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Série : Supernatural
Création : 19.05.2010 à 07h56
Auteur : Lydean
Statut : Terminée
« Après un choc, Dean perd la mémoire. Entre cauchemars, souvenirs douloureux, traque du FBI et chasse d’une créature, le lien qui l’unit à son frère sera-t-il suffisant pour s’en sortir ? » Lydean
Cette fanfic compte déjà 65 paragraphes
Chapitre 8
Il n’arrivait pas à émerger et le fait de voir Sam s’agiter dans tous les sens ne l’aidait pas. Il avait bien compris qu’il devait partir. Ca, ça pouvait se faire, surtout qu’il en avait un profond désir depuis un bail. Même s’il avait un mal fou à maintenir les yeux ouverts, il n’en gardait pas moins cette irrépressible envie de quitter ce lieu sinistre. Malgré tout, il avait du mal à assimiler ce revirement de situation si soudain de la part de son jeune frère.
Les mots étaient bien sortis de sa bouche pâteuse mais au niveau de l’articulation, ça pêchait un peu. Son cadet l’avait-il entendu ? Bah, pas grave ! De toute façon, il n’était pas en mesure de réfléchir pour comprendre ce qu’il se passait. Quant au fait de se lever, c’était un tout autre problème qui lui paraissait limite insurmontable dans l’état actuel des choses. Pourquoi était-il aussi fatigué ? Il avait l’impression d’être dans le brouillard. Il ne ressentait rien : ni douleur, ni sensation, ni même son frère qui était en train de le secouer pour le faire réagir.
- Fais-moi confiance ! S’il te plait, Dean. Lève-toi et suis-moi !
OK ! Décidément, ce mec devait arrêter de lui balancer ce regard suppliant à tout va ! Il ferma les yeux, prit la plus grande aspiration qu’il pouvait et rassembla le peu de force qu’il trouva. Il s’accrocha au bras de son cadet et s’assit sur le bord de son lit.
- Eh Dean, ça va ?
Ben non, ça ne va pas, Einstein ! Je ne sais pas ce qu’il se passe mais ça craint ! Essaya-t-il de lui dire sans qu’aucun mot ne puisse sortir de sa bouche. Sam comprit malgré tout car il l’aida à se mettre debout, lui posa la veste sur les épaules et ils commencèrent à avancer vers la sortie. La porte s’ouvrit soudainement. Derrière elle se trouvait l’infirmière qui avait des vues sur son frère. Elle poussait un fauteuil roulant vide où il se serait bien assis une minute.
- Où croyez-vous aller comme ça ? Demanda-t-elle à son cadet avant de se tourner vers lui et de s’exclamer : Ah non mais c’est pas possible ! Comment pouvez-vous être debout avec la dose que je vous ai donnée ?
- Quoi ? Qu’avez-vous fait à mon frère ? S’énerva franchement Sam, sa double question résonnant avant de se perdre quelque part dans son crâne cotonneux.
- Ce que j’ai fait à votre frère !?! J’ai essayé de le soigner contre son gré ! Voilà ce que j’ai fait ! Son corps se régénère bien plus rapidement lorsqu’il dort mais il est incapable de rester en place, même blessé comme il est. Ce matin il a trouvé le moyen de débrancher sa perf, de se lever et même de s’habiller. N’importe qui de normalement constitué n’aurait jamais pu mettre un pied hors du lit ! J’ai eu ordre de lui faire avaler des somnifères et c’est ce que j’ai fait ! Que ça vous plaise ou non ! En plus, j’ai dû lui cacher dans la nourriture parce qu’il est tellement têtu qu’il refuse même la médication du docteur ! Oh, et puis, je vous interdis de me parler sur ce ton, je suis là pour vous aidez.
Dean ne savait plus où donner de la tête. Ces deux-là commençaient à lui casser les oreilles. S’ils devaient aller quelque part, pas de problème ! Mais tant qu’à faire, ce ne serait pas plus mal que ça se fasse rapidement et en silence !
- Comment ça, vous êtes là pour nous aider ? Demanda Sam, complètement déconcerté.
- Je sais que vous êtes recherchés par le FBI et il est grand temps pour vous de sortir d’ici.
Hein ? Quoi ? C’était quoi cette histoire ? Il essayait tellement de se focaliser sur ce qu’elle venait de dire qu’il n’opposa aucune résistance lorsqu’elle l’assit dans le fauteuil.
- J’comprends pas, reprit son frère. Mais … si vous êtes au courant alors … pourquoi vous voulez nous aider ?
- Parce que Ray est un vieil ami de mon père et que je sais tout ce qui s’est passé là-bas. C’est ma façon à moi de vous remercier de les avoir ramenés en vie, Jimmy et lui.
Ses yeux papillonnaient tellement il avait envie de dormir mais la conversation devenant de plus en plus intéressante, il se força à rester éveillé. Entre deux clignements de paupières, il vit Sam accepter l’aide de l’infirmière d’un simple signe de tête. Aussitôt, le fauteuil se mit en mouvement et ils arpentèrent le couloir tellement vite que les vertiges le reprirent. Pour ne pas perdre connaissance, il se concentra sur les paroles de la jeune femme.
- On va prendre l’ascenseur de service, indiqua-t-elle en passant une carte devant un lecteur optique. Il nous permet d’accueillir les patients en urgence donc il va du toit au sous-sol. Vous avez un véhicule à proximité ?
- Oui, j’ai garé la voiture au niveau moins deux.
- Bien, c’est parfait ! Elle appuya sur le bouton lumineux et l’ascenseur commença sa descente. Dans le petit sac ici, je vous ai mis ce qu’il fallait pour votre frère mais ce dont il a le plus besoin, c’est de repos … et vous également !
Ils arrivèrent dans le parking souterrain et slalomèrent rapidement entre les nombreux véhicules qui y étaient stationnés. La fraîcheur du lieu le fit frissonner mais il l’accueillit avec soulagement. Cela lui permettait d’avoir les idées un peu plus claires. Ils se dirigèrent vers une magnifique voiture noire. C’était une Chevrolet Impala, il en était persuadé. Ils s’arrêtèrent juste à côté et il fut plus que ravi et quelque peu fier de constater que c’était leur voiture. Pendant que Sam l’aidait à s’installer, l’infirmière expliquait un autre élément qui l’intéressait au plus haut point.
- Lorsque ma collègue a rentré votre dossier dans l’ordinateur, un avis de recherche est aussitôt apparu d’après ce qu’elle m’a dit. Il y avait vos photos avec un numéro où joindre un certain agent Henricksen. Je suis désolée : Je suis son supérieur et elle aurait dû me concerter avant d’appeler. Je n’ai appris la nouvelle qu’il y a peu de temps lorsque le Dr Monroe a reçu un coup de fil du même agent. C’est moi qui ait réceptionné l’appel et qui lui ait transféré. Quand j’ai entendu qu’il s’agissait du FBI, j’ai écouté la conversation, ce qui est strictement interdit, avoua-t-elle, ses joues rosissant de honte. Henricksen lui demandait de vous tenir à l’œil le temps qu’ils arrivent avec son collègue. Bien sûr le docteur a refusé en prétextant qu’il était ici pour soigner ses patients et que nous étions dans un hôpital et non une prison. Mais il a reçu l’ordre formel de ne pas vous avertir sous peine d’être accusé d’obstruction à la justice. Vous comprenez qu’il n’a pas eu le choix.
- Oui, mais vous allez avoir des problèmes à cause de nous maintenant, s’inquiéta Sam.
- Non, ne vous faîtes pas de souci pour le Dr Monroe ou pour moi. Emily a crié tellement fort que tout le monde l’a entendu, y compris vous, n’est-ce pas ? Ajouta-elle avec un petit sourire complice. Son manque de professionnalisme va lui coûter cher, je crois. Vous devriez y aller. Je vous souhaite bonne chance.
Son petit frère prit la jeune femme dans ses bras et la remercia chaleureusement. Apparemment ravie de ce contact, elle profita de ce moment pour l’embrasser et Dean ne put s’empêcher de sourire intérieurement : Un point de plus pour l’aîné qui a toujours raison ! se dit-il. Puis Sam, ferma la portière où il était assis, contourna la voiture par l’avant, s’installa au volant, mit le contact, éteignit l’autoradio qui pourtant émettait du très bon hard rock, sortit du parking souterrain et s’éloigna aussi rapidement qu’il le pouvait du centre hospitalier.
- Je ne dors pas, lança-t-il essoufflé au bout de quelques minutes à l’attention de son cadet qui lui lançait des coups d’œil furtifs.
- Eh ben tu devrais ! Tu as entendu ce qu’a dit l’infirmière ? Si tu veux te rétablir, il faut que tu te reposes. Et le mieux c’est que tu dormes.
Ah ça, oui ! Il avait bien entendu tout ce que sa petite amie avait déballé et il avait un maximum de questions qui lui trottaient dans la tête. Il voulait des réponses et il les obtiendrait. Le problème c’est que dans l’état actuel des choses, il était dans l’incapacité d’effectuer un interrogatoire digne de ce nom. Et puis il était confortablement installé sur ce siège. Il ne se rassasiait pas de cette délectable odeur qui régnait dans l’habitacle. Chaque élément de cette voiture lui procurait un bien-être indescriptible. Le fait d’avoir son frère à ses côtés était un plus non négligeable. Il était chez lui. Il se détendit et laissa le sommeil prendre le dessus.
Ca faisait un peu plus d’une demi-heure qu’il roulait à présent. Chaque kilomètre, chaque minute qui l’éloignait de l’hôpital et donc de l’agent Henricksen, était un soulagement. Malgré tout, il ne pouvait pas se détendre totalement : le regard que Dean lui avait lancé avant de s’endormir finalement, avait été plus qu’éloquent. Il aurait bien mieux fait de le laisser dormir au lieu de l’obliger à se réveiller pour s’enfuir. A présent, son aîné avait tout entendu et autant dire que son réveil n’aurait rien de très réjouissant. Tel qu’il le connaissait, il allait lui faire cracher le morceau, c’était sûr et certain.
Jusqu’à présent, il avait réussi à esquiver le sujet en lui faisant comprendre que relater leur passé était difficile pour lui. Il avait compté sur le fait que, malgré son amnésie, Dean resterait un grand frère protecteur à l’écoute. Et autant dire que, pour le moment, ça avait plutôt bien fonctionné. Mais après ce que son aîné avait entendu concernant les fédéraux, ça allait s’avérer laborieux et il ne se sentait pas la force de tout lui déballer.
Il s’aperçut qu’il était vraiment fatigué. Ce n’était pourtant pas la première fois qu’il passait plusieurs nuits d’affiler sans dormir et il ne ressentait presque plus sa blessure dans son dos. Il était comme anesthésié. Malheureusement, il ne pouvait pas se permettre le luxe de dormir. Il devait impérativement se reprendre et pour cela, il avait grand besoin de prendre un café. Il jeta un œil à la jauge d’essence et constata que le « Bébé de Dean » était presque à sec. Il roula donc jusqu’à la station la plus proche. Il se gara devant une pompe et fit le plein. A la caisse, il prit deux cafés à emporter. Il se demanda si son frère n’aurait pas apprécié également de quoi manger. A travers la vitre, il l’observa alors qu’il dormait paisiblement. Avec un peu de chance, il aurait encore quelques heures devant lui avant qu’il ne se réveille.
En contournant l’Impala, il vit le sac de Dean qu’il avait négligemment jeté à l’arrière. Etant donné le capharnaüm qui régnait sur la banquette arrière, il se demanda ce qui avait bien pu attirer son attention sur cet objet en particulier. Il déposa un des gobelets sur le tableau de bord et commença à boire le contenu du second. Puis il ouvrit la portière arrière et attrapa la lanière. Il tira sur la fermeture éclair et tomba aussitôt sur une grande enveloppe marron. Il la considéra un instant, résistant à l’envie de découvrir les secrets qu’elle pouvait renfermer. D’une part, il n’avait pas le temps de consulter le dossier, et d’autre part, le fait d’écouter le dictaphone réveillerait sans conteste son frère qui, dans les deux cas, ne serait certainement pas ravi de constater qu’il farfouillait dans ses affaires. Il prit donc le sac et son contenu et les rangea dans le coffre, loin de sa vue, à l’abri de toute tentation. Puis il finit son café, jeta le gobelet dans la poubelle la plus proche et s’installa au volant pour reprendre la route.
Après environ trois heures de conduite sans pause, il atteignit Hellensburg. Malgré les deux expresso bien serrés qu’il avait ingurgités à cinq minutes d’intervalle, l’effet de la caféine s’était estompé avec les kilomètres. Dean dormait toujours mais il commençait à s’agiter légèrement. Il émergerait sans doute d’ici quelques minutes. Il décida donc de faire une pause dans la petite ville, histoire de se dégourdir les jambes, de remettre de l’essence et surtout de s’équiper en victuailles diverses : beaucoup de café pour lui et des trucs bien nourrissants et assez gras pour son frère dont l’estomac lui ferait vite savoir qu’il avait besoin d’être comblé !
Après son passage en caisse, il déposa donc ses trouvailles sur le tableau de bord, devant le nez de son aîné. Il espérait que l’odeur le réveille en douceur. Il se disait également qu’avec la bouche pleine, il aurait moins la possibilité de lui poser des questions. Malheureusement, il ne se faisait pas trop d’illusions ! Devait-il l’assommer avec une nouvelle dose de somnifères ?
Voyant que la belle au bois dormant ne daignait pas ouvrir les yeux, il resta un instant à l’extérieur de l’Impala, profitant de la légère brise et des quelques rayons de soleil qui perçaient la couverture nuageuse de cette fin avril. Puis il céda à la curiosité et se résolut à ouvrir le coffre et à sortir le dossier de l’enveloppe. Il consulta rapidement les divers documents médicaux et parcourut avec plus d’attention les notes de la neuropsychologue. Dans la marge, elle avait inscrit : « amnésie psychogène ? ». Au cours de ses recherches à l’hôtel, il avait appris que ce type d’amnésie était fréquent et qu’il était d’origine psychologique. Les individus s’efforçaient d’oublier les souvenirs désagréables ou ayant un rapport avec une dépression inconsciente. Il s’agissait, en règle générale, de victimes de sévices sexuelles ou de témoins de crimes violents. Il s’était alors inquiété en pensant que son aîné avait volontairement voulu effacer toute sa vie entière mais s’était ensuite rassuré lorsqu’il avait découvert que ce genre d’amnésie n’était pas provoqué par un traumatisme crânien. Le fait de relire ce terme, écrit de la main d’un professionnel, remettait son angoisse à l’ordre du jour. En lisant plus avant les différents griffonnages, il découvrit que Dean faisait des rêves dont il ne l’avait informé à aucun moment. Il se sentit à la fois surpris et vexé. Son frère avait-il aussi peu confiance en lui pour lui cacher une chose si importante ? Il relut le document de manière plus approfondie, chercha énergiquement d’autres feuilles qui lui aurait permis d’y voir plus clair mais le détail de ces fameux rêves n’était mentionné nulle part.
Il entendit la portière de l’Impala s’ouvrir. Il camoufla rapidement le dossier dans son propre sac et ferma prestement le coffre. Sa visibilité s’en trouva accrue et il s’aperçut que son aîné venait d’arriver à côté de lui.
- Eh ! Bien dormi ? Lui demanda-t-il pas très à l’aise.
- Mouais ! J’vais vidanger et je reviens, l’informa Dean, apparemment pas très bien réveillé.
- T’as besoin d’aide ?
Dean ne lui répondit pas mais le regard qu’il lui lança se passait totalement de commentaires. Il le regarda donc s’éloigner en direction des toilettes plus que miteuses de l’établissement, et reporta finalement son attention sur le coffre. Ce dossier n’était vraiment pas assez complet pour lui et de nombreuses questions venaient de faire irruption dans son esprit. La principale étant de connaître le contenu exact des rêves de son frère. Si la conversation avait été enregistrée sur le dictaphone alors peut-être découvrirait-il le fin mot de cette histoire. Il rouvrit le coffre, saisit le petit appareil et le glissa dans la poche intérieure de sa veste. Il le referma et partit s’installer à la place du conducteur. Il avait une furieuse envie de l’écouter maintenant mais Dean venait de ressortir et il savait qu’il devait plutôt se focaliser sur la discussion qu’ils allaient inévitablement aborder dans la minute qui suivait. Il saisit le café et la nourriture qu’il avait pris soin d’acheter et les tendit à son aîné qui s’installa à ses côtés tout en le fixant avant de refuser son offrande à son grand désarroi. Lorsqu’il le vit ouvrir la bouche, il sut qu’il avait atteint le moment qu’il redoutait tant.
- Vas-y, je t’écoute, parle-moi un peu de cette histoire de FBI !
- De quoi tu te souviens ?
Il s’attendait bien à ce que la réponse ne lui arrive pas tout de suite et il avait même assimilé la manière toute particulière que son jeune frère avait de s’exprimer. Mais ses éternelles questions avaient parfois un côté frustrant. Ce qu’il lui avait demandé n’était pourtant pas si compliqué. Il pouvait bien lui répondre honnêtement. De toute évidence, la confiance qu’il lui accordait n’était pas réciproque. Si, de son côté, il avait totalement foi en Sam bien qu’il ne le connaisse réellement que depuis deux jours, il n’en était pas de même pour son cadet qui manquait quelque peu de sincérité envers lui. Il voulait bien admettre qu’il y avait certainement des événements de leur passé difficiles à relater. Mais, il avait quand même le droit de savoir s’il était un criminel en fuite !
Il vit Sam prendre une teinte livide avant de détourner le regard et de marmonner :
- Non, mais je te demande ça parce que, tout à l’heure, tu n’avais pas l’air au mieux de ta forme alors …
- C’est normal ! Ta petite amie m’avait drogué !
- Pourquoi tu t’énerves ? D’abord, c’est pas ma p’tite amie et puis j’y suis pour rien, moi, si elle t’a fait avaler des somnifères. C’était sa décision, pas la mienne.
- Encore heureux ! J’te déconseille même d’en avoir l’idée, sinon j’te jure que j’te ferai découvrir ma manière à moi de réaliser une anesthésie locale !
- Oh, Dean ! Elle a dit que tu guérissais plus vite lorsque tu te reposais …
- Ca te va bien de dire ça ! T’as l’air tellement mal qu’on dirait Freddy Krueger ! C’est ton tour de dormir et le plus tôt sera le mieux …
- Non, ce n’est pas possible pour le moment … le coupa son cadet tout en mettant le contact.
- Ben voyons ! Parce qu’on est recherché par le FBI !? Je veux savoir pourquoi !
Le ton qu’il venait d’employer était sec et cassant. Pour accompagner ses dires, il saisit rapidement les clés de l’Impala, coupa le contact et les retira du neiman pour les garder précieusement avec lui. Il exigeait des réponses et il les voulait maintenant ! Ce n’était certainement pas cette tête de chien battu qui allait le faire changer d’avis cette fois ! Il en avait plus qu’assez de cette situation. Outre les secrets si bien préservés par Sam, il le voyait dépérir d’heure en heure et ça avait le don de l’énerver au plus haut point. Si son satané frangin ne se mettait pas à table dans la seconde, il lui ferait regretter amèrement son silence. Celui-ci dut le comprendre car, à la suite de son deuxième regard en coin dans sa direction, il commença ses explications :
- C’est pas ce que tu crois, Dean. On n’est pas coupable de ce dont on nous accuse.
- De quoi est-on accusé ?
- C’est une erreur …
- Sam !
- Ben … j’sais pas quoi te dire …
- Commence par dire la vérité !
- OK ! Céda-t-il dans un souffle. Entre autre, on est accusé de s’être fait la malle après avoir tenté de cambrioler une banque …
- Quoi ? Comment ça « entre autre » ?
Il avait du mal à le croire. Il ne se sentait pourtant pas voleur dans l’âme. Il se ressaisit et poursuivit l’interrogatoire.
- OK, un cambriolage, c’est pas l’affaire du FBI, ça ! Alors qu’est-ce qu’on a fait pour empirer les choses ?
- Une prise d’otages … ajouta Sam, incertain.
- C’est pas vrai !? S’exclama-t-il, fataliste.
Voler n’était déjà pas très honorable mais s’en prendre à des innocents, c’était totalement écoeurant !
- Mais non, je te répète qu’on n’est pas responsable, tenta son jeune frère pour le rassurer. On est du bon côté de la barrière, j’te le jure. Il faut que tu aies confiance en moi. On aide les gens. On ne leur fait pas de mal. C’est seulement que, selon les situations, on rencontre des galères qu’il faut gérer au mieux, c’est tout. C’est pas toujours simple ce qu’on fait. Mais en tout cas, il y a réellement méprise de la part du FBI. L’agent Henricksen s’acharne sur nous parce qu’il n’a pas réussi à nous choper. On lui file entre les doigts à chaque fois et ça doit l’énerver. Mais le plus important dans tout ça, c’est qu’on n’est pas coupable. Je t’assure, Dean !
Dans ses yeux, il pouvait lire la sincérité de ses propos. Il se passa la main sur le visage dans un geste apaisant. Il respira à fond et analysa la situation. Il ne savait pas si c’était qu’il refusait de voir la vérité en face mais il avait une furieuse envie de croire Sam. Il aurait bien poursuivit son questionnement mais il voyait que son frère était vraiment mal. Avec un minimum de détermination, il pouvait obtenir tout ce qu’il voulait de lui. Mais à quel prix ! Le visage de son frangin passait de maladif à mort en sursis lorsqu’il le questionnait sur leur passé. Ne souhaitant pas l’accabler davantage, il réprima son irrépressible désir d’en savoir plus et décida de reporter ses autres interrogations à plus tard, voire d’effectuer ses propres recherches, de manière autonome, dans un avenir proche. Puis il entama le bilan des informations qu’il venait d’assimiler tout en essayant de dédramatiser la situation :
- Donc, si je comprends bien, on est recherché par les autorités pour un crime qu’on n’a pas commis et on se trimbale dans tout le pays pour aider des personnes qui ont besoin de nous. En quelque sorte, on est les membres de l’agence tout risques !
- Euh, si tu veux, répondit son frère avec un sourire timide, visiblement soulagé que la conversation ait pris cette nouvelle tournure.
Son objectif atteint, il s’installa confortablement sur le siège et repartit dans ses pensées.
- Ne t’inquiète pas Dean ! Laisse faire le temps et les réponses à tes questions viendront toutes seules, intervint Sam comme s’il lisait dans son esprit.
- Je sais, Looping ! Lança-t-il pour provoquer l’inévitable interrogation qui allait s’ensuivre.
- Et pourquoi je serais Looping ?
Avec un sourire narquois, il prit grand plaisir à s’expliquer :
- Procédons par élimination : Tu es plus jeune que moi et certainement moins expérimenté donc tu ne peux pas être Hannibal. De nous deux, c’est bien moi le plus beau gosse, alors tu n’es pas Futé non plus ! Et enfin, Barracuda est un large black baraqué alors que toi, tu es un grand vert maladif. Il ne te reste plus que Looping !
- Pfff ! J’peux avoir les clés maintenant ? Bougonna Sam pour toute réponse.
- T’es sûr que tu es en état de conduire ?! Tu devrais voir un médecin.
- Je vais bien, Dean ! Lui répondit-il, s’énervant presque.
Il lui tendit les clés. Après tout, son frère était peut-être plus jeune que lui, il n’en demeurait pas moins un adulte qui pouvait prendre ses propres décisions. Il n’avait pas à lui ordonner de faire quelque chose contre sa volonté.
Il regardait sans vraiment le voir le paysage qui défilait car il avait repris le fil de ses pensées. Il désirait plus que tout retrouver la mémoire. Il devait savoir ce qui était arrivé au petit garçon de ses rêves et comprendre ce qui l’empêchait d’aller plus loin dans ses souvenirs. Etant donné le comportement de son cadet, il était évident qu’il s’était passé un événement dramatique, voire peut-être même plusieurs. Mais puisque c’était trop difficile pour Sam de l’évoquer, il lui faudrait prendre son mal en patience et enquêter discrètement pour trouver des réponses et reconstruire son histoire.
- Hé, Dean ? Demanda soudainement Sam qui avait quitté des yeux la route pour mieux lui lancer son regard interrogateur et juvénile. J’aimerais bien savoir … enfin c’est juste que … qu’est-ce que tu as bien pu raconter à la psy ce matin pour que ce soit si long ?
Cette question-là, il n’avait pas la moindre envie d’y répondre. Il ne s’agissait pas d’une basse vengeance mais il avait tout simplement besoin d’un peu de temps pour analyser son rêve et trouver un moyen d’en discuter avec son frère sans que la conversation ne provoque chez lui une crise cardiaque ou une embolie pulmonaire ! Il ressortit donc la réplique que son cadet lui avait servie quelques minutes auparavant :
- Ne t’inquiète pas Sam ! Laisse faire le temps et les réponses à tes questions viendront toutes seules.
Chapitre 9
Ca faisait des heures qu’il attendait d’avoir l’occasion de s’arrêter dans une nouvelle station essence. Le dictaphone confortablement loti dans sa poche intérieur commençait à le brûler tant il mourrait d’envie d’en savoir un peu plus sur les rêves de son aîné. Dean avait fini par avaler l’ensemble de la nourriture qu’il lui avait choisie mais depuis, leur discussion se limitait à des banalités. Il avait informé son grand frère qu’ils se rendaient chez Bobby, un grand ami de la famille, une personne de confiance, qu’ils considéraient tous deux comme un second père. Il lui avait expliqué que lorsque John devait s’absenter pour son travail, il lui confiait parfois ses deux jeunes fils. Et il avait assuré à Dean que lorsqu’il serait chez cet homme fiable, couvert de sa sempiternelle casquette de routier, il se sentirait un peu comme chez lui et que son amnésie se résorberait très certainement. Son aîné l’avait écouté avec beaucoup d’attention mais il était resté très silencieux. Ce mutisme n’avait jamais été une caractéristique de sa personnalité. Bien au contraire ! Et dans l’état actuel des choses, c’était un vrai problème.
Ce fut donc avec beaucoup d’avidité qu’il bifurqua sur une aire de repos tout en prétextant la nécessité de refaire le plein de l’Impala.
- Ca tombe bien car moi j’ai besoin de faire le vide avant de refaire mon plein, l’informa son passager avec un sourire entendu.
Depuis le début de cette foutue amnésie, il avait un peu de mal à gérer le comportement vraiment étrange de son grand frère mais quelques petites choses ne changeaient pas pour autant : son humour « ravageur », son insatiable appétit et ses réflexions à deux balles !
Il profita néanmoins de ce moment de solitude pour consulter le dictaphone. Il trouva la conversation en quelques secondes. Les premières questions de la neuropsychologue étaient plus que banales, voire dénuées de sens pour lui, et il avait du mal à cerner l’intérêt que pouvait avoir ce genre d’interrogatoire pour évaluer le degré de perte de mémoire d’une personne. N’étant pas psy, il ne s’attarda pas sur cette observation. D’autant plus que cette femme avait tout de même réussi l’exploit de capter l’attention de Dean et il n’arrivait pas encore à comprendre par quel moyen miraculeux elle l’avait contraint à se confier par la suite. Comment était-ce possible qu’il lui parle à elle et pas à lui, son propre frère ?! C’était irritant et passablement vexant. Il se concentra sur les informations fournies par son aîné qui était sur le point de révéler enfin le contenu de ses rêves lorsqu’il le vit sortir du bâtiment les bras chargés de victuailles. Frustré, il stoppa le petit appareil et le remit discrètement dans la poche intérieure de sa veste.
- T’en veux ? Formula difficilement son aîné, la bouche pleine d’une barre chocolatée.
Dommage que personne n’ait pris le temps de lui apprendre à ne pas parler la bouche pleine, pensa-t-il à la fois amusé et dépité. Dire que c’était ce grand gamin qui lui avait enseigné les « règles de bienséance » lorsqu’il était enfant ! « Fais c’que j’dis mais pas c’que je fais », voilà un bel adage qui s’appliquait parfaitement à son aîné ! Pour répondre à sa question, il secoua la tête en signe de négation.
- T’as tord. J’t’ai pas vu manger quoi que ce soit depuis que je me suis réveillé et ça n’te ferait pas de mal ! Insista-t-il très sérieusement cette fois.
Exaspéré, il souffla sans le vouloir réellement. Dean avait beau avoir perdu la mémoire, il n’en avait pas pour autant oublié sa fâcheuse habitude de le surprotéger. Mais finalement, il fut surpris de le voir hausser les épaules dans un geste d’impuissance. A moins que ce soit de l’indifférence ?! Laisser tomber si facilement ne lui ressemblait pas du tout. Alors qu’il aurait dû être ravi par ce laxisme qui lui procurait un confort inédit, un malaise monta en lui. Le mec désinvolte en face de lui n’était plus vraiment son frère. Par moments, il ne le reconnaissait plus. Il ne savait plus comment réagir avec lui. Il était un peu perdu. La situation était loin d’être simple à gérer et il se sentait seul, comme abandonné. C’était inhabituel et très désagréable comme sensation.
Il se dirigea vers les toilettes avec la ferme intention de découvrir ce que lui cachait cet inconnu qui avait pris l’apparence de son frangin. Une fois à l’abri des oreilles et yeux indiscrets, il actionna le dictaphone. Il écouta la conversation avec grand intérêt. Il fut tout d’abord rassuré lorsqu’il s’aperçut qu’il était constamment présent dans les souvenirs de son aîné. Puis il s’étonna lorsqu’il entendit que Dean pensait avoir un fils. Il devait bien avouer que tous les faits qu’il venait de relater exposaient plus clairement son côté « papa » que celui d’un simple frère. Mais ne s’était-il donc pas rendu compte qu’il était lui-même un enfant lors de tous ces événements ?
La confiance que lui portait son aîné le toucha au plus haut point : Dean avait beau être persuadé qu’il avait un fils, il se bornait à croire la version d’un mec qu’il ne connaissait finalement que depuis quelques heures. La relation qui les liait était bien plus forte qu’il l’avait pensé quelques minutes auparavant. Elle surpassait même cette amnésie si particulière.
La suite de la conversation l’obligea à prendre appui sur la cloison de la cabine des toilettes où il s’était retranché. Une onde de douleur irradia son dos ce qui l’obligea à se redresser sur-le-champ. Il fut pris d’un vertige mais il ne sut s’il s’agissait d’une conséquence de sa blessure ou de la vague de culpabilité qui l’assaillait tout à coup. Pendant que son grand frère évoquait les détails de souvenirs plus attendrissants les uns que les autres, de moments où il prenait soin de lui depuis si longtemps, lui était planqué dans les WC, espionnant ses pensées intimes qu’il avait pourtant voulu préserver, trahissant la confiance qu’il lui avait accordée si facilement. Comment allait-il rattraper ça maintenant ? Il ne pouvait même pas aborder le sujet de son fils virtuel avec lui sans qu’il comprenne qu’il avait fouiné dans ses affaires ! Il était dans une impasse.
Il sortit du petit local tout à ses pensées. Il releva la tête et marqua un temps d’arrêt. Devant lui, Dean était adossé à l’impala. Malgré son plâtre, il avait croisé les bras sur sa poitrine. Ses sourcils étaient froncés au point qu’ils se touchaient presque. Mais le plus dérangeant était les éclairs qui brillaient dans ses yeux. La colère qui émanait de son grand frère lui fit détourner le regard. Indécis, il avança malgré tout vers lui tout en se posant une multitude de questions sans réponse : Pourquoi le fixait-il ainsi ? Qu’est-ce qui avait provoqué une telle exaspération à son égard ? D’où provenait ce changement d’attitude ? Qu’avait-il bien pu se passer en si peu de temps ? Avait-il deviné qu’il avait consulté son dossier confidentiel ? A moins qu’il ait soudainement retrouvé des bribes de mémoire qui le perturbaient ?
Arrivé à sa hauteur, il se planta devant lui, l’interrogeant d’un regard furtif. Sans dire un mot, Dean se redressa et esquissa un pas vers l’avant du véhicule tout en ouvrant la portière du côté passager, laissant tout loisir à son petit frère d’observer les quelques objets qu’il avait bien mis en évidence sur le siège. La boîte à gants était ouverte et le coffret contenant l’ensemble de leurs fausses cartes en avait été retiré. A présent, les petits rectangles de plastique où figuraient leurs photos et leurs fausses identités, étaient éparpillés au milieu de téléphones portables et d’armes diverses qui étaient très certainement insolites à ses yeux : arbalète, couteau, machette, … Dean ne s’était donc pas contenté de fouiller la boîte à gants. Il avait également fait une visite approfondie du coffre ! De toute évidence, lui aussi avait éprouvé le besoin de faire ses propres recherches. Tout en déglutissant difficilement, il jeta un œil à la banquette arrière où il vit avec grand soulagement que la sacoche de son ordinateur portable n’avait pas été ouverte. Le journal de leur père y étant soigneusement rangé, il préférait le savoir toujours là, plutôt que dans les mains de son aîné qui continuait de le fixer avec insistance. Apparemment de nouvelles questions plus embarrassantes les unes que les autres venaient d’émerger dans la tête de Dean et il avait la ferme intention d’obtenir des réponses honnêtes et concises. Quelle merde !
- T’aurais pas dû faire ça ! J’te rappelle qu’on est recherché et autant dire que c’est pas très discret, grommela son jeune frère, plongé dans l’habitacle, s’affairant à ranger hâtivement les objets qu’il avait pris grand soin d’exposer pour le faire parler.
Depuis sa sortie des toilettes, Sam avait détourné les yeux, visiblement très mal à l’aise et il n’avait plus vraiment osé le regarder depuis. Cette attitude montrait bien qu’il lui cachait quelque chose, des trucs importants s’il en croyait son instinct. Il voulait en avoir le cœur net mais l’arrivée façon « Gaston Lagaffe » de son cadet l’avait ébranlé dans ses convictions. Avec ses mains dans les poches et sa tête rentrée dans les épaules, son jeune frère avait tout l’air d’un gamin pris en faute. Sans pouvoir se l’expliquer, la colère et les tensions qu’il avait ressenties en découvrant les trésors cachés dans la boîte à gants et le coffre, s’étaient passablement atténuées jusqu’à ce qu’il ne puisse plus savoir exactement pourquoi il s’était mis dans un tel état ! Il souhaitait malgré tout obtenir quelques informations supplémentaires. Alors il se passa la main sur le visage pour tenter de ne pas s’emporter.
- J’aimerais comprendre, Sam ! J’vois pas en quoi ces armes peuvent nous permettre d’aider les gens. La planque dans le coffre renferme l’arsenal d’un tueur en série !
- C’est pas le cas, Dean ! J’te l’ai déjà dit, on n’est pas les méchants dans cette histoire. C’est vrai que ça peut te paraître bizarre mais on en a besoin de ses armes. Ca dépend des affaires … non, mais c’est vrai que ça peut faire agressif comme ça, mais elles ont plutôt un usage défensif, s’emmêla-t-il dans ses explications tout en rangeant ses trouvailles à leurs places respectives et en prenant soin de ne surtout pas croiser son regard.
Il s’étonna et fut plutôt soulagé de ne pas entendre son éternel : « Fais-moi confiance ! » Il avait beau faire son possible pour rester pondéré, il était persuadé qu’il lui aurait fait ravaler cette fois-ci ! Il aborda l’autre point sensible :
- Et toutes ces fausses cartes, là ?! Autant dire que c’est difficile de savoir qu’elle est notre véritable identité. Pour un mec de près de deux mètres, Sam faisait nabot tout-à-coup. Il le voyait rapetisser de seconde en seconde. Il s’inquiéta aussi de le voir aussi pâle. Alors il reprit sur un ton plus calme. Mets-toi à ma place une minute. Si je n’avais pas vu mon nom sur le dossier médical, je ne saurais même pas comment je m’appelle et c’est surement pas tout ça qui peut m’aider, ajouta-t-il en désignant les faux insignes et autres identités virtuelles qui venaient de retrouver leur place dans la boîte à gants.
A cette réflexion, il vit son cadet se redresser d’un coup et devenir translucide avant de prendre appui sur la voiture.
- Quoi ? Demanda-t-il devant cette attitude étrange.
-Dean, euh … Mahoggoff c’est pas notre vrai nom … c’est un nom d’emprunt … En réalité, on s’appelle Winchester … tu sais, comme le fusil ! Poursuivit-il avec un sourire timide et un léger regard en coin.
Il ne manquait plus que ça ! Pourquoi ne lui avait-il pas dit avant ?! L’énervement laissa la place à la déception. Ce mec était-il réellement son frère ? Après tout, il ne le connaissait même pas. Alors pourquoi ça lui faisait si mal de comprendre qu’il lui cachait des choses, qu’il lui mentait. Il se sentait comme trahi et il savait que cette sensation n’était pas normale.
- Je sais que j’aurai dû te le dire avant … j’ai pas cherché à te le cacher … c’est juste que … j’sais pas … j’y ai pas pensé, c’est tout, s’excusa Sam en le regardant à nouveau droit dans les yeux.
- Laisse tomber, lui demanda-t-il tout en prenant conscience de la réelle affliction de son jeune frère.
Décidément, ce type était déconcertant. Il ne lui en voulait même pas d’avoir omis ce « petit » détail. Après tout, ce n’était pas volontaire. Et puis à présent qu’il avait son vrai nom de famille, il pourrait faire de nouvelles recherches qui le conduiraient peut-être à retrouver la mémoire.
- On ferait mieux d’y aller maintenant, fit-il en s’installant dans la voiture, mettant ainsi un point final à cette pseudo-conversation.
Dorénavant, il se débrouillerait seul. Pendant que son frangin faisait le tour de l’Impala pour se mettre au volant, il jeta un œil à la sacoche de l’ordinateur portable qui se trouvait sur la banquette arrière. Ce soir, ils prendraient certainement des chambres dans un hôtel où il pourrait se connecter à Internet. Il réussirait bien à en ressortir quelques informations intéressantes !
Il n’éprouvait plus le besoin d’interroger Sam sur son passé. Non seulement, il n’obtenait pas réellement de réponses mais en plus ça mettait son cadet dans tous ses états. Il n’avait déjà pas l’air très frais alors c’était superflu d’en rajouter. Là encore, inutile d’évoquer son état de santé déplorable sous peine de se faire renvoyer balader. Il avait une furieuse envie de l’obliger à se faire soigner, à se nourrir, à faire un peu plus attention à lui mais il se restreignait. Après tout, il n’était que son frère, pas son père !
Il était mal à l’aise devant l’attitude de Dean : Avachi sur le siège passager, il regardait droit devant lui, le regard dans le vague et il n’avait pas ouvert la bouche depuis un temps qui lui paraissait des heures. Alors, régulièrement, il ne pouvait s’empêcher de lui jeter des coups d’œil anxieux. Il se sentait incapable de supporter plus longtemps cette situation. C’était plus fort que lui : il devait essayer d’ouvrir le dialogue.
- Tu as faim ? Tu n’as pas touché à ce que tu t’es pris tout à l’heure. Tu veux qu’on s’arrête quelque part pour que tu choisisses un truc qui te ferait plus envie ? Le manque de réaction de son interlocuteur le poussa à proposer autre chose. Je t’offrirais bien de conduire mais avec ton plâtre … enfin, tu veux essayer quand même ? Tenta-t-il vainement devant le léger signe de tête négatif de son aîné.
Il refusait même de conduire son bébé. Ce n’était vraiment pas bon signe. Sa bagnole et la bouffe, voilà bien deux choses que son frangin chérissait au plus haut point. Il ne voyait que deux solutions à ce comportement : soit il lui en voulait terriblement, soit la personne qui était assise à côté de lui n’était plus son frère. Il aborda le sujet houleux :
- Ecoute Dean, c’est vrai qu’il y a des sujets que je préfèrerais ne pas évoquer parce que … enfin c’est juste que … notre vie a été plutôt … chaotique, tu vois ? Ce serait beaucoup plus simple si tu pouvais retrouver la mémoire sans qu’on ait à en discuter. Mais je comprends, tu sais ?! Ca ne doit pas être simple pour toi non plus. C’est comme une sorte de cercle vicieux : je veux vraiment que tu retrouves la mémoire mais pour ça il faut que je te révèle des informations que je préférais que tu te rappelles par toi-même … Bon allez, t’as gagné ! Vas-y ! Si tu veux, tu peux me poser des questions et j’y répondrais … si j’peux.
- Merci, lança négligemment son aîné avant de se murer à nouveau dans le silence.
Exaspéré, il commença par serrer le volant tout en grinçant des dents. Il sentait sa mâchoire se crisper et sa respiration était plus rapide que nécessaire.
- T’as l’intention de faire la gueule encore longtemps ? Rumina-t-il.
Dean tourna soudainement la tête vers lui avec des yeux ronds. Son regard reflétait toute l’incompréhension du monde.
- Qu’est-ce qui te prend ? S’étonna-t-il finalement à voix haute. J’étais juste en train de réfléchir à des trucs.
- Quels trucs ? Demanda le plus jeune, ravi d’avoir enfin réussi à lui faire ouvrir la bouche et espérant par la même occasion aborder le sujet « fils/frère » de ses rêves.
- Laisse tomber, lui répondit son aîné en fixant à nouveau droit devant lui.
C’en fut trop pour Sam qui freina, tourna le volant et stoppa l’Impala sur le bas-côté de la route devant l’expression interloquée de son frère.
- Quels trucs ? Répéta-t-il, passablement énervé.
Dean le considéra un moment comme s’il était en train d’essayer de comprendre sa réaction. Au bout d’un instant de réflexion, il daigna s’expliquer pour le plus grand soulagement de son petit frère.
- L’autre jour, tu m’as dit à l’hôpital qu’on était plus que tous les deux …
- Ouais, c’est vrai. Et alors ? L’encouragea-t-il à poursuivre.
- Alors, je ne comprends pas.
- Quoi ? Qu’est-ce que tu ne comprends pas ? Essaya-t-il de le faire parler plus avant.
- Ben, pourquoi on n’a pas notre petite famille à nous ?!
- Mais on est une famille, Dean ! On est frère, t’as oublié ?
- Mais non, abruti ! J’te parle d’avoir une femme et des enfants ! C’est juste que … c’est pas normal.
- C’est ce que tu voudrais ? J’veux dire … avoir une vie normale ? Mais … avec des enfants ? Bafouilla-t-il, exprimant pleinement sa surprise.
- J’vois pas ce qu’il y a de si étonnant ! C’est ce que fait la plupart des gens.
Sam ne savait plus quoi dire. La personne qui était en face de lui ne pouvait décidément pas être son frère.
- Arrête de me regarder comme ça ! Intervint Dean. Ne m’dis pas qu’tu n’y as jamais pensé ?!
- Si. Tu ne te souviens pas de mon départ pour Stanford ?
Devant le regard éloquent de son aîné, il se sentit un peu bête d’avoir posé cette question et n’eut pas d’autre choix que de poursuivre :
- Ben, j’étais plutôt bon à l’école et … à l’époque … j’avais vraiment pas envie de suivre la route toute tracée que nous imposait notre père. Alors à dix-huit ans, je me suis cassé pour étudier le droit à Stanford. Papa m’a dit que si je passais la porte, ce ne serait plus la peine de revenir. Alors je suis parti sans espoir de retour possible et … enfin, toi aussi tu m’en as voulu pendant longtemps. Encore aujourd’hui, ça m’arrive de me demander si tu … enfin c’est juste que … Qu’est-ce que tu en penses toi, maintenant ?
Il souhaitait secrètement entendre son grand frère lui dire que ses envies avaient été totalement légitimes et qu’il n’avait rien à se reprocher. Malheureusement, il n’obtint qu’une réponse évasive, nullement à la hauteur de ses espérances :
- J’peux pas dire que j’ai tous les éléments en main, là. Mais, dans l’état actuel des choses, si c’était ce que toi tu voulais … Il haussa les épaules. Vas-y, raconte la suite !
Il savait parfaitement où cette discussion allait les mener et il redoutait d’avoir à raconter la mort de Jessica. Malgré tout, il s’était engagé auprès de Dean et ne voulait pas faillir à sa promesse. Si seulement l’évocation de ces événements pouvait l’aider à retrouver la mémoire plus rapidement ! Après un temps d’hésitation, il se lança :
- J’y suis resté environ quatre ans et j’ai obtenu mes diplômes …
Il s’arrêta là.
- Jusqu’au jour où … l’aida son aîné et il n’eut pas d’autre choix que de continuer son explication.
- Jusqu’au jour où tu es venu me chercher. Papa avait des problèmes et tu avais besoin de moi pour … pouvoir l’aider, tu comprends ?
- Non, j’comprends pas. J’te demande de venir avec moi et toi tu abandonnes la vie pour laquelle tu t’es battu, juste comme ça !? Et tout ça pour aider une famille sur laquelle tu avais pourtant préféré faire un trait !
- Non, c’est pas ça, Dean, se justifia-t-il rapidement tant ce qu’il venait d’entendre lui avait fait mal. Et je n’avais pas l’intention de faire un trait sur qui que ce soit ! C’est juste que pendant mes études, j’ai rencontré … Jessica. Comme tu le disais tout à l’heure, je me voyais bien faire ma vie avec elle … tu vois ? Sa voix commençait à s’étrangler mais la présence et le regard demandeur de son grand frère l’aidèrent à poursuivre. Quand on est rentré, à peine deux jours plus tard, elle … elle avait été assassinée.
- Merde, j’suis désolé, mec. Je comprends que tu n’avais pas envie de parler de ça. J’aurais pas dû insister, s’excusa-t-il, visiblement atterré.
Sam se reprit. Il avait enfin retrouvé le dialogue avec Dean et même si ce n’était pas vraiment ce qu’il avait espéré, c’était déjà un début. D’ordinaire, il n’avait jamais besoin d’évoquer ce qui le perturbait car son grand frère devinait parfaitement bien ses pensées. Mais finalement, ce sujet n’avait pas été aussi douloureux qu’il l’avait imaginé. Au contraire, c’était libérateur d’en avoir parlé avec lui. En revanche, il s’aperçut que son aîné semblait porter tout le poids du monde sur ses épaules. Il essaya de le réconforter :
- Tu sais, ce n’était pas ma première tentative d’évasion, plaisanta-t-il. Ca ne te dit rien Flagstaff ?
- Non.
- J’suis resté plusieurs jours avec pour seul compagnie un chien que j’avais surnommé Bones. J’me suis nourri de MC Do et de coca jusqu’à ce que tu me retrouves … parce que tu me retrouves toujours, Dean ! Ajouta-t-il en murmurant.
Il lui était vraiment reconnaissant d’être toujours là pour lui. Quoiqu’il arrive, il savait pouvoir compter sur son grand frère et c’était vraiment rassurant. Il se rappela le moment où il avait été séquestré par les chasseurs. Ca faisait des années que les gens disparaissaient et que personne n’arrivait à les retrouver. Mais lorsque ça avait été son tour, Dean avait remué ciel et terre et il était parvenu à le rejoindre dans ce trou paumé. Il lui avait sauvé la vie, une fois de plus ! Quelque soit son problème, aussi insurmontable qu’il puisse paraître, il gardait toujours l’espoir parce qu’il savait que son aîné ne l’abandonnerait jamais. Perdu dans ses pensées, il n’avait pas encore remarqué que Dean avait froncé les sourcils et qu’il avait l’air perturbé par quelque chose.
- Quoi ? Ca te dit quelque chose ? Tu t’en souviens ? Ca va ? Tu te sens bien ? Lui demanda-t-il vraiment inquiet.
- Dis donc, mec, on t’a jamais dit que tu posais trop de questions ?! Se contenta de lui répondre Dean avec une expression de visage qui se voulait rassurante.
Sam sourit à cette réflexion. Il manquait toujours le « Sammy » dans sa phrase, mais finalement, son grand frère était bien quelque part, enfoui dans le subconscient de cet homme aux réactions bizarres. Il mit le contact et reprit le fil de la route.
Chapitre 10
Le fait d’avoir perdu la mémoire faisait naître en lui une multitude de questions sur son passé bien sûr, mais aussi sur sa personnalité. Quel genre de grand frère se permettait d’empêcher son cadet de vivre sa vie ? De l’entraîner dans des missions périlleuses où les armes étaient de rigueur ? Où le mensonge était apparemment un important moyen de communication ? Son rôle d’aîné n’était-il pas de le protéger, de lui inculquer des valeurs qui lui permettraient d’avoir un avenir prometteur ? Comme si leur vie n’était pas suffisamment dramatique ! Ils avaient perdu leurs parents et la fiancée de Sam avait été assassinée. De quel droit obligeait-il son jeune frère à le suivre au détriment d’une vie stable, normale, plus adaptée à ses désirs et surtout loin du danger ? Toutes ces interrogations, le fait de ne pas se rappeler allaient immanquablement le rendre fou !
Il était presque vingt et une heures lorsqu’ils arrivèrent à Missoula dans le Montana. Il avait bataillé dur mais il avait obtenu de Sam qu’il s’arrête pour qu’ils puissent se reposer un peu tous les deux. Ce prétexte était bien plus valable pour le plus jeune que pour lui ! Mis à part son désir d’en savoir un peu plus sur lui, d’où la nécessité de s’arrêter dans un lieu équipé d’une connexion Internet, il ne ressentait aucune fatigue. La santé déjà précaire de son cadet, en revanche, se détériorait à vue d’œil. Ne pouvant l’obliger à se faire soigner, il fut ravi de le voir finalement stationner l’Impala devant un petit motel à l’aspect antique mais propre.
Il avait repris le cours de ses pensées lorsque son moulin à paroles de frangin lui posa la double question fatidique pour la énième fois :
- Est-ce que ça va ? Tu te sens bien ?
Ca lui allait bien de le questionner sur son état de santé alors que lui-même avait une tête de déterré ! Avec les centaines de kilomètres qu’ils avaient parcourus ensemble, il avait appris à ne plus lui répondre : apparemment un simple regard suffisait. Il se contenta donc d’exprimer son humeur grâce à ses yeux ! Il vit Sam froncer le nez tout en affichant une mine boudeuse. C’était vraiment amusant de le voir comme ça et il ne s’en lassait pas. Son frère avait le visage d’un enfant de cinq ans à qui on aurait subtilisé son ours en peluche. Sauf que ce p’tit bout faisait près de deux mètres. Malgré son mal-être récurant, il trouvait ça hilarant ! Ce mec avait incontestablement un don pour exprimer ses émotions grâce à ses mimiques. Il avait une palette de moues différentes pour chaque occasion.
Aussitôt, et bien qu’il soit éveillé, une pléiade d’images fit son apparition devant ses yeux. Les expressions de visage de Sam s’affichaient les unes après les autres en une fraction de seconde : distant, heureux, triste, déconcerté, ferme, reconnaissant, froid, désolé, déterminé, anxieux, suppliant … Non ! Il essaya de contrôler sa respiration qui était devenue bien trop saccadée et aléatoire à son goût. Il sursauta lorsque son jeune frère frappa à la vitre de la portière.
- Qu’est-ce que tu fous ? Tu veux dormir là ?
Il se décida à sortir et suivit son cadet à la manière d’un pauvre type qui aurait trop bu. Il se sentait chanceler et sa bonne volonté ne suffisait pas à se ressaisir suffisamment vite à son goût. Arrivés à la réception, ils prirent une chambre à deux lits et il ne put s’empêcher de penser que ce serait bien plus difficile de faire ses recherches dans ces conditions. Les choses se compliquèrent lorsqu’il vit que le premier bagage que Sam descendait de la Chevrolet était justement la sacoche où se trouvait l’ordinateur portable qu’il souhaitait utiliser.
Ils montèrent l’escalier et trouvèrent leur chambre. Lorsqu’ils entrèrent, ils posèrent machinalement leurs sacs sur leur lit respectif : l’aîné s’octroyant la couchette la plus près de la porte, laissant celle la plus éloignée au plus jeune.
- J’vais prendre une douche, lança-t-il à l’intention de son cadet.
Il se réfugia dans la salle de bain où il put se rafraîchir. Quinze minutes plus tard, il en ressortait requinqué. Son jeune frère avait sorti le PC de son étui et l’avait installé sur la petite table mise à leur disposition. Génial ! se dit-il en constatant qu’il était connecté à Internet.
- OK, c’est mon tour, l’informa Sam tout en se levant de la chaise pour disparaître finalement dans la petite pièce d’eau.
Il ne perdit pas une seconde et tapa « Dean Winchester » dans un moteur de recherche. Aussitôt, plusieurs pages exposant de nombreux articles apparurent sur l’écran. Il cliqua sur un lien dont le passage qu’il venait de lire attira son attention. Il parcourut rapidement les deux encarts de faits divers. L’homme évoqué avait été retrouvé mort le 7 mars 2006. Il était le principal suspect de plusieurs homicides dans la ville de St Louis dans le Missouri. Le journaliste avait inséré quelques détails bien glauques sur les agressions, les tortures et les meurtres des différentes jeunes femmes. Les enquêteurs avaient retrouvé l’arme des crimes et ses vêtements tachés du sang d’une des victimes, prénommée Emily, dans le repère de cet assassin. Cet espèce de taré ne pouvait être qu’un homonyme. Il essayait tant bien que mal de s’en persuader lorsque son regard fut attiré par un portrait robot réalisé au crayon noir. Il déglutit difficilement quand il comprit qu’il n’avait plus de doute possible sur l’identité du criminel. De toute évidence, l’annonce de son décès avait été un peu prématurée !
Il changea de page et tomba sur un nouvel article qui relatait le fameux cambriolage dont lui avait parlé son frère dans la journée. Dans un reportage télévisé, une femme blonde parlait devant la caméra lorsqu’il se vit sortir de la banque juste derrière elle. Il était armé et donnait des instructions qu’il ne pouvait pas entendre. Son attitude était menaçante puis il regagna l’établissement sous les yeux interloqués de la journaliste. Là encore, il s’agissait bien de lui. Aucun doute possible ! Il se renseigna plus avant sur cette histoire. Le braquage avait eu lieu à Milwaukee et il y avait eu des morts. Son nom était cité à plusieurs reprises. On lui reprochait plusieurs faits antérieurs plus ou moins importants : fraudes à la carte de crédit, violations de sépultures … les plus sérieuses étant le vol à main armée, le kidnapping et les trois accusations de meurtres ! Quel genre de taré était-il ? Il se faisait horreur ! Et le pire dans tout ça, c’est qu’il avait arraché son petit frère à sa vie normale pour l’entraîner avec lui dans sa débauche ! Même si Sam faisait tout pour le réconforter en lui affirmant que tout ça n’était pas la réalité, les faits étaient là ! En quoi martyriser des femmes et braquer des banques auraient bien pu aider qui que ce soit ? Son petit frère avait tout du type bien. Il ne méritait pas d’avoir un aîné psychopathe comme lui sur le dos à longueur de journée. A cause des horreurs qu’il avait commises, Sam menait une vie de fugitif alors qu’il n’était en rien responsable de ses agissements. C’était totalement injuste. Pour son bien, il était préférable qu’il parte loin de lui ! Il parcourut rapidement encore quelques articles où il apprit qu’il avait été également suspecté du meurtre d’une certaine Karen Giles à Baltimore. Il avait été retrouvé près de la victime, sa main droite pleine de son sang et ses empreintes un peu partout sur le lieu du crime. Il n’avait pas besoin d’en apprendre plus. Il se leva brusquement, attrapa son sac et se dirigea vers la sortie.
Quand il sortit de la salle de bain, il fut surpris de découvrir son aîné sur le point de quitter la chambre avec son sac sur le dos. D’un simple coup d’œil, il vit l’article sur l’écran du PC qu’il avait abandonné quelques instants plus tôt.
- Qu’est-ce que tu fais ? S’inquiéta-t-il franchement.
- D’après toi ?
- Tu ne peux pas me planter là !
- Ah, ouais ! Ben regarde bien, fit son frère en faisant un pas supplémentaire vers la porte.
- Tu n’as pas le droit de me faire ça ! Tu dois me faire confiance !
- J’en ai marre d’entendre ça ! C’est ce que je fais depuis le début et je ne suis plus sûr de vouloir te croire !
- Mais, moi je t’ai dit la vérité !
- Ouais, c’est ça !
- C’est ce que tu as lu ici qui est un ramassis de conneries ! S’énerva-t-il en désignant son ordinateur. Tu verras que j’avais raison quand tu retrouveras la mémoire !
- Ben, justement … Non mais sans déconner, c’est quoi cette vie ? Plus j’en apprends et moins j’ai envie de me rappeler. J’ai besoin de vivre autre chose, d’être normal, et toi aussi c’est ce que tu veux ! C’est que tu as essayé de me faire comprendre tout à l’heure !
- Non ! C’est ce que je voulais mais ce n’est plus le cas … j’ai besoin de toi, t’es mon grand frère et …
- Eh, t’es un grand garçon maintenant ! Il est peut-être temps de couper le cordon ! Il y a d’autres frères dans le monde et ils ne sont pas constamment collés l’un à l’autre !
- Mais nous c’est différent et … Tu ne peux pas me faire ça !
- Non mais tu t’entends ? « Moi, moi, moi » ! Arrête un peu de penser à toi et essaie de comprendre que moi aussi j’ai des besoins et des envies !
- Mais justement, c’est ce que tu as toujours voulu : qu’on soit une famille, qu’on soit toujours là l’un pour l’autre !
- Ben ouais. Mais le problème tu vois, c’est que je ne m’en souviens pas ! … Arrête de faire cette tête ! Le rôle d’un aîné, c’est bien de prendre soin de son p’tit frère, non ?!
- Ben justement ! Comment tu veux me protéger si tu te casses ?
- C’est un service que j’te rends là ! Non mais franchement, j’suis une calamité pour toi. J’suis plutôt un boulet, une charge. Tout ce qui t’est arrivé de moche dans ta vie, c’est de ma faute. Ouvre les yeux, bordel ! Non, vraiment c’est préférable pour nous deux de se séparer. En plus, le peu que tu me racontes depuis ces derniers jours me donne l’impression que je t’ai toujours empêché de mener la vie que tu voulais. Alors pourquoi tu n’en profiterais pas pour suivre ta voie ?
Il secouait la tête de droite à gauche pour montrer son désaccord avec les propos de son aîné. A moins que ce soit pour ne plus l’entendre. Il refusait de croire que ces mots pouvaient sortir de la bouche de son grand frère.
- Non, Dean ! Ce n’est pas du tout ce que je veux. Et t’es loin d’être un boulet. Au contraire, tu passes ton temps à me sauver la vie. On est une équipe tous les deux. On se soutient et en ce moment, tu as autant besoin de moi que moi de toi.
- Excuse-moi Sam, mais j’ai plus de vingt-sept ans alors je suis assez grand pour me débrouiller sans toi.
- Mais moi … Je … Bafouilla-t-il en essayant difficilement de remettre de l’ordre dans ses idées. Il devait trouver des arguments imparables mais s’apercevait à regret qu’il avait beaucoup de mal à trouver les mots justes pour retenir ce frère qu’il se vantait de connaître si bien d’ordinaire. Tu … Tu es blessé, lança-t-il désœuvré en désignant son plâtre.
- Wouaouh ! Les boules ! J’me demande bien comment j’vais réussir à m’en sortir sans ton aide ! Toi qui a l’air de t’y connaître si bien en matière de santé ! Y a qu’à voir comment tu tiens la grande forme ! Ironisa-t-il.
- C’est pas le sujet … tu ne sais pas encore tout et … Enfin, il venait de trouver un argument valable. De toute façon, tu ne peux pas parce que tu es recherché par le FBI et que je suis le seul à pouvoir te tirer de là le temps que t’auras pas retrouvé la mémoire.
Dean réfléchit un instant avant d’hausser les épaules et d’ajouter avec une moue désinvolte :
- Pas grave ! Je vais utiliser une autre de mes identités : il y en a un paquet et puis comme je n’ai pas de souvenirs concernant mon passé, je n’ai plus qu’à créer la personne que je veux être. C’est tout bénef finalement !
- Non, tu ne comprends pas ! Ce n’est pas si simple ! Je suis le seul en qui tu puisses avoir confiance. J’étais là à l’hôpital quand tu t’es réveillé et je suis resté près de toi depuis, alors tu me dois bien ça !
- Wow, wow, wow ! Tout doux, Caliméro ! J’suis pas sûr de te devoir quoi que ce soit. Depuis que je me suis réveillé à l’hôpital, tu m’as bravement dit que tu étais mon frangin et j’ai déjà eu la gentillesse de te croire. Qu’est-ce qui me le prouve, hein ? On ne peut pas vraiment dire que tu aies été très honnête avec moi jusque-là. Alors c’est moi seul qui décide si je peux t’accorder la confiance dont tu me parles. Et saches que le paquet de trucs que tu me caches, ça a le don de me foutre en rogne !
- J’comprends Dean et je suis vraiment désolé. J’aurais dû tout te dire depuis le début et je regrette de ne pas l’avoir fait. C’est que c’est plus compliqué que tu le crois. Mais, fais pas ça ! J’te demande juste de venir avec moi chez Bobby. Je suis sûre que la mémoire te reviendra quand tu le verras. S’il te plaît ?! … S’il te plaît, Dean ?!
Il pensait que le ton employé était pourtant suffisamment implorant mais son aîné le toisa du regard tout en le défiant :
- Donne-moi une seule bonne raison. Une seule.
Il n’avait plus le choix. Il était prêt à tout pour que son frère reste avec lui. Même lui donner un grand coup à l’arrière du crâne. Une fois assommé et ligoté, ce serait moins facile pour lui de s’enfuir. Encore mieux, ça lui ferait peut-être retrouver ses esprits ! … Ou ça le tuerait. Mauvaise idée finalement. Paniqué devant le regard déterminé de cet homme qu’il ne reconnaissait plus, son angoisse redoubla lorsqu’il le vit saisir la poignée de la porte avec la ferme intention de sortir. Une dernière idée fit irruption dans son esprit et il ne prit pas le temps de peser ses mots avant de les exprimer dans un souffle :
- Il faut que tu restes parce que le petit garçon que tu vois dans tes rêves, ce n’est pas ton fils, c’est moi !
Son soi-disant petit frère lui aurait donné un coup sur le crâne que ça aurait eu le même effet. Il avait été pris au dépourvu et cette révélation l’avait sonné. Comme si ça ne suffisait pas, la douleur envahit son cerveau en même temps qu’une multitude d’images affluèrent dans un tourbillon insensé. Il lâcha son sac, prit sa tête entre ses mains et sentit son corps s’avachir sur le sol sans qu’il puisse y opposer une quelconque résistance.
Une pléiade de scènes aussi nombreuses que variées s’entremêlèrent dans son esprit. Il en connaissait déjà certaines pour les avoir vues et revues dans ses rêves. Une petite variante toutefois fit son apparition : le son était de retour ! Pour exemple, il entendit le bébé barbouillé de purée verdâtre prononcer ce simple mot : « Dean » ! Pas « papa » ni même « maman » ! Non, c’était tout simplement « Dean » ! C’était son prénom que ce petit être à la mine réjouie venait de prononcer et il se laissa envahir par la même émotion qu’il avait déjà ressentie à ce moment-là. Bien qu’il ait été totalement incapable de le décrire, il adorait ce sentiment et il aurait voulu que ça ne s’arrête jamais. Mais les images continuaient de défiler et malheureusement ses souvenirs n’étaient pas tous aussi agréables que celui-là.
Immanquablement, il fut projeté à cet instant tragique : la maison en flamme, la chaleur étouffante, l’odeur écœurante. Une troisième personne venait d’y faire son entrée. Un homme brun, gigantesque, lui tendait le bébé et lui demandait de sortir aussi vite qu’il le pouvait avant de disparaître dans une pièce où il se préparait à braver le danger incandescent. N’ayant pas d’autre choix que d’obéir, il dévalait les escaliers, essoufflé, supportant difficilement cette sensation d’étouffement due à la chaleur et surtout aux relents de chair brûlée ! Parce que c’était bien de ça qu’il s’agissait ! Comment cette odeur pouvait-elle encore être présente alors qu’il n’était plus là-bas ?! N’était-ce pas un tour de son subconscient qui voulait lui faire comprendre quelque chose ? Son corps réprima un haut le cœur pendant que son esprit poursuivait le visionnage de ce souvenir. Une fois à l’extérieur de la maison, alors qu’il jetait un œil aux flammes qui léchaient la fenêtre du premier étage, l’homme qu’il avait aperçu arriva tel un super héros, les souleva lui et le bébé et les éloigna du danger. Il comprit alors pourquoi le petit être qu’il serrait fort dans ses bras lui paraissait si lourd : c’était tout simplement parce qu’il n’était pas beaucoup plus grand ni plus vieux que lui. A cette époque là, il n’était encore qu’un enfant. Quant au géant, il devait sans nul doute s’agir de leur père.
Puis ce fut le grand retour de moments de joie partagée :
- Dean, t’as vu ? T’as vu ça ? On a gagné ! On a gagné ! Hurlait le gamin qui courait vers lui avec un large sourire tout en brandissant la coupe que son équipe et lui venaient de gagner à un match de football.
A la vitesse d’un éclair, il fut transporté dans un autre lieu où la nuit avait prit la place du jour. Ils étaient tous les deux dans un immense champ et le temps avait passé.
- Papa ne nous aurait jamais laissé faire ça. Merci Dean, murmurait l’adolescent, les yeux emplis de reconnaissance, l’enserrant terriblement fort de ses bras pourtant si frêles. Puis il le vit se précipiter pour allumer les fusées de feux d’artifices avant de courir et tourner sur lui-même sous les étincelles multicolores.
D’autres souvenirs s’affrontaient férocement au sein de son esprit, prenant plus ou moins de place selon l’intensité des émotions ressenties mais provoquant inévitablement des explosions dans son crâne déjà douloureux. Il était prisonnier de son propre corps, incapable de revenir à la réalité, subissant le flot d’images embrouillées, petits extraits diffus de sa vie passée. Il avait franchi sans le visiter l’événement qui bloquait habituellement ses souvenirs et balayé différents moments de sa mémoire jusqu’à aujourd’hui, quand soudain, le temps se ralentit et il se retrouva dans une chambre au style très « british ». Son frère était assis sur un lit en face de lui. Il n’avait pas l’air au mieux de sa forme. Une simple inhalation de son haleine lui démontrerait indubitablement que l’abus d’alcool était la cause de son état. Sam l’avait attrapé par le col et l’obligeait à le regarder droit dans les yeux.
- Promets-le-moi, Dean ! Promets-le-moi !
Quelle était cette promesse qu’il refusait tout net de lui accorder ? Son cœur s’emballa, menaçant de faire exploser sa poitrine. L’air autour de lui se raréfiait et ses poumons criaient leur agonie. Il s’interdisait de croiser le regard suppliant de son cadet mais celui-ci l’y obligea et il sentit sa détermination s’effondrer. Non ! Hurla son subconscient. Durant une fraction de seconde, tout devint noir. Puis les traits de la chambre où il s’était effondré peu de temps auparavant se dessinèrent doucement dans un flou artistique vacillant. Il ferma les paupières pour éviter le malaise qui montait en lui d’une part et rassembler ses idées d’autre part.
Le petit qui était présent de manière récurrente dans ses rêves était indubitablement Sam ! Celui qu’il croyait être son fils était en réalité son frère ! Quelque part, au plus profond de lui-même, il l’avait toujours su ! C’était d’ailleurs de là que provenait la confiance sans faille qu’il lui accordait. Ils étaient tellement proches. Ils l’avaient toujours été, depuis leur plus jeune âge. A partir de là, il n’avait pas d’autre choix que de le croire lorsqu’il lui affirmait qu’il n’était pas coupable des atrocités dont on l’accusait. Il ne lui mentirait pas pour des choses aussi graves ! Pour le protéger, il avait voulu s’éloigner de lui mais après ce qu’il venait de découvrir, son départ s’assimilerait plus à un abandon. Sam avait besoin de lui et il ne pouvait pas lui refuser son aide. Ils étaient frères, il était l’aîné et il s’interdisait de briser ce lien qui les unissait. Il s’exhorta à ouvrir les yeux.
Il avait chaud. Il étouffait. Il se sentait mal, comme prit dans un étau. Il devait sortir de cette pièce dont les murs avaient la fâcheuse tendance à se rapprocher de lui. Accroupi devant lui, Sam le fixait, anxieux. Il lui parlait mais la pression qui comprimait ses tympans ne lui permettait pas d’entendre ce qu’il disait. Il prit appui sur le mur derrière lui pour se redresser et essayer de se remettre debout. Son jeune frère l’accompagna dans ce mouvement, le maintenant par les épaules. Les vertiges lui donnaient l’impression que tout tanguait autour de lui. Adossé à la cloison, il se concentra pour reprendre le contrôle de son corps. Il commença par se passer la main sur le visage. Puis son cadet lui apporta un grand verre d’eau qu’il but d’une traite.
- … va ? … t’sens mieux ? … Dean, tu m’entends ?
Après une période de bourdonnements internes plutôt désagréables, son audition redevint normale. Il acquiesça d’un léger signe de tête pour répondre à Sam qui ne cessait de le regarder avec des yeux ronds, soucieux, brillants, presque fiévreux. Il aurait voulu pouvoir le rassurer, lui dire que tout allait bien, qu’il devait arrêter de s’inquiéter mais ça n’aurait vraiment pas été honnête et il ne s’en sentait pas la force. Pour ne rien arranger, il avait de plus en plus de mal à réprimer cette nécessité vitale de sortir de cette pièce, de s’aérer, d’être seul pour réfléchir. Soulagé de constater qu’il pouvait tenir debout, il attrapa la poignée de la porte avec la ferme intention d’arriver rapidement à l’extérieur. Mais ce fut sans compter l’intervention de Sam qui, grâce à sa grande main, maintint le battant fermé.
- Dean ! Où tu vas ? Lui demanda-t-il avec son regard de chien battu. Tu peux quand même pas te casser dans cet état !
- Lâche-moi ! J’ai besoin d’être seul ! Lui répondit-il plus sèchement qu’il l’aurait souhaité en écartant son bras pour libérer le passage.
- Dean … entendit-il derrière lui alors qu’il avait commencé à parcourir le couloir de l’hôtel.
Il n’avait pas besoin de se retourner pour voir le visage ravagé par l’inquiétude de son jeune frère. Il soupira et le rassura à sa manière :
- Je te demande juste cinq minutes, d’accord ? Il faut que je prenne l’air.
- Mais … t’as même pas pris ta veste ! T’as ton portable au moins ?
Pour toute réponse et sans faire volte-face, il sortit l’objet de la poche de son jean et le secoua en l’air avant de poursuivre sa progression vers la sortie.
Chapitre 11
A quelques centaines de kilomètres de Missoula, dans un petit bureau au sixième étage d’un centre hospitalier, les agents Victor Henriksen et Carl Reidy interrogeaient une infirmière au regard très doux, aux paroles étrangement calmes et au comportement vraiment stoïque.
- Vous n’avez pas l’air de bien comprendre mademoiselle Beaumont ! Ces deux hommes sont de grands criminels ! Les plus dangereux que vous ayez jamais approchés. Où qu’ils passent, les cadavres s’accumulent. Vous connaissez Hannibal Lecter ? L’aîné est aussi dingue que lui et je ne vous parle pas de son frère. Vous savez quel est leur grand plaisir ? Profaner des tombes et faire un feu de joie avec les dépouilles. Ils n’ont rien de petits délinquants, de simples malfrats, ce sont des adorateurs du malin !
- Mais c’est atroce ! Dire que nous étions à leurs côtés pendant tout ce temps. Nous nous sommes occupés d’eux. Nous étions en grand danger et nous ne le savions même pas. Vraiment je crois que je vais me sentir mal !
- Si vous vouliez bien nous aider en nous fournissant un maximum d’informations, le moindre détail peut nous être précieux, nous pourrions protéger tout le monde en les enfermant dans une prison de haute sécurité ! Vous savez, avec le dossier que nous avons sur eux, ils risquent la peine capitale !
Il rêvait de les isoler, chacun dans une minuscule cellule sans fenêtre et si possible insonorisée. Dans le cas contraire, il se ferait une joie d’attacher une muselière sur le gouffre qui servait de bouche à l’aîné pour qu’il arrête ses sarcasmes. Il admettait que c’était anticonstitutionnel mais ça lui faisait un bien fou d’y penser. Depuis Milwaukee, ces deux là s’étaient volatilisés et à chaque fois qu’il était sur une piste, ils lui glissaient entre les doigts. C’était plus que frustrant, c’était horripilant ! Une fois qu’il réussirait à leur mettre la main dessus, il ne les lâcherait plus ! Dommage que leur taré de père soit déjà mort car il était de loin le plus coupable de cette situation. C’est lui qui les avait formés et leur avait mis ce genre de débilités dans le crâne.
- Croyez bien que si je le pouvais, poursuivait l’infirmière, ce serait avec plaisir que je vous rendrais ce service. J’ai le sens du devoir civique, vous savez ! Mais malheureusement, je ne suis pas en mesure de le faire. Comme je vous l’ai dit, ils étaient là tous les deux et en moins de cinq minutes ils s’étaient comme évanouis dans les airs …
- Non, ce n’est pas le cas ! Intervint l’agent Reidy qui venait de raccrocher son téléphone. Je viens d’apprendre qu’au moment où ils se sont échappés, quelqu’un a utilisé l’ascenseur de service alors qu’il n’y avait aucune urgence. Chose étrange, la carte utilisée pour activer le lecteur optique était la vôtre !
- C’est formidable la nouvelle technologie, jubila-t-il alors que la sonnerie du téléphone de Carl retentissait de nouveau, obligeant son collègue à abandonner l’interrogatoire et à décrocher. Comment expliquez-vous ça, mademoiselle Beaumont ? S’enquit-il, plein d’espoir.
Il vit la jeune femme chercher dans ses poches, les retournant devant lui, avec une attitude qui feignait parfaitement bien la surprise.
- Ca alors ! Mais vous avez raison ! S’exclama-t-elle une fois son petit manège terminé. Je n’ai plus ma carte ! Vous pensez qu’ils auraient réussi à me la subtiliser sans que je m’en aperçoive ? Lui demanda-t-elle avec des yeux reflétant toute l’innocence du monde.
Il bouillonnait intérieurement. Il perdait son temps avec cette infirmière. Elle était bonne comédienne mais il savait qu’elle se moquait de lui. Dire qu’il avait attendu toute la journée pour avoir l’occasion de l’interroger ! Quoiqu’il lui dise, quelque soit le ton employé, elle restait sur sa position. Toutes les personnes de ce service qu’il avait rencontrées avaient mis autant de bonne volonté qu’elle pour répondre à ses questions. Le chirurgien, la neuropsychologue … ils avaient dû se donner le mot pour lui foutre son enquête en l’air. C’était effarant de voir ça ! Depuis qu’il avait hérité de cette affaire, ce n’était pas la première fois qu’il rencontrait ce genre de personnes. Retrouver les frères Winchester était un véritable challenge. Tous ceux avec qui ils avaient été en contact les protégeaient farouchement. Et les pires restaient les femmes ! Quelques mois auparavant, à Milwaukee, il y avait eu cette aliénée, pourtant prise en otage, qui avait dit que ces deux tarés lui avaient sauvé la vie. Son témoignage était confus, digne d’une folle à lier mais elle était sûre d’elle sur ce point ! A Baltimore, dans le Maryland, une fliquette avait juré qu’ils l’avaient aidée à démasquer un tueur et qu’ils l’avaient protégée de ce soi-disant malade. Comment une inspectrice pouvait-elle se laisser embobiner si facilement ?! Sans oublier cette fichue avocate, Mara Daniels, qui s’était ouvertement foutue de lui tout en leur permettant de s’échapper de Green River.
- Bingo ! S’exclama l’agent Reidy en raccrochant de nouveau son portable. Apparemment, dans le nord ouest de Missoula, quelqu’un vient de faire des recherches concernant Dean Winchester via le Net. Tout correspond : les recherches sont certainement la conséquence de l’amnésie de notre petit copain et la distance parcourue coïncide parfaitement avec le temps qu’ils auraient mis à rouler depuis leur « départ précipité de l’hôpital », indiqua-t-il en marquant les guillemets de ses doigts.
- Envoie leur signalement au gérant.
- C’est déjà fait ! Il a confirmé qu’ils avaient réservé une chambre pour eux deux dans son hôtel, il y a un peu plus d’une heure !
- Parfait ! Jubila-t-il. La journée se terminerait peut-être mieux qu’elle avait commencé. Mais cette fois, on ne se fera pas avoir. Envoie les flics les plus proches pour les cueillir ! Et préviens-les que ce ne sont pas des enfants de cœur et qu’ils feraient bien de les enfermer à double tour, si possible dans des cellules séparées jusqu’à ce qu’on arrive ! Il se tourna vers l’infirmière. Je vous remercie pour votre aide précieuse. Je laisse à votre disposition un de mes collègues durant les heures à venir … au cas où certains détails vous reviendraient, ironisa-t-il.
Le prétexte invoqué était louable mais parfaitement malhonnête. Il n’était pas certain que cette femme puisse joindre les Winchester, mais dans le doute, il préférait la faire surveiller jusqu’à ce qu’il les sache sous bonne garde ! Puis il prit congé et se dirigea rapidement vers son véhicule accompagné de son collègue. Malgré l’obscurité, il avait du mal à dissimuler le sourire impatient et vainqueur qui reflétait parfaitement son état d’esprit.