’un traumatisme crânien.  Mais dans les heures à venir, nous allons devoir lui faire passer des examens complémentaires afin d’établir un diagnostique plus complet dont je ne manquerais pas de vous faire part des résultats. Cette série de tests peut être éprouvante selon les patients et il faut qu’il se remette pleinement de l’opération qu’il vient de subir. Ce que j’essaie de vous faire comprendre, c’est que pour le moment nous le laissons se reposer. Alors devant votre empressement, je vous autorise à aller le voir. Mais à la condition que vous respectiez cette période de repos.

 

            Il ne lui fallut pas plus d’une fraction de seconde pour accepter la condition du Dr. Monroe. Il le remercia avant de suivre la sympathique infirmière qui l’accompagna jusqu’à la chambre de Dean. Elle le prévint que l’état dans lequel se trouvait son frère pouvait être impressionnant. Il se retint de lui avouer qu’il avait déjà vu bien pire. En effet, lorsqu’il entra, son aîné était allongé paisiblement sur son lit. S’il n’y avait pas eu ce bandage autour de la tête et ce plâtre sur son bras gauche, il aurait pu croire qu’il dormait. Aucun tube ne sortait de sa bouche et son visage ne présentait pas les couleurs cadavériques qu’il avait observées après l’effroyable carambolage avec le camion qui avait heurté de plein fouet l’Impala, blessant grièvement les deux seuls membres de la famille qui lui restait. Même les bips du monitoring, calmes et réguliers, étaient apaisants.

            En partie rassuré par le discours du médecin, il put apprécier pleinement le fait d’être enfin aux côtés de Dean, constatant par lui-même son état de santé, se réconfortant par sa simple présence. Il prit la chaise mise à disposition, s’installa silencieusement près du lit et attendit patiemment le réveil de son grand frère.


Lydean  (07.06.2010 à 18:39)

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